Jeu d’écriture du mois de mars : suite d’une phrase dans un livre

Pour le mois de mars, je vous propose de jouer avec le livre que vous lisez en ce moment.

Ouvrez le livre sur une page au hasard. Prenez la première phrase complète sur la page de gauche et écrivez la suite à votre sauce : texte suivi, poème, dialogue, etc.

Le texte de Fabienne

La phrase est tirée du roman de Simon Mawer, Le palais de verre.

Le bébé se réveille, ses yeux surgissant tels des joyaux au milieu de ses traits fripés.

Ses yeux sont comme des billes
Ses yeux sont comme des lumerottes
Ses yeux sont un feu d’artifice
Ses yeux sont un embrasement 
Ses yeux naviguent au milieu des étoiles
Ses yeux racontent mon histoire
Ses yeux prennent le chemin de mon cœur
Ses yeux sont le début de tout
Ses yeux ne m’abandonneront jamais 
Ses yeux sont comme un cristal de roche
Ses yeux sont un espoir qui se niche dans ma poitrine
Ses yeux ne manqueront jamais à l’appel
Ses yeux me font oublier tout le reste
Ses yeux sont un rappel de chaque instant de bonheur.
Ses yeux  qui quiconque apprivoisent
Ses yeux de loup noir 
Ses yeux à nuls autres pareils
Ses yeux de fripon 
Ses yeux qui m’interpellent 
Ses yeux qui sont une nature vivante
Ses yeux, ses yeux , ses yeux…


Mon texte

Livre : « Mononoke, histoires de fantômes japonais », de Yakumo Koizumi, édition Ynnis. Extrait, phrase, page 98, de la nouvelle « Yuki-onna ».

Les habitants du village trouvaient O-Yuki merveilleuse ; elle était par nature une personne très différente d’eux. Quand elle marchait, des fleurs naissaient de ses empreintes légères. Quand elle parlait, les mots qui sortaient de sa bouche étaient comme des notes de musique, douces, mélodieuses, agréables. Quand il lui arrivait de danser ou de courir, ses gestes étaient si légers qu’on aurait dit qu’elle volait, elle naviguait dans l’air et dans l’espace avec autant de grâce qu’un papillon éphémère. O-Yuki incarnait la différence, la beauté, le calme. O-Yuki était l’amour. O-Yuki était la vie. La passion. La patience. Les habitants du village s’arrêtaient pour la regarder marcher ou parler. Le temps lui-même semblait se figer rien que pour lui rendre hommage. D’ailleurs, la voilà.

Atelier d’écriture : le corps humain

Lors de mon dernier atelier d’écriture créative, les participants ont demandé à écrire sur le thème du corps humain.

Nous avons ainsi appris que nous naissons avec bien plus d’os (350) que nous en avons à l’âge adulte (206). Que nous perdons environ 80 cheveux par jour, mais que ceux-ci peuvent pousser jusqu’à 20 cm sur une année. Que sourire est bien plus facile que de tirer la tronche, en effet, nous mobilisons seulement 20 muscles pour sourire, mais 40 quand on fronce les sourcils ! Mais ce qui nous a surtout surpris, c’est la vitesse à laquelle un éternuement a été enregistré : 165 km/h. Cela dit, nous avons donc ainsi compris pourquoi il est mauvais de se retenir d’éternuer ;-)

Je n’écris pas tout le temps avec eux, car je suis surtout là pour les aider (adultes en situation de handicap – ici psychologique et psychiatrique). Mais jeudi passé, j’ai eu l’occasion d’écrire un petit quelque chose, car tous ont été inspiré pour écrire et ils ont eu moins besoin de mon aide.

J’ai envie de vous partager ce petit texte qui est venu tel quel. Poème, chanson ou texte libre, à vous de choisir ;-)

Je me suis fait renverser à 12 ans

Une déchirure,
à vélo,
du métal dans la cuisse,
un gros bobo qui fait mal.

En plein été,
il fait beau, il fait chaud,
c’est la course des vélos,
avec plein de copains.
Y avait un trophée à gagner
et c’est moi qui l’ai remporté.
Oui, j’ai gagné l’auto,
mais j’ai perdu l’vélo.

Une déchirure dans la cuisse
en forme de V,
comme les oiseaux en vol
en formation dans le ciel,
et dans les yeux une pluie d’étoiles
et dans ma mémoire une absence de choc.
Un oubli, une pluie,
un bruit et c’est fini

Une déchirure dans la cuisse
en forme de V,
9 points de suture ça a nécessité
de peu à la greffe j’ai échappé
la peau racrapotée, ils ont pu récupérer.

