Rétrospective 2021, partie 1

2021, pour moi, cela a été :

  • Des lectures
  • Des photos
  • Des activités créatives
  • Des découvertes
  • Des rencontres

Durant 7 jours, entre Noël et Nouvel An, je vous parlerai de mon année 2021.

Ce n’est pas un « bilan », mais simplement des souvenirs de bons moments que je souhaite partager. N’essayez pas d’y retrouver un ordre ou un classement quelconque.


  • La petite fille de Monsieur Linh, par Philippe Claudel. Un livre pour adulte ou adolescent que je recommande vivement ! La fin est tout à fait inattendue. Les personnages, ou plutôt le personnage principal, Monsieur Linh et sa petite fille, sont attachants. L’histoire est bouleversante.

« C’est un vieil homme debout à l’arrière d’un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul désormais à savoir qu’il s’appelle ainsi. Debout à la poupe du bateau, il voit s’éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l’enfant dort. Le pays s’éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l’horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette. »

A l’école, mon fils a reçu cette année une liste de livres à lire durant cette année scolaire. Parmi eux, ce livre ! Il n’y a pas d’étranges coïncidences, juste des signes du destin 😊


  • Le château des Nuages, par Diana Wynne Jones. Ce livre est le second tome, sur trois si je me souviens bien. Le premier, Le château de Hurle, je l’ai lu en 2020. L’animé de Myazaki a été tiré de ce roman. J’ai vu l’animé avant de lire le livre, chose que je ne fais habituellement jamais. Eh bien ! J’ai adoré autant l’un que l’autre. Bien sûr, j’ai voyagé davantage dans les livres au pays de l’imaginaire, mais je n’ai pas ressenti le moindre ennui en lisant ces deux livres. De la magie, de l’incroyable, du fantastique. Que demander de plus ?

« La suite tant attendue du Château de Hurle vous emmène cette fois au sud d’Ingarie, dans les mondes imaginaires des Mille et Une Nuits !

Loin du pays d’Ingarie, dans le sultanat du Rajpout, un jeune marchant se plaît à rêver à une vie différente. Il s’imagine ainsi fils de prince, promis depuis sa naissance à une belle héritière, bien loin de sa vie miséreuse et de son père ingrat, bien loin de son petit étal de tapis. Lorsqu’un beau jour, un étranger lui vend un tapis volant, la vie d’Abdallah prend un tournant pour le moins inattendu. Les péripéties s’enchaînent et le destin de notre héros semble soudain lié à celui de la superbe princesse Fleur-dans-la-Nuit. Pour la retrouver, il part pour une incroyable odyssée, semée de djinns légendaires, de sorciers, de prophéties anciennes… et d’un mystérieux château dans les nuages. »


Des livres, j’en emprunte aussi à la bibliothèque de mon quartier. Et c’est ainsi que j’ai découvert trois livres de Henry Brunel sur « Les plus beaux contes zen ». Zenattitude, contes d’ici et d’ailleurs, histoires d’animaux, sagesse et conseils sages.

Le premier tome s’intitule « Le bonheur zen ». Le deuxième, « La grue cendrée ». Le troisième, « Les plus beaux contes zen, suivis de l’art des haïkus »

Je ne les ais plus sous la main, mais cela ne saurait tarder 😉


  • Dans le bonheur d’aller, est un recueil de plusieurs haïkus des plumes de Jean-Hugues Malineau (1945-2017) et de son épouse Françoise Naudin-Malineau. Ici, je remercie Hervé Malineau, le frère de Jean-Hugues, pour m’avoir fait dédicacer ce magnifique recueil de petits poèmes par Françoise : un vrai bonheur !

« Vous en avez assez de courir sans cesse après le temps ? Ce recueil de haïkus est pour vous. La vie s’y écoule plus lentement, plus doucement, plus intensément aussi. On y croise des nuages rêveurs, des rivières qui musardent, un papillon en prière, des volubilis tourbillonnant comme des derviches tourneurs, des sentiers buissonniers où l’ombre n’en finit pas de jouer à cache-cache avec la lumière…

Ces poèmes, Jean-Hugues et Françoise Malineau les ont écrits ensemble, côte à côte, durant presque trente ans. Le plus souvent, c’était l’été, en Charente, dans ces mêmes paysages hors du temps qui avaient vu éclore les couleurs de leur enfance. (extrait de la préface de Thierry Cazals)

Nos haïkus s’écoutent et se répondent, se font parfois écho. C’est une conversation ininterrompue que chaque lecture renouvelle. (Françoise Nadin-Malineau) »


  • Les oiseaux en BD, tome 2 ! Oui, il est paru, je l’ai lu, et je l’ai tellement aimé que je ne peux que vous le recommander. Je suis certaine que vous allez l’adorer autant que moi. Vous allez apprendre des tas d’informations, certaines vont vous étonner, d’autres vous surprendre, et certaines vont même vous faire rire.

« Ils sont partout autour de nous, dans les airs, dans nos arbres, dans nos jardins. Ils ont même envahi notre langage quotidien : bavard comme une pie, cervelle de moineau, gai comme un pinson…

Qu’ils soient migrateurs, pêcheurs, chasseurs, avec cet album entre humour et vérité scientifique, vous saurez enfin tout ce que vous avez toujours rêvé de savoir sur nos amis à plumes. »


  • Côté manga, en 2021, j’ai lu le 4e tome de Magus of the library. Je vous en parle dans cet article, même si j’ai un peu moins aimé ce dernier tome paru. Disons qu’en réalité, je m’attendais à une autre histoire pour la suite. Elle n’est pas inintéressante, loin de là, mais différente et cela m’a un peu surpris. Dans ce manga, les dessins sont extraordinaires ! Plein de détails, de délicatesse, de poésie !

« Protéger les livres, c’est protéger le monde !

Lors de la dernière épreuve du concours, Shio et ses camarades ont été confrontés à un problème de taille : parvenir à déterminer l’origine d’un texte en un temps record… Grâce à leurs efforts conjoints, et malgré bien des disputes, le petit groupe a réussi à résoudre l’énigme ! Hélas, le trio a perdu de précieuses minutes et a été finalement disqualifié.

Convaincu d’avoir échoué, le jeune garçon retourne dans son village natal et, alors qu’il est sur le point d’abandonner son rêve, les résultats tombent : le voilà désormais apprenti kahuna ! Pour Shio, c’est une toute nouvelle aventure qui débute…

Magus of the library est une ode à la lecture et un formidable appel à l’aventure. Au carrefour des Mille et une Nuits, des récits de pirates et de l’heroic fantasy, c’est un terrain de jeu rêvé pour l’enfant qui sommeille en nous ! »


  • Certaines et certains d’entre vous savez déjà que depuis le mois d’août, je me suis mise au dessin. De manière tout à fait autodidacte, j’apprends à donner vie à des animaux, des paysages ou des bâtiments en les croquant, en les coloriant et/ou en les peignant. Mon préféré de ma première série qui date du mois d’août, est le Lucane Cerf-volant.

