Atelier d’écriture : explorer la pluralité des points de vue

La vie au naturel, version humaine :

L’un des deux est coupable. Et si je devais miser, je mettrais ma main à couper que c’est le petit sauvageon, mon félin explorateur, celui qui passe ses journées à arpenter le jardin comme un détective de l’ombre, à se faufiler entre les pots de fleurs, sous la haie, dans des interstices que même la lumière ignore. Mais je ne l’accuse pas formellement — je n’ai pas de preuve. Pas de flagrant délit. Rien qu’une présence suspecte, hum… visqueuse.

De quoi l’accuser, me direz-vous ? D’avoir ramené ça. Encore une fois. Une intrusion discrète, mais bien réelle. Une invitation glissante à l’intérieur de notre maison, sans mon consentement. Je n’ai rien contre la faune locale, qu’elle soit rampante, volante ou bondissante — à condition qu’elle reste dehors. Surtout ce genre là !

Regardez-moi ça : brun-châtain sur le dos, une teinte gris bleuté sur le ventre, un petit modèle parfaitement standard. Une vraie débutante dans la vie, encore fine comme une brindille d’herbe, mais déjà assez téméraire pour s’aventurer sur le tapis. Et surtout, ces deux tentacules qui oscillent, véritables périscopes sensoriels, captant la lumière, les vibrations, l’odeur du tapis en sisal. Et derrière elle, une traînée luisante. Non, ce n’est pas une crotte — c’est une signature. Une œuvre. Une traînée de mucus, composée d’un mélange complexe de machinchose et d’eau, qui lui permet de glisser tout en s’accrochant au support. Magique, mais franchement pas bienvenue chez moi.

Elle avance lentement, comme mûe par une sagesse antique. Pourtant, je sais bien qu’elle n’a pas pénétré ici par la grande porte. Non, elle a profité d’un transport clandestin. C’est là que mon regard se tourne vers mon suspect numéro un : le chat. Ce petit sauvageon attendrissant, porteur involontaire de gastéropodes. Il fait mine de rien, se lave consciencieusement une patte, l’air innocent, pendant que la limace poursuit sa progression silencieuse au milieu du salon.

Je l’observe avec un mélange de répulsion et de fascination. Le limace commune, Deroceras reticulatum, ou Loche laiteuse ou encore Petite Limace Grise, affectionne les zones humides et sombres, se déplace grâce à un pied en perpétuel mouvement, et peut même détecter les phéromones de ses congénères à plusieurs mètres — ce qui, entre nous, est un sacré talent pour une bestiole sans oreille ni nez apparent.

Mais voilà, ma maison n’est pas une serre botanique ni un hôtel trois étoiles pour invertébrés. Alors, d’un petit coup de papier essuie-tout (pas de violence, juste un service de relocalisation), je la dépose jette délicatement dans la haie, à l’extérieur, loin des coussinets de velours qui l’ont peut-être transportée jusque-là.

Allez, zou, dehors la limace. Va glisser ta vie ailleurs. Et dis à tes copines que mes chats ne sont pas des taxis. Ils ont beau ronronner, ils ne sont pas là pour te faire visiter l’intérieur.


La vie au naturel, version rampante :

Journal intime de Lili la Limace
Jour 3 après l’éclosion – 5h47 du matin, heure de rosée

Cher journal,
Ce matin, j’étais tranquillement planquée sous une feuille de mauvaise herbe, en train de digérer un bout de pissenlit moisi (un vrai festin), quand le sol s’est mis à trembler. Un monstre velu, miaulant, à quatre pattes, a bondi dans le jardin. Encore lui. Il vient souvent par ici. J’aime pas son regard vertical ni ses pattes fourrées.

Mais bon, j’ai pas eu le temps de me replier. Une patte, une seule, a suffi. Pouf. Me voilà agrippée à son pelage, embarquée dans une odyssée totalement hors de mon plan de carrière.

