Créer un roman de A à Z : entre passion, patience et persévérance

Mon futur roman jeunesse : Une aventure née d’un atelier d’écriture

L’écriture est une aventure, et ce roman jeunesse en est la parfaite illustration ! Tout a commencé en avril 2016, lors d’un atelier d’écriture dont le thème était : Le village sans (100 ?) histoires. Un atelier imaginé et créé par Stéphane Van Hoecke (grosse pensée pour lui en ce moment, il saura pourquoi). Un concept intriguant qui m’a immédiatement inspirée. La première étape consistait à choisir un nom de village au hasard sur une carte, puis à le décrire en y intégrant un élément étrange et mystérieux. C’est ainsi que sont nés la fontaine orange et le puits interdit, éléments centraux de mon histoire.

Un peu plus tard dans l’atelier, une nouvelle contrainte est venue enrichir mon récit : piocher une photo d’un inconnu dans une revue et en faire un personnage. J’ai décrit cet homme, imaginé son passé… et il est devenu Sean, l’épicier au passé trouble. Ce personnage a pris une telle importance dans l’histoire qu’il est rapidement devenu l’un des piliers du roman.

Un long chemin vers la publication

Si l’atelier d’écriture a été une véritable étincelle créative, transformer ce passage en un roman complet a été un long chemin. J’ai mis énormément de temps à développer l’histoire, à peaufiner l’intrigue, à créer du suspense et des tensions entre les personnages. Puis est venue l’étape des corrections, de la relecture, et enfin de la mise en page… une tâche titanesque, surtout en autoédition !

L’autoédition : un défi passionnant

Le défi, maintenant, est de ne pas oublier toutes ces règles pour le prochain livre… mais c’est une autre histoire !

Une aventure inspirée de la réalité

Comme pour toutes mes histoires, je puise mon inspiration dans la réalité : des scènes auxquelles j’ai assisté, des anecdotes entendues, mais aussi et surtout mes enfants, qui m’inspirent énormément. J’aime mélanger ces éléments du quotidien avec une touche de fantastique, insufflant une atmosphère unique à mes récits. Et bien sûr, les animaux – en particulier les oiseaux – ont toujours une place spéciale dans mes histoires.

J’ai adoré travailler sur ce roman, imaginer ses scènes, son ambiance, ses personnages. Bientôt, il sera entre vos mains, et j’espère qu’il vous fera voyager autant qu’il m’a transportée pendant toutes ces années d’écriture.

L’aventure ne fait que commencer !


Le puits interdit était déjà là, de même que la fontaine orange

Avril 2016, l’atelier d’écriture. Avril 2025 l’impression du livre.
9. Comme 9 mois pour une gestation. 9 comme 9 ans de maturation.
Le chiffre 9 est important pour moi. J’en parle même dans ce livre ;-)

Elle avait des cris d’oiseaux dans les yeux : proposition d’écriture

Bien sûr, je ne pouvais pas ne pas partager ce texte écrit toujours à l’occasion de l’atelier d’écriture de Stéphane Van Hoecke.

Vous remarquerez que j’ai beaucoup écrit sur les problèmes des sens, les handicaps d’absence de vue, d’ouïe ou de voix… c’est que mon extinction de voix de 30 jours a laissé des séquelles psychologiques !

Proposition N°9 : Écrire une histoire avec ce début : Elle avait des cris d’oiseaux dans les yeux

Elle avait des cris d’oiseaux dans les yeux. Emma ne parle pas. Elle est cris et chants d’oiseaux. Emma n’entend pas, elle est silence profond. Emma a quinze ans. Vive comme un moineau. Curieuse comme un rougegorge. Souple comme une mésange et… bavarde comme une pie. L’ado sait lire sur les lèvres des hommes et sur les becs des oiseaux comme personne. Dans ses yeux, une lueur. Une intelligence. Une brillance. La vie ! Une vie éclatante. Bruyante. Détonante.

Étonnante Emma.

Surprenante Emma.

