Le Grand Duc du Creaves de l’Aquascope Virelles

Je vous présente le Grand-Duc en personne pour lequel je vends mon dernier recueil « Démarrer au quart de tour ». Sur cette photo, l’oiseau essaie toujours d’intimider les soigneurs qui viennent la nourrir et prendre de ses nouvelles. On pourrait presque intituler cette photo « Le hibou qui voulait se faire aussi gros que le boeuf ».

Pour rappel, cette jolie femelle a été malheureusement blessée à cause de fils de fer barbelés. Voilà des mois que le Centre de Revalidation de l’Aquascope Virelles la soigne. Elle a un tendon sectionné à une aile qui l’empêche de la relâcher dans la nature. Mais, vigoureuse, elle a montré depuis longtemps qu’elle voulait vivre, malgré son handicap. Alors, pourquoi ne pas lui construire un espace rien que pour elle, un grand endroit sécurisé où elle pourrait quand même prendre plaisir à vivre ? Fiche technique de cet oiseau sur oiseaux.net

Grand Duc d'Europe

Photo  : Thérèse BIARD

Le Grand-Duc d’Europe est le plus grand rapace nocturne de nos régions. Il a disparu de nos contrées dans la 1ère moitié du 20ème siècle et a bénéficié d’un programme de réintroduction. Début des années 80, il a enfin réapparu en Wallonie. Il est sur la liste ROUGE des espèces menacées. Pour plus d’infos sur le statut de ce magnifique rapace, je vous invite à visiter le site biodiversité wallonie

Chaque livre « Démarrer au quart de tour » vendu permet de reverser au Creaves entre 2 et 4 euros. Que ce soit en version papier (12,00 euros hors frais d’envoi) ou en numérique (2,99 euros), je m’engage à reverser entièrement tous les bénéfices de vente de mon recueil.

Acheter démarrer au quart de tour

Acheter

4ème de couverture par Nicole Loynet, animatrice de Tisser les Mots

Une sterne noire nous révèle le mystère des statues de l’Ile de Pâques et comment cet oiseau mythique est devenu sculpteur pour protéger ses œufs, trop convoités par les îliens.
Un écureuil presque mort de faim en hiver parce qu’il ne sait pas se servir « d’un four à double fonction », fort heureusement sauvé par un pic vert qui lui en révèle le mode d’emploi.
Comment ne pas écraser un escargot en faisant un trajet dans le noir au petit matin …, une poésie tirée d’une expérience de la vie quotidienne.

17 nouvelles poétiques dans lesquelles le lecteur découvre l’univers tendre de Cécile Ramaekers peuplé d’animaux mythiques ou bien réels.

Cécile Ramaekers a conçu son recueil comme un ouvrage pédagogique dans lequel elle confie avec enthousiasme son chemin d’écriture. A chaque nouvelle, en préambule elle annonce  le thème et les consignes  et en conclusion elle partage les pépites de son inspiration  avec des références et des conseils de lectures et d’écriture.

 Nicole, animatrice de Tisser les Mots

logo_creaves

Logo du Creaves de l’Aquascope Virelles

logo-aquascope-virelles

Logo de l’Aquascope Virelles

Le calme avant la tempête

Je joue avec Tisser les Mots, pour la proposition 67.  Une histoire de Temps qui passe, encore et toujours.

Le calme avant la tempête

Tempête, elle s’appelle. Une vraie boule de poils pleine d’énergie. Son quart d’heure de folie pouvait durer une heure, et cela avait lieu deux à trois fois par jour. Tout déménageait à son passage. Les boules de papier, les plumes et autres jouets n’avaient qu’à bien se tenir, car Tempête, quand elle courrait, faisait tout voler sur son passage, même ses longs poils blancs éclatant et ses longues moustaches courbées.
Et puis un jour, Tempête changea ses habitudes. Ses moments de jeux duraient moins longtemps, ils n’avaient lieu plus qu’une seule fois par jour. Son humaine appréciait ce calme tout relatif. Ce silence plus long entre 2 courses poursuites avec le vent, avec la poussière, avec la joie et la jeunesse. Tempête sauta moins haut, mais il n’y avait qu’elle pour le remarquer. Cinq centimètres lui manquaient dorénavant pour sauter du premier coup sur le haut dossier molletonné de la chaise du salon. Alors, pour ne pas se couvrir de ridicule, elle changea son parcours et saute à présent sur le dossier du fauteuil en tissus. Moins haut, meilleure accroche, plus large aussi.
Petit à petit, elle mangeait avec moins d’appétit, moins d’envie, moins d’entrain. Elle n’avait jamais connu la faim grâce aux croquettes disponibles jour et nuit, nuit et jour, jour après jour, semaine après semaine. Cela aussi, il n’y avait qu’elle qui le remarquait. Elle vidait toujours sa gamelle du matin, même si elle mangeait ses 50 grammes de viandes en sauce en trois fois ; quand son humaine partait travailler, la gamelle était nettoyée, comme avant. Comme avant que la vieillesse ne la rattrape. Puis, elle était devenue sourde, cela aussi, il n’y avait qu’elle qui le savait. La surdité ne se voit pas et puis comme Tempête était toujours collée aux basques de son humaine quand elle était dans la maisonnée, il ne fallait jamais l’appeler pour manger, pour sortir dans le jardin ou pour baptiser la litière tout propre, toute fraîche.
Tempête ne comptait pas les années. D’ailleurs savait-elle compter ? Cela a-t-il une réelle importance quand on sait que ses années à elle ne sont pas les mêmes que celles de son humaine ? Un an pour Tempête, c’est beaucoup, c’est énorme, c’est très long. Un an pour sa copine à deux pattes, c’est quoi ? Douze mois ? Ça rime à quoi tout ça ? À plus ou moins 365 longs dodos ? Pour Tempête qui dort souvent, au moins dix à quinze siestes par jour, le dodo de la nuit, celui qui dure plus longtemps, se rajoute aux autres sans aucune notion de différence.

