Survivre au marché de l’emploi : un parcours de résilience

Chercher, se former, évoluer, tout en restant soi-même

Chercher un emploi. Se former. Postuler. Évoluer. Tout en restant soi-même, en écoutant son corps, en prenant soin de sa santé, physique comme mentale. Se respecter.

C’est difficile. Terriblement difficile, dans le contexte économique et social d’aujourd’hui. Quand on a 45 ans et plus. Quand on est une femme.

Car oui, malgré les beaux discours, malgré les avancées proclamées, le déséquilibre persiste. Le jugement, la concurrence permanente, le dénigrement, les critiques… tout cela est bien réel, bien présent.


Je suis arrivée « libre » sur le marché de l’emploi en juin 2025. Durant les six années précédentes, j’avais travaillé à mi-temps (parfois un peu plus) pour le même employeur. Avant cela, une période de formation et de chômage, relativement courte. Et avant encore, j’ai travaillé sans interruption, de fin 1999 à fin 2017.

En six mois, j’ai suivi de nombreuses formations et ateliers pour développer une activité indépendante. Cela n’a pas abouti, pour plusieurs raisons. Après avoir accepté cet échec, je me suis lancée dans une formation longue, à temps plein. J’y suis encore.

Et quinze jours après avoir débuté cette formation, j’ai reçu non pas un, ni deux, mais trois messages : par mail, par courrier postal, et même par SMS, m’avertissant de la fin de mes indemnités au 1er juin 2027.

Trois messages en une semaine. Pour me rappeler que dans 15 mois, je n’aurai plus rien. Avant même de savoir si ma formation aboutira. Avant même qu’un stage soit envisageable. L’État ne nous accompagne pas, il nous compte. Il nous chronomètre. Et quand le temps est écoulé, il nous efface.

Depuis peu, le gouvernement belge a choisi d’ajouter de la précarité à la précarité. Moins de revenus pour ceux qui en avaient déjà trop peu. Des malades longue durée forcés à reprendre le travail. Des jeunes poussés non pas à se former, mais à travailler coûte que coûte, à accepter le stress, la violence morale, parfois physique, juste pour survivre.

J’ai de la chance, je le sais. Je peux bénéficier de deux ans d’indemnités. Mais les instances gouvernementales semblent tellement absorbées par leurs indicateurs qu’elles ne voient pas ce qu’elles engendrent : des dépressions, une perte de confiance en soi, des drames humains.

Si c’est involontaire, c’est une faute grave. Si c’est délibéré, c’est inexcusable.


Même en formation, je postule. Régulièrement. Et souvent, je n’obtiens aucune réponse alors même que mon profil correspond à la fonction. Je comprends la réalité : un poste, c’est parfois sept à dix candidats qualifiés en concurrence. Les employeurs n’ont pas toujours le temps de répondre à tout le monde. Mais quand même. Jusqu’où ce système impersonnel, ce silence institutionnalisé, va-t-il aller ?

Mon compagnon vit la même chose. Au chômage depuis peu, avec des qualifications plus larges et plus spécifiques que les miennes, il récolte les mêmes réponses : le silence, le refus automatique, ou parfois, un espoir fragile, un entretien qui surgit au détour de semaines de recherche.

Et puis, pour moi, il y a eu cette candidature.

Pour la première fois, j’ai reçu une réponse enthousiaste. Vraie. Humaine. J’ai appris que mon dossier avait été retenu parmi 150 autres. Je fais partie des 30 premières. Une deuxième sélection déterminera si je participe à une séance collective, puis à une mise en situation réelle.

Cela m’a redonné espoir, espoir en un employeur qui respecte, espoir en un travail juste, honnête, porteur de sens, en accord avec mes valeurs.

Mais je n’ai pas envie de devoir me battre pour ma place.

Et même si j’apprécie sincèrement les échanges avec la responsable du recrutement, même si je suis fière que mon profil ait émergé parmi plus d’une centaine d’autres, une réalité s’impose, un peu cruelle : je ne suis pas la seule à vouloir un travail qui me ressemble. Je ne suis ni unique, ni spéciale. Pour me démarquer, il me faudra sortir de ma zone de confort, me surpasser.

Est-ce que cela en vaut la peine ? Probablement.

Suis-je prête à mettre entre parenthèses ma formation, longtemps désirée, et un stage dans un domaine qui me tient à cœur ? Je ne le sais pas encore.


Alors, que faire ?

Nous vivons dans un pays qui se dit démocratique. Mais la démocratie ne se limite pas aux urnes, elle se mesure aussi à la dignité qu’elle garantit à chacune et chacun, au quotidien.

Que pouvons-nous faire ? La question reste ouverte. Mais elle mérite d’être posée, haut et fort.

Balade sous la pluie : Retrouver le moral dans la nature

J’ai pas le moral
J’suis fatiguée
La la la (chanson de Bénabar)


Être en formation après une dépression et tromper son mental en prétextant que tout va bien, qu’on va y arriver, c’est se mentir à soi-même.

Quelques grains de sable sont arrivés. Ça a grincé mon rythme, perturbé mon sommeil, grignoté ce mental d’acier que j’avais commencé à reforger.
D’autres petits grains se sont rajoutés, discrètement, timidement, silencieusement.

Devant moi, une plage envahie de sable.
Plus loin, un océan aux vagues tourmentées.
Au-dessus de moi, des nuages de plus en plus sombres.

Et des pensées noir de jais ont commencé à plomber mes idées. Des envies de départ, de fuite en catimini, sans faire d’histoire, vers un ailleurs coloré dans lequel je pourrais enfin me voir.


21 février 2026, huit degrés à dix-neuf heures, pluie fine et peu ou pas de vent. Le temps idéal pour débuter une migration.

Sans transition, dans mes sombres pensées arrive la silhouette d’un crapaud commun, sa peau fine et ses verrues, ses pattes aux longs doigts, son œil globuleux avec son iris orangée et sa pupille, caractéristique, horizontale.