A mon travail, j’ai croisé une dame. Une charmante personne avec laquelle je corresponds par courrier depuis quelques mois. Nous avons trouvé plusieurs points en commun et adorons nous donner des nouvelles par la voie traditionnelle du courrier postal ! Avec le petit courrier, elle m’envoie une carte postale d’une série que j’adore. Je les collectionne ainsi. Ne sont-elles pas magnifiques ?

Merci Josiane :-)

Avis de lecture et premiers dons : « La petite fille du Togo », en avant !

La petite fille du Togo est mon dernier livre. Un conte pour enfants. Un conte un peu plus long dans lequel il y a d’autres petits contes d’animaux.

Cette histoire, c’est la quête de Bineta pour comprendre ce qui est arrivé à ses parents. Oui, du jour au lendemain, ses deux parents ont mystérieusement disparu ! Cette petite fille de 5 ans ne sera pas seule dans l’aventure. Aidée d’une marraine de cœur, recueillie par sa tante, conseillée par des animaux et aimée par un tas d’amis, elle va cheminer lentement mais sûrement dans sa nouvelle vie.


« Je le trouve limpide, simple et efficace : les contes coulent bien entre les différentes rencontres et péripéties. L’écriture est belle aussi et accessible à tous les types de lectures. J’aime beaucoup les personnages et les contes. Beau travail !  » Stéphane

 » J’ai vraiment beaucoup aimé l’histoire. J’ai été transporté. Je me répète, mais j’ai lu une très belle histoire.J’aimerais également pouvoir l’entendre de vive voix. » Pierre

 » Ce livre est envoûtant, je n’y suis allée qu’une fois en Afrique, mais je m’y revois grâce à toi, c’est magnifique, mille fois merci. » Renée

« J’ai profité du week-end pour lire  » La petite fille du Togo » et j’ai beaucoup aimé 🥰, son cheminement, les animaux… j’ai passé un moment bien agréable en grand enfant que je suis toujours… très réussies les illustrations et la couverture superbe👌🤩 Merci pour ce bon moment 🙏 » Philippe

Ce livre, est vraiment un projet familial. L’image de couverture, on le doit à ma maman et c’est grâce à mon papa que je vais déjà pouvoir faire un premier don à chacun des trois pays, car il m’a avancé l’argent pour que je puisse commander beaucoup, beaucoup de livres. Comme c’est moi l’auteur qui ai passé la commande, j’ai eu droit à un tarif préférentiel et c’est ainsi que je peux reverser près de 50 % du montant à chaque vente de livre !

Vous êtes déjà plus de 60 lecteurs, lectrices, amies, amis et collègues à m’avoir soutenu dans cette cause qui me touche particulièrement. Soyez-en remerciés chaleureusement !

Avec ce premier don, je suis déjà à 40 % du montant total que je souhaite reverser au Togo, au Bénin et au Burkina Faso. Nous allons pouvoir aider deux familles en grande précarité à démarrer une activité génératrice de revenus et aiderons tout un village à la construction et la gestion d’un poulailler. Aidez-moi à atteindre 100 % et vous nous permettrez également d’aider à la création d’un dispensaire de soins dans le village de mon filleul, au Togo !

Donc, on ne lâche pas l’affaire. J’ai encore besoin de vous !

Ce livre est actuellement disponible :

  • Chez moi, à Chaudfontaine, Liège (je peux envoyer par La Poste + 3 timbres pour un livre ou Mondial Relay + 3,75 euros à rajouter pour les frais d’envoi)
  • Au Human Store de Yalla ! En Avant !, à Chênée
  • à la librairie « Le plaisir de lire », à Embourg

Et bientôt disponible (début décembre) :

  • À la Parenthèse du centre-ville de Liège

J’espère également pouvoir en déposer (courant décembre) :

  • Chez Pax, Liège
  • Livre aux Trésors
  • Librairie jeunesse La Grande Ourse

Atelier d’écriture : racontez un métier

À la mi-novembre, j’ai participé à un atelier d’écriture avec Stéphane Van Hoecke. Cela s’est passé au château du Sartay, à Embourg, Liège.

Je partage avec vous deux textes que j’ai adoré écrire. Le premier est sorti durant l’atelier, sur un temps donné. L’autre est né le lendemain matin, très tôt, chez moi, quand tout le monde dormait. Le premier a été écrit directement sur l’ordinateur, le second, au stylo-plume dans mon cahier d’écriture.

Tous les deux racontent la tranche de vie d’un métier. Nouveau métier. Métier métissé. Mélangé.

Explications :

  1. dresser une liste de 10 métiers (ou plus, au choix) qui existent et qui se compose de deux termes comme « chirurgien des mains », « coiffeur pour enfants », « analyste de données », « illustrateur de BD », etc.
  2. mélanger le premier terme du premier métier avec le second terme du deuxième métier. Renouveler l’opération en mélanger le début des uns avec la fin des autres métiers.
  3. écrire une tranche de vie de ce nouveau métier, « jusqu’au jour où tout bascule »

Vous verrez, mon premier texte a eu du mal à arriver à ce fameux jour où tout bascule. D’ailleurs, je ne l’ai pas terminé. J’envisage de le retravailler pour l’améliorer. Mais ce ne sera pas pour tout de suite.

Le second texte a été imaginé uniquement dans le but d’inclure trois métiers bizarres, mais qui me « parlaient ».

Quand j’écris, je ne fais pas de plan. Souvent, j’ai une idée précise d’un passage, d’un début ou d’un moment bien précis. La suite arrive « naturellement », au moment où j’écris.

Laveur d’insectes

Christophe est laveur d’insectes. Il fait ce métier très pointilleux depuis bientôt six ans. Christophe est un jeune homme plein d’ambition. Sérieux, intelligent et agile de ses doigts, il donne souvent un coup de main à son patron pour que le travail à l’usine soit le moins pénible, le plus rapide et le plus efficace possible. A trente-trois ans, il a déjà fabriqué plusieurs machines :

  • le shampouineur 1.7.-L (prononcé UN SEPT=insecte et puis aile) pour tous les insectes volants du plus petit gabarit (mouchette de la taille d’un millimètre) au plus grand (lucane cerf-volant) qui préserve la fragilité des ailes en leur donnant une meilleure résistance tant aux chocs qu’à la pluie
  • le colorateur PP’ON pour que les papillons retrouvent un éclat coloré dans leurs ailes écaillées. Cette machine en plus de nettoyer délicatement les ailes, de renforcer la couleur d’origine, saupoudre en même temps l’insecte d’une lotion vitaminée qui permet de résister plus facilement aux changements de temps soudain,
  • le savonique BZ-Z, la machine qui savonne les moustiques, avec cloison amovible pour séparer les mâles des femelles. Cet engin a déjà été trafiqué, vandalisé plusieurs fois pour que la cloison qui accueille les femelles se referme soudainement sur ces petites créatures. Là aussi, Christophe a fait preuve d’une maturité et d’ingéniosité en rendant cet engin invisible en été ! (fallait y penser)

Christophe a inventé et fabriqué toutes ces machines et bien d’autres, petites et grandes, dans son bureau qu’il partage avec d’autres fourmis ouvrières. Il est entouré de filles et ce n’est pas vraiment pour lui déplaire. Sa particularité qui fait qu’il a rapidement été embauché, c’est son doigté et sa finesse à travailler méticuleusement. Malgré sa différence aux mains, il a six doigts à chacune de ses deux mains, son employeur n’a pas fait la fine bouche quand il a vu qu’il écrivait avec des pattes de mouche. Il est aussi habile de ses douze doigts qu’une araignée avec ses huit pattes. Les tâches ne sont pourtant pas piquées des vers. Le rythme est soutenu et les besognes pas très gratifiantes. Mais Christophe ne s’en est jamais plaint. D’ailleurs, il aime tellement son travail qu’il vient de dessiner une nouvelle machine pour… les araignées !

