Dans les nuages

Pour une ancienne proposition (la n°9), Tisser les Mots, voici ma petite histoire qui est un vrai délire :-)

Dans les nuages

Me voici coincée à l’hôpital pour quelques jours, le temps d’une opération. On m’opère du dos, une opération courante, mais une première pour moi.

Ce matin, à jeun, je me lave avec un savon spécial, corps et cheveux, puis j’enfile la chemise des opérés, une chemise qui se ferme dans le dos… heureusement, les infirmières sont là pour m’aider, même si je sais que je finirai presque toute nue sur la table d’opération, je préfère ne pas y penser. L’opération se passe  bien, du moins, je le suppose, je n’en garde aucun souvenir, bien sûr. Après avoir vomi et déliré un peu, on me remonte dans ma chambre.

Il est quatorze heures. Couchée sur le dos, je ne ressens pas la moindre douleur. Je profite de cet instant où je n’ai pas mal aux jambes et tourne ma tête vers à la gauche, côté fenêtre. Ma chambre d’hôpital est située au 5ème étage et j’ai une vue dégagée de ma région. Cet après-midi, le ciel est bleu parsemé de quelques moutons blancs, épais, qui dessinent dans l’horizon d’étranges créatures imaginaires… ou non. Je devine sans difficultés la tête d’un cheval quand celle-ci se déforme. Je crois rêver quand mon regard fixe l’œil de la bête et découvre un petit bonhomme potelé qui s’active et monte sur une échelle. Le cheval tout à coup a un profil plus allongé, un museau qui s’effiloche et ses oreilles disparaissent carrément. De ses mains aux doigts dodus, le petit bonhomme enlève le regard de l’animal en prenant une poignée de cumulus pour en faire une boulette bien ronde, puis il l’intègre dans la nouvelle forme qui prend vie, là, juste sous mes yeux. Le cheval n’est plus, en lieu et place se trouve un magnifique champ de fleurs. Le petit bonhomme souffle sur quelques détails, le nuage allongé bouge un peu, prend plus de dimensions. Les fleurs s’élèvent sur des tiges immenses et elles continuent leur ascension quand le petit artiste se retourne et m’interroge avec un pouce levé puis un pouce vers le bas avec un léger mouvement de la tête pour me demander mon avis. Je ne suis pas certaine qu’il s’adresse à moi, donc je ne réponds pas. Le petit bonhomme s’approche de ma fenêtre, il est assis à califourchon et avance sur une sorte de fusée russe ultra moderne. Le bonhomme, qui est en fait un autre nuage, plus épais, plus rebondi, avec deux étoiles pour pupilles, a un charme indéniable. Et là, à mon niveau, il n’y a plus le moindre doute, c’est bien à moi qu’il s’adresse. Par des gestes, il me fait comprendre que je dois choisir la hauteur des fleurs : plus haute ou plus basse ? Je regarde alors plus attentivement derrière lui et constate que les tiges sont si grandes que je n’en vois pas la fin. Alors, ma main, d’abord haute, descend, encore un peu, un peu plus jusqu’à ce que les tiges, mangées par le petit bonhomme nuage atteignent une hauteur normale pour des fleurs nuages. Alors je lève la main pour dire « stop ». Le fleuriste moutonné sourit, s’accroupit, grignote la base des fleurs puis, de ses deux petits bras, rassemble toutes les fleurs coupées et m’offre ce beau bouquet de Tulipus Cumulus Nimbus.

Jamais, jamais, jamais, je n’aurais cru possible un tel délire!

Il me faudra attendre le lendemain matin pour que le produit anesthésiant ne me fasse plus divaguer et que je découvre, sur l’appui de ma fenêtre, un bouquet de fleurs blanches en… bonbons !

Un bar bizarre

Pour la 52ème proposition chez Tisser les Mots, voici mon petit texte, sur le chemin des homonymes… petit clin d’oeil à mes enfants.

Un bar bizarre

Dans un bar pas comme les autres, 3 personnes se querellent :

– Le ciel est trop haut ! clame la serveuse qui ne sait pas voler.

– Mais non, c’est la terre qui est trop basse, lui rétorque le pianiste trop grand qui à force de pianoter sur ses touches a un problème de dos et ne sait plus s’abaisser pour faire ses lacets.

– Vous dites n’importe quoi, s’emporte le barman. Pour moi, rien n’est trop haut, rien n’est trop bas, car le bar est juste à la bonne hauteur !

C’est le petit matin, l’établissement n’a pas encore ouvert ses portes, mais tous les employés sont présents car nous sommes jeudi et tous les jeudis, il y a une petite réunion du personnel avant l’ouverture.

La réunion a mal débuté. A l’ordre du jour, le premier point est consacré à une petite évaluation commune pour chacun des trois employés ; même si le barman est le patron, il fait partie intégrante des employés. Et pour la serveuse, qui a été élevée dans une famille de pingouins, voler de ses propres ailes est tout simplement inconcevable.

