Dynamique de groupe : de la théorie à la pratique !

Après six ans à mi-temps, je suis tombée au chômage. Et en dépression. La dépression était là bien avant, mais je ne l’ai pas vue. Adepte du journaling, cette thérapie par l’écriture me trompait. Il m’a fallu vouloir quitter ce monde pour me rendre compte que je n’allais pas bien !

Les oiseaux, les balades, la marche et l’écriture – en plus de suivis thérapeutiques et d’un traitement – m’ont sauvée. J’ai appris à écouter mes propres saisons intérieures et compris qu’en hiver, je dois suivre ma météo personnelle autant que celle de la nature.

C’est ainsi que j’ai débuté fin janvier une formation intensive à temps plein qui se terminera fin novembre. Le thème me parle profondément (comment n’y ai-je pas pensé avant ?), le lieu est idéal – un petit bois loin du centre-ville – et je connais certains formateurs pour avoir suivi avec eux une autre formation il y a huit ans.

Mais voilà : nous sommes treize. Moi qui me sens mal à l’aise au-delà de six personnes ! Heureusement, les activités se font en sous-groupes de trois à cinq. Grâce au cadre, à l’organisation et au rythme qui allie théorie et pratique, après cinq jours, je suis toujours là.

Après une semaine, nous avons été invités à écrire un petit mot « sur le dos » de chaque participant·e. J’avais déjà reçu cette feuille de compliments il y a huit ans. J’étais très curieuse du résultat :

  • Enthousiasme !
  • Pleine d’idées
  • Sans toi, je n’aurais pas pu être là cette semaine, merci 😊
  • Merci pour ta passion communicative
  • Énergique
  • Merci pour le partage de tes connaissances ornitho
  • Merci pour ton sourire et ta bonne humeur
  • Pop-corn naturel
  • Enthousiaste et amoureuse des animaux

Ces mots illustrent ma présence entière durant ces journées partagées.

Je me suis toujours présentée comme effacée, timide, en retrait. Est-ce ma dépression qui m’a transformée, ou les années qui forgent mon caractère ? Lors d’une activité en sous-groupe où j’étais « actrice », je me suis imposée sans le vouloir comme leadership ! Parce que le sujet me touchait, parce que l’affect a pris le dessus, j’ai tenu le crachoir bien plus souvent qu’à mon tour ! Une vraie pie bavarde 😉

Ces activités m’ont fait comprendre que j’avais changé. Pas entièrement, mais oui : même adulte, on peut changer. Grâce ou à cause d’expériences vécues, nos idées et nos actions se modifient.

Hier, nous avons eu la surprise d’entendre que notre groupe de cinq avait été « au-delà de la proposition », que nous avions « dépassé la consigne » ! Sans nous connaître vraiment, après une quinzaine d’heures « ensemble », nous étions sur la même longueur d’onde. Une sorte de jeu de rôles où chacun s’est fondu dans son personnage sans se poser de questions.

Le lendemain matin, ce samedi, le réveil était tôt (merci les chats !). Je n’ai pas réussi à me rendormir : je voulais écrire l’histoire de cette activité.

Moins de deux heures pour écrire cette nouvelle. Tout était déjà là, dans ma tête, dans ma mémoire. Je n’avais plus qu’à arranger les phrases et ajouter des détails pour que tout colle.

J’ai pris un immense plaisir à me replonger dans mon rôle pioché au hasard – un rôle qui ne pouvait pas être plus opposé à mon profil : espionne pour un diamantaire !

Écrire, c’est dans mes veines. Ça coule de source.

Bonne lecture !

Image de couverture imaginée grâce à l’application Stellarium

Décryptage des Expressions Animales

Quand nos expressions animales nous rappellent qui nous sommes vraiment

Keuf ! Keuf ! Excusez-moi, j’ai un chat dans la gorge. C’est donc par un froid de canard que je prends la plume ce soir. Pendant longtemps j’avais le cafard, ou le bourdon, c’est selon, et maintenant que j’ai des fourmis dans les jambes, je veux que tout avance comme sur des roulettes.

Hélas, j’ai davantage l’impression de me faire pigeonner par la bureaucratie qui semble prendre un malin plaisir à jouer avec mes nerfs. Comme j’aime prendre le taureau par les cornes et que j’estime parfois nécessaire de donner un coup de pied dans la fourmilière (au figuré, je ne ferai jamais ça au propre), je me prends le bec avec tout le monde qui n’est pas d’accord avec moi ou qui me cherche des poux là où il n’y en a pas !

