La Camargue, carnet de voyage

Liège (Belgique) – Saintes Maries de la mer (France) : 1000 Km

Je ne voyage pas souvent, pour ne pas dire jamais. Cela doit bien faire des lustres que je n’avais plus fait un aussi long voyage. Presque trois lustres pour être plus précise. C’était en été 2010, à Salernes, avec ma petite famille et belle famille, avec nos enfants qui étaient tout petits.

En Camargue, j’y suis allée une fois, en 2001 ou 2002. Toute seule. En trains et bus. J’étais célibataire à l’époque et n’avais pas encore le permis de conduire. Je garde très peu de souvenirs de ce séjour. Les seuls qui m’ont marqués ont été la rencontre fortuite et brève avec le Héron pourpré et ma visite au Parc Ornithologique, à pied depuis mon hôtel avec tout mon barda photographique (5 Km x 2).

Pour fêter nos 21 ans de couple, mon amoureux nous a offert ce petit séjour. Nous avons choisi Saintes Maries de la mer pour la vue depuis la chambre d’hôtel, et parce que je connaissais – vaguement – l’endroit. Peu de temps avant notre départ, j’ai reçu le livre « 15 belles balades en Camargue », des éditions Belles Balades. (version de 2018, je vais recevoir la dernière version de 2023 avec 20 belles balades !) Nous avions une semaine complète. Un jour pour faire le trajet jusque là, un autre pour le retour à la maison. Trois jours sur place. J’ai eu énormément de mal à choisir nos balades, sans compter que le maître d’hôtel nous en a recommandé d’autres (rires).

Mais d’abord, un petit mot sur le trajet. Fait avec une voiture électrique (voiture de société de mon amoureux), le trajet a été vraiment facile et agréable. Je craignais des problèmes électriques, des difficultés pour charger la batterie, une panne technologique, etc. Rien de tout ça. Grâce à des applications, nous savions où il fallait nous arrêter, quand il le fallait et combien de temps cela allait prendre. En France, l’offre de charge est quand même bien plus importante que dans mon pays, la Belgique : nombreux points de recharge, divers possibilité de charge (lente, rapide, plusieurs câbles accessibles), etc.

Comme nous partions quand même avec pas mal d’inconnues (nous avions la voiture depuis 5 jours), le départ fut très tôt : 4h50, la nuit. Nous avons fait quatre pipit’stop : deux longs (petit-déjeuner et déjeuner) et deux plus courts, pour arriver à l’hôtel vers 17h15. Le retour a été plus rapide, avec 3 pipit’stop.

Super accueil. On dépose nos bagages et immédiatement après, on se dégourdit les jambes avec une balade sur le rivage et à l’intérieur de la ville. La route a été humide et frisquette; 10 à 12°C, pluie, purée de pois à couper au couteau et la météo en Camargue n’était guère réjouissante puisque des orages étaient prévus localement avec un vent soutenu. Heureusement, la température était bien meilleure ici : 22°C ! Nous abandonnons rapidement la plage, car les vagues s’écrasent sur les rochers et nous éclaboussent.

Nous sommes le lundi 23 octobre. Il fait moche, couvert, humide, venteux, mais oh ! Quel bonheur d’être ici. L’iode, le bruit de la mer, le bruit des vagues, le bruit de l’eau qui se dispute avec le vent. Nous marchons une bonne heure pour revenir à notre chambre d’hôtel et réfléchir à notre balade du lendemain.

Mardi 24 octobre 2023. Longue balade prévue. Notre objectif est d’aller jusqu’au phare de la Gasholle et peut-être plus loin. Mon guide de référence annonce une boucle de 17 km, depuis un parking jusqu’au « Passage des Douanes » à faire en une journée, ou 6 heures de marche, « ponctué de baignades » au retour. La carte reçue à l’hôtel, éditée par l’Office du Tourisme mentionne 12 km pour atteindre le phare. Il y a donc une différence, différence qui s’explique que le parking mentionné se trouve à environ 2 km de l’hôtel et que le phare est lui aussi plus éloigné de 2km après le « Passage des Douanes ». Je n’y avais pas fait attention et je n’avais, à ce moment-là, pas calculé ainsi.

Nous étions frais et dispo et avions envie de faire cette balade depuis l’hôtel, pour ne pas prendre la voiture pour si peu. Rapidement, des pancartes annoncent les distances pour rejoindre le phare de la Gasholle et Saintes Maries de la mer. Rapidement, on comprend qu’on ne fera que le phare de la Gasholle et que nous n’irons pas plus loin. Rapidement, on réalise que ça va vraiment nous prendre toute la journée, à pied. Surtout, que moi, amoureuse inconditionnée des oiseaux, je m’arrête souvent pour admirer la faune aviaire, prendre quelques photos, profiter à fond de l’instant offert. Mon amoureux fait une blague et dit que la balade annoncée de 6 heures va prendre le double du temps avec moi qui m’arrête pour photographier les piafs et les paysages magnifiques !

Le chemin est balisé. Il est fait pour les piétons (nous sommes les seuls sur le trajet à l’aller), les cyclistes (qui sont en nombre, surtout des familles avec enfants) et les cavaliers. Le ciel est partiellement couvert. La pluie est rare, mais régulière et le vent est toujours bien présent. Dès le début du sentier, je peux voir des limicoles dans les pierres qui jalonnent la plage : Gravelots ou Chevaliers ? Trop loin, ils n’arrêtent pas de marcher à une vitesse hallucinante. Je tente quelques photos, mais j’arrête d’essayer, car il y a déjà pas mal de cyclistes, pêcheurs et autres gens autour de moi et moi, je n’aime pas qu’on me « colle » de trop près. Un malaise s’installe et on poursuit notre balade, main dans la main. Rapidement, on voit Les Oiseaux emblème de la région : les Flamants rose ! Des centaines. Des milliers. Quelques individus un peu pâles, un adulescent et oui, encore un tout jeune, tout gris. Ce dernier est isolé avec (je suppose) sa maman.