L’entreprise 6-Clean, spécialisée dans son domaine depuis 1966, a bonne réputation. Tous les insectes du coin, de la région et du pays tout entier font le déplacement jusqu’ici pour un insect’wash. Nettoyer les carapaces, les pattes et les ailes, 6-Clean en fait son affaire ! Les mandibules sont récurées, les têtes sont bichonnées. À pattes ou en vol, ils font le déplacement depuis toutes ces années, car justement, ils connaissent le patron, de père en fil (FIL comme un fil) qui garanti la sécurité durant tout le processus du lavage.

Les araignées, qui ne sont pas des insectes, car ces bestioles ont huit pattes, sont leur seule ennemie. Petites, sauteuses, velues, grosses ou fines aux longues pattes, ils ne font pas de différence. 6-Clean interdit leur entrée dans leur usine. Depuis 1966, aucune araignée n’a su franchir les portes de la sécurité.

Jusqu’au jour où Christophe, sérieux, intelligent et agile de ses douze doigts, dessine une machine pour elles. Elles, les araignées. Elles, l’ennemie numéro 1 des établissement 6-Clean ! Christophe n’est pas raciste, il aime toutes les bestioles, qu’elles aient quatre, six ou huit pattes. Et cela fait six ans qu’il travaille ici. Six ans. Le temps maximum pour chaque travailleur, ouvrier ou employé ! Christophe, sérieux, intelligent et agile de ses douze doigts, se dit qu’il pourrait travailler durant huit ans et aider ainsi les araignées. Huit pattes-huit ans. Pour lui, le compte est bon.

Christophe ne sait pas que son contrat va s’envoler, se brûler, se consumer, disparaître. C’est ainsi. C’est comme ça chez 6-Clean. Après 6 ans, à la date anniversaire, pffuuiiit, le contrat s’arrête.

Il est dix-huit heures, six heures. L’heure de la fermeture de l’usine. Christophe est encore dans son bureau. Mais il est tout seul. Les fourmis ouvrières, ses petites copines, sont déjà parties.

Christophe est assis sur sa chaise, l’imprimante 3D qui lui sert dans toutes ses inventions va aussi s’arrêter. Elle a un minuteur qui fait que dès que dix-huit heures sonnent, l’électricité se coupe et tout le bâtiment se met en veille. Christophe le sait ça. Il l’a anticipé. Il a apporté une batterie portative qu’il branche sur l’imprimante 3D pour la rendre autonome.

Le bidouillage fonctionne bien. Il fait calme dans les bureaux, il ne reste que sa petite lumière qui est allumée ainsi que celle du patron qui est à l’étage. Il sait qu’il doit faire vite pour terminer d’imprimer. Il veut offrir cette machine à son patron.

Christophe ignore tout de la fin de son contrat…

Quand sa montre automatique indique dix-huit heures et six minutes, il sent comme un cocon se former tout autour de lui. Il comprend qu’il va se transformer, qu’il va évoluer. Il ne savait pas que ça pouvait lui arriver à lui aussi, mais après tout, il travaille depuis tellement de temps avec les insectes que plus rien ne l’étonne vraiment. Christophe est sérieux, intelligent et agile de ses douze doigts. Vite, il appuie sur un bouton de l’imprimante 3D pour accélérer le travail d’imprimerie. Sa petite machine pour les araignées va faire un tabac ! Il en est persuadé.

Christophe est sérieux, intelligent et agile de ses douze doigts. Mais il est aussi un peu naïf.

Son sixième doigt glisse malencontreusement sur une autre touche de l’imprimante. Le cocon a atteint sa taille et l’empêche de tendre son bras comme il aurait aimé le faire. L’imprimante crachote, zozotte, bzzobzotte. Une étrange fumée sort de l’objet imprimé. L’appareil que Christophe a imaginé est stoppé net. La boîte n’est pas terminée. Mais à la place, une, deux, trois, quatre… cinq, six… sept, huit pattes sortent de la tête d’imprimante. Une araignée géante, blanche, faite toute de plastique s’extirpe de la machine. De ses huit pattes mobiles, elle crapahute partout et se glisse dans le cocon de Christophe. Par une agilité et une rapidité incroyable, l’araignée détricote le cocon et libère ainsi son créateur. Une alarme sonne. Huit fois. Huit bruits horribles sont vomis par les haut-parleurs des établissements 6-Clean.


Vendeur de courriers, chercheur de timbres, laveur de lettres d’amour

Cette histoire se passe au présent. Aujourd’hui, en 2021.

Voilà des années que certains métiers sont oubliés. Tombés en désuétudes à cause de la technologie, tu Temps qui passe et qui s’efface toujours de plus en plus vite.

Damien est professeur des écoles. Un métier d’actualité qui existe depuis de nombreuses années et qui, dit-on, n’a pas changé. Mais il a changé, pas beaucoup pour les élèves mais pour les professeurs : oui ! Ils sont de moins en moins écoutés, respectés, aimés.

Et Damien, professeur depuis près de treize ans, en a sa claque de devoir toujours s’écraser face aux étudiants qui le bousculent dans ces couloirs surpeuplés, il en a marre de craindre des parents qui se croient « meilleurs », « plus intelligents », « plus éduqués » que lui alors qu’ils ne savent pas élever leur gosse avec les valeurs de base.

Damien est petit pour un homme : un mètre soixante-cinq, de corpulence normale, la vie ne l’a pas épargné en lui donnant un visage lisse et beau avec une voie aigüe. Hypersensible, il ne supporte pas qu’on touche à ses cheveux, son visage ou son corps. Il porte donc de longs cheveux qu’il laisse pendre sans jamais les attacher. Des cheveux lisses comme sa peau, soyeux comme du duvet.

Il ne s’en fait plus des remarques sur son physique et il a l’habitude qu’on le prenne pour une femme. Surtout depuis février 2020, où, avec l’arrivée de la crise sanitaire, des confinements et du port du masque, on ne distingue plus beaucoup sa barbe et sa moustache soigneusement taillée quotidiennement.

Damien enseigne l’histoire. Cette matière pourtant détestée quand il était lui-même un étudiant imberbe, s’est révélée à lui au travers de la littérature, des correspondances entre tous ces acteurs et toutes ces actrices qui font partie de l’Histoire.

Mais il sait qu’aujourd’hui, fin 2021, l’Histoire, le cours, cette matière scolaire qu’il enseigne, de manière identique depuis treize ans, n’a plus sa place ici.