Punaise, qu’est-ce que ça me prend le bourrichon tout ça.

Bon allez, je vais arrêter de prendre la mouche et vais prendre exemple sur la patience de Maître Hibou… Pour ce faire, je vais d’abord passer au muséum d’histoire naturelle et échanger ma mémoire de poisson rouge contre celle d’un éléphant, car avec ma tête de linotte, je risque d’oublier très vite ce que Maître Hibou voudra bien m’enseigner.

Avez-vous remarqué ? En quelques lignes, j’ai convoqué une véritable ménagerie ! Notre langage quotidien est peuplé d’animaux, et cela n’a rien d’un hasard.

Le vrai du faux : décryptage de nos métaphores

« Avoir un chat dans la gorge »
Avoir la gorge qui gratte ou avoir la voix rauque/enrouée. S’utilise pour imager avoir des un amas de poils de chat qui obstrue la gorge. Mais tout le monde sait qu’il suffit d’un seul poil de chat ou de chien pour nous faire tousser comme un asthmatique.

« Un froid de canard »
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, cette expression ne vient pas de la température que supportent les canards, mais des chasseurs qui devaient affronter le froid glacial pour chasser ces oiseaux aquatiques. Ironiquement, les canards adorent l’eau froide ! Et moi aussi :-)

« Avoir le bourdon / le cafard »
Le bourdon symbolise la mélancolie par son vol lourd et son bourdonnement monotone. Le cafard, lui, évoque l’obscurité et ce qui se cache. Deux insectes pour une même tristesse ou une déprime.

« Se faire pigeonner »
Cette expression vient du pigeon, réputé pour sa naïveté (à tort : les pigeons sont très intelligents !). Parfait pour décrire ces moments où la bureaucratie nous coince.

« Prendre la mouche »
S’énerver brusquement, comme si une mouche nous harcelait. Qui n’a jamais été agacé par une mouche persistante ?

« Avoir une mémoire de poisson rouge VS d’éléphant »
S’il est vrai que l’éléphant a la réputation d’avoir une sacré bonne mémoire (il se souvient de chemins des années après les avoir empruntés ou reconnaît un congénère même si ceux-ci ne se sont plus vus depuis des lustres), dire à quelqu’un qui n’a pas une bonne mémoire qu’il a une mémoire de poisson rouge est faux. En effet, le poisson rouge a une très bonne mémoire, il peut se souvenir de l’heure des repas, comme il peut reconnaître la personne qui s’occupe le plus de lui. Il est même capable d’apprendre des « tours » ! (mais par pitié, arrêtez de le confiner dans un ridicule bocal ou minuscule aquarium rond ou trop petit pour lui, non seulement, vous l’empêchez qu’il grandisse, mais en plus, il devient complètement fou à tourner en rond et à voir tout déformé !)

« Être bavarde comme une pie »
La pie jacasse effectivement beaucoup ! Cette expression est biologiquement exacte : ces oiseaux sont très vocaux et sociaux. Par contre, il est faux de dire qu’elle est voleuse, même s’il est vrai qu’elle apprécie certains objets qui brillent, on est fin connaisseur ou on ne l’est pas ;-)

« Papillonner »
Passer d’une chose à l’autre sans se fixer, comme le papillon butine de fleur en fleur. Une image poétique de notre difficulté à nous concentrer sur une tâche ou sur un seul amour. On peut aussi utiliser l’expression « avoir des papillons dans le ventre » quand une situation nous excite ou nous rend particulièrement joyeux ou joyeuse.

« Avoir la chair de poule »
Réaction physiologique réelle ! Nos poils se hérissent de peur ou de froid et nous évoque le corps d’une poule déplumée.

« Quand les poules auront des dents »
Autrement dit : jamais ! Les poules n’ont effectivement pas de dents. Expression parfaite pour signifier l’impossible.

« Pleuvoir comme vache qui pisse »
Crue mais efficace ! Décrit une pluie torrentielle. Les vaches urinent effectivement de manière très abondante (jusqu’à 20 litres par jour).

« Beugler comme un âne »
Alors là, erreur ! Ce sont les vaches qui meuglent ou beuglent. Les ânes, eux, braient. Notre langage populaire n’est pas toujours zoologiquement correct !

« Pas piqué des vers »
Expression positive qui signifie « de qualité ». Vient du monde des fruits : un fruit sans vers est meilleur. Par extension : quelque chose ou quelqu’un de remarquable.

