Ecrire pour pousser l’ombre

Quand l’écriture devient jardin intérieur. Quand l’écriture révèle le mouvement de l’ombre vers la lumière : écrire pour faire exister, pour libérer, pour métamorphoser.

Introduction : Verdombre, la plante que nous portons tous

Quand j’ai inventé Verdombre, je croyais écrire une fiction étrange. Une créature végétale, mobile, quasi mythologique, qui pousse là où la peur s’installe, qui se nourrit des traumatismes d’enfance et des émotions refoulées. Je pensais que c’était une histoire de genre, un récit fantastique. Un jeu d’imagination.

Mais plus j’écrivais, plus j’avançais dans le cœur végétal de cette chose, et plus je comprenais : Verdombre, c’est exactement ce que je cherche à accompagner dans mon métier.
Cette créature, elle n’est pas malveillante. Elle est là pour capter ce que nous n’arrivons pas à dire. Elle absorbe nos non-dits, nos colères rentrées, nos douleurs d’enfance. Elle pousse dans les angles morts de la mémoire. Et plus on la laisse faire, plus on s’allège.

Verdombre, c’est l’image vivante de l’écriture thérapeutique : une plante intérieure qui pousse dès qu’on commence à dire, à déposer, à transformer.
Non, elle ne fait pas peur. Elle fait place.

Dans ce texte, vous rencontrerez une légende, des scientifiques, une photographe ratée, un chevalier un peu saoul, un stage improbable et une petite fille qui ne sait pas lire.
Mais ce que vous croiserez, surtout, c’est une vérité invisible : ce que nous ne disons pas continue de pousser en nous.
Et c’est peut-être le moment, enfin, de faire de la place à Verdombre.


Comment Verdombre a poussé en moi ?

Tout a commencé un vendredi après-midi. Un atelier d’écriture entre amis. Pour le plaisir. Pour ne pas rouiller. Pour continuer à imaginer, à créer, à jouer ensemble avec les mots.

J’avais préparé quelques propositions, des images, des textes à détourner, des cartes à piocher. Rien de sérieux, rien de planifié. Juste une envie de laisser émerger ce qui vient quand on écoute vraiment.

Et ça a pris.

  1. Un extrait de conte, tiré d’un recueil de nouvelles sur Brocéliande. Une histoire suspendue, que j’ai arrêtée net à un moment clé : un chevalier, un tableau, un cri venu d’ailleurs. J’ai proposé qu’on invente la suite. De là est né Philippe, le tableau hanté, et une créature verte, encore floue.
  2. Trois images découpées dans des magazines : un jeune homme dans un train, une adolescente contre des casiers, une maison lumineuse. J’ai proposé de relier un personnage à un lieu. Frédéric est né. Et avec lui, un stage improbable.
  3. Un souvenir d’enfance : “Enfant, je rêvais de…”. Le début était le mien, mot pour mot. Et sans vraiment y penser, j’ai glissé vers mes expériences réelles : aider un vétérinaire, soigner des animaux, vendre des photos à une hostellerie pour rembourser une chambre que je ne pouvais plus payer. J’ai écrit ça, pour de vrai. Et Verdombre s’est invitée dans mes souvenirs en ce dimanche après-midi.
  4. Des cartes Dixit et un jeu de débat, une consigne comme un choc : “Votre ancien voisin était un tueur en série.” Et sur la carte, un couteau caché dans des herbes. J’ai démarré aussitôt. Mon voisin s’appelait Michel. Il tuait des mauvaises herbes… tout est parti de là.

Et puis, Camomille. Elle est apparue aussi ce dimanche. Toute seule. Une fin inattendue. J’avais lu un article sur la puberté précoce. Ma belle-sœur m’en avait parlé. Et ce prénom — Camomille — s’est imposé, comme un lien discret avec le végétal, avec la douceur, avec la transmission.

Tout ça, c’étaient des fragments. Et en relisant mes textes, j’ai senti une liane.
Quelque chose de rampant, d’unifié, de vivant. Verdombre était là depuis le début.
Et je ne l’avais pas inventée : je l’avais révélée.