Ici dans sa classe, oui c’est la sienne, dans cet établissement scolaire.

On est à la mi-novembre et cette dernière rentrée scolaire sera la dernière tout court pour Damien. En cachette, il préparer sa prochaine rentrée. Elle se fera en janvier. Oui, il va démissionner, abandonner son métier pour enfin faire ce qui lui plaît vraiment, ce qui le fait vibrer.

En réalité, il hésite entre trois orientations :

  1. Vendeur de courriers
  2. Laveur de lettres d’amour ou
  3. Chercheur de timbre

Trois métiers oubliés, trois métiers perdus de vue, à cause de l’informatique. Ah ! La technologie a du bon, mais comme pour toute chose, elle a le revers de la médaille.

  • Je vais recréer un métier. Mon métier ! dit-il sûr de lui.

Comme pour lui, « choisir, c’est renoncé », il décide de ne pas choisir et de faire ces trois métiers.

  • Je serai polyvalent, car j’aime les tâches diversifiées. Je serai patient, car je sais que le bonheur ne se construit pas en un jour. Je serai le seul spécialiste de ces métiers oubliés, le seul, l’unique, c’est ça ma niche !

Grâce à ses compétences de professeur, grâce à son expérience professionnelle dans l’Histoire, il sait ce qu’il doit faire pour commencer.

Et c’est ainsi que Damien progresse dans son nouveau chemin. Il a choisi son destin, il s’est pris en matin et ne regrette rien.

Le temps passe.

Nous voilà en janvier. Damien n’est plus professeur. Peut-être l’avez-vous déjà croisé dans la rue. Tantôt, vous pourrez peut-être le voir fouiller dans les boîtes aux lettres à la recherche de véritables anciens timbres, ces petites images qui n’ont déjà plus de dents et que l’on colle encore parfois dans le coin supérieur droit de certaines enveloppes.

Si Damien en trouve, vous le verrez alors bondir de joie, examiner le courrier en question ; et le dissimuler rapidement – mais pas discrètement – dans sa sacoche qu’il a lui-même cousue.

Tantôt, vous pourrez peut-être le voir, à l’inverse, vendre du courrier. Comme autrefois, il le fera « à la criée » : il criera en deux ou trois mots le sujet de chaque enveloppe. Dans des enveloppes de papier de couleur différente, il vous proposera une lettre d’encouragements, de félicitations, de condoléances, de demandes de pardon ou même des lettres de famille, quand certains se sont perdus de vue depuis déjà bien trop longtemps.

Damien vend ce courrier au plus offrant, au plus pressé, au plus embarrassé, au plus tête en l’air.

Quand il vend son courrier, Damien installe sa petite échoppe ambulante à la sortie des bouches de métros ou aux pompes à essence, en ville. Une fois par mois, généralement dans les derniers jours, quand c’est la fin des haricots, il se rend à la campagne et là, il fait sa B.A. comme il dit :

  • Oui, je fais aussi du bénévolat et j’offre des mots doux, des mots de réconfort, des mots accompagnants, des chauds mots-mots à toutes ces personnes âgées et isolées à qui personne ne pense… sauf moi !

Damien a un grand cœur, oui ! Car en plus de son bénévolat à la fin de chaque mois, il fait aussi de grosses promotions sur ses courriers qu’il vend à la criée. Des promotions réservées à toutes ces familles qui survivent dans ces cages à poules, ces clapiers comme certains appellent ces H.L.M.

C’est à cette charmante clientèle défavorisée qu’il offre ses services de laveur de lettres d’amour.

  • Car, voyez-vous, c’est souvent ceux qui ont le moins de moyen qui en ont le plus besoin !

Peut-être que si vous croisez Damien à la sortie de ces quartiers abandonnés, il vous racontera l’histoire de sa première lettre d’amour qu’il a lavée. Moi, je l’ai croisé une fois, Damien. Enfin, je crois que c’était lui, des gars comme ça, ça ne courre pas les rues. Surtout que depuis le temps, beaucoup trop d’eau a coulé sous les monts et détruit des maisons. Entre tous ces évènements, je finis par perdre mon latin et le jour qu’on est…

Cette première lettre d’amour que Damien a lavée a été le début d’une grande histoire d’amour. Elle était timbrée cette lettre, au sens figuré. Elle s’enflammait pour un oui, pour un non. Elle crachait ses mots à n’importe qui, car elle n’avait aucun prénom, aucun nom, aucun destinataire noté sur sa face. Elle se chiffonnait d’impatience, elle se mettait en boule et pouvait exploser d’une colère bleue d’encre si elle n’arrivait pas à capter l’attention.

  • Quand je l’ai trouvée toute chiffonnée dans la rigole de ma rue, l’encre avait coulée, ses larmes bleues dégoulinaient sur les mots. Elle en avait bavé la pauvre. Je l’ai ramassée délicatement. C’était le printemps, je me souviens, il n’avait pas plu depuis trois jours et pourtant, mes mains étaient trempées de tristesse.

Damien a les yeux perdus et humides quand il me raconte cela.

  • Avec d’infinies précautions, avec des gestes lents et tremblants un peu quand même, je l’ai déchiffonnée, remise à plat, caressé son papier tout embrouillonné. Et je lui ai parlé. Chuchoté. Confié. Oui, je l’ai aimée immédiatement. Ça a été un véritable coup de mot, comme le coup de foudre, mais en lecture.

Damien m’explique qu’il est aussitôt rentré chez lui. Ce jour-là, il n’a fouillé aucune boîte aux lettres. Ce jour-là, aucun timbre ne s’est rajouté à sa collection. Ce jour-là, il a, pour la première fois, lavé une lettre d’amour.

  • Je l’ai d’abord fait sécher à l’air libre. Heureuse d’être l’objet de toute mon attention, les larmes se sont taries et j’ai pu commencer à la défroisser. Lentement. Doucement. Patiemment. Quand elle a vu que je voulais l’aider, elle a accepté de se coucher entre deux papiers-buvard, puis pressée dans mon herbier.

Damien me raconte comment il a nettoyé les boulettes, les pâtés et autres taches dues aux larmes. Comment il l’a frictionnée avec une gomme pour effacer toute ligne grise, mine sombre et essai raté. Avec son plus beau stylo-plume, il a choisi une cartouche d’encre de la même couleur, du même ton qu’elle avait sur elle.

  • J’ai fermé des boucles, j’ai accroché des tirets, j’ai déposé des petits points là où il n’y en avait plus. J’ai ensuite écrit un prénom juste avant la virgule tout en haut, où il y aurait dû avoir un destinataire. J’y ai mis le nom de ma mère qui a perdu son mari d’un cancer. Quand le cancer a gagné la guerre, le cœur de ma mère s’est refermé à double tour, et la clé, elle l’a jetée.

Damien pleure à son tour. Mais ici, ce ne sont pas des larmes de tristesse, mais des larmes de joie.

  • Ma première lettre d’amour que j’ai lavé a permis à ma mère d’aimer à nouveau !

Vous qui me lisez, continuez à écrire, envoyez des lettres d’amour à laver, collez des timbres, postez des courriers !