-Mes ailes ne sont pas faites pour voler mais pour nager dans l’océan à la recherche de délicieux poissons, rétorque-t-elle en détournant le regard du bar.

Elle n’a pas compris la remarque du barman, son chef, qui lui demandait plus d’initiatives, plus d’autonomie.

Le pianiste n’est pas en reste d’ailleurs.

– Je dois être plus terre à terre ? Mais comment veux-tu que je fasse cela, tout ce qui touche le sol, c’est cette queue qui, cela dit en passant, ne verra plus jamais la couleur d’un soulier car il m’est désormais impossible de m’abaisser, répond-il à son boss qui place la barre trop haut.

Le barman justement lève les yeux au ciel. La réponse de son employé préféré lui arrache un soupir. Il est évident que cette orque est incapable de retomber sur terre vu sa nageoire caudale tordue. D’ailleurs, il se demande où il pouvait bien trouver chaussure à son pied étant donné que chaque partie de sa queue doit bien faire une pointure 85, au moins !

Le patron, bien que respectueux des talents de ses employés, est occupé à se demander si son pianiste sait qu’il ne joue pas sur un piano mais sur une orque, enfin une orgue ! Le barman n’est pas de taille à affronter son musicien, il a trop peur de la réaction de se dernier, car il paraît que le bar est un met fort apprécié chez ces baleines…

Pour couper court sur ce sujet visiblement délicat (ou comment se barrer en douce tout en restant présent afin d’éviter sa propre évaluation) le barman propose de passer au second point qui consiste à créer un nouveau cocktail pour fidéliser sa clientèle du matin.

– Bon, passons l’éponge et revenons à nos moutons, dit-il pour clore le premier point de cette réunion.

Le pingouin et l’orque se regardent : où sont les moutons ? Et que viennent-ils faire ici dans un bar, au littoral ? L’éponge, passe encore, mais les moutons ?

Ils sont encore à se questionner et à regarder de tous côtés quand le bar écrit une nouvelle recette :

Pour une Vague Cru-c’t-assez

– 300 gr de crevettes décortiquées

– 150 ml du rouge d’écrevisse

– 1 pincée de crabe

– 2 pamplemousses

– 1 citron vert

– du fenouil

– du sel, du poivre et de l’huile d’huître

A la lecture des ingrédients, c’est le pianiste qui salive le plus. La serveuse, elle, espère seulement qu’en apportant ce nouveau cocktail, elle n’en pincera pas pour d’autres clients…

Premiers pas

Un petit texte, basé sur des faits réels, pour la proposition 50 de Tisser les Mots :-)

Vicky

Elle a 11 ans. Moi, j’en ai 10. Elle est belle, grande et très affectueuse, comme moi me dit maman. Elle a plein d’amour à donner. Et même si on ne parle pas la même langue, on finit toujours pas se comprendre, elle et moi. Elle s’appelle Vicky, elle a une robe tricolore, même si de loin, ou aperçue furtivement, on ne distingue pas bien la 3ème couleur. Elle et moi on a plein de points en commun malgré le fait que nous appartenons à des espèces différentes. Je suis aussi rousse qu’elle, mais, contrairement à elle, dans ma chevelure, je n’ai pas d’autre couleur. Elle, c’est un chat, un magnifique chat, croisé Main Coon, enfin, c’est ce que pense maman. C’est vrai qu’elle ressemble beaucoup à cette race, en moins grande, en moins lourde, mais avec d’aussi longs poils. Moi, je suis une fille, un humain, avec aussi de longs cheveux. J’adore mon chat, et mon chat m’adore.

Un jour, de retour du vétérinaire pour un détartrage plus que nécessaire, maman ramène Vicky à la maison. Elle est encore sous l’effet de l’anesthésie et il faut être près d’elle le temps qu’elle se réveille complètement. On vient de déménager et il y a des escaliers partout, mais ça, mon petit chat n’en a rien à faire. Malgré son état endormi, elle veut aller partout. Je ne comprends pas tout de suite ce qu’elle veut, elle n’a presque pas de force mais, insouciante, elle fait tout pour se lever et marcher. Elle fait ses premiers pas chancelants et tombe sur le flanc. Elle marche en se mêlant les pattes et finit toujours pas chuter. Je l’accompagne comme son ombre. Je mets mes mains autour d’elle pour amortir ses chutes, pour qu’elle ne se fasse pas mal. Après l’avoir mise dans son bac à litière où je pensais qu’elle y resterait, je la regarde avec des yeux interrogateurs. Que veut-elle ? Où veut-elle aller ? Je la prends dans mes bras et remonte les escaliers en direction de ma chambre, là où elle n’est pas encore allée. Je la dépose à terre, dans le couloir et elle se dirige directement dans la pièce. Ses pas sont toujours hésitants, tremblants, maladroits. Elle longe le mur, elle l’utilise comme une béquille solide. Puis, arrivée à la porte d’entrée, elle me regarde en relevant la tête, émet un petit miaulement, tout faible, puis dirige son regard vers mon lit. Je comprends tout de suite ce qu’elle veut ! Elle veut aller dans mon lit.
Tous les matins de la semaine, pour aller à l’école, papa ou maman ouvre la porte de ma chambre et Vicky arrive en trombe. Avec des pas d’entrechat, elle saute sur mon lit pour me réveiller avec des ronrons et des légers coups de tête contre mon bras ou ma tête. Je pense donc qu’elle veut à son tour être réveillée, mais dans mon lit, et par moi.
Sur le lit, elle regarde la couverture toute douce en polaire. Elle adore cette texture, toute douce, comme moi. Je la couvre donc en laissant juste son petit museau dépasser car elle n’aime pas être couverte complètement. Aussitôt, elle ferme les yeux et s’endort. Sa sieste durera une heure. L’heure  pendant laquelle je suis tout contre elle, occupée à faire une réussite avec mon jeu de cartes préféré, attendant qu’elle émerge complètement du monde des rêves. Et le réveil est complet, avec un regard alerte, des gestes sûrs et une voix claire.
Elle sort doucement de sa couverture, s’étire comme seuls les chats peuvent le faire, saute lestement de mon lit et marche à présent d’un pas certain, comme si de rien n’était.