Jour 3, suite – 7h12

Cher journal,
Je ne sais pas où je suis. C’est chaud. C’est sec. C’est même gratouillant, un peu déplaisant. Ça sent bizarre… de l’herbe à chats mélangé à de la poussière. Plus d’herbe tendre. Plus de rosée. Juste une surface dure et pleine de poils sous mon pied encore humide. Et cette lumière… violente ! Un soleil intérieur, peut-être ? Est-ce que je suis… dans l’Antre des Géants ?
Je laisse une trace pour ne pas me perdre. Une belle, bien brillante, bien gluante. J’espère qu’elle impressionnera quelqu’un. Peut-être même que je passerai dans un documentaire.

Jour 3, encore – 7h18

Cher journal,
Une Géante m’a vue. Deux pattes, pas de fourrure, mais un cri strident et un doigt accusateur. Je crois qu’elle me soupçonne de m’être incrustée. Je voulais pas ! C’est le chat qui m’a embarquée, j’te jure ! Il est reparti la queue haute, comme si de rien n’était.
J’ai tenté de négocier, j’ai soulevé mes tentacules pour paraître pacifique. Rien n’y a fait. La Géante m’a glissée sur un papier (quelle douceur tout de même), et hop, exil express par la porte-fenêtre. Bon, le saut a été un peu brutal. J’en ai la tête qui tourne.

Jour 3, 7h38 – retour au sol naturel

Cher journal,
Me voilà de retour dehors, posée sur une feuille indéterminée. Je suis vivante. Je suis libre. Mais je jure solennellement que plus jamais je ne m’approcherai de ce transporteur félin. Les chats, c’est pas fiable. Trop poilus, trop vifs.
Demain, je tente le pied de courgette du voisin. Beaucoup plus sûr.

Signé :
Lili la Limace, aventurière involontaire du plancher.


La vie au naturel, version féline

Carnet très privé de Prince Loki, chat libre à demi et esthète
Note : interdit à toute créature bipède ou gluante.

Jour 1095 de ma vie d’élégance – Matinée fraîche, brise légère

Je rentre d’une inspection minutieuse de mon territoire. Deux pigeons déplacés, une araignée humiliée, une sieste sur le compost. Productif.
En passant à la frontière de mon territoire, j’ai senti une sorte de chatouillis sur la hanche arrière. Rien de grave. Un courant d’air, sans doute. Ou une brindille. J’ai continué mon chemin, impassible. Les grandes âmes ne s’arrêtent pas pour si peu.

Quelques instants plus tard – Entrée dramatique dans le salon

Porte-fenêtre ouverte. Carrelage frais. Essuie-pattes à sa place mais que j’ignore royalement, on est prince ou on ne l’est pas. Odeur de croquettes au poulet (j’aime bien, mais juste les grosses croquettes, les plus foncées). Je fais mon entrée, queue haute, démarche chaloupée.
Et là…
La Grande Humaine pousse un cri théâtral, comme si elle avait vu un basilic. Elle gesticule, regarde le sol. Je jette un œil. Une chose brune et visqueuse progresse lentement, très lentement. Une limace. Encore. Ce n’est pas la première et ce ne sera pas la dernière à rentrer impunément chez nous.

Je ne dis rien. Je suis le silence incarné. J’observe.
Est-ce que je l’ai ramenée ? Possible. Je ne saurais dire. J’ai senti un frisson, plus tôt… Est-ce elle ? Possible. Mais est-ce ma faute si des invertébrés me prennent pour un Uber à pattes de velours ? Impossible !

Je m’étire. Je me lèche une patte avec intensité. C’est important d’avoir l’air occupé.
La Grande Humaine me fixe :
« C’est encore toi, hein ? »
Je cligne des yeux. Très lentement. Je me frotte à ses mollets en miaulant très, très doucement. Un chuchotement. Cela désarme toujours les bipèdes. Surtout la mienne.

Note de fin de matinée

La limace a été expulsée avec sans ménagement.
Moi, je suis retourné dormir sur la pile de linge propre, comme un prince. Puis, j’ai préféré la couverture toute douce du fauteuil. J’aime sentir bon pour ma sieste de trois heures de la matinée.

Je n’ai rien vu, rien senti, rien transporté.
Je suis innocent. Je suis discret.
Je suis Loki, Prince Sauvageon de la maison.