Oui : aimez !

Écrire en pleine conscience avec ses sens en éveil

Ou comment partager une tranche de vie de manière plus… comment dire ? Plus poétique ? Plus émotionnelle ? Plus émerveillée ? Plus en lien ?

Ce matin, très très tôt, j’ai pu prendre du recul avec le monde qui m’entoure. J’ai pu faire un saut dans le passé. Oui, dans le passé. Le temps que j’écrive ce que je « ressentais », ce que je « voyais » en repensant simplement à un moment précis, hier soir.

En réalité, nous faisons toutes et tous cela : un saut dans le passé en évoquant des souvenirs, un saut dans le futur en imaginant l’avenir.

Depuis peu, j’essaie de profiter chaque jour de l’instant présent. Et petit à petit, j’y arrive !

Avant-hier, dans la fin de l’après-midi, j’étais là au bon endroit, au bon moment. C’est-à-dire chez moi, assise au salon, dans le fauteuil une place placé face à la fenêtre. Je ne faisais rien de spécial. J’ai du mal à « ne rien faire ». En réalité, je naviguais sur mon téléphone dans le dossier « photos » et je supprimais, et je regardais, et je recadrais et je classais… En réfléchissant à mes collages créatifs et expressifs, je lève la tête un instant et je vois. Je me doutais qu’il devait apparaître. Je l’avais dit quelques minutes plus tôt à mon fils : avec cette pluie et ce soleil, on devrait voir un joli arc-en-ciel. Je n’ai pas réfléchi longtemps avant d’abandonner mon activité, de me lever, de sortir mon appareil photo, d’ouvrir la fenêtre de mon salon et de capturer ces couleurs du bonheur, cette magie impalpable, cette vue que nous aimons toutes et tous.

Et puis hier soir, j’ai encore vécu un présent, un cadeau de la nature. Encore une fois, j’étais dans mon salon, dans ce fauteuil à une place placé face à la fenêtre.

3 novembre 2021. Bientôt 21h. C’est déjà la nuit. J’entends la pluie frapper le sol dans la rue, les gouttes s’écraser sur le toit de ma voiture garée devant la maison. Sur les fenêtres du salon double vitrage, c’est le silence. Le lampadaire sur le trottoir éclaire le bitume et le métal des voitures d’une lumière jaunâtre, fausse, humide de nuages trop lourds.

Au salon, ma pièce préférée pour son usage multiple, son confort et sa créativité foisonnante, je m’installe en tailleur dans le fauteuil à une place. Ma position change rapidement pour me sentir plus à l’aise. Le dos contre un accoudoir, les fesses parallèles à ce dernier sur le coussin d’assise et les jambes par-dessus l’autre accoudoir, je me glisse dans ce mobilier vieux de plus de 12 ans, dont le tissu est recouvert d’un plaid tout doux.

Et j’ouvre mon livre. Lecture du soir, rituel habituel, quotidien, pour me préparer à une nuit rapide peuplée de songes extraordinaires, bizarres, angoissants ou merveilleux.

Le livre, mon trésor, mon voyage, mon ami. Malgré sa taille et son volume plutôt imposant pour mes doigts remplis d’arthroses avancée, n’est pas trop lourd entre mes mains. Le papier est léger, d’un blanc cassé qui ne me fait pas mal aux yeux. Lecture agréable d’une histoire pour enfants remplie de magie. Un livre que j’ai trouvé dans une grande librairie au rayon jeunesse au centre de ma ville. Un livre, une histoire que je ne cherchais pas à avoir. Ce jour-là, frustrée de ne pas avoir pu aller flâner dans une autre boutique de livres, spécialisée dans les bandes-dessinées et les mangas neufs et d’occasion qui était fermée pour cause d’inventaire, j’ai dépensé sans compter dans ce magasin reconnu de la ville et bien au-delà.

Je lis ce livre avec plaisir. L’histoire m’emmène dans un monde étrange, doux mélange d’une réalité possible et de l’univers d’Harry Potter. Un monde où magiciers et quiétons (des gens normaux quoi, vous et moi) se côtoient, où la magie existe, mais est gardée secrète et où elle ne se voit pas par les « autres ». Dans cette histoire, un chat génial et particulier, une grand-mère extraordinaire et un adolescent, des adolescents, attachants.

Ce sont principalement ces deux-là, le chat et la grand-mère, dans cet univers fantastique qui m’a fait dépenser près de vingt euros pour ses 400 pages. Mais la couverture est tout aussi magnifique. Avec son titre et le nom de l’auteur en relief. Avec les couleurs dorées de certaines lettres, ça pétille dans le regard. Et puis les illustrations sont tout aussi magiques : un chat blanc aux longs poils et au sourire coquin, des livres précieusement gardés par une végétation vivante et foisonnante, un manoir aux pièces éclairées dans une nuit de pleine lune et un personnage représentant la mort qui a le dos tranquillement posé tout contre un sablier gigantesque.

J’arrive sur la fin. Page 333 sur les 409, chapitre 25 sur 30 de « Magic Charly, l’apprenti » ; de Audrey Alwett.

«  Pendant deux heures, ils tentèrent de désherber la boutique. Sapotille tâcha aussi de prélever des livres dans la bibliothèque et se fit mordre. Quelques ouvrages s’étaient déjà accrochés à des branches et se prenaient pour des fruits. Sapotille parvint à en cueillir trois ou quatre qu’elle disait être particulièrement précieux.
– À mon avis, Maître Lin va très mal, dit-elle avec angoisse. Sinon, sa boutique ne serait pas dans un état pareil. »

Et puis, alors que je lis le nom de « Maître Lin » et pense aussitôt à cet autre livre « La petite fille de Monsieur Linh », de l’auteur Philippe Claudel, j’entends comme des trompettes légères et discrètes.

Dans ce salon silencieux où je suis seule à profiter de cet instant magique, je referme temporairement mon livre en glissant un index entre les pages 352 et 353 et tend mon oreille droite vers la source de ce bruit familier mais que je ne reconnais pas immédiatement, mon cerveau étant encore immergé dans une autre dimension…

Ces cris ressemblent un peu à ceux des oies dans le film « Donne-moi des ailes », de Nicolas Vanier que j’ai enregistré plus tôt à la télévision et regardé il y a quelques jours (et livre que j’ai lu il y a quelques mois !). Mais ces cris sont un rien plus aigus, plus brefs, plus claquants je dirais. Je tends mon oreille droite vers la fenêtre du salon. La droite car la gauche est légèrement défectueuse et entend moins bien. Je sais que cela ne sert à rien de me lever pour tenter d’apercevoir, d’identifier ces oiseaux en plein vol migratoire. Mes stores sont abaissés, les lampadaires dans la rue sont allumés et il aussi noir que dans un four éteint. Ma vue exceptionnelle, spécialisée et entraînée à remarquer la moindre petite bestiole rampante, courante ou volante ne me sera d’aucune utilité en ce moment précis. Alors, je ferme les yeux, l’index droit toujours dans mon livre et je profite de cet instant magique. Et je me les imagine. Un groupe de grues cendrées en vol, formant un « V », passant au-dessus de ma maison, de celle de mes voisins de gauche, de mes voisins de droite, de mes voisins d’en face. Puis, le « V » se disperse. Il y a deux groupes. C’est le désordre. Il y a des retardataires. On s’attend. On s’appelle. On essaie de se mettre d’accord, de remettre de l’ordre dans la formation.
Je suis auprès d’elles un instant. Un bref instant. Quelques secondes. Deux ou trois tout au plus.  Mais je suis là. Avec elles. Dans le ciel. Le vent est froid. La pluie n’est plus qu’un crachin et elle glisse sur mes grandes ailes. J’ouvre le bec pour donner la direction à suivre, pour m’assurer que toute la troupe, mes amies, ma famille, est bien derrière moi. Et on me répond. Et cela me rassure. Alors je le dis et je réponds à mon tour.