Sur le chemin, des dizaines de petits oiseaux. Des passereaux. Des petits oiseaux de la taille tantôt de moineaux, tantôt de petits merles. Des bruns et jaunes. Que je n’identifie pas tout de suite, car ils volent et s’envolent dès qu’on arrive trop près d’eux. Ils décollent des buissons qui longent le chemin et se posent plus loin, à l’abri des regards et des dérangements. Quand je peux, j’essaie de m’arrêter et de photographier. J’arriverai ainsi à immortaliser deux Cochevis huppés, deux ou trois Pipit farlouse et un Pinson des arbres, une femelle. Dans le ciel, je vois et j’entends une alouette.

Lors d’une petite pause pour boire un peu et grignoter des fruits secs, où l’on s’assied en bordure de chemin, près de l’eau, parmi des cailloux lisses, on peut admirer d’un peu plus près un groupe de Flamants rose. Quand on se relève, mon amoureux et moi, on échange nos impressions. On marche lentement, en se tenant la main. On se dit qu’on a de la chance avec le temps qui se dégage doucement. On profite pleinement du calme, de la vue, des paysages, d’être là, ensemble, rien que nous deux. Tout à coup, un bruit important me surprend. Je pousse un petit cri, sans le vouloir. Une femelle faisan décolle bruyamment à moins d’un mètre de moi ! Je ne l’avais pas vue. J’avoue que je ne faisais pas attention à la végétation touffue qui longe le sentier. Mon amoureux m’avoue que cela l’a surpris aussi. C’était bruyant. Lourd. Une fuite que je n’ai malheureusement pas pu photographier. L’oiseau est allé se poser bien plus loin de nous, au-delà un autre chemin d’eau.

Les pancartes sont régulières. Nos pieds avalent les kilomètres sans trop s’en rendre compte. Jusqu’à ce que midi arrive. Voilà un peu plus de deux heures que nous marchons d’un pas tranquille, ponctué de courts arrêts pour regarder les oiseaux. Le phare est visible de très loin. Un petit point reconnaissable grâce à sa silhouette longiligne qui se détache du paysage. Petit à petit, il semble se rapprocher. Le chemin est sinueux, il tourne tantôt à gauche, légèrement, puis à droite. Le phare n’arrête pas de bouger (rires). Je dis, un peu en rigolant et vraiment par hasard, que nous arriverions au phare à 13h15. Je commence à bien sentir les muscles de mes cuisses. Ce n’est pas encore une douleur, juste une sensation, un rappel de leur présence. Après 10 kilomètres, c’est tout à fait normal. Les trois milles et derniers mètres pour atteindre le phare me semblent plus longs. De petits oiseaux bruns avec une queue rouge orangée volent de-ci, de-là. Des libellules rouge sang m’accompagne dans les derniers mètres. Il est 13h25 quand nous nous asseyons sur une plateforme, une sorte de puits fermé ou de citerne. Les petits oiseaux bruns avec leur queue rouge orangée sont moins farouches que les autres vus un peu plus tôt. Je peux leur tirer leur portrait sans problème. Je leur offrirai le trognon de ma pomme que je viens de manger en guise de déjeuner. Je n’ai pas reconnu immédiatement ces Rougequeues noirs, car je n’ai vu, ici, que des femelles. Ou des jeunes. Aucun mâle avec la moitié de la tête, la gorge, le poitrail, bien noir. Tous ceux que j’ai observés sont d’un brun uniforme avec le bas-ventre et le dessous de la queue rouge orangée.

Après une vingtaine de minutes de repos, nous reprenons le chemin du retour. Le livre mentionne un retour sur le rivage à deux kilomètres du phare. Nous trouvons facilement le chemin. Nous l’empruntons en nous demandant si nous pourrons quand même passer par là étant donné les grandes flaques d’eau qui inonde partiellement le chemin. Nous arrivons sur la plage. L’étendue d’eau, avec le soleil, est splendide ! Il y a comme une minuscule île, que je prends en photo. Notre regard, au loin, est inquiet. Nous longeons bien la barrière en bois, mais nous ne voyons que de l’eau après. Plus de barrière, plus de bois. La végétation arrive encore à percer à la surface, à certains endroits. Prudemment, nous continuons lentement en nous disant qu’on devra certainement faire demi-tour, que les intempéries de la veille ont fait monter l’eau bien plus haut que prévu. J’espère que j’ai tort et qu’on pourra quand même continuer, pour ne pas prendre le même chemin qu’à l’aller. Dans les dunes, il y a une tente. Un peu plus loin, une pancarte expliquant sa présence (suivi d’insectes). Et encore plus loin, de l’eau. La mer. Ici. Là-bas. Partout. Mon amoureux me montre du doigt où nous devrions aller. Entre cette tache au loin et nous, la mer. On hésite à y mettre les pieds. Mais nous ne sommes vraiment pas équipés pour faire trempette avec nos appareils sur le dos. Grâce à mon zoom super puissant (optique + numérique), j’essaie de voir aussi loin que je le peux. Est-ce profond ? L’eau pourrait monter jusque où ? Impossible de donner une réponse. C’est à regret que nous rebroussons chemin et qu’on continue notre route, à pied, directement Saintes Marie de la mer.