Je devrais sortir, pour aller voir s’ils ont besoin de moi pour traverser la petite rue en toute sécurité.

J’ai du mal à m’activer, mais penser à ces petits êtres fragiles m’aide à ne penser à rien d’autre. C’est peut-être ça, le secret : avoir besoin d’être utile à plus petit que soi. Lampe de poche, gilet réfléchissant, seau en plastique. Je suis prête.

Dehors, j’y suis ! Petite rue en cul-de-sac aux abords d’une forêt. Quelques habitants sensibles à leur cause, quelques mares et étangs privés font le bonheur de nos batraciens et amphibiens préférés.

Peu de monde à l’extérieur. Aucune voiture entrant ou sortant. Quatre ou cinq sont garées les unes à côté des autres ; de la musique s’échappe d’une maison dont la porte vient de s’ouvrir. Il y a de la vie, enfermée, endiablée, portée à haut volume. Ne croisant aucun ami recherché, j’entre dans le bois.

Avant d’avancer les pieds, j’illumine mon chemin pour ne pas en écraser. J’avance donc très lentement. Et puis, là, à trois mètres devant moi, sous ma lumière : un crapaud. Je balaie tout autour de lui.

— Tu es tout seul ? je lui demande.

Il ne me répond pas. Je suppose que c’est un éclaireur venu faire du repérage. Il ne bouge pas d’une patte. Je fais une photo (encodage dans ObsIdentify) et je le laisse tranquille. Il est à l’abri des roues de voiture, pour l’instant, dans le bois. J’avance encore de quelques mètres, mais je ne vois plus personne, ni sur le sol, ni dans les arbres. J’espère toujours secrètement apercevoir une chouette ou un hibou, mais il est sans doute encore trop tôt.

Je rebrousse chemin. Je ne vois plus mon copain. C’était un crapaud commun, un petit mec tout bien comme il faut.

Je sors du bois, je sors de la rue. Aucun autre crapaud ou batracien.


Comme sortir me fait du bien, et je le savais déjà, au fond, je ne pense plus aux nuages noirs malgré l’obscurité de la soirée. La nature a ce pouvoir étrange : elle occupe le corps et libère l’esprit. Chaque pas sur le sol humide, chaque souffle d’air frais, chaque frémissement dans les buissons agit comme un ancrage dans le présent, loin des pensées qui tournent en boucle. Je décide d’aller voir à pied un autre site potentiel. Il y a deux ans, j’avais vu des centaines d’œufs dans le petit étang aménagé par la commune.

Normalement, si je pense grenouille ou crapaud, je n’ai aucune raison de traverser la route. La forêt est encore toute proche, et la Vesdre, cette rivière qui serpente de l’autre côté, n’est pas accueillante pour moi ce soir : trop profonde, trop vive avec ses berges, trop hautes.

Mais l’espoir de voir une autre espèce, un triton ou une salamandre, qui sait, me fait sourire. Que j’aime les Vivants non-humains !

Aucun batracien en vue. Mais là, qu’est-ce donc qui vient de fuir ? Pas eu le temps de voir, juste de comprendre qu’il y avait là quelqu’un, et qu’il a disparu à la vitesse de l’éclair sous le faisceau de ma lumière. Je cherche, je cherche, mais je ne le vois pas.

Zou, un autre ! Tout aussi rapide. Attentive, j’ai eu le temps cette fois de voir qu’il était entré dans la terre.

Entre les brins d’herbe, je discerne une pointe rosâtre avec plusieurs anneaux. (c’est la tête). Minuscule mais long. Sourd et aveugle, sans doute. Sans pattes ni poils. Un long ver de terre. Deux. Trois. Cinq. Je ne les compte plus. Ils sont longs et grands, j’imagine déjà quel festin ça doit être pour les oiseaux et autres animaux se nourrissant de ces proies filiformes et gluantes.

En Belgique, on trouve plusieurs espèces, dont le lombric commun (Lumbricus terrestris) qui peut atteindre jusqu’à 30 centimètres ! On reconnaît l’adulte à son clitellum, ce renflement caractéristique, une sorte de gros anneau plus clair et plus épais, situé vers le premier tiers du corps. C’est lui qui permet la reproduction. (comme sur cette photo, qui a été prise il y a 10j).

Mais au-delà d’être un festin pour les oiseaux et les hérissons, les lombrics sont de précieux bioindicateurs : leur présence, leur densité et leur diversité renseignent directement sur la santé et la qualité du sol. Un sol vivant, c’est un sol à lombrics. Là où ils disparaissent (pesticides, compactage, appauvrissement du sol), c’est toute la chaîne du vivant qui vacille.

Il est temps de rentrer.

À l’aller, j’avais marché le long de l’eau. Le castor n’était pas là, du moins je ne l’ai pas vu cette fois. Au retour, j’emprunte l’autre trottoir.

Petit crapaud, vers de terre, escargot et jeune grande Loche (Arion rufus pour les connaisseurs) se chamaillent dans ma tête remplie de leurs images. Mes pieds avancent sans moi. Ils sont autonomes, c’est bien.

Je passe sous le pont de chemin de fer et là, un mouvement au sol m’arrête net. Deux chats se bagarrant ou jouant ? Sans cri, ils se séparent et courent. Enfin non — un seul court. L’autre n’était pas un chat, mais une chaussure, une basket blanche abandonnée. Mon regard avait automatiquement suivi l’animal fuyant le plus proche. Car tout, dans sa course, dans sa posture, dans son corps, me disait que ce n’était pas un chat.

Il a grimpé le talus et s’est faufilé avec agilité entre les buissons pour se mettre à l’abri derrière la barrière. Puis une tête est apparue. Blanche et brune. Tête arrondie, oreilles arrondies. Ce n’est pas du tout un chat, c’est un mustélidé !