J’aime consigner. J’aime observer. J’aime inventer des comportements d’animaux — réels ou imaginaires. Et cette créature-là, Verdombre, incarne peut-être ce que je fais depuis toujours : nommer ce qui est tapi, créer du lien entre les choses, transformer l’étrange en matière vivante.

Ce récit est né d’un jeu.
Mais il m’a ramenée exactement là où je voulais aller : à l’endroit où l’imaginaire rejoint la mémoire, où l’ombre se dit enfin, et où l’écriture peut, doucement, panser les racines.


Araignée du matin, verre en main

Un pholque dans mes cheveux !
Je n’en crois pas mes yeux.
C’est affreux, c’est monstrueux !
Avec ses huit longues pattes,
Elle glisse, légère, et s’échappe.
Dans mon regard, elle s’abat,
Je hurle, je fuis, je me débats.
Mais où est-elle ? Je ne la vois pas…
Quelle idée pour cette araignée
De s’emmêler dans mes pensées
Et surtout dans mes cheveux tout ondulés !
Zou ! Je la fais tomber par terre,
Toute fine, invisible, elle erre.
Elle cherche un coin, un abri,
Je l’éblouis d’un coup, sans bruit.
Hop ! Dans un verre, elle vacille,
Moins fière, mais toujours fragile.
Pas bien maligne, ni méchante,
Juste une invitée surprenante…

Pour capturer, déplacer et libérer cette toute fine araignée qui m’a fichu la trouille de ma vie (j’étais occupée à réécrire un texte sur un traumatisme d’enfance, écrit lors de mon week-end d’écriture thérapeutique), j’ai utilisé un verre. Pas n’importe lequel, celui qui garde en son ventre des dizaines de petites pierres colorées. Verre vidé, araignée enfermée, il me fallait trouver une « porte » pour la déplacer en toute sécurité. Et j’ai choisi, à porté de main (lisez le joli jeu de mots), un marque-page personnalisé que voici.

Comment gagner en objectivité ?

Et donc, comme cette frayeur n’était pas justifiée, j’ai voulu jouer le jeu et répondre à ces questions :

  1. Quelle est la pire chose qu’il puisse se passer ?
    * que j’écrase sans le faire exprès la petite créature
    * que je me cogne à force de me secouer dans tous les sens
    * que je réveille mes enfants ou mon compagnon par des cris horribles (que je n’ai pas poussés finalement)
  2. Quelle est la probabilité qu’elle se reproduise ?
    * vu le nombre de pholques à la maison, je dirais qu’il y a au moins 20% de chance que je revive une scène pareille (j’exagère à peine)
  3. Quelle est la meilleure chose qui puisse arriver ?
    * que je déplace l’auteur de cette frayeur et qu’il aille vivre sa vie ailleurs
    * que je surmonte ma peur et que j’apprenne à la maîtriser
    * que je sauve une vie
  4. La dernière fois que j’ai vécu une situation comme celle-ci, que s’est-il passé ?
    * C’était une plus grosse araignée et elle était sur l’interrupteur sur lequel je voulais appuyer. J’ai hurlé. J’avais ma fille dans les bras. C’était il y a des années. Dans une autre maison.
  5. Que dirais-je à un ami dans cette situation ?
    * Cool, relax, c’est une araignée, certes, mais inoffensive. Elle a de longues pattes, mais c’est une excellente chasseuse de moustiques
    * Tu sais c’était quoi comme espèce d’araignée ? tu as su l’identifier ?
    * Il serait temps que tu soignes cette phobie. Tu as déjà fait de grands progrès, mais vu ta panique, je crois qu’il y a encore un peu de travail
    * La prochaine fois, tu fermes ta bouche et tu la prends délicatement dans tes mains pour la poser ailleurs. Car là, tu lui as peut-être brisé une patte. Le diamètre du verre n’était pas bien grand.
    * Ce n’était pas celle que tu as embêté la veille au soir et que tu croyais qu’elle était morte ? Si ? Ah ben, elle vient se venger et rendre des comptes, c’est normal. Mais rassure-toi, elle ne peut pas te faire grand mal.
  6. Qu’ai-je ressenti les fois où mes inquiétudes ne se sont pas confirmées ?
    * Beaucoup de bruit pour rien, je me suis sentie bête à réagir de la sorte
    * J’ai réagi avec exagération. Je dois savoir prendre du recul. (Tellement plus facile à dire, à écrire, qu’à faire)
  7. Si je m’inquiète par habitude, quel raisonnement plus nuancé pourrais-je adopter ?
    * Ouah ! Pour le coup, je tire mon chapeau à cette araignée. Elle a dû grimper le fauteuil (ou pire, sur moi !) pour arriver jusqu’à mes cheveux. Car je l’avais vue se déplacer à terre quelques minutes avant, pensant naïvement qu’elle allait trouver refuge dans le meuble derrière moi…
    * Les araignées qui sont dans la maison ne m’ont jamais mordue (des moustiques oui, des araignées, non. Elles préfèrent mes enfants et mon compagnon hihi).
    * Ce n’est pas une si petite créature qui va effrayer une grande créature telle que moi.
Voici la coupable, victime sauvée. Elle a toutes ses pattes et a trouvé refuge… à la cuisine

