Découverte des oiseaux en hiver au parc

Dimanche 11 janvier 2026

Chaudfontaine, dernière journée enneigée

Balade interdite aux promeneurs. La grille et le panneau d’interdiction franchis, je compris rapidement la raison : les allées étaient devenues une vraie patinoire.

Je n’étais pas la seule à franchir cet interdit, mais il y avait moins de monde que d’habitude. Froid, mais pas glacial. Bien habillée, au sec. Agréable pour se promener si l’on fait abstraction des glissades occasionnelles.

Le paysage, les arbres, la vie, le parc, le sol… tout est blanc. Silencieux, hormis les voitures sur la route de l’autre côté de la Vesdre. Et puis, les oiseaux chantent. Peu et brièvement, mais ils sont là. Une discussion vient rompre ce charme : un couple parle et leurs voix portent loin. Désagréable pour moi.

Je marche sur le côté, dans la neige, pas sur le chemin verglacé qui crisse sous les pas. Voilà qu’un tout petit oiseau file à un mètre du sol. De petite taille, de couleur sombre, je pense au troglodyte. Trop rapide, je n’ai pas pu l’identifier. Il s’est caché dans un buisson, muet comme une carpe. Devenu aussi invisible que la cape d’Harry Potter.

Je souris et poursuis mon chemin en regardant à ma droite. Il y a souvent un héron les pattes dans l’eau. Pas aujourd’hui. Trop froid sans doute. Je pense alors à Martin, mon copain. Je veux parler du martin-pêcheur. À cet endroit, je le vois presque toujours et quand je ne le vois pas, je l’entends. Mais lui aussi, aujourd’hui, brillera par son absence. Par son silence.

Des colverts et des bernaches du Canada, en veux-tu en voilà. Et, encore plus nombreuses, des mouettes.

Mon petit bouchon* n’est pas visible. Le petit grèbe, le plus petit que l’on peut voir chez nous, en Europe, (grèbe castagneux) doit avoir bien froid lui aussi. Je me demande où il se cache, s’il trouve quand même assez de nourriture ici ou s’il a dû se déplacer plus loin pour se restaurer.

Deux bernaches se sont rapprochées de moi. Elles espèrent sans doute que je leur donne à manger. Moins farouches, ces deux-ci me regardent avec espoir, sans crainte. J’en suis désolée. Je n’ai rien pris à manger…

Quelques mètres plus loin, un rire éclate : une mouette a réussi à attraper quelque chose, un aliment d’assez belle taille. Trognon de pomme ? Morceau de pain ? Autre ? Je l’ignore. J’ai le temps de prendre deux photos, mais le butin reste indéterminé à mes yeux. Chez ces oiseaux, quand l’un a trouvé quelque chose à becqueter, il se fait aussitôt harceler par ses copains – non pour partager, mais pour se faire voler le trésor. S’ensuivent des acrobaties aériennes délicieuses à observer. J’ai toujours le secret espoir que celui ou celle qui a découvert le mets parvienne à échapper à la poursuite. Mais c’est rarement le cas : le butin, s’il n’est pas volé, est tombé, rattrapé ou ramassé par un autre qui n’attendait que ça ! Le chanceux est à son tour poursuivi… Et ainsi de suite. Ça peut parfois durer très longtemps !

À ma gauche, dans le paysage blanc, je vois du brun : de la terre retournée, éventrée au niveau d’un banc en bois recouvert de neige. Je sais qu’il y a pas mal de cyclistes qui descendent du bois, mais la trace des pneus indique que le chemin qu’ils empruntent est juste deux mètres en avant. Je m’approche. C’est impressionnant. Aussitôt une image s’impose dans mon imagination : des sangliers. J’ai déjà vu, il y a presque pile trois ans, le 13 janvier 2023, un sanglier entrer sur le parking d’un immeuble, s’arrêter devant le mur – à quatre ou cinq mètres de moi – et… traverser le double vitrage du cabinet de dentiste au rez-de-chaussée ! Il y a des souvenirs qui marquent au fer rouge, celui-là en fait partie !

