Les supers pouvoirs de la marche

J’avais déjà lu un article dans ce sens : la marche ouvre non seulement l’appétit, mais aussi la créativité et la relaxation. Marcher en soi est déjà très bon pour le corps et l’esprit. La marche, c’est bon physiquement que psychologiquement. Marcher librement, à son rythme, sans contrainte d’un port de charge excessive ou sans être tirée brusquement par un enfant ou par son chien, permet de laisser libre cours à tout un tas de pensées, de réflexions, d’idées. Sans en avoir l’air, sans y réfléchir, le processus de la pensée se met elle aussi en marche. C’est un peu comme si le fait d’avancer un pied après l’autre permettait à notre cerveau de faire des petits pas aussi vers un cheminement propre à lui. Pour imager ce que j’écris, c’est comme si assise dans le fauteuil ou sur la chaise de ma table de travail, statique, mes idées restent figées devant un buisson touffu. J’ai beau réfléchir, cogiter, je fais du surplace ou je contourne le buisson (le « problème ») sans le résoudre. Tandis qu’en marchant, je parviens à trouver les petites ouvertures dans le buisson qui me permette d’avancer, d’y voir plus clair. J’avance, et le buisson devient moins dense. Je marche et les branches s’écartent de ma vue.

Grâce à mon smartphone qui a finit par remplacer mon carnet de poche, il me vient souvent des mots sympas, une suite de mot, un poème, une histoire, en marchant. Pas toujours, mais souvent. Le bruit ambiant, les rencontres, la météo y est pour beaucoup dans l’éclosion de ma créativité et de ma relaxation.

Voilà ce que j’ai écrit en marchant tout à l’heure. J’ai intitulé cette poignée de mots « Petits poèmes en marchant »

Fin d’hiver chantant
Gros nuages gris menaçants
Le temps est changeant

Les oiseaux chantent jaune
Les nuages arrivent en gris
Mon cœur est bleu bonheur

Sur le trottoir, atterrit une sittelle
Devant moi elle hésite à partir
Elle s’envole avec mon sourire

Ce n’est pas encore le printemps,
Et les oiseaux chantent, chantent
C’est bientôt la fin de l’hiver
Et je me balade le nez en l’air

Par la fenêtre ouverte, le gros bourdon
Passe et tombe sur le sol du salon
Vite, vite, sauvons-le de là, car le chat arrive déjà

La Sittelle est l’un de mes derniers dessins du moment :-)

Jeu d’écriture : expression qui se mange

Pour le mois de février, Fabienne et moi avons joué à un petit jeu d’écriture. Ce mois-ci, je nous lançais comme défi d’écrire un texte à partir d’une expression qui se mange. Fabienne a été bien inspirée, elle en a trouvé des expressions !

Texte de Fabienne

En ce temps-là, nous partagions le même studio mon frangin et moi :  Mon frère Arthur avait un cœur d’artichaut. Il tombait amoureux à peu près chaque semaine et se faisait larguer au bout de quelques jours . C’était vraiment une bonne poire !

Moi j’observais tout ça mi-figue mi-raisin en espérant que ça finirait par lui passer ou plutôt qu’il trouverait l’âme sœur ! J’en avais marre de recoller les pots cassés.

Je rêvais ! un beau jour, Arthur rentra à la maison le cœur en fête. Il avait rencontré la  » femme de sa vie » précisa -t-il. Une fille adorable en tous points mais la pauvre était à la rue s’étant disputée avec ses parents.  Pas bien grave, il allait la ramener chez nous, elle partagerait notre trois-pièces. Alors là, la moutarde me monta au nez, j’étais rouge comme une écrevisse.  J’explosai littéralement de rage :  » Et moi je compte pour des prunes !? il serait vraiment temps que tu mettes du beurre dans les épinards ! N’oublie pas que c’est moi qui paye le loyer, je suis aux petits oignons avec toi. Si tu ramènes cette fille, tu peux être sûr que ça va tourner au vinaigre et vous serez deux  à être à la rue. Tu veux le beurre et l’argent du beurre c’est ça ?  et vivre comme un coq en pâte avec ta dulcinée!  Il va falloir apprendre à ne pas manger ton beurre avant ton pain mon grand ! »  Après une telle tirade je pensais qu’Arthur renoncerait à ses beaux projets. Effectivement il retourna dans sa chambre et je ne l’entendis ni ne le vis guère durant le week-end. Le lundi quand je rentrai du boulot, je trouvai un mot sur la table qui m’était adressé :  » Ma vieille, contrairement à ce que tu crois je ne t’ai pas roulée dans la farine.  Bien au contraire, je t’invite à manger chez mes (futurs) beaux-parents où je me suis installé avec ma fiancée. »  Punaise, c’était la fin des haricots ! Mon frère avait bien tiré ses marrons du feu ! Je me mis à pleurer comme une madeleine, j’étais seuuuule ….


Quant à moi, j’ai eu du mal à démarrer. Je n’aurais pas dû lire le texte de Fabienne avant d’avoir écrit le mien ! Car je me suis retrouvée un peu bloquée. Finalement, ce n’est qu’au début du mois de mars, que l’ampoule s’est allumée dans ma tête : une idée !

Mon texte : avoir les yeux plus gros que le ventre

Je lève les yeux
Dans le ciel un rapace
Bientôt le printemps

Dans le ciel, un rapace. Il vole par à-coups. Périmètre de vol nettement déterminé. Il cherche à manger.

Dans le ciel, un rapace. C’est bientôt le printemps. L’hiver n’est pas parti. Le vent est froid. Mordant. Piquant. Cinglant.

Dans le ciel un rapace. Un rapace diurne. Un rapace affamé. Un rapace à observer.