Aujourd’hui, Tempête tire la tête. Oui, elle boude. Et qui le remarque ? Personne ! Pas même le petit colibri qui est dans sa tête, qui bat des ailes frénétiquement dans chacun de ses rêves quotidiens. Tempête est fatiguée d’avoir mal, de souffrir du Temps qui se la pète, du Temps qui passe ; elle est épuisée par son corps qui vieilli et qui la ralenti. Alors, distraite, pensive, douloureuse, Tempête avance une patte après l’autre sans se rendre compte des petits trous, des petites plaies qui se multiplient sur son corps tout poilu. Elle se gratte, elle se lèche, elle se lave, elle prend encore soin d’elle, sans se demander combien de temps elle va devoir encore subir tout ça, tous ces changements, tous ses ralentissements, toutes ces douleurs sourdes et silencieuses. Elle les subit et les oublie le temps d’un câlin, d’un échange d’affection, d’un moment de partage et d’amour.
Si près de son amie à deux pattes, tout contre elle, au chaud, confortablement installée sur la couverture toute douce, Tempête-le-chat ronronne. Et c’est là que l’humaine voit les petits trous, les croûtes, les plaies multiples qui ravagent discrètement la peau de son chat.
Tempête est vieille et devenue sensible aux moindres changements du temps sur sa peau fragile, usée, abîmée par les années mais cachée par des milliers de poils blancs, gris et noir.
Tempête sera bientôt dans le Temps de la Paix, le calme pour elle avant la tempête d’émotions qui va ravager son humaine qui ne va pas comprendre pourquoi tout va si vite, pourquoi son compagnon à quatre pattes qu’elle affectionne depuis tant d’année va bien devoir partir un jour, et que ce jour est peut-être bientôt là…
Le Temps qui passe est le même pour tout le monde, il avance simplement à une vitesse différente selon l’espèce qu’Il accompagne.

jG4oP7

Léa-Marie

Je joue avec Tisser les Mots pour la proposition d’août-septembre 2016.

Cette histoire parle d’elle-même, tout à fait inventée pour l’occasion, mais c’est suite aux mots de ma maman, son ressenti par rapport à son ancienne voisine âgée qu’elle aime beaucoup et qu’elle va voir régulièrement au home. Marie existe. Francine aussi. Léa aussi, elle se reconnaîtra ;-)

Léa-Marie

Léa-Marie est âgée. Mais elle ne le sait pas, elle l’a oublié. Elle passe le reste de son temps dans une maison de retraite, avec d’autres comme elle que le Temps n’a pas épargné, jetant des rides aux visages et aux mains sans se soucier du quand dira-t-on. Chez les femmes, le Temps est particulièrement méchant avec elles, plombant leur poitrine tombante, rendant flasque tout ce récipient de lien maternel, toute cette chose pourtant aimée et désirée, caressée et soignée par l’Amour. Et puis, la Maladie est venue en renfort, chassant dans les mémoires fatiguées les souvenirs, les noms et le Savoir.

Dans cette maison de repos, il est admis que les pensionnaires, tant chez les mesdames que chez les messieurs, portent un bijou, un seul. Il est étonnant comme le Temps peut changer les choses. Au début de leur arrivée, chaque pensionnaire, veut faire bonne et belle impression. Il faut dire que le cadre de l’établissement est magnifique et encourage les gens, même les gens affaiblis et esseulés, à sourire à la vie, à ouvrir les bras à cette nouvelle vie qu’est la vieillesse, cette dame âgée au grand cœur auquel nul ne peut échapper.