Habillée légèrement, j’étais à vélo
et j’ai rencontré une voiture.
Elle était rouge
il était bleu.
La plaque d’immatriculation
dans ma cuisse dénudée
est rentrée sans façon
j’me souviens, c’était l’été.

La nature en déplacement

Être attentive
Rouler dans l’obscurité
Gare aux crapauds

18 mars 2023

Rouler prudemment dans l’obscurité.  C’est le soir. Je me rends à une veillée de contes dans mon quartier. Au château du Sartay. Embourg. Chaudfontaine. Liège.

La nature est présente autour de moi. Des  bois, un parc, des arbres et plein d’oiseaux qui chantent.

Il est 20h. La petite montée qui m’amène à destination, faut pas la louper. Discrète. Un peu dissimulée. Pas bien éclairée. Normal pour un samedi soir. Les écoles dans ce parc sont fermées.

Limitation de la circulation automobile limitée à 30km/h. Même à proximité d’enfants, d’écoles, ça roule souvent trop vite.

En haut de la petite montée, j’y suis arrivée.

Et là, dans les phares de ma voiture qui éclaire mon chemin, je vois des choses sur le bitume. Choses figées. Ça ne bouge pas. C’est épais. Jaunâtre.  Verdâtre. Difficile d’identifier comme ça. Du volume et de couleur semblable à des feuilles mortes recroquevillées. Y en a entre 8 et 10 à vue d’œil rapide. Pas un poil de vent.

A ma gauche, un bois. À ma droite un rond-point énorme avec en son centre une petite mare, de l’herbe, de la terre, quelques bancs. Je dois faire le tour du rond-point pour me garer. C’est ma destination. De la lumière au rez-de-chaussée. La formation aux contes. Un stage de perfectionnement. Une veillée de conte pour clôturer la première journée de formation.

Les petites choses ne bougent toujours pas. Je crois avoir reconnu une grenouille. Ou un crapaud. Autant ? C’est bientôt le printemps. Possible. En été, j’en ai entendu chanter dans la mare du rond-point. Je freine tout à fait. À l’arrêt.

Un regard dans mon rétroviseur intérieur.  Personne derrière moi. Je laisse le contact. Pour garder la lumière. 4 feux clignotant qui annoncent quelque chose d’important. Je sors de la voiture.

Avant d’aller vers la 1ere chose tétanisée, un mouvement vers la gauche, à 50-70 centimètres de moi, me fait tourner la tête. Les phares éclairent partiellement cette zone du bas-côté. Juste avant la rigole, encore sur la terre, un amas difforme, bizarre, bouge maladroitement. Peut-être un rongeur qui a été renversé ? Je n’ose pas trop m’approcher, car j’ai clairement identifié les petites choses jaunâtres, verdâtres : des crapauds. J’en compte 11 sur ma route. 11 que je sais compter grâce à mes phares. Et mon pied marche juste à côté d’une tache noire épaisse : une victime.

Moteur toujours allumé, insouciante des risques, mon attention entièrement tournée vers le danger que courent ces petites créatures, normalement bondissantes.

12 degrés dehors à 20h10, en ce 18 mars 2023. La transhumance des amphibiens a commencé sous mon nez. Une migration risquée, truffée de dangers mortels.

Je commence le sauvetage. Sans trop réfléchir, je prends un crapaud à la fois et le dirige vers là où sa tête pointe : la mare. L’un ou l’autre émet un « croa » sonore dont je ressens la vibration dans mes doigts, dans mes mains. 1,2,3,4 hors de danger de mes roues. J’avance un peu la voiture pour éclairer plus loin. Y en a encore d’autres, c’est impressionnant !

Cette fois, je coupe le contact, laisse les 4 feux clignotants et prends mon smartphone pour éclairer mes pieds.

J’en profite pour aller voir la grosse masse qui était sur ma gauche, près de la rigole : un amas de crapauds indénombrable. Un tas de petits mâles sur une seule pauvre femelle. Elle a du mal à avancer, je la laisse là pour le moment et vais aider les autres, individuellement, à traverser la rue.

4, 5, 6, …  sans les phares, j’y vois moins bien. J’avance encore de deux mètres et je relaisse le contact, les phares allumés. 

13 crapauds que j’aurais aidés !

Je me gare plus loin car il y a un autre événement à côté du château. Le reviens à pied, avec la lampe torche de mon téléphone toujours allumé. Une voiture arrive et emprunte la même route que moi ! Ouf ! Quel soulagement que je sois arrivée pile au bon moment pour les mettre à l’abri.