Dans le ciel, un oiseau. Haut comme trois pommes, rapide comme l’éclair, l’oiseau a l’estomac dans les talons. Son dernier repas, une grive chétive, remonte à la veille.

Dans le ciel, un oiseau. Il est beau. Il est rapide. Il a faim !

Une expression humaine qui lui colle aux plumes : avoir les yeux plus gros que le ventre.

Dans le ciel, un oiseau. Un épervier. Un mâle. Chez cette espèce, les mâles sont plus petits que les femelles. D’habitude, c’est l’inverse. Ici, c’est un mâle. Aussi grand qu’un pigeon. En plus fin. En plus élégant. En plus coloré. Joues rousses. Yeux orange.

Sa spécialité : la chasse aux petits oiseaux. Son régime alimentaire est composé à 98% d’oiseaux ! De petits à moyens, jusqu’à des piafs plus grands que lui ! En matière de vol, de maîtrise du vent, de navigation, de connaissance du gouvernail, il sait y faire.

Pas très haut dans le ciel, le bel épervier a remarqué sa proie. Un pigeon. Domestique. Banal. La future victime est aussi grise que lui. Le pigeon, qui lui est un estomac sur pattes, grignote à tout bout de champ. Ce pigeon-ci ne fait pas le fin bec. Il a trouvé par-là, sur la rue, quelques miettes à manger. Miettes et restes balancés négligemment par la porte d’une voiture.

Au sol, tout à son affaire de nettoyeur de rue, le pigeon ne prête aucune attention au danger qui vient d’en haut. Un œil de chaque côté de la tête, il regarde de temps en temps ce qui se passe à son niveau, tantôt à gauche, tantôt à droite.

Sur les trottoirs, dans un arbre, des pies. Sur les trottoirs, dans un arbre, sur des branches dénudées et coupées, quelques pies observent, curieuses, la scène de la Vie. Les arbres des alentours font d’excellents perchoirs. C’est comme au cinéma, mais en plein air. C’est comme au cinéma, mais en direct. C’est comme au cinéma, mais sans caméra. Et les acteurs et les actrices sont de véritables oiseaux en chairs et en plumes.

Sur les trottoirs, dans un arbre, les pies vont-elles assister à un navet ?

Nous avons dans les airs, un épervier affamé. Nous avons dans la rue, un pigeon glouton. Nous avons dans les arbres, des pies qui jacassent.

Les pies jacassent comme seuls les corvidés savent si bien le faire. Les corvidés, la famille des plus grands passereaux : bec costaud et pattes robustes les caractérisent. Les corvidés, qui vont de la pie, en passant par le geai, jusqu’au corbeau, sont plus d’une centaine d’espèces. Ce sont sans doute les oiseaux les plus intelligents, les plus joueurs, les plus fascinants à observer, à étudier. On pourrait même les apprivoiser.

Dans l’arbre, des pies. Elles sont trois. Elles patientent. Elles attendent. Elles tuent le temps. Elles poireautent et font des pronostics :

  • Trois contre un pour l’épervier, dit l’une.
  • Pour sûre, ce pigeon va bientôt manger les pissenlits par les racines, enchérit une autre.
  • C’est la fin des haricots pour lui, conclut la troisième.

À force de parler nourriture à tout va, une corneille qui passait par là les interrompt le plus poliment du monde :

  • Mesdemoiselles, vous m’en donnez l’eau aux mandibules. De qui, ou de quoi parlez-vous ?

Les pies et les corneilles ne s’entendent pas toujours. Un peu comme « chien et chat ». Parfois, ça cause ensemble, parfois ça se vole dans les plumes. Parfois, c’est pire. Mais ça, c’est une autre histoire.

  • Oh, ça va, l’asperge ! Ne ramène pas ta fraise ici. Cela ne te regarde pas !
  • Ouais, c’est pas tes oignons. Dégage !
  • Du balai, ouste, espèce de charbon de bois mal dégrossi !

Les pies n’ont pas leur langue dans leur bec. La corneille est vexée. La discussion part en sucette. Elle n’a rien vu venir. Elle ne leur a strictement rien fait, si ce n’est leur adresser la parole. Vexée, elle s’en va à tire d’ailes. Elle ne tient pas à pleurer comme une madeleine devant ces pimbêches grossières et mal élevées.

Malheureusement pour elle, la corneille s’est tirée un rien trop tôt. La plus fabuleuse des scènes d’action de ce cinéma en plein air commence… maintenant !

Ni vu ni connu, l’épervier, que rien de tout cela n’a perturbé, a replié ses ailes, a foncé pattes tendues, serres écartées sur son objectif. Aussi vif que l’éclair, aussi précis qu’une calculatrice, aussi déterminé qu’affamé, il n’a laissé aucune chance à sa proie.

PAF ! Les serres pointues se sont enfoncées dans sa nuque et dans son dos.

PAF ! Le bec crochu et puissant a brisé la colonne cervicale. 

PAF ! Le pigeon est mort. Rapidement. Presque sur le coup. Les haricots sont cuits pour lui. Cuic-cuic.

Les pies en restent bec bé :

  • On peut pas repasser la scène au ralenti ? Parce que non, quoi, j’ai pas bien vu, dit l’une, en faisant des yeux de merlan frit.
  • Punaise ! dit une autre, le pigeon n’a pas l’air dans son assiette !
  • Aïe, vlà une bagnole. On remet ça ? Qui parie ? Deux crêpes pour le prix d’une ? dit la troisième qui évalue déjà les chances du rapace de s’en sortir… ou pas.

En effet, une voiture arrive au loin.