Pourquoi utiliser ces expressions ?

Elles créent de la proximité : Parler d’animaux rend notre discours plus accessible, plus humain paradoxalement. Dire « j’ai le bourdon » touche plus que « je ressens une légère mélancolie ».

Elles imagent nos émotions : « Se prendre le bec », « avoir des grenouilles dans le ventre » (pour décrire la faim), « chercher la petite bête » (pinailler), ce sont là autant de raccourcis expressifs qui parlent à tous.

Elles apportent de l’humour : Même dans des situations tendues, une expression comme « punaise ! » ou « merci mon chien ! » allège l’atmosphère.

Elles nous ancrent dans le vivant : Ces expressions nous rappellent notre appartenance au règne animal.

Les limites à connaître

Les stéréotypes animaliers
Attention aux fausses croyances : les autruches n’enfouissent pas leur tête dans le sable pour ne pas voir quelque chose, mais elles le font pour protéger leurs œufs ou nettoyer le nid; être « curieux comme une belette » est une expression rare et la belette n’est pas spécialement plus curieuse qu’un autre animal. Par contre « être une fouine » peut désigner une personne curieuse mais cela avec une connotation péjorative).

Le contexte professionnel
Certaines expressions peuvent paraître déplacées selon les situations : « Pleuvoir comme vache qui pisse » en réunion du comité de direction ? Peut-être pas. « Copiner comme cochon » à un entretien ? Vaut mieux s’abstenir.

Les connotations péjoratives
Prudence avec les comparaisons qui peuvent blesser : « Bavarde comme une pie » est souvent sexiste et négatif, «  »Beugler comme un âne » est plutôt agressif, ou « chercher des poux » (accusateur). Dire à quelqu’un qu’il est « Bête comme ses pieds » alors que les pieds sont très intelligents, s’ils n’étaient pas là, vous ne pourriez pas marcher ;-) n’est vraiment pas gentil, ou « manger comme un porc » parce qu’on a faim et impatient (et désordonné) n’est pas mauvais en soi, ça prouve qu’on fait honneur au plat qui nous est servi.

Ce que les animaux nous enseignent vraiment

Au-delà du langage, nos amis à poils, plumes et écailles ont beaucoup à nous apprendre pour notre bien-être au quotidien :

La patience du hibou : Cet oiseau nocturne, symbole de sagesse, nous invite à l’observation calme avant l’action. Pour notre tension artérielle et notre rythme cardiaque, adopter cette attitude contemplative peut faire des merveilles. Moins de stress, moins de cortisol, plus de clarté mentale. Quand on a envie de « prendre la mouche », respirons comme le hibou.

La présence du chat : Avez-vous observé un chat ? Il vit pleinement l’instant, dort quand il est fatigué, joue quand il a envie. Une leçon de mindfulness gratuite. Même avec « des fourmis dans les jambes », savoir s’arrêter est essentiel.

La résilience de la fourmi : Capable de porter 50 fois son poids, elle nous rappelle que la persévérance tranquille vaut souvent mieux que l’agitation stérile. Avant de « donner un coup de pied dans la fourmilière », observons déjà l’organisation de ces petites travailleuses.

La légèreté du papillon : Papillonner n’est pas toujours un défaut. Parfois, butiner différentes expériences nous enrichit. L’essentiel est de savoir quand se poser.

L’authenticité du canard : Imperturbable en surface, il pagaie furieusement sous l’eau. Un rappel que l’effort ne doit pas toujours se voir, et qu’on peut garder son calme apparent même par un « froid de canard ».

Nous sommes tous des êtres vivants

Utiliser ces expressions, c’est finalement reconnaître que nous partageons bien plus avec le monde animal qu’une simple planète. Nous avons les mêmes besoins fondamentaux : repos, mouvement, socialisation, sécurité, procréer.

Quand j’ai « le bourdon », c’est mon corps qui me parle. Quand j’ai « la chair de poule », c’est mon système nerveux ancestral qui s’active. Quand je veux « prendre le taureau par les cornes », c’est mon instinct de survie et d’action qui s’exprime.

Alors la prochaine fois que vous vous sentirez pigeonnés par une situation, que vous aurez envie de tout envoyer valser, rappelez-vous : même si les poules n’auront jamais de dents, vous, vous avez la capacité de choisir votre réaction.

Prenez une grande inspiration façon souffle de baleine, observez la situation avec des yeux de lynx, et gardez votre sang-froid. Pas besoin de « se prendre le bec » avec tout le monde.