2015-09-20 09.18.00

La sterne de l’île de Pâques

Sur la proposition 29 de Tisser les mots, voici mon texte du 9 novembre. Thème : lîle de Pâques bien sûr, avec des mots imposés, en gras dans mon histoire.

La sterne de l’île de Pâques

L’île de Pâques… Bien que cela a fait partie, un jour, de mes destinations de vacances, comme toutes mes idées d’évasion, les voyages ne sont que des rêves inaccessibles pour moi. Sauf que dernièrement, à mon boulot, j’ai reçu un bon Bongo pour mon anniversaire. Pourquoi et comment mes collègues ont-ils décidés que l’île de Pâques serait une bonne idée ? Mystère…

Mais trêve de bavardage, statues immenses et mystérieuses, me voici !

Arriver sur l’île n’est pas évident, le voyage en catamaran m’a retourné l’estomac. Solitaire dans l’âme, c’est seule que je décide de parcourir cette île, ou du moins une partie de l’île. Dès le départ, les statues immenses, d’au moins 10 mètres de haut, sont visibles. J’irai les voir, les examiner, les détailler sur le chemin du retour. Pour le moment, je préfère me perdre, et découvrir par moi-même cette terre qui semble bien accueillante.

Après une petite heure de marche, et après m’être étonnée de voir autant de statues, des plus petites, des inachevées, un peu partout, je me perds vraiment au détour d’un chemin plutôt sinueux et en pente. J’ai beau revenir sur mes pas, je ne reconnais pas la piste qui m’a amenée jusqu’ici ! Je décide alors de poursuivre sur le chemin, toujours en pente légère. Après deux virages serrés, j’arrive sur une sorte de place. Des statues en forme de visage aux lèvres de lune sont disposées en cercle. Elles sont grandes comme de petites maisons, leur bouche fait office d’entrée et les yeux, plus ou moins rectangulaires, de fenêtres. Il n’y a aucune décoration ou quoi que ce soit de civilisé prouvant que ces étranges maisons sont habitées. Il y en a neuf, toutes parfaitement identiques et placées à égale distance les unes des autres. Ce rassemblement de maisons m’intrigue. Je n’ai lu nulle part une telle chose et ma curiosité est telle que mes pieds m’amènent tout près de ce cercle de pierres. Comme si le cercle était une frontière ensorcelée, j’hésite à passer entre deux statues, me demandant s’il y a une maison hôte, une maison différente des autres par laquelle il faudrait entrer pour éviter un piège quelconque. Il n’y a qu’un mètre entre chaque visage, je passe aisément entre les maisons avec des frissons dans le dos. Même si je doute qu’elles soient habitées, j’appelle quand même à voix haute :

– Ohé ! Ohé ! Puis-je entrer ?

Bien évidemment, personne ne me répond.

A l’intérieur, il n’y a strictement rien, c’est le néant, le vide absolu. Je sors de la statue pour rentrer dans sa voisine de gauche. Idem. Elles sont toutes les neuf identiques tant à l’extérieur, qu’à l’intérieur. Cela me paraît de plus en plus étrange. Je ressens même un certain malaise sans pouvoir l’expliquer. En déambulant sans but précis, je me retrouve au centre exact de la place, quand tout à coup, un oiseau sombre piaille au-dessus de ma tête et laisse tomber une fien… Non ! AIE ! Ce n’est pas une fiente que je reçois en pleine tronche, mais une pierre ! Je me frotte le crâne où je sens déjà poindre le début d’une bosse. Je maudis cet oiseau alors que d’habitude j’adore ces bestioles. La tête penchée en direction du sol, je regarde quand même ce qu’il m’a balancé sur la figure. Et je n’en reviens pas, la pierre n’est pas un stupide caillou comme je le pensais, non, c’est une mini statuette aussi haute que mon petit doigt ! Aussitôt, je lève les yeux pour essayer de retrouver l’oiseau. Me remémorant mes cours d’ornithologie, je projette dans mon cerveau l’image furtive de sa silhouette : de forme allongée, il avait la taille d’une grande hirondelle, un bec plutôt long et qui m’a paru rouge avec une couleur générale sombre. Avec tout ce descriptif, je ne suis pas plus avancée quant à l’identification de ce volatile maladroit (ou précis?)