Ethan l’escargot – jeu de l’alphabet avec la lettre E

Ethan, Emilie et Esther

Ethan est un petit escargot un peu étrange.
Ce qu’il aime par-dessus tout ? Écrire.
Des histoires d’eiders explorateurs, d’espadons géants, de châteaux en Espagne, et même de combats d’escrime entre étoiles !

Mais aujourd’hui, en sortant de l’école, Ethan a mal à l’estomac.
Il a voulu lire son texte devant la classe… et il s’est étranglé.
Une émotion énorme est montée, ses mots se sont enfouis, et il s’est enfui.

— C’est une erreur… Je ne devrais pas écrire, soupire-t-il. Je suis trop nul.

Sur le chemin, il rencontre son amie Émilie, une jeune éléphante pleine d’énergie.

Ethan ? Tu es tout emmitouflé dans ta coquille… Qu’est-ce qu’il se passe ?

— J’ai voulu écrire un texte… mais j’ai fait des fautes, et tout le monde a rigolé. Maintenant, j’ai juste envie de m’enfuir et d’errer loin, loin, loin…

Émilie l’écoute avec attention, puis sourit.

— Tu sais, moi aussi j’ai eu peur une fois, quand j’ai voulu écrire une lettre pour élire la meilleure écrivaine de la forêt. J’ai tellement eu peur de faire une erreur que je l’ai jamais envoyée !

— Et tu l’as envoyée après ?

— Non. Mais j’ai rencontré Esther. C’est une vieille éléphante sage, une vraie écrivaine. Elle m’a dit une chose que je n’oublierai jamais :

« L’écriture, c’est comme monter un escalier : parfois on glisse sur une marche ou un ergot, mais chaque pas compte. »

Émilie entraîne Ethan chez Esther.
Esther est installée dans son fauteuil, avec une écharpe orange et un carnet sur les genoux.

— Oh, Ethan ! J’ai entendu parler de toi. On dit que tu écris exprès pour faire rêver les autres. C’est vrai ?

Ethan rougit.

— J’essaye… mais j’ai peur. J’ai mal à l’estomac quand je me trompe. J’ai envie d’écrire, mais je me sens étouffé par mes fautes.

Esther ferme les yeux un instant, puis dit doucement :

Écoute ton envie. Elle est là pour une raison. Les fautes ? Ce sont des flocons de poussière. On les chasse plus tard, avec un balai magique… ou un dictionnaire.
Mais l’expression, l’émotion, ce que tu ressens : ça, c’est précieux.

Elle tend à Ethan un carnet vide.

— Tiens. Tu vas écrire là-dedans. Tu feras autant de fautes que tu veux. Tu écriras encore, et encore. Et tu verras : un jour, tu aideras d’autres escargots à croire en leurs envies.

Ethan serre le carnet contre lui.

— Merci Esther. Je crois que je vais écrire… une histoire avec un escargot et une éléphante. Et peut-être un espadon !