La vie au naturel, version du tapis :

Confidences d’un rectangle en fibres de sisal
(alias le tapis à gratter, fidèle compagnon félin et victime collatérale)

Je suis là pour une mission noble.
Protéger le canapé. Sauver les pieds de table. Canaliser l’instinct sauvage de ces félins domestiques. J’ai du taff, car il y en a quatre !
Je suis le tapis à gratter, tressé avec patience, robuste mais élégant, toujours en première ligne.

Chaque jour, je reçois leurs griffes avec honneur.
Je suis le confident silencieux de leurs frustrations, de leurs élans de joie, de leurs folies passagères de 5h du matin.
Et voilà que ce matin… je sens une fraîcheur inhabituelle sur mes fibres.
Un petit frisson visqueux. Je regarde du coin du coin — bon d’accord, je n’ai pas d’yeux, mais j’ai une sorte de ressenti textile, voyez ? Et là, posé sur moi, bien centré, comme s’il avait réservé la place : une limace.
Une. Limace.
Gris dessous, brun dessus, et des antennes qui s’agitent comme si de rien n’était.
Elle me laisse une trace baveuse, un peu comme un graffiti humide. Comme si elle revendiquait le territoire.

Non mais…
Je suis un accessoire de style ! Un outil éducatif ! Pas un bivouac gluant pour invertébrés égarés !

Je vous le dis, tout fout le camp.
Et le pire ? Le chat — celui qui est censé m’utiliser — passe tranquillement à côté, sans même une griffe, sans un mot. Il a sans doute déposé l’intruse et s’est carapaté. Monsieur joue les innocents, comme toujours. Et moi, me voilà, honorablement souillé, obligé d’attendre qu’on me secoue dehors avec toute la dignité qu’il me reste. Car bien sûr, secouer un tapis comme moi, avec une limace comme elle, ça ne marche pas !
Par pitié, la prochaine fois, qu’elle aille baver sur le paillasson.


Voir autrement : un même fait, quatre regards

Un bruissement dans les buissons.
Un chat qui rentre, l’air innocent.
Une limace sur le tapis.
Un tapis unique : créer pour servir les chats !

Quatre faits. Ou un seul ? Tout dépend de qui raconte.

La figure de style que nous explorons aujourd’hui consiste à raconter un même événement depuis plusieurs points de vue. On l’appelle parfois polyphonie narrative, ou encore variation de focalisation. C’est une invitation à sortir de soi pour entrer dans une autre tête, un autre corps, une autre logique.

Pourquoi c’est puissant ?
Parce qu’un même geste peut être vu comme une offense, une maladresse… ou un acte héroïque. Parce qu’un chat qui ramène une limace dans la maison n’a peut-être pas la même version que vous (et la limace non plus, croyez-moi).

Ce que vous allez explorer :

  • Changer de perspective : humain, animal, objet,…
  • Jouer avec le ton : sérieux, poétique, drôle, absurde…
  • Tisser une vérité plurielle : et si personne n’avait pas totalement raison ou tort ?

Exercice proposé :
Choisissez une situation simple : une tasse cassée, une lettre oubliée, une porte laissée ouverte. Puis, écrivez au minimum deux versions de l’histoire :
– Une du point de vue de la personne concernée
– Une du point de vue d’un témoin inattendu
– Une du point de vue… de l’objet lui-même, pourquoi pas ?

Changement d’heure, comment ça se passe chez vous ?

Généralement, le changement d’heure passe comme une lettre à la poste (autrefois). Sans problème (avant). Aujourd’hui, j’ai quatre chats à la maison. Enfin, deux qui passent leurs nuits à l’intérieur, et deux dehors.

Avant de vous raconter la vie de ces quatre chats, de leurs vies et de la mienne, de la nôtre, ensemble, parlons d’aujourd’hui, dimanche 30 mars 2025. Jour du changement d’heure. La nuit, à deux ou trois heures du matin, quand vous dormez, avancez d’une heure. Ils en ont de bonnes ceux qui ont pondu cette idée. Devons-nous nous réveiller pour actualiser ce changement d’heure ? Que nenni ! Aujourd’hui, tout est automatisé (ou presque) : téléphone, ordinateur, hop, magie, magie, ça change tout seul. Mais l’heure du micro-ondes, non.

