20/09/2026
Est a marquer d’une pierre blanche. Ce matin là, peu avant sept heures, j’ai aidé une créature que jamais j’aurais crû devoir aider un jour.
Je savais qu’elle rôdait dans la maison, essayant de passer inaperçue, de se faire discrète et aussi petite que possible. Mais avec son corps épais et sombre, avec ses huit pattes velues, elle ne pouvait réussir ce tour de passe-passe devant mon regard afuté de rapace.
Alors qu’il fait encore nuit dehors, je descends les marches des escaliers qui me mènent à mon bureau, situé à la cave aménagée. J’avais déjà vu la créature avant, c’est pourquoi je me déplaçais lentement, scrutant murs et plafonds minutieusement. Dernière marche : elle est là, au sol. Elle ne bouge pas d’un iota. Elle est piégée ! Je mis quelques instants à comprendre la raison de son immobilisme.
Dans la maison, on héberge une famille nombreuse de phoques, vous savez ces araignées assez fines aux longues pattes démesurées. Et cette espèce-là raffole des tégénaires. Sans pouvoir certifier que la grosse araignée est leur repas de prédilection, on peut néanmoins être certain que cette dernière figure au top trois des proies privilégiées. Cette tégénaire se serait-elle fait avoir par un Pholcus ? Au sol ? Très peu de chance. Grâce à la lampe torche de mon téléphone, je constate qu’un fil de poussières, fait d’un amalgame de poils de chats divers et de longs cheveux de mes enfants est le suspect numéro un. En effet, l’une des pattes arrière de la tégénaire est emmêlée à cet amalgame de crasses. C’est entièrement ma faute. Je ne suis pas une fée du logis et j’avoue que la fatigue est tellement importante ces derniers jours que je n’ai même plus l’énergie ni l’envie d’aspirer et de nettoyer la maison.
« C’est malin, t’es coincée » que je dis à l’araignée. C’est une tégénaire et, pourtant, je ressens la difficulté qu’elle éprouve à se déplacer. En fait, elle est totalement coincée. Le paquet de poussières, de poils de chats et de cheveux est accroché au pied de l’escalier, d’un côté, et à sa patte de l’autre.
« C’est de ma faute, désolée la miss ». Là, quand je dis ça tout bas, je n’en reviens pas !
Alors je fais une première tentative. Je tire le fil avec deux doigts, le plus proche de l’escalier. Mais l’araignée vient avec, elle est a un demi centimètre de ma main
Elle se débat et essaie vainement d’avancer pendant que j’essaie de tirer le fil. Rien à faire ! Pas une seule fois, elle a fait mine de se retourner pour attraper ma main. Elle veut retrouver sa liberté et je vais tenter de l’y aider.
La lampe toujours bien braquée sur la bête, je me sers de mon téléphone pour écraser le fil et le tirer de l’autre côté. En vain, malgré ça, l’araignée recule toujours, tirée en arrière.
Je l’enjambe, je dépose ma tasse de thé sur mon bureau et je vais chercher des ciseaux. Là, je m’accroupi et je coupe le fil à quelques millimètres de sa patte arrière prisonnière. Bingo ! Là voilà qui crapahute et qui va se réfugier… Dans la réserve de cloportes momifiés d’un Pholque en planque sous l’escalier
J’ai donc affaire à une araignée pas très intelligente. Soit.
Je remonte les marches en bois, je vais dans la cuisine et j’attrape le balai et un torchon pour enlever toutes ces crasses accumulées. Tout ça pour tenter de rendre la vie sauve à une Tégénaire ! ! Je pense que je suis encore endormie, dans un rêve qui s’apparente à un cauchemar…
Après ça, si elle se jette dans la gueule du loup, je n’y pourrai rien. Ce ne sera pas de ma faute !
Le temps d’écrire cette incroyable aventure (et de me remettre de mes émotions et de mon courage exceptionnel), passe une heure. Je vais jeter un œil, lampe torche au bout du bras tendu, à l’endroit de l’incident. Je ne la vois plus. Je regarde alors partout, sol, murs, plafond. Rien. Puis j’avise le tapis qui est sous le bac à litière des chats : elle est là. C’est à peine si je la vois. Pour le coup, le camouflage est parfait. Elle est à nouveau immobile. Je fais une photo et je la laisse tranquille. Elle doit avoir besoin de plus de temps pour se remettre de ses propres émotions. Elle a dû croire que sa dernière heure était arrivée…
Reste plus qu’à mes chats d’être aveugles ou désintéressés du nouveau « jouet » à disposition.

NB : on ne prête pas attention à l’état du tapis SVP, merci :-)

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