Emma ne fait pas le perroquet, elle ne répète pas, puisqu’elle n’entend pas. Mais, d’une manière inexpliquée, elle pousse des cris, elle chuchote des bruits, elle chante des airs. Emma est un oiseau, dans sa tête. Oui, Emma dans sa prison de son, se trouve libre comme un oiseau quand elle répond en cris, en chants et en pépiements. Libre comme l’air. Libre dans sa tête.

Quand on croise son regard, on y voit les cris des oiseaux ; cri guttural et désagréable de la corneille quand elle croit qu’on l’oublie, pour se rappeler aux autres ; nasillement du canard qui cancane quand elle est de bonne humeur et qu’elle rigole ; un « si si si lu lu lu » de la mésange bien connu quand elle veut partager sa joie ; une sorte de martellement du pivert quand elle est fâchée ou qu’elle est colère. Et bien d’autres encore. Des sons et des bruits, des chants et des cris tantôt pleins de trilles et de mélodies, tantôt rauques, secs ou désagréables.

Tout un répertoire qu’elle a, notre Emma. Tout un répertoire vocal divers et varié. Sa façon de communiquer. Son identité. Sa spécificité. Unique. Magnifique.

Atelier d’écriture créative : inventer un nouveau métier

Toujours lors de mon atelier d’écriture de décembre, au château du Sartay avec Stéphane Van Hoecke, j’ai aimé écrire sur ce nouveau métier.

Il fallait, à partir d’un métier associé à deux métiers existants, écrire une offre d’emploi et une recherche d’emploi.

Mon métier : Professeur pour fleurs sauvages

Annonce d’emploi : je cherche

Grand jardin de château cherche professeur particulier pour l’éducation des fleurs sauvages (semer, propager, protéger, nourrir, soigner). Connaissance en botanique exigée. Diplôme en expérimentation florale sauvage demandée. Formation en chuchoteur de pollen appréciée. (possibilité de suivre cette formation sur place).

Contrat à temps partiel, en toutes saisons, du lever au coucher du soleil, trois jours par semaine.

Petit plus : si vous connaissez et pratiquez la langue des insectes.

Vous vous reconnaissez dans ce profil ? Envoyez votre candidature sous pétale fermé à l’adresse du château ci-dessous

Annonce d’emploi : j’offre

Professeur pour fleurs sauvages, né dans un parterre de coquelicots, je vous propose mes services de spécialiste.

Fraîchement diplômé il y a trois hivers, je partage mes connaissances florales et mon savoir-faire avec grand plaisir. Je butine aisément, parle six langues entomologistes couramment. Je vis et virevolte avec la lumière du soleil.

Ayant fait ma thèse sur les butineuses sauvages à six pattes en Asie, les fleurs étrangères ne me font pas peur, je sais quand et comment les remettre dans leur droit chemin, les inviter à aller voir ailleurs.

Doctorat en cours de finalisation : chuchoteur-fumeur pour enfumer les frelons asiatiques.

Master complémentaire : Savoir remettre les points sur les i chez les coccinelles qui ne sont pas endémiques.


PS : l’image et le livre en couverture de l’article, n’ont rien à voir avec mon texte, c’est juste qu’à la lecture de ce métier, j’ai aussitôt repensé à ce livre que j’ai lu il y a pourtant plus d’un an !

Les fables de La Fontaine revisitées au château du Sartay (Liège)

Le week-end des 10 et 11 décembre, j’ai eu le plaisir de jouer avec les mots lors de l’atelier d’écriture de Stéphane Van Hoecke, au château du Sartay, à Embourg, Liège.

La coïncidence a voulu que mes textes préférés soient liés aux fables de Jean de La Fontaine.

Il fallait apporter deux objets de notre choix. J’avais apporté deux petites figurines en plastique représentant un renard habillé d’une salopette et d’un gilet et d’un corbeau avec un chapeau de paille et aux pattes et bec bleus. Surprise : il fallait intégrer l’un de ces objets à un texte dont la proposition d’écriture m’a bien surprise. Et lui donner un titre.