Malheureusement pour le spectacle des pies, et pour leur pari, c’est une conductrice amoureuse des oiseaux qui est au volant de l’engin roulant.

Avant que la voiture ne freine, une des bavardes envoie une vanne pas piquée des vers :

  • L’épervier est comme qui dirait tombé sur un os.

Et les trois pies de rires à gosier déployé.

Pendant ce jacassement à casser les oreilles, l’épervier a vainement tenté d’emporter sa proie. Hélas, l’expression « avoir les yeux plus gros que le ventre » se vérifie pleinement ici. Les pattes puissantes du rapace et les coups d’ailes tout aussi puissantes n’arrivent même pas à décoller le pigeon ensanglanté de la rue. La proie est bien trop lourde pour le frêle épervier. Ce dernier est obligé d’abandonner son butin sur place.

Ce n’est pas demain la veille que notre rapace prédateur d’oiseaux prendra de la brioche !


Je voulais vous mettre une photo de l’épervier que j’avais faite après être rentrée et avoir déposé mes affaires. La scène à laquelle mon fils et moi avons assistée pour de vrai (j’étais la conductrice de la voiture dans le texte) s’est déroulée à une trentaine de mètres de notre maison, dans notre rue. J’ai donc mis quelques minuscules minutes à rentrer, déposer mes affaires, prendre mon appareil photo et ressortir à pied. J’ai donc cru naïvement que le rapace qui était dans le ciel à voler en décrivant de larges cercles au-dessus de la proie morte, était « notre » épervier. Comme les photos n’étaient pas géniales, jamais l’oiseau ne s’est posé ou est descendu à un niveau suffisamment bas pour faire une belle prise photographique, je n’ai pas téléchargé les photos sur mon ordi. Jusqu’à ce jour où j’ai écrit le texte. Et là, une grosse surprise m’attendait !! J’ai d’abord cru que j’avais la berlue. Que je m’étais trompée en identifiant le rapace devant ma voiture. Heureusement, je n’étais pas seule. Mon fils m’a dit deux choses quand je lui ai demandé s’il se souvenait du rapace observé quelques jours plus tôt :

  1. c’était bien un épervier (moi je pensais à un mâle à cause de la taille, mais lui me certifie que c’était une femelle à cause des couleurs grises)
  2. il y avait sans doute deux rapaces ce jour-là, deux rapaces différents !

En effet, cette affirmation ne m’a pas effleuré l’esprit. Obnubilée que j’étais sur le rapace dans le ciel, jamais je n’ai pensé une seule fois qu’il pouvait y avoir un autre rapace intéressé par le pigeon, par la proie…

En photo donc, un Faucon pèlerin !

La preuve que je n’y pensais pas, j’ai renommé toute la série des photos « épervier Mehagne » ! Ci-dessous des liens vers un super site d’oiseaux pour vous montrer la différence. En visionnant mes photos, j’ai remarqué en effet le masque noir sur la tête de l’oiseau et la forme de ses ailes, qui ne correspondaient pas à celle de l’épervier !

L’Épervier d’Europe sur le site oiseaux.net

Le Faucon pèlerine sur le site oiseaux.net

Cela me fait penser au conte « L’Épervier et le Vautour » de Allassane Sidibé, que j’ai adapté à ma sauce et conté pour la première fois l’année passé.
Clic ici pour entendre ce conte avec la voix d’Allassane.

Les petits plaisirs

Le plus grand plaisir de la vie est de réaliser ce que les autres vous pensent incapable de réaliser.

Walther Bagehot

En ce dimanche matin, je vous propose de faire une « carte des idées ». Si je vous dis « carte heuristique », ça ne vous parlera peut-être pas beaucoup. « Mind mapping » ? Je préfère le français et le terme « carte des idées » me plaît :-)

Il a été question de mind mapping lors de mon atelier d’art-thérapie avec Valérie Bornet. C’était hier, samedi.

L’atelier de Valérie se situe à dix minutes à pied de chez moi. Chouette. Proximité. Quartier. Voisine. Sympathie. Sourires. Relaxation. Bien-être. Du temps pour soi. Du temps pour moi. Temps pour nous. Petit groupe. Grand moment.

11 mars 2023. Il fait beau. Soleil. Ciel bleu. La fin de l’hiver est-elle là ? Après la neige et les bourrasques de vent, ce bleu et ce jaune, cette lumière et ces couleurs, j’adore ! Mon moral adore. Mes yeux sont amoureux de ce temps. Mes oreilles ne se lassent pas d’entendre chanter le rouge-gorge et le merle à cinq heures du matin, quand est noir, tout est calme, tout est tranquille. Leur chant. Un hymne à la vie. Mes lèvres qui sourient. Détente et bonheur du moment.

C’est mon troisième atelier chez elle. Le premier, le deuxième, j’ai donné vie à des oiseaux; en peinture, en terre, ils ont pris consistance et se sont envolés de mes idées, de mes souvenirs, de ma mémoire. J’ai réalisé en 2D et en 3D des moments passés.

Je me suis dit : jamais deux sans trois. Je vais encore me plonger dans les plumes et les oiseaux. Surtout que j’avais encore en tête la scène extraordinaire de l’épervier de vendredi passé. Dans mon quartier. Sous mes yeux ahuris. Des photos de médiocre qualité pour le prouver. Et puis réaliser avec étonnement que c’est un autre rapace que j’ai capturé dans mon appareil photo ! (histoire à lire un peu plus tard ;-) )

Et puis non ! Les oiseaux, les rapaces étaient là, mais je ne les ai ni dessinés, ni coloriés, ni donnés vie d’une quelconque manière. J’ai personnalisé une petite boîte et j’ai écris. J’ai écris et j’ai fait des cercles. J’ai fait des cercles et j’ai découpé. Découpé et collé. Puis admiré. Raconté. Expliqué le cheminement de mes pensées pour en arriver là !