Je n’ai pas souvent l’occasion d’observer ce genre de petit mammifère vivant, écrasés par des voitures, malheureusement oui, alors j’hésite sur l’identification : fouine, martre, belette ? Mais celui-là me semble curieux, ou joueur. Pendant quelques minutes, le temps est ce qu’il est, il me paraît toujours plus long qu’il ne l’est vraiment, il se cache puis se redresse et montre sa tête, pour voir si l’ennemie que je ne suis pas est toujours là.

J’essaie de le prendre en photo. Évidemment, c’est toujours à ce moment-là que les animaux comprennent qu’on veut leur voler leur image, et ils se carapatent. Je fais quand même un cliché en me disant que ce serait bien ma veine s’il est là, caché, que je ne le vois pas, mais qu’on l’aperçoit sur la photo.

J’attends encore quelques secondes, cachée comme je peux avec ma veste réfléchissante jaune fluo. Mais on ne l’aura pas aussi facilement.

Ce n’est qu’après ce moment étonnant que je réalise que l’animal a dû jouer avec la chaussure !


Après cette balade en solitaire, sous une fine pluie et la tête remplie de ces observations furtives, je le sens : moralement, je vais mieux. Pas un instant je n’ai eu la moindre pensée noire, mon esprit entièrement absorbé par ces Vivants, réels ou espérés. C’est là, je crois, l’un des dons les plus discrets de la nature : elle ne guérit pas, mais elle suspend. Elle suspend le temps, les ruminations, la spirale. Elle nous rappelle, sans le dire, qu’il existe un monde immense et indifférent à nos tourments, et que cette indifférence, paradoxalement, fait du bien.

De retour chez moi, je cherche à identifier le mustélidé rencontré. Une fouine. Mal aimée par d’autres, admirée par moi. Même si c’est sans doute une de ses sœurs qui a rongé le câble de notre voiture l’été dernier, je ne peux lui en vouloir. Quelle idée on a quand même d’utiliser des matériaux qui dégagent une odeur de poisson pour fabriquer nos moyens de transport !

L’être humain se vante d’être intelligent, mais il a puisé ses meilleures idées dans la nature et chez les Vivants non-humains ! On appelle ça le biomimétisme. Le nez du train japonais, le Shinkansen, copie le bec du martin-pêcheur. Le Velcro imite les crochets des bardanes. Les structures en nid d’abeille renforcent nos avions et nos bâtiments. La peau du requin inspire des combinaisons de natation. Les termitières ont appris à des architectes à climatiser des immeubles sans air conditionné.

La fouine qui joue avec une chaussure abandonnée et l’ingénieur qui redessine un fuselage en observant un oiseau sont, finalement, dans le même rapport d’émerveillement face au vivant. Le vivant a besoin du vivant, c’est la loi du monde. Mais honnêtement ? Les animaux, eux, se passeraient volontiers de nous. De nos voitures qui écrasent, de nos poisons qui contaminent, de nos vitres qui tuent en silence, de notre trafic qui fragmente, de nos chasseurs qui prélèvent. La liste est longue, et elle me pèse.

C’est peut-être pour ça que je sors, que j’observe sans déranger, que j’aide un crapaud à traverser une route. Faire ma part de colibri, cette petite part dérisoire et obstinée, après tout ce que l’Humain leur fait subir. Ce n’est pas grand-chose. Mais c’est ce que je peux faire, ce soir, sous la pluie, avec mon seau en plastique et ma veste jaune fluo.

Peut-être que ma balade du soir, ce n’est pas seulement du bien-être. C’est aussi une façon de rester en lien avec ce qui nous précède et nous dépasse. La liste est longue, et l’humilité devrait l’être aussi.


Humeur avant balade : 4/10
Humeur après balade : 7/10

Moments magiques dans la nature : observations et apprentissages

Une matinée d’émerveillement : quand la nature devient une leçon vivante

Je me suis amusée hier matin. À marcher, à observer, à être attentive à tout ce qui m’entourait : la nature, les animaux, les végétaux et les champignons. Une balade transformée en exploration grâce à ce que j’avais appris la veille.

Vendredi justement, lors de ma formation, le directeur des CNB était venu partager ses connaissances avec nous. Deux petites sorties sur le site, un jeu pour comprendre qui mange quoi dans la nature le matin, puis l’après-midi, la théorie : biocénose, biotope, fabrication du carbone… Des mots nouveaux qui résonnaient encore dans ma tête.

La biocénose, c’est quoi au juste ?

C’est l’ensemble des êtres vivants – animaux, végétaux, champignons, micro-organismes – qui vivent dans un même milieu et interagissent entre eux. Imaginez une forêt comme une immense colocation où chacun a son rôle, ses relations, ses alliances et parfois ses conflits !

Durant ma balade, j’ai porté un autre regard sur tout ce qui m’entourait. Ces arbres, ces champignons, ces végétaux… sont-ils en concurrence ? En coopération ? En symbiose avec leur « hôte » ? Peut-être sont-ils prédateurs ? À moins qu’il n’y ait là que du commensalisme ou de l’amensalisme (ces mots si savants pour décrire les relations du vivant).

Le mutualisme de la Sittelle

Quand j’ai entendu la Sittelle donner son cri d’alerte pour prévenir les autres habitants de la forêt de ma présence, je me suis aussitôt souvenue de cette technique dite du mutualisme. Comme le geai et le merle, elle joue les sentinelles au bénéfice de toute la communauté. Le martin-pêcheur aussi, que je n’ai repéré qu’à son cri lancé en vol, participe à cette chaîne d’information.

Tac tac tactactactactac. Le martellement du pic épeiche. Il cherche à manger et fait des trous dans les arbres : de la prédation sur les insectes. Tout comme ces bourgeons grignotés, œuvre du chevreuil. Encore de la prédation.

Le grand air qui fait du bien

Il faisait beau, très agréable pour se promener. Quasi toute seule sur une grande partie de ma balade. Cela m’a fait le plus grand bien après avoir joué au taxi et roulé presque deux heures chaque jour, mobilisant mon attention et ma mémoire lors de la formation. Le grand air, il n’y a que ça pour m’aider à prendre du recul, à souffler, à respirer. Je me détends tellement en observant tous ces vivants.