RRRrrrrrrr Rrrrrr RRRrrrrr. Le moteur de Minos, chat N°1, se met en route. A vingt-cinq centimètres de ma tête, mes oreilles ne peuvent faire comme si elles n’avaient rien entendu. Tel un automate, je sors un bras de la couette, je le tends, je tâtonne à cinquante ou soixante centimètres de moi, du côté opposé au chat. Je dois m’étirer un peu, sortir l’épaule, rouler davantage sur le côté. Le téléphone est plus loin que je l’imaginais. 5h56, on change d’heure, il est donc 4h56. Minos a une horloge pointilleuse dans le corps. 5h00, c’est l’heure où il se réveille après avoir dormi d’une traite, sans bouger ou presque, toute sa nuit à mes côtés. Minos est un chat. Mais je l’appelle affectueusement mon chat-chien ou mon gros bébé. Pour comprendre pourquoi ces surnoms, il va vous falloir suivre nos aventures.

Je me suis couchée plus tard que prévu. La faute à Amoureux et à Fille, ils ont regardé un film bruyant à la télévision, jusqu’à passé 21h ou 22h comme je me l’imaginais déjà, ayant toujours un coup d’avance ! Je veux encore dormir trente à quarante-cinq minutes. Oui, je sais qu’à présent, à près de 45 ans, il me faut entre 7h30 et 8h de sommeil pour que le matin, je me réveille aussi fraîche qu’un gardon. Mais pour Minos, quand c’est l’heure, c’est l’heure ! Avant, ce n’est pas encore l’heure. Après, ce n’est plus l’heure. Le pousser, lui dire « chut ! », le bousculer un peu, lui parler, lui expliquer que j’aimerais encore dormir un peu, dix, vingt minutes… rien n’y fait. Le ronronnement est toujours là, même quand il descend, il remonte aussitôt. Donc, à six heures passées de quelques petites minutes, je me lève. Toujours en mode automate, je prends les escaliers pour aller vider ma vessie. Le robot que je suis veille à ne pas marcher sur la queue d’un chat, à ne pas en enfermer un dans la toilette, à ne pas me casser la figure dans les escaliers.

Dehors, le calme absolu. Même si la nuit il fait encore froid, le matin, j’ai laissé mes pantoufles dans le tiroir et enfile mes chaussettes car mis à part les escaliers en bois, tous les sols sont en carrelages. Et ça, c’est encore un peu frais pour mes petits pieds nus. Le mode « éveillée » s’active, mais il tourne encore au ralenti. J’ouvre la porte de la cuisine aux deux chats ayant dormi aux belles étoiles. Et puis, je râle ! Je viens de marcher dans un paquet de vomis. Beurk. Au moins, ça a l’avantage de me réveiller d’une traite. C’est mouillé, c’est froid. Ma chaussette droite transperce. Re Beurk. J’allume les lumières, quand même. A cloche pied. Une chaussette en moins. Oups, une deuxième. Des gouttes ont été semées un peu plus loin. Avant ou après que la boule de poils remplie d’herbes n’ait été expulsée du gosier. Bon, au moins, celui qui a fait ça, a bien visé. Pile sur l’essuie pour essuyer leurs pattes. Pour une fois que ce n’est pas dans les escaliers ! Je ne me fâche pas. Les boules de poils, faut que ça sorte. De préférence dehors, mais bon, on ne peut pas tout avoir dans la vie.

Je plie l’essuie avec mes chaussettes et la boule de poils. Avec un bout indemne de l’essuie, j’enlève ce qui reste sur le sol. Un essuie-tout plus tard, on dirait qu’il n’y a rien eu. Entre temps, trois chats me tournent autour « j’ai faim ! « , « moi aussi, j’ai faim ! », « je crève la dalle ! ». Minos a filé dehors. Soit c’est lui qui a vomit, soit il a vu le chat des voisins dans son territoire.