L’instant est passé. Les grues se sont éloignées. Le silence est revenu. Comme ma conscience est redescendue.

Je suis à nouveau au salon. Je ressens les pages du livre qui enserrent doucement mon doigt-marque-page, je dis au-revoir à ces oiseaux voyageurs et j’ouvre les yeux. Mon chat, le gros matou roux et blanc n’a pas bougé d’un poil, ignorant sans doute le voyage merveilleux que je viens de faire juste à côté de lui. Il est bienheureux lui aussi sur ce fauteuil, couché tranquillement dans une position apaisante, peut-être même est-il déjà dans un rêve…

Alors sans faire de geste brusque, pour ne pas le réveiller, j’enlève mon index de mon livre, inséré le vrai marque-pages à sa place, tends le bras vers mon smartphone-appareil-photo et immortalise cet instant.

En moins de dix minutes, j’ai rencontré Maître Lin, grand magicier et ai découvert sa bibliothèque magique, j’ai côtoyé des grues cendrées en plein vol d’une soirée d’automne et j’ai capturé le rêve d’un chat bienheureux.


Les photos des grues cendrées en vol ne datent bien sûr pas d’hier soir, mais de fin novembre 2020 (et les deux photos les plus proches datent de début février 2021). Je me souviendrai toujours de ce moment, car le ciel était bien bleu et comme pour à chaque fois que je fais cette observation, je les entends d’abord puis les cherche du regard. J’abandonne toute activité pour contempler ce ballet aérien jusqu’à ce qu’il n’y ai plus une seule grue visible.

Voici en images les livres et le film dont je parle plus haut.


Et les deux petits haïkus composés hier soir, juste avant de dormir, avec le son des trompettes des grues dans la tête :

soir de novembre
écoute les grues chanter
migration d’automne

dans le ciel de la nuit
j’écoute les grues chanter
magie d’automne

Elle est morte devant moi

Petit délire d’un soir, lors d’une balade à pied dans un chemin mal éclairé.

Contexte, Tombe, Feuille, Morte, Décès, Surface, Sombre

Elle est morte devant moi

Elle est morte là, juste devant moi.

Juste devant moi, je l’ai entendue tomber.

Je l’ai entendue tomber, frapper le sol. Ne plus bouger. Ne plus bruisser. Ne plus vivre. A-t-elle souffert de sa chute ou bien était-elle déjà morte avant de cogner si durement le sol ? Je ne le saurai jamais. Je peux supposer des tas de choses. Je préfère croire qu’elle a rendu son dernier souffle dans le murmure du vent, doucement, sans mal, sans maladie, sans mal à dire.

Je l’ai entendue frapper le sol dans un bruit bien distinct et pourtant pas sonnant, mais trébuchant, raclant, grattant le chemin de ma destination.

C’est la nuit. Il fait noir d’encre.

La saison fait son automne. La nuit tombe tôt comme cette chose qui est morte là devant moi.

Il fait nuit, noire d’encre, dans ce petit chemin peu fréquenté par les voitures. Et sur ce chemin, des lampadaires. Certains sont inconscients, d’autres seulement endormis ou malades. Rares sont ceux qui sont vaillants, vigilants et éclairants.

Et pourtant, dans ce sombre chemin, je l’ai vue tomber, choir à deux pas de mes chaussures. Pour dire la vérité vraie, je ne l’ai pas vue réellement tomber des airs, du ciel ou d’un arbre. Je l’ai seulement entendue.

Tchac. Son bref, court, droit, sec. Et puis plus rien. Pas un souffle, pas un murmure de vent pour la déposer sur le bas-côté. J’ai dû l’enjamber pour ne pas l’écraser, pour ne pas la piétiner, pour ne pas la briser, la déchirer, la craquer. Pourtant elle est déjà morte. Morte mais entière. Morte mais pas enterrée. Tombée sur le sol, jetée distraitement. Abandonnée à son triste sort. À sa solitude, à son indifférence obscure dans cette nuit débutante d’automne de fin octobre.

Visage de couleur indéterminée. Il fait nuit, il fait noir d’encre, tout est sombre, tout est contour flou, mal déterminé. Forme recroquevillée de la taille d’une main d’humain adulte. La taille de ma main. Sans odeur ni couleur, sans cri et sans vie. Elle est insignifiante, invisible. Je ne l’ai même pas touchée ni palpée, mais je l’ai devinée sèche, rigide et fragile au bruit qu’elle a fait quand son corps pourtant aussi léger qu’une plume, en moins doux, a fait lorsqu’il a rencontré le bitume devant mes pieds.

C’est ce bruit, cet instant précis, ce moment figé qui m’a donné envie de vous partager la tranche infime de cette vie de feuille morte d’automne…

Une feuille, quelques centimètres de nature qui raconte tout un cycle, qui conte mieux que personne une saison.

Dark Parc, Le Parc De La Nuit, Horreur, Lanternes

Photos PIXABAY

Photos et haïkus dans le brouillard

Le week-end dernier, je suis allée à pied à ma formation contes. J’avais le dos raide, mais dès que j’ai mis les pieds dehors, je n’ai absolument pas regretté d’avoir mordu sur ma chique. Un paysage magnifique a fait taire la douleur tout le temps des trajets !

Brouillard et soleil
Un dimanche d’octobre
Les sens en éveil
Je vais conter
Dans la brume du matin
Au château Sartay

La légende du pingouin du Sartay

Lors de mon deuxième week-end de formation d’initiation aux contes, par et avec Stéphane Van Hoecke, au château du Sartay à Embourg, il y a eu un exercice d’impro. Exercice que j’ai complètement loupé, car l’impro orale et moi, ça fait deux. Il fallait raconter une histoire avec un objet que nous avions reçu. L’objet a d’abord été déposé dans nos mains, les yeux fermés. Puis, yeux ouverts, une histoire devait défiler dans notre tête avec l’objet en question, qu’il soit objet principal de l’histoire ou de passage. J’avais tiré mon épingle du jeu en utilisant les objets et les histoires des personnes avant moi. Mais mon histoire a tourné au vinaigre, elle n’avait plus ni queue ni tête, je me suis emmêlée les mots et les objets… Pourtant, j’avais l’objet parfait pour moi !