La petite boîte, mon coffre aux trésors, rempli de choses positives, que j’aime, qui me font du bien : de la nature, des couleurs, des plumes (bah oui ! je n’aurais pas pu ne pas en mettre). Un fond jaune pour représenter le soleil en haut dans le couvercle, en bas à l’intérieur, du vert et du bleu pour le ciel et l’herbe, partout autour du rouge pour l’amour et la passion. Sur le côté les mots « zen » en noir & blanc et blanc & noir et « nature » en couleur bois. Un bouton floral pour illustrer une fermeture imaginaire. À l’intérieur, des coquillages car j’aime la mer et puis des tas de petits morceaux de verre, polis, tout doux, colorés, car j’avais envie de couleurs et de douceur ! Je m’imagine que quand j’ouvre cette boîtes aux merveilles, j’entends le rouge-gorge chanter, je sens la mer iodée, le vent me caresser le visage, le soleil illuminer mes pensées. J’entends aussi les mouettes piailler. Je sens aussi l’humus de la forêt. Je perçois le bruit des vagues chanter.

Aujourd’hui, 24 heures plus tard, je suis là, devant mon ordi à partager avec vous ces trois heures de ressourcement. De déconnexion. De plaisir. De partage. De bien-être. De bonheur.

Du seul mot pioché par hasard dans un livre au hasard (mot = jeunesse), 5 mots sont arrivés. Puis 5 autres mots pour chacun des cinq premiers. 25 mots en tout. 26 si on compte le « déclencheur ». Au choix, j’en prends 7. Et puis j’écris à partir, sur, avec ces 7 mots.

La carte d’idées, c’est ça. C’est partir d’un mot, d’un seul, et d’en terminer avec cinq, dix, vingt fois plus. Un mot en entraînant un autre, une idée arrivant depuis une autre, le chemin se fait, se construit, petit à petit.

Quand je veux écrire, mais que je n’ai pas d’idées, pas trop envie de me « casser la tête », je fais ce genre de carte. Si ce n’est que je préfère les listes. Je fais des listes pour tout. Chez moi, ça vient plus facilement. Les mots qui partent dans tous les sens, comme les bras d’une pieuvre, j’ai davantage de mal. J’ai l’impression que mes idées sont alors comme les mots. Elles m’échappent. Elles volent de-ci, de-là, sans se poser.

Dans cette carte mentale d’hier, un mot est apparu deux fois. Obligée alors de le prendre. Un signe. Ce mot c’était « plaisir« .

Ce matin, je vous invite, vous, mes lecteurs fidèles ou de passage, à faire une carte d’idées à partir de ce mot. Ne réfléchissez pas trop et notez tout ce qui vous passe par la tête. A partir de ce mot, lettres bien mises ou indisciplinées, changées, oubliées, rajoutées, trouvez-en vingt autres. Que ces mots soient libres et voyages sur votre page, qu’ils soient bien dressés sur une liste verticale ou horizontale, peu importe. La créativité arrive de manière différente pour chacun de nous. Certains seront plus à l’aise sur une feuille volante, d’autres sur ordi, ou d’autres encore dans un carnet, sur un post-it ou sur un tableau.
Sur les 21 mots que vous voyez sur votre support, choisissez-en une poignée : 3, 5, 7 ou 9. Et écrivez ! Écrivez ce que vous voulez : texte suivi, poème, chanson, auto-louanges, conseils, questions, etc.

Partagez le fruit de vos idées ou gardez-le précieusement pour vous. C’est vous qui choisissez.

Il y a beaucoup de petits plaisirs dans la vie de tous les jours. Des petits et des plus grands. Des grands et des petits. Ce n’est pas la taille qui compte, mais l’émotion et le sentiment qu’il nous procure quand on le reconnaît.

S’exprimer en silence

Le cerveau qui fonctionne à tout bout de neurones, matin, midi, soir et nuit. Vous connaissez ? Pour une raison ou une autre, il nous arrive de cogiter, de ressasser, de réfléchir, de se poser mille et une questions sur des choses importantes et parfois, cela concerne même des détails, des choses que l’on croit sans importance, mais auxquelles on y accorde justement beaucoup d’importance, beaucoup de temps, beaucoup d’attention. A tort ou à raison, là n’est pas la question ;-)

Je passe souvent par des moments pareils. Et le week-end dernier, j’ai décidé de laisser venir les choses. Comment ? Je me suis assise sur une chaise, devant une table, au salon, face aux fenêtres pour voir les oiseaux qui vont et viennent sur les branches de l’arbre, pile devant moi. J’ai mis de la musique dans mes écouteurs, sur mes oreilles. Un casque qui diminue le bruit ambiant et qui donne un très bon son. Une musique calme. Inspirante et relaxante. A côté de moi, mon compagnon regardait la télévision tout en repassant; les enfants étaient dans leur chambre, à s’occuper chacun de son côté. Mais moi, j’étais dans ma bulle. Bien installée, avec une couverture sur les jambes pour ne pas avoir trop froid. J’ai pris mes deux boîtes de puzzles, vide de pièces, mais remplie tantôt l’une d’un tas d’images différentes, tantôt l’autre de plusieurs centaines de mots. Images et mots ont été découpés dans différentes et nombreuses revues. Ensuite, sans trop réfléchir, j’ai coupé dans des feuilles cartonnées, que j’ai assemblées avec du collant coloré. Enfin, j’ai laissé mon regard s’exprimer au travers des mots et des images. Sans rien dire, ni réfléchir, j’ai choisi plusieurs mots, lettres, images, illustrations. J’ai assemblé le tout, par paquets. J’ai dû trouver des lettres solitaires pour que le mot choisi se mette bien avec le reste, pour que ça fasse un ensemble, une suite que j’aimais bien. Et j’ai collé par-ci, par-là. Sur un côté, puis sur un autre. Jusqu’à remplir toutes les faces de mon « dépliant cart’créative ».