Un regard vers le micro-ondes pour connaître l’heure. Ils ont effectivement tous l’air affamé. Se seraient-ils déjà mis à jour avec l’heure d’été ? Si vite ? Pas possible ! Et en réalité, je lis l’heure, puis j’oublie qu’elle n’est pas « à jour ». J’ai quatre chats et je vérifie toujours que chacun mange sa gamelle. Héra, la sœur jumelle de Minos, fait la difficile. C’est Madame la Marquise. Néanmoins, à sa décharge, je crois qu’elle est toujours sous le coup du vaccin reçu quatre jours plus tôt. Elle est apathique, elle dort davantage, elle mange moins. Surtout, surtout, elle ne me réveille pas (avant son frère il va de soi). Je ne vais pas m’en plaindre, juste la plaindre, elle, un tout petit peu. Héra veut sortir, je lui ouvre la porte. Minos, son frère est toujours dehors. Les deux plus jeunes mangent de bon appétit. Mais je sais que je dois faire la police avec Orion. Il mange pour quatre. C’est le plus petit et le plus mince de ma tribu féline. Comme dirait la vétérinaire : il doit nourrir tout un petit monde dans son bidou. Hélas, oui, Orion a beau être traité contre tous les parasites, il se nourrit la nuit de rongeurs et sans doute l’un ou l’autre est-il infesté de puces, en découle de petits vers blancs semblables à des grains de riz qui squattent les intestins de mo petit chat noir. Orion et moi, on se comprend. Il sait qu’il doit attendre que son copain a fini de manger et se détourne de sa gamelle pour lécher les restes. Orion est un lave-vaisselle ambulant. Il nettoie impeccablement toutes les gamelles. Enfin, ça dépend de la viande, mais généralement, il vide les restes.

Je mets quand même les deux gamelles pour Minos et Héra de côté, sous une cloche. Quand les deux jeunes ont fini de manger, hop, ils ressortent. Et moi, je peux espérer me recoucher. Mais impossible de me rendormir. Le vomit, la chaussette mouillée, l’odeur, le jour qui se lève… Et ça y est, je suis complètement perdue dans le Temps ! Il était presque sept heures dans la cuisine et là, il est huit heures. Je suis tourneboulée. Alors, je sors mon ordinateur et je commence à écrire. Je n’ai même pas pensé à écrire dans mon cahier d’écriture quotidienne ! C’est dire que je suis à côté de l’heure.

Minos et Héra sont rentrés ensemble. J’ai proposé une autre boîte à la Miss (Héra est la seule femelle de la tribu féline), mais elle a décliné et est allée se coucher. Son frère a un peu mangé, moins que d’habitude, mais il a été mangé un peu dans la gamelle de sa sœur. Quand Orion rentrera, il se fera un nouveau festin.

Là, il est 9h30 de la nouvelle heure. Et tout le monde dans la maison est levé et réveillé ! Un dimanche ! C’est unique, du jamais vu en Temps Normal.

Ce changement d’heure, franchement, de vous à moi, c’est du n’importe quoi. Avant, ça me faisait ni chaud ni froid, mais là, les années passant, je râle. En plus, il fait moche. Le ciel n’est pas d’accord non plus, il ne sait plus où donner des nuages.

Être réveillée en sursaut

Beurk, un chat a vomit

Vomit en pleine nuit

Sur bibi qui faisait dodo

Ça m’a réveillée en sursaut.

Et, oh ! Quelle odeur épouvantable

C’est d’avoir mangé de l’herbe qui l’a rendu malade.

C’en était trop pour la sensibilité de mon nez

En nettoyant, j’en ai presque aussitôt dégobillé.

Beurk, un chat a vomit

Vomit en pleine nuit

Le coupable était Loki

Qui, sur moi, a remit.

Une demi-heure à tout nettoyer

Même de pyjama j’ai dû changer

Les fenêtres ouvertes pour aérer

Pour faire partir cette puanteur et me recoucher.


Y a rien à dire de plus, être réveillée tout de go la nuit, ça inspire et ça fatigue 🥱

Je suis au service de mes chats

C’est bien connu : ce sont les chats les maîtres du monde (lisez Bernard Werber, si ce n’est déjà fait, et vous comprendrez) !

Ne vous faites aucune illusion. Ce sont bien les chats qui choisissent leur serviteur, et non l’humain qui adopte un chat.

Ne croyez pas que les chats sont comme les bébés humains ou comme les chiens : adaptables, on peut les éduquer et les élever de façon à ce qu’il comprennent que le rythme de vie est diurne. Les chats sont des animaux nocturnes ET sauvages. Il existe des nuances pour certaines races, mais ce sont ces exceptions qui confirment la règle générale.