Et tous trois rient à gorge déployée, jusqu’à s’éreinter de bonheur.


Petite graine pour l’enfant qui lit :

Et toi, quelle est ton envie ?
Et si… tu écrivais un petit bout d’histoire, toi aussi ?
N’aie pas peur des erreurs. Elles font partie du chemin.

Des moineaux sous mon toit : ça piaille

Ça y est, les piafs sont nés,
Depuis des jours, j’les entends piailler.
Une armée de becs qui réclame sans fin,
Du lever du jour jusqu’au prochain matin.

Ils sont nourris à la chaîne,
Par les deux parents, sans peine.
Mais j’vois surtout le papa moineau,
Voler, tourner, ramener du miam miam au nid là-haut.

Et ce nid ? Ah, parlons-en, quelle trouvaille !
Sous la corniche, au ras du toit, c’est la pagaille.
Un amas de mousse, de branches, de vieux bouts de fil,
Un squat aérien, un chantier bien trop fragile.

Pendant ce temps, mon palace reste vide,
Un nichoir 5 étoiles, tout propre, tout solide.
Trois appartements, à l’abri du vent,
Avec terrasse et vue plein sud, franchement !

Je l’ai acheté 45 boules, sans rire,
Pensant accueillir une joyeuse clique à nourrir.
J’avais tout prévu, même l’ancien spot respecté,
Juste à côté, là où l’ancienne chaudière était installée.

Mais voilà, la chaudière a claquée,
Et les moineaux… ont déménagé.
Pas un regard pour mon immeuble solide en bois,
Pas un bec curieux… j’vous jure, quel effroi !

J’ai vu des mésanges bleues, c’est vrai, passer,
Mais plus de bruit, plus rien… tout a déserté.
Pendant que les moineaux hurlent à tue-tête,
Sous mon toit, ça s’entête !

Quel affront ! Quel camouflet !
Ils préfèrent leur trou miteux, aucun respect,
À mon palace cosy, chauffé et ventilé…
Franchement, y’a de quoi enrager.

J’aurais dû leur faire un taudis crasseux,
Avec deux clous rouillés, un vieux rideau crasseux.
Là, peut-être, ils se seraient dit « chouette ! »,
Mais moi, j’ai fait trop bien — c’est bête.

Moineaux, bande de rustres, sans goût ni flair,
Vous rejetez l’hôtel pour un coin de misère ?
Mais allez… volez, vivez, faites votre vie,
Vos cris me réveillent — et pourtant, j’souris.

C’est pas chez moi que vous logez, c’est vrai,
Mais c’est chez moi que vous chantez… et ça me plaît.

Bon… j’vous regarde quand même, avec un brin d’émoi,
Courir nourrir vos petits — sous MON toit.

Papa Moineau domestique

Maman Moineau domestique

Voici le magnifique appartement ***** 3 chambres snobé par « mes » moineaux.

Travail superbement réalisé par Le local à plumes (FB)

Marche avec moi

Au détour d’une balade improvisée, ce petit air, je l’ai presque chanté !

Marche avec moi, le matin se lève,
Les herbes s’inclinent, la lumière est brève.
Un pas après l’autre, laisse fuir les pensées,
Écoute l’eau qui parle aux racines cachées.

Les oiseaux t’accueillent d’un concert sans détour,
Pinson, troglodyte, leur chant est d’amour.
Si petit le mignon, mais si fort son appel,
Il fait vibrer le bois, du tronc jusqu’au ciel.

Le rouge-gorge file, discret et vaillant,
Son œil te regarde, curieux, pétillant.
Là, le goéland brun barbote avec dignité,
Tandis qu’une corneille tente de chaparder.

Le héron en vol déploie son grand silence,
Et les canetons rient, dansent leur innocence.
Le grand cormoran, sur la rive endormie,
Étire ses ailes noires comme pages de nuit.

Le Grimpereau discret, doux grimpeur de l’écorce,
Suit un chemin secret, libre et plein de forces.
La mésange bavarde, l’étourneau papillonne,
Chacun a sa voix, et pourtant l’harmonie résonne.