Proposition N°4 : J’ai tué mon voisin. L’objet apporté doit se retrouver dans l’histoire. Expliquer le comment et pourquoi de ce meurtre.                      

Je n’ai rien vu venir

  • Maître Corbeau qui pêchait sur un arbre, …
  • Non ! Non ! Et non ! « Maître Corbeau sur un arbre perché tenait en son bec un fromage »
  • Oh ! ça va hein ! te fâche pas. Je recommence : « Maître Fromage sur un arbre perché tenait dans son bec un corbeau » Ha ! Ha ! Ha !
  • Dis, tu te fou de moi, là ? Sérieux ! Recommence et dans le bon ordre.
  • Pffff ! « Maître Corbeille sur un arbre perché, tenait dans son bec des groseilles. »
  • Vas-y, marre-toi ! Et tu sais quoi ? Puisque tu le prends ainsi, débrouille-toi tout seul ! Moi, je jette l’éponge. J’abandonne. Tu m’énerve !

Lui, c’est Joris, mon petit voisin de douze ans. Voisin dans la rue et voisin dans la classe. Oui, je sais, j’ai pas de bol ! C’est un Je-m’en-foutiste pas permis ! Doublé d’un égoïsme. Si le bonnet d’âne existait encore, il l’aurait en permanence sur sa tête. Je suis trop méchante… avec les ânes, je suis sûre qu’ils sont plus intelligents que ce bêta.

Je ne sais pas ce qui me retient de lui faire bouffer cette fable qu’on est censés connaître par cœur pour demain.

  • Attends Zoé ! Ne pars pas steuplait ! Me supplie-t-il en me retenant maladroitement par la manche. Promis, j’suis sérieux cette fois.
  • C’est la dernière fois que je t’écoute, si t’arrives pas à aligner la première partie sans faire le crétin, je la dirai toute seule cette fable et c’est moi qui aurai tous les points !

Joris ne dit plus rien, mais je suis sûre qu’il doit se moquer de moi. L’avantage, quand on est aveugle, c’est qu’on ne voit pas les grimaces, les insultes et les menaces faites avec les mains. Le gros inconvénient dans notre cas, c’est que parfois on ne sait pas éviter les coups, volontaires ou non.

Le silence est pire. On peut s’imaginer des tas de choses. En pire ou en mieux.

Après quelques secondes de silence mortel, où je me vois alternativement lui tordre le cou à ce voisin pas malin, et le pousser du balcon, Joris revient avec un paquet de chips. Je déteste les sachets de chips. Ce bruit est infernal pour mes oreilles sensibles. Pire que des acouphènes. Son désagréable, bruit irritant. Ça m’agace. Ça m’énerve.

« Je vais le tuer ! Je vais le tuer ! »

  • Maître Corbeau skrountch skrountch sur un arbre perché skrountch skrountch skrountch tenait dans un son bec skrountch skrountch un fromage. skrountch skrountch skrountch skrountch skrountch skrountch Maître Renard skrountch skrountch par l’odeur alléchée skrountch skrountch lui tint à peu près ce skrountch skrountch skrountch skrountch…

“Bordel de merde ! Pardon maman pour le gros mot, faites qu’il s’étouffe avec ses foutus chips. Ou je ne sais pas moi, qu’il avale de travers. Qu’il s’étouffe. Qu’il avale de travers. J’en sais rien moi, mais faites quelque chose pour qu’il se taise à jamais ! »

Je prie en silence, tout en tordant un coussin entre mes mains. Ah non ! Ce n’est pas un coussin. Trop mou. Le ballon du chien ? Son cartable ? Je devrais écouter maman. Je devrais toujours avoir une balle anti-stress avec moi. Pour malaxer. Pour me déstresser. Pour me calmer. Pour passer mes nerfs quelque part. Bon sang, c’est quoi ce truc que j’écrase depuis des plombes ?