J’ai été tellement admirative des histoires et de l’imaginaire des autres participantes et participant (un seul homme pour neuf femmes) que j’ai voulu rejouer le jeu, mais à ma manière : par l’écrit.

Les 10 objets en questions étaient :

  • une toute petite amphore
  • deux clés de différentes tailles, modèle réduit
  • un petit caillou arrondi sur lequel il était peint des fleurs et où il y avait une inscription faite de 4 lettres (j’ai oublié les lettres)
  • une fiole avec un liquide transparent à l’intérieur
  • une petit cloche avec un autre objet en métal accroché à la cloche (de manière fortuite)
  • une chaise en osier, modèle miniature
  • une autre clé, plus grande
  • un nain avec son capuchon rouge, sa barbe blanche et un panier sur son dos avec des boules rondes, foncées, dedans
  • un minuscule train rouge en bois (juste la locomotive)
  • une minuscule bouteille avec quelques gouttes de…
  • un petit pingouin en plastique (mon objet !)

Il y a bien onze objets, car l’animateur a joué le jeu lui aussi :-)

En commençant à écrire mon texte, des contes, des images, des mots sont venus s’intégrer dans cette histoire. Des contes, des images, des mots qui ont été racontés, dits, partagés à l’occasion du week-end. Certains contes m’ont marqué plus que d’autres. Je n’ai pas tout retenu et je n’ai pas réussi non plus à parler de tous ceux que j’ai retenus. Mais c’est ma manière de faire un petit clin d’œil à ce groupe qui était super chouette, bienveillant, créatif, sympa, extra ;-)

Sans doute que cette histoire ne vous parlera pas. Car en plus d’être aussi étrange et mal foutue, j’ai intégré des mots qui me rappellent certains contes qui ont été dits, partagés, racontés durant ce weekend. Je ne me souviens pas de toutes les histoires, et je n’ai pas pu aborder tous celles dont je me souvienne.

Pour vous aider à y voir un peu plus clair, voici d’autres détails du week-end qui peuvent expliquer, en partie, mon petit délire :

  • 3 ou 4 contes ont duré exactement 17 minutes, ce 17 octobre !
  • deux participants sont arrivés avec leur instrument de musique et ont joué Des roses d’automne, de Julos Beaucarne, ce conteur, comédien, écrivain, chanteur et sculpteur belge qui est décédé le 18 septembre, soit une semaine avant notre premier week-end de formation. On avait pu entendre cette chanson le premier week-end, en hommage à Julos Beaucarne. Et le week-end dernier, nous l’avons chanté.
    Pour les paroles, clic ici
  • le prénom Deneb existe bien. Deneb nous a raconté l’origine de son prénom, un véritable conte magnifique, j’en ai eu des étoiles pleins les oreilles et pleins les yeux
  • Luc a utilisé l’expression « Vas te faire cuire un œuf ». Il l’a utilisé au pied de la lettre et j’ai adoré cette mise en bouche dans son histoire, moi qui suis fan des expressions :-)

La légende du Pingouin du Sartay

Il était une fois un pingouin. Ce n’était pas n’importe quel pingouin. On l’appelait ici le Pingouin du Sartay.

Il était connu pour pondre des histoires tantôt bien ficelées tantôt abracadabrantes.

En ce dimanche 17 octobre, il avait décidé d’apparaître sous sa forme principale, un petit pingouin de plastique, noir et blanc, haut de 5,1 centimètres. Une étrange taille me direz-vous, mais c’est que ce pingouin était bien spécial à plus d’un titre. Et je vais vous raconter tout ce que je sais à son sujet.

La légende raconte qu’il était né de la rencontre entre une vache rousse, sa mère, qui elle-même était la fille de la doyenne Yvette L’Incroyable, et un étrange petit lutin cueilleur de raisins noirs, son père. Ce petit lutin, fils de Nathalie Oshi, avait du sang japonais dans ses veines. On savait que le lutin, de par ses origines maternelles, avait la faculté de se métamorphoser en n’importe qui et en n’importe quoi : en un amoureux de Noël, en un magicien qui peut rendre sa jeunesse à une superbe vieille princesse, en un crabe au visage humain et même en un samouraï trancheur d’oreilles. Pourquoi avait-il choisi de garder sa forme originale, ça, la légende ne le raconte pas. Toujours est-il qu’un jour, le lutin, aussi grand qu’un nain de jardin miniature, sauva la vache Roussette d’une mort certaine en faisant apparaitre un train à vapeur sorti de nulle part. Ce train, un vieux train à vapeur, un vieux train rouge, arracha la vache de la lame acérée d’une hache tueuse de bétail. Emmenée dans son ventre, un wagon tout propre qui sentait bon l’amitié et le foin frais, la vache Roussette, protégée ainsi de la cruauté des hommes, monta jusqu’au septième ciel. Au septième étage du ciel, entre des nuages de coton tout doux, tout polis, Roussette pu en effet faire connaissance avec son sauveur. Le petit lutin cueilleur de raisons noirs avait eu le coup de foudre bleu pour cette vache au destin exceptionnel. Pour le remercier de lui avoir sauvé la vie, la petite vache lui donna tous les trésors qu’elle avait reçus de son précédent fiancé, un taureau bourru : une longue-vue qui permet de voir jusqu’à 20.000 lieues à la ronde, un mini cheval qui galope si vite qu’on n’a même pas le temps de dire ouf et une bouteille qui, en une gorgée, une seule, permet de recouvrer une santé de fer.

Après cette aventure extraordinaire (personne n’a jamais su ce qu’il s’était passé au septième étage du ciel, cette histoire est classée « x » dans les archives généalogiques de cette espèce de Pingouin du Sartay), qui n’était autre que la première histoire de sa vie, le pingouin, né quelques 17 semaines plus tard de cette rencontre incroyable, commença à s’émanciper et alla à la rencontre des habitants extraordinaires du château en marchant sur des feuilles mortes et sèches. Ça faisait scritch ! scritch !

Oui, le petit pingouin, noir et blanc, haut de 5,1 cm était né dans un château, un matin de roses d’automne : le château du Sartay.

À quelques instants de vie, on racontait qu’il se glissa dans l’oreille d’une femme pour lui chuchoter quelques mots doux, ronds, quelques mots chauds comme des marrons. Deneb, l’une des châtelaines, une étoile montante, se mit alors à raconter une étrange histoire de marrons difformes.

Le petit pingouin, noir et blanc, haut de 5,1 cm n’était pas peu fier de sa première participation, de sa première réalisation. Encouragé par la mise en bouche de ce petit marron tout rond tout chaud en forme d’amphore, il sautilla bien vite pour se blottir au creux du ventre de Véronique. Là, entre vents et marées, il lui parla de clés, de serrures, de cœur. Les vagues de mots emmenaient des algues d’émotions, roulaient dans les tripes de Véronique comme autant de bras qui ne demandaient qu’à être serrés, touchés, aimés.

