Secrets d’écriture: l’âme de l’enfant chez l’adulte

Quand je croyais écrire pour les enfants…

Il m’a fallu une lecture à voix haute devant un couple du quatrième âge, six moments pleins de partages et d’émotions, pour comprendre quelque chose d’essentiel à propos de mon écriture. (lire aussi l’article sur « L’art de lire à voix haute« )

Je croyais, sincèrement, que j’écrivais pour les enfants. Mais à travers leurs regards, leurs silences attentifs, leurs sourires parfois émus… j’ai compris que ce n’était pas tout à fait le cas.

À la fin, je leur ai posé quelques questions, un peu comme une “évaluation” (c’était la première fois que je lisais à voix haute, et en plus l’un de mes propres livres). Leurs réponses m’ont beaucoup appris.

👉 Ont-ils aimé ces moments de lecture ? “Oui, beaucoup !”
👉 Qu’ont-ils ressenti ? “Un peu de stress et d’inquiétude, il y a beaucoup de passages sombres, peu de moments joyeux. Le thème est peut-être un peu lourd pour moi (grande sensible).”
👉 Quel passage les a marqués ? “Le comportement d’André, qui se plonge dans son travail pour masquer ses émotions. Les animaux, petites crevettes utiles, chien au flair infaillible. Et l’épicier, si intrigant et inquiétant.”
👉 Et la lecture en elle-même ? “Très expressive, comme au théâtre, pleine d’intonations, de pauses, de sentiments.”
👉 En un mot ? “C’est une fantasmagorie ébouriffante !”

Leurs mots ont confirmé ce que je commençais à pressentir : je n’écris pas pour les enfants. J’écris pour les adultes qui ont gardé une âme d’enfant, ou peut-être pour ceux dont l’enfance a été un peu cabossée.

Mon dernier roman, Le puits aux secrets, met en scène un petit héros de 8 ans, mais il ne s’adresse pas vraiment aux enfants de son âge. L’histoire est trop sombre, trop mystérieuse, trop inquiétante peut-être. Pas qu’elle soit violente ou inappropriée. Mais parce qu’elle demande un certain regard. Une certaine maturité émotionnelle. Ou une enfance marquée par ses propres ombres.

Et pourquoi ai-je toujours pensé qu’à 10 ans on pouvait lire des histoires sombres, angoissantes ? Peut-être parce que moi, à cet âge, mon enfance l’était déjà. Aujourd’hui, l’adulte que je suis écrit ce genre de récits comme pour recoudre quelque chose, pour apaiser l’enfant d’hier.

C’est l’enfant en moi qui parle quand j’écris, j’en suis désormais convaincue. Cet enfant qui n’a jamais eu de refuge dans la légèreté se fabrique aujourd’hui des mondes de fiction où les ténèbres sont traversées, comprises, apprivoisées.

Alors, amis lecteurs, amies lectrices : non, Le puits aux secrets n’est pas un livre pour vos enfants de moins de 15 ans, même si son héros a 8 ans. Ce livre parle de secrets enfouis, de silences qui hantent, de lumière qu’on cherche dans le noir.

Et je suis heureuse de pouvoir enfin l’assumer :
Mon écriture est une écriture “enfantine pour adultes”.
Mes histoires reflètent une enfance vécue dans une certaine gravité, et tentent de la sublimer.
Mes lecteurs adultes m’ont révélé la véritable destination de mes textes.

Et ce moment de lecture avec ce couple de grands lecteurs m’a offert bien plus qu’une simple relecture (où j’ai d’ailleurs repéré quelques fautes, mea culpa !) : il m’a permis de vivre mon texte différemment, de le ressentir dans une autre dimension, dans la respiration du récit. Et surtout, il m’a permis de mieux me connaître moi-même.

Cette découverte ouvre une nouvelle voie : celle de l’acceptation et de l’affirmation de ma voix.