  • Joris, c’est quoi ce truc que m’as donné pour m’apaiser ? Joris ! J’te cause. Joris ? Et mec, tu pourrais au moins répondre. Joris ! Réponds !

« Bordel de merde, pardon maman pour le gros mot, l’enfoiré, il s’est barré ! »

Zoé ne le voit pas, normal pour une non-voyante, mais elle vient de tuer son voisin de ses propres mains !

L’avantage quand on a ce handicap, c’est qu’on ne sera pas, enfin Zoé ne sera pas hantée par cette image horrible d’yeux exorbités, de bouche ouverte avec sa langue bleue qui dépasse et de bave qui a coulé sur le cou. Elle ne fera pas des cauchemars sur cette vision de meurtre à l’insu de son plein gré. Mais l’inconvénient dans ce cas-là, dans son cas, c’est qu’elle risque bien de ne plus jamais osé manger de chips.


Proposition N°6 : décrivez le rituel du petit-déjeuner de, au choix :

Fumée de fruits
Odeur d’orange
Ustensiles uminscules (synonyme de minuscule)
Repas de reine
Montagne de miel
Ivresse intérieure

C’est petit. C’est rapide. Vite avalé.
Sans fioriture, tout est dans la nature.
Fraîcheur, diversité, tout est consommé. Rien n’est laissé. Rien n’est jeté.
Partagé, apporté ou volé, tout est bon à manger.
Sur place ou à emporter, aucune ne va râler.
Dégusté, avalé, absorbé, le petit-déjeuner se prend en équipe, dès que le soleil s’est levé.
Aucune cuisson. Aucune transformation. Les aliments ne subissent aucun changement.
Stock possible. Réserve souhaitée. Approvisionnement exigé. Travail particulier, bien déterminé.
Chacune à sa tâche. Du travail pour tous les âges.
Il faut mériter sa pitance à tout moment. Contribuer au ravitaillement à tout bout de champ.
Pas bien difficile de faire la file. Tout le monde sera servi, là-bas, ailleurs ou ici.
Quand tout a été vidé, le dépôt peut être alors visité. Uniquement par mauvais temps, intempérie et grand vent.
Rien à se mettre sous les mandibules ? Inventer des bidules, des brols, qu’importe, il n’y a pas de ridicule.

Le petit-déjeuner est le moment le plus important de la journée : énergie, dynamisme, intelligence et force sont partagées tout au long des heures écoulées.


Proposition N°7 : écrire la lettre d’amour d’une tortue à un lapin (mon choix) + 3 mots imposés :

Rouge – Cresson – Tambour

Mon cher petit Lapin au Cresson,

Si tu savais comme mon cœur tambourine encore et toujours au rythme de ta course folle contre moi.
Quand je pense à toi, mon cœur fait : Boum ! Boum !
Boum ! Boum !

Mon cher petit Lapin au Cresson,

Si tu savais comme je rougie encore et toujours à la pensée de ton amour pour moi.
Quand je pense à toi, mon bec fait : Smack ! Smack !
Smack ! Smack !

Mon cher petit Lapin au Cresson,

Si tu savais comme mon sang bouille, comme mes pattes tremblent encore et toujours quand tu joues à saute-mouton avec moi.
Quand je pense à toi, quand je pense à tes grandes oreilles au vent, à tes bonds étonnants, mon amour pour toi galope comme un lièvre qui file dans un champ : Je t’aime ! Je t’aime !
Je t’aime ! Je t’aime !

Signé : Ta tendre Tortue Tourbillonnante

Le Renard et le Loup

Voici un conte original que j’ai écrit en 2019, à l’occasion d’une formation aux contes par Stéphane Van Hoecke, au Château du Sartay, à Liège.

Je pensais qu’il était déjà en lecture sur mon blog, mais je viens de me rendre compte que ce n’est pas le cas… j’y remédie donc.

