Faire du sport avec les animaux de la ferme

Visite habituelle à notre refuge préféré : Animal sans toi…t.

Mi-novembre. Le froid arrive. La prairie des moutons est spacieuse, mais l’entrée commence sérieusement à être boueuse.
Les petits, les grands, les blancs, les bruns, tous les moutons vont être déplacés vers leur abri d’hiver où il fait bon bêler.
On ferme l’ouverture du 2e enclos dans lequel les animaux aiment se réfugier et gambader à l’abri des regards. La remorque est manoeuvrée de façon à ce que la porte colle à l’entrée de l’enclos. Il y a des « trous » sur les côtés, mais les moutons, s’ils sont habiles à nous éviter ne pensent pas toujours à s’échapper par les petits espaces non gardés.

Ils sont une bonne vingtaine, peut-être trente.
Ils sont tous appâtés avec une belle quantité de foin frais. La présidente les appellent, certains par leur prénom. Elle les encourage à la suivre et leur donne à manger. Le foin frais pour les moutons et les chèvres, c’est comme la carotte qui fait avancer un âne.  Il suffit d’un seul, un seul mouton doit montrer le chemin, passer la grille et marcher sur la porte de l’engin pour que d’autres le suivent.
La plupart des jeunes sont dans cette première partie. Une petite corde est attachée à leur cou, cela suffit pour les guider vers leur nouvel abri. Un gros mouton brun avec de belles cornes à réussi à s’échapper, le coquin. Il a trouvé la faille, un trou sur le côté. Oh ! Il n’ a pas été bien loin, il a brouté de l’herbe fraiche et a attendu qu’on essaye de le rattraper. Ce que Fabrice a rapidement maîtrisé en le prenant par ses cornes.
Un 2eme et 3e trajet seront nécessaires pour déplacer tout ce petit monde laineux.
Ça bêle et ça court.

Le 2eme groupe met un tout petit plus de temps à monter dans la remorque. À nouveau un tiers des bêtes est acheminé tranquillement un peu plus loin dans le refuge.
Le 3e et dernier groupe est encore là.  Il sont sept. Comme les 7 chevreaux dans le conte du loup. Mais nous ne sommes pas des loups, et ça les moutons ne l’ont pas entièrement accepté. À mon avis, ils ont compris. Ils ne sont pas si bêtes.  Bon d’accord, ils ne comprennent pas que c’est pour leur bien et pour les mettre au chaud. Mais ils voient bien que ceux qui sont partis, ne reviennent pas.
Il y a une bonne ambiance, pas de stress, pas d’énervement. Beaucoup de patience et gestes attentionnés. Mais après 10 minutes, force est de constater que du renfort est nécessaire. Cinq ou six moutons étaient entrés mais pour vite en ressortir car personne n’était là pour fermer la porte derrière eux. On a vu un petit en resortir aussitôt qu’il était entré, avec du foin dans sa bouche. Un seul est resté à l’intérieur.
3 personnes ne suffisent pas à regrouper et à diriger ce petit troupeau de six moutons désormais, pas dans cette vaste prairie. La présidente appâtait avec la nourriture, Fabrice bloquait une sortie latérale et Véronique la bénévole s’était mise de l’autre côté pour boucher le second trou latéral.


Et malgré 4 paires de bras supplémentaires, nous n’arrivons toujours pas à réduire l’espace et à conduire les 6 moutons dans la bonne direction.
Un long filet orange et solide est alors apporté. Il est grand mais pas assez pour aller d’un bout à l’autre de la prairie. Mais ensemble, on va y arriver !
Zou, un jeune et fin mouton blanc parvient quand même à se glisser sous la barrière qui sépare l’autre partie de la prairie, il a trouvé la bonne planque. Tranquille qu’il est ! Un de moins. On s’occupera de lui en dernier lieu.
Il en reste donc 5. Vingt à trente minutes seront nécessaires pour coincer les cinq têtes, moins une (qui s’est fait avoir ha ! ha !) = 4 dans leur petite cabane en bois. 1, 2 puis 3 y entrent presque spontanément (ils n’ont plus le choix, ils sont encerclés par notre super équipe + le filet). Je reserre le filet en avançant prudemment; le dernier mouton, un brun avec de belles cornes n’a plus le choix non plus : il doit rentrer dans la cabane lui aussi. Vite on ferme la cabane avec le filet solide en guise de porte. Ouf ! Enfin !
Une personne est restée dans le camion avec le 1er mouton, attaché avec une corde et l’autre mouton qui est entré également. Il reste deux cordes.