J’ai fait tout ceci en une fois, entrecoupé d’une pause pipi et d’une pause thé, dans l’ordre ou inversement (sourire), en silence, sans me dire « je veux dire ceci, je veux lire cela ». Cela m’a pris près de deux heures ! Mais il y a eu le déclic, le truc qui me fallait, le mot précis, le ressenti libéré ! Je me suis senti libérée d’un poids. Difficile à expliquer. Compliqué à raconter.

Avant de coller tous ces mots, toutes ces images, dans ma tête, c’était le brouillard. Un champ de cotons. Une purée de pois. Un gribouillis d’idées, d’envies. Un ras-le-bol de tout. Une fatigue intense. Une lassitude pesante. Oui, c’était tout ça à la fois !
Après le collage et le résultat observé, admiré, oui, c’était plus clair dans ma tête. Le brouillard s’est dissipé. Les boules de cotons se sont posées. Les idées se sont organisées. Le bol qui était à raz s’est apaisé, n’a pas débordé. La fatigue était toujours là, mais plus de lassitude pesante, plutôt une fatigue légère.

Les nuages qui flottent au-dessus de ma tête ne sont plus annonciateurs de pluie ou de mauvais temps; ils parsèment mon ciel de jolies couleurs au coucher de soleil.
Rabindranath Tagore

Ce sont les livres qui m’ont appris que les choses qui tourmentaient le plus étaient celles-là mêmes qui me reliaient à toutes les personnes existantes ou ayant existé.
James Baldwin

Le temps est un moyen merveilleux de nous montrer ce qui compte vraiment.
Margaret Peters

La sécurité est avant tout une superstition. Elle n’existe pas dans la nature. La vie est une aventure audacieuse ou rien du tout.
Helen Keller

Le meilleur moyen de réussir, c’est d’arrêter de parler et de commencer à faire.
Walt Disney

On ne peut pas changer tout ce que l’on affronte, mais rien ne peut changer tant qu’on ne l’affronte pas.
James Baldwin

Nos sentiments sont les chemins les plus authentiques vers la connaissance. Ils sont chaotiques, parfois douloureux, parfois contradictoires, mais ils viennent du plus profond de nous.
Audre Lorde

Des citations de gens connus, célèbres. Des citations qui ont résonné en moi ce samedi-là.


Et puis, après , il y a eu des extraits que j’ai changé, des mots que j’ai assemblés. Voici ceux qui m’ont aidés.

Tout est déjà là, arrête de chercher.

Une envie de bouger de mission, de vivre mon travail autrement.

À la recherche de mes ailes.

Le pouvoir de décider à petit pas.

Être à fleur de page.

La page est mon remède. Quand j’y vais pour méditer, je me sens toujours mieux quand j’en reviens.

Être pas comme les autres.

Prendre le temps d’errer.

La petite bibliothèque pleine de bonheur.

Retour vers la vie passionnante et insaisissable avec mes lectures et bien plus encore…

Les maîtres des voyages intérieurs (les livres)

Au pays des ailes, je me sens comme un oiseau.

La voix, une voie pour un nouvel univers.

L’idée ! Elle était si petite. Si parfaite. Sui légère et si forte à la fois. Là où elle brille, au bord de la rivière.


Un peu d’ornitho : A comme ardéidés

Un nom un peu savant qui regroupe plusieurs espèces d’oiseaux : Hérons et Aigrettes que vous devez sans doute connaître et que vous avez sûrement déjà aperçu, vu, observé. Les ardéidés sont de taille moyenne à grande. Ce qui les caractérise : 3x « long » :
Un long cou (en vol et au repos, il est « replié », comme un « S »)
Un long bec (on dit qu’il a un bec en forme de poignard, long et robuste)
De longues pattes (qui sont tendues quand il vole).
Leur cou replié en « S », quand ces grands échassiers volent, permet de les différencier des cigognes et grues qui volent avec le cou tendu.
Dans cette famille, il y a aussi les Butors, Blongios, Bihoreaux et Crabiers, qui sont un peu moins connus.
Certains peuvent vivre une dizaine d’années. Certains sont hélas en net déclin chez nous et ailleurs.

Je vais parler brièvement des quelques échassiers que j’ai déjà pu observer, que je connais un peu. Mes observations se sont faites en Belgique et dans le Sud de la France.

Le Héron cendré est un échassier familier, redouté et mal aimé des pêcheurs car excellent chasseur de poissons. J’en vois parfois un qui se perche sur les toits des maisons de mes voisins. J’en croise souvent lors de mes balades le long d’un cours d’eau.


Son cousin, le Héron pourpré, j’ai eu la chance de l’observer brièvement lors d’un séjour en Camargue, début des années 2000. Ses couleurs chaudes sont magnifiques. Je me souviens qu’arrivée là-bas, j’ai « prié » pour en voir au moins un. Et c’est alors que je n’étais pas du tout préparée à le rencontrer qu’il a croisé mon chemin et qu’il s’est envolé devant mes yeux ! Évidement, c’est toujours durant ces moments que l’appareil photo n’est pas prêt !

