Dialogue entre moi et moi-même. Souvenez-vous, je parle souvent avec mon Mana (voir article précédent)
Cécile : Retraite d’écriture : retrait ou nouvelle traite d’écriture ?
Parce qu’au fond, une retraite, ce n’est pas un retrait du monde.
Mana : Exact, regarde autour de toi, et toutes ces personnes retraitées, elle ne sont pas en retrait du monde, elles commencent autre chose, une autre vie.
Cécile : Exact. J’ai même envie de dire que c’est plutôt l’inverse : on se retire un peu pour revenir avec quelque chose de neuf. On repart avec un nouveau trait d’écriture comme on parlerait d’une nouvelle récolte.
Mana : Très bel axe en effet. Une retraite d’écriture, ce n’est pas une parenthèse, mais un mouvement, un renouveau, une respiration.
Cécile : Mais pourquoi partir plusieurs jours pour … simplement écrire ?
Mana : Oui, pourquoi ? Vu de l’extérieur, ça paraît étrange pour quelqu’un qui n’écrit pas. Tu pourrais écrire chez toi. Tu as un bureau. Des carnets, plein de carnets. Un ordinateur. Du thé, plein de thés et de tisanes. Tes chats… Alors, oui, pourquoi partir ? Et pourquoi payer pour écrire ?
Cécile : Parce que ce n’est pas QUE écrire. Je vais ailleurs, dans d’autres conditions, pour écrire autrement.
Mana : Un peu comme une fuite ?
Cécile : Du tout, tu n’y es pas. Je me retire pour mieux revenir. Je ne fuis pas, je fais juste quelques pas de côté. Je quitte un environnement connu, je quitte mes habitudes. Je quitte le bruit habituel de ma tête qui cogite sans cesse. Je quitte les sollicitations de mes chats, du ménage, des lessives, des courses. Je libère ma charge mentale.
Mana : Je comprends. Tu pars pour retrouver quelque chose que tu entends moins au quotidien : ta propre voix ! Pourtant, tu aimes la solitude, non ?
Cécile : Oui, j’aime la solitude. J’aime me balader seule. J’aime écrire seule. Mais parfois, j’ai besoin de la présence silencieuse d’autres personnes qui écrivent, ça agit comme une sorte de mécanisme de créativité. La synergie d’un groupe m’est important, ça me permet d’aller ailleurs, d’imaginer d’autres possibilités, d’autres envies, d’autres rêves…
Mana : En fait, une retraite d’écriture, c’est peut-être tout ça à la fois : être seule… ensemble.
Cécile : C’est joli ce que tu viens de dire. J’aime ! Je fais le parallèle avec ces derniers mois. Cinq mois de formation intensive dans un groupe relativement important pour moi. Là, j’ai six semaines de respiration avec moi-même (et mes chats) avant de commencer mon stage de trois mois à temps presque plein.
Mana : Cette retraite arrive exactement au bon moment ! Comme tu dis pour tes congés, c’est une respiration. Pas une récompense, mais un souffle.
Cécile : En effet. Avant, je partais à la mer. Pas cette année. Tandis que certains vont voyager, parfois loin, moi, je pars à proximité, retrouver les mots. Retrouver des phrases, une histoire, un autre chapitre de ma vie.
Mana : Très belle image. Ce nouveau chapitre, tu vas l’écrire à la main ou à l’ordi ?
Cécile : Ah ! La question ! Je ne sais pas encore. L’année dernière, lors de ma première retraite d’écriture avec Laurence Bertinchamps « Conte sur toi », je ne l’avais pas pris, mais j’avais emporté mon appareil photo. Appareil photo qui m’a inspiré le fil rouge d’une nouvelle que j’ai écrite entièrement à la main dans un carnet reçu. J’aime écrire à la main. Toutefois, je me dis que j’ai un jour et une nuit de plus que l’année dernière, du temps, plus de temps pour écrire. Et si l’envie d’un nouveau roman arrive ? Il me faudrait mon ordinateur, j’écris très vite sur un clavier physique d’ordi.
Mana : L’année dernière, un carnet t’a suffit. Mais là, si, enfin, un nouveau roman arrivait ? Ce serait peut-être le moment. Un nouveau récit, récit de vie, récit de fiction, récit naturaliste, récit humoristique… On ne sait jamais. En fait, ce n’est pas tant une question d’ordinateur, mais plutôt de disponibilité, non ?
Cécile : Hum, hum. Possible. J’hésitais même à reprendre une histoire déjà écrite. Puis, j’ai lu un article dans une chouette revue (la machine à écrire, un ancien numéro). Pourquoi ne pas écrire selon les saisons ?
L’été, n’est pas seulement une saison météorologique. C’est un état d’esprit. Pour produire. Pour écrire. Pour semer. Pour essayer. Pour accumuler. Pour imaginer. Sans juger.
Puis vient l’automne. Le temps de la relecture. Voir ce qui tient. Ce qui mérite d’être gardé au chaud.
L’hiver et son grand travail de l’invisible. L’hiver pour réécrire. Pour tailler. Pour déplacer. Pour supprimer. Pour améliorer. L’hiver pour accepter que le texte perde des feuilles pour devenir plus vivant, plus fort, plus robuste.
Et le printemps, enfin. Enfin les fleurs s’ouvrent. Les histoires éclosent, elle se publient. Les récits fleurissent, ils se partagent. Bref, faire sortir le texte du nid.
Mana : Sans oublier la cinquième saison !
Cécile : La 5e saison ? De quoi tu parles ?
Mana : La jachère. Tu oublies qu’on ne produit pas toute l’année. Un champ qu’on exploite sans arrêt finit par s’épuiser. Comme ta créativité, ton énergie, tes envies. Et j’ai aussi envie de dire, comme ton humeur. Tu crois qu’il te faut être souriante tout le temps ? Tu penses qu’il te faut être « productive » et positive tous les jours de l’année ? Que nenni ! Veille à ne pas t’épuiser, à ne pas brûler tes ailes…
Cécile : Je vais tâcher d’y penser : il me faut un temps de jachère avant de recommencer. Comme une respiration, comme un souffle.
Mana : Bien. Pense à cette retraite, mais pas trop non plus. Je sais que tu ne souffres pas du manque d’idées. Ce serait même plutôt l’inverse : tu as trop d’idées ! Comment est-ce qu’une collègue disait de toi dans les premiers jours de formation ?
Cécile : Des idées pop-corn ! J’ai adoré cette image. Merci Gabrielle ! C’est vrai que chez moi, les idées n’arrivent pas en rang d’oignions, mais elles explosent plutôt comme du pop-corn. J’ai plein d’idées d’histoires, des personnages tous différents, des envies de raconter avec humour, avec naturalisme, avec authenticité… Même un récit de vie, une nouvelle autobiographique, mémoire d’un souvenir.
Mana : Cette image d’idées en pop-corn, c’est tout à fait toi : vivante, vibrante, vivifiante !
Cécile : Merci. Choisir, c’est renoncer. Et je déteste renoncer. Je ne vais donc pas choisir et pas renoncer… Je vais y aller avec mon bol de pop-corn.
Mana : Bon choix. Au fait, c’est qui l’organisatrice de cette retraite ?
Cécile : Oups, j’ai oublié de le dire ? C’est Eloïse Steyaert, « Le mot qui délivre ». Quatre jours et trois nuits dans un magnifique cadre ressourçant et je suis sûre, inspirant. Ma deuxième retraite d’écriture. En deux ans. Vais-je y prendre goût ? Assurément :-)

