Pour varier un peu le genre de texte que j’écris avec le vivant, je vous propose de lire ce dialogue entre moi et mon « Mana » ! Parsemé de mes belles photos pour une balade en images et en mots.

Avant de commencer cette balade, il faut que je vous présente quelqu’un.
Mana, ce n’est pas moi, enfin, pas tout à fait.

Ce mot vient des cultures d’Océanie, où il désigne une force de vie, une énergie qui circule dans les êtres, les lieux, les éléments naturels.
Une présence invisible, mais bien réelle.

J’ai emprunté ce mot pour nommer la voix qui m’accompagne quand je marche en nature. Elle n’est pas moi, elle n’est pas non plus complètement extérieure. C’est un peu l’esprit du vivant qui me parle, dans ma tête, qui me taquine, qui me pousse à ralentir et… à regarder autrement.

Mana, c’est ce que la nature murmure quand on prend le temps de l’écouter.

Temps de lecture : environ 17 minutes


7h. La lumière est déjà là. Le soleil s’est levé, mais il est caché par de fins nuages blancs. Il fait 16 degrés. Il fait respirable, une température idéale pour moi.

Mana : Alors, on se lève pour qui aujourd’hui ? Pour les coccinelles, ou pour moi ?

Cécile : Pour les coccinelles, évidemment. Je participe à un recensement.

Mana : (rire) Bien sûr. Et moi, je te dis : attends de voir ce que je te réserve.

Cécile : « réserve » ? trop marrant, comme « réserve naturelle » tu veux dire ? Blague à part, il fait seize degrés, j’ai enfilé un short, mes chaussures de marche et ma casquette. Sans oublier mon appareil photo et mes lunettes, deux paires, celle pour voir de près et celle pour me protéger du soleil quand il va arriver. Je crois qu’il y a plus ou moins 3 km jusqu’à la réserve naturelle où je vais comptabiliser et identifier les coccinelles.

Mana : Je suppose que tu vas mettre en pratique mes conseils ? Laisser traîner ton regard, le laisser choisir ce qu’il décide de voir pendant que toi, tu restes disponible à tout ce qu’il te montre.

Cécile : Tout à fait, je n’ai rien prévu d’autres, j’ai donc toute la journée devant moi. Vers 10h30, je vais rejoindre le centre commercial, plus ou moins 2,5 km plus loin pour papoter avec une copine, je mange un petit bout à midi et je reviens chez moi en prenant par un autre chemin, qui fait le tour de la réserve naturelle, puis en prenant le bois près de chez moi dans lequel je me trompe souvent de sortie (il y en a plusieurs).

Mana : Tu es donc sortie de chez toi un peu après 7h. Raconte, qu’as-tu vu en premier ? Ou devrais-je dire plutôt « Qu’est-ce que je t’ai montré en premier ? »

Cécile : Trois, quatre orites à longue queue. Je les ai d’abord entendues avec leur cris aigu et bref très caractéristique. Tout de suite, j’ai voulu les photographier.

Mana : (rire) Et alors ?

Cécile : Rien sur la photo. Que des feuilles floues au premier plan. Je la garde quand même.

Mana : Pourquoi la garder ? C’est une photo ratée.

Cécile : Parce que c’est exactement ce que je vois quand j’essaie de lire sans mes lunettes. Le flou devant, et tout ce qui s’anime qui s’échappe derrière.

Mana : Ce matin-là, c’était lundi, je ne t’ai pas laissée qu’avec de la beauté. Tu veux en parler ?

Cécile : Effectivement. Après les mignonnes Orites, c’est la mort que j’ai vu : un lucane cerf-volant décapité et à moitié mangé, puis un passereau écrasé méconnaissable, plus loin, dans la même rue, un deuxième lucane cerf-volant, un autre mâle (jamais vu de mâle vivant !) et enfin, un jeune orvet, si fragile. Tous morts. Tous, sauf le premier, écrasés.

Mana : Et tu as continué à marcher.

Cécile : J’ai continué, oui, le cœur en berne. Impuissante. J’ai continué, oui, parce qu’il le fallait. Parce que la mort fait partie de toi aussi, elle fait partie de la vie, c’est le bout du chemin de la vie… Surtout, je ne voulais pas m’arrêter là.

Mana : Et juste après, qu’est-ce que je t’ai offert ?