Deux cordes pour cinq moutons, dont les quatre ici dans la cabane. Heureusement, 2 des 4  ont des cornes. N’oublions pas celui sans corne qui est encore à rattraper et qui se trouve encore dans l’autre prairie. Véro la bénévole attache un « sans corne » avec une corde. Fabrice en porte un dans ses bras ! Et les deux avec cornes… ben on les guidera en les prenant par leurs cornes ! On garde une corde pour le dernier mouton à attrapper à coté. J’aide Fabienne avec un mouton qui a des cornes, chacune de nous tient une corne. Mais le petit est sacrément costaud et puissant. Il est aussi très fâché. Il se cabre, donne des ruades, se dévisse le cou pour tordre nos mains qui tiennent ses cornes. Incroyable, je n’en reviens pas de sa force et de sa détermination. On n’est pas trop de deux pour le maintenir ! Voilà qu’il se couche par terre. Je dois le remettre debout sur pattes et me fâcher à mon tour. Il doit y avoir 20 mètres environ entre la cabane et la remorque. Dans la boue, avec un mouton remonté sur ressorts ! C’est du sport ! Mais on y arrive. Ouf. Il est dedans. Les quatre courreurs de fonds sont dans le camion. Nous avons à peine le temps de souffler qu’il est temps d’aller chercher le petit dernier. Il est rapidement libéré afin qu’l ne se fasse pas mal. Il a maintenant toute la prairie pour lui tout seul. Il s’en donne à cœur joie ! Qu’est-ce qu’il nous fait courir celui-là ! Il nous balade littéralement à gauche, à droite. À droite, à gauche. D’un bout à l’autre de la prairie, en longueur, en largeur. Il tient à nous prouver qu’il est le plus rapide à la course. Et il est têtu. Il croit qu’on n’a pas compris la première fois et il nous le démontre à de multiple reprises, le bougre ! Mais là, je sens qu’on va l’avoir. On est un peu fatigués et notre patience commence à s’étioler. Il doit deviner notre détermination. Il s’arrête. Il juge l’espace libre par lequel se faufiler. Il nous jauge. Il est tout au bout de la prairie. Il est arrêté et j’ai vraiment l’impression qu’il calcule ses chances de passer entre nous. Et puis, là, une étincelle dans son regard. Il pique un superbe sprint du bout de la prairie pour… pour…  je n’ose pas y croire… foncer vers la sortie, et monter directement dans la remorque ! À mon tour de piquer un sprint, je suis « la plus proche » de lui, à une quinzaine de mètres. J’hésite un quart de seconde : va-t-il rester dans la remorque avec ses potes ou en ressortir ? Dois-je y aller doucement, prudemment ou à fond ? L’on me crie alors « cours ! cours vite fermer la porte ». Je lâche le filet et… je cours. Le sprint de ma vie, dans la boue, pour refermer le plus vite possible la porte ! Il est dedans. On a réussi… et moi je souffle comme un bœuf ! Je n’ai plus 20 ans.

C’est là qu’on se dit que le refuge devrait avoir un chien de berger. Il aurait été vachement plus efficace et plus rapide que nous. (Rires)

Les photos, ces moutons stars, sont bien du refuge, mais les images ne datent pas d’hier. Elles ont été faites tantôt en été tantôt en hiver, déjà dans leur abri. Entre-temps, certains ont été adoptés, d’autres sont arrivés au refuge.

Un vrai cauchemar

  • Chat
  • Blessure
  • Téléphone indisponible
  • Mort

Voici en quelques mots le cauchemar que j’ai fait il y a deux nuits. Deux nuits et ces images, cette peur et ces pleurs sont toujours présents dans mon esprit.