L’Aigrette garzette et la Grande Aigrette sont aussi assez communes. La petite est parfois confondue avec le Héron garde-bœuf, mais une fois qu’on a vu les deux, on ne peut plus se tromper :-)

Voici quelques dessins et coloriages. Les beaux coloriages, sont d’une application que j’ai sur mon téléphone. Les dessins plus « maladroits » sont de mes doigts, de ma plume d’amateur. J’ai donc dessiné un héron cendré qui pêche et un héron garde-bœuf qui se trouve sur le dos d’un hippopotame. Ce dernier est bien plus petit que les autres hérons.

Dans les « B », je n’en ai vu qu’un seul. J’aimerais vous parler un peu plus du Butor. De son nom complet Butor étoilé ! Cet ardéidé, je l’ai d’abord entendu avant de le voir. C’était aussi début des années 2000, à Virelles Nature (aujourd’hui nommé Aquascope de Virelles). Je me souviens « comme si c’était hier », avec un étudiant en agronomie, nous avions reçu l’autorisation de naviguer sur l’étang en barque. Une première pour moi. C’était la nuit. Une nuit de septembre. La lune éclairait la rosière et cette lumière naturelle nous suffisait pour nous orienter. On entend un chouette hulotte. J’en entends souvent, mais ne les vois guère. Je souris. Cette petite sortie nocturne promet de belles rencontres auditives et je l’espère visuelles. L’étudiant me dit qu’on a des chances d’observer le butor. Ouah ! Je ne l’ai jamais vu ni même entendu celui-là. Je sais à quoi il ressemble grâce à mon guide d’identification, mais mes connaissances sur lui s’arrêtent là. On est discrets. Calmes. C’est à peine si on chuchote. Nos oreilles sont grandes ouvertes. Des pipistrelles volent au-dessus de nous. La chouette hulule. Mes yeux ont du mal à s’habituer à l’obscurité et en réalité je ne distingue pas grand chose au-delà le bout de la barque ! Mais je n’ose rien dire. Soudain, un « gnou » retentit. Pas la bête mais le bruit ressemblant, phonétiquement à un étonnant et vibrant « gnou ». La voyelle grave s’étire brièvement et s’étale à de nombreux mètres à la ronde. (Ce son, par temps dégagé peut s’entendre à près de 5 km !).

– C’est lui, me dit-il. Le butor. Il n’est pas bien loin. Vraiment tout près. Dans la roselière. Tu vois quelque chose ?

Comment répondre que je n’y vois goutte ?

Je ne réponds rien et sens les battements de mon cœur cogner dans mon corps, toute surprise encore par le son extraordinaire que je viens d’entendre. Je sais le butor ressemblant au héron, donc silhouette plutôt élancée. Comment un son pareil peut-il sortir de ce cou allongé, de ce corps si fin, si fragile j’ai envie de dire ?

Plus de 20 ans plus tard, ce souvenir auditif, ce souvenir de ma première rencontre avec cet oiseau est toujours très présent et précis dans ma mémoire ! J’ai voulu lui rendre hommage par la création de ma première forme en terre, lors d’un atelier d’art-thérapie avec Valérie Bornet.

Dès que j’aurai un peu de temps, je vous mettrai des photos et des illustrations, souvent des peintures, de ces différents oiseaux. D’auteurs connus ou moins connus, mais qui ont su arrêter le temps par leur talent.

Un bain de nature à Cointe

La nature nous annonce la fin de l’hiver : les perces-neige et crocus sont de sortis, ouvrant leurs pétales aux rayons du soleil, les oiseaux chantent, la température est à plus de dix degrés en journée !

Une petite balade sur l’heure de table à midi.

Texte du jour et photos mélangées, de moi, faites à Liège (dans notre jardin à Embourg, dans les parcs à l’île aux corsaires et Hauster ou dans les rues de Chaudfontaine)


Bain de nature à Cointe


Des mésanges, des mésanges, des mésanges
Qui chantent, qui chantent
C’est bientôt la fin de l’hiver
Dans le parc de Cointe, j’ai le nez en l’air
Le nez en l’air, les yeux dans les arbres, les pieds dans la gadoue
Et j’écoute, j’écoute, j’écoute.

Je vois des mésanges bleues,
Elles ne sont qu’une ou deux.
Et puis des longues-queue
Celles-là, elles sont plus nombreuses.
Je devrais les appeler autrement,
Des « orites » que je dois dire maintenant
Mais je n’y arrive pas
Je ne veux pas.
Ces minuscules mésanges ont la bougeotte
Ça vole, ça se pose, ici et là-bas
Ça chantonne, ça siffle, ci et là.
Sur une branche pas loin, une charbonnière
Qui détalle sans faire la fière
S’échappe à mon regard
Ne veut pas me voir. Ne veut pas me voir.

Le chant reconnaissable du rouge-gorge
Qui déploie ses notes mélodieuses
Un sourire au printemps, un espoir des beaux jours
Lui, tout ce qu’il fait, c’est défendre son territoire
D’ailleurs, j’en entends un second
En chant qui lui répond
De l’autre côté du chemin, se faisant face
Face à face, séparés par des arbres et des broussailles
Et puis, il y a moi entre les deux
Les yeux pétillants et joyeux
De les entendre tous chanter, s’égosiller, crier.
Il y a moi entre les deux, seule parmi eux.
Seule parmi eux parce que je le veux

Sur un autre tronc, près du sol, une boule de plumes
Toute petite, toute arrondie, elle est toute brune
Ou presque. Son ventre clair, couleur blanc cassé
Contraste avec le reste.
Un grimpereau, qui grimpe, qui grimpe
Qui fait le beau et qui tourne autour du tronc
De bas en haut, il tourne, il avance, il progresse.
De son long bec fin, des insectes, il en recherche
Sous l’écorce dissimulés, il fouille, il cherche.