Je fais le tour du rond-point pour m’assurer qu’il n’y a pas d’autres victimes ni d’autres imprudents. Rassurée, j’entre et je salue les personnes que je connais puis je raconte ce que j’ai vu. L’une des personnes m’a dit « ah ! C’était toi qui étais là ! Je croyais que tu avais perdu un rétroviseur ou autre truc ». On me demande de leur montrer les bestioles.

On s’émerveille de la nature. On est triste pour les 3 victimes mortes écrasées avant mon arrivée.  Et puis on va voir le paquet grouillant. Il est sur la route. Dans la rigole. Comme personne n’osait les toucher, j’ai ouvert mes deux mains en grands et j’ai pris tout ce petit monde ensemble, groupir, pour les déposer non loin de la mare.

Quelle aventure mes amis !

Je me suis bien lavé les mains et tout est bien qui finit bien. Enfin, je l’espère pour les crapauds !

Info sur les crapauds sur le site de Natagora !

Les supers pouvoirs de la marche

J’avais déjà lu un article dans ce sens : la marche ouvre non seulement l’appétit, mais aussi la créativité et la relaxation. Marcher en soi est déjà très bon pour le corps et l’esprit. La marche, c’est bon physiquement que psychologiquement. Marcher librement, à son rythme, sans contrainte d’un port de charge excessive ou sans être tirée brusquement par un enfant ou par son chien, permet de laisser libre cours à tout un tas de pensées, de réflexions, d’idées. Sans en avoir l’air, sans y réfléchir, le processus de la pensée se met elle aussi en marche. C’est un peu comme si le fait d’avancer un pied après l’autre permettait à notre cerveau de faire des petits pas aussi vers un cheminement propre à lui. Pour imager ce que j’écris, c’est comme si assise dans le fauteuil ou sur la chaise de ma table de travail, statique, mes idées restent figées devant un buisson touffu. J’ai beau réfléchir, cogiter, je fais du surplace ou je contourne le buisson (le « problème ») sans le résoudre. Tandis qu’en marchant, je parviens à trouver les petites ouvertures dans le buisson qui me permette d’avancer, d’y voir plus clair. J’avance, et le buisson devient moins dense. Je marche et les branches s’écartent de ma vue.

Grâce à mon smartphone qui a finit par remplacer mon carnet de poche, il me vient souvent des mots sympas, une suite de mot, un poème, une histoire, en marchant. Pas toujours, mais souvent. Le bruit ambiant, les rencontres, la météo y est pour beaucoup dans l’éclosion de ma créativité et de ma relaxation.

Voilà ce que j’ai écrit en marchant tout à l’heure. J’ai intitulé cette poignée de mots « Petits poèmes en marchant »

Fin d’hiver chantant
Gros nuages gris menaçants
Le temps est changeant

Les oiseaux chantent jaune
Les nuages arrivent en gris
Mon cœur est bleu bonheur

Sur le trottoir, atterrit une sittelle
Devant moi elle hésite à partir
Elle s’envole avec mon sourire

Ce n’est pas encore le printemps,
Et les oiseaux chantent, chantent
C’est bientôt la fin de l’hiver
Et je me balade le nez en l’air

Par la fenêtre ouverte, le gros bourdon
Passe et tombe sur le sol du salon
Vite, vite, sauvons-le de là, car le chat arrive déjà

La Sittelle est l’un de mes derniers dessins du moment :-)

Jeu d’écriture : expression qui se mange

Pour le mois de février, Fabienne et moi avons joué à un petit jeu d’écriture. Ce mois-ci, je nous lançais comme défi d’écrire un texte à partir d’une expression qui se mange. Fabienne a été bien inspirée, elle en a trouvé des expressions !

Texte de Fabienne

En ce temps-là, nous partagions le même studio mon frangin et moi :  Mon frère Arthur avait un cœur d’artichaut. Il tombait amoureux à peu près chaque semaine et se faisait larguer au bout de quelques jours . C’était vraiment une bonne poire !

Moi j’observais tout ça mi-figue mi-raisin en espérant que ça finirait par lui passer ou plutôt qu’il trouverait l’âme sœur ! J’en avais marre de recoller les pots cassés.