Il n’est plus à prouver que les félins sont des êtres intelligents, menteurs, joueurs, fripouilles.

C’est pour ça et pour tout un tas de raisons différentes qu’on les aime… ou pas.

Mais il y a un truc qu’ils n’ont pas et que nous, oui : se plaindre. Râler. Rouspéter. Se mettre en pétard. S’énerver la nuit.

Après plus de vingt ans à vivre auprès d’eux, avec eux, pour eux, je n’ai toujours pas compris la leçon. Au contraire, on dirait que j’aime me faire du mal. Certains penseront que je suis maso, je me plaignais déjà de mauvais traitements subis par deux chats, voilà que j’en ai quatre à présent !

La palme d’or revient incontestablement à Miss Héra. C’est la seule femelle du quator et la reine des emmerdeuses :

  • Championne d’évitement pour essuyer ses pattes boueuses,
  • Reine du réveil nocturne, par la création d’astucieux bruits horripilants (arrive au sommet, le CLAC CLAC émit par un élastique tiré avec les dents et relâché subitement)
  • Impératrice de la crotte qui pue, non recouverte, et émise dans le bac à litière, à l’intérieur, entre deux sorties dans le jardin
  • Princesse sensible qui refuse de rentrer alors qu’elle en a émis le souhait en frottant ses deux pattes avant sur la vitre de la porte. Précision : elle rentre quand elle en a envie, comment elle en a envie (souvent en boulet de canon, glissant au sol et salissant tout particulièrement les marchés en bois des escaliers sur lesquelles elle aime se reposer après une course folle), et de préférence quand c’est son copain humain préféré

Orion, troisième arrivé, le plus petit et plus léger du groupe arrive en deuxième position, avec une Moustache d’argent pour une seule action mais qui compte double :

  • Président câlin ronronnant de la nuit.. Par mauvais temps ou en cas de fatigue, Maître Orion s’endort à la maison. Entre minuit et deux heures du matin, il vient réveiller la servante la plus malléable, manipulable en sautant sur elle dans la nuit; ce faisant, il démarre le moteur à ronrons, la chatouille délicatement du bout de ses moustaches. Quand le sujet est réveillé, il descend l’escalier tel un hippopotame, puis se dirige vers la porte de sortie qui n’est pas pourvue de chatière (vitres). Au préalable, après s’être assuré que le service sera présent et actif, il remplit sa panse. Un Président de la nuit ne peut pas sortir le ventre vide. Un Président de la nuit doit montrer à ses sujets qu’il se nourrit. Un Président de la nuit ne mange pas les croquettes mises à volonté sans spectateurs. Durée du service : entre 10 et 15 minutes.
  • Le trait de caractère suivant ne rentre pas en compte dans le prix, mais il faut quand même que je le dise. Orion est un peu soupe au lait. Quand Loki, (voir plus bas) l’embête, comme il a rarement le dessus avec lui, Orion se venge sur… Miss Héra ! Une course poursuite est engagée, avec celui ou celle qui fera le plus de bruit dans les escaliers en sautant plusieurs marches. Parfois, des coups de pattes ou de dents se perdent. Ils crient et chahutent, de préférence quand la maisonnée est encore toute somnolente.

La Moustache de platine est réservée à Loki, le « petit dernier », le plus jeune ET le plus dominant. Son arrivée chez nous nous a été imposée par Maître Loki. Il n’y a pas de plus belle preuve de ce que j’explique au début de l’article : c’est le chat qui choisit son foyer. Son foyer ET son humain. Pourtant, il y avait déjà trois chats, mais ce défi de taille ne l’a absolument pas effrayé ni freiné dans son dessein.