Il existe certaines situations qui se répètent dans les mauvais rêves : on ne sait plus courir (on fait du surplace ou on se déplaceau ralenti), on n’arrive plus à parler/crier, nos paupières sont collées, on essaye d’appeler au secours ou les secours, mais le téléphone a disparu, le contact n’est pas présent dans notre répertoire ou le reseau est mort…


Hera mon chat est blessée. Je la voit dans le jardin. Je ne sais pas comment et quand elle s’est fait cette plaie. Son vendre est troué, sans sang visible ou suintant mais une plaie béante me permets de voir ses intestins ! Je l’attrape pour la mettre dans son sac de transport, mais ma porte ne veut pas s’attacher correctement. Je peste. Je râle. Je balance mon telephone portable à mon amoureux pour qu’il téléphone à notre vétérinaire. Plus tôt, je n’ai pas retrouvé ses coordonnées dans le répertoire de mon smartphone. Je lui dit de chercher à « véto », à « L*******s » (nom de notre vétérinaire) ou à « Aurélie » de son prénom. Alors qu’il cherche et que Hera se débat comme une belle diablesse voulant s’échapper, je vois qu’elle a du mal à respirer. J’abandone l’espoir de fermer le sac de transport et la prend dans mes bras. Son pouls, filant au départ, ralenti très vite. Elle perd connaissance dans mes bras. Je lui soiffle sur le miseau et la secoue légèrement. J’ai tellement peur de la perdre. Son rythme cardiaque ralenti. De plus en plus lentement, les battements s’espacent et… son cœur s’arrête !! Je pleure. Beaucoup.


Ce qui me réveille. La douleur de perdre mon chat, qui s’est éteinte dans mes bras, est telle qu’elle m’a réveillée. Mon cœur est serré. Mes pensées, chamboulées.

C’est dans ces moments que j’aimerais tant pouvoir replonger dans ce rêve, pouvoir en prendre le contrôle et en changer la fin. Mais je n’y arrive pas. Car je n’ai vraiment pas la force de replonger dans ce rêve, dans ce cauchemar horrible.

Un petit oiseau tout mignon

Jeudi dernier, j’ai animé mon premier atelier « carnet créatif et expressif », dans un SIS (Service d’Insertion Sociale) d’un CPAS (Centre Public d’Aide Sociale) de ma région.

Au moment où je me gare, au moment où je coupe le moteur, je vois un petit oiseau dans mon champ de vision périphérique. Pas le temps de regarder de qui il s’agit, car le Troglodyte mignon se pose… sur mon rétroviseur ! Il est à moins de trente centimètres de moi. Je ne bouge plus. Je l’admire sans même respirer. Quinze secondes plus tard, il s’envole pour se cacher dans l’arbre en face de la rue.

Ce minuscule oiseau, l’un des plus petits oiseaux d’Europe, n’aura jamais été aussi près de moi. Sur mon rétroviseur, si proche de moi, il m’a paru plus grand. C’est que j’ai l’habitude de l’observer à une distance de deux mètres ou plus.

D’où vient son nom ?

Troglodytidés vient du mot grec trôglodutes, qui signifie « qui habite dans des trous ». Trôglodutes viendrait aussi de trochilos, qui signifie « coureur », car cette espèce se eplace souvent à terre.

Le Troglodyte mignon ou Troglodyte des forêts, habite dans des trous. Troglodyte = qui plonge. Il plonge donc dans des trous, car son nid de mousse est souvent installé dans le trou d’un arbre, une cavité d’un mur ou de falaise. Le terme mignon viendrait de sa petite taille : mi symbolisant la petitesse en particulier chez les animaux. En français, en allemand et en hollandais, le troglodyte est le véritable roitelet; le terme troglodyte est plus récent. Roitelet pour petit roi, car cette minuscule boule de plumes émet un cri « trrrrrt » quand il est inquiet et qui ressemble au son roulé « ré » devenu « roi ».

Le troglodyte a eu plusieurs surnoms :

  • Bœuf, pour sa forme arrondie quibrappelle les rondeurs du bœuf
  • Noisette ou Châtaigne, pour sa forme arrondie et sa couleur brune
  • Écouteux, pour son habitude à se faufiler près des humains
  • Souris des haies, Rat des buissons, toukours pour son habitude à se faufiler près de l’Homme
  • Troussequeue, Troussepet, Roitelet à queue de poule, pour son habitude à tenir sa queue dressée
  • Roi des haies (allemand), Roi de l’hiver (hollandais), pour reprendre l’ancienne appelation de Roitelet.