Cécile : Des bourdons. Ils étaient endormis. Accrochés aux fleurs ou dans les fleurs, immobiles. Un coup de cœur visuel, en plein milieu de la tristesse. J’ai souri. J’ai trouvé ça mignon, alors qu’en fait, c’est la vie. Nous aussi nous dormons. C’est juste que, moi active venue chercher le vivant, je le trouve dans les bras de Morphée.

Mana : Il est 8h. Tu entres dans la réserve naturelle. Où tes pas t’ont-ils menée en premier ?

Cécile : Directement vers cette plante. Celle où j’avais vu plein de coccinelle début mai

Mana : Tu savais déjà où aller, alors.

Cécile : Oui, mais en mai, la plante n’était pas encore en fleur. Aujourd’hui, elle est couverte de fleurs, comme les autres plantes. Toutefois, je n’ai vu aucune coccinelle. Ni sur celle-ci, ni sur les autres !

Mana : (rire doux) Tu vois ? Le vivant ne se laisse jamais enfermer dans un souvenir.

Cécile : Non, mais à la place, j’ai trouvé un couple de perce-oreilles, un couple de punaises diaboliques, une belle punaise jaune/orange et une jolie mouche verte, tous endormis. Je me suis dis que les coccinelles devaient, elles aussi, encore se reposer. Que j’étais là trop tôt. Que j’arrivais trop tôt malgré la chaleur au petit matin.

Mana : Alors, qui d’autre t’attendait un peu plus loin ?

Cécile : Un magnifique papillon orange vif avec des petites taches noires. Jamais vu avant. Un Petit nacré. Je me demandais pourquoi « nacré », quand j’ai vu le dessous de ses ailes. J’avais ma réponse. Et il n’était pas seul, un deuxième, plus petit s’est posé un peu plus loin. En tout, je pense qu’il devait bien y en avoir quatre, peut-être davantage, mais quatre, au minimum, c’est certain.

Mana : Une belle nouvelle observation donc. Mais je suis sûre qu’ils n’étaient pas les seuls à se réveiller.

Cécile : En effet, ils ont été les premiers à bouger, mais petit à petit, j’ai vu d’autres beaux insectes, comme ce Criquet mélodieux qui a été d’une patience d’ange avec moi (le temps que je prenne plusieurs photos, une avec mon smartphone pour l’identification et d’autres, plus jolies, de plus près avec le zoom de mon appareil photo), cette Decticelle bicolore et un couple de Demoiselle, des Pennipattes bleuâtres.

Mana : Quel drôle de nom « Pennipattes », tu sais d’où ça vient ?

Cécile : Non, je t’avoue que je n’ai pas encore cherché. J’ai d’abord cherché le nom vernaculaire du Chorthippus biguttulus (je croyais « criquet bigleux, » mais c’est bien Criquet mélodieux, c’est plus joli.)

Mana : Ton Pennipatte, on l’appelle aussi Agrion à larges pattes. Son nom compliqué (latin, nom scientifique) : Platycnemis pennipes. Le premier terme, dérivé du grec, signifie « large tibia ». Le second, vient du latin et veut dire « qui a les pieds en forme de plume ».

Cécile : Super, merci pour l’info. Mais pourquoi l’application me donne-t-elle tantôt le nom scientifique, tantôt le nom « simple » ? Laisse tomber, en fait, ça ne m’intéresse pas plus que ça, car je fais des recherches pour voir si un nom en français existe. Et j’aime faire des recherches.

Mana : …

J’ai donc continué ma balade dans la réserve naturelle. Après avoir fait le tour de tout ce qui était « dégagé », j’ai voulu entrer dans le bois pour zyeuter tout le couvert. Mais une tique a commencé à me harceler.

Mana : Tu sais, elle fait aussi partie du Vivant.

Cécile : Sérieux ? Nan, mais là, pour le coup, je n’en ai que faire de son statut de vivant. Heureusement, par une intuition, j’avais prévu le coup et j’ai sorti mon trousseau de trois pinces à tiques.

Mana : Tu es incorrigible. A cause d’elle, tu n’as pas approfondi ton exploration dans le sous-bois ?

Cécile : Tout juste. Mais aussi, parce que l’heure avançait et que j’ai donné rendez-vous à une copine et son mari dans le centre commercial un peu plus loin. Je ne pouvais plus « traîner », et je pensais y revenir sur le chemin du retour.

