Quand nos expressions animales nous rappellent qui nous sommes vraiment
Keuf ! Keuf ! Excusez-moi, j’ai un chat dans la gorge. C’est donc par un froid de canard que je prends la plume ce soir. Pendant longtemps j’avais le cafard, ou le bourdon, c’est selon, et maintenant que j’ai des fourmis dans les jambes, je veux que tout avance comme sur des roulettes.
Hélas, j’ai davantage l’impression de me faire pigeonner par la bureaucratie qui semble prendre un malin plaisir à jouer avec mes nerfs. Comme j’aime prendre le taureau par les cornes et que j’estime parfois nécessaire de donner un coup de pied dans la fourmilière (au figuré, je ne ferai jamais ça au propre), je me prends le bec avec tout le monde qui n’est pas d’accord avec moi ou qui me cherche des poux là où il n’y en a pas !
Punaise, qu’est-ce que ça me prend le bourrichon tout ça.
Bon allez, je vais arrêter de prendre la mouche et vais prendre exemple sur la patience de Maître Hibou… Pour ce faire, je vais d’abord passer au muséum d’histoire naturelle et échanger ma mémoire de poisson rouge contre celle d’un éléphant, car avec ma tête de linotte, je risque d’oublier très vite ce que Maître Hibou voudra bien m’enseigner.
Avez-vous remarqué ? En quelques lignes, j’ai convoqué une véritable ménagerie ! Notre langage quotidien est peuplé d’animaux, et cela n’a rien d’un hasard.
Le vrai du faux : décryptage de nos métaphores
« Avoir un chat dans la gorge »
Avoir la gorge qui gratte ou avoir la voix rauque/enrouée. S’utilise pour imager avoir des un amas de poils de chat qui obstrue la gorge. Mais tout le monde sait qu’il suffit d’un seul poil de chat ou de chien pour nous faire tousser comme un asthmatique.
« Un froid de canard »
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, cette expression ne vient pas de la température que supportent les canards, mais des chasseurs qui devaient affronter le froid glacial pour chasser ces oiseaux aquatiques. Ironiquement, les canards adorent l’eau froide ! Et moi aussi :-)
« Avoir le bourdon / le cafard »
Le bourdon symbolise la mélancolie par son vol lourd et son bourdonnement monotone. Le cafard, lui, évoque l’obscurité et ce qui se cache. Deux insectes pour une même tristesse ou une déprime.
« Se faire pigeonner »
Cette expression vient du pigeon, réputé pour sa naïveté (à tort : les pigeons sont très intelligents !). Parfait pour décrire ces moments où la bureaucratie nous coince.
« Prendre la mouche »
S’énerver brusquement, comme si une mouche nous harcelait. Qui n’a jamais été agacé par une mouche persistante ?
« Avoir une mémoire de poisson rouge VS d’éléphant »
S’il est vrai que l’éléphant a la réputation d’avoir une sacré bonne mémoire (il se souvient de chemins des années après les avoir empruntés ou reconnaît un congénère même si ceux-ci ne se sont plus vus depuis des lustres), dire à quelqu’un qui n’a pas une bonne mémoire qu’il a une mémoire de poisson rouge est faux. En effet, le poisson rouge a une très bonne mémoire, il peut se souvenir de l’heure des repas, comme il peut reconnaître la personne qui s’occupe le plus de lui. Il est même capable d’apprendre des « tours » ! (mais par pitié, arrêtez de le confiner dans un ridicule bocal ou minuscule aquarium rond ou trop petit pour lui, non seulement, vous l’empêchez qu’il grandisse, mais en plus, il devient complètement fou à tourner en rond et à voir tout déformé !)
« Être bavarde comme une pie »
La pie jacasse effectivement beaucoup ! Cette expression est biologiquement exacte : ces oiseaux sont très vocaux et sociaux. Par contre, il est faux de dire qu’elle est voleuse, même s’il est vrai qu’elle apprécie certains objets qui brillent, on est fin connaisseur ou on ne l’est pas ;-)
« Papillonner »
Passer d’une chose à l’autre sans se fixer, comme le papillon butine de fleur en fleur. Une image poétique de notre difficulté à nous concentrer sur une tâche ou sur un seul amour. On peut aussi utiliser l’expression « avoir des papillons dans le ventre » quand une situation nous excite ou nous rend particulièrement joyeux ou joyeuse.
« Avoir la chair de poule »
Réaction physiologique réelle ! Nos poils se hérissent de peur ou de froid et nous évoque le corps d’une poule déplumée.
« Quand les poules auront des dents »
Autrement dit : jamais ! Les poules n’ont effectivement pas de dents. Expression parfaite pour signifier l’impossible.
« Pleuvoir comme vache qui pisse »
Crue mais efficace ! Décrit une pluie torrentielle. Les vaches urinent effectivement de manière très abondante (jusqu’à 20 litres par jour).