Pour éviter d’avoir une seconde bosse, je retourne dans une des « maisons », avec la mini statuette dans une main. L’intérieur est déstabilisant. Vue de l’extérieur, chacune des statues a, comme je l’ai cité plus haut, une « entrée » et deux « fenêtres ». Eh bien, à l’intérieur, ce n’est pas ça ! L’entrée est la même, mais les fenêtres sont situées, à première vue, sur le même plan que l’entrée. Or, il se fait que quand je veux voir au travers des yeux, donc des fenêtres, je me retrouve à tourner en boucle, à monter et descendre légèrement un tournant qui n’en finit pas. Cela me fait indubitablement penser à l’escalier de Penrose, vous savez cet escalier avec quatre angles droits qui fait que le « serpent se mange la queue » et que par quelque endroit on monte ou on descend cet escalier, on revient toujours au point de départ ? C’est tout à fait ce qu’il m’arrive ici ! Je ne parviens pas à atteindre les fenêtres, le chemin qui m’y conduit ne s’arrête pas là et me fait revenir inexorablement à mon point de départ, c’est à dire l’entrée ! C’est à en perdre mon latin !

J’arrête de me faire tourner en bourrique après quatre passages infructueux. C’est à ce moment là précisément que l’oiseau de malheur réapparaît… sur le rebord d’une fenêtre ! Et pas n’importe quelle fenêtre, celle qui fait partie de la maison où je suis en ce moment même ! Je l’observe attentivement, je ne veux pas le faire fuir trop vite. Vu de plus près, sans qu’il ne bouge trop, je reconnais dans sa silhouette la forme d’une sterne. Je ne peux pas l’identifier plus précisément, je n’ai pas assez de connaissances sur cette famille d’oiseau, mais je trouve celui-ci assez élégant. C’est quand je détaille ses pattes que je me demande comme il a fait pour porter la statuette avec ses doigts palmés ? Sans parler, cela ne servirait à rien, nous n’avons pas le même langage, je lui montre la statuette, lève la paume de mon autre main vers le ciel et hausse les épaules comme pour dire « c’est toi qui m’a lâché ça sur ma tête ? Pourquoi ? »

C’est ahurissant ! Comme s’il me comprenait, l’animal penche la tête sur le côté, ouvre son bec pour laisser échapper un petit cri et s’envole pour venir atterrir tout près de moi ! Il marche un peu comme un canard jusqu’à une petite pierre de forme quelconque, qui s’est détachée de la maison, au niveau intérieur du bas de la bouche. D’une patte, il fait rouler cette pierre de façon à ce qu’elle soit plus stable, la coinçant près de ce qui aurait pu être son nombril, puis, à la manière d’un pic, il martèle la pierre de son bec ! A une vitesse phénoménale, que mes yeux ont peine à suivre, il façonne le caillou, faisant gicler des éclats un peu partout autour de lui et voler la poussière. Mes paupières doivent battre plus que de raison afin d’éviter de recevoir des crasses dans les yeux. Et, un peu à la manière d’un Flick Book, quand je cligne des yeux, une minuscule statue naît du bec de cet oiseau !
Et comme si tout ceci n’était déjà pas assez étrange, voilà qu’il me raconte en détails sa légende :

Autrefois, les indigènes qui habitaient sur cette île, avaient une tradition. Celle-ci consistait à nager jusqu’à notre île, puis à grimper notre falaise et voler le premier œuf du printemps pour le rapporter, intact, au village. Celui qui réussissait cet exploit devenait le chef durant les quatre saisons suivantes. Cette tradition a perduré des années durant. Jusqu’au jour où notre chef a eu une idée. Nous savions tous que nos œufs étaient spéciaux, mais pas qu’ils étaient magiques pour ces indigènes. Quand notre chef a découvert que nos œufs rendaient la pierre de volcan plus souple et plus solide, il a su qu’il fallait intervenir avant que toute notre population ne soit décimée. Toutes les sternes en âge de reproduction ont donc été formées au travail de la pierre par le bec. Les résultats ont été au-delà de nos espérances. Ce que nous parvenions à faire était tout simplement magnifique ! Le simple fait que nous travaillions la pierre après une toilette complète nous a permis de sculpter facilement ces statuettes, rendant la pierre plus souple qu’elle ne l’est en réalité.