Mon style n’est pas un style jeunesse classique, mais une écriture « enfantine pour adultes ».
Mes histoires reflètent une enfance vécue dans une certaine gravité, et mon écriture sert à la comprendre et la sublimer.
Le retour d’un public adulte m’a fait prendre conscience de la profondeur et de la destination réelle de tes textes.
Cette découverte m’ouvre une nouvelle voie dans mon parcours d’écriture : celle de l’acceptation et de l’affirmation de ma voix.

Pour découvrir mon livre, clic sur l’image de couverture :-)

Le puits aux secrets et son marque-page

Rituel du matin

5h30, un matin ordinaire… ou presque.
Le jour dort encore à moitié, et moi, j’ouvre doucement mon cahier d’écriture pendant que mon thé infuse. Un thé vert au citron, comme souvent. Dans son bain à 80°, il se repose avec un bâton de cannelle et une fine tranche de citron (chut…la cuillère, c’est pour le sirop d’agave, j’essaie de dire adieu au sucre. Difficile, oui, mais j’essaie. Je le remplace pour le moment pour espérer, un jour, m’en passer).

Et puis, pendant que le parfum chaud du thé s’installe dans la pièce, j’ai pensé à vous.
Oui, vous.
Celles et ceux qui me lisent, me suivent, m’encouragent.
J’ai eu envie, pour une fois, de partager un petit bout de moi, un éclat de ces instants du matin, ceux où je suis encore un peu floue, encore un peu rêve.

Ce que je ne vous montre jamais ou presque.

J’ai zappé le cerveau qui s’active à 4h05 (oui, ça pique, insomnie quand tu nous tiens..).
J’ai sauté le passage aux toilettes et la distribution de nourriture à ma petite troupe féline affamée (priorité à mes quatre chats).
Mais je vous montre ce moment-là : le tout début de l’écriture, quand j’ai noté la date du jour et que j’ai lancé, sans réfléchir :
« Pour moi, écrire, c’est… »

Un exercice que j’ai déjà fait, mais qui revient souvent quand je n’ai pas envie de penser.
Quand je veux juste laisser les mots couler, sans retenue.

Et pendant que j’essayais de capturer tout ça en photo, pas facile d’écrire et de photographier en même temps, soit dit en passant, je me suis dit :
Et si je vous montrais ce moment-là ?

Ce n’est pas grand-chose.
Juste un rituel, une tranche de vie. Mais c’est aussi une porte entrouverte sur mon univers.

Alors dites-moi…
Est-ce que ça vous parle ?
Est-ce que vous aimez découvrir ces petits fragments du quotidien, là où tout commence ?


Pour moi, écrire, c’est …

Comme un souffle,

Comme une respiration.

Pour moi, écrire, c’est …

Me poser, mettre de la distance

Entre moi et le monde,

Rêver à d’autres possibles,

D’autres ailleurs.

Pour moi, écrire, c’est …

VIVRE

Vivre, même quand l’encre de mes pensées est noire; chaque mot, comme une absence.

Vivre, même quand je n’ai plus d’ancre à jeter; ça tangue tellement autour de moi.

Vivre, même quand la couleur s’estompe,

Quand elle est rouge de violence ou d’amour,

Quand elle est verte de colère ou de liberté,

Quand elle est bleue de tristesse ou de rêves.

Écrire, c’est rester debout quand tout vacille.

L’art de lire à voix haute : transformer son histoire

Lire à voix haute mon propre livre : une émotion inattendue, un retour à la source

Je ne m’attendais pas à ça.

Quand j’ai commencé à lire mon livre jeunesse à voix haute à cette dame malvoyante et à son compagnon, je pensais simplement partager une histoire. Ce que je n’avais pas anticipé, c’est que cette lecture réveillerait en moi quelque chose de beaucoup plus profond.