Et c’est étrange comme je parviens à ne plus entendre la route à côté. Je me fonds littéralement dans le bois. Je suis tantôt orite à longue queue, tantôt mésange bleue, ou encore champignon, ou même grèbe, cormoran ou buse !

Premier moment extraordinaire : le pic épeiche

Je l’entends, j’imagine son bec cogner avec force et vivacité le tronc d’un arbre. Je le cherche du regard. Je le vois, tout là-haut, pas bien loin, à l’intérieur du bois.

(C’est fou comme l’Humain est sale – des déchets un peu partout, ça m’écœure. La prochaine fois, je prendrai un sac poubelle. Même si ça me dégoûte de ramasser la crasse des autres, je le fais pour la nature.)

Revenons à quelque chose de plus gai : le pic. Pour une fois, j’ai pris avec moi ma paire de jumelles 8×42 et mon appareil photo bridge. Dans la forêt, par temps magnifique, les jumelles sont vraiment géniales, plus lumineuses. Je peux m’émerveiller des détails de cet oiseau noir, blanc et rouge. Avec le zoom de l’appareil, impossible de déterminer le sexe, mais les jumelles sont formelles : pas l’ombre d’une tache rouge à la nuque. C’est une femelle.

Après l’avoir observée durant un peu plus de cinq minutes, je continue mon chemin. Un chant puissant et caractéristique me fait tourner la tête : un rouge-gorge ! Je le repère immédiatement grâce à son plastron orange. Mais dès que je vise Robin avec mon appareil, zou, il descend d’un étage végétal et devient invisible. Il continue à chanter… Je patiente derrière un arbre, espérant qu’il remonte, mais en vain.

Et là, un oiseau passe littéralement sous mon nez. Le pic épeiche se perche à deux arbres de moi, un peu plus bas que la première fois. Cache-cache réussi, mais j’arrive quand même à lui tirer le portrait encore une fois !

Deuxième moment : les Bernaches affamées

Sur le chemin du retour, toujours le long de l’eau sur le Ravel, je commence à avoir faim. Il est midi passé, cela fait deux heures que je flâne. Je sors de quoi sustenter ma faim – j’en ai encore pour une heure minimum avant de rentrer. Mes biscuits salés sont écrasés dans la boîte. Des miettes tombent sur mon appareil qui pend à sa lanière. D’un geste, je secoue l’appareil, frotte mon pull et ma main.

Tout à coup : Kwa kwa kwa ! Quatre Bernaches du Canada déploient leurs ailes, décollent de l’eau et volent… pile dans ma direction ! Elles restent très bas, à même pas un mètre de l’eau, et se laissent glisser jusqu’à cinquante centimètres de moi.

Pendant quelques courtes secondes, je ne comprends pas. La première, la plus proche, me fixe de ses yeux :

— Tu as à manger pour nous ?

— Ah non ! Désolée, ce n’est pas pour vous, ce n’est pas bon pour vous.

Elles étaient à une dizaine de mètres au début, calmes au bord de l’eau. Mon geste de nettoyage a été le signal : feu vert pour manger ! Hélas, elles ont dû se contenter de me regarder m’éloigner. Elles devaient être très déçues…

Troisième moment : le lézard caché

Quelques cyclistes et joggeurs passent. Heureusement, ça reste calme. Je reconnais le chant de la sittelle et celui du troglodyte. L’application BirdNET m’informe qu’elle a identifié « presque certain » un Grimpereau des jardins, que je finis par apercevoir furtivement grimper le long d’un arbre : brun contre brun. Heureusement que ma vue de loin est excellente !

Je ralentis ma marche. Je longe un mur de pavés et pierres, haut d’un mètre vingt environ, colonisé par toutes sortes de végétaux qui ont profité des interstices. Je distingue une grande toile d’araignée. Une grosse mouche se pose. Aussitôt, je pense à « eux ». Avec la météo printanière en avance, je me demande si les lézards seront de sortie pour se dorer le museau au soleil.

Certains joggeurs ralentissent, tentent d’apercevoir l’objet de ma curiosité. Ils ne voient rien. Mais moi, si ! Un lézard des murailles est là, qui crapahute et trottine en se dandinant comme seuls les lézards savent si bien le faire. Photo. Jumelles. Photo. Jumelles. S’il n’avait pas bougé, je l’aurais sûrement loupé. Ils savent si bien se fondre dans le décor !

Je suis ravie ! Quelle magnifique journée !

Quatrième moment : le ballet des buses

Je suis près de chez moi. Enfin, à deux kilomètres. Cette fois, pas question de passer par la lande – à chaque fois que je grimpe dans ce bois à onze pour cent de dénivelé, j’ai mal au dos pendant quarante-huit heures. Je prends la rue à sens unique qui grimpe bien, mais à mon aise. Pour une fois, je mangerai plus tard, ce n’est pas grave.

Les mésanges donnent de la voix. Elles chantent, chantent, c’est inouï. Je bascule la tête en arrière pour voir, entre les arbres qui bordent la rue, le ciel bleu. Je me dis que ce serait sympa de photographier l’épervier que j’ai déjà croisé plusieurs fois dans les parages.

Sans mentir, je n’ai pas le temps de terminer ma réflexion qu’une large silhouette traverse mon champ de vision : une buse variable ! Elle est plutôt basse. Vite, clic-clic, je tente le tout pour le tout sans passer par les jumelles. Le rapace décrit des cercles de plus en plus larges, de plus en plus haut.

Hé ! Elle n’est pas toute seule ! Deux buses dans le ciel ! Un couple ? J’aurais aimé faire d’autres photos des deux ensemble, mais elles étaient trop éloignées l’une de l’autre pour mon appareil.