L’année suivante, peu de temps avant la ponte, nous fabriquions des statuettes que nous portions, à la nuit tombée, à la porte du village. Les indigènes découvrant cela à leur réveil pensèrent que c’était là, un cadeau de Make Make, leur dieu. Certains les plantèrent dans le sol, laissant juste la tête ou le buste dépasser, d’autres les posèrent tout simplement sur la plus haute montagne pour qu’elles soient visibles par tous. Au fil des ans, grâce au sorcier du village, nos statuettes ont grandit, grandit, grandit… Jusqu’à atteindre une hauteur incroyable. Ces statues solides ne s’effritaient pas, du coup, les indigènes ne volaient plus nos œufs, remerciant le dieu Make Make de son don, lui promettant d’honorer ces statues, d’en prendre soin jusqu’à ce que la mort les sépare.
Hélas, un jour les hommes se sont disputés, ils voulaient des statues encore plus grandes, différentes. Ils se sont remis à nager, ils ont à nouveau grimpé notre falaise et nous ont à nouveau volé nos œufs…

Alors, nous sommes partis pour un autre ailleurs…

A ces derniers mots, la sterne s’envola ! J’aurais voulu lui poser encore mille questions, mais quand brusquement, un voile s’abattit sur moi. Tel un brouillard, je ne discernais rien que du blanc tout autour de moi. Tout était flou. A tâtons, je cherchai la sortie, la bouche, l’entrée… mais je me heurtai à des murs de pierre, partout… Partout, je me cognais et ça faisait « Bong…o !».

 

Les 3 petits cochons et le chat botté

Je joue avec la proposition 38 de Tisser des Mots  :-) le jeu : faire une salade avec les contes. Les mots en gras sont des mots ou des sujets à « caser » dans le texte.

Les 3 petits cochons et le chat botté

Il était une fois une fée marraine hyperactive qui souffrait d’hyperacousie et d’impatience, on l’a disait faribolistique. On lui avait confié la garde des 3 petites cochonnes qui s’appelaient Lala, Lili et Lali. D’expérience, la fée marraine serait que les élever ne serait pas une tâche facile, elle ne se souvenait que trop bien de leur cousins, les 3 petits cochons Nif Nif, Naf Naf et Nouf Nouf. Mais dynamique comme elle était, elle avait réussi, à force de persévérance, à ce que l’un des trois finisse architecte maçon et influence les autres. Elle avait donc cru qu’elle y arriverait chez ces demoiselles et avait poursuivit ses efforts en se concentrant sur l’éducation de l’aînée qui semblait la plus intelligente, la plus posée et la plus débrouillarde.

Mais les années passant, la fée marraine vieillissant, elle devenait plus sensible au bruit et sa patience fondait comme neige au soleil.

Un jour, Lala et Lili se disputaient en poussant des grognements aigus de petit cochon qu’on égorge. Elles n’étaient pas d’accord sur la façon d’habiller la cadette, Lali, et celle-ci était prise à parti par l’une, puis par l’autre. Et c’est au moment où la salopette rose avec des paillettes mauves se déchira que Lali se mit à pleurer comme une fontaine et que la fée marraine explosa.

– Je n’en peux plus de vos disputes, de vos cris, de vos jérémiades, de votre comportement de vilaines petites cochonnes.

Les mots éclataient dans l’air, grondant, menaçant, et fouettant les oreilles des 3 petites sœurs. La marraine joua de sa baguette magique et en un tour d’étincelles et de poudre magique volante, elle se retrouva au milieu de la forêt bleue* avec les 3 petites cochonnes sous les bras.

HOP ! Elle les jeta à terre, lança un tourbillon de feuilles mortes et disparu aussi vite qu’elle était venue.

Dans la forêt bleue, un silence noir s’abattit sur les 3 petites créatures roses. Plus un cri ne perça, plus une larme ne roula. Lali renifla comme seuls les petits cochons savent si bien le faire et osa un timide « où sommes-nous ? »

Lala, l’aînée réfléchit très vite et lui répondit :

– Nous sommes dans la forêt bleue, en Belgique, la forêt la plus étrange qu’il soit où les arbres sont bleus.

– En quoi est-ce qu’elle est bizarre cette forêt ? demande Lili.

– Les arbres se ressemblent tous ; en journée, ils se confondent avec le bleu du ciel et la nuit, le noir les engloutis, répond Lala d’une voix mystérieuse et envoûtante.

– Ma… Ma… Marraine nous a… a…. abandonnées ! pleurniche Lali.

Nous sommes dans l’après-midi. Le ciel est d’un bleu chaleureux, et les arbres, en tenue de camouflage, sont parsemés de petites taches blanches ressemblant à des nuages de beau temps. De fait, ils se ressemblent tous, certains sont certes un peu plus petits ou un peu plus gros, mais aucun n’a une caractéristique particulière qui fait qu’on pourrait le reconnaître à coup sûr.

C’est pour cette raison que ceux qui pénètrent, de gré ou de force, dans cette forêt, n’en ressortent que très rarement. Ils s’y perdent et par épuisement, par défaite, ils décident de s’installer dans cette forêt pour l’éternité.