Je vérifie que ces bêtes imposantes ne sont plus présentes et j’examine le lieu du crime : la terre gelée est complètement retournée. Je peux remonter la trace du troupeau jusqu’à six ou sept mètres plus haut, dans le bois. Sur le banc, des empreintes, mais pas nettes. Tout me fait penser à la visite de sangliers, mais la certitude n’est pas là. Je fais deux photos pour tenter d’y voir plus clair chez moi.

Un homme courageux, ou fou, passe à côté de moi en courant ! Il fait son jogging habituel… Mais comment fait-il pour ne pas glisser ?

Ti tu ti tu ti tu ti… Une petite mésange chantonne. Du regard, je la cherche et finis par la trouver haut perchée. Une minuscule bleue. Deux, trois… Elle n’est pas seule. Mais trop haute dans les branches pour que je tente une photo.

Par contre, une mésange charbonnière, silencieuse elle, se laisse photographier.

Une photo… L’une de mes résolutions pour 2026 est de faire moins de photos « clic compulsif » et davantage de photos uniques, en mouvement, racontant à elles seules toute une histoire naturelle.

Ce ne sera pas pour aujourd’hui que j’arriverai à diminuer le nombre de clics, quoique … Prévoyante, grâce à ma manie de garder les anciennes photos sur la carte SD – zut, elle est déjà remplie à la moitié de ma balade – j’ai emprunté une carte à mon compagnon, de faible capacité, histoire de dépanner. Grâce à ça et aux températures basses (la batterie se vidant plus rapidement), j’ai globalement fait moins de photos durant ces deux heures de balade. Enfin, tout est relatif (rires).

Car voilà qu’au bout de mon chemin, un groupe de mouettes poseuses me nargue. Quelques photos pour la forme car j’aime ces oiseaux, mais je cherche quand même à ne pas faire un énième portrait standard.

Oh ! Un grand cormoran en vol. Lui aussi, d’habitude visible couramment ici, n’est que peu présent en ce milieu de matinée hivernale.

Je commence à rebrousser chemin. Et là, une grappe d’orites à longue queue ** joue aux top model. De véritables acrobates naturelles. Des mini boules de plumes à longue queue. La vilaine habitude du clic compulsif revient très vite. Zut alors. Mais d’un autre côté, je ne crois pas avoir une seule belle photo nette de cet oiseau qui se déplace si souvent en groupe. Alors je fais des photos : une, cinq, dix… Il y en aura bien une dans le lot qui sera belle, non ? Allez, encore quelques-unes puis je les laisse tranquilles. Une réflexion absurde arrive telle une fusée : heureusement que les oiseaux ne perdent pas leurs couleurs ou leur consistance quand on fait trop de photos d’eux, les pauvres, ils seraient mal servis avec moi…

Je ne sais pourquoi, après cette séance de shooting, je lève la tête. Bingo, pile à ce moment-là, un rapace haut dans le ciel se laisse planer ! Le temps de deux photos (trois en réalité mais la première est floue, bonne pour la poubelle), et il est déjà trop loin pour moi. Je lui trouve les ailes bien larges. Bondrée ? Buse ? Autre ?

Pas le temps de cogiter, j’entends une sittelle donner de sa voix fluette. Mais je ne la verrai pas, pas à ce moment-là. En lieu et place, plus loin, je vois un petit oiseau au bord de l’eau gelée : un rouge-gorge affairé à picorer le sol. Zoom poussé à fond – ce n’est pas l’idéal, mais je n’y voyais goutte dans ces sombres broussailles.

Puis un tout petit oiseau s’amusera à jouer à cache-cache avec moi. Le temps de discuter avec un charmant couple et leur chien fou de neige, la petite mésange bleue se laissera apercevoir de loin, de haut !

Et quasi au même endroit, un turdidé (merle, grives et étourneaux) se fait remarquer. Le temps d’une seule photo… Pas de gaspillage, propre et rapide (rire).

La tête rejetée en arrière et les yeux dans le haut des arbres, je scrute les cimes à la recherche du nid de frelons asiatiques qui a été traité. Il est toujours là, bien entier quoique plus petit, me semble-t-il…

Je commence à avoir les orteils engourdis. Je n’ai pas froid, mais à force de marcher dans la neige, mes chaussures sont détrempées et je suppose que mes chaussettes sont mouillées, même si je n’en ai pas l’impression.