Ces informations sont issues du livre « L’étymologie des noms des oiseaux » de Pierre Cabard et Bernard Chauvet (2003)


Quelques dessins, peintures, aquarelles des livres que j’ai chez moi

Carte postale
Carte postale

Ci-dessus : une planche faisant partie d’une série de 6 planches que j’ai reçues quand je travaillais à La Protection des Oiseaux, LRBPO, en 2005. Ma collègue néerlandophone m’a fait cadrau de ces magnifiques dessins (imprimés en 1985) pour me remercier de ma collaboration et pour me souhaiter un bon accouchement.

Concours Pépins d’Esneux 2023

Quelle joie d’apprendre que l’un de mes pépins (texte écrit de 400 caractères max., espaces et titre inclus) a été qualifié ! J’en ai d’abord écrit un. Que j’ai envoyé. C’était celui-ci.

Puis, j’en ai envoyé deux, trois autres. Quatre en tout ! L’heureux texte sélectionné est encore secret pour vous, alors en attendant, voici les autres.

Quel est votre préféré ? Personnellement, j’ai beaucoup aimé écrire la fable en raccourcis. 400 caractères, c’est très court. Et j’ai joué pour le prix spécial : moins de 300 caractères. Le texte intitulé « Fable » en a moins de 300 :-)

Dès résultat final, je vous montrerai mon 4e texte… en attendant, si le cœur vous en dit, essayez d’écrire une histoire en 400 caractères. C’est fun. C’est gai. C’est rigolo !

Souvenirs d’enfance, Bruxelles 1988-1990

Avec mon groupe d’atelier d’écriture, la semaine dernière, nous avons parlé de nos chers disparus. Que ce soit une personne de notre famille, une amie, un copain, un animal, j’ai invité les participants à se remémorer un souvenir gai avec la personne ou l’animal aimé et disparu. Ils étaient concentrés, ils réfléchissaient. Le principal était de nous présenter cette personne ou cet animal de façon à partager avec nous un chouette moment de complicité, d’amitié, de famille.

Et pour une fois, j’ai écrit avec eux. Enfin, de mon côté. Cet exercice m’a donné envie d’écrire davantage sur cette personne que j’ai connue et aimée comme ma grand-mère.

J’ai aimé écrire sur cette époque en me concentrant uniquement sur les bons souvenirs, les moments agréables. Je dois préciser, qu’enfant, j’ai subit un traumatisme, et que ma mémoire a d’énormes trous. Entre autres, je ne me souviens de rien ou si peu, d’avant mes 8 ans. Mes principaux souvenirs de ma petite enfance sont absents, et ceux que j’ai après mes 8 ans sont surtout liés à l’école. Entre 10 et 14-15 ans, beaucoup de tristesse et de douleurs.

Je commence donc ici, il y aura, peut-être, une suite.

1988 – 1990

La personne aimée et disparue. Je l’appelais Mona. Je l’ai toujours appelée ainsi. En réalité, son prénom était Yvonne. C’était une amie de la maman de mon papa. Je n’ai connu aucun de mes quatre grands-parents. Mon papa a, en quelques sortes, été élevé par cette amie de la famille. Mais petit, il ne savait pas bien prononcer les « V » et disait « M ». Yvonne est devenue Vona et puis Mona. Je l’ai toujours connue ainsi. C’était une personne intelligente, cultivée, respectée, volontaire. Elle avait un grand cœur, mais avait une santé fragile. Elle était grande et mince. Elle avec des problèmes aux yeux et n’entendait pas très bien.

Mona était une personne âgée. A l’époque, quand une personne avait plus de 60 ans, on disait qu’elle était âgée. Petite je lui donnais 80 ou 90 ans, alors qu’elle s’est éteinte sans avoir soufflé ses 75 bougies. En effet, je ne l’ai jamais vue courir et je la considérait comme ma grand-mère. Dans les faits, elle a été officiellement ma « tante », la seule figure féminine présente pour m’élever. Si elle n’avait pas été là, j’aurais dû aller en famille d’accueil. Début des années 80, en Belgique, quand un couple divorçait et que la maman n’avait ni revenu fixe ni endroit où vivre, le papa, seul, ne pouvait élever sa fille. Mes parents ont divorcé quand j’étais toute petite, vers 3 ans, je n’en garde aucun souvenir. Je veux dire que je n’ai en mémoire ni une vie de famille avec papa et maman ni moment de disputes ou instant douloureux où je pleurais.