Nos 3 petites cochonnes ne savent pas que le peuple de cette forêt est condamné à ne jamais sortir du couvert de ces arbres. Lala s’en doute, mais elle ne veut pas faire peur à ses sœurs et se tait donc. Lili réfléchit à sa nouvelle situation et commence à récolter tout ce qu’elle trouve à terre pour marquer son chemin. Quant à Lali, son groin coulant de morve, c’est comme si le monde s’écroulait sous ses pattes. Elle n’aime pas cette forêt, elle est fatiguée et elle veut rentrer à la maison.

Cinq petites, brèves, minutes s’écoulent avant qu’un nouveau malentendu n’éclate entre les frangines. Chacune se rejetant la faute, accusant l’autre d’avoir crié trop fort et d’avoir provoqué la colère de la fée marraine.

Tout à coup, attiré par les cris et les grognements, une petite créature presque toute de noir vêtue, fait son apparition. C’est un chat, pas très grand, pas très gros, et qui se déplace sur ses deux pattes arrières qui les interrompt :

– Excusez-moi mesdemoiselles, auriez-vous vu mon autre botte ? Mon maître m’a pris pour un chien quand il l’a lancée pour que j’aille la chercher… enfin, je crois, c’est que ces derniers temps, il avait l’air d’en avoir marre de m’avoir entre ses pattes. Enfin bref, je ne vais pas vous raconter toute ma vie, il paraît que je suis trop bavard… Avez-vous donc aperçu une botte comme celle-ci ? dit-il en montrant celle qui lui restait.

A la vue de ce petit chat, trop mignon, trop bavard, on entend d’une seule et même voix :

– Oooh ! Il est trop chou.

Et sans lui laisser le temps de comprendre, les 3 sœurs se jettent sur le petit chat, le prenne dans leur bras, le caresse, lui donne des bisous tout doux. Il en perd sa deuxième botte et sa voix. Finalement, ce n’est pas si mal de se faire dorloter par ces filles… il en oublie la raison de sa venue et se laisse choyer tout le reste de l’après-midi.

Pour une fois que Lala, Lili et Lali sont d’accord sur une chose, personne n’oserait interrompre cet élan d’affection et cette solidarité fraternelle.

C’est le soir, quand les ventres crient famine, que les petits cochonnes se décident à chercher à manger. Emmitouflé dans leurs vêtements qu’elles ont assemblé rien que pour lui, le chat botté qui n’est plus chaussé, attend patiemment qu’on vienne lui apporter à manger. C’est qu’il aime se faire servir le coquin !

Lala, Lili et Lali partent donc dans 3 directions différentes. Aie aie aie, elles se perdent rapidement et ne retrouvent plus leur chemin ! Trois heures passent quand le chat, affamé, décide enfin de bouger un peu son popotin. Il parle, parle, parle… tout seul. Il miaule, miaule, miaule, toujours tout seul. On ne voit pas très bien ce qu’il fait, mais il fait quelque chose. En grattant le sol, il miaule encore et toujours. Puis, après avoir creusé et retourné la terre sur un bon morceau de terrain, il regarde derrière lui, puis à gauche, enfin à droite. Rassuré qu’il n’y ai personne, il lève la patte et se soulage. Il fait pipi partout ! C’est qu’il en a une grande vessie à vider ! Une fois son besoin terminé, il se réinstalle au centre de son nouveau territoire et patiente. Il ne doit pas attendre bien longtemps, car très vite, quelque chose pousse de la terre. Partout où il a gratté (et pissé), un mur se dresse ! Et, étrangement, un parfum épicé (eh-pissé) envahit la forêt.

Au même instant, une note musique perce le silence relatif de la forêt à moitié endormie. Les habitants habitués savent ce que cette mélodie signifie : le grand méchant loup va à la pêche au cochon. Tel un magicien, le loup souffle dans sa flûte enchantée. Attirées par la musique envoûtante tel un moustique par le sang, les 3 petites cochonnes, perdues, marchent dans la même direction : celle du loup ! Mais, mais… le loup s’arrête tout à coup de souffler dans son instrument. Il a senti une odeur bien meilleure que celle des 3 petites sœurs. Une odeur qui lui fait baver, légèrement épicée, légèrement sucrée ; ça fait si longtemps qu’il n’a plus goûté à une telle gourmandise. Il marche un peu, renifle , puis siffle dans la flûte. Il marche, renifle, siffle. Il renouvelle cette combinaison quinze minutes durant. Puis, il s’arrête définitivement. Les 3 petites cochonnes aussi. Sans le faire exprès, il a ramené les sœurs tout près de leur ami botté. Et ce qu’il voit, ce que les filles voient, est ahurissant. Devant cette petite troupe étrange, se dresse un véritable château en pain d’épices !

Lala, qui n’en revient pas, est la première à recouvrer la parole :

– Mais, tu es magicien ? Tu aurais pu nous dire que tu savais faire pousser de la nourriture, cela nous aurait éviter de nous perdre en pleine forêt, rouspète-t-elle l’estomac dans les talons.