Mana : Continue à me raconter ta balade, te connaissant, je suis sûre que tu as encore vu d’autres choses avant d’arriver au shopping.

Cécile : Bien sûr. En sortant, sur le caillebotis, j’ai entraperçus très furtivement un lézard. Il a été tellement rapide que j’ai cru que j’avais rêvé. J’ai attendu, patiemment, cinq bonnes minutes, sans bouger d’un pouce malgré le soleil qui dardait ses rayons sur moi.

Mana : J’espère que tu avais mis de la crème solaire, car tu crames vite et tu deviens rouge écarlate en moins de temps qu’il faut pour dire « aïe »

Cécile : Très marrant. Oui, je l’avais prise avec et d’ailleurs, c’est ce que j’ai fait quand j’ai quitté la réserve naturelle. Un peu déçue de ne pas avoir vu le petit lézard, mais il ne perd rien au retour.

Mana : Quand tu as une idée en tête, toi…

Cécile : Je sais où regarder, c’est différent. Là, je poursuis mon chemin sur le Ravel, jusqu’au shopping. Et tu ne devineras jamais quoi ? Les coccinelles, elles étaient là, le long de la réserve naturelle, mais juste de l’autre côté de la grille, côté eau. Sur des fleurs blanches, enfin sur les tiges de ces fleurs. J’en ai photographié deux et comptabilisé 6. Que des espèces bien de chez nous, à sept points.

Mana : Ah ben voilà, au moins, tu n’es pas venue pour rien. Tu…

Cécile : Oui, je te coupe la parole, car jamais, dans mes sorties, je me suis dit une seule fois « zut, je suis sortie pour rien ». Toujours, je vois toujours du vivant, quel qu’il soit. Parce que tu sais, je sais …

Mana : Où regarder, oui, oui, je sais… bon on zappe ta papote avec ta copine et on revient dans la nature ?

Cécile : Oui, mais avant ça, j’aimerais quand même partager un truc. Quand j’arrive à l’une des entrées du centre commercial, je monte les escaliers, et là, un monsieur d’une soixantaine d’années, occupé à fumer dehors, m’interpelle gentiment, avec un sourire dans sa voix :

-Ah ben ! Je vous attendais pour faire les photos.

Mana : oups, et comment tu as réagit ? Parce que je te connais, hein, quand un inconnu t’aborde, tu te hérisses et toutes tes barrières invisibles se dressent comme un bouclier.

Cécile : De fait, ça a bien été ma première réaction… Mais ensuite, très vite, le sourire du monsieur et son visage jovial m’ont fait comprendre qu’il ne me voulait pas de mal. Alors je lui ai répondu par un sourire en lui souhaitant une bien belle journée.

Mana : Tu aurais pu rentrer dans son jeu et le prendre en photo.

Cécile : J’aurais pu, oui. Mais je craignais alors que ça s’éternise et que cela prenne un tour que je n’aurais pas voulu.

Mana : Je comprends. Et au retour ? Il était toujours là ?

Cécile : Non. Et l’anecdote du jour, c’est que j’ai profité de l’endroit pour faire quelques petites courses, que j’avais rangé tout mon bardaf dans mon sac-à-dos, et que quand j’ai ressorti casquette, lunettes de soleil et appareil photo, je n’ai pas réalisé que j’avais fait tomber un petit article que j’avais acheté (des attaches pour que ma fille puisse me faire une cordelette pour mes lunettes). Heureusement, j’avais acheté les deux derniers exemplaires, et donc il m’en reste encore un.

Mana : Au même endroit où le monsieur t’a salué ? Tu aurais pu lui demander de chercher avec toi.

Cécile : Ben non, banane, je m’en suis rendu compte une fois à la maison et il faisait trop chaud pour ressortir. Tant pis, ça fera peut-être un heureux ou une heureuse. Bon, tu veux la suite de ma balade ou pas ?

Mana : Oh oui, steuplait ! Tu as donc pris un autre chemin pour le retour ? Tu as fait d’autres belles rencontres ?