Je rêvais ! un beau jour, Arthur rentra à la maison le cœur en fête. Il avait rencontré la  » femme de sa vie » précisa -t-il. Une fille adorable en tous points mais la pauvre était à la rue s’étant disputée avec ses parents.  Pas bien grave, il allait la ramener chez nous, elle partagerait notre trois-pièces. Alors là, la moutarde me monta au nez, j’étais rouge comme une écrevisse.  J’explosai littéralement de rage :  » Et moi je compte pour des prunes !? il serait vraiment temps que tu mettes du beurre dans les épinards ! N’oublie pas que c’est moi qui paye le loyer, je suis aux petits oignons avec toi. Si tu ramènes cette fille, tu peux être sûr que ça va tourner au vinaigre et vous serez deux  à être à la rue. Tu veux le beurre et l’argent du beurre c’est ça ?  et vivre comme un coq en pâte avec ta dulcinée!  Il va falloir apprendre à ne pas manger ton beurre avant ton pain mon grand ! »  Après une telle tirade je pensais qu’Arthur renoncerait à ses beaux projets. Effectivement il retourna dans sa chambre et je ne l’entendis ni ne le vis guère durant le week-end. Le lundi quand je rentrai du boulot, je trouvai un mot sur la table qui m’était adressé :  » Ma vieille, contrairement à ce que tu crois je ne t’ai pas roulée dans la farine.  Bien au contraire, je t’invite à manger chez mes (futurs) beaux-parents où je me suis installé avec ma fiancée. »  Punaise, c’était la fin des haricots ! Mon frère avait bien tiré ses marrons du feu ! Je me mis à pleurer comme une madeleine, j’étais seuuuule ….


Quant à moi, j’ai eu du mal à démarrer. Je n’aurais pas dû lire le texte de Fabienne avant d’avoir écrit le mien ! Car je me suis retrouvée un peu bloquée. Finalement, ce n’est qu’au début du mois de mars, que l’ampoule s’est allumée dans ma tête : une idée !

Mon texte : avoir les yeux plus gros que le ventre

Je lève les yeux
Dans le ciel un rapace
Bientôt le printemps

Dans le ciel, un rapace. Il vole par à-coups. Périmètre de vol nettement déterminé. Il cherche à manger.

Dans le ciel, un rapace. C’est bientôt le printemps. L’hiver n’est pas parti. Le vent est froid. Mordant. Piquant. Cinglant.

Dans le ciel un rapace. Un rapace diurne. Un rapace affamé. Un rapace à observer.

Dans le ciel, un oiseau. Haut comme trois pommes, rapide comme l’éclair, l’oiseau a l’estomac dans les talons. Son dernier repas, une grive chétive, remonte à la veille.

Dans le ciel, un oiseau. Il est beau. Il est rapide. Il a faim !

Une expression humaine qui lui colle aux plumes : avoir les yeux plus gros que le ventre.

Dans le ciel, un oiseau. Un épervier. Un mâle. Chez cette espèce, les mâles sont plus petits que les femelles. D’habitude, c’est l’inverse. Ici, c’est un mâle. Aussi grand qu’un pigeon. En plus fin. En plus élégant. En plus coloré. Joues rousses. Yeux orange.

Sa spécialité : la chasse aux petits oiseaux. Son régime alimentaire est composé à 98% d’oiseaux ! De petits à moyens, jusqu’à des piafs plus grands que lui ! En matière de vol, de maîtrise du vent, de navigation, de connaissance du gouvernail, il sait y faire.

Pas très haut dans le ciel, le bel épervier a remarqué sa proie. Un pigeon. Domestique. Banal. La future victime est aussi grise que lui. Le pigeon, qui lui est un estomac sur pattes, grignote à tout bout de champ. Ce pigeon-ci ne fait pas le fin bec. Il a trouvé par-là, sur la rue, quelques miettes à manger. Miettes et restes balancés négligemment par la porte d’une voiture.

Au sol, tout à son affaire de nettoyeur de rue, le pigeon ne prête aucune attention au danger qui vient d’en haut. Un œil de chaque côté de la tête, il regarde de temps en temps ce qui se passe à son niveau, tantôt à gauche, tantôt à droite.

Sur les trottoirs, dans un arbre, des pies. Sur les trottoirs, dans un arbre, sur des branches dénudées et coupées, quelques pies observent, curieuses, la scène de la Vie. Les arbres des alentours font d’excellents perchoirs. C’est comme au cinéma, mais en plein air. C’est comme au cinéma, mais en direct. C’est comme au cinéma, mais sans caméra. Et les acteurs et les actrices sont de véritables oiseaux en chairs et en plumes.

Sur les trottoirs, dans un arbre, les pies vont-elles assister à un navet ?

Nous avons dans les airs, un épervier affamé. Nous avons dans la rue, un pigeon glouton. Nous avons dans les arbres, des pies qui jacassent.