Pour la petite histoire, ce conte a été écrit directement au château, dans l’une des chambres du dortoir à l’étage, par une nuit d’automne brumeuse. Pour la trame, je me suis inspirée du conte « Tigre derrière, Renard devant » provenant du recueil 13 contes de Chine, de Moss Roberts.

J’ai changé le tigre par un loup, car chez nous, en Belgique, un couple de loups venait de faire son grand retour et que ceux-ci faisaient la une des actualités de mon petit pays.

Tous les ingrédients sont là pour un chouette moment conté, partagé, aimé :-)

Vous pouvez le télécharger et le lire ici dessous


Pour lire d’autres histoires, c’est

–> ici

Rétrospective 2021, partie 6

En 2021, j’ai lu une bonne quarantaine de livres, romans jeunesse, romans « pour les grands », contes et légendes. Je n’ai pas compté les albums illustrés, les BD et les mangas dans le tas, même si je les considère tout autant comme de la lecture. Je pense que j’ai dû lire moitié moins de ces derniers par rapport aux livres sans images.

Mais ils sont tout autant importants pour moi. D’ailleurs, pour changer la donne, je vais commencer cet article par vous présenter deux albums illustrés que j’ai reçus pour Noël.

Pourquoi le tigre ne grimpe pas aux arbres, est un livre très grand format, cartonné, illustré par He Zhihong et conté par Catherine Zarcate. Cet album est édité chez Seuil jeunesse et est accessible aux enfants dès 5 ans. C’est un livre-objet qui peut s’utiliser avec les plus petits pour être raconté devant un public. La taille des images est telle que le groupe peut regarder et admirer à loisir l’histoire pendant qu’elle est racontée.

Ce conte, je l’ai découvert à la bibliothèque de mon quartier à l’occasion d’une formation au conte par Chantal Devillez, en 2018 ! Je me le suis approprié, je l’ai aimé, je l’ai dégusté, mis en bouche. Je l’ai lu, relu, rerelu. Je l’ai adapté à « ma sauce » pour le conter à ma manière. *

Plus tard, début 2021, j’ai trouvé ce livre (le même que celui emprunté à la bibliothèque) en commande dans l’une des librairies du centre de Liège.

Fin 2021, je reçois ce superbe ouvrage et cet objet hors format qui ne rentre pas dans ma bibliothèque, je l’adore ! Un conte d’étiologie, un conte avec des animaux, un conte peint et mis en vie d’une très belle manière.


Les oiseaux conteurs, un autre album illustré hors format qui ne rentre pas droit dans ma bibliothèque (rires). Des contes d’oiseaux écrits par Rolande Causse, Nane Vézinet et Jean-Luc Vézinet, sont illustrés par Laurent Corvaisier et édités chez Circonflexe.

Voici un « petit » recueil de douze contes rien que sur le thème des oiseaux : chouette alors !! Douze contes de douze pays différents ! Certains sont connus, d’autres pas encore. Des contes d’étiologie, des contes illustrés, des contes qui m’ont émerveillée. Des contes traditionnels du monde entier.


Côté lectures de romans, je souhaite vous parler aujourd’hui d’Aurélie Valogne. Certaines et certains d’entre vous ont sûrement lu un, deux, trois ou davantage encore de ses livres. J’en ai lu quatre je pense d’elle. Son dernier que j’ai lu a été « Né sous une bonne étoile ».

Les personnages sont toujours attachants, bien complets, remplis d’émotions et de secrets. Ce que j’ai particulièrement aimé ici, c’est la relation difficile entre le petit frère et sa sœur. On pourrait presque croire qu’Aurélie Valogne s’est inspirée de mes enfants (sourire) ! Gustave, le petit héros de cette histoire, je l’ai vu, je l’ai suivi, encouragé. J’ai aimé le voir grandir et affronter toutes les terribles épreuves de sa vie. J’ai apprécié l’heureuse fin, le happy end entre lui et sa sœur, cela me donne un espoir pour mes enfants (rires).

Dans ses livres, l’autrice dépeint tellement bien les scènes de la vie, la vie, les gens, les injustices, les jalousies, les relations humaines, les difficultés, mais aussi l’entraide, l’amitié et l’amour.