Cécile : Oh que oui ! Pas tant que ça le long de l’eau, enfin les habituels que je n’ai pas pris en photo cette fois-ci, car une dame dessinait, et je n’ai pas voulu la déranger. Hérons, colverts et grands cormorans étaient bien au rendez-vous, ainsi que mouettes et un goéland. Ah oui, j’ai oublié de te dire que tout près des coccinelles, j’ai vu une grande, une très grande famille de Bernaches du Canada. Leurs « petits » étaient déjà bien grands, presque plus de duvet, mais sans la taille adulte. Et leurs parents les protégeaient farouchement. L’un et l’autre m’ont soufflé dessus ! Quel toupet. J’y ai repensé car sur le trajet du retour, j’ai vu un nombre incalculables de déjections énormes, typiques de cette grande famille.

Mana : Est-ce que tu as remarqué quelque chose d’étrange dans cette famille ?

Cécile : C’est-à-dire ? Mis à part le fait qu’ils étaient très nombreux, je crois qu’ils devaient bien être onze ou douze jeunes, je ne sais pas trop ce que tu entends par là.

Mana : Regarde plus attentivement la photo.

Cécile : Ah oui, l’un des parents était bagué. Et aussi un jeune on dirait ! Je ne l’avais même pas vu sur le moment. Merci du coup d’œil !

Mana : Avec plaisir. Et donc sur ce chemin, rien de particulier, vraiment ?

Cécile : Ah mais si. Plus loin de la réserve, au bord de l’eau, là où je savais que j’avais une chance de voir des lézards… Une camionnette d’ouvriers, portes ouvertes. Deux ou trois hommes en tenue de travail s’occupent à faire ou réparer des trous ? J’ignore exactement ce qu’ils font et je ne leur ai pas demandé, car dix mètres avant d’arriver à leur niveau, j’en aperçois un. Puis un deuxième. Même en short, cela ne m’arrête pas de poser mes genoux sur le gravier juste pour ne pas faire de gestes brusques et me faire toute petite, enfin, je reste une géante comparé à leur taille, et ne pas les effrayer. Zoom à fond d’abord, puis je me rapproche doucement, très lentement, et le zoom rentre petit à petit dans sa bague. L’un des lézards des murailles a le bout de sa queue toute grise. Il a dû la perdre et celle-ci repousse spécimen, plus grand. Clic-Clac, il est dans la boîte. J’aime trop ces reptiles, ils me fascinent.

Mana : Et les ouvriers ne t’ont pas dérangée ou interpelée ?

Cécile : Absolument pas, ils étaient tout occupés à leur tâche. Ils ont bien dû se demander ce que je photographiais, ou peut-être l’un d’eux savait-il qui occupait toute mon attention… Je commençais à avoir chaud, 31 degrés et il me fallait encore « remonter » toute la rue en pente. 10% de grimpette. Cette rue même où j’avais vu le matin les cadavres…

Mana : Tu es passée par le bois ? Je croyais que tu n’avais pas le sens de l’orientation.

Cécile : Et alors ? ce n’est pas parce que je me perds tout le temps souvent que cela m’empêche d’essayer quand même de trouver le bon chemin. Je suis dans le bois, à l’ombre, au frais (enfin, tout est relatif) et généralement, je suis seule au monde à ce moment-là…

Mana : Il y a combien de chemins différents que tu connais ?

Cécile : Aucune idée. Il doit y avoir quatre ou cinq entrées/sorties. J’en « connais » trois. Je ne prends plus les escaliers dont les marches sont hautes et la pente hyper raide. Trois fois j’ai pris ce raccourcis, trois fois, j’ai mis 36 heures à m’en remettre (dos et genoux HS). Donc je démarre de presque tout en haut, pour faire un demi-tour dans le bois en pente douce, je prends à gauche ou à droite, puis à droite ou à gauche, je ne sais jamais, je ne retiens pas souvent, visuellement, mais je sais que c’est le signe d’un rectangle rouge sur un autre rectangle jaune que je dois suivre (ou un jaune sur un rouge, peu importe). Mais pas jusqu’au bout, sinon, je sors « trop tôt ».

Mana : (qui rigole haut et fort) Hum, tu me fais bien rire. Jamais tu t’es perdue ?

Cécile : Comme diraient mes enfants, rien n’est perdu tant que maman n’a pas cherché. Donc, je prends parfois plus de temps qu’il ne faut pour trouver la bonne sortie, mais je la trouve toujours. C’est un petit bois, je ne risque pas de me perdre tout à fait. Tout dépend de mon état physique et de mon programme prévu après. Si j’ai le temps, je pars en exploration. Comme ce lundi. Et généralement, je préfère explorer au retour plutôt qu’à l’aller, car si je me « perds » à l’aller, j’ai moins de temps pour ma balade prévue.