C’est à cet instant qu’un rouge-gorge (le même ou un autre ?) se pose à moins de trois mètres de moi et chante. Il n’a pas l’air d’avoir peur et reste là, face à moi qui le mitraille un peu trop. J’ose avancer de quelques centimètres. Une ou deux photos avec le zoom moins poussé. Encore quelques centimètres et quelques photos plus tard, je finirai par être certaine d’avoir réussi au moins deux beaux clichés de ce chanteur d’hiver. Je le remercie pour sa générosité, je souris et poursuis mon chemin.

Tiens, voilà une sittelle. De loin. Très loin. « On » fait quand même des photos. Plusieurs en se rapprochant néanmoins de quelques centimètres, décimètres, mètre ! Beaucoup, beaucoup trop de photos. Zut, mes deux cartes mémoires sont pleines. Je profite que la sittelle soit bien occupée à taper du bec sur l’écorce de l’arbre pour supprimer une dizaine de photos de vacances. Pour, sait-on jamais, faire d’autres photos d’un autre oiseau que j’aimerais revoir et surtout photographier : le grimpereau ou mon préféré parmi les mésanges, le huppé. Oui, la mésange huppée.

Hélas, je ne verrai aucun de ces deux-là. Mais ce n’est pas grave. J’ai passé un super bon moment avec tous mes amis à plumes.

Je rentre chez moi en m’imposant de trier sérieusement mes photos et de les classer enfin correctement. J’ai du pain sur la planche, vous vous en doutez. Après deux demi-journées, je n’ai pas encore fini…

À bientôt pour d’autres sorties racontées.


*un peu d’étymologie

« Grèbe » vient probablement du savoyard, sans signification particulière, c’est juste le nom qu’on donnait à ces oiseaux aquatiques dans certaines régions.

« Castagneux » vient de « castagne » (châtaigne en ancien français). L’oiseau a été nommé ainsi pour sa couleur brun-roux, qui rappelle celle de la châtaigne. Mais il y a eu confusion historiquement : le nom a parfois été donné au grèbe huppé aussi, mais c’est bien le petit grèbe qui l’a gardé officiellement.

« Petit bouchon » (surnom belge !) est parfait : avec sa forme ronde et trapue, sa couleur sombre et sa façon de flotter à la surface comme un petit bouchon de liège, le surnom lui va comme un gant. Et quand il plonge subitement, il disparaît comme… un bouchon qu’on enfonce !

En anglais, il s’appelle d’ailleurs « Little Grebe » (petit grèbe, très original !) mais aussi « Dabchick », qui évoque justement ses plongeons brusques.

** un peu d’humour scientifique

Orite à longue-queue ou Mésange à longue-queue ? En effet, ce changement de nom a fait grincer quelques dents chez les ornithologues amateurs !

Pourquoi ce changement ?

Les scientifiques ont affiné la classification génétique des oiseaux et décidé que ces petites boules de plumes vives avaient droit à leur propre famille distincte. Résultat : la « mésange à longue queue » n’appartient pas à la famille des Paridés (les vraies mésanges comme la bleue, la charbonnière, la huppée) mais à celle des Aegithalidés. D’où son nouveau nom français : orite à longue queue.

Mais dans les faits…

Physiquement, avec sa petite bouille ronde, son comportement grégaire et acrobate, elle ressemble TELLEMENT à une mésange ! Elle vit avec les mésanges, se déplace avec elles en bandes joyeuses… Alors oui, pour beaucoup de naturalistes de terrain, elle restera « la mésange à longue queue » dans le cœur.