Maître Loki excelle dans :

  • Maîtrise de son corps et de son espace. Il ne s’appelle pas Maître pour rien. On peut le caresser quand il l’a décidé et uniquement quand il l’a décidé. Ni avant. Ni après. Et pas trop longtemps. Il ne faudrait pas abuser des bonnes choses. Ses pattes sont chasse gardée. Si je veux lui couper les griffes, je vais chez le docteur vétérinaire et advienne que pourra. Essuyer ses pattes quand il revient trempé et boueux ? Vous n’y pensez pas ! Je tiens à mes doigts. Mais sur ce coup, il m’a expliqué qu’il tolérait que je le dépose sur un essuie à condition de l’apater avec de la nourriture pour qu’il reste dessus.
  • Maître séducteur. Quand il veut quelque chose, il l’exige. Il se frotte aux jambes, il s’intercale entre les pieds quand vous marchez, il parle tout en vous regardant bien fixement droit dans les yeux. Si le message n’est pas passé, vous n’avez rien compris et vous êtes stupide. (Si vous n’êtes pas tombé entre-temps)
  • Maître des chats qui fait régner sa loi dans la maison. Il ordonne. Il crie. Il s’impatiente. Il érige les lois. Les autres chats, souvent Orion, doivent jouer avec lui quand il le veut, et surtout, comment il le veut. Morsures de rappel si le camarade n’écoute pas attentivement. Par très mauvais temps, s’il débute sa nuit à l’intérieur, à minuit pile, il fait comprendre à celle qu’il a choisie, qu’il est temps de le libérer. Mais cet instant, heureusement pour la disciple, est assez rare, car sortir à minuit, pour Maître Loki, c’est un jeu. Il est l’inventeur du jeu chat-humain « attrappe-moi si tu peux ». Dessous de chaises, dessous de fauteuil, cachette secrète, endroit inaccessible pour la disciple, il les visite tous et s’amuse de voir sa servante lui courir après en pleine nuit. Ça c’est du jeu ! Après un temps que lui seul à déterminer, il fonce vers la sortie, sans un regard en arrière.

Sur le podium, il n’y a que trois places. Mon gros bébé Minos est hors catégorie. Savoureux et mystérieux mélange entre un chat et un chien, bébé Minos est franchement chadorable. Même âge que sa sœur Héra, même portée, il est plus grand et plus lourd qu’elle. Il est très amitieux, me considère comme son égal, cherche ma présence et mes câlins. Très farouche et trouillard avec tous les bruits environnants, il est néanmoins le premier et le seul à défendre son territoire. Malheureusement, comme il ne craint aucun chat (sauf Maître Loki), même celui qui lui a déjà donné des raclées et causé de sacrées blessures, il revient souvent abîmé. Heureusement, avec le temps, il sort moins souvent et moins longtemps. La seule chose qui m’embête vraiment chez lui, c’est qu’il aime autant les oiseaux que moi ! Encore une fois, heureusement que ce n’est pas souvent qu’il me ramène un cadeau pareil. Bon, pour tout vous dire, il a quand même reçu une petite médaille : ouvre porte indécis. En journée uniquement, quand je suis à proximité de la dite porte. C’est le champion du « je rentre ou pas » et des « je viens de sortir mais j’ai encore envie de faire un mini tour. Ou peut-être pas ».

Je suis une faible femme. Je craque toujours et me plie à ses désirs et lubies.

Visite du matin

Il est cinq heures. Mehagne se lève.
Il est cinq heures, mes chats ont faim.
Il est cinq heures.

Un grondement. Des bruits de pattes dans les escaliers. Du remue-ménage annonciatrice des prémices d’une bagarre féline ? Deux chats courent sans sens. Un troisième ne bouge pas. Grondement puissant. Retenu. Sourd. Grave.
Obscurité dans la cuisine. Le grondement est là. Caché. Féroce. Le regard cherche dans la pénombre. Fouille les coins sombres. Sous les pieds, comme un tremblement. Le rythme du cœur s’accélère. Le sien. Le mien. Le sien car il défend quelque chose, le mien car l’origine de cet état est encore inconnu.
C’est le gros bébé roux. Ramassé sur lui-même, le regard fixe, droit devant. Dans ma tête, des questions, des suppositions. Une intrusion. Un autre chat ? Le sosie d’Orion ? Le regard enflammé du chat fixe mes pieds, tête baissée. L’angoisse monte. Les scénarios les plus farfelus aussi. Clic. Lumières allumées, ombres chassées. Suppositions envolées. Un mammifère inerte. Une proie. Indéterminée. Chasse gardée, je ne peux m’approcher. Au ras du sol, on amadoue, on appelle, on invite à lâcher prise. Du vent. Illusions. Alors, on se fâche. On râle. On rouspète. On gronde à notre tour. Petite chose dans la gueule féline ne bouge plus. Longue queue. Semble morte. Bloquer les sorties. Enlever les chaises sous la tables. Le coincer dans un coin. Lâche ! Lâche ! À plat ventre, la chose grise et brune, boule de poils ronde a une longue queue. Musaraigne, mulot ou souris. Pas musaraigne, trop ronde, museau plus épais. Vivante ! Elle est vivante ! La petite bestiole est vivante ! Galopante. Court se refugier. Fuir à tout prix l’ennemi. Se cacher. Ne plus bouger. Faire sortir le chat. Vite. Vite. Dehors. Fermer la porte. Chasser un autre chat. Récupérer le rongeur. Le mettre à l’abri. Chercher une boite. Un bol. N’importe quoi.