Alors, au début, tous portent un bijou souvenir, souvent en or : une alliance, un pendentif, un bracelet. Parfois ces bijoux sont en argent, mais tous ont la puissance d’un moment heureux qui perdure au travers ce métal précieux. Souvent, au cours des semaines qui suivent ce choix, ils ne se rendent plus compte qu’ils portent un bijou, alors leurs yeux taquinent leur voisin et des échanges s’effectuent en toute simplicité, sans un voile de vol ou de mensonge planant autour de cette action. Pour d’autres moments heureux partagés.

Dans cette maison de retraire, qui n’est pas de tout repos malgré les oui-dire des familles, travaille Francine, une aide soignante particulière, qui dès son arrivée à bouleverser la vie de ces personnes qui ont été déposées tantôt par un parent, tantôt par un enfant, tantôt par un amant, tantôt par un médecin, tantôt par un taxi. Elles ont toute une histoire différente à vous raconter. Et ça, Francine l’a bien compris.

Francine, la quarantaine dynamique, a toujours un sourire jusqu’aux oreilles, une voix douce et des gestes tendres. Malgré son travail difficile où on lui demande parfois de véritable prouesses professionnelles, malgré la mauvaise humeur de certaines collègues qui ne lui facilitent pas la vie et malgré les comportements de certaines gens soignées ici qui lui compliquent la tâche, Francine continue à sourire et à venir en fin de service rendre une dernière visite à ces personnes que la vie n’a pas aidé.

Ce soir, c’est Léa-Marie qui est la dernière à qui Francine dit aurevoir. L’aide-soignante ne sait jamais qui ne sera plus là le lendemain. Alors, elle prend son temps, quitte à faire des heures supplémentaires non payées, pour souhaiter une bonne soirée à tous ceux et à toutes celles qui lui font gagner son salaire. C’est un peu comme un remerciement, en un peu différent. Et tous l’attendent avec impatience, même les plus en forme, juste pour recevoir ces mots gentils, avant la nuit. Francine souhaite, sincèrement, à tous les 29 pensionnaires, de faire de beaux rêves. Et pour accompagner cette phrase pourtant banale, pourtant usée, Francine prend la main de la personne, ce soir, nous accompagnons Léa-Marie, et lisse un peu les doigts durs, rigides, tordus de sa patiente préférée. Même si elle les aime tous, Francine ne cache pas ses sentiments plus forts pour celle qui fut autrefois sa grand-mère. A 99 ans, Léa-Marie a oublié qui elle était, elle ne sait plus comment elle s’appelle, ni où elle est, elle a jusqu’à oublié qu’elle avait des enfants et une petite-fille qui s’appelle Francine et qui vient la voir et prendre soin d’elle, tous les jours. En réalité, personne ne connaît leur lien de parenté, car l’aide-soignante est arrivée dans cet établissement de soins une semaine avant Léa-Marie. C’était il y a déjà quelques années. Et comme il arrive parfois que les pensionnaires n’aient aucune visite, personne ne s’était étonnée que Léa-Marie n’en reçoive aucune. Elle était arrivée avec une ambulance, avec pour tout bagage une mémoire passée à la moulinette. Dans cette passoire, elle avait oublié l’origine de sa chute en rue et le traumatisme crânien avait déjà effacé le lien qui existait entre son unique petite-fille et elle. Pourtant, c’était un lien fort, un lien unique, un lien éternel. Alors, Francine a joué son rôle habituel, accueillant cette nouvelle pensionnaire comme une autre : avec un sourire, peut-être juste un peu plus long que ceux qu’elle offre aux autres, avec des gestes tendres peut-être juste un peu plus longs que d’habitude, avec une voix douce peut-être juste un peu plus douce encore.

Et puis, dès le premier soir de son arrivée, Francine l’avait « réparée », elle lui avait prodigué son soin magique qui permet au cerveau d’oublier la peine, la tristesse, les doutes, les questions et d’accepter le changement aussi bouleversant qu’il soi. Francine écoutait, parlait, touchait les gens, même les plus fatigués, même ceux qu’on a oublié. Elle était maître dans son art, un vrai aficionado, passionnée par sa mission qu’elle appelait sport. Car c’était bien de ça qu’il s’agissait : un sport. Courir après le temps, une course contre la montre du vieillissement. Mais faire tout ça dans la sérénité, sans montrer de stress, sans faire paraître sa peine à elle, son inquiétude grandissante pour Léa-Marie. Francine aimait réparer la douleur invisible, celle du Temps, celle des souvenirs oubliés, abîmés, déchirés, jetés… Elle réparait tout, même les blessures faites par de vilaines cicatrices mentales.

Oui, il n’y a pas que les jeunes et moins jeunes qui peuvent souffrir du passé, d’une vie mal contrôlée, d’un geste déplacé.