Le pigeon ramier, le collier blanc des jardins

On le croise souvent sans vraiment le regarder. Et pourtant… le pigeon ramier est un oiseau fascinant. C’est le plus grand pigeon chez nous. Un beau costaud, capable de peser jusqu’à un demi kilo ! Adulte, on le reconnaît facilement grâce à :

  • son collier blanc bien visible sur le cou,
  • sa poitrine rose mauve,
  • son bec orange,
  • une barre blanche sur le bord de l’aile (surtout bien visible au vol, sur l’extérieur des ailes)
  • et son œil vert clair, lumineux

En vol, il est impressionnant : large, puissant, avec des battements d’ailes francs. Ses ailes claquent au vent, ça s’entend fort bien. Sa force est réelle, même si, face aux voitures, aux accidents et aux balles des chasseurs, elle ne suffit malheureusement pas toujours…

Il n’y a quasiment pas de dimorphisme sexuel (différence visible entre le mâle et la femelle). Un œil aguerri pourra remarquer que le mâle a un collier blanc plus large et une couleur du poitrail plus vive. Mais pour ça, l’idéal, est d’avoir les deux côte à côte pour pouvoir comparer.

Photo personnelle d’il y a 15j ! Voici un baiser de Pigeons ramiers. Les marques d’affection sont courantes chez cette espèce (et chez d’autres animaux bien sûr). Je dirais que la femelle est à droite, car je lui trouve un collier blanc un peu plus fin que son amoureux :-)

Un roucoulement caractéristique

Le pigeon ramier a aussi une voix bien à lui. Si tu tends l’oreille, tu peux le distinguer de sa cousine, la tourterelle turque.

👉 Le pigeon ramier roucoule souvent 5 fois,
👉 la tourterelle plutôt 3 fois.

Bien sûr, comme nous, ils modulent : le chant change selon le message à faire passer : appel, alerte, séduction… Le roucoulement n’est pas juste un bruit de fond, c’est un véritable langage.

Discret, mais présent

Le pigeon ramier vit près de nous : jardins, parcs, lisières de forêts, campagnes, mer du Nord. Il observe, il s’adapte, il traverse nos saisons, parfois sous quelques flocons de neige comme aujourd’hui sur les hauteurs de Liège, parfois en plein vol d’été, comme sur cette photo prise en juillet, à Nieuport.

Alors la prochaine fois que tu verras passer une grande silhouette grise au collier blanc, prends une seconde pour l’observer. Ce n’est “qu’un pigeon”, peut-être. mais c’est surtout un oiseau fort, sensible et étonnamment expressif.

un pigeon ramier
est passé devant mon nez
zou ! photographié
.


L’image mise en avant pour présenter l’article est également une photo que j’ai faite à la mer, à La Panne, été 2023. On peut voir que les gouttes glissent sur son plumage.

Sous les étoiles, des vœux

Sous un ciel semé d’étoiles,
Je dépose des vœux dans ma toile,
Des rires clairs, des pas plus confiants,
Des rêves fous, des élans bien vivants.

À l’amitié qui nous relie,
À la famille, choisie ou de vie,
À nos animaux, cœurs battants,
Et au vivant, vaste et présent.

Que l’amour guide nos saisons,
Avec passion, écoute et attention,
Que la bienveillance éclaire nos nuits,
Comme des étoiles, fidèles et infinies.

Belle année à vous 

© 01/01/2026 – Cécile Ramaekers

Mon coin de verdure : nature et créativité

Ce matin, nous allons à la maison communale. Pour des papiers. J’ai la chance d’habiter un endroit plutôt verdoyant. La maison communale est situé dans un magnifique petit parc.

Dans le bureau, je fais face à de grandes vitres et au parc.

Une mésange bleue et une charbonnière se donnent malgré elles en spectacle. Elles vont et viennent sur le tronc d’arbre qui est pile devant moi. Je les admire.

A la sortie, je décide de rentrer à pied. A peine dehors, j’observe un grimpereau qui se pose au bas d’un immense arbre et qui … grimpe au tronc en en faisant le tour : je le vois, je ne le vois plus. Je le vois… plus. Il joue à cache-cache ainsi jusqu’aux premières branches. Je passe tout près de lui, à trois mètres. Lentement, je ne le perturbe pas, c’est comme si je n’existais pas. Et c’est tant mieux, je peux l’admirer à loisir. Mais voilà qu’une sittelle lui pique la vedette. Sur le même tronc, ce petit oiseau qui ressemble à une mésange allongée avec son masque de Zorro sur les yeux, descend, elle, la tête en bas. Arrivée trop bas pour elle, elle s’envole et se pose en hauteur de l’arbre à côté, aussi à quelques mètres de moi. Tête en bas, hop, elle redescend. De l’autre côté du tronc, je ne la vois plus, mais je l’entend : tac tac tac. Elle picore l’écorce de son bec long et fin, à la manière d’un pic.