Un mulot qui nous a émerveillé ma fille et moi.
Un adorable mulot sorti indemne de cette partie de chasse automnale, dès potron minet.
Un mignon mulot qui a fait sa toilette, qui a mangé, qui a bu, qui a retrouvé sa liberté une fois les quatre chats rentrés !

Chat au régime. Et moi ?

Mon chat est comme moi,

Il prend un peu trop de poids.

La vétérinaire l’a dit,

Un demi-kilo doit être parti,

Davantage serait l’idéal,

Ça ne va pas lui faire de mal.

Diminuer la quantité,

De croquettes, de viandes, à ingurgiter,

L’inciter à bouger davantage,

Chercher sa nourriture, y a pas d’âge.

Avant d’entamer un régime drastique,

On va lui faire un peu de gymnastique,

Il n’a que quatre ans et demi

Et la prise de poids n’est pas liée à une maladie.

On va le faire bouger,

Il aura un peu moins à manger

Moins lourd, heureux il sera,

De sauter sur le mur sans faire boum patatra

On vise les 6 kilos,

Car se rapprocher des 7, c’est beaucoup trop !


Je suis comme mon chat,

J’ai pris trop de poids.

Le docteur ne me l’a pas encore dit,

Mais trois kilos devraient être partis,

Davantage serait l’idéal,

Ça ne me ferait pas de mal.

Diminuer les quantités,

De tout ce que je peux ingurgiter,

M’inciter à bouger davantage,

Aller marcher, y a pas d’âge,

Avant d’entamer un régime drastique,

Je vais commencer par faire un peu de gymnastique,

Je vise les 65 kilos,

Car me rapprocher des 70, c’est beaucoup trop.

Et après, en perdre encore deux

Ce serait encore mieux.

Allez, on y croit,

Pour mon chat… Et pour moi.

Se mettre en boule comme chat

Laissez-moi défaire une expression. La dérouler. L’étendre. L’aplatir.

Se mettre en boule veut dire se fâcher très fort, se mettre dans une colère explosive. Pour imager la colère, je préfère utiliser une autre expression avec des couleurs « rouge de colère », « rentrer dans une colère noire ».

La colère est mauvaise conseillère. Sur le coup de la colère, on peut faire des choses que l’on regrettera ensuite. Un geste / un mot / une réaction lancée, jetée, crachée sous le coup de cette émotion n’est jamais bon signe. Vous n’obtiendrez rien de bon ainsi. S’il faut exprimer sa colère et surtout ne pas la cacher ou la garder au fond de soi, il est intéressant de connaître certains trucs pour la libérer :

  • Taper dans un coussin ou punching-ball
  • Crier dans la forêt, en haut d’une montagne, sur la plage face à la mer, au sommet d’un toit, etc.
  • Casser de la vaisselle (par terre, pas la lancer sur une personne)
  • Courrir ou faire une activité physique intense
  • Presser une balle anti-stress, de la plasticine, une balle de tennis
  • Faire péter les petites bulles du plastique de protection (ou du jeu en vogue, coloré, réutilisable à l’infini)

Car, si je veux utiliser « se mettre en boule » en vous montrant cete photo de mon chat, je ne vois nulle colère ☺