Ce soir, Francine chante une berceuse à sa grand-mère, à cette patiente qui devrait fêter ses 100 ans le mois prochain. Francine a toujours su que sa Mamychérie ne voulait pas souffler autant de bougies. Pour elle, cent ans, représentait le stade après la vieillesse, soit la mort. Alors, elle lui chante ces mots qui réconfortent, elle lui murmure cette invitation à passer la frontière, celle que l’on ne voit pas, celle que l’on imagine mais dont on a peur, tous, un peu, beaucoup.

Léa-Marie a survécu à bien des choses : elle a perdu un enfant très jeune, elle a vu son mari s’en aller, puis son frère, elle a combattu bon nombre de maladies, elle a lutté contre le Temps et les trous dans sa mémoire. Alors, oui, aujourd’hui, elle peut souffler.

La voix de Francine tremble, mais personne n’est là pour l’entendre. Sa gorge se serre car, au fond d’elle, elle sait que sa grand-mère ne sera plus là demain. Ce soir, elle est là, demain, elle sera ailleurs.

Demain et tous les autres soirs, elle aidera un grand-père, une grand-mère, un homme, une femme sans famille, un frère, une sœur, une tante, un oncle. Car Francine a cette particularité d’être un enfant, un petit-enfant, une sœur, une tante de qui veut. Un jour, elle s’appelle Francine, un autre jour Louise. Elle prend tous les prénoms et tous les noms que les patients lui donnent.

Elle est quelqu’un, elle est personne.

L’ours colère

Je joue avec Tisser les mots, avec sa proposition numéro 65 :-)

L’ours colère

Dans un hôpital pour enfants, une fillette de 5 ans annonce à l’infirmière du matin venue lui prendre sa température que l’ours colère lui a parlé cette nuit. Il lui aurait dit que c’était bientôt la fin. L’infirmière pense tout de suite que l’enfant délire. S’il est vrai que Charlotte fait un peu de température aujourd’hui, les brûlures à son bras gauche et à sa main droite sont moins vives, la peau pique moins et les plaies deviennent moins laides. L’enfant va même pouvoir bientôt rentrer chez elle, si la fièvre n’est pas annonciatrice d’une infection ou d’un vilain virus.

Pour égayer un peu la salle des grands brûlés, des ours polaires ont été peints sur les murs. L’artiste, un infirmier aux multiples talents, a fait des ours souriants, avec de grands yeux malicieux et des visages ronds. Le peintre les a imaginés dans un paysage de glace avec des icebergs et bonhommes de neige. Les ours sont joyeux, ils font du toboggan sur une petite montagne, des galipettes pour les oursons, ils pêchent le phoque dans un trou de banquise, ils se reposent dans un igloo rigolo… Il y en a même un qui a été construit en 3D : quand on serre sa patte et qu’on dit « bonjour », une petite porte au ventre de l’ours s’ouvre et libère une glace à l’eau au parfum fruité.

Les enfants aiment bien ces dessins, ils pensent un peu moins à leur douleur, surtout quand ils mangent la glace et qu’ils jouent à « cherche et trouve » l’intrus : un ours blanc aux pattes brunes et aux yeux de panda a été dissimulé quelque part.

Charlotte a passé la matinée de la veille dans cette salle de jeux, avec d’autres enfants. Elle a donc côtoyé durant deux heures ces grands mammifères blancs et tout cet univers rafraîchissant.

coloriage oursUn infirmier, celui qui passe le soir et qui lui prend ses derniers paramètres de la journée, arrive. Pendant qu’il prend note de tous les chiffres qui montrent que Charlotte guérit lentement mais sûrement, cet infirmier lui raconte une petite histoire pour l’apaiser et la préparer au sommeil. Lucas, cet homme jovial et dynamique, fait ça avec tous les enfants de son service. Il met un peu plus de temps que ses collègues à faire son travail, mais on ne le rouspète pas, car les petits patients passent de meilleures nuits, plus sereines, plus tranquilles, grâce à lui. Lucas est aussi un artiste, c’est lui qui, quotidiennement, avant de commencer son horaire de nuit, rajoute un petit détail aux illustrations qui égaient son service : une étoile supplémentaire dans un coin, une oreille à un ourson qui est dissimulé derrière un glaçon, une tache brune qui entoure un œil, puis un autre, sur l’ours « intrus », une queue de phoque qui apparaît discrètement dans un nouveau trou sur la glace,… Lucas adore son métier et ne compte pas les heures supplémentaires. Ses journées, et ses nuits, sont variées et bien remplies. Les sourires des enfants valent pour lui les plus belles récompenses.

Alors, quand l’infirmière du jour lui passe le mot sur Charlotte et son ours colère qui lui a parlé la nuit en rêve, Lucas décide de changer son histoire du soir en séance de discussion. Peut-être la petite Charlotte ressent-elle de la colère mais qu’elle n’arrive pas à bien l’exprimer.