Mona donc. Je passais chez elle tous mes week-ends, congés et vacances. Elle habitait en plein centre de Bruxelles, à deux pas de la Place de la Monnaie, dans un immeuble, au cinquième étage. C’était un petit appartement que nous partagions avec elle, Mona, qui dormait dans un fauteuil « genre » clic-clac, au salon; mon père, mon frère et moi dans une seule chambre. Au début, je dormais avec mon père. Vers 8 ou 9 ans, j’ai demandé à dormir dans le canapé qui se trouvait à l’arrière, dans la pièce où l’on mettait nos jouets, nos livres et la garde-robes de Mona. Ma chambre était ainsi à côté de la salle-de-bain.

L’immeuble avait un nom, il s’appelait « Monnaie Bulduing ». Il était situé à la rue Fossé aux Loups (Clic pour lire article sur Wikipedia). Il était en forme de U inversé. C’est-à-dire qu’il y avait plusieurs entrées au rez-de-chaussée. De mémoire, il y avait des magasins au rez-de-chaussée : un magasin de vêtements pour enfants, un café/bistrot ou restaurant, un ancien cinéma, un grand magasin de mercerie, un restaurant chinois ou vietnamien. Je dis bien je crois.

Durant les week-ends et les vacances, j’allais souvent faire du patin à roulettes dans la rue Neuve, qui était juste à droite. Les patins, à quatre roues, deux avant et deux arrière, ont été remplacés plus tard par quatre roues en ligne. J’adorais patiner. J’allais partout à patins. Même dans les bus !

A midi, nous allions faire nos courses dans le shopping de la Monnaie. La Poste était située à l’étage où nous y montions par des escalators. Au rez-de-chaussée du shopping, on allait chercher le pain et des revues à la librairie. Au sous-sol, un seul étage en-dessous du sol qui donnait accès aux métros, nous allions manger des sandwichs. Je prenais régulièrement un thon mayonnaise avec un sprite. Mona se contentait souvent d’un café. Elle buvait beaucoup de café. Au même niveau, il y avait une boucherie où je recevais souvent une tranche de saucisson, puis plus tard, une tranche de saucisson aux champignons. En face ou non loin de cette boucherie, j’allais chercher toute seule le ou les paquets de cigarettes de Mona : de longues Kent Doré. C’est au même niveau que j’aimais regarder la vitrine de plusieurs magasins : celui où j’allais plus tard acheter mon walkman après avoir économisé assez d’argent, mais aussi le magasin d’objets de décoration orientale en pierre, en verre, en minéraux.

Quand nous prenions le métro à cet endroit, il fallait encore pointer un ticket rectangulaire en carton, dans une machine qui découpait de petits carrés. Nous avions souvent des tickets avec 10 places. L’arrêt était De Brouckère.

Dans la rue Fossé aux Loups, il y avait une librairie spécialisée en voyage et en littérature anglaise. Je crois qu’elle existe toujours si je crois les photos des rues sur Maps.Google !! Si nous continuions un peu plus loin de cette librairie, nous prenions la première rue à gauche et là, nous arrivions sur la Place des Martyrs. C’est sur cette place que se trouvait une autre librairie où je me rendais souvent pour acheter les livres scolaires.

Durant le Carnaval, la fête se déroulait dans la rue. La circulation était ralentie voir arrêtée, rarement déviée. Du haut du 5e étage, depuis la fenêtre ouverte de la cuisine, j’aimais regarder le defiler passer et admirer la fanfare. J’avais déjà un peu le vertige, mais le plaisir de cet événement diminuait ma peur du vide.

Mona aimait écouter la radio et les disques vinyles. J’aimais écouter les histoires de Fox et Roucky sur un petit disque 45 tours. Ou celui des Trois petits cochons. Je me souviens aussi du disque et du livre accompagnant de Mary Poppins. Pour tourner les pages et suivre l’histoire, il y avait le son d’une petite cloche qui tintait. (Ou un autre son ?)