Une note flutée, une note, seule et aiguisée
C’est la sittelle qui l’a lancée.
Une note flutée et répétée
Mais elle est bien dissimulée, camouflée, cachée
Je ne la vois pas, mais je l’entends.
Je ne la trouve pas, mais dans mon cœur, elle est là.
Je ne la vois pas, mais je sais qu’elle est là.
Je progresse à mon tour, à pas de velours
Pour ne pas les effrayer, les faire s’envoler.

Le miaulement d’un chat éclate
En plus clair
En plus net
En plus aigu
Nez en l’air
Aucun visu
Je cherche une buse
Mais ça n’en est pas une.
Un imitateur
Un trompeur
Un petit malin,
C’est le geai des chênes
Et ça me plaît ! Sans gêne !
Pas de rapace dans ce parc
Pas ce midi, pas pour aujourd’hui
Mais un corvidé coloré
Qui sait chanter, qui sait tromper

Le temps passe, les nuages s’effacent
Le soleil arrive avec sa lumière vive.
Demi-tour amorcé
Au travail, je dois y retourner
Et sur ce retour, je perçois le tambourinement d’un pic
A dix mètres de moi, je le vois, oui ! je le vois !
Un pic épeiche, en noir et blanc avec le derrière rouge
Tape tape tape du bec et éclate l’écorce
Et creuse des trous
Tape tape tape du bec
Et cherche sa pitance
Et creuse des trous.

Merles et pigeons ramiers
Je ne les ai pas comptés
Ils étaient bien là, avec moi
À distance raisonnable
Sans oser trop se rapprocher
Sans oser trop conter
Sans oser me raconter des salades
Égayant simplement ma balade
Par leur présence fidèle et assurée
Pas timides, ils se laissent observer.

Enfin, sortant du parc, longeant un autre
Sur la dureté du trottoir,
Au loin, un oiseau noir, tout noir
Silencieux et majestueux
Obscurité tout en haut,
Contraste sur le ciel clair
Une corneille fait le guet
M’observe, m’observe
Une corneille fait le guet
Sans réserve, sans réserve.


Petits jeux d’écriture avec les lettres de ton nom & prénom

Une fois par mois, je propose à mes amies d’écrire un texte à partir d’un « démarreur », une « contrainte ».

Janvier :

  1. Mélange toutes les lettres de ton prénom + nom
  2. Écris une liste de minimum 10 mots avec ces lettres
  3. Écris un texte avec 3 mots de ta liste

Christine : Rêve, féliciter, vie

M’envoler dans mes rêves, rêver que je m’envole, que je quitte ce monde de fous pour un monde comme je le rêve.

On peut toujours rêver !

Mais, parfois, la réalité me sauve de mes rêves, quand je suis soulagée de me rêve-eiller.

Crier : Ouf ! Ce n’est qu’un rêve et me féliciter d’être en Vie.


Fabienne : Aube, lieu, beau

Connaissez-vous la villa l’Aube à Cointe ? c’est l’œuvre de l’architecte Serrurier-Bovy qui avait fait construire ce lieu pour lui et sa famille au début du 20ème siècle. Rien de plus beau à mes yeux !  Rien de plus mystérieux aussi, car ce lieu emblématique d’une époque n’est pas ouvert au public. On peut juste s’arrêter devant,s’extasier, regarder, rêver, imaginer…

A chaque journée du Patrimoine, je me dis que peut-être ses propriétaires vont ouvrir leurs portes au public mais ça n’est jamais arrivé jusqu’ici du moins pas à ma connaissance. Au musée de la Boverie à Liège, on retrouve certains meubles conçus par Serrurier-Bovy, une expo lui a été consacrée il y a quelques années. Peut-être que certaines des pièces qui étaient exposées ont meublé sa maison…peut-être.

Je pense qu’il est possible d’avoir une idée de ce qu’était l’intérieur de cette maison à travers des photos d’époque mais je préfère laisser courir mon imagination… Pourquoi ce nom l’Aube ? Que représente la jeune fille de la photo ? Je “zoome “ sur la photo pour en examiner les détails.

Une jeune fille qui s’éveille dans un chatoiement de couleurs ? Elle s’étire, lentement, elle est encore tout endormie.  Que lui réservera la journée ? le début d’une nouvelle aventure, un renouveau ? le printemps ? la lumière ?

Pourquoi l’artiste a-t-il représenté cette jeune femme ? L’aménagement dans la villa “L’Aube” apportait-elle un changement dans la vie de Serrurier-Bovy ? un nouveau départ ?

Curieuse, je consulte quand même Wikipedia (!) et je lis : “Cette mosaïque est l’œuvre d’Auguste Donnay, On perçoit un contraste entre la sérénité du personnage et les éléments qui, autour, se déchainent.

On y observe une jeune dame (une allégorie ?) à la chevelure rousse sortant de son sommeil en s’étirant les bras. La nuit sous la forme d’un ciel étoilé semble faire place au jour naissant et aux reflets du soleil sur une mer agitée. C’est l’aube!”

Bizarre ! Je n’avais pas perçu des éléments déchaînés autour de la jeune dame. A chacun son interprétation ! Voilà qui me donne envie de retourner admirer une fois de plus la villa “L’Aube”, de l’extérieur comme d’habitude !


Cécile : Cerise, mer, air

Il n’y a pas si longtemps, j’ai fait une découverte extraordinaire. Un nouveau fruit. Pas si nouveau en réalité. Plutôt une nouvelle variété. La cerise salée. C’est en me promenant dans les dunes de la mer du Nord que je l’ai trouvée. J’ai dû un peu fouiller. Creuser. Retourner un bon paquet de sable.