J’ai vraiment beaucoup de chances de vivre dans ce coin. J’ai le temps de dire ça en regardant toujours amoureusement la sittelle quand un autre petit oiseau, tout aussi adorable attire à son tour mon attention : un troglodyte.

Comment vais-je faire pour écrire mon haïku du jour avec ces trois oiseaux ? C’est à ça que je pense quand un geai traverse le ciel et déchire le silence ambiant par son cri perçant.

Des étourneaux sifflotent quelque part, je ne les vois pas, mais j’écoute attentivement cette mélodie extraordinaire qui sort de ces petits becs.

Tout ça pour vous expliquer pourquoi, l’après-midi, j’ai enfin décidé de me remettre à dessiner. Toujours d’après des modèles d’un livre que j’ai chez moi.

Dans le livre que j’ai choisi, il n’y a pas de sittelle, ni de troglodyte, pas plus que de grimpereau. Zut. Alors, je laisse le livre s’ouvrir à une page et le choix est fait : le Clairon des abeilles. Et quand je veux attraper un objet pour tenir la page ouverte, quelques pages du livre se referment. Le Cétoine doré veut aussi que je le dessine. Bon et bien, allons-y !

C’est un signe. Depuis très longtemps, je veux dessiner des insectes. Avant d’entamer un nouveau carnet (que j’avais prévu pour les dessins entomologistes), je poursuis dans le troisième carnet reçu de ma belle-maman.

Nous avons donc un Clairon des abeilles un peu glouton (trop dodu) et un Cétoine doré au régime forcé (trop allongé).

Mis en couleurs par des crayons aquarellables.

Clairons des abeilles et Cétoine doré

Autoévaluation : peut mieux faire (rires)

Image mise en avant : IA

Conflit de territoire

Bureau F.L.I.C. — Felines & Local Intruders Control

Rapport d’enquête – Dossier n° 2025-MHG-2611 : Intrusion répétée en territoire privé

Inspecteur : Minos, division Griffes & Territoires
Assistants : Loki, Orion et Héra
Plaignants humains : propriétaires du jardin concerné

  1. Contexte de l’affaire

Depuis environ deux ans, un individu félin non autorisé, mâle, environ trois ans, pelage blanc et gris, statut : castré mais manifestement sans domicile affectif fixe, s’introduit régulièrement sur la parcelle privée du foyer plaignant.

Motif présumé : recherche d’attention, de ressources alimentaires ou simple goût du chaos territorial.

Selon nos informations, l’individu passe la majeure partie de son temps dehors, privé d’affection et d’occupation par ses humains officiels. Ce mode de vie pourrait expliquer ses comportements à risque.

2. Historique des intrusions

L’intrus procède à des incursions quotidiennes, été comme hiver, sans présenter la moindre autorisation territoriale signée.

Il ignore volontairement les marquages olfactifs apposés par les résidents locaux, pourtant deux mâles castrés participent assidûment au maintien des frontières odorantes.

Des tentatives d’EDF (Expulsions Douces mais Fermes) ont été menées :

  • Dissuasion de niveau 1 : chasser l’individu à voix basse ou en « soufflant » dessus. 
    → Échec complet.
  • Poursuites à pied : intervention humaine de niveau 2.  
    → Aucune amélioration.
  • Projection aqueuse : usage non létal, classé « arme de catégorie H2O ».  
    → Résultats faibles, suspect persévérant.
  • Approche empathique : caresses, communications verbales, rations nocturnes.
    → Le suspect profite du système et continue d’empiéter sur les frontières.

L’intrus connaît donc parfaitement les lieux, leurs points d’accès et les horaires des patrouilles. Un récidiviste déterminé.