Avec Mona, j’aimais faire des puzzles. On les faisait, on les admirait, puis on les défaisait pour les refaire un autre jour. Je me souviens qu’elle a plastifié un puzzle qu’elle a accroché au-dessus de la porte d’entrée. Il représentait un violon en bois brun, et derrière lui, des feuilles de partition et des fleurs, des roses rose. Il devait être de 500 ou de 1000 pièces. Un autre puzzle était en cours sur le petit meuble du salon. Un Walt Disney : Les Aristochats.

Certains soirs, surtout les samedis, Mona et mon papa aimaient jouer aux cartes; je ne sais plus quel était le nom de ce jeu, mais je me souviens que mon papa jouait souvent « le mort ». Sur la grande table du salon, Mona était assise côté mur, face à la fenêtre et tout près de la porte qui donnait sur le couloir, lequel donnait sur la chambre des garçons, la toilette et la cuisine. Derrière Mona se trouvait un grand tableau représentant la ville de Bruxelles, un plan dessiné, avec certains noms de rues et de places.

Parfois, on allait au café sur la place de la Monnaie. Je jouais alors sur une machine où il fallait glisser une pièce de 20 francs belge pour pouvoir jouer une partie et tirer sur le bâton pour qu’il cogne sur un ressort et lance une bille de métal. La bille de métal rebondissait alors sur différents objets. Il fallait éviter que la bille ne tombe entre les deux barres. Barres que nous faisions bouger en appuyant sur des boutons. Barres qui propulsaient la bille en haut de la machine et qui, quand elle touchait le plafond ou un endroit bien précis, faisait « diling diling ». Une musique un peu forte nous disait quand on gagnait des points, ou à l’inverse, quand on en perdait. Quels chouettes souvenirs avec ces flippers !

Dans ma chambre qui était donc une pièce polyvalente, j’aimais lire les nombreuses bandes dessinées : Bob et Bobette, Boule et Bill, Le Scrameustache, Les Schtroumpfs, Popeye, Benoit Brisefer, Cubitus, Petzi, etc. Je pouvais parfois acheter moi-même les albums, avec de l’argent de poche ou parce que j’avais été sage, ou que j’avais bien travaillé à l’école primaire. J’allais donc à pieds me rendre dans la librairie du shopping de la place de la Monnaie. Je pouvais aussi acheter les magazines Pif et Hercule dans lesquels il y avait des jeux et jouets, des farces et attrapes.
Dans la chambre des garçons, il y avait aussi une petite bibliothèques avec des romans. Principalement de la collection « La bibliothèque rose » et la « Bibliothèque verte ». Je me souviens uniquement des Oui-Oui.

Les jeux électroniques ont aussi fait leur apparition fin des années ’90 (de mémoire). On a pu avoir Donkey Kong dans un jeu qui pouvait se fermer et s’emporter partout : une Nitendo Game & Watch (d’après une rapide recherche sur Google). Une Gameboy et une Gamegear (une Gameboy « horizontale » et en couleurs). Nos cassettes : Mario et Sonic.

La cuisine était assez grande pour que nous y mangions tous ensemble. La table était extensible avec des planches qui remontaient à l’horizontale et se fixaient en y glissant un pied en métal. On la repliait quand ne mangeait pas, elle prenait ainsi beaucoup moins de place. Je m’asseyais souvent sur un tabouret. Un tabouret spécial, car on pouvait soulever l’assise (une planche en bois avec un coussin en plastique cloué dessus) et dedans, j’y glissais tout un tas de choses, comme des magazines, des petits jouets, des trésors oubliés. Dans la cuisine, il y avait aussi un placard. Je ne sais plus ce qu’il y avait dedans, sans doute tout le matériel pour nettoyer l’appartement, matériel utilisé par une femme de ménage qui venait un jeudi matin sur deux, mais je me souviens que j’avais peur d’ouvrir la porte, car il y faisait sombre.