« Incroyable ! » Je le dis tout haut. Il n’y a personne pour m’entendre. Tout le monde doit manger à cette heure.

Cinquième moment : la mésange mystérieuse

En parlant de manger, je passe devant une maison qui borde la forêt, sans jardin à proprement parler. En hiver, les habitants donnent toujours à manger aux oiseaux : mangeoires et filets avec cacahuètes. (Bon, je n’aime pas ces filets – les griffes peuvent rester accrochées et l’oiseau piégé peut en mourir.)

Malgré le beau temps et les températures clémentes, il y a du monde au restaurant : mésanges bleues et charbonnières principalement, une dizaine, qui font des allées et retours entre le restaurant suspendu et les arbres de l’autre côté de la route.

J’avise d’abord un arbre envahi par le lierre. Du commensalisme parfait : le lierre profite du support de l’arbre pour grimper vers la lumière sans le déranger ni le blesser, et l’arbre ne reçoit rien en retour. Je fais une photo pour illustrer ce que j’ai appris en formation, pour retenir ces mots nouveaux.

Et puis là, pile devant moi, se pose une mésange différente. Je fais le vœu que ce soit une mésange huppée ou une mésange noire, que je n’ai pas encore immortalisées. Ce ne sera ni l’une, ni l’autre : une mésange nonnette ou boréale. Bien que j’aie lu des articles et visionné des vidéos sur leurs différences, je ne sais toujours pas les identifier avec certitude quand elles sont devant mon nez !

Les vas-et-viens sont si rapides que j’appuie sur le déclencheur sans viser. La mésange avec son « casque » noir, une charbonnière et deux bleues virevoltent entre les branches en ne se posant que deux ou trois microsecondes ! Quand la petite troupe est hors de portée, je regarde si j’ai au moins une photo nette.

Bingo ! Je suis trop contente !

Le bilan d’une balade magique

Je n’en reviens pas d’avoir eu la chance de vivre ces moments uniques, merveilleux et tout simplement naturels. En trois heures et demie, j’ai fait mes 10 000 pas, environ 7,5 km, sans me perdre, en profitant énormément du calme, du soleil, des vivants vibrants tout autour de moi.

Sans être précise, j’estime avoir observé une trentaine d’espèces différentes – animaux, végétaux et champignons confondus.

Bonus : les champignons orange

Une dernière anecdote ? Tout près de chez moi, j’avise au loin des boules orange sur le haut d’un tronc coupé à environ un mètre soixante. Je le sais car je mesure à peine plus et je n’arrivais pas à voir sans me mettre sur la pointe des pieds, bras levés pour faire la photo. C’est sur cet arbre que j’ai déjà identifié un champignon : une pleurote des huitres !

Ici, la couleur est vraiment orange et de loin, ça ressemble à des billes de différentes tailles. Je pense d’abord à un oubli – quelqu’un a oublié ses affaires qu’une autre personne a posées là pour éviter qu’elles traînent dans la boue. Je monte quand même la petite butte : encore des champignons ! La couleur m’étonne vraiment, donc je touche pour être sûre de ne pas confondre avec un objet humain. Mais non.

Grâce à l’appareil photo en mode macro, je peux voir d’autres minuscules champignons tout autour du rassemblement. Il s’agirait d’une Flammulina (peut-être Flammulina velutipes, le collybie à pied velouté, qui pousse souvent en hiver sur le bois mort). Le site observations.be n’est pas sûr à 100 %, donc je doute aussi un peu.


Les interactions du vivant : un enchevêtrement de relations

Durant ma formation, j’ai découvert que la nature est un immense réseau de relations. Chaque être vivant interagit avec les autres, et ces interactions ont des noms bien précis :

Le parasitisme : Une espèce vit aux dépens d’une autre. C’est le cas du gui que j’ai observé en « boules » dans les arbres. Cette plante s’accroche aux branches et puise l’eau et les nutriments directement dans l’arbre hôte. Elle peut l’affaiblir, surtout si plusieurs touffes de gui colonisent le même arbre. Contrairement au lierre qui ne prend rien à l’arbre, le gui est un vrai parasite !

La prédation : Un animal en chasse un autre pour se nourrir. Les traces de Castor que j’ai vues – ces arbres rongés avec les marques de dents bien visibles – témoignent de cette relation. Le castor abat les arbres pour manger l’écorce tendre et les jeunes pousses, et aussi pour construire son barrage. C’est un ingénieur de la nature qui transforme tout le paysage !

Et ces galeries creusées dans le bois mort par les larves d’insectes xylophages ? C’est du parasitisme : les larves se nourrissent du bois. Mais ensuite, le pic épeiche que j’ai observé vient les chercher pour s’en nourrir : voilà la prédation qui s’enchaîne ! Un même arbre mort accueille toute une chaîne alimentaire.

Les cavités que j’ai repérées – probablement creusées par les pics pour nicher – seront peut-être réutilisées plus tard par les sittelles ou d’autres oiseaux cavernicoles. C’est magnifique : le pic travaille, et d’autres en profitent les années suivantes !

Le commensalisme : Le lierre que j’ai photographié en est le parfait exemple. Il grimpe sur l’arbre pour atteindre la lumière, mais ne lui prend rien. Il ne le parasite pas, ne l’étouffe pas. C’est une relation à sens unique : le lierre gagne un support, l’arbre n’y gagne ni n’y perd rien.

Le chèvrefeuille grimpant, lui, c’est plus complexe : en s’enroulant si serré autour du tronc, il peut parfois gêner la croissance de l’arbre, voire le déformer. C’est entre le parasitisme léger et la compétition pour l’espace.

L’amensalisme : Imaginez un grand chêne majestueux qui fait de l’ombre. En dessous, les petites plantes ne peuvent plus pousser par manque de lumière. Le chêne ne gagne rien à leur nuire, il ne fait que… exister. Mais son existence empêche les autres de prospérer.

Le mutualisme : Quand deux espèces s’entraident. Comme la Sittelle qui donne l’alerte et prévient tous les habitants de la forêt d’un danger. Tout le monde en profite, elle aussi !