— Bonsoir Charlotte. Virginie m’a dit que l’ours colère t’a parlé la nuit dernière ? Peux-tu m’en dire un peu plus sur cet ours ? lui demande-t-il en souriant tout en ôtant son pansement pour vérifier l’état de la cicatrice à sa main.

L’enfant a un regard triste. Voilà près de dix jours qu’elle est là, dans cet hôpital, loin de sa maman qui travaille trop et qui ne sait pas rester avec elle, loin de son papa qui a horreur des hôpitaux et qu’elle n’a pas revu depuis son admission dans cette unité, loin de Igor, son labrador, son meilleur ami, son confident. Alors, d’une toute petite voix tremblante, Charlotte ouvre son cœur à Lucas, cet infirmier sympathique qu’elle voit depuis 5 soirs de suite.

— J’ai un chien, il s’appelle Igor. Avant, j’avais aussi un chat, Gribouille, mais un jour, il est parti et n’est plus jamais revenu. J’ai rêvé de Igor. J’aime mon chien, il me manque. Je veux le revoir.

— Oh ! Je comprends. Igor doit être gentil avec toi. C’est un petit ou un grand chien ? De quelle couleur est-il ?

— Il est grand, maman dit qu’il est un peu gros, c’est comme l’arbre à eau.

— Un arbre à eau ? répète Lucas qui croit avoir mal entendu.

— Oui, l’arbre à eau. Il est blanc, mais pas comme la neige, pas comme un ours colère, il est plus jaune. Mais pas jaune comme de l’or, plus clair.

Lucas ne comprend pas de quelle race est ce chien ni d’où vient cet arbre à eau, mais il pense avoir compris d’où vient l’ours colère.

— Un chien blanc-jaune pâle. Je vois. Un grand chien. Un gentil chien. Mais dis-moi princesse, dirais-tu que Igor est aussi grand qu’un ours polaire ?

— Oh non, les ours colères sont beaucoup plus grands, Igor est plus petit. Igor est un chien. Pas un ours.

— Ah oui, tu as tout à fait raison. Et que faisait Igor dans ton rêve ?

— Il était avec les ours blancs. Il devait retrouver le petit ours qui a les pattes brunes. Car sa maman l’attendait à la maison, dans son igloo. Igor et moi on joue souvent à cache-cache. Il est trop fort. Il est le meilleur. Il me trouve tout le temps. Dans mon rêve, il a tout de suite trouvé l’ours aux pattes foncées. Mais la maman de l’ours, la grande ourse colère, n’était pas contente qu’il était parti. Elle lui criait dessus parce qu’il avait sali ses pattes. Elle lui disait qu’il devait faire plus attention, qu’elle n’était pas là tout le temps pour voir les bêtises qu’il faisait.

Charlotte continuait d’expliquer son rêve avec tant de détails que Lucas comprit immédiatement ce que ressentait la petite fille. Charlotte se sentait coupable d’avoir voulu préparer toute seule le thé du petit déjeuner et de s’être brûlée avec la bouilloire ; elle pensait qu’elle était punie et qu’elle méritait que sa maman ne vienne pas la voir à l’hôpital parce qu’elle avait fait une grosse bêtise. Dans son rêve, la maman ours était en colère contre son petit, car il s’était sali les pattes en tombant dans de la boue.

— Tu sais Charlotte, cet ours blanc aux pattes brunes, il existe vraiment. Et ce n’est pas de la boue qu’il a sur lui. Il est différent, c’est tout.

Lucas expliqua à l’enfant que les prizzlys étaient un mélange entre un ours polaire qui est blanc, et un grizzly qui est un ours brun. P comme Polaire et le reste vient du mot « grizzly ». Un nouvel ours, différent, mais qu’on allait apprendre à découvrir et qu’on aimerait comme les autres. L’infirmier lui montra également que ses bras à elle étaient différents, mais que ce n’était pas pour autant que sa maman ne l’aimerait plus.

A cet instant précis la porte de la chambre s’ouvrit et Elizabeth, la maman de Charlotte, entra avec une petite valise en main.

— Voilà mon poussin. J’ai pu me libérer à mon travail, je viens dormir avec toi, et normalement, on pourra même rentrer ensemble demain ou après-demain à la maison. Ça c’est une bonne nouvelle, non ? lui dit-elle en l’embrassant.

Charlotte ne faisait plus de fièvre et elle sécha très vite ses larmes quand sa maman lui montra sur son gsm une vidéo d’Igor qui dormait sur son lit, dans sa chambre, à la maison. Il l’attendait.

— Un labrador, mais oui évidemment, dit Lucas en se frappant gentiment le front

« Labrador, L’arbre-à-eau… logique, non ? Comme ours polaire, ours-colère, comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? » se dit-il en notant dans un petit carnet que le prochain dessin qu’il rajoutera sur un des murs de la salle de jeux sera un arbre dont les feuilles seront des gouttes d’eau.