Des repas, je ne m’en souviens pas de beaucoup. Sauf de la blanquette de veau qui était délicieuse et dans lequel elle rajoutait de petites boulettes en plus des champignons et des carottes. Elle mettait un peu de citron dans la sauce. On la mangeait avec des pommes de terre cuites à l’eau. Elle préparait souvent aussi des puddings, ceux où il suffit de rajouter du lait à la poudre déjà toute faite et à mettre au frigo : vanille, fraise, chocolat et moka. Miam ! Mais je me souviens que mon père aimait particulièrement se faire une tartine avec de la mayonnaise et des oignons crus le samedi midi. (dans mes souvenirs, je pense que c’était même le matin, mais je trouve ça bizarre de se faire ça si tôt, je lui poserai la question la prochaine fois que je le verrai – rires).

Dans le couloir, il y avait un fauteuil carré, de couleur verte si je me souviens bien. En face de ce fauteuil, la porte d’entrée. A sa gauche, une armoire rectangulaire en métal sur lequel il y avait le téléphone, le vieux téléphone noir, avec son combiné et son cadran rond. A sa droite, la salle-de-bains. Je me souviens d’une grosse bêtise que j’ai faite : j’ai appelé en cachette les pompiers ! Cela m’a valu une énorme remontrance ! Je crois bien que c’était la première fois que Mona me criait ainsi dessus.

Chez Mona, je n’ai vraiment manqué de rien, je peux même dire, aujourd’hui, que j’ai été gâtée. Mona est décédée quand j’avais 13 ans. Une année charnière pour moi. Mais ça, c’est une autre histoire, plus triste, douloureuse, à laquelle, je n’ai pas envie d’y repenser.

Je ne veux garder que les bons souvenirs. Me plonger dans cette époque, avec elle, me donne du baume au cœur. Je suis entièrement d’accord avec cette citation. Mona était mon étincelle, mon soleil :-)

Quiconque a connu l’obscurité totale, verra dans chaque étincelle de clarté, un soleil. (Anonyme)

Voici ce que j’ai trouvé sur Google, aujourd’hui ! Parfois, comme cela fait des années et des années qu’elle est partie au paradis des gens aimés, et qu’on n’en parle plus beaucoup, plus souvent, j’ai l’impression qu’elle n’a existé que dans mes rêves…

« Mademoiselle », car Mona n’a jamais été mariée, n’a pas eu d’enfants biologiques. Si ma mémoire est bonne, je crois qu’elle a été fiancée, mais que son amoureux a été tué lors de la deuxième guerre mondiale. Ma maman pourra peut-être m’éclairer sur ce point ;-)

Extrait d’un livre… à poursuivre

Je vous propose un petit jeu d’écriture couplé à la lecture d’un extrait du livre que je lis en ce moment : La maison aux sortilèges, de Emilia Hart. Traduit de l’anglais par Alice Delarbre. Paru aux éditions Les escales.

Superbe couverture : Hokus Pokus Créations

Vous entrez dans la maison… Décrivez-la moi.

Que voyez-vous ?

Qu’entendez-vous ?

Y a-t-il certaines odeurs qui titillent vos narines ?

Mobilier, décoration, objets qui trainent ?

La maisone est-elle vide ? Abandonnée ?

Un héron géant, preuve à l’appui

Je rêve d’un jour pouvoir observer à loisir un Héron pourpré. Je sais, je me répète (voir article sur la Camargue), mais ne dit-on pas que l’espoir fait vivre ?

Peut-être qu’à force de me répéter cela, j’augmente le pouvoir sacré de persuasion et force le destin à être gentil avec moi ?