Un petit peu tourneboulé, chamboulé par l’histoire portée par les vagues et le vent, le pingouin, noir et blanc, haut de 5,1 cm se tourna vers Sarah. Sarah semblait transporter dans ses yeux pétillants, le froid du pôle Nord. Des images de banquises, de neige flottaient autour d’elle comme des flocons de vie portés par le chant hurlant d’une louve lors d’une pleine lune ronde et lumineuse. À Sarah, il déposa des mots tout aussi ronds comme des cailloux, des mots fleuris de sagesse avec quatre pétales lettrés, source de mystère, comme cette aura qui la suit comme un ange de fourrure.

On disait que ce petit pingouin, noir et blanc, haut de 5,1 cm ne se laissait jamais voir. Ne se laissait jamais entendre. Ne se laissait jamais toucher.

La légende racontait aussi que certains jours, il grandissait, nourrit de toutes ces histoires merveilleuses qui naissaient grâce à un mot, une image, un son qu’il offrait, qu’il donnait, qu’il partageait. Très humble, le petit pingouin se taisait toujours, il se cachait tout le temps dès qu’il entendait les passeuses et passeurs d’histoire dire « je ne sais pas pourquoi, ça m’est venu comme ça »…

Et ce jour-là, au château, il avait envie d’entendre des tas et des tas d’histoires. Qu’importe s’il devait courir à gauche, à droite. À droite, à gauche… il ne se lassait pas de voyager dans le pays des mots, le pays Imaginaire et Extraordinaire des Contes en Partage.

Quand il arriva, bondissant, tout excité aux pieds d’Ariane, il grimpa à son fil, un fil magnifique, solide comme un roc qui ne trembla pas quand il s’y accrocha. De là où il se trouvait, le petit pingouin, noir et blanc, haut de 5,1 cm, le bec en l’air, il remarquait qu’Ariane ressemblait à une déesse, que si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer. Une déesse des mots, déesse de l’humour, avec une voix qui vous emmène par par-delà les pâturages et les montagnes, par-delà les prés du monde Jenesaispas où paissaient des vaches noires et blanches, par-delà les jardins des oiseaux aux deux becs ! Alors pour elle, il se hissa sur une chaise et lui souffla une histoire de tendresse. Oui une histoire de famille. Une histoire de souvenirs qui lui donna des papillons dans son ventre d’oiseau.

Mais très vite, le petit pingouin, noir et blanc, haut de 5,1 cm, dû poursuivre son travail et chasser ses papillons distrayants, envoûtants. C’est qu’il y en a du monde à émerveiller, à emmener en voyage, au pays des rêves éveillés…

Aussitôt ses mots choisis et déposés, aussitôt les papillons envolés, notre héros de plumes polaires, s’en alla se poser délicatement, discrètement, invisiblement, sur la monture de lunettes d’Abigaël. Du bout de ses ailes arrondies, le petit pingouin caressa l’épaule de la conteuse et lui souffla qu’elle devait absolument arrêter le Temps. Sur le champ ! Il lui souffla quelques mots sonnant comme des cloches, des mots précis comme les aiguilles d’une horloge qu’un forgeron amoureux lui aurait fabriquée. Il lui souffla une étrange incantation, faite de magie ou de sorcellerie. Comme il était noir et blanc, notre petit pingouin, il pensait que dans son corps d’oiseau pêcheur, devait couler de la magie noire et blanche.

Mais le temps s’était remis à couler, doucement, assurément, lentement. Vite, notre petit pingouin se pressa pour ne pas arriver en retard chez Luc. Luc, c’était le seul conteur en devenir qui était homme. Quand il l’avait croisé peu de temps auparavant, il avait vu qu’il allait se faire cuire un œuf ! Pas un œuf de pingouin, rassurez-vous, mais un œuf de poule. Une poule a deux pattes. Une poule qui caquetait, une grande poule assurément car avec un seul œuf, Luc avait pu se faire un repas gigantesque. La légende raconte que le Pingouin du Sartay adorait les œufs de poules car cette espèce refusait de manger une nourriture qui sortait de la bouche d’un animal. Alors, quand Luc s’était frotté les paupières pour enfin pouvoir voir ce qu’il se préparait à manger, zou, notre pingouin mis tous ces œufs dans le même panier, sauf un qu’il avait laissé, et s’empressa de les déguster tout crus.

Le Pingouin du Sartay n’avait pas sa langue dans sa poche. Réputé meilleur pondeur d’histoires, il l’avait à maintes de fois démontré durant ce week-end partagé. Après avoir gobé tous les œufs, le petit pingouin, noir et blanc, haut de 5,1 cm était rassasié. Il avait peur de parler, car il avait trop mangé. Il avait peur de tout dégobiller s’il devait encore bondir ou sauter pour, au creux d’une oreille, quelques mots déposer. Alors, il s’approcha à pas feutrés mais le ventre lourd, de Gaëlle. Comme il n’avait pas ses yeux dans les poches, notre petit oiseau avait vu qu’elle dissimulait dans la paume de sa main musicale, un petit flacon magique. Il aimait à penser qu’il s’agissait là d’un quelconque remède digestif pour les petits pingouins gourmands. Car à Gaëlle, il avait tout à l’heure susurré quelques mots gourmands comme soupe, ventre rond, plein, repas. Et la lune avait avalé ses paroles comme on boit du petit lait. Alors forcément, à force de s’être goinfré de soupe, la lune, la pleine lune, devait aussi avoir le ventre bien tendu, si pas distendu comme le sien en ce moment. L’élixir digestif tombait donc à point nommé.

Alors que le petit pingouin, noir et blanc, haut de 5,1 cm allait s’octroyer une bonne sieste digestive, bien méritée, voilà-t-il pas qu’il entendit de petits pleurs. Des reniflements. Des gémissements.

Dois-je vous préciser que le Pingouin du Sartay, est comme toutes les créatures intelligentes, très curieux ?

Non, bien sûr que non.

En soufflant un peu, il se releva tant bien que mal, se frotta les yeux comme Luc tout à l’heure, à s’en déchirer les paupières, bouscula un petit Schtroumpf, pardon, une petite Schtroumpfette, c’était la Schtroumpfette Excitée, et se planta devant Stéphane l’animateur, conteur, le maître d’orchestre de la petite troupe du conteur et de conteuses en devenir et lui dit exactement ces mots :

  • Arrête un peu de secouer tes larmes de crocodiles, elles ont le mal du transport ces larmes ! Elles n’arrêtent pas de gémir, de pleurer, de chouiner depuis que tu les as exposées à tous les regards. Les larmes de crocodiles sont sensibles, oui Monsieur le Conteur, sensibles.

Mais comme vous le savez, le Pingouin du Sartay est invisible et personne ne peut le voir ou l’entendre ! Ni vous, ni moi, ni même le Maître d’orchestre que voici.

Comment est-ce que je sais tout ça, comment est-ce qu’on sait tout ça sur lui, me demanderez-vous ?

Eh bien, ça ! C’est une autre histoire…

NB : la taille de 5,1 cm, vient tout simplement du fait que, à sa naissance, le petit pingouin mesurait 1,7 cm. La taille adulte d’un Pingouin du Sartay se mesure en triplant sa taille à sa naissance.

Photo d’une rose d’automne en octobre 2019 (by me) et images du site Pixabay