Sur la page suivante du carnet, Lucas y inscrivit tous les mots qui pouvaient ressembler, phonétiquement à OURS POLAIRE :

ours peau l’air – ours Paul air – bol d’air – colère – plaire – pair – plaie – polar – loir – peau claire,…

A cette allure, Lucas n’avait pas fini d’embellir les murs de l’unité des grands brûlés :-)

Les colis ne sont jamais en grève

Le titre n’est pas tout à fait juste mais il en fallait bien un et c’est à la fin de l’écriture de mon texte que j’ai imaginé ce titre  :-)

Je joue donc avec Tisser les mots pour la proposition 61.

Les colis ne sont jamais en grève

En partant au boulot, juste avant de fermer la porte derrière moi, au petit matin, je me retrouve nez à nez avec le facteur. Celui-ci me salue, me sourit, puis me lance une tirade automatique.

— Madame Rantanplan, un colis pour vous, veuillez signer ici, dit-il en me donnant une petite machine et son bic gris en plastique tout fin qui a été touché par de nombreuses mains.

Au travail, j’ai l’habitude de signer pour mes collègues, un collègue surtout qui reçoit au moins trois fois par semaine des colis commandés aux 4 coins de la terre.

Ici, je suppose que c’est pour mon mari. Il fait ça régulièrement aussi, mais moins souvent quand même que mon collègue. J’ai l’habitude de réceptionner des paquets, aussi, je n’ai même pas été surprise quand le facteur a prononcé mon nom de jeune fille plutôt que celui d’épouse. Il nous connaît le facteur, depuis le temps qu’on habite là, toujours le même à se coltiner les livraisons de paquets, des petits, des grands, des légers, des lourds, des encombrants, des puants, des dégoulinants… Et alors que j’allais déposer le petit paquet sur le haut de l’armoire à chaussures, je lis mon nom, oui le mien, c’est vraiment pour moi ?! De taille modeste, il est quand même plus épais que les 3 centimètres réglementaires recommandés pour les envois sous enveloppe, d’où l’obligation de payer 3 fois plus cher pour ce colis riquiqui qui ne passe pas dans la boîte aux lettres. Aussi long et large que ma main, il est emballé soigneusement, sans aucun mauvais pli. L’étiquette, imprimée à l’ordinateur, prend toute la place d’une face. Le poids n’est pas bien lourd, aussi, je m’empresse de le prendre avec moi pour l’ouvrir dans le train. Dans mon sac à dos, il y a encore tout juste la place pour cette petite boîte. À croire que je l’attendais précisément ce jour… moi qui ne commande jamais rien et qui ne prend mon sac à dos qu’une fois par semaine.

Dans le bus qui me conduit à la gare, je ne peux m’empêcher de ressortir le paquet pour essayer de deviner son expéditeur. Bien sûr, il n’y a rien de noté… trop facile. Je me demande quand même si l’ouvrir dans le train est une bonne idée. À cette heure de pointe, tous les wagons sont pleins. J’ignore tout de cette « surprise »… je cache difficilement mes émotions… en ouvrant le carton, je pourrais être étonnée, apeurée, choquée, voir me mettre à pleurer ! Et tout ça devant de parfaits inconnus. Je pourrais aussi en rire, non ? Pourquoi pas ? Non, j’attendrai d’être dans mon bureau, seule avec moi-même. Même si cela me fera sourire, je préfère ne pas risquer donner un spectacle gratuit et désolant du grand matin, même si la plupart des navetteurs poursuivent leur nuit, assoupis, assis, tranquilles.

Voilà que j’arrive à la gare… Tiens, il y a un monde inhabituel à l’entrée… des drapeaux, des hommes en uniformes, d’autres avec des vestes de couleurs. Oh ! Une grève surprise, comme j’aime ça !! Après avoir compté le nombre de fois où je suis arrivée en retard à mon boulot à cause d’un problème technique d’un bus, ou d’un train, ou suite à une grève annoncée ou pas (en tout, 8 fois sur 18 jours de taff ce mois-ci qui n’est pas encore terminé), je soupire pour la forme puis je me pose d’autres questions : qu’est-ce que je fais ? Je l’ouvre ou pas ce colis ? Ici, maintenant ? Au café de la gare, à l’arrêt de bus, dans le bus ou chez moi ? Pfff, je suis las de toutes ces questions.