3. Dégradations constatées

Minos, agent principal en charge de la défense du périmètre, a subi de multiples affrontements avec le suspect.

Résultats :

  • visites répétées chez la vétérinaire
  • blessures, abcès, antibiotiques nécessaires
  • tensions inter-félines croissantes
  • atteinte sévère à la tranquillité du quartier félin et hausse de stress quotidien

Ce week-end, l’individu s’en est pris à Loki, assistant junior.

Lieu du délit : dans 95 % des cas, le jardin des plaignants.

Fuite du suspect fréquente vers un jardin voisin inaccessible aux forces humaines.

4. Découverte récente

Ce matin, à 06h15, une bagarre aurait éclaté. À 14h, l’enquêtrice humaine découvre au pied du cyprès :

  • plusieurs touffes de poils blanc et roux
  • un fourreau de griffe abandonné
  • aucun oiseau impliqué (fausse alerte initiale : plumes ≠ poils)

Examen sur l’agent Minos : aucune blessure apparente.

Hypothèse : le suspect aurait cette fois subi des dommages et l’agent Minos n’aurait perdu que quelques poils en surplus.

Conclusion et demande d’assistance

Le trouble persiste. Les habitants cherchent un moyen de contraindre le suspect à cesser ses intrusions, sans pour autant perturber la vie et la liberté de leurs propres agents félins.

Toute information, astuce ou technique permettant de repousser un intrus félin opiniâtre, sans nuire aux résidents légitimes, est demandée avec urgence.

Fin du rapport.

Signé : Inspecteur Minos, griffure officielle.

Annexe au dossier n° 2025-MHG-2611 — Interrogatoire du suspect

  • Lieu : Abri de jardin réquisitionné, lampe torche braquée sur le suspect.
  • Participants :
    • Inspecteur Minos (IM)
    • Assistant Loki (L)
    • Suspect Blanc-Gris, dit « Le Vagabond » (V)

IM :

– Bon. On t’a attrapé ce matin, à proximité immédiate du cyprès. Autant dire en flagrant délit d’intrusion. Alors tu vas parler, le Vagabond. Pourquoi tu reviens toujours ici ?

V :

– (hausse les moustaches)  Je reviens, je repars… Je suis un chat libre, moi. Je circule. C’est mon style.

IM :

– Ton style ? Ton style ? Ton style, c’est surtout d’entrer sans autorisation, de te battre avec mes agents et de semer tes poils partout sur la scène de crime.

V :

– (soupire) J’y peux rien, Inspecteur. J’me sens… comment dire… mieux ici que chez moi.

L :

– Tu avoues donc que tu préfères ce jardin ? C’est noté. Motif d’infraction supplémentaire : appropriation émotionnelle d’un territoire autrui.

V :

– Oh ça va, les bleus ! C’est pas un crime d’aimer un endroit où on se sent un peu… pensé, tu vois ? Chez moi… ils pensent pas à moi. Pas vraiment. Je suis là, mais je suis invisible. Ici au moins, y a des voix, des regards, des odeurs qui disent : quelqu’un existe ici. Alors ouais, j’viens. J’viens parce que j’ai besoin. J’viens parce que j’arrive pas à pas venir.

IM :

– (tousse, légèrement ému, mais tente de rester professionnel) Ça ne justifie pas les attaques répétées contre mes agents et contre moi-même !

V :

– Je sais. C’est plus fort que moi. Quand je vois vos marquages partout, j’me dis “tiens, eux au moins ils ont un foyer, une vraie tribu”. Et moi, j’entre, je teste, je provoque… parce qu’au fond j’aimerais presque qu’on me dise : bon, d’accord, pose-toi. Mais bon. Je sais que ça marche pas comme ça.

L :

– Tu veux dire que tu cherches… de la famille ?

(à Minos, à voix basse) Chef, ça devient émotionnellement compliqué.

IM :

Je prends la situation en main.

– (revenant au suspect) Écoute-moi bien, Vagabond. Tu ne peux pas rester ici. Ce territoire est déjà chargé, fertile, disputé. Tu mets nos humains en stress, tu blesses mes gars, tu me cours sur le croupion ! Je n’ai pas que ça à faire, moi !