Les pies jacassent comme seuls les corvidés savent si bien le faire. Les corvidés, la famille des plus grands passereaux : bec costaud et pattes robustes les caractérisent. Les corvidés, qui vont de la pie, en passant par le geai, jusqu’au corbeau, sont plus d’une centaine d’espèces. Ce sont sans doute les oiseaux les plus intelligents, les plus joueurs, les plus fascinants à observer, à étudier. On pourrait même les apprivoiser.

Dans l’arbre, des pies. Elles sont trois. Elles patientent. Elles attendent. Elles tuent le temps. Elles poireautent et font des pronostics :

  • Trois contre un pour l’épervier, dit l’une.
  • Pour sûre, ce pigeon va bientôt manger les pissenlits par les racines, enchérit une autre.
  • C’est la fin des haricots pour lui, conclut la troisième.

À force de parler nourriture à tout va, une corneille qui passait par là les interrompt le plus poliment du monde :

  • Mesdemoiselles, vous m’en donnez l’eau aux mandibules. De qui, ou de quoi parlez-vous ?

Les pies et les corneilles ne s’entendent pas toujours. Un peu comme « chien et chat ». Parfois, ça cause ensemble, parfois ça se vole dans les plumes. Parfois, c’est pire. Mais ça, c’est une autre histoire.

  • Oh, ça va, l’asperge ! Ne ramène pas ta fraise ici. Cela ne te regarde pas !
  • Ouais, c’est pas tes oignons. Dégage !
  • Du balai, ouste, espèce de charbon de bois mal dégrossi !

Les pies n’ont pas leur langue dans leur bec. La corneille est vexée. La discussion part en sucette. Elle n’a rien vu venir. Elle ne leur a strictement rien fait, si ce n’est leur adresser la parole. Vexée, elle s’en va à tire d’ailes. Elle ne tient pas à pleurer comme une madeleine devant ces pimbêches grossières et mal élevées.

Malheureusement pour elle, la corneille s’est tirée un rien trop tôt. La plus fabuleuse des scènes d’action de ce cinéma en plein air commence… maintenant !

Ni vu ni connu, l’épervier, que rien de tout cela n’a perturbé, a replié ses ailes, a foncé pattes tendues, serres écartées sur son objectif. Aussi vif que l’éclair, aussi précis qu’une calculatrice, aussi déterminé qu’affamé, il n’a laissé aucune chance à sa proie.

PAF ! Les serres pointues se sont enfoncées dans sa nuque et dans son dos.

PAF ! Le bec crochu et puissant a brisé la colonne cervicale. 

PAF ! Le pigeon est mort. Rapidement. Presque sur le coup. Les haricots sont cuits pour lui. Cuic-cuic.

Les pies en restent bec bé :

  • On peut pas repasser la scène au ralenti ? Parce que non, quoi, j’ai pas bien vu, dit l’une, en faisant des yeux de merlan frit.
  • Punaise ! dit une autre, le pigeon n’a pas l’air dans son assiette !
  • Aïe, vlà une bagnole. On remet ça ? Qui parie ? Deux crêpes pour le prix d’une ? dit la troisième qui évalue déjà les chances du rapace de s’en sortir… ou pas.

En effet, une voiture arrive au loin.

Malheureusement pour le spectacle des pies, et pour leur pari, c’est une conductrice amoureuse des oiseaux qui est au volant de l’engin roulant.

Avant que la voiture ne freine, une des bavardes envoie une vanne pas piquée des vers :

  • L’épervier est comme qui dirait tombé sur un os.

Et les trois pies de rires à gosier déployé.

Pendant ce jacassement à casser les oreilles, l’épervier a vainement tenté d’emporter sa proie. Hélas, l’expression « avoir les yeux plus gros que le ventre » se vérifie pleinement ici. Les pattes puissantes du rapace et les coups d’ailes tout aussi puissantes n’arrivent même pas à décoller le pigeon ensanglanté de la rue. La proie est bien trop lourde pour le frêle épervier. Ce dernier est obligé d’abandonner son butin sur place.

Ce n’est pas demain la veille que notre rapace prédateur d’oiseaux prendra de la brioche !