Le chat a perdu sa langue (le comble, non ?), il ne répond pas car derrière Lala, Lili et Lali, le grand méchant loup se lèche les babines. Il se serait bien caché sous sa cape d’invisibilité, mais il l’a prêtée la semaine dernière à Harry Potter. Alors, il pointe le loup avec une griffe tremblante et marche à reculons s’enfermer dans son abri délicieux.

Face à face, le loup ne mâche pas ses mots envers les petits cochonnes :

– Le deal est simple. Vos vies sauves à toutes les 3 contre le pont en pain d’épices et ses chaînes en sucette.

– Pardon ? Ose demander Lili. Vous nous abandonnez pour du sucre ? C’est du délire !

Le loup, un peu rouge de honte, avoue :

– Oui, je préfère les friandises à la viande.

– Par mes moustaches, j’ai tout entendu ! Bien sûr que je lui offre volontiers le pont, s’il vous laisse saines et sauves. J’ai besoin de vous mesdemoiselles, j’ai un ronron dans la gorge qui veut sortir… et puis, j’ai plein d’histoires à vous raconter.

*Forêt bleue : elle existe bel et bien ! Il s’appelle plutôt le Bois de Hal, il se situe en Belgique, à 30 min de Bruxelles. Entre le printemps et l’été, le sol se couvre de jacinthes sauvages, donnant le nom féérique de forêt bleue.

Clé tordue

Mon texte du 03 novembre, avec la proposition 28 de Tisser les mots, plusieurs contraintes, dont la plus difficile pour moi avec une longueur maximale de 15 lignes sur l’ordi.

Il m’arrive parfois de croire aux coïncidences. Pas plus tard qu’hier, j’étais persuadée que j’avais rangé la clé bizarre que j’avais reçue d’une amie, sur la cheminée. Je l’avais placée là, bien en évidence, afin de ne voir qu’elle quand j’allumais les appliques du salon.

La clé, une grosse clé en métal gris, était tordue, sans être cassée. L’amie qui me l’avait donnée m’avait raconté son histoire : un soir, juste après le coup de sonnette signalant le départ du dernier client, sa voisine, vendeuse dans un magasin d’appareils photos, avait été accusée par le gérant d’avoir perdu la clé du magasin. Ce n’était pas la première fois qu’on l’accusait de la sorte, et, ce soir-là, elle avait pu prouver son innocence quand elle avait retrouvé la clé, posée sur la cheminée. Mais ce coup-ci, la clé était tordue et ne pouvait plus rentrer dans la serrure. Bien sûr, sa voisine a été accusée et elle a été licenciée sur le champ.

Et voilà que c’est mon tour de ne plus retrouver cette clé… Ma voisine me l’avait donnée pour me prouver la véracité de son récit. Elle s’en était ainsi débarrassée avec plaisir en jurant que c’était une clé porte-malheur. De fait, il y a quatorze jours, elle a perdu son emploi pour un étrange motif de crevettes volées. Et moi, j’ai hérité de cette clé le lendemain de son licenciement. Maintenant, je ne trouve plus la clé et je viens de casser mon miroir… que va-t-il m’arriver ?

15 lignes pile poil, et 250 mots exactement !

Petit soleil deviendra grand

J’ai découvert sur la toile virtuelle un chouette blog : tisser les mots. C’est un peu ce que j’avais envie de faire en imaginant lancer un jeu d’écriture sur mon blog une fois par mois. Tisser les mots, c’est un atelier d’écriture virtuel où tous les mois, 2 propositions d’écriture sont données.

Voici mon texte à partir de la proposition 48, les mots en gras sont des mots imposés et le thème est « partir à la découverte d’un nouveau monde ».

Petit soleil deviendra grand

Quelque part, sur l’étoile Soleil, à quelques XX6ξϠWOZ degrés ouest de notre latitude…

Jonas, les cheveux en bataille, les vêtements sales et troués était occupé à dessiner un étrange, petit, riquiqui, minuscule bonhomme quand son Maître de l’équilibre passa à côté de lui.

– Alors mon rayon, on oublie ses leçons ? Cesse donc de gribouiller ces trucs, ces extrasoleilestres, ces Terrons comme tu les appelles, et passe-toi de l’eau sur ton visage, tu vas bientôt t’enflammer comme une brindille !

Jonas n’a pas plus de cent et huit ans, il en paraît mille de plus tellement il se néglige. Sa lumière est pâle mais bouillante, ses membres ne rayonnent plus droit, et avec sa manie de laisser pousser ses cheveux, il se ramasse toutes les poussières de l’univers, héritant ainsi de taches brunes disgracieuses sur presque tout son corps jaune.

Il va à l’école, deux fois par cycle. Une fois sur deux, il a la tête dans la Voie Lactée, l’esprit ailleurs, et son Maître de l’équilibre désespère de lui apprendre le b.a.ba de sa leçon : chauffer, sans brûler, illuminer sans aveugler, bref trouver le juste équilibre, telle est sa devise.