Peut-être par dépit, peut-être par tristesse, sûrement par fatigue, je commence à ressentir quelques bobos un peu partout. Après 18 km, j’ai mal aux genoux, aux hanches, au dos… heureusement les pieds ne me font pas souffrir, ou si peu. J’ai bien un petit caillou dans la chaussure gauche qui me gêne et qui commence à m’enquiquiner, mais tant que mes pieds sont vaillants, je continue. Hélas, l’épuisement et les douleurs commencent à saper mon moral. J’ai enlevé le minuscule caillou qui me gênait le talon. Un peu trop tard. Il a formé une cloque à mon talon. Je ne savais même pas qu’on pouvait avoir une cloque au talon ! Mon amoureux doit user de stratagème pour me motiver. Je veux continuer, je veux arriver jusqu’au bout, mais c’est difficile. Très difficile. Surtout que le soleil est à présent magnifique. Rayonnant. Chauffant. J’ai chaud. J’ai soif. J’ai sûrement un coup de soleil. J’ai mal partout. Heureusement, grâce à de la musique entraînante et à la visite de quelques oiseaux et autres petits animaux, je progresse. Nous avançons lentement mais sûrement. Les passages remplis de sable sont vraiment pénibles, mais heureusement, il n’y en a pas beaucoup.

De nombreuses libellules rouge sang nous accompagne tout au long du chemin du retour. Il y a même de temps en temps des couples. Une Rouge et une Verte. Accrochées ensemble. Volant ensemble. Que c’est beau l’amour (rires).

Et puis, un peu plus loin, un autre insecte volant m’étonne. Il est grand, très grand. Un criquet géant !! J’arrive à faire une photo (trois en réalité, mais juste celle-ci où on le voit bien). Si j’aurais aimé qu’une libellule se pose ma main (ça n’est jamais arrivé), je redoutais que cette créature me touche ! Impressionnant ! Assez effrayant au final, même si je pense qu’elle ne me ferait pas le moindre mal.

Enfin, un peu après, ou avant, je ne sais plus, un autre criquet tout brun. J’avais vu quelque chose bouger, mais je ne le voyais pas dans mon viseur d’appareil photo. Mais le coquin a bien été immortalisé :-)

Les deux derniers kilomètres ont été fait en mode automatique. Je ne me suis plus jamais arrêtée pour faire une photo. Si je m’arrêtais, je n’aurais pas pu redémarrer. Mon talon était finalement aussi douloureux que mes cuisses, que mes genoux, que mes hanches et que mon dos. J’ai eu une vague pensée pour le livre de Stephen King : Marche ou Crève. Enfin, l’observation de deux Aigrettes garzette occupées à se draguer (ou étaient-ce des jeunes qui jouaient ??) m’a permis d’oublier momentanément les douleurs. Car je me suis arrêtée pour les regarder, pour les photographier et… j’ai réussi à reprendre la marche. Il ne restait que 15 petites minutes avant de m’écrouler dans notre chambre.

Nous sommes revenus à l’hôtel un peu avant le coucher du soleil. Nous avons marché 7h30 et avalé 26 kilomètres !! J’ai envie de dire que c’était exagéré, mais sincèrement, je ne regrette rien du tout !
Il m’aura fallu 24 heures pour être de nouveau prête à marcher des heures. Et encore, je ne suis pas restée toute une journée sans rien faire.

Le lendemain, mercredi 25 octobre. Je dors mal, les coussins sont trop gros. J’ai trop chaud (malgré la fenêtre ouverte). Je suis réveillée à 5h. Réveillée mais pas levée. Courbatures un peu partout. La cloche au talon est vraiment douloureuse, toute petite, mais oh ! combien pénible à supporter. Ma hanche et genou gauches sont HS. Le petit déjeuner (au rez-de-chaussée, où il m’a fallut descendre une vingtaine de marches d’escalier une patte à la fois) est revigorant. C’est mon amoureux qui m’apporte tout, car j’ai vraiment du mal à me dérouiller. Mais je sais qu’il faut que je continue à faire fonctionner la machine, sinon ça sera pire après. Quelques Paracétamol plus tard, nous prenons la voiture pour nous rendre aux Aigues-Mortes. Marché local et visite du rempart médiéval au programme. Tout ça ! Oui ! Je suis folle (rires).

Le rempart m’a vraiment bluffé. Non pas par les escaliers à grimper (au secours !), mais par les points de vue qu’il offre quand on monte dans les tours. Je ne suis pas une fan de l’Histoire, mais voir ces pierres et pouvoir parcourir l’ensemble de l’édifice, m’a impressionnée. Tout comme de voir ces montagnes de sel ! Ouah !

Le petit tour au marché + faire le tour du rempart = 6 km de marche. Eh oui ! Quand même ! Et sous un magnifique soleil. Si j’avais prévu tout pour la photo, j’avais oublié d’emporter avec moi une casquette. Ce fut pour moi l’occasion d’en acheter une spéciale, de là-bas, avec le symbole de la Camargue, un cheval et un taureau de part et d’autre de cette croix particulière. Pour connaître la signification de ce symbole, je vous invite à aller sur ce site L’Auberge cavalière.