Le sol, lui aussi, regorge de merveilles,
Un hanneton frissonne sous l’ombre d’une feuille.
Une larve de coccinelle, promesse de couleurs,
Et le bourdon des arbres qui butine de fleur en fleur.

Les Dolerus scintillent, furtifs comme le vent,
Tandis que les chenilles s’étirent, lentement, doucement.
Le Viorne donne fruit sur un arbre voisin,
Et l’ail des ours embaume les creux du chemin.

Les Sceaux de Salomon, secrets entre les pierres,
Murmurent à mi-voix des sagesses de terre.
Marche avec moi, écoute, respire, ralentis,
Chaque souffle t’ancre, chaque pas te bénit.

Tu n’as rien à prouver, rien à faire, juste être,
À l’instant, à la vie, au silence, à la fête.
La nature t’accueille, sans question, sans détour,
Elle te murmure simplement : Sois amour


En images. Les photos sont toutes de moi. La moitié ont été faites avec mon smartphone (insectes, paysages, fleurs) et le reste avec mon appareil photo numérique, soit au même endroit – Parc Hauster à Chaudfontaine, soit ailleurs.

La liste des bestioles et végétaux :-)

  • corneille noire
  • étourneau sansonnet
  • héron cendré
  • grand cormoran
  • grimpereau des jardins (je crois)
  • pinson des arbres (ici un mâle)
  • mésange charbonnière
  • mésange bleue
  • mésange nonnette
  • famille de canards colverts (avec des poussins qui étaient plus grands que sur la photo)
  • troglodyte mignon
  • rouge-gorge familier
  • goéland brun (je crois)
  • larve de coccinelle asiatique
  • chenilles de Phalène brumeuse
  • bourdon des arbres e
  • plusieurs dolerus
  • hanneton des jardins
  • fruits d’un Viorne obier qui poussaient sur un autre arbre
  • Sceaux de Salomon commun
  • ail des ours en veux-tu en voilà

Après les photos, le fichier audio ;-)

Pourquoi c’est une excellente idée d’offrir un animal à un enfant (vraiment) ?


Note pour les lecteurs pressés (et les sérieux au premier degré)

Ce texte est truffé d’humour noir, de second degré, et d’une pointe d’ironie bien appuyée. Rien n’est là pour se moquer des animaux, ni des enfants — mais bien pour secouer les adultes responsables qui pensent qu’un animal, c’est un cadeau comme un autre.

On ne rit pas des animaux.
On rit avec eux (enfin, si on leur demandait, ils auraient sûrement deux mots à dire).

Si tu souris tristement en lisant, c’est que tu as compris.
Si tu grimaces… c’est peut-être que tu connais quelqu’un qui est comme ça, ou que ça fait effet miroir ?


En bref

Offrir un animal à un enfant, c’est bien plus qu’un cadeau : c’est une leçon de vie. Une aventure. Un grand huit émotionnel. Un cadeau pédagogique emballé dans une boule de poils. Allez, soyons honnêtes : quel meilleur moyen d’apprendre la vraie vie à un petit être humain que de le mettre face à une créature vivante dont il ne mesure absolument pas la responsabilité ?

Il va adorer… jusqu’au premier pipi sur le tapis

Parce qu’au début, c’est magique. Il va s’attacher. Il va fondre. Il va lui donner un nom trop mignon que personne ne comprendra jamais. Et il va le suivre partout. Oui, partout. Même aux toilettes. L’amour inconditionnel, quoi.

Et puis, il découvrira la joie de se lever plus tôt que pour aller à l’école. Quelle chance ! Un animal, c’est un réveil avec des pattes. L’enfant apprendra qu’un besoin pressant à 6h du matin, c’est aussi une preuve d’amour.

Il vivra des émotions intenses. Très intenses.

Il va rire, il va pleurer, il va crier. Il va passer par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel émotionnel. Il apprendra que ce petit être n’est pas un jouet qu’on pose sur une étagère. Et c’est bien : rien ne vaut une belle frustration bien sentie pour forger le caractère. Un chiot qui mâchouille ses jouets préférés ? Une chatte qui griffe les rideaux ? Parfait pour travailler la patience.