C’était en septembre. Fin du mois, l’été était encore là, bien présent. Comme un été indien dit-on. Je voulais prendre l’air, faire une promenade, une belle balade dans la nature, au grand air, à la mer.

Il faisait chaud, mais une légère brise marine caressait mon visage avec bienveillance et fraicheur. Le bonheur. Il était tôt. J’aime sortir quand il n’y a pas grand monde, peu de gens à croiser, beaucoup d’oiseau à observer. D’ailleurs, les oiseaux, mouettes et goélands, je les ai d’abord entendus avant de les voir. Je les admire. Ce sont les rois des animaux, ils sont à l’aise tant dans les airs, que sur mer et même, pour certains, sur terre. La veille, j’avais été témoin d’un chapardage. Une mouette rieuse, l’espèce la plus commune ici par chez nous, n’a pas hésité à se poser près d’une mère de famille et de ses deux jeunes enfants. Pendant qu’elle mettait de la crème solaire sur le dos de l’un des garçons, l’autre tenait une tartine entre ses petites mains. Il a vu l’oiseau et naïvement, il a tendu sa main pleine de nourriture vers lui. La mouette n’a pas hésité une seule seconde, elle s’est approchée en marchant de son pas vif et sûr, a tendu le cou, ouvert son bec et hop, le morceau de pain était à elle. Fière et heureuse de son gain, elle s’est vite envolée pour être harcelée par d’autres congénères qui n’avaient pas loupé une miette de la scène.

A l’évocation de ce souvenir tout frais, je souris. Le lendemain, je suis dehors, toute seule. Il est sept heures et dans les dunes, je ne croise que deux ou trois promeneurs avec leur chien. Je marche durant quelques instants, à profiter des cris des oiseaux, de l’embrume marine, du moment. J’avoue que je regarde plus volontiers en l’air qu’à mes pieds. Les oiseaux sont tout là-haut ou parfois posés dans les arbres, ou encore au sommet d’une dune, et même, bien sûr au sol, mais plus loin sur la ligne d’horizon. C’est au moment où j’avais le nez levé que j’ai trébuché. Le sable a amorti ma chute. Je ne me suis pas fait mal. Et c’est là, à quatre pattes au sol, des grains de sable partout sur mes genoux et mes mains que j’ai identifié le coupable de ma chute. La coupable devrais-je dire : une racine, ou plutôt une branche enfouie. Étonnée de voir cette branche au milieu des dunes, sans arbre, sans buisson à proximité, j’ai voulu la ramasser. Elle était coincée, ou plutôt elle tenait bien fermement à son tronc. Ma curiosité piquée à vif, j’ai commencé à la frotter, à la dégager du sable, à voir jusqu’où elle allait. Et c’est tout un arbre que j’ai désensablé ! Il m’a quand même fallu deux heures pour arriver à voir qu’il s’agit d’un arbre entier qui était sous le sable.

En deux heures, j’en ai croisé du monde. D’autres curieux. Des passants, des promeneurs, des habitués. Pas un ne m’a aidé. Pas un n’a pu identifier l’objet de mes fouilles, car tous, oui tous et toutes me prenaient pour une illuminée ! Ils ne voyaient pas ce que je voyais ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, j’étais bel et bien la seule à pouvoir voir, toucher et sentir ce végétal particulier. J’ai dû me pincer la joue pour être sûre que je ne rêvais pas. Pincée à m’en faire mal.

Les gens ont fini par se désintéresser de ma petite personne. Heureusement, je n’ai pas eu la surprise de voir débarquer la police ou, pire, un médecin psychiatre. Ils ont dû croire que j’étais une simplette, une personne avec quelques cases en moins. Jugée pas méchante ni agressive, je ne faisais de mal à personne, ils m’ont laissé continuer toute seule mes fouilles.

J’ai d’abord trouvé les fleurs. Couleur miel, ressemblant comme deux pétales aux fleurs du merisier (Prunus avium) bien connu de chez nous ! Sachant que les fleurs de cet arbre fruitier éclosent en avril ou mai, je me sentais de plus en plus perdue, déboussolée par ce que je voyais ! Plus je creusais, moins de fleurs je comptais. Plus bas, encore plus bas, se trouvaient des fruits ! Des cerises, rondes et lisses comme les nôtres, mais d’une autre couleur. Couleur de sable, avec de minuscules petits points foncés. Avant d’en cueillir une, je tâtais celle qui se trouvait la plus proche de moi, à porté de main. Étrange ! Texture lisse malgré les petits grains foncés. Comme des taches de son : des cerises rousses de sable ? Des cerises de sable ? J’en cueille une. Entre le pouce et l’index, je la palpe et évalue sa consistance. Chair ferme. Juteuse ? Sucrée ? Avant de mordre à pleine dent, je la lèche, la goûte du bout de la langue. Ouah ! Malgré la peau lisse sous mes doigts, elle est râpeuse sur ma langue. Comme la langue d’un chat. Elle accroche mes papilles et pétille sur mes gencives. De mes incisives, je la coupe en deux, en faisant attention au noyau central. Je suis étonnée, il n’y a rien de dur à l’intérieur, pas de noyau, pas de pépin, mais une bille de grains. Des grains non pas de sable, mais de sel ! Une cerise à la saveur extérieure sucrée et aux entrailles salées. Détonnant ! Je ne sais pas si j’aime, c’est bizarre. Préférant les plats salés aux sucrés, ça me perturbe quand même ce mélange sucré-salé. Pas mauvais, mais pas spécialement bon non plus. Mitigé. Moyen. J’hésite.

Après cette surprise de taille, je m’assieds en tailleur et sors mon carnet de croquis. Pour immortaliser cet arbre fruitier ensablé aux couleurs de dune et au goût de mer sucriodée.