J’ai quand même réussi à prendre une photo d’oiseaux : un adorable couple de Choucas des tours… c’est de circonstance ;-)

Jeudi 26/11/2023. Pour notre dernier jour sur place, il me fallait choisir le lieu à visiter, la balade à faire, les oiseaux à observer. J’ai toujours eu du mal à choisir. Depuis le début, j’espérais secrètement pouvoir (re) voir le fameux Héron pourpré et pourquoi pas, essayer de photographier un rapace, Milan noir ou Milan royal, que j’ai l’occasion de voir en nombre haut dans le ciel ? Alors, j’ai épluché mon guide de voyage et j’ai choisi la Réserve naturelle régionale du Scamandre et ses marais boisés de tamaris. Le livre mentionne que c’est l’occasion de découvrir pas moins de 9 espèces de hérons !! Neuf ! Mais nous sommes au automne, ce n’est pas la saison idéale pour tous les observer, certains sont déjà partis en migration. Et avec un peu, beaucoup, de chance, j’aurai aussi l’occasion d’observer un ou deux milans.

Le parc ouvre ses portes à 9h. Levée tôt, comme à mon habitude, je décide de d’abord faire un tour sur la plage des Saintes Maries de la mer, pour voir si les Aigrettes garzettes se donnent toujours en spectacle et aussi, surtout, pour essayer de faire de plus belles photos de ces Tournepierres à collier que j’avais eu brièvement le temps d’apercevoir au tout début de notre longue balade du mardi. Je ne savais pas de quelle espèce il s’agissait. Entre-temps, j’ai eu le temps de regarder sur le net pour les identifier : des Tournepierres à collier. Le soleil se lève avec quelques gouttes de pluie. Il y a un paquet de Tourterelles turques (photo). Je mets un bon quart d’heure pour arriver à l’endroit désiré. Étonnée de croiser plusieurs personnes, joggeurs et maîtres qui sortent leur chien pour la première balade du jour. Deux pêcheurs également sont déjà sur place. Mon regard embrasse large et je discerne immédiatement trois oiseaux différents posés à un même endroit. Le temps d’un clic et le goéland décolle. Les aigrettes sont toujours là. La scène est répétée. Une troisième arrivera peu après, mais elle se fera rembarrer aussi sec. Des hérons cendrés? Des Grands cormorans. Deux ou trois Goéland leucophées. Le G. leucophée et le G. argenté se ressemblent très fort, si ce n’est la couleur de leurs pattes différente, seul critère qui me permet facilement de les différencier. Le leucophée a les pattes jaunes tandis que l’argenté les a rose.

Et puis, en passant sur le pont, je vois quelque chose qui bouge dans les grosses pierres sur le bord de l’eau. Ce n’est pas un Tournepierre, c’est plus petit, plus fin, plus gris : un Chevalier guignette. Le temps de quatre photos, floues, et il s’en va à tire d’ailes. Voici la moins floue de la série. Enfin, dans les cailloux colorés, « mes » Tournepierres à collier. Une dizaine qui ont la bougeotte affamée. Pffiou, ils me fatiguaient rien qu’à les observer ! Leurs mouvements rapides et l’endroit éloigné où j’étais ne m’ont pas permis de faire les belles photos que j’espérais. Dommage.

8h35, il est plus que temps que je rentre rejoindre mon amoureux pour aller aux marais du Scamandre. C’est quand même à trente minutes en voiture. 9h20, on loupe l’entrée de la réserve naturelle. 9h25, on gare la voiture dans le parking. Il fait mitiger. La fine pluie ne reste pas et la lumière du soleil a un peu de mal à percer la couche légère des nuages gris. Il fait 18°C. La température montera très légèrement pour atteindre 20 degrés fin de matinée. On aura été sur tous les pontons, chemins et « miradors » ou cabanes d’observation. Je n’aurais vu aucun autre héron que le cendré et la garzette (Aigrette). Un bruit incroyable nous a permis d’assister à un envol et un atterrissage d’un couple de Cygnes tuberculés. (photos floues « caca boudin » !) Mais j’ai été ravie d’apercevoir à quatre ou cinq reprises un puis deux Martin-pêcheurs, mais à chaque fois, en vol, avec l’impossibilité de les photographier. J’ai bien pris, je crois, un Milan noir en photo, mais de loin, très loin, très très loin. Enfin, grâce à mon compagnon, j’ai vu un Ragondin, mais mon appareil photo, en mode automatique « intelligent », a buggé sur les roseaux et végétation devant et n’a pas réussi à faire la mise au point correctement sur l’animal. Flute ! À plusieurs reprises, il y avait des panneaux nous prévenant de la présence d’un Butor étoilé (ce héron jaune trapu, massif et maître en camouflage – voir précédent article clic clic), mais hélas, trois fois hélas, je ne l’ai point vu. Je pense l’avoir entendu, il a un « glou » très caractéristique, mais je n’en suis pas moins sûre ! Malgré le peu d’oiseaux observés, c’était une agréable balade, dans un environnement calme, avec, à cette heure matinale, très peu de monde. Quand nous sommes sortis, sur les coups de onze heures, j’ai aperçu dans un champ, une poignée de Hérons garde-bœufs (petits hérons blanc et beige au bec orange qui sont souvent posés sur des ruminants, bovins, chevaux, taureaux pour picorer les insectes qui se trouvent en nombre sur ces grands animaux), posés droits sur des piquets ! Juste le temps de les remarquer, qu’on les dépassait et que je râlais de ne pas avoir eu le réflexe de déclencher mon appareil photo. Crotte de bique !