Votre corps (et votre tension) vous remercieront.

Formation aux contes et l’Abbaye d’Orval

À Orval, entre contes et tourments

Il y a deux semaines, j’étais en formation « contes » avec mon ami Stéphane Van Hoecke, à l’abbaye d’Orval, en Belgique.
C’est l’une des seules activités que j’ai gardées, vu mon état émotionnel du moment.
Ce qui m’a décidée ? Plusieurs choses :

D’abord, Stéphane. J’aime sa façon d’animer, sa manière de nous transmettre les ficelles du conte et de l’écriture. J’aime sa présence, sa voix, et même son écharpe rouge, sa fidèle compagne de toutes ses formations (clin d’œil).
Ensuite, le lieu : l’abbaye d’Orval. Je n’y étais jamais allée. Les repas y étaient donnés dans une véritable cérémonie de silence et de prière.
Et puis, l’automne, ce somptueux automne flamboyant qui se voyait partout : dans les forêts, dans la cour et les ruines de l’abbaye, dans chaque feuille qui tombait.
Enfin, le groupe : je savais qu’il me porterait. J’allais y revoir une ou deux personnes rencontrées lors d’une précédente formation. Et puis, j’avais besoin de voir du monde, mais pas trop. De bouger, mais pas trop. De prendre l’air… mais pas trop non plus.

Le débordement

J’étais venue pour conter. J’avais préparé deux contes personnels et un conte traditionnel que j’avais adapté à ma manière, 48 heures avant la formation.
Mais je n’en ai raconté aucun.

Mes émotions m’ont submergée. Je n’ai rien compris, mais j’ai pleuré tant et tant que j’ai donné à boire à toutes les feuilles mortes de la forêt avoisinante.
Je me suis éclipsée, perdue, puis retrouvée, en bonne compagnie : les oiseaux, les écureuils, le silence.

L’animateur et tout le groupe ont été d’une immense bienveillance.
Je suis restée, j’ai écouté beaucoup de contes. C’était beau, fort, bouleversant. Mais je n’étais pas tout à fait là. Ailleurs.

Dimanche après-midi, encouragée avec douceur, j’ai finalement pris la parole… non pas pour conter, mais pour raconter quelques anecdotes avec des animaux.
Et là, miracle : je n’ai pas pleuré. Les mots sont venus facilement. Ce n’était pas ma « voix de conteuse », mais ma voix, simplement. Trois anecdotes, racontées avec le cœur.

Le retour

La route du retour m’a semblé interminable. 1 h 44 de route, sous la pluie, avec le jour qui tombait. Je n’aime pas conduire, et ce trajet m’a paru une éternité. Je ne me reconnaissais plus. Je me faisais peur. Peur de mes idées noires, peur de mes pensées sombres, peur surtout de ne pas comprendre pourquoi j’étais dans cet état : si mal, si « loin ».

Mais je suis revenue saine et sauve.
Deux jours plus tard, dans mon bureau, mon refuge, mon cocon, j’ai voulu remercier le conteur et tous les participants. Alors j’ai fait ce que je sais faire : j’ai écrit. Un conte. Un conte sur leurs contes. Et sur mes émotions.

Garder des traces

J’ai pris des centaines de photos. Mon appareil photo numérique, mon smartphone… Je voulais garder la lumière, les couleurs, les arbres, la pierre, les reflets. Pour m’en souvenir. Pour pouvoir y revenir, un jour, pleinement.
Je dois encore réduire les images, les trier, les partager. Bientôt.

L’ambivalence

Les contes, c’est une véritable histoire d’amour pour moi. Mais je me sens ambivalente.

D’un côté, j’aime la magie, l’imaginaire, la féérie. Ce monde secret dans lequel je peux me perdre des heures.
De l’autre, je sais que le conte permet aussi de raconter les blessures, de transformer la douleur par la magie des mots.
Je pensais que conter mes blessures, à ma manière, m’aiderait à me libérer.
Mais, trop à fleur de peau, je n’ai pas pu. Trop sensible. Trop difficile.

Je suis davantage dans l’écrit. Écrire mes contes m’a apaisée, m’a permis de trouver les mots justes. Et si, en les racontant, je perdais ces mots ? Si je perdais mes « maux » ? Qui serais-je alors, dans l’histoire ?