La compétition intraspécifique :des individus de la même espèce en concurrence pour les mêmes ressources. Ici, vous avez là une véritable colonie de champignons décomposeurs (Stereum subtomentosum) qui colonise ce tronc mort. Tous de la même espèce, ils se disputent l’espace et les nutriments.

La symbiose : deux espèces qui collaborent pour leur bénéfice mutuel. Sur cette photo, le lézard des murailles guette, immobile. Autour de lui, les lichens (taches blanches sur les pierres) ; ces étonnantes associations symbiotiques entre un champignon et une algue qui vivent ensemble et s’entraident.  (et pour rappel, le lézard exerce de la prédation sur les insectes, mouche décrite dans mon texte, pour se nourrir.

La compétition interspécifique : cela se passe avecdes espèces différentes qui rivalisent pour un espace ou une nourriture.  Sur cette photo (où j’ai entouré le Pic épeiche), regardez les arbres. Ils sont en compétition pour la course vers la lumière. Ces arbres de différentes espèces s’élancent vers le ciel. Dans cette forêt dense, seuls les plus hauts peuvent profiter pleinement de la lumière.

Toutes ces relations s’entremêlent dans la biocénose – cette communauté de vivants qui habitent un même milieu. Et moi, ce matin-là, j’étais une observatrice émerveillée.

TELECHARGER le texte et les photos (fichier PDF)

Grève du TEC, ça m’énerve

Tôt, trop tôt, encore trop tôt
Pour aller au boulot.
TEC en grève, depuis des jours,
Des jours et des jours.
Fatiguée de faire le taxi,
Prisonnière dans les files,
Embouteillages monstres,
L’heure qui file sur ma montre.
7h20, on démarre.
Il fait encore noir.
J’en ai marre, j’en ai marre,
Fatiguée de faire le taxi,
D’être à peine éveillée,
Rouler pendant une heure,
Conduire mon fils et sa sœur.
Puis suivre une super formation,
Réfléchir, penser à des actions…
Tôt, trop tôt, bien trop tôt
Pour aller au boulot.
Mais soudain…
Il n’y a encore personne,
Sauf quelques oiseaux qui volent.
Un pic épeiche,
Telle une flèche,
Puis le chant de la sittelle,
Cette belle, très belle demoiselle.
Et ce ciel coloré,
Du soleil qui va enfin se lever.
Et ce ciel coloré
Dilue mon humeur, ma fatigue oubliée.

Phoebe et moi : chronique d’une cohabitation à huit pattes

Le dialogue du dimanche (basé sur des faits presque réels)

Moi : Cacahouète, dis-moi, vous vous êtes disputées Phoebe et toi ?

Ma fille : Quoi ? Non, pas du tout. Pourquoi cette question ?

Moi : Parce qu’elle s’est enfermée dans la salle de bains et qu’elle me semble tourner en rond, comme perdue.

Ma fille : Je crois qu’il n’y a plus rien qui l’intéresse dans ma chambre. Y a plus grand-chose à manger.

Moi : Quand même, je croyais que vous étiez amies.

Ma fille : Bah oui, on l’est toujours. Elle n’est pas bien loin si elle est dans la salle de bains. C’est juste à côté de ma chambre.

Moi : C’est sûr, mais elle n’aime pas l’eau pourtant. C’est comme se mettre volontairement en danger, non ?

Ma fille : Maman, ce n’est pas un Mogwai ! Les Gremlins, ça n’existe pas. Tu regardes trop la TV.

Moi (qui rit) : Et c’est toi qui me dis ça ? Elle est bien bonne celle-là. Dois-je te rappeler que ce n’est pas moi qui ai baptisé Phoebe « d’animal de compagnie » ?

Ma fille : Non, une araignée de compagnie, ce n’est pas la même chose. Nos chats sont des animaux de compagnie. Elle, c’est une Araignée ! Et c’est vrai, on a signé un pacte : elle peut rester dans ma chambre si elle s’occupe des moustiques et autres bestioles qui piquent.

Moi : Hum, hum. Et donc, maintenant qu’on est en hiver et qu’il gèle, elle ne trouve plus de quoi manger dans ta chambre ? Est-ce la seule raison pour qu’elle ait frôlé la mort pendant que je prenais ma douche ?

Ma fille : Qu’est-ce que j’en sais moi ? Je parle pas araignée. T’as qu’à lui demander, toi qui parles avec les chats.

Moi : Ah non, là, c’est toi qui te trompes. Les miaulements et la langue des signes en huit pattes, ça n’a rien à voir.

Ma fille : On n’est pas amies, elle vit sa vie, moi la mienne. On est co-locataires, c’est tout.

Moi : C’est quand même grâce à elle (ou à sa sœur, ou son frère) que tu as pu retourner à la toilette du rez-de-chaussée. Phoebe a de si longues pattes qu’elle peut même capturer d’autres araignées, plus grosses, plus effrayantes pour toi.

Ma fille : Arrête de divaguer, maman. Une araignée reste une araignée. Elle a peut-être bouffé l’autre, ça n’en reste pas moins une co-locaraignée ! Elle a le gîte et le couvert, faut pas en demander plus.

L’incident de la douche (histoire vraie, cette fois)

Tout ça, c’était de la fiction. Enfin… presque.

Parce que Phoebe a vraiment failli mourir pendant que je prenais ma douche. Pour une raison mystérieuse, elle se déplaçait sur le plafond, pile au-dessus de la baignoire. Puis, pour une autre raison tout aussi mystérieuse, elle a commencé à descendre le long de son fil invisible.

Je ne voulais pas la tuer. Vraiment pas. Mais je me suis posé une question existentielle : les araignées ont-elles des tendances suicidaires ? Ou sont-elles simplement dépourvues de bon sens ?