L’après-midi de ce jeudi, je demande à marcher sur le bord de la route qui mène à Saintes Maries de la mer, car j’y ai aperçu un étang avec des échassiers. J’espère que les oiseaux seront toujours là. Je pense aux Échasses blanches et peut-être à des Hérons garde-bœufs. Les petits hérons blanc et beige ne sont pas là, mais il y a pas mal d’Aigrettes garzettes et d’échasses. Je trouve les Échasses blanches très gracieuses, fines, délicates. Si je me rappelle bien, en 2001 ou 2002, la première fois que je suis venue à Saintes Maries de la mer, j’avais aussi aperçu des Avocettes élégantes. Ces grands échassiers noir et blanc sont de fait très élégants. Les échasses ont les pattes rouges, très longues et fines, tout comme leur bec. Comme nous étions au bord de la route, en sécurité derrière une barrière métallique, il y avait pas mal de trafic et de bruits. À un moment, juste où j’essayais de faire une photo nette (beaucoup de vent), un camion arrive sur ses gros pneus et puissant moteur et effraye tout ce petit monde. On pense qu’une aigrette et une échasse sont rentrés en collision. Mais tous les oiseaux ont pu atterrir non loin, sans perte de plume à déplorer. Rafale de photos, toutes floues malheureusement.

Et voilà, notre petit séjour en Camargue se termine. J’espère que ce récit de voyage vous a plu tout autant que moi. J’espère pouvoir y retourner au printemps. Ou faire un autre voyage « ornithologique » tout aussi magnifique et ressourçant.

À bientôt sur ce magnifique coucher de soleil, vu depuis notre chambre.


Ma série de photos ratées sur le vol d’un Milan noir (je crois)

Une autre série sur des engins volants en métal :-)

Le Parc de Hauster, à Chaudfontaine

Ce matin, pour mon anniversaire, je me suis offert une balade en solitaire :-)

Depuis la maison, j’ai marché, marché, marché, pour arriver jusqu’au parc de Hauster, situé à Chaudfontaine, Liège, Belgique. Je n’ai pas pris le même chemin à l’aller qu’au retour. Il faut savoir varier les plaisirs. Et quelle bonne idée j’ai eu de faire ce détour ! J’ai fais de chouettes rencontres ornitho. Clic-clac, des photos.

J’avais aussi envie de poésie. Courte poésie. 5 – 7 – 5 syllabes. Cela nous vient du Japon. Des haïkus. Oui, dès le réveil, les mots ont chantés dans ma tête. Dès le réveil, j’ai ouvert mes oreilles, d’abord, et puis mes yeux. Quand je me réveille, il fait encore noir. Noir d’encre. Encre nuit. Le soleil n’est pas encore levé.


Croissant de lune
Chant d’un oiseau nocturne
Une chouette

Chante la chouette
Au petit matin d’été
Happy bird day

Le dix septembre
Là une chauve-souris
Croissant de lune

La chauve-souris
Passe devant la lune
Déjà elle s’en va


Au parc de Hauster
Un héron entre deux ponts
Les pattes dans l’eau

Sur le chemin
À côté de la rivière
Un merle noir

Au-dessus de l’eau
Le rire caractéristique
Du pic-vert raisonne


Le soleil se lève
Colore d’un rayon pourpre
Le héron cendré


Un cri craquant
Le héron s’envole
Il le fait savoir


La mouette rieuse
Atterrit sur une pierre
Dans la rivière


Poignard délicat
Qui farfouille dans les plumes
Toilette du héron


Tac-tac je l’entends
Le martellement de son bec
Pic où es-tu ?

Tout petit oiseau
Minuscule boule de plumes
Un des deux pouillots

Un petit pouillot
Perché au-dessus de l’eau
Virevolte

Petite araignée
Sur la barrière en bois
Est rouge sang


Au petit matin
Moment de la toilette
Pour la mouette


C’est au bord de l’eau
Que je vois le plus d’oiseaux
Prendre la pause


Grappe de cormorans
Se repose tranquillement
Au bord de l’eau


Pour clore cette balade d’anniversaire, rien que pour le plaisir des yeux, une grappe de photos avec les mouvements de l’eau et les oiseaux. J’aime entendre ce bruit de l’eau qui chute, des remous, une chanson douce à mes oreilles, une musique relaxante.

Jeune corneille, corneille noire

Je me suis fait un copain. Une copine ? Une jeune Corneille noire.

C’était lors de notre visite au refuge « Animal sans toi…t » dimanche dernier.

On continue avec une comptine ? Saurez-vous reconnaître celle-ci ?

Y a une corneille

Dans le refuge

J’entends la corneille qui crie

Y a une corneille

Dans le refuge

J’entends la corneille crier.

J’entends, j’entends la corneille qui crie,

J’entends, j’entends la corneille crier.

La corneille fait partie de la famille des corvidés : pies, corneilles, geais, choucas, corbeaux, cassenoix, etc. Ce sont des oiseaux très intelligents. Ils savent compter. Ils savent imiter. Ils aiment jouer. Ils font preuve de réflexion. Ils savent apprendre. Ils s’apprivoisent même facilement, car ils ne craignent pas l’homme (certains sont plus timides et plus farouches que d’autres)

Quand j’habitais à Bruxelles, ce qui était bien, c’est que tous les oiseaux et mammifères ou presque tous étaient protégés. Malheureusement, ici en Wallonie, la Corneille comme d’autres animaux sont considérés comme « nuisibles » et les chasseurs et autres énergumènes homidés qui se considèrent à tort comme espèce supérieure aux animaux, les tuent.

Mais passons…

Ma fille et moi, nous arrivons au refuge sur les coups de 14h. On passe par l’entrée principale. Dehors, nous nous dirigeons vers les poules, ce sont par elles que ma fille commence sa tournée. Nic-nac écrasés ou coupés font leur régal. Il y a un petit coq tout mignon, des dizaines de poules de toutes les couleurs et de toutes les plumes, des plus petites aux plus grandes et il y a un géant, un coq impressionnant qui vient toujours tout près, mais qui laisse les autres manger. Il ne s’impose pas et ne beque pas la tête des autres.