Né sous une bonne étoile, je vais le relire. Je vais sûrement encore pleurer à certains passages.

« À l’école, il y a les bons élèves … et il y a Gustave.

Depuis son radiateur au fond de la classe, ce jeune rêveur observe les oiseaux dans la cour, ou scrute les aiguilles de la pendule qui prennent un malin plaisir à ralentir. Le garçon aimerait rapporter des bonnes notes à sa mère, malheureusement ce sont surtout les convocations du directeur qu’il collectionne.

Pourtant, Gustave est travailleur. Il passe plus de temps sur ses devoirs que la plupart de ses camarades, mais contrairement à eux ou à Joséphine, sa grande sœur pimbêche et première de classe, les leçons ne rentrent pas.

Pire, certains professeurs commencent à le prendre en grippe. À force d’entendre qu’il est un cancre, Gustave finit par s’en convaincre, sans imaginer qu’une rencontre peut changer le cours des choses.

Parfois, il suffit d’un rien pour qu’une vie bascule du bon côté…​ »

Si vous voulez lire un extrait, clic ici sur le site de l’autrice.


Un autre roman que j’ai apprécié lire : Kaimyo, le nom des morts, d’Edouard Puart, paru chez Gulf Stream Editeur. Tome 1 : Les papillons de Kobé.

Voilà un tout autre registre que j’ai lu. Une découverte, une pépite. Je crois qu’il n’y a pas de demi-mesure pour ce livre, on aime ou on n’aime pas du tout. Moi j’ai aimé tout à fait 😊

On rentre un peu dans le fantastique avec le personnage de l’adolescente, Nouria, qui prétend savoir communiquer avec les défunts. Si l’histoire prend sa source au Japon, et si le héros est un Japonais, tout se déroule en France, à Paris. Le contraste entre ces deux cultures se fait au travers les réactions et les comportements des deux personnages principaux. Ils sont tellement différents, par leur sexe, par leur pays d’origine, par leur âge, que le lien qui les unit est fort. Et c’est ce lien qui est décortiqué dans ce premier tome.

« Un enquêteur japonais hanté par son histoire + une jeune fille qui entend les morts = un duo improbable sur les traces d’un passé qui se dérobe
Selon une croyance japonaise, les âmes des défunts sans kaimyō errent parmi les vivants. Ce nom honorifique, Reiko n’a jamais pu l’offrir à ses parents, parce que les circonstances de leur disparition, il y a cinquante ans, n’ont jamais été élucidées. À défaut d’avoir pu leur donner un kaimyō, il a consacré sa vie à en donner aux personnes dont la mort est nimbée de mystère. Lorsqu’il débarque à Paris pour exercer son curieux métier, il rencontre Nouria, une adolescente qui prétend communiquer avec les esprits. Alors qu’il enquête sur le décès d’une vieille Japonaise, la jeune fille devine que cette affaire est liée à ce qui est arrivé aux parents de Rieko. Les chemins de celui qui fait parler les morts avec celle qui prétend les entendre se sont-ils vraiment croisés par hasard ? »

J’aime le Japon pour toutes sortes de raisons. Je n’y suis jamais allée, mais peut-être qu’un jour, ce rêve se réalisera. En attendant, je voyage à ma manière, en récoltant des informations sur ce pays du soleil levant.

Grâce aux carnets de Marujito Books (clic pour découvrir un précédent article qui parle de cet artiste installé à Bruxelles), je voyage déjà avec ce carnet consacré entièrement au Japon.

Le carnet, est entièrement relié à la main, de même que la tranche et les couvertures, tout est fait main (sauf le papier). Un papier épais, agréable au toucher comme à l’écrit. Un très bel objet pour lequel j’ai mis du temps à le toucher. J’ai plusieurs carnets à la maison. L’un d’entre eux est encore vierge, comme neuf. Trois autres sont à peine commencés. Je sais ce que j’ai envie de faire, de remplir, mais le temps me manque pour le moment. Retrouvez Marujito Books sur FB.