Heureusement, dès qu’elle a senti quelques gouttes d’eau sur son corps filiforme, elle a fait marche arrière et s’est éloignée de trois ou quatre pas… pholquiens.

Petit cours d’arachnologie pour débutants

Qui est Phoebe ?

Phoebe est un nom d’emprunt. C’est mon moyen mnémotechnique pour retenir pholque (Pholcus phalangioides), son vrai nom scientifique.

Les pholques sont des araignées très communes dans nos maisons. Vous les connaissez sûrement : ce sont ces grandes araignées toutes fines, avec leurs huit longues pattes démesurées qui leur donnent un air fragile et maladroit.

On les confond souvent avec les opilions (aussi appelés faucheux), mais il y a une différence importante : les opilions ne sont pas des araignées ! Ils n’ont qu’un segment de corps, alors que les vraies araignées en ont deux.

Le mode de vie des pholques

Les pholques adorent installer leur toile dans les coins et sur les plafonds de nos maisons. Leur toile est irrégulière, un peu brouillonne  (rien à voir avec les magnifiques rosaces géométriques d’autres espèces, comme celle de l’épeire diadème, petite araignée du jardin qui me fascine)

Leur régime alimentaire : moustiques, petits insectes volants et rampants… et même d’autres araignées !

C’est d’ailleurs pour cette raison que ma fille a accepté qu’une pholque vive dans sa chambre : pacte de non-agression anti-moustiques. Un deal gagnant-gagnant, si vous voulez mon avis.

Une chasseuse redoutable

Inoffensive pour l’homme, la pholque possède un super-pouvoir : grâce à ses longues pattes, elle peut capturer d’autres araignées beaucoup plus grosses qu’elle !

Photo qui date de 2017, je ne sais plus qui était la victime

J’en ai été témoin à deux reprises.

La dernière fois, c’était dans la toilette du rez-de-chaussée. Une araignée au corps plus épais — une Clubiona corticalis — s’est aventurée sur le territoire déjà occupé par une famille de cinq ou six pholques.

D’habitude, cette espèce de Clubiona vit plutôt à l’extérieur, dans les bois et sous-bois. Celle-ci avait installé son territoire sous les armoires de la porte d’entrée. Un jour, elle a eu l’idée d’explorer la toilette.

Mauvaise idée.

Elle s’est dirigée vers la toile d’une pholque, pendue maladroitement au plafond. Je l’ai prévenue — oui, je parle aux araignées — de ne pas s’aventurer par-là, de faire demi-tour, de retourner sous son armoire.

Elle ne m’a pas écoutée.

Cela lui a été fatal.

clic sur la 1ère photo pour la voir en grand : proie à gauche, prédatrice à droite

Notre élevage involontaire

J’ai baptisé toutes nos pholques Phoebe. Parce que j’ai beau être une ancienne arachnophobe en voie de guérison, je ne suis pas folle au point de leur donner à chacune un prénom différent.

On doit avoir environ une trentaine de Phoebe à la maison ! Principalement à la cave, au garage, dans la toilette du rez-de-chaussée et dans certaines pièces.

Si j’adore les animaux, n’oubliez pas que je suis une ancienne arachnophobe. Pas folle, la guêpe : je ne vais quand même pas encourager leur reproduction. C’est déjà un élevage involontaire !

La vie de famille chez les pholques (âmes sensibles s’abstenir)

Chez cette espèce, une fois que le mâle a trouvé « sa » femelle et accompli son devoir reproducteur, il doit déguerpir au plus vite au risque de se faire dévorer.

Et ce n’est pas tout.

À la naissance des nombreux bébés, si la nourriture vient à manquer ou si l’espace est trop exigu, cette espèce pratique le cannibalisme familial. Oui, vous avez bien lu : carnivores jusqu’au bout des pattes.

Charmant, n’est-ce pas ?

Pendant que j’écris…

Alors que j’écris cet article naturaliste, quatre Phoebe sont visibles dans mon bureau :

  • Une presque pile pattes au-dessus de ma tête
  • Deux autres un peu plus à gauche, dans le coin
  • La dernière dans le coin opposé, tout à fait derrière moi (je ne la vois que si je me retourne)

Elles me surveillent. Ou pas. Difficile à dire avec ces créatures.

Ce qui est sûr, c’est qu’elles font partie du décor. Et qu’au fond, même si je ne l’avouerai jamais à ma fille, je les trouve plutôt utiles, ces co-locaraignées.

Pour résumer : pourquoi garder des pholques chez soi ?

✓ Elles dévorent les moustiques (argument numéro 1)
✓ Elles éliminent d’autres petits insectes indésirables
✓ Elles capturent même d’autres araignées plus grosses
✓ Elles sont totalement inoffensives pour l’homme
✓ Elles ne font pas de bruit (contrairement aux ados)
✓ Elles ne demandent ni litière, ni croquettes, ni promenade (n’est-ce pas les chats !)

Alors oui, elles ne sont pas très jolies avec leurs longues pattes frêles. Oui, elles font parfois des descentes en rappel au-dessus de la baignoire. Oui, elles pratiquent le cannibalisme familial.

Mais franchement ? Ce sont des colocataires idéales.

P.S. : Ma fille continue de prétendre que Phoebe et elle ne sont pas amies. Juste colocataires. Mais je l’ai vue lui parler l’autre jour. Chut, je ne dirai rien.

Dynamique de groupe : de la théorie à la pratique !

Après six ans à mi-temps, je suis tombée au chômage. Et en dépression. La dépression était là bien avant, mais je ne l’ai pas vue. Adepte du journaling, cette thérapie par l’écriture me trompait. Il m’a fallu vouloir quitter ce monde pour me rendre compte que je n’allais pas bien !

Les oiseaux, les balades, la marche et l’écriture – en plus de suivis thérapeutiques et d’un traitement – m’ont sauvée. J’ai appris à écouter mes propres saisons intérieures et compris qu’en hiver, je dois suivre ma météo personnelle autant que celle de la nature.