Il vivra une rupture, une vraie, dès l’enfance

Car un jour, l’animal deviendra « trop encombrant ». Les vacances approchent. La nounou des bêtes est hors de prix. Et cette charmante boule de poils commence à aboyer quand elle est seule. Il faudra alors faire un choix raisonnable. L’enfant verra ses parents faire ce qu’il y a de mieux pour tout le monde : l’abandon (pardon, la « relocation aimante »). Et c’est bien : il apprendra tôt que même les grandes histoires d’amour finissent parfois en cage.

Il apprendra la mort, la vraie

Mais peut-être que tout se passe bien. Peut-être qu’il garde son animal, qu’il l’aime, qu’il grandit avec lui. Et alors, il vivra une autre expérience précieuse : la perte. Parce qu’un hamster, ça ne vit pas 20 ans. Un chat, ça vieillit. Un chien, ça fatigue. Et là, quelle claque merveilleuse ! Perdre son meilleur ami avant le collège, quelle excellente préparation à la vie adulte.


Bref, offrir un animal à un enfant, c’est une idée géniale

…à condition d’avoir déjà prévu qui ramassera les crottes. Qui paiera le véto. Qui s’en occupera quand il ne voudra plus. Parce qu’au fond, offrir un animal, ce n’est pas offrir un jouet. C’est offrir un être vivant à un autre être… pas encore tout à fait prêt.

Mais bon, l’essentiel, c’est qu’il soit content le matin de Noël, non ?


Le monde merveilleux des maladies

Offrir un animal, ce n’est pas seulement lui offrir un compagnon. C’est lui offrir… un abonnement illimité chez le vétérinaire. Formidable, non ? Une chance inouïe de découvrir que les êtres vivants, ça tombe malade. Oui, même les mignons.

Une petite toux ? Un petit virement ou un QR code à scanner.

Ton enfant va apprendre une chose essentielle dans la vie : l’amour, c’est cher. Et l’amour d’un animal, ça commence souvent par un vaccin (et ça continue avec une castration, un détartrage, une pommade pour les yeux, et une prise de sang « par précaution »). Une occasion unique d’aborder la gestion budgétaire dès le plus jeune âge. Entre deux Pokémons, il pourra suivre l’évolution du compte bancaire familial en temps réel.

Ah tiens, il boîte. Ah non, il saigne. Ah si, il vomit.

Là encore, super occasion d’apprendre que la vie, c’est pas que Netflix et câlins. Un petit accident ? Une patte cassée ? Une otite car il a joué dans la boue ? Génial, ton enfant découvrira les joies de l’anxiété parentale… en version junior.

Et toi, en bonus, tu auras droit à cette fameuse phrase :
« Mais pourquoi il est malade, Maman ? Il mange que ses croquettes, c’est pas juste ! »
Parfait pour amorcer une discussion sur l’injustice de l’existence et la précarité du vivant.

Et les soins obligatoires ? Quelle belle responsabilité !

Stérilisation, vermifuge, antiparasitaires, identification, rappels de vaccins : c’est une liste de Noël rien que pour vous ! Ton enfant apprendra à gérer un vrai calendrier, bien plus utile que celui de l’Avent. Il découvrira que l’amour, c’est aussi penser à faire vacciner celui qu’on aime. C’est mignon, non ?

Et si jamais il oublie ? Eh bien il vivra une autre grande leçon de vie : la culpabilité.


Donc oui, offrir un animal à un enfant, c’est brillant

Parce que quoi de mieux qu’une petite créature à poils pour découvrir :

  • la logistique médicale,
  • le stress vétérinaire,
  • les dépenses imprévues,
  • et ce doux mélange de panique et d’amour quand « il respire bizarrement, tu trouves pas ? ».

Mais rassure-toi, ton enfant en sortira grandi. Peut-être même qu’il voudra devenir véto. Ou allergique. L’un ou l’autre.


Vive les vacances !