Un autre carnet est consacré au cheminement personnel des contes. Car j’aime les contes. Je ne pourrais faire que ça : écrire, adapter, lire, écouter des contes. J’aime écouter et regarder des conteurs en vrai, en « face à face ». J’adore participer à des formations aux contes. Mais je suis encore et toujours trop réservée pour oser conter de manière régulière, devant un public inconnu. C’est le trac. C’est ma zone d’inconfort qui est exposée aux regards et aux oreilles de gens que je ne connais pas…

Alors, en attendant, je chemine à ma façon… en remplissant ce magnifique carnet.


Pour rester dans les contes, cette année 2021, j’ai osé prendre contact avec la Maison du Conte et de la Parole de Liège-Verviers. En avril 2021, c’est par suite des confinements et aux mesures sanitaires qui ont cloué le bec à la culture que des conteurs de ma région ont pris l’initiative de conter aux balcons, comme autrefois. J’ai trouvé l’initiative extraordinaire ! Et ils sont venus chez nous, dans notre rue et dans notre quartier pour nous émerveiller et nous faire rêver.

En 2021, j’ai aussi assisté à une veillée contée par Internet et je suis allée les écouter dans un bois, au grand air, un soir de septembre.

En 2021, j’ai revu des amies conteuses et cela m’a fait grand plaisir !

En 2021, j’ai fait (plus ample) connaissance avec certains membres de la Maison du Conte et de la Parole et cela n’est que du bonheur. Ils éditent un petit journal et, de temps en temps, je leur écrit, comme ici, sur ma définition du « conte » et du « conteur ».

En 2021, j’ai aussi suivi deux week-ends de formation à l’art du conte par Stéphane Van Hoecke. Les contes ont un pouvoir insoupçonné ! Ils ont une force, une puissance en eux qu’on ne croirait pas. Les contes peuvent guérir. Les contes peuvent soigner. Les contes peuvent aimer. Les contes peuvent vous faire voyager, vous faire rire, vous faire pleurer. Les contes sont magiques, les conteurs et les conteuses sont des magiciens et des magiciennes.

Lors de cette formation « contes », j’ai fait la rencontre de belles personnes, un groupe bienveillant et excellent ! Un animateur toujours extraordinaire. Et puis, grâce à cette formation, j’ai découvert le griot Togolais Allessine Sidibé et son conte « Le Vautour et l’Epervier ». J’ai aussi choisi le conte de Chantal Devillez « Trois petits chats ».
Vous pouvez retrouver ces contes et bien d’autres sur ce site internet.


* Si vous voulez lire d’autres articles « contes » avec un Tigre dans l’histoire, clic ici

Atelier d’écriture : racontez un métier

À la mi-novembre, j’ai participé à un atelier d’écriture avec Stéphane Van Hoecke. Cela s’est passé au château du Sartay, à Embourg, Liège.

Je partage avec vous deux textes que j’ai adoré écrire. Le premier est sorti durant l’atelier, sur un temps donné. L’autre est né le lendemain matin, très tôt, chez moi, quand tout le monde dormait. Le premier a été écrit directement sur l’ordinateur, le second, au stylo-plume dans mon cahier d’écriture.

Tous les deux racontent la tranche de vie d’un métier. Nouveau métier. Métier métissé. Mélangé.

Explications :

  1. dresser une liste de 10 métiers (ou plus, au choix) qui existent et qui se compose de deux termes comme « chirurgien des mains », « coiffeur pour enfants », « analyste de données », « illustrateur de BD », etc.
  2. mélanger le premier terme du premier métier avec le second terme du deuxième métier. Renouveler l’opération en mélanger le début des uns avec la fin des autres métiers.
  3. écrire une tranche de vie de ce nouveau métier, « jusqu’au jour où tout bascule »

Vous verrez, mon premier texte a eu du mal à arriver à ce fameux jour où tout bascule. D’ailleurs, je ne l’ai pas terminé. J’envisage de le retravailler pour l’améliorer. Mais ce ne sera pas pour tout de suite.