Je décide de l’ouvrir un peu plus loin, sur un chemin (long, très long) qui me ramène à la maison, et qui passe dans un bois où il n’y a ni bruit, ni bus, ni pollution, bref, le calme plat. Je me demande comment je dois l’ouvrir, délicatement, avec ou sans petit canif ? Des questions, encore et toujours des questions… Ce n’est qu’au moment où je colle mon oreille sur la boîte que je fais bouger de gauche à droite que je réalise que le contenu est hyper bien calfeutré car rien ne bouge à l’intérieur. Sous le couvert des arbres, il fait plus sombre, plus frais aussi. C’est à cet instant que je discerne de minuscules trous sur le pourtour de la boîte. Des trous aussi grands qu’une aiguille à coudre peut faire. Des trous aussi nombreux qu’une nuit étoilée, libre de tout nuage. Il y en a des dizaines, non des centaines… des trous luminescents qui étaient invisibles avant. Qui dit trou, dit bestiole. C’est logique. C’est cohérent. C’est rationnel. Ou peut-être est-ce une plante ou toute autre chose organique nécessiteuse d’oxygène pour vivre. Bref, c’est la vie, c’est fragile. Fragile ! Pourquoi cette mention n’était-elle pas notifiée sur la boîte ?

Que de mystères, que de questions…

J’ouvre donc avec application, assise sur la souche d’un arbre, le colis sur mes genoux. Je prends autant de précaution que si c’était un nouveau-né que je tenais dans mes mains. Une attention tout à fait opposée au début de son transport… Dans quel état vais-je trouver la chose ?

J’hésite quand même à prendre mon canif, les petits ciseaux, pour ouvrir un côté de la boîte. Arracher le collant provoquerait beaucoup de gestes brusques et surtout beaucoup de bruit. Que faire ?

— Toc, toc ! Y a quelqu’un ? Je chuchote, je préviens, j’interroge… Il n’y a quand même personne autour de moi…

En penchant légèrement la boîte pour inciter – vainement sans doute – la chose à aller d’un côté, je me décide à continuer avec les petits ciseaux aux bouts légèrement arrondis pour couper le collant sur toute une longueur, et je remercie intérieurement mon patron pour ce cadeau d’anniversaire que j’utilise régulièrement. Un tout petit couteau suisse, à multiple usages, qui remplit à merveille son rôle en ce moment.

J’y vais tout doucement, en parlant dans un souffle à la bête que je suppose être une souris, un rat, ou un rongeur de la sorte. Si ça se trouve, c’est une plante, ou une fleur. Ma maman m’a toujours dit qu’il fallait parler aux plantes…

Tchic, tchac, deux petits coups soignés de ciseaux sur les bords latéraux me permettent de soulever légèrement le dessus de la boîte, enfin, ce que je suppose être le dessus car il y a l’étiquette.

L’étiquette !! J’ouvre un colis qui a été envoyé à mon nom, alors que je n’ai rien commandé… Je ne sais même pas de qui ça vient ! Si ça se trouve, peut-être bien que c’est un piège, un poison, une plante carnivore, un rat enragé !

Pfiiiooouuuu !

Comment ça « pfiiiooouuu » ? C’est tout ? Ça m’a fillé entre les doigts, devant mes yeux, si vite, que je n’ai rien vu, rien senti, juste entendu un « pfffiiioooouuu » ? A dire vrai, j’ai vu quelque chose. Un éclair. Une flèche. Une couleur : bleu turquoise. Ou ne dit-on pas plutôt vert turquoise ? Je ne sais plus à la fin ! Rapide, fin, poilu, mais pas trop, car il, elle, enfin la chose ne m’a pas touchée ! Ultra fin pour être passée par cette minuscule ouverture, ce côté de boîte même pas ouverte entièrement. 1 cm. 1,5 cm à tout casser ! Bon sang, mais qu’est-ce que c’était ?

Oh ! Mais ça par exemple ! Des traces, des empreintes bleues, vertes, indigo… enfin, empreintes, j’exagère, ce sont des taches, des points. Des points aussi grands qu’une aiguille à coudre peut laisser comme marque.

……………
……………………………
……………………………………………………

Les disparus de la 58 explications

D’abord, un lien pour chaque texte afin que chaque auteur de « départ » puisse retrouver la suite que j’ai imaginée pour leur personnage.

Dominique   –   Dorothea   –   Josée   –   Lilyne   –   Lyn   –   Martine   –   Michel   –   Odile   –   Paul Eric   et   Ginette

Une petite explication supplémentaire à propos de ces textes, de ces 10 textes, que vous avez lus.

J’ai démarré l’écriture très vite, parfois l’histoire venait rapidement, parfois non. C’est quand j’ai commencé à être bloquée que j’ai eu l’idée de prendre des contraintes (du livre d’Eva Kavian) pour m’aider à terminer le défi que je m’étais imposée ;-)

Donc pour les premiers textes qui étaient déjà écrits, je suis revenue un peu en arrière, et je les ai retravaillé légèrement afin de coller à la contrainte. Mais, comme l’a si justement bien expliqué Stéphane Van Hoecke lors de l’atelier d’écriture, les contraintes existent pour nous aider à démarrer, à approfondir notre texte, notre histoire, elles ne doivent en aucun cas être un frein à l’imaginaire. Donc, on peut, parfois, s’écarter légèrement de la contrainte, c’est ce qu’il m’est arrivé 2 fois je pense, pour 2 textes différents.