Quelle fabuleuse étape dans cette grande aventure éducative ! Un jour, après les bisous, les selfies et les jeux dans le jardin, vient le désintérêt total. L’animal devient… un meuble vivant. Un meuble qui mange, qui perd ses poils et qui attend. Mais c’est beau, parce que ton enfant va apprendre quelque chose de fondamental : revendiquer sans assumer.

« C’est MON chien ! »

… sauf pour le sortir.
… sauf pour le nourrir.
… sauf quand il faut ramasser quelque chose de tiède dans l’herbe.

Mais attention ! Toi, adulte naïf, n’ose pas suggérer qu’on le donne à une famille qui pourrait vraiment s’en occuper. Ton enfant t’expliquera avec des yeux pleins de larmes que c’est son meilleur ami, qu’il l’aime, qu’il promet de s’en occuper cette fois, c’est juré, et que tu n’as pas de cœur.

Quelle merveilleuse manière d’apprendre l’art de la possession émotionnelle. Ça construit l’identité.

C’est qui qui s’en occupe, du coup ? (Spoiler : c’est toi)

Tu te retrouveras donc à promener l’animal que tu n’as jamais voulu, à acheter des croquettes sans sel et sans gluten, à planifier tes week-ends en fonction de son rythme de digestion.

Et pendant ce temps, ton enfant continuera à proclamer fièrement :
« C’est MON animal, je l’ai eu à mon anniversaire/Noël/divorce des parents. » (au choix)

Un chef-d’œuvre de gestion de projet intergénérationnelle.


Conclusion ? Fonce.

Offrir un animal à un enfant, c’est lui apprendre l’art de la délégation affective, la puissance de la culpabilité passive, et le confort de garder sans entretenir. Des compétences très utiles pour devenir adulte plus tard.

Et toi, tu apprendras à dire des phrases que tu ne pensais jamais prononcer comme :

  • “Non, il ne mange pas les restes, il est en régime hypoallergénique.”
  • “Si tu veux dormir chez ton copain, qui s’occupe de ton lapin ?”
  • “Mais pourquoi je fais ça, déjà ?”

Mais ne t’inquiète pas. À la fin, tu aimeras cette bestiole autant que lui. Et quand elle partira, tu pleureras seul pendant que ton enfant dira juste : “Les vacances, c’étaient trop génial ! »


A l’aube, un renard

Comme pour la biche, voici une belle observation du Vivant dans mon quartier.

Comme pour la biche, le fichier texte est à lire sur Atramenta, une petite chanson ici, et une méditation à écouter, également sur Atramenta.

Et moi, sur la route, les yeux encore lourds,
J’ai ralenti… cadeau du jour :
Un renard roux, au museau fin,
S’est approché, puis est parti loin.

🎵 Refrain
Dans la nuit ou le matin,
Quand le monde est encore lointain,
La nature vient me saluer,
Et mon cœur se met à chanter.
🎵

Pas un bruit, pas une voiture,
Juste ce renard, douce nature.
Un clin d’œil sauvage, inattendu,
Et le silence revenu.

(R) 🎵 Dans la nuit ou le matin,
Quand le monde est encore lointain,
La nature vient me saluer,
Et mon cœur se met à chanter.
🎵

Dans mon quartier, y’a des merveilles,
Des renards, des biches, des oreilles
Dressées, curieuses, à chaque pas,
Et la vie qui murmure tout bas.

🎵 Refrain final (tout doux, comme un murmure)
Dans la nuit ou le matin,
Quand le monde est encore lointain,
La nature vient me saluer,
Et mon cœur se met à rêver.
🎵Ils criaient fort, ils faisaient fête,
Sans penser aux autres, ni à la tête
De ceux qui dorment, ou qui se lèvent tôt,
Pas un brin d’écoute, pas un mot.

Ils étaient jeunes, pleins de vacarme,
Le sommeil volé a perdu son calme,
Chez moi, les jeunes sont attentionnés,
Et leurs éclats sont bien placés.

Ma fille, elle, s’est envolée,
Vers un royaume enchanté,
Festival de contes et de dragons,
Loin des cris, près des chansons.


Pour lire le texte sur la biche, clic ici