Jonas est un petit soleil comme tous les autres pourtant. C’est juste qu’il est distrait la plupart du temps. Il n’est pas méchant, que du contraire, mais à vouloir absolument faire croire à tout le peuple solaire que les Terrons existent bel et bien, il va finir par être rejeté, ou pire, pris pour un fou !

Si au moins, il retenait ce qu’il apprenait, il en aurait des réponses à ses questions qui le tourmente .

Mais il trouve son existence longue et ennuyeuse. Ils sont tellement nombreux sur cette étoile que s’il venait à disparaître, personne ne le remarquerait. Personne, sauf, pense-t-il, un Terron. C’est la raison pour laquelle il s’intéresse particulièrement à eux. Il croit en une vie ailleurs, par delà la couronne solaire, par delà l’obscurité, il y a une autre lumière, moins criarde, moins aveuglante, plus douce.

Le soir arrive… A la maison, emmailloté dans son pyjama qui ne laisse passer ni lumière, ni chaleur, Jonas se penche par la lucarne de sa chambre et observe au télescope le petit grain de sable bleu qu’il nomme la Terre. Il sait que la distance qui le sépare de ce petit grain fausse toutes les perspectives. Il s’imagine que les Terrons sont petits, très petits et qu’un habitant de cette planète devrait être aussi grand que la moitié du sixième du tiers de son plus petit rayon inférieur. Jonas pense qu’ils sont tout à fait différents physiquement, ils doivent avoir la peau bleue, du même bleu qu’il observe au travers de la lentille de son appareil, et peut-être même qu’ils ont le sang froid, à être aussi éloignés du Soleil.

Il ne croit pas que là, tout en bas, certains vivent aussi un train d’enfer comme lui. Il n’est pas le seul à fabriquer de la lumière, mais comme il a beaucoup de mal à envoyer toute cette énergie dans l’univers, il doit fournir beaucoup plus d’effort pour que les photons parviennent jusqu’à l’atmosphère et brûlent d’une chaleur honorable. Il faut dire qu’est né avec un peu moins d’hydrogène que les autres, c’est pour cela qu’il a un peu moins de force. Heureusement, la nature a été généreuse avec lui en développant un peu plus un autre sens : la vitesse. Tous les jours, quand il n’a pas école, il passe son temps à courir après la lumière. Dès qu’il atteint les 300 000 kilomètres par seconde, il lâche l’énergie emmagasinée dans ses rayons et il calcule avec inquiétude la distance qu’elle effectue le temps qu’il reprenne son souffle. Parfois, il doit s’y reprendre à deux ou trois reprises afin que la traînée arrive à la frontière de son étoile. Quand il voit une étincelle jaillir tout au loin, c’est le signe qu’il a réussi à atteindre son objectif. Il peut alors contempler ses efforts et admirer son travail quand les fils immaculés sortants de ses rayons laissent une belle traînée or derrière eux.

Après, bien sûr, il y a toujours des compétitions entre les enfants : ils calculent l’énergie la plus rapide, celle qui donne le plus de chaleur, la plus puissante en lumière, celle qui dure le plus longtemps, qui fait la plus belle traînée, etc.

Jonas n’aime pas ces concours, il gagne rarement.

Quelques cycles solaires plus tard, au lendemain d’une lune rouge fabuleuse…

Depuis qu’il a pris son travail pour un jeu et non plus comme une obligation pesante et barbante, notre petit Soleil a fait des progrès extraordinaires.

Quand il a veillé toute cette nuit Dame Lune, pour la voir disparaître puis revenir toute rousse, pour ensuite renaître plus brillante que jamais, il a tout de suite pensé aux enfants qui vivent sur la Lune et qui ont dû beaucoup s’amuser à changer la couleur de leur satellite.

Au petit matin, il s’est alors plu à courir toujours aussi vite, mais en y mettant une énergie qu’il n’avait jusqu’ici pas encore sortie. Une énergie puissante et rapide.

Ce matin, Jonas, petit soleil parmi des milliers d’autres, a réussi à remporter le trophée de la plus belle traînée zigzagante qu’on ai jamais vu depuis plus de deux cent cinquante ans ! Il était tellement fier de sa prouesse, qu’à peine son souffle récupéré, il s’est remis à courir aussi vite que l’éclair. Et il a réussit une deuxième fois le même exploit !

Aujourd’hui, Jonas se pose toujours plein de questions, mais il se sent un peu moins malheureux depuis qu’il a vu qu’il était capable de laisser une trace différente sur cette étoile gigantesque. Il ressemble peut-être à des milliers d’autres petits soleils, et pourtant, il est différent.

Est-ce qu’il existe un petit Terron comme lui, en bas ? Un gentil enfant tout bleu, qui regarde en l’air en se demandant s’il existe d’autres êtres vivants, ailleurs, d’une autre couleur ?

Ça se pourrait bien ! Jonas, lui, y croit toujours. Et à présent, il se demande quel travail peut bien faire un petit Terron… mais ça, c’est une autre histoire.