Je voulais vous mettre une photo de l’épervier que j’avais faite après être rentrée et avoir déposé mes affaires. La scène à laquelle mon fils et moi avons assistée pour de vrai (j’étais la conductrice de la voiture dans le texte) s’est déroulée à une trentaine de mètres de notre maison, dans notre rue. J’ai donc mis quelques minuscules minutes à rentrer, déposer mes affaires, prendre mon appareil photo et ressortir à pied. J’ai donc cru naïvement que le rapace qui était dans le ciel à voler en décrivant de larges cercles au-dessus de la proie morte, était « notre » épervier. Comme les photos n’étaient pas géniales, jamais l’oiseau ne s’est posé ou est descendu à un niveau suffisamment bas pour faire une belle prise photographique, je n’ai pas téléchargé les photos sur mon ordi. Jusqu’à ce jour où j’ai écrit le texte. Et là, une grosse surprise m’attendait !! J’ai d’abord cru que j’avais la berlue. Que je m’étais trompée en identifiant le rapace devant ma voiture. Heureusement, je n’étais pas seule. Mon fils m’a dit deux choses quand je lui ai demandé s’il se souvenait du rapace observé quelques jours plus tôt :

  1. c’était bien un épervier (moi je pensais à un mâle à cause de la taille, mais lui me certifie que c’était une femelle à cause des couleurs grises)
  2. il y avait sans doute deux rapaces ce jour-là, deux rapaces différents !

En effet, cette affirmation ne m’a pas effleuré l’esprit. Obnubilée que j’étais sur le rapace dans le ciel, jamais je n’ai pensé une seule fois qu’il pouvait y avoir un autre rapace intéressé par le pigeon, par la proie…

En photo donc, un Faucon pèlerin !

La preuve que je n’y pensais pas, j’ai renommé toute la série des photos « épervier Mehagne » ! Ci-dessous des liens vers un super site d’oiseaux pour vous montrer la différence. En visionnant mes photos, j’ai remarqué en effet le masque noir sur la tête de l’oiseau et la forme de ses ailes, qui ne correspondaient pas à celle de l’épervier !

L’Épervier d’Europe sur le site oiseaux.net

Le Faucon pèlerine sur le site oiseaux.net

Cela me fait penser au conte « L’Épervier et le Vautour » de Allassane Sidibé, que j’ai adapté à ma sauce et conté pour la première fois l’année passé.
Clic ici pour entendre ce conte avec la voix d’Allassane.

Les petits plaisirs

Le plus grand plaisir de la vie est de réaliser ce que les autres vous pensent incapable de réaliser.

Walther Bagehot

En ce dimanche matin, je vous propose de faire une « carte des idées ». Si je vous dis « carte heuristique », ça ne vous parlera peut-être pas beaucoup. « Mind mapping » ? Je préfère le français et le terme « carte des idées » me plaît :-)

Il a été question de mind mapping lors de mon atelier d’art-thérapie avec Valérie Bornet. C’était hier, samedi.

L’atelier de Valérie se situe à dix minutes à pied de chez moi. Chouette. Proximité. Quartier. Voisine. Sympathie. Sourires. Relaxation. Bien-être. Du temps pour soi. Du temps pour moi. Temps pour nous. Petit groupe. Grand moment.

11 mars 2023. Il fait beau. Soleil. Ciel bleu. La fin de l’hiver est-elle là ? Après la neige et les bourrasques de vent, ce bleu et ce jaune, cette lumière et ces couleurs, j’adore ! Mon moral adore. Mes yeux sont amoureux de ce temps. Mes oreilles ne se lassent pas d’entendre chanter le rouge-gorge et le merle à cinq heures du matin, quand est noir, tout est calme, tout est tranquille. Leur chant. Un hymne à la vie. Mes lèvres qui sourient. Détente et bonheur du moment.

C’est mon troisième atelier chez elle. Le premier, le deuxième, j’ai donné vie à des oiseaux; en peinture, en terre, ils ont pris consistance et se sont envolés de mes idées, de mes souvenirs, de ma mémoire. J’ai réalisé en 2D et en 3D des moments passés.

Je me suis dit : jamais deux sans trois. Je vais encore me plonger dans les plumes et les oiseaux. Surtout que j’avais encore en tête la scène extraordinaire de l’épervier de vendredi passé. Dans mon quartier. Sous mes yeux ahuris. Des photos de médiocre qualité pour le prouver. Et puis réaliser avec étonnement que c’est un autre rapace que j’ai capturé dans mon appareil photo ! (histoire à lire un peu plus tard ;-) )

Et puis non ! Les oiseaux, les rapaces étaient là, mais je ne les ai ni dessinés, ni coloriés, ni donnés vie d’une quelconque manière. J’ai personnalisé une petite boîte et j’ai écris. J’ai écris et j’ai fait des cercles. J’ai fait des cercles et j’ai découpé. Découpé et collé. Puis admiré. Raconté. Expliqué le cheminement de mes pensées pour en arriver là !