Je me suis déjà posé la question, en 2021. À l’époque, j’avais pu retrouver ma force et conter une histoire née sur place, inspirée du lieu, peuplée d’animaux.
Cette fois-ci, c’était la même chose… mais puissance 10. Et mes forces m’ont abandonnées.

Ma décision (du moment)

Alors, deux semaines plus tard, j’ai décidé (jusqu’à ce que je change encore d’avis) de continuer à conter, mais autrement. Je ne raconterai plus « moi », pas directement. Je conterai la nature, les animaux, la magie, la féérie. Ce monde où tout respire, tout se transforme, tout se relie.

Et je vais rassembler tous mes contes personnels, ceux qui racontent ma vie par petits morceaux, dans un recueil que j’imprimerai.
Peut-être rien que pour moi.


Souvent, les contes disent plus qu’on ne croit.
Ils guérissent doucement, même quand on ne s’en rend pas compte.
Et peut-être qu’un jour, au détour d’un nouveau sentier, ma voix reviendra.

Retour aux sources : L’Université Européenne d’Écriture

Il y a des lieux qui semblent faits pour accueillir nos silences.
Depuis quelque temps, le mien s’appelle mon bureau. Une pièce à part, un refuge, un entre-deux où la lumière peine à entrer, mais où mes pensées, elles, s’éclairent peu à peu.
Peut-être parce qu’ici, à l’abri du monde et sous le regard bienveillant de mes chats, je peux enfin écouter ce qui remonte de loin : les souvenirs, les élans d’autrefois, les envies de demain.
Ce texte est né là, dans cet entrelacs de passé et de présent, entre nostalgie et envie de recommencer à écrire.

Mon bureau, mon antre

Depuis un peu plus d’un mois, j’ai mon propre bureau. Une vraie pièce, entière, rien que pour moi.
Elle est presque comme je le veux, encore quelques détails à fignoler, peut-être un petit coup de pinceau si j’ai le courage, mais déjà, j’en suis très contente.

La pièce n’est pas très lumineuse, car c’est une cave aménagée. Avant nous, les précédents locataires, quelqu’un y dormait. Elle est un peu froide et humide, en contrebas du jardin.
J’ai une belle vue, un peu cachée par la terrasse qui prolonge la maison et assombrit le ciel. En contrebas, les buissons et les arbres remplissent la pente, comme une petite jungle.

Mais j’aime cet endroit. Il est calme, à l’écart du monde, un peu coupé du reste de la maison. Et surtout, j’y ai toujours un, deux ou trois chats pour me tenir compagnie.
J’ai même aménagé pour eux plusieurs coins pour dormir… au point qu’on pourrait se demander si c’est vraiment mon bureau ou le leur ! (rires)

Une nostalgie qui remonte du sous-sol

Depuis plusieurs semaines, je me sens nostalgique, peut-être mélancolique.
Je traverse une période émotionnelle un peu difficile, la faute à des souvenirs oubliés qui ont refait surface, comme des bulles venues du fond d’un verre de champagne. Ils m’ont déstabilisée, fragilisée.

Et voilà qu’aujourd’hui, en ce dimanche gris et pluvieux, au milieu de mon rangement, je tombe sur une farde bleue, fine, en plastique.
Sur la languette, une inscription :

“U.E.E. 2010-2011.”

L’Université Européenne d’Écriture.
Une session de plusieurs mois (un an ? je ne sais plus) sur l’écriture pour enfants, chaque samedi.

Souvenirs d’université… pas tout à fait comme les autres

De cette période, je garde peu de souvenirs précis. Je me rappelle pourtant la candidature, le CV à envoyer : tout le monde ne pouvait pas y entrer.
Moi qui n’ai pas terminé mes humanités, le mot université me faisait un peu peur.

J’aimais beaucoup le groupe, mais certains cours ou professeurs n’étaient pas du niveau que j’avais espéré.
Peut-être est-ce pour ça que cette période reste floue dans ma mémoire.
Mais, comme toujours, chaque expérience laisse une trace.

C’est là-bas, pourtant, que “Neige de Feu” est né.
Depuis sa mise en lecture libre sur Atramenta (juin 2012), ce texte est mon deuxième plus lu, avec 915 lectures et plus de 600 téléchargements !
Il vient juste après La coccinelle qui cherchait l’automne, publiée en novembre 2011, qui culmine à 1 235 lectures. (une comptine que j’ai volontairement écrit pour être imprimée au format kamishibaï, avec mes propres photos, et qui est passé en première position !)