« Beugler comme un âne »
Alors là, erreur ! Ce sont les vaches qui meuglent ou beuglent. Les ânes, eux, braient. Notre langage populaire n’est pas toujours zoologiquement correct !
« Pas piqué des vers »
Expression positive qui signifie « de qualité ». Vient du monde des fruits : un fruit sans vers est meilleur. Par extension : quelque chose ou quelqu’un de remarquable.
Pourquoi utiliser ces expressions ?
Elles créent de la proximité : Parler d’animaux rend notre discours plus accessible, plus humain paradoxalement. Dire « j’ai le bourdon » touche plus que « je ressens une légère mélancolie ».
Elles imagent nos émotions : « Se prendre le bec », « avoir des grenouilles dans le ventre » (pour décrire la faim), « chercher la petite bête » (pinailler), ce sont là autant de raccourcis expressifs qui parlent à tous.
Elles apportent de l’humour : Même dans des situations tendues, une expression comme « punaise ! » ou « merci mon chien ! » allège l’atmosphère.
Elles nous ancrent dans le vivant : Ces expressions nous rappellent notre appartenance au règne animal.
Les limites à connaître
✗ Les stéréotypes animaliers
Attention aux fausses croyances : les autruches n’enfouissent pas leur tête dans le sable pour ne pas voir quelque chose, mais elles le font pour protéger leurs œufs ou nettoyer le nid; être « curieux comme une belette » est une expression rare et la belette n’est pas spécialement plus curieuse qu’un autre animal. Par contre « être une fouine » peut désigner une personne curieuse mais cela avec une connotation péjorative).
✗ Le contexte professionnel
Certaines expressions peuvent paraître déplacées selon les situations : « Pleuvoir comme vache qui pisse » en réunion du comité de direction ? Peut-être pas. « Copiner comme cochon » à un entretien ? Vaut mieux s’abstenir.
✗ Les connotations péjoratives
Prudence avec les comparaisons qui peuvent blesser : « Bavarde comme une pie » est souvent sexiste et négatif, « »Beugler comme un âne » est plutôt agressif, ou « chercher des poux » (accusateur). Dire à quelqu’un qu’il est « Bête comme ses pieds » alors que les pieds sont très intelligents, s’ils n’étaient pas là, vous ne pourriez pas marcher ;-) n’est vraiment pas gentil, ou « manger comme un porc » parce qu’on a faim et impatient (et désordonné) n’est pas mauvais en soi, ça prouve qu’on fait honneur au plat qui nous est servi.
Ce que les animaux nous enseignent vraiment
Au-delà du langage, nos amis à poils, plumes et écailles ont beaucoup à nous apprendre pour notre bien-être au quotidien :
La patience du hibou : Cet oiseau nocturne, symbole de sagesse, nous invite à l’observation calme avant l’action. Pour notre tension artérielle et notre rythme cardiaque, adopter cette attitude contemplative peut faire des merveilles. Moins de stress, moins de cortisol, plus de clarté mentale. Quand on a envie de « prendre la mouche », respirons comme le hibou.
La présence du chat : Avez-vous observé un chat ? Il vit pleinement l’instant, dort quand il est fatigué, joue quand il a envie. Une leçon de mindfulness gratuite. Même avec « des fourmis dans les jambes », savoir s’arrêter est essentiel.
La résilience de la fourmi : Capable de porter 50 fois son poids, elle nous rappelle que la persévérance tranquille vaut souvent mieux que l’agitation stérile. Avant de « donner un coup de pied dans la fourmilière », observons déjà l’organisation de ces petites travailleuses.
La légèreté du papillon : Papillonner n’est pas toujours un défaut. Parfois, butiner différentes expériences nous enrichit. L’essentiel est de savoir quand se poser.
L’authenticité du canard : Imperturbable en surface, il pagaie furieusement sous l’eau. Un rappel que l’effort ne doit pas toujours se voir, et qu’on peut garder son calme apparent même par un « froid de canard ».
Nous sommes tous des êtres vivants
Utiliser ces expressions, c’est finalement reconnaître que nous partageons bien plus avec le monde animal qu’une simple planète. Nous avons les mêmes besoins fondamentaux : repos, mouvement, socialisation, sécurité, procréer.
Quand j’ai « le bourdon », c’est mon corps qui me parle. Quand j’ai « la chair de poule », c’est mon système nerveux ancestral qui s’active. Quand je veux « prendre le taureau par les cornes », c’est mon instinct de survie et d’action qui s’exprime.
Alors la prochaine fois que vous vous sentirez pigeonnés par une situation, que vous aurez envie de tout envoyer valser, rappelez-vous : même si les poules n’auront jamais de dents, vous, vous avez la capacité de choisir votre réaction.
Prenez une grande inspiration façon souffle de baleine, observez la situation avec des yeux de lynx, et gardez votre sang-froid. Pas besoin de « se prendre le bec » avec tout le monde.
Votre corps (et votre tension) vous remercieront.