La petite boîte, mon coffre aux trésors, rempli de choses positives, que j’aime, qui me font du bien : de la nature, des couleurs, des plumes (bah oui ! je n’aurais pas pu ne pas en mettre). Un fond jaune pour représenter le soleil en haut dans le couvercle, en bas à l’intérieur, du vert et du bleu pour le ciel et l’herbe, partout autour du rouge pour l’amour et la passion. Sur le côté les mots « zen » en noir & blanc et blanc & noir et « nature » en couleur bois. Un bouton floral pour illustrer une fermeture imaginaire. À l’intérieur, des coquillages car j’aime la mer et puis des tas de petits morceaux de verre, polis, tout doux, colorés, car j’avais envie de couleurs et de douceur ! Je m’imagine que quand j’ouvre cette boîtes aux merveilles, j’entends le rouge-gorge chanter, je sens la mer iodée, le vent me caresser le visage, le soleil illuminer mes pensées. J’entends aussi les mouettes piailler. Je sens aussi l’humus de la forêt. Je perçois le bruit des vagues chanter.

Aujourd’hui, 24 heures plus tard, je suis là, devant mon ordi à partager avec vous ces trois heures de ressourcement. De déconnexion. De plaisir. De partage. De bien-être. De bonheur.

Du seul mot pioché par hasard dans un livre au hasard (mot = jeunesse), 5 mots sont arrivés. Puis 5 autres mots pour chacun des cinq premiers. 25 mots en tout. 26 si on compte le « déclencheur ». Au choix, j’en prends 7. Et puis j’écris à partir, sur, avec ces 7 mots.

La carte d’idées, c’est ça. C’est partir d’un mot, d’un seul, et d’en terminer avec cinq, dix, vingt fois plus. Un mot en entraînant un autre, une idée arrivant depuis une autre, le chemin se fait, se construit, petit à petit.

Quand je veux écrire, mais que je n’ai pas d’idées, pas trop envie de me « casser la tête », je fais ce genre de carte. Si ce n’est que je préfère les listes. Je fais des listes pour tout. Chez moi, ça vient plus facilement. Les mots qui partent dans tous les sens, comme les bras d’une pieuvre, j’ai davantage de mal. J’ai l’impression que mes idées sont alors comme les mots. Elles m’échappent. Elles volent de-ci, de-là, sans se poser.

Dans cette carte mentale d’hier, un mot est apparu deux fois. Obligée alors de le prendre. Un signe. Ce mot c’était « plaisir« .

Ce matin, je vous invite, vous, mes lecteurs fidèles ou de passage, à faire une carte d’idées à partir de ce mot. Ne réfléchissez pas trop et notez tout ce qui vous passe par la tête. A partir de ce mot, lettres bien mises ou indisciplinées, changées, oubliées, rajoutées, trouvez-en vingt autres. Que ces mots soient libres et voyages sur votre page, qu’ils soient bien dressés sur une liste verticale ou horizontale, peu importe. La créativité arrive de manière différente pour chacun de nous. Certains seront plus à l’aise sur une feuille volante, d’autres sur ordi, ou d’autres encore dans un carnet, sur un post-it ou sur un tableau.
Sur les 21 mots que vous voyez sur votre support, choisissez-en une poignée : 3, 5, 7 ou 9. Et écrivez ! Écrivez ce que vous voulez : texte suivi, poème, chanson, auto-louanges, conseils, questions, etc.

Partagez le fruit de vos idées ou gardez-le précieusement pour vous. C’est vous qui choisissez.

Il y a beaucoup de petits plaisirs dans la vie de tous les jours. Des petits et des plus grands. Des grands et des petits. Ce n’est pas la taille qui compte, mais l’émotion et le sentiment qu’il nous procure quand on le reconnaît.

S’exprimer en silence

Le cerveau qui fonctionne à tout bout de neurones, matin, midi, soir et nuit. Vous connaissez ? Pour une raison ou une autre, il nous arrive de cogiter, de ressasser, de réfléchir, de se poser mille et une questions sur des choses importantes et parfois, cela concerne même des détails, des choses que l’on croit sans importance, mais auxquelles on y accorde justement beaucoup d’importance, beaucoup de temps, beaucoup d’attention. A tort ou à raison, là n’est pas la question ;-)