C’est aussi le premier texte que j’ai soumis à la critique d’une IA (avril 2025).
J’en ai même parlé sur mon blog :
👉 Neige de Feu – Une histoire fantastique

Le feu de l’imaginaire… et la lenteur du présent

Ces derniers temps, j’ai besoin de revisiter mes anciens écrits, pour retrouver ce plaisir-là : celui de l’imaginaire, de la création spontanée, de l’élan.
Parce qu’aujourd’hui, ce feu s’est un peu éteint.

J’ai toujours mille idées à la seconde, mes idées “pop-corn”, comme je les appelle. Elles surgissent dans tous les sens : sur ma vie, mon travail, mes projets, ma maison, mes loisirs… Mais quand elles sont trop nombreuses, je me perds à les trier, à leur donner une priorité. Alors je stagne. Et cet état de lenteur, je le déteste.

Je suis impatiente et hyperactive, je le sais, j’essaie de me soigner… mais c’est difficile. Et dans ce contexte dépressif, imaginez l’intérieur de ma tête : un volcan en ébullition. Je m’en veux d’aller si lentement, de ne pas trouver l’élan, de renoncer à peine une idée née.

Retour à l’UEE : écrire en musique

Bref, je digresse, comme souvent.
Je suis partie d’un souvenir pour en raconter un autre, puis pour tenter de revenir au présent. Alors, si vous avez du mal à me suivre, soyez les bienvenus dans ma petite tête : j’ai moi-même du mal à me suivre par moments…

Mais revenons à l’Université Européenne d’Écriture. C’est là que j’ai découvert l’écriture en musique. Quelle expérience ! Entendre une même mélodie et, à partir d’elle, voir naître tant d’univers différents selon chacun.

C’est aussi là que j’ai commencé à écrire sur le thème de la peur, avec ma première nouvelle : Derrière la porte.
J’ai retrouvé deux versions imprimées que je vais relire… et je vous les partagerai bientôt. (si je n’oublie pas, si j’en ai encore envie…)

Les suites inattendues

Après l’UEE, je suis restée un temps en contact avec Laurence, une participante.
Elle avait créé des ateliers d’écriture mêlés à la cuisine.
Lors d’un de ses ateliers, j’ai écrit un texte érotique, mon premier et mon seul ! intitulé Melon et Cerise.
Vous pouvez aussi le lire sur Atramenta.

Et aujourd’hui…

Voilà, c’était un moment “souvenir”, un peu décousu.
Un moment de partage d’histoires, d’allers-retours entre passé et présent, entre lumière et brouillard.
Je crois que mon bureau de cave, avec sa pénombre et ses chats endormis, est le lieu parfait pour ce genre d’exploration.

Peut-être qu’en retrouvant ces traces, une farde bleue, une vieille université, quelques textes oubliés, je retrouve aussi des morceaux de moi.

À bientôt, pour de nouvelles aventures dans les limbes et labyrinthes de mes souvenirs.


J’ai volontairement laissé l’image de présentation générée par l’IA, car, pour une fois, elle a représenté quatre chats dans leur entièreté ! J’ai pourtant décrit avec détails mon bureau, mais finalement, l’image n’est pas mal, en dehors des incohérences (amusez-vous à les trouver)

Affronter sa peur : le pouvoir des contes

Pourquoi je reviens toujours vers les contes ?

Je ne sais pas pourquoi les contes m’attirent autant.
Ou plutôt si : je crois que je le sais, mais j’ai encore du mal à le dire tout haut.

Ce week-end, je repars me former à l’art du conte. Une formation de perfectionnement. Et, comme à chaque fois, je tremble à l’idée d’y aller.
Rien que d’imaginer parler devant un groupe, sans texte, sans filet, me met le trouillomètre à zéro.
Je sais que j’aime écrire des contes, mais les dire… c’est une autre histoire.

Pourtant, les contes me fascinent. Leur structure, leur manière de faire passer des messages sans jamais les imposer.
À deux reprises, chez le même animateur, j’ai terminé la formation en disant :

“Non, décidément, je préfère écrire que conter.”

Et puis, la dernière fois, en 2022, il y a eu un déclic. Quelque chose d’invisible, mais de très réel. Mon ami conteur l’a senti lui aussi.
Après ça, pourtant, j’ai arrêté de conter … mais j’ai continué d’écrire.
J’ai compris que je préférais adapter des contes existants plutôt que de dire les miens. Parce qu’avec mes textes, j’ai du mal à me détacher des mots.
J’ai peur de les trahir en les disant autrement. Comme si, en me détachant du texte, je me détachais de moi.