Mais… (regard sur Loki)… on ne te laissera pas repartir avec rien.

V :

– (oreilles dressées) Ça veut dire quoi, ça ?

IM :

– Ça veut dire qu’on va trouver un arrangement. Tu gardes tes distances. Tu cesses les attaques. En échange… tu reçois un statut. Quelque chose comme… un “visiteur toléré”, mais uniquement sur invitation tacite. Et si un jour nos humains croisent tes humains… peut-être qu’ils leur feront comprendre qu’un chat comme toi mérite plus qu’une porte fermée.

V :

– (baisse la tête, murmure) Ça… ça me va. J’promets d’essayer. Vraiment. Mais faudra parfois être indulgents. J’suis pas habitué à… à être chez moi, tu vois.

IM :

– On fera avec.

Dossier mis à jour. Interrogatoire clos.

Défi Haïku : Écrire un poème chaque jour

Un jour, j’ai découvert un défi sympathique : écrire un haïku par jour durant tout le mois de novembre. Un peu à la façon du NaNoWriMo où il faut écrire x mots tous les jours que constitue novembre; ce challenge poétique m’a fort inspirée.

Nous voilà le 21 novembre. Sans me mettre la pression, mais par envie, j’ai commencé, jour après jour, à noter un haïku sur ce que la journée de la veille m’avait inspiré. Pour ce faire, j’ai mis un soin tout particulier à d’abord choisir le carnet qui allait recueillir toutes mes pensées « nature ».

Le plus petit carnet de Miroukou, avec sa grive musicienne et son haïku en couverture a naturellement été l’élu.

Puis, j’ai commencé à vouloir faire correspondre mes photos aux haïkus imaginés. Je n’ai pas des photos pour toutes les pages et j’ai même eu envie de mettre une photo d’un autre jour mais qui correspond tout à fait au moment que m’a inspiré le petit poème (celui avec les mésanges qui viennent près de nos fenêtres)

Dans mon jardin d’automne, quelques oiseaux et…

Dans mon jardin d’automne
Ça vole, ça vole !
Un rouge-gorge familier
Des moineaux domestiques
Des mésanges bleues et charbonnières
Un accenteur mouchet
Un troglodyte mignon
Des tourterelles turques
Des pigeons ramiers
Des pies bavardes
Des corneilles noires
Des étourneaux sansonnets
Et, au bout de mon jardin, dans le haut cyprès, une quarantaine de frelons asiatiques.

— Même pas peur, dit le rouge-gorge.
— Ça se mange ? demande la pie.
— En tout cas, ça pique ! répond mon chat Loki.

Dans mon jardin d’automne,
Ça vole, ça vole !
Un rouge-gorge familier,
Qui vient, chaque jour, me saluer.

Les moineaux domestiques,
Se font plus discrets quand souffle le vent frais.
Les mésanges bleues et charbonnières,
Viennent toquer à mes fenêtres.

Un accenteur mouchet,
M’émerveille par son chant parfait.
Un troglodyte mignon,
Se glisse au cœur des buissons.

Deux couples de tourterelles,
Quelles tendres demoiselles !
Quelques pigeons ramiers,
Portent au cou un blanc collier.

Des pies bavardes,
Aux chansons criardes.
Des corneilles et des choucas,
Noirs comme Orion, mon chat.

Des étourneaux sansonnets,
Aux reflets changeants, quel ballet !
Et, au bout du jardin, dans le haut sapin
Une armée de frelons, volant, zigzaguant sans fin
Leurs couleurs brillent au soleil magique,
Mais, ces créatures volantes, je les trouve… bien moins sympathiques !


Quelques photos personnelles des oiseaux (la plupart prises dans mon jardin, mais pas uniquement cet automne).

Je n’ai pas parlé du pic épeiche qui nous rend parfois visite, comme une flèche.

Ni du merle qui pourtant est un fidèle visiteur.

Enfin, le geai des chênes aussi, avec ses belles couleurs, qu’est-ce que je l’aime !