Mana : Tu ne ferais pas un jour une balade exploratrice dont le but est de découvrir tous les chemins dans ce bois ?

Cécile : Mais qu’elle est bonne cette idée ! Oui, certainement, je vais noter ça. Merci encore pour cette question-suggestion. Tout à fait pertinente. Et tu sais, j’avais à peine bifurqué du chemin « habituel » que j’ai vu un drôle d’insecte sur le sol brun. Assez grand, sur le dos, les pattes recroquevillées, noir et blanc. Délicatement, je l’ai ramassé et retourné dans ma main.

Mana : Alors ?

Cécile : Un magnifique papillon, jamais vu auparavant. Un zeuzère du marronnier. Mais mort.

Mana : Zeuzère… ça ne sonne pas franchement poétique.

Cécile : Attends, ma fille, en voyant la photo ce soir-là, l’a rebaptisé « Papillon Cruella ». Noir et blanc. Il faut dire qu’elle n’a pas tort.

Mana : (rire) Cruella, décédée dans un sous-bois en pleine canicule. Quelle fin intéressante pour une méchante.

Cécile : Je l’ai reposé délicatement là où je l’avais trouvé. Et là, comme pour me consoler, un autre papillon s’est posé à quelques mètres. Vivant, celui-là. Un Tircis.

Mana : Un mort pour un vivant. C’est beau ce signe.

Cécile : Cruella qui s’en va, le Tircis qui arrive. Le croisement du vivant, même dans un sous-bois de dix-sept hectares.

Mana : Tu as bien fait de passer par là ! Je t’ai entendue me remercier, c’est gentil de ta part de penser à moi.

Cécile : Normal, même si j’avais chaud et que je commençais à fatiguer, voir ce papillon, malheureusement mort, puis le Tircis bien vivant, m’a fait sourire. Tout naturellement, j’ai eu une pensée pour toi, qui me guide toujours de manière bienveillante.

Mana : Dis-moi, finalement, as-tu trouvé la sortie que tu cherchais ?

Cécile : Oui, trop contente j’étais ! Sauf que pour rentrer chez moi, je devais prendre la rue à ma droite et, bien sûr, j’ai fait l’inverse, j’ai pris à gauche. Depuis le temps que je dis que je devrais toujours choisir le chemin à l’opposé que celui que je prends, quand j’hésite. Ce petit détour était juste les quelques pas en trop. Je suis rentrée épuisée avec un joli mal aux pieds vers 15h45.

Mana : Waw ! Tu as dû faire une bonne dizaine de kilomètres, non ?

Cécile : 15, en tout. 20.000 pas ! Quinze kilomètres à pied, un peu plus de cent soixante photos et une bonne vingtaine d’insectes différents observés et identifiés, dont cinq nouveaux pour moi.

Mana : Et tu as trouvé des coccinelles.

Cécile : Six. Juste six, et pas là où je les attendais.

Mana : Tu es déçue ?

Cécile : Non. Je ne suis jamais déçue. Je ne cherche jamais rien, tu le sais bien. Je marche, à mon rythme, et je regarde ce qui se pose sur mon chemin. Ce jour-là, c’était des papillons nacrés, des lézards à la queue grise, une famille de bernaches baguées, un inconnu souriant, et une Cruella morte et vivante à la fois dans l’esprit de ma fille…

Mana : Et les coccinelles, dans tout ça ?

Cécile : Un prétexte. Un joli prétexte pour sortir tôt et rentrer tard, les pieds en compote et les yeux pleins d’images.

Mana : Alors, à qui veux-tu offrir cette balade ?

Cécile : À celles et ceux qui liront ceci depuis leur canapé, leur bureau, ou leur jardin. J’espère qu’ils se seront reposés un instant, qu’ils auront souri au moins une fois, que ce soit au monsieur du centre commercial, à Cruella ou à mon sens de l’orientation catastrophique. Et peut-être, en refermant cet écran, auront-ils envie, eux aussi, de sortir sans rien chercher. Juste pour voir ce que la vie pose sur leur chemin.

Mana : Alors va. Je te retrouve à la prochaine balade.

Cécile : Toujours.


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