Et puis, récemment, j’ai compris d’où venait ce malaise.
Un souvenir d’enfance, revenu avec violence, m’a rappelé pourquoi parler a toujours été si difficile.

À treize ans, j’ai dénoncé quelqu’un pour des faits graves. On m’a traitée de menteuse. On m’a dit de me taire. On m’a dit que j’exagérais.
Alors j’ai fini par me taire. Un mutisme sélectif s’est installé, ma timidité est devenue maladive…
Et l’écriture a pris la place de ma voix.

C’est pour ça, je crois, que je ne suis jamais à l’aise pour parler en public.
J’ai peur qu’on me juge encore, qu’on me dise que je mens, que je déforme la vérité. Et pourtant, au fond de moi, je sens que le conte est mon remède.
C’est ma manière de soigner ce silence forcé, de reprendre une parole qu’on m’a volée.

Alors pourquoi je continue avec ce conteur-là, devenu un ami ? Pourquoi lui, et pas un autre ? Parce qu’il porte le même prénom que la personne que j’ai dénoncée ? Est-ce un hasard ? Un signe ? Ou une épreuve que je me suis inconsciemment donnée ?

Je ne sais pas. Il y a des coïncidences qui ne sont que ça, de simples coïncidences. Mais parfois, quand elles se multiplient, difficile de ne pas y voir un sens. Dois-je les écouter ? Les ignorer ? Ou bien, encore une fois, les réduire au silence ?

À vingt-quatre heures du début de la formation, j’hésite encore sur le conte à travailler. J’ai abandonné mes deux contes noirs, trop chargés, trop proches de mes ombres. J’ai préparé celui de la mésange et de ses humeurs qui changent selon les saisons (c’est moi, un peu, beaucoup, passionnément).
Et j’en emporterai d’autres, écrits par d’autres.

Mais j’hésite toujours.
Lire à voix haute ? Écrire sur place ? Ou ne pas y aller du tout ? Je crois que je le sais déjà. Je vais y aller. Tremblante, peut-être. Mais vivante.
Parce qu’au fond, c’est bien ça, conter : c’est oser dire, avec sa voix, avec son corps, avec son regard.


Et vous, qu’est-ce que les contes réveillent en vous ?
Une part d’enfance ? Une blessure ancienne ? Ou simplement le plaisir d’écouter, d’imaginer, de rêver ?
Parfois, raconter, c’est juste une autre façon d’apprendre à se raconter soi-même, pas à pas, mot après mot.

Atelier de bibliothérapie : Écrire pour se trouver

Deuxième atelier de bibliothérapie avec Eloïse « Le mot qui délivre« .

J’ai hésité avant d’y aller.
À pas lents, malgré mon humeur maussade et la douleur dans mon pied, j’ai choisi le chemin à pied.
Le soleil brillait, doux contraste avec mon intérieur assombri.

Et juste avant d’arriver à la bibliothèque, il est apparu.
Furtif, vif, presque irréel.
Un moro-sphinx.
Un papillon-colibri, suspendu dans l’air, butinant en vol comme s’il défiait les lois du temps.

Il n’est resté qu’un instant, mais cet instant suffisait.
Un signe.
Un souffle.
Un murmure discret pour me dire :
Continue. Avance. Tu es au bon endroit.

Ce soir, un jeu d’écriture ! Que j’aime ça ! Pour moi ! L’encre qui coule dans mes stylos-plume est le sang qui coule dans mes veines.

Ce soir, la consigne était simple : choisir trois cartes sur les tables et écrire un texte en commençant par « elle » ou « lui ».
Un exercice qui s’apparente à l’écriture automatique, et qui, forcément, vient toujours parler de nous directement.

C’était la deuxième fois que je participais à un atelier avec cette animatrice. (clic ici pour lire mon premier billet du mois de mai 2025)
Et pour la deuxième fois, les signes étaient là. Je les ai suivis, malgré la fragilité du moment.

Il doit y avoir une connexion entre elle et moi. Je ne sais pas laquelle. Je ne la cherche pas. Je n’essaie pas de la comprendre. Je sais seulement qu’elle est là. Et c’est suffisant.
Je vis cet instant.


La falaise

Elle était perdue.
Perdue dans le temps.
Perdue dans les lieux.
Perdue dans la vie.
Perdue.