Comme je ne suis pas quelqu’un qui écrit de longues histoires, bah, oui, j’avoue qu’à la fin, pour le dernier texte (désolée Ginette), j’en avais un peu marre. J’ai voulu faire court en racontant que tout cela n’était qu’un rêve, mais en lisant le tome 2 du livre d’Eva Kavian (oui encore et toujours elle, hihi), j’apprends que clôturer un suspense par l’explication d’un rêve, c’est d’un banal horrible sans parler que l’effet tombe à plat, bref, c’est nul.

Donc, je ne l’ai pas fait… et j’ai essayé d’écrire vite fait 3 minis versions pour ce personnage. Pourtant, ce jeu, cette contrainte d’écrire plusieurs versions d’un même événement, vu par différents protagonistes est super intéressant… je le referai donc une prochaine fois avec un autre texte :-)

Enfin, je remercie Nicole, de Tisser les mots et tous les auteurs des 10 textes pour leurs imaginaires et leurs histoires…

Les disparus de la 58 – 10

Texte de Ginette sur la proposition 58 de Tisser les mots.

Contrainte du livre d’Eva Kavian (écrire et faire écrire, tome 1)

Contrainte page 85 : crime ou délit au sens large. Texte en 3 morceaux : 3 narrateurs différents (coupable, victime et témoin)

Nada est stressée. Elle a peur. Elle ne maîtrise rien de ce qu’il se passe ici. Elle, tout ce qu’elle voulait, c’était partir. Fuir sa vie passée, ses autres vies. Femme de ménage que ce soit dans un hôpital, chez un privé ou ailleurs, c’est le même job, et elle en a marre. Mais rien ne va comme elle veut, d’abord ce train, puis ces gens, cette ville, cette fille pour un taxi… puis, elle comprend, elle doit certainement être dans un mauvais rêve… Elle veut se pincer la joue, comme dans les films, pour voir si elle va se réveiller. Mais rien ne se passe, aucun réveil, mais une douleur, c’est qu’elle n’a pas été de main morte.

Quand elle se retourne pour répondre à la question, elle sent que sur son dos, dans son sac, ça bouge. Que vient faire cette stupide boule de poils dans son sac ? On dirait un hamster, un hamster nain, et dans sa gueule, il tient un morceau de viande indéfinissable…

*

Le désir d’une nouvelle vie débute assez mal, je l’avoue. Prendre un petit morceau de souvenir partout où j’ai bossé, n’était pas une bonne idée. Ce sac m’encombre plus que tout autre chose. De plus, je ne sais pas où je suis, tout à l’air bizarre ici, le train, les gens, la ville. J’ai l’impression que je suis dans un foutu cauchemar où à chaque micro réveil, je me rendors aussitôt, sans avoir la capacité de me réveiller complètement, puis, malgré moi, je poursuis ce mauvais rêve.

Voilà qu’on m’apostrophe ! Manquait plus que ça. Mon sac, mon sac, pourquoi elle veut voir mon sac celle-là ? La bestiole est toujours vivante, j’aurais dû la tuer quand j’en avais l’occasion, car carnivore comme elle est, elle va finir par me dévorer tous mes souvenirs. Tiens, et si je lançais ce hamster à l’estomac surdimensionné à son visage ? Je ferais d’une pierre, 3 coups : je me débarrasserais de ce stupide animal quitte à perdre un souvenir, mon sac serait plus léger et on me foutrait peut-être la paix après ça. Bonne idée Nada. Tu vois que quand tu veux, tu peux réfléchir. T’es pas stupide au fond !

*

Cette bonne femme est tarée ! Ce n’est pas la prison qu’elle mérite, c’est l’asile psychiatrique, la camisole de force ! Jean-Philippe en est certain, il n’est sûrement pas le seul à s’être fait avoir de la sorte par cette femme complètement frappadingue ! Lorsqu’elle l’avait menacé avec sa fourchette, bien qu’elle ai manqué de peu son œil, il avait eu un bout d’oreille en moins ! Il s’était enfuit en courant, se retournant une dernière fois pour la voir ramasser et le lobe de son oreille et la fourchette. Elle avait mis ces deux objets dans un mouchoir en papier et puis elle avait sourit !

Aujourd’hui, sur cette île, même s’il ne peut toujours pas déterminer avec précision à quelle latitude et longitude il se trouve, quand il la voit au loin ouvrir son sac à dos et parler avec l’homme invisible, il se dit que la folie est contagieuse et qu’il doit être lui aussi chez les fous pour la rencontrer ici, elle aussi !