Le second texte a été imaginé uniquement dans le but d’inclure trois métiers bizarres, mais qui me « parlaient ».

Quand j’écris, je ne fais pas de plan. Souvent, j’ai une idée précise d’un passage, d’un début ou d’un moment bien précis. La suite arrive « naturellement », au moment où j’écris.

Laveur d’insectes

Christophe est laveur d’insectes. Il fait ce métier très pointilleux depuis bientôt six ans. Christophe est un jeune homme plein d’ambition. Sérieux, intelligent et agile de ses doigts, il donne souvent un coup de main à son patron pour que le travail à l’usine soit le moins pénible, le plus rapide et le plus efficace possible. A trente-trois ans, il a déjà fabriqué plusieurs machines :

  • le shampouineur 1.7.-L (prononcé UN SEPT=insecte et puis aile) pour tous les insectes volants du plus petit gabarit (mouchette de la taille d’un millimètre) au plus grand (lucane cerf-volant) qui préserve la fragilité des ailes en leur donnant une meilleure résistance tant aux chocs qu’à la pluie
  • le colorateur PP’ON pour que les papillons retrouvent un éclat coloré dans leurs ailes écaillées. Cette machine en plus de nettoyer délicatement les ailes, de renforcer la couleur d’origine, saupoudre en même temps l’insecte d’une lotion vitaminée qui permet de résister plus facilement aux changements de temps soudain,
  • le savonique BZ-Z, la machine qui savonne les moustiques, avec cloison amovible pour séparer les mâles des femelles. Cet engin a déjà été trafiqué, vandalisé plusieurs fois pour que la cloison qui accueille les femelles se referme soudainement sur ces petites créatures. Là aussi, Christophe a fait preuve d’une maturité et d’ingéniosité en rendant cet engin invisible en été ! (fallait y penser)

Christophe a inventé et fabriqué toutes ces machines et bien d’autres, petites et grandes, dans son bureau qu’il partage avec d’autres fourmis ouvrières. Il est entouré de filles et ce n’est pas vraiment pour lui déplaire. Sa particularité qui fait qu’il a rapidement été embauché, c’est son doigté et sa finesse à travailler méticuleusement. Malgré sa différence aux mains, il a six doigts à chacune de ses deux mains, son employeur n’a pas fait la fine bouche quand il a vu qu’il écrivait avec des pattes de mouche. Il est aussi habile de ses douze doigts qu’une araignée avec ses huit pattes. Les tâches ne sont pourtant pas piquées des vers. Le rythme est soutenu et les besognes pas très gratifiantes. Mais Christophe ne s’en est jamais plaint. D’ailleurs, il aime tellement son travail qu’il vient de dessiner une nouvelle machine pour… les araignées !

L’entreprise 6-Clean, spécialisée dans son domaine depuis 1966, a bonne réputation. Tous les insectes du coin, de la région et du pays tout entier font le déplacement jusqu’ici pour un insect’wash. Nettoyer les carapaces, les pattes et les ailes, 6-Clean en fait son affaire ! Les mandibules sont récurées, les têtes sont bichonnées. À pattes ou en vol, ils font le déplacement depuis toutes ces années, car justement, ils connaissent le patron, de père en fil (FIL comme un fil) qui garanti la sécurité durant tout le processus du lavage.

Les araignées, qui ne sont pas des insectes, car ces bestioles ont huit pattes, sont leur seule ennemie. Petites, sauteuses, velues, grosses ou fines aux longues pattes, ils ne font pas de différence. 6-Clean interdit leur entrée dans leur usine. Depuis 1966, aucune araignée n’a su franchir les portes de la sécurité.

Jusqu’au jour où Christophe, sérieux, intelligent et agile de ses douze doigts, dessine une machine pour elles. Elles, les araignées. Elles, l