Notre routine est bien établie : poules, cochons, chevaux et ânes, moutons et chèvres. Sans oublier Jurassic l’emeu ni Casimir le jeune bœuf adorable. Si nous avons le temps et qu’il n’y a pas trop de monde, nous passons voir les chats pour une séance de câlins.

Nous sommes sur le chemin pour aller vers l’enclos des poules quand nous nous arrêtons. De là où nous sommes, on a vue sur la prairie des caprins (elle est marraine d’une chèvre). Alors qu’elle se demande si de nouvelles chèvres sont arrivées, car il lui suffit d’un coup l’oeil pour repérer les « petits nouveaux », une taille, une couleur differente, moi je cherche du regard un oiseau qui crie. Elle scrute la prairie éloignée, moi je tends l’oreille pour essayer de déterminer l’endroit de ce gueulard 😄 une corneille sans doute, ou peut-être corbeau freux mais le son ne me parait pas si grave. Et entre le vent et mon ouïe déficiente, pas facile d’identifier cette voix. Mais ce qui est sûr, c’est un appel. Appel à l’aide ou appel à manger… peut-être un jeune coincé quelque part ou tombé du nid ??

On est là pour une heure minimum. On vient d’arriver, on fait notre petit tour et on verra bien.

Sur le chemin « des caprins », juste avant, j’entends de manière bien plus nette le cri : c’est un jeune sans aucun doute. Et je le vois rapidement sur le muret. C’est une jeune corneille. Que fait-elle là toute seule, à hurler à plein poumons ? Où sont ses parents ? Je m’approche rapidement et m’étonne qu’elle grimpe toute de suite sur mon bras que je lui présente ! Ma fille est allée donner à manger aux moutons. Je lui demande s’il ne lui resterait pas un petit quelque chose à manger pour l’oiseau qui a grimpé sur mon épaule puis qui s’est installé sur le haut de mon sac à dos. Elle lui donne 3 petits morceaux de banane qu’il engloutit sans la moindre hésitation. Les jeunes corvidés sont omnivores avec une préférence pour la viande pour une belle croissance. Momentanément, quand on n’a pas de viande ou d’animaux mort sous la main, on peut donner de la nourriture pour chats (viande humide ou croquettes humidifiées). Ça tombe bien, nous sommes dans un refuge pour animaux et il y a des chiens et des chats qui attendent une adoption.

La corneille, pas farouche et sans-gêne a grimpé sur ma tête en s’accrochant à mes cheveux. Je la reprends sur mon avant bras. Nous ne pasons pas inaperçues elle et moi. Surtout elle 😄 Je croise une bénévole et je lui dis qu’il faudrait nourrir ce jeune oiseaux… et là, j’apprends qu’il est déjà pris en charge et soigné par une autre bénévole et qu’ils l’ont laissé volontairement là pour lui apprendre la liberté. Il a été trouvé dans cet état avec des plumes bien abîmées (prédateur ? pluie/vent ?). Parents invisibles, il a été récupéré par le refuge. Il réclame à corps et à cris à manger. Tout le temps. Il n’aurait pas pu tomber mieux.

Voilà pourquoi il était si familier avec moi. Il est déjà « apprivoisé ». J’espère qu’il retrouvera la forme, des plumes bien comme il faut, une santé de fer et une liberté dans ses mouvements. Il est fort possible qu’une fois adulte et indépendant, il fasse du refuge, son territoire. Reste à savoir si les autres oiseaux sauvages l’accepteront parmi eux.

Ma fille a fait une vidéo, que je ne peux pas partager ici malheureusement. Mais les photos parlent d’elles-mêmes : un grand bavard qui a de la voix 😄

Observer, photographier, scribouiller

Boule jaune et noire
En suspension
C’est un nid d’araignées
Elles sont nombreuses
Je ne peux les compter
Que les admirer.

Après l’orage
Après la pluie
Après le vent
La boule jaune et noire semble inanimée.
Compacte
Aucun mouvement
Inquiétude
La nichée est-elle morte ?
Du bout du doigt
Le bout de la vie !
Déploiement dans un bel ensemble
Chacun son rôle
Quelle chorégraphie
Fascinée !


Deux tourterelles dans l’arbre
L’amour depuis mon salon
Roucoulements et gestes d’affection
La nature ne ment pas
Le printemps est là
Tardif, mais bien présent
Émerveillement constant.


Dans le ciel, à la mi-mai
Volent les martinets
Longtemps, je sais les admirer
Mais sans jamais réussi à les photographier
Alors, je ne fais que les regarder
Sans jamais m’en lasser.


Ils sont quatre
Et je suis là
Chacun sa place
Près de moi
L’un s’en va
Un autre s’installe
La ronde des chats

Le chat sur la barrière
Parcours d’équilibriste
La pie arrive par derrière
Et frôle le dos de l’artiste
L’oiseau sur sa branche
Le chat évalue ses chances
La pie a bonne mémoire
De toutes les couleurs, elle va lui en faire voir
Scène en blanc et noir
Le chat, sot, garde espoir
Mais la pie est plus expérimentée
Et, surtout, elle aime jouer
Elle s’avance encore un peu
Le félin, lui, n’y voit que du feu
Et d’un bond, il s’élance
Loupe la branche
Loupe la pie
Mon histoire n’est pas finie
L’oiseau s’est envolé
Il n’y a plus rien à regarder
Le chat revient penaud
À la maison, sans un seul bobo
Demain, ils recommenceront
Car le chat n’a pas retenu la leçon.