C’est ainsi que j’ai débuté fin janvier une formation intensive à temps plein qui se terminera fin novembre. Le thème me parle profondément (comment n’y ai-je pas pensé avant ?), le lieu est idéal – un petit bois loin du centre-ville – et je connais certains formateurs pour avoir suivi avec eux une autre formation il y a huit ans.

Mais voilà : nous sommes treize. Moi qui me sens mal à l’aise au-delà de six personnes ! Heureusement, les activités se font en sous-groupes de trois à cinq. Grâce au cadre, à l’organisation et au rythme qui allie théorie et pratique, après cinq jours, je suis toujours là.

Après une semaine, nous avons été invités à écrire un petit mot « sur le dos » de chaque participant·e. J’avais déjà reçu cette feuille de compliments il y a huit ans. J’étais très curieuse du résultat :

  • Enthousiasme !
  • Pleine d’idées
  • Sans toi, je n’aurais pas pu être là cette semaine, merci 😊
  • Merci pour ta passion communicative
  • Énergique
  • Merci pour le partage de tes connaissances ornitho
  • Merci pour ton sourire et ta bonne humeur
  • Pop-corn naturel
  • Enthousiaste et amoureuse des animaux

Ces mots illustrent ma présence entière durant ces journées partagées.

Je me suis toujours présentée comme effacée, timide, en retrait. Est-ce ma dépression qui m’a transformée, ou les années qui forgent mon caractère ? Lors d’une activité en sous-groupe où j’étais « actrice », je me suis imposée sans le vouloir comme leadership ! Parce que le sujet me touchait, parce que l’affect a pris le dessus, j’ai tenu le crachoir bien plus souvent qu’à mon tour ! Une vraie pie bavarde 😉

Ces activités m’ont fait comprendre que j’avais changé. Pas entièrement, mais oui : même adulte, on peut changer. Grâce ou à cause d’expériences vécues, nos idées et nos actions se modifient.

Hier, nous avons eu la surprise d’entendre que notre groupe de cinq avait été « au-delà de la proposition », que nous avions « dépassé la consigne » ! Sans nous connaître vraiment, après une quinzaine d’heures « ensemble », nous étions sur la même longueur d’onde. Une sorte de jeu de rôles où chacun s’est fondu dans son personnage sans se poser de questions.

Le lendemain matin, ce samedi, le réveil était tôt (merci les chats !). Je n’ai pas réussi à me rendormir : je voulais écrire l’histoire de cette activité.

Moins de deux heures pour écrire cette nouvelle. Tout était déjà là, dans ma tête, dans ma mémoire. Je n’avais plus qu’à arranger les phrases et ajouter des détails pour que tout colle.

J’ai pris un immense plaisir à me replonger dans mon rôle pioché au hasard – un rôle qui ne pouvait pas être plus opposé à mon profil : espionne pour un diamantaire !

Écrire, c’est dans mes veines. Ça coule de source.

Bonne lecture !

Image de couverture imaginée grâce à l’application Stellarium

Vivre en harmonie dans le silence, et en mouvements

Voici un voyage. Un voyage imaginaire.
Une histoire. Une histoire dans ma tête.


Ils dansent tout en haut.
Ils se déhanchent, en silence.
Tout en lenteur, tout en langueur.
Et en silence.
Doucement, ils se penchent.
Avec leurs branches, ils tanguent.
En silence.
Ils sont longs, ils sont fins, ils sont hauts. Souples, ils bougent avec le vent silencieux. C’est mystérieux. C’est langoureux. C’est merveilleux.

Hier midi, durant la pause, il pleuvait. Légèrement. Prendre l’air frais, même sous cette fine pluie, était nécessaire.
En silence.
Marcher, respirer. Marcher, m’aérer. Marcher, souffler.
Me poser, sans prendre la pause. Pas après pas, changer de décor, changer d’horizon. Regarder loin, regarder haut.
En silence.

Aucun oiseau. Aucun chant. Aucun mouvement. Sauf un. Un cri, toujours le même, de cette bruyante corneille. Celle-là, elle fait du zèle. Elle excelle. Avec son bec, avec ses ailes. Elle brise le silence. Ça doit être son métier. Ici dans ce bois, entouré de constructions, de routes, de brouhaha.
Un oiseau noir, ou deux, ou plein, ou plus, qui passent malgré tout inaperçus. C’est l’intelligence, c’est l’adaptation, c’est le jeu, c’est une partie de la vie vibrante et… bruyante. On ne la voit plus, on ne l’entend plus. Alors, dans le silence, elle crie. Elle nous rappelle qu’elle, elle est toujours là. Non, je ne suis pas seule, même dans le brouillard épais de la veille. Jamais.
Elle, elle est là. Elle, ces compagnes et comparses colorés, ceux qui savent chanter, ceux qui savent voler, ceux qui connaissent la vie, en silence ou en bruits. En silence et en cris.

Je l’entends. Je la devine.
Je les aperçois malgré moi. Alors, je lève la tête et je la vois. Mais non, elle se joue de moi. C’est lui, c’est eux que je vois. La cime de tous ces arbres fins, bouger, lentement, presque sans bruit, c’est à peine si je sens le vent sur mon visage… Et pourtant, les arbres, souples, fins, dansent sans fin…

Aujourd’hui, le végétal a piqué la vedette à l’animal.
Demain, est un autre jour.

Corneille qui crie.
Corneille qui vole.
Dans le brouillard, elle est toujours noire, même dans le ciel gris.

En image de couverture, un arbre plein, un arbre vert, un arbre coloré. Sur fond de ciel d’été, bleu et blanc. Parce qu’avec tout ce gris du brouillard, tout ce gris du ciel chargé, tout ce noir qui absorbe les couleurs gaies, eh bien, je rêve de couleurs, de rêve de feuilles bien vertes, de ciel bien bleu :-)

Si vous voulez voir les arbres qui sont la vedette dans ce petit texte, je vous invite à aller lire mon article paru lundi soir.