Un mot qui s’impose, qui s’incruste.
Perdue.
Un mot qui dure. Qui perdure.
Père dur.
Ou plutôt : pairs’dur.
C’est parfois dur de se (re)trouver parmi ses pairs.

Elle errait dans les chemins, dans les sentiers multiples.
Trop nombreux. Trop d’embranchements. Trop de possibles.
Trop de choix. Trop.

Elle était perdue.
Elle se sentait perdue.
Désorientée.

Comme au bord du gouffre.
Au bord de la falaise.
Au bord d’une frontière.
Frontière. Barrière. Fracture.
C’est dur.
Et ça perdure.

En déséquilibre.
Instable.
Entre deux mondes.
Entre deux vies.
Entre deux morts.
La vie, la mort.
À la vie, à la mort.

Entre lumière et obscurité.
Entre jour et nuit.
Paradis, enfer.
Pas radin, enfant de fer.
Goût de métal dans la bouche.
Goût de sang.
Trop de sang versé.
Les liens du sang, brisés.
Viré. Vitré. Vissé.

L’enfant de fer.
L’enfant de verre.
L’enfant à faire.
À refaire.
À reconstruire.
À soigner.
À panser.
À aimer.

Au bord de la falaise.
Un choix.
Une vérité.
Une douleur.
Un secret.
Un mensonge.
Un abandon… Non !
Pas un abandon.
Une protection.
Une libération.
Une acceptation.

Au bord de la falaise, le vent.
Violent.
Tout tangue autour de moi.
Le vent balaie tout : les idées, les envies, les plaies à vif.
Comme ce vent iodé, à la mer.
Il fouettait mon visage, m’apportait un grain de sable dans la bouche, dans les yeux.
Salé. Brûlant.
À vif.

À vif, mais en vie.
À vif, mais à vivre.

Au bord de la falaise.
Le vent.
Et le vent.
Et le vide.
Et l’absence.

L’absence.
Le sens.
Le vide.
Le sens du vide.
Le sens de l’absence.
Une absence pour avancer.

Une réalité.
Une dualité.
Une vérité.

Une vérité faite de signes.
De silences.
De « si ».
De « lent ».
De « lance ».
Le lent silence d’une absence.

Un signe.
Un cygne.
Blanc. Lumière.
Noir. Obscurité.

En noir et blanc.
Ou blanc et noir.
Yin et Yang.
Bien et mal.

Juste une question de signes.
Juste une question d’équilibre.
Équilibré et… rythme.

Rythme comme les vagues qui vont et viennent.
Aller-retour. Comme le vent. Comme la marche.

À contre-courant, tout bascule dans ma tête.
Comme une tempête imprévisible.

Mais avec cet air iodé, ce souffle du vent,
ces grains de sable pressés,
je lâche tout.
Je lâche prise.
Tout est balayé.

Sur les sentiers, et en haut de la falaise,
les oiseaux sont mes guides.

Les cygnes, mes premiers maîtres.
Hérons, goélands, mouettes, grèbes…
tous sont là.
Toujours près de moi, jamais bien loin.

Pour me guider sur mon chemin.
Sur mes sentiers.
Ils sont mes signes.


Bienvenue à mes saisons intérieures.


Le souffle de la mer

J’ai fui l’agitation pendant cinq jours. La mer m’attendait avec son vent violent, ses vagues bruyantes, ses ciels changeants. Tout a tremblé, tout a été secoué : mes idées, mes envies, mes rêves, mes colères. J’ai oublié mon appareil photo, comme si je devais accepter de voir autrement. Alors j’ai pris le monde dans la paume de mon smartphone, j’ai écrit quelques mots au fil des vagues, et j’ai laissé les paysages parler pour moi.

Ce séjour m’a montré une chose essentielle : je ne suis obligée de rien, sinon de prendre soin de moi. J’ai pris une décision, fragile, mais importante : accepter de me faire aider, même avec un argent que je n’ai pas, même avec des doutes sur l’avenir. Parce qu’aujourd’hui, m’aider, c’est déjà choisir de continuer. Je m’aide, comme je peux, quand je peux, si je veux.

Ces photos sont des traces de ce chemin-là. Elles ne disent pas la fatigue, ni les larmes, ni la tristesse de l’automne…

Ces photos sont des pauses volées, fragiles, honnêtes, pleines d’un désir simple : prendre soin de soi, même quand tout semble lourd. Mais elles portent l’espérance discrète que, demain, peut-être, la lumière changera.