Toujours est-il que hier après-midi, alors que je me dirigeais vers ma destination en voiture, je vis un échassier isolé dans un champ en bordure de ma route. Un coup d’œil rapide dans mon rétroviseur m’indique qu’il n’y a personne derrière moi. J’évalue la zone de sécurité pour me garer sur le bas-côté et je me mets en action : je freine, je me range sur la route, derrière une ligne blanche continue prévue à cet effet (ou pas 😅) et je sors mes jumelles. Flûte ! Il y a un buisson qui bouche ma vue. Tel un soldat au péril de ma vie, je me couche au sol et rampe dans l’herbe humide. Plutôt trempée l’herbe, il n’arrête pas de pleuvoir depuis midi. Je n’ai aucune pensée pour mes vêtements et ma tenue salie qui va forcément enclencher une série de questions chez mon client. Je râle juste sur moi-même : pour une fois que je suis partie plus tard et que je n’ai pas mes quinze minutes d’avance, il faut que cet oiseau soit là, devant moi, visible. Car oui, l’échassier en question est un héron. Un héron un peu sombre. En position de repos, il a le cou rentré dans les épaules et paraît de ce fait plus gros. Je ne me fait aucune illusion, il n’y a pour ainsi dire zéro chance pour que ce soit The Héron pourpré, pas ici, pas chez moi, en Belgique. Il doit plutôt s’agir d’un jeune. À cette époque de l’année, début novembre, c’est tout à fait normal. Mais il y a un je-ne-sais-quoi chez ce jeune qui m’a fait hésiter une seconde. Il est gris foncé, des pattes jusqu’au bout du bec. Et justement, c’est du bec qu’il s’agit. J’ai cru en voir deux ! Mais bon, à ma décharge, je dois avouer que la vitesse à laquelle je roulais (70 à 75 km/h sur une route où je peux aller jusqu’à 90 – un autocollant sur l’arrière de ma voiture prévient les râleurs et autres fous de vitesse que je freine pour les animaux et que je suis une birdwatcher, une folle qui aime observer les oiseaux, même au volant de sa voiture) a pu m’induire en erreur. C’était sans doute une branche, un végétal ou peut-être bien un autre héron, papa ou maman à côté, qui sait ?

Bref. Je suis là, arrêtée, couchée par terre, occupée à devisager ledit héron. Un adolescent. Il tire une tronche, il ne doit pas aimer la pluie. Je le comprends. Et c’est là, quand je me permets de regarder autour de lui que je le vois : un héron gigantesque. Un Héron cendré, taille XXL ! Jamais vu. Il semble protéger le jeune héron, objet de ma curiosité. Le deuxième bec que j’avais cru apercevoir depuis ma voiture en mouvement, c’était le bec du géant ! « Mon » héron est tout ce qu’il y a de plus ordinaire : taille, couleur du plumge, couleur de ses yeux, tout est impeccablement dans la moyenne. Dans les « normes » pourrait-on dire, pour son âge. Mais l’autre ! Pas possible ! Pas croyable ! Quelle belle idée j’ai eue de m’arrêter. Jamais je n’aurais pu croire ça si on me l’avait raconté. Moi je crois que ce que je vois !

Peut-être êtes-vous comme moi ? Alors, comme je n’avais pas mon appareil photo avec moi, je vous offre cette rare image d’un Héron cendré Géant !

Vous l’aurez compris, tout est question de … perspective et perception des choses ! 😄

Toute cette histoire, je l’ai inventée ! Quand j’ai vu l’image du jour (quand j’écris cet article) sur mon magnifique calendrier perpétuel que j’ai reçu de mon amie Josiane, mon imagination n’a fait qu’un tour. Comme dirait une autre amie, Josette, « je démarre au quart de tour » , voir mon recueil publié « Démarrer au quart de tour ». Elle ne pouvait pas mieux dire ma Josette ☺

Mes histoires démarrent souvent à partir de fait réel, entendu, vécu. Le tout début de cette histoire est véridique : j’ai bien vu un jeune Héron cendré sur cette longue route droite bordée de champs où je roule moins vite que la limite pour justement pouvoir observer la faune locale. J’ai bien des autocollants pareils sur ma voiture. Mais la réalité s’arrête là ! Je ne me suis pas arrêtée – pas cette fois-ci – parce que, oui, j’étais partie un peu trop « juste » de la maison pour être à l’heure à mon atelier d’écriture que je donne.

Le calendrier perpétuel est composé de centaines de photos du talentueux Philippe Moës, photographe animalier, naturaliste, belge. Le calendrier a été publié par les éditions Weyrich. Il y a juste la date en dessous de chaque photographie qui est, pour moi, peu lisible. Heureusement, le texte qui explique la photo est parfaitement visible.

Dans la vie, la mise au point influe toujours sur la perception des choses.

Il n’existe pas de Héron géant, pas de ce type. La mise au point sur cette photo a été faite sur « petit » héron qui devait se trouver derrière (ou devant ??) l’autre, rendant celui du premier plan (ou arrière plan) flou et, on dirait, géant.