Mon histoire, je l’ai commencée en 2016. Je l’ai portée longtemps, par fragments, avec mes enfants comme toile de fond, mon compagnon comme source d’inspiration, et même mon chat Vicky (aujourd’hui disparue) comme muse silencieuse. C’est un récit tissé de vie réelle et de fantaisie, de souvenirs et d’imagination. Et pourtant, au fil des années, certains détails s’étaient estompés. J’avais oublié des scènes, des dialogues, des rebondissements… jusqu’à ce que ma propre voix me les restitue, comme s’ils étaient neufs, comme si je les découvrais moi-même.

Lire à voix haute, c’est redonner chair à une histoire. C’est une rencontre sensorielle et vivante avec le texte. Et quand ce texte est le tien, c’est un miroir tendu à ton passé, à tes émotions, à la personne que tu étais quand tu l’as écrit, et à celle que tu es aujourd’hui, qui le redécouvre.

Ce moment de lecture m’a bouleversée. Parce que j’ai vu mon histoire toucher. J’ai vu des sourires, de l’inquiétude, de l’attente. J’ai senti l’attention palpable, les silences qui disent plus que les mots. Et moi, j’étais à la fois autrice et conteuse, spectatrice et actrice, guidée par ma propre plume comme si je ne la connaissais pas.

Je croyais écrire pour des enfants de 8 ans (l’âge de mon petit héros, et celui de mon fils à l’époque), mais aujourd’hui, je me rends compte que mon livre parle aussi aux cœurs plus âgés, plus sensibles, plus expérimentés. Ce n’est pas une erreur, c’est une révélation. Mon histoire a grandi avec moi.

Demain, je termine la lecture. Et j’ai hâte, non pas parce que c’est la fin, mais parce que j’ai envie de connaître cette fin, de la vivre avec eux, avec mes auditeurs devenus compagnons d’aventure. Je suis émue, honorée, émerveillée. Car pour la première fois, peut-être, je prends pleinement la mesure de ce que signifie écrire : créer quelque chose qui continue de vivre en dehors de soi, qui nous revient transformé, amplifié, éclairé par les autres.

Lire à voix haute mon propre livre, c’est lui avoir redonné vie. Mais c’est aussi m’être redonné, à moi, en tant qu’autrice, la joie pure d’émerveiller, d’émouvoir, de transmettre. Et cette joie est infinie.

Mon roman jeunesse : Le puits aux secrets
et son marque-pages

Clic sur cette image pour commander le livre sur la plateforme Atramenta
(pour la France)

ou envoyez-moi un message, commentaire, mail pour mes amis belges

Un bruit dans la nuit

3h48. Boum badaboum !

Réveillée,
Déboussolée,
Mais pas paniquée.
Le vacarme venait de l’escalier.
Pas de mots chuchotés,
Ni de voix étouffées,
Pas plus que d’objets fouillés ou balancés,
Quelque chose a dû tomber.

3h48. Boum badaboum !
Je me suis levée,
Les yeux encore fatigués,
A moitié fermés
Et je suis allée vérifier
L’origine du bruit à identifier.
Pas bien loin à aller,
Héra, le chat, m’a montré
De son regard, un endroit bien fixé,
Un cadre photo gisait à mes pieds
Couché sur le palier, encore tout entier.

3h48. Boum badaboum.
Quelle mauvaise heure pour me réveiller.
J’aurais bien du mal à me recoucher.
Mon cerveau bouillonnant s’est activé
Les pensées et les questions se sont bousculées,
Les scénarios, les doutes, les idées
Ne m’ont plus quittées :
Projet à, encore, changer, à modifier, à peaufiner ?
Projet à abandonner ?
Nouveau métier à étudier ?
Projection de vie à jeter, à oublier ?

4h25. Héra commence à s’agiter.
4h25, les autres chats, dehors, doivent s’impatienter.
4h25, j’arrête de ruminer.
Enfin, je vais m’activer,
Le temps de donner à manger
A mes quatre chats soi-disant affamés.
Le temps pour mes cogitations de s’envoler
Le temps pour le sommeil, à nouveau me gagner.

