Hier soir, j’étais à la librairie Regards Nature (Jardin Botanique, à Liège, lieu de mon stage). Avec un collègue, on nous a installés dans l’orangerie du café Péristyle. Nous étions là, entourés des livres de trois autrices que je m’apprêtais à découvrir en chair, en voix et en présence : Lisette Lombé, Vinciane Despret et Catherine Barsics.

C’était le soir des Écritures Sauvages, un projet porté par Werner Moron (Natagora), au jardin botanique, pensé comme un ensemble de performances vocales minimalistes, réunissant plusieurs voix féminines autour du vivant et de l’écriture : slam, poésie déambulatoire, conférence poétique, performance musicale. Je n’ai pas pu tout suivre, mais ce que j’ai vécu, c’était déjà « tout ce que j’espérais » !

Dans la cave, les spots sont prêts, les gens aussi. Beaucoup de personnes présentes pour ces performances. J’ai loupé le tout début, mais je suis là, debout, au fond, épaule contre un mur. Lisette Lombé. Sans micro. Sa voix ! Sa prestance ! Sa réalité déclamée comme une rage ! J’avais déjà lu certains de ses textes. Elle est connue chez nous. Là, je la vois, je l’entends, je la bois, je me rends ! Lisette laisse une trace invisible d’une force, d’une poésie et d’une beauté si réelle, sans faux-semblant, braves bruits bruts et beaux… une trace invisible qui est gravée à l’encre indélébile sur les synapses de mes souvenirs.

Plus tard, il y a l’amphithéâtre. Autre ambiance, autre lieu, autre moment. Vinciane Despret. La journée, j’étais au comptoir de la librairie, avec ses livres, avec tous les livres des autrices présentes à la soirée. L’un de ceux écrits par Vinciane : « Et si les animaux écrivaient ? » m’avait déjà fait de l’œil dans la journée. Entre deux clients, je lisais Vinciane pendant qu’elle pensait sans doute, elle, à sa soirée chez nous… Sa conférence poétique sur « l’écriture sauvage » a été comme une exploration interactive des animaux que je croise tous les jours, ou presque. Elle parlait de son chien Alba et moi je voyais le chien d’une amie, Uko, écrire ses messages à ses copains dans le parc. Elle racontait le chapitre d’une vie d’un rat et aussitôt surgit en moi une image d’un rat filant, rasant un mur. Un merle ou un rouge-gorge qui s’égosille dans mon jardin ? C’est l’écriture vocale du printemps volant. La personnalité de Vinciane, sa personnalité tout entière, la puissance de ses mots, de son regard, de ses pensées, la façon dont elle nous les a partagés, sans prémonition, avec passion, oui, ça, tout ça a creusé un sillon dans ma peau, parfois parcheminée de fatigue, mais pleine de joie. Un souvenir vivant, vibrant, vertement sauvage. Un souvenir, oserais-je dire, indespret’sable.

Ce genre de soirée et les journées passées à la librairie, me rappelle pourquoi je suis là, à ma place, dans ce stage, dans ce lieu, à cet instant. Etre là au bon moment, au bon endroit, et savoir regarder en ayant parfois l’immense chance de pouvoir, aussi, écouter.

Merci à Werner Moron, à Natagora et à la Maison Liégeoise de l’Environnement d’avoir pensé, d’avoir préparé et d’avoir offert ce projet.

Merci à Lisette Lombé et à Vinciane Despret d’avoir habité cette soirée avec tant de talent, d’intelligence, d’humour et … d’amour !


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