Le petit chat est blessé
Sa patte arrière, il ne sait plus la poser
Il boîte, il souffre, il saigne
Sa patte est énorme, toute gonflée
Toute seule, je ne peux le soigner
Chez la vétérinaire, il est allée
Des soins et quelques points de suture
Le voir endormi a été très dur
Demain, le pansement je devrai enlever
Et des médicaments lui administrer
Pauvre petit chat à moi
Sois fort et bats-toi
Pour que l’infection s’en aille
Et que tu n’aies plus si mal

Le chat a attrapé un oiseau
Le pauvre, c’est un jeune moineau
Course folle après le chat
« Tu ne m’auras pas »
La victime est encore vivante
Entre mes mains, elle tremble
Après du repos, on tente de la libérer
Mais, envolée vers le sapin, elle est rejetée
Poussé par ses propres parents
Le moineau tombe de la branche
Et s’écrase dans le buisson plus bas
Je le cherche, mais ne le trouve pas
Quand une heure plus tard, ma fille le repère
Pour la deuxième fois, je le récupère
Retour dans son abri, au calme, dans le noir
Petit à petit, je perds espoir
Entre les crocs, les griffes, les épines
Elle en a subit des blessures la victime.
Bien plus tard, le soir, quand tous les chats sont rentrés
Je tente une nouvelle fois de la libérer
Dans sa boîte ouverte, au milieu du jardin
Elle ne tente plus de s’envoler et pépie, sans fin, en vain
Personne ne veut l’aider
Car ses parents savent qu’elle ne peut plus être sauvée
L’oiseau passera la nuit au chaud, dans le noir, au calme
Pour le repos de son âme.

Un peu d’ornitho : A comme ardéidés

Un nom un peu savant qui regroupe plusieurs espèces d’oiseaux : Hérons et Aigrettes que vous devez sans doute connaître et que vous avez sûrement déjà aperçu, vu, observé. Les ardéidés sont de taille moyenne à grande. Ce qui les caractérise : 3x « long » :
Un long cou (en vol et au repos, il est « replié », comme un « S »)
Un long bec (on dit qu’il a un bec en forme de poignard, long et robuste)
De longues pattes (qui sont tendues quand il vole).
Leur cou replié en « S », quand ces grands échassiers volent, permet de les différencier des cigognes et grues qui volent avec le cou tendu.
Dans cette famille, il y a aussi les Butors, Blongios, Bihoreaux et Crabiers, qui sont un peu moins connus.
Certains peuvent vivre une dizaine d’années. Certains sont hélas en net déclin chez nous et ailleurs.

Je vais parler brièvement des quelques échassiers que j’ai déjà pu observer, que je connais un peu. Mes observations se sont faites en Belgique et dans le Sud de la France.

Le Héron cendré est un échassier familier, redouté et mal aimé des pêcheurs car excellent chasseur de poissons. J’en vois parfois un qui se perche sur les toits des maisons de mes voisins. J’en croise souvent lors de mes balades le long d’un cours d’eau.


Son cousin, le Héron pourpré, j’ai eu la chance de l’observer brièvement lors d’un séjour en Camargue, début des années 2000. Ses couleurs chaudes sont magnifiques. Je me souviens qu’arrivée là-bas, j’ai « prié » pour en voir au moins un. Et c’est alors que je n’étais pas du tout préparée à le rencontrer qu’il a croisé mon chemin et qu’il s’est envolé devant mes yeux ! Évidement, c’est toujours durant ces moments que l’appareil photo n’est pas prêt !

L’Aigrette garzette et la Grande Aigrette sont aussi assez communes. La petite est parfois confondue avec le Héron garde-bœuf, mais une fois qu’on a vu les deux, on ne peut plus se tromper :-)

Voici quelques dessins et coloriages. Les beaux coloriages, sont d’une application que j’ai sur mon téléphone. Les dessins plus « maladroits » sont de mes doigts, de ma plume d’amateur. J’ai donc dessiné un héron cendré qui pêche et un héron garde-bœuf qui se trouve sur le dos d’un hippopotame. Ce dernier est bien plus petit que les autres hérons.

Dans les « B », je n’en ai vu qu’un seul. J’aimerais vous parler un peu plus du Butor. De son nom complet Butor étoilé ! Cet ardéidé, je l’ai d’abord entendu avant de le voir. C’était aussi début des années 2000, à Virelles Nature (aujourd’hui nommé Aquascope de Virelles). Je me souviens « comme si c’était hier », avec un étudiant en agronomie, nous avions reçu l’autorisation de naviguer sur l’étang en barque. Une première pour moi. C’était la nuit. Une nuit de septembre. La lune éclairait la rosière et cette lumière naturelle nous suffisait pour nous orienter. On entend un chouette hulotte. J’en entends souvent, mais ne les vois guère. Je souris. Cette petite sortie nocturne promet de belles rencontres auditives et je l’espère visuelles. L’étudiant me dit qu’on a des chances d’observer le butor. Ouah ! Je ne l’ai jamais vu ni même entendu celui-là. Je sais à quoi il ressemble grâce à mon guide d’identification, mais mes connaissances sur lui s’arrêtent là. On est discrets. Calmes. C’est à peine si on chuchote. Nos oreilles sont grandes ouvertes. Des pipistrelles volent au-dessus de nous. La chouette hulule. Mes yeux ont du mal à s’habituer à l’obscurité et en réalité je ne distingue pas grand chose au-delà le bout de la barque ! Mais je n’ose rien dire. Soudain, un « gnou » retentit. Pas la bête mais le bruit ressemblant, phonétiquement à un étonnant et vibrant « gnou ». La voyelle grave s’étire brièvement et s’étale à de nombreux mètres à la ronde. (Ce son, par temps dégagé peut s’entendre à près de 5 km !).