Je passe souvent par des moments pareils. Et le week-end dernier, j’ai décidé de laisser venir les choses. Comment ? Je me suis assise sur une chaise, devant une table, au salon, face aux fenêtres pour voir les oiseaux qui vont et viennent sur les branches de l’arbre, pile devant moi. J’ai mis de la musique dans mes écouteurs, sur mes oreilles. Un casque qui diminue le bruit ambiant et qui donne un très bon son. Une musique calme. Inspirante et relaxante. A côté de moi, mon compagnon regardait la télévision tout en repassant; les enfants étaient dans leur chambre, à s’occuper chacun de son côté. Mais moi, j’étais dans ma bulle. Bien installée, avec une couverture sur les jambes pour ne pas avoir trop froid. J’ai pris mes deux boîtes de puzzles, vide de pièces, mais remplie tantôt l’une d’un tas d’images différentes, tantôt l’autre de plusieurs centaines de mots. Images et mots ont été découpés dans différentes et nombreuses revues. Ensuite, sans trop réfléchir, j’ai coupé dans des feuilles cartonnées, que j’ai assemblées avec du collant coloré. Enfin, j’ai laissé mon regard s’exprimer au travers des mots et des images. Sans rien dire, ni réfléchir, j’ai choisi plusieurs mots, lettres, images, illustrations. J’ai assemblé le tout, par paquets. J’ai dû trouver des lettres solitaires pour que le mot choisi se mette bien avec le reste, pour que ça fasse un ensemble, une suite que j’aimais bien. Et j’ai collé par-ci, par-là. Sur un côté, puis sur un autre. Jusqu’à remplir toutes les faces de mon « dépliant cart’créative ».

J’ai fait tout ceci en une fois, entrecoupé d’une pause pipi et d’une pause thé, dans l’ordre ou inversement (sourire), en silence, sans me dire « je veux dire ceci, je veux lire cela ». Cela m’a pris près de deux heures ! Mais il y a eu le déclic, le truc qui me fallait, le mot précis, le ressenti libéré ! Je me suis senti libérée d’un poids. Difficile à expliquer. Compliqué à raconter.

Avant de coller tous ces mots, toutes ces images, dans ma tête, c’était le brouillard. Un champ de cotons. Une purée de pois. Un gribouillis d’idées, d’envies. Un ras-le-bol de tout. Une fatigue intense. Une lassitude pesante. Oui, c’était tout ça à la fois !
Après le collage et le résultat observé, admiré, oui, c’était plus clair dans ma tête. Le brouillard s’est dissipé. Les boules de cotons se sont posées. Les idées se sont organisées. Le bol qui était à raz s’est apaisé, n’a pas débordé. La fatigue était toujours là, mais plus de lassitude pesante, plutôt une fatigue légère.

Les nuages qui flottent au-dessus de ma tête ne sont plus annonciateurs de pluie ou de mauvais temps; ils parsèment mon ciel de jolies couleurs au coucher de soleil.
Rabindranath Tagore

Ce sont les livres qui m’ont appris que les choses qui tourmentaient le plus étaient celles-là mêmes qui me reliaient à toutes les personnes existantes ou ayant existé.
James Baldwin

Le temps est un moyen merveilleux de nous montrer ce qui compte vraiment.
Margaret Peters

La sécurité est avant tout une superstition. Elle n’existe pas dans la nature. La vie est une aventure audacieuse ou rien du tout.
Helen Keller

Le meilleur moyen de réussir, c’est d’arrêter de parler et de commencer à faire.
Walt Disney

On ne peut pas changer tout ce que l’on affronte, mais rien ne peut changer tant qu’on ne l’affronte pas.
James Baldwin

Nos sentiments sont les chemins les plus authentiques vers la connaissance. Ils sont chaotiques, parfois douloureux, parfois contradictoires, mais ils viennent du plus profond de nous.
Audre Lorde

Des citations de gens connus, célèbres. Des citations qui ont résonné en moi ce samedi-là.


Et puis, après , il y a eu des extraits que j’ai changé, des mots que j’ai assemblés. Voici ceux qui m’ont aidés.

Tout est déjà là, arrête de chercher.

Une envie de bouger de mission, de vivre mon travail autrement.

À la recherche de mes ailes.

Le pouvoir de décider à petit pas.

Être à fleur de page.

La page est mon remède. Quand j’y vais pour méditer, je me sens toujours mieux quand j’en reviens.

Être pas comme les autres.

Prendre le temps d’errer.

La petite bibliothèque pleine de bonheur.

Retour vers la vie passionnante et insaisissable avec mes lectures et bien plus encore…

Les maîtres des voyages intérieurs (les livres)

Au pays des ailes, je me sens comme un oiseau.

La voix, une voie pour un nouvel univers.

L’idée ! Elle était si petite. Si parfaite. Sui légère et si forte à la fois. Là où elle brille, au bord de la rivière.