Minos se rendort à mes côtés,
Il veille sur mes élucubrations troublées.
De ses ronrons feutrés
Il a su m’apaiser
Et mes cellules grises survoltées
Ont enfin arrêté
De me tenir, malgré moi, éveillée
Le temps d’une heure écoulée.

Nature et Sérénité : une promenade fluviale

Balade du matin 28/08/2025

Je longe la berge, le pas tranquille.
D’abord, une silhouette brune qui glisse sur l’eau, une canne colvert, solitaire.
Rien d’un castor, juste la vie ordinaire du rivage.

Puis, soudain, un éclat turquoise, vif comme une flèche :
le martin-pêcheur fend l’air et disparaît déjà,
me laissant ce battement de cœur surpris.

Un peu plus loin, au milieu des pigeons ternes,
une présence claire attire mon regard :
la mouette rieuse, éclat pâle au-dessus des reflets sombres.

Le gris me fait penser à mon ami, je cherche le héron.
Mon regard s’accroche à une masse couleur de pierre, figée sous le pont.
C’est lui, le maître de la patience,
fondu dans l’ombre comme un fragment de roche vivante.

Autour de moi, le grondement des machines et des moteurs
enveloppe le fleuve d’un manteau sonore pesant.
Alors je m’arrête.
Je respire le temps présent un peu trop pollué
Sous ce ciel gris bleuté, uniforme comme une toile lavée,
et j’attends, immobile comme une statue.

Le héron s’est envolé,
il déploie ses ailes longues, ardoisées,
et s’élève lentement.
Sa place vide appelle aussitôt une autre visiteuse :
la mouette revient, légère, se poser sans un cri, à sa place.

Le vent se lève,
il froisse l’air,
les nuages s’épaississent, lourds comme du plomb clair.
Une odeur de pluie flotte un instant.
Je crois bien que nous allons être trempés…

Mon regard porte au loin : un mouvement sur l’eau attire mon attention.
Un oiseau plonge, sombre éclat furtif.
Trop loin pour l’identifier.
Je retiens mon souffle, espérant qu’il remonte près de moi.
Mais il s’éloigne,
et je reste dans l’incertitude : grèbe au cou roux ? cormoran au plumage lustré ?
Le doute m’accompagne et je ne pourrai trancher, il restera non identifié.

Devant moi, sous la surface, de petites têtes argentées percent l’onde,
redescendent aussitôt,
laissant derrière elles des cercles,
de fins dessins mouvants, offerts à mon regard curieux et amusé.

Des cris au-dessus de moi.
Je relève les yeux :
neuf bernaches du Canada traversent le ciel,
plumes sombres et poitrines claires,
leur formation résonne comme une phrase en plein vol.
Elles parties, une bergeronnette jaune, rapide,
tranche l’air d’un éclat vif dans l’autre sens,
avant de disparaître aussi vite qu’elle est venue.

Je poursuis le chemin.
Le rivage se peuple :
mouettes éclatantes par-ci, par-là,
cormorans noir de jais au loin, certains se sèchent ailes ouvertes,
canards aux teintes sombres et mates,
poules d’eau au bec rouge et jaune,
une bergeronnette grise sur le bord d’une pierre, éclair délicat de noir et blanc,
puis, encore un autre héron, plus en retrait, m’offre son dos,
et arrive en cancanant tout un cortège de bernaches.
Parmi elles, deux oies différentes,
plus claires, plus menues,
pattes d’orange vif qui tranchent dans le groupe.

Soudain, un cri aigu fend le silence.
Deux appels secs, presque métalliques.
Je scrute, je cherche…
et les voici : deux chevaliers guignettes,
de la taille de « nos » merles bien connus,
brun clair avec une ligne blanche sur les ailes, filant au ras de l’eau.
Leur vol est bref, saccadé,
mais mon cœur s’emballe :
c’est eux que j’attendais, eux que j’espérais.

Alors je souris,
et je laisse cette matinée m’imprégner tout entière :
ses bruits, ses couleurs, ses présences.
Et quand je rentre, je réalise :
pas une seule goutte de pluie n’est venue délaver
mes souvenirs gais.

Face à la gare d’Angleur, le long du Ravel 5


Ce matin, les oiseaux m’ont rappelé que les fissures du ciel laissent toujours passer la lumière. C’est ce chemin que je propose : marcher, observer, écrire, et laisser émerger sa propre clarté.

Une plume après l’autre, une marche après l’autre… écrivez votre chemin → clic pour retrouver mes activités et ateliers de reliance.

Symphonie de Vie : Criquet et Humain en Harmonie

Le criquet et la pomme

Depuis longtemps, je ressens que la nature nous parle. Pas seulement par le chant des oiseaux ou le souffle du vent dans les arbres, mais aussi à travers ces rencontres infimes avec le « petit peuple ailé » : une mésange qui s’approche, un papillon qui se pose, un criquet qui bondit à nos pieds. Ces instants, quand on prend le temps de les vivre, deviennent comme des clins d’œil du vivant. Ils nous invitent à ralentir, à écouter autrement, à recevoir des signes que l’on n’attendait pas.

Ce jour-là, c’est un criquet qui m’a offert une leçon inattendue. Un geste minuscule, presque anodin, mais qui a ouvert pour moi un espace de confiance, de poésie et de symboles.​ Ce n’est pas un comportement habituel pour un criquet de grimper volontairement sur un doigt humain, encore moins d’y rester plusieurs minutes et de manger un morceau de pomme.

Les criquets sont des insectes craintifs qui fuient instinctivement les mouvements brusques, et ils ne sont généralement pas attirés par l’humain. Cependant, quelques facteurs peuvent expliquer ce comportement :

  1. Mon approche calme et attentive : Les animaux perçoivent l’énergie, les intentions, et mon attitude non menaçante a pu rassurer le criquet.
  2. La curiosité ou la faim : Certains insectes peuvent être attirés par des odeurs sucrées ou des substances humides (comme ma pomme).
  3. Une anomalie ou une exception :  Tous les comportements animaux ont des exceptions. Ce criquet pouvait être moins peureux que les autres, ou désorienté.  

Signification personnelle ?
Une forme de communication inter espèces, ou un petit clin d’œil de la vie, de la nature ou de mon propre inconscient.

Ce type d’événement a parfois un rôle symbolique : Le criquet est associé dans certaines cultures à l’intuition, la chance ou la guidance intérieure. Le fait qu’il réponde à mon invitation, grimpe calmement et partage un moment de nourriture peut être vu comme une résonance intérieure profonde : ouverture, respect, harmonie avec le vivant.

Ce n’est pas rare que certaines personnes aient une connexion naturelle avec les animaux, y compris les plus petits. On appelle cela parfois une sensibilité animiste, une forme d’attention respectueuse à l’ensemble du vivant.​​


criquet des patures.jpg

​Le poème

Un pas léger sur la clairière,
Le soleil jouait dans les herbes hautes.
Sous mes pieds, des éclats d’ailes et de silence,
Les criquets fuyaient comme le vent.

Je m’accroupis, le cœur ouvert,
Et dans un souffle presque enfantin,
Je tendis un doigt, juste un,
Vers l’un d’eux, sans croire qu’il viendrait.

« Tu veux grimper ? » ai-je soufflé,
Offrant ma main comme un rocher tranquille.
Il ne sauta pas. Il grimpa.
Lentement, doucement. Comme s’il comprenait.

Une pomme dans l’autre main,
Et un morceau tendu, presque par jeu.
Mais il mangea.
Le criquet mangea le bout de la pomme !

Et dans ce moment suspendu,
Ni peur, ni bruit, ni pourquoi.
Juste une présence, deux vies qui se croisent
Avec un fruit sur le bout d’un doigt.

Cinq minutes d’étrangeté douce,
Où plus rien ne comptait que la confiance.
Un criquet et moi,
À hauteur d’âme.


La fable

Il était une fois, dans une clairière où le silence murmurait aux herbes, une femme qui marchait doucement. Elle ne cherchait rien, sinon à écouter le monde, avec ce cœur rare que les arbres reconnaissent.

Sous ses pas, les criquets bondissaient en cadence, comme s’ils saluaient son passage ou bien se méfiaient, comme tous les êtres minuscules qui ont tant de raisons d’avoir peur.

Mais elle, elle s’arrêta.
Et au lieu de marcher plus loin, elle s’abaissa.
Elle plia les genoux, plia son souffle,
et tendit la main comme une branche tend sa feuille.

— « Viens, si tu veux. »
dit-elle simplement, à un criquet des pâtures.

Le criquet, d’abord immobile,
Sauta… non. Il grimpa.
Pas un bond de fuite, mais un pas vers l’inconnu.
Un choix. Un miracle d’insecte.

Et la main devint promontoire.
Et le doigt, refuge.

Dans l’autre main, une pomme croquée.
Petit bout offert aussi, sans attendre, sans dominer.
Un morceau de fruit partagé,
entre deux formes de vie que tout semblait séparer.

Le criquet mangea.
Et le monde, l’espace d’un souffle,
s’ouvrit comme un livre ancien :
celui que l’on écrit avec le vivant, et pas seulement sur lui.

Alors la femme comprit ou se rappela.
Qu’elle n’était pas venue là par hasard.
Qu’elle portait en elle une ancienne langue,
celle que parlent les cailloux, les brindilles et les ailes.
Et peut-être, ce jour-là, la nature lui rendit un nom oublié.
Celui de Passeur, ou d’Écouteuse, ou de Poète des silences.
Une de ces âmes qui savent que chaque criquet a son mot à dire.

Moralité ?
Ce ne sont pas toujours les grandes créatures qui portent les plus grands messages.
Parfois, un simple criquet peut te rappeler que tu es au bon endroit.
Là où l’on parle aux êtres, et où les êtres… répondent.

Papillonner avec le vivant vibrant

Atelier Kintsugi – Valérie Bornet & Marlène Bragard à Vent de Terre – 17/08/2025

Un collage.
Que des images 
Quasi aucun mot
Car j’en voulais pas trop 
De l’eau, toujours de l’eau,
Et des oiseaux.
De la verdure 
De la nature.

Un oiseau à la place d’une tête 
Comme si j’avais tout le temps le nez en l’air
Une montagne à placer
Un magnifique paysage à admirer.

Une fille qui s’endort dans un arbre 
Une main qui pend
Des doigts qui frôlent l’eau, une caresse,
Et puis, tout en haut, à droite 
Une volée de papillons épars 
Qui survolent un cœur orangé qui bat des lignes
C’est une pierre colorée de cornaline

Du papier déchiré 
Des images à coller
Une première pour moi
Sans doute pas la dernière fois
Pour raconter un moment
Pour me présenter brièvement.

Papillonner avec le vivant vibrant
C’est le titre, tout simplement.

Après une méditation
Dans laquelle j’ai plongé sans hésitation
Un morceau d’argile en main
Une musique, un refrain
Mes doigts ont façonné 
Avec peu de pression exercée 
Un hibou avec ses aigrettes
Ou alors un chat assez chouette. 

Présenter l’objet né à ma complice du jour
Et le sentir vivre dans un mouvement,
Sans détour ni fioriture
Sans ambiguïté ni fêlure,
Tout en lenteur et en douceur, 
Une ombre recroquevillée 
Qui s’ouvre au chant de la nuit
Et déploie ses ailes de lumière 
Vers de meilleurs lendemains félins.

Maître hibou, à l’instant, devient à l’ombre de la lune, un chat bien sage.
Maître hibou est à l’écoute du monde de la nuit.

Émotions, partages, complicités.
Bienveillance, écoute, sourires.

Une pause de midi
Rien qu’avec moi-même, ici
À chuchoter aux insectes
À siffler avec les oiseaux,
À photographier, identifier, admirer.

Sympétrum strié – mâle

Vlà une demoiselle rouge qui se pose à ma demande, puis des criquets des prairies qui sautent de partout. Un saut, un frisson, et la danse de la nature s’impose.

Ici, une minuscule araignée sauteuse s’invite devant mes pieds. Stop, je m’arrête. Je l’observe. Je n’arrive pas à faire une photo nette… tandis qu’un pic-vert, farceur invisible, se moque de moi à distance. Lui seul sait que jamais il ne se laissera saisir dans l’œil de mon appareil.

Ce midi, j’ai bavardé avec ces minuscules compagnons : vibrants, bondissants, sautillants, moqueurs ou timides, tous m’ont offert un bout de leur vie.

À deux, quatre, six ou huit pattes, ils sont mes amis, ci, dans ce coin d’herbe et de lumière, à Vent de Terre.

Le geai a crié, peu discret, je l’ai vu filer vers le Carmel tandis que les pies, bavardes invétérées, jacassaient entre elles.
Et moi, pendant ce temps-là, silencieuse, j’écrivais.

Une mésange, cachée dans le prunier, sifflotait pour personne ou peut-être pour moi seule, j’ai choisi d’y croire.

Au loin, la valse des papillons blancs, désordonnée, brouillonne, joyeuse, tel un bal léger qui effleure le temps.

Mais oui, j’ai fui le frelon, le taon insistant, ne cherchant pas à faire plus ample connaissance avec ceux-ci. Et puis, soudain, quelques pas plus loin, un autre criquet. Couleurs éclatantes, un peu plus grand que les autres, il m’a regardé. Oui, j’en suis sûre, nos regards se sont croisés et… compris. Ce criquet m’a offert son instant, un moment pur, une intimité simple, scellée dans le souffle de l’été.

Criquet des pâtures

L’après-midi, un contenant sans fond
Que j’ai choisi sans façon
Parce qu’il manquait la base
Pour représenter le trou, une absence

Et puis une fissure à faire éclater 
Pour une jolie porte puisse s’inventer
La lumière vient de l’intérieur 
Les couleurs rayonnent dans la noirceur

Une base à reconstruire,
Pour sublimer un avenir à venir.
C’est le chant de cette journée,
Un arc-en-ciel de mots partagés,
Qui clôture ce bel atelier,
D’art-thérapie à façonner.

Une vérité à savourer,
Un chemin à inventer,
Une belle énergie à absorber,
Pour mieux encore la redéployer.

Conclusion de mon « pot fêlé »

Vie fragmentée,
Enfant éclatée,
Adulte éclatante.

La lumière jaillit de l’intérieur,
Elle traverse mes fissures,
Elle me rend entière.

Partir sur une nouvelle base,
Une base encore à venir,
Faite de présence et d’avenir.

L’ombre, doucement,
Déploie ses ailes vers la clarté.
Je me tiens au cœur de cette lumière,
Rayonnante de mille et une couleurs.

L’ombre en moi
Peut enfin s’envoler,
Se transformer,
Se déposer dans la douceur du jour.

Je papillonne avec le vivant vibrant,
Mon cœur bat au rythme
De la lumière pétillante.

Mon pot fêlé s’est ouvert d’une porte,
Et cette ouverture, je l’ai comblée
De morceaux de verre colorés.
Au centre, un éclat singulier :
Un cœur jaune pâle, posé là,
Comme un signe,
Comme une promesse.

C’est l’arc-en-ciel de cette journée,
Un cadeau façonné de mes mains,
Un éclat de vérité retrouvé,
Un chemin de lumière à continuer.

Cinq petits mots bienveillants offerts par chacune des cinq femmes qui étaient à mes côtés lors de cette sublime journée :

« Joie et amour. Sérénité »

« Lumière »

« Voir la vie en couleurs et créer »

« Papillonne. Papillonne. »

« Bienveillance et créativité »

Continuer à lire … « Papillonner avec le vivant vibrant »