– C’est lui, me dit-il. Le butor. Il n’est pas bien loin. Vraiment tout près. Dans la roselière. Tu vois quelque chose ?

Comment répondre que je n’y vois goutte ?

Je ne réponds rien et sens les battements de mon cœur cogner dans mon corps, toute surprise encore par le son extraordinaire que je viens d’entendre. Je sais le butor ressemblant au héron, donc silhouette plutôt élancée. Comment un son pareil peut-il sortir de ce cou allongé, de ce corps si fin, si fragile j’ai envie de dire ?

Plus de 20 ans plus tard, ce souvenir auditif, ce souvenir de ma première rencontre avec cet oiseau est toujours très présent et précis dans ma mémoire ! J’ai voulu lui rendre hommage par la création de ma première forme en terre, lors d’un atelier d’art-thérapie avec Valérie Bornet.

Dès que j’aurai un peu de temps, je vous mettrai des photos et des illustrations, souvent des peintures, de ces différents oiseaux. D’auteurs connus ou moins connus, mais qui ont su arrêter le temps par leur talent.

Un bain de nature à Cointe

La nature nous annonce la fin de l’hiver : les perces-neige et crocus sont de sortis, ouvrant leurs pétales aux rayons du soleil, les oiseaux chantent, la température est à plus de dix degrés en journée !

Une petite balade sur l’heure de table à midi.

Texte du jour et photos mélangées, de moi, faites à Liège (dans notre jardin à Embourg, dans les parcs à l’île aux corsaires et Hauster ou dans les rues de Chaudfontaine)


Bain de nature à Cointe


Des mésanges, des mésanges, des mésanges
Qui chantent, qui chantent
C’est bientôt la fin de l’hiver
Dans le parc de Cointe, j’ai le nez en l’air
Le nez en l’air, les yeux dans les arbres, les pieds dans la gadoue
Et j’écoute, j’écoute, j’écoute.

Je vois des mésanges bleues,
Elles ne sont qu’une ou deux.
Et puis des longues-queue
Celles-là, elles sont plus nombreuses.
Je devrais les appeler autrement,
Des « orites » que je dois dire maintenant
Mais je n’y arrive pas
Je ne veux pas.
Ces minuscules mésanges ont la bougeotte
Ça vole, ça se pose, ici et là-bas
Ça chantonne, ça siffle, ci et là.
Sur une branche pas loin, une charbonnière
Qui détalle sans faire la fière
S’échappe à mon regard
Ne veut pas me voir. Ne veut pas me voir.

Le chant reconnaissable du rouge-gorge
Qui déploie ses notes mélodieuses
Un sourire au printemps, un espoir des beaux jours
Lui, tout ce qu’il fait, c’est défendre son territoire
D’ailleurs, j’en entends un second
En chant qui lui répond
De l’autre côté du chemin, se faisant face
Face à face, séparés par des arbres et des broussailles
Et puis, il y a moi entre les deux
Les yeux pétillants et joyeux
De les entendre tous chanter, s’égosiller, crier.
Il y a moi entre les deux, seule parmi eux.
Seule parmi eux parce que je le veux

Sur un autre tronc, près du sol, une boule de plumes
Toute petite, toute arrondie, elle est toute brune
Ou presque. Son ventre clair, couleur blanc cassé
Contraste avec le reste.
Un grimpereau, qui grimpe, qui grimpe
Qui fait le beau et qui tourne autour du tronc
De bas en haut, il tourne, il avance, il progresse.
De son long bec fin, des insectes, il en recherche
Sous l’écorce dissimulés, il fouille, il cherche.

Une note flutée, une note, seule et aiguisée
C’est la sittelle qui l’a lancée.
Une note flutée et répétée
Mais elle est bien dissimulée, camouflée, cachée
Je ne la vois pas, mais je l’entends.
Je ne la trouve pas, mais dans mon cœur, elle est là.
Je ne la vois pas, mais je sais qu’elle est là.
Je progresse à mon tour, à pas de velours
Pour ne pas les effrayer, les faire s’envoler.

Le miaulement d’un chat éclate
En plus clair
En plus net
En plus aigu
Nez en l’air
Aucun visu
Je cherche une buse
Mais ça n’en est pas une.
Un imitateur
Un trompeur
Un petit malin,
C’est le geai des chênes
Et ça me plaît ! Sans gêne !
Pas de rapace dans ce parc
Pas ce midi, pas pour aujourd’hui
Mais un corvidé coloré
Qui sait chanter, qui sait tromper

Le temps passe, les nuages s’effacent
Le soleil arrive avec sa lumière vive.
Demi-tour amorcé
Au travail, je dois y retourner
Et sur ce retour, je perçois le tambourinement d’un pic
A dix mètres de moi, je le vois, oui ! je le vois !
Un pic épeiche, en noir et blanc avec le derrière rouge
Tape tape tape du bec et éclate l’écorce
Et creuse des trous
Tape tape tape du bec
Et cherche sa pitance
Et creuse des trous.

Merles et pigeons ramiers
Je ne les ai pas comptés
Ils étaient bien là, avec moi
À distance raisonnable
Sans oser trop se rapprocher
Sans oser trop conter
Sans oser me raconter des salades
Égayant simplement ma balade
Par leur présence fidèle et assurée
Pas timides, ils se laissent observer.

Enfin, sortant du parc, longeant un autre
Sur la dureté du trottoir,
Au loin, un oiseau noir, tout noir
Silencieux et majestueux
Obscurité tout en haut,
Contraste sur le ciel clair
Une corneille fait le guet
M’observe, m’observe
Une corneille fait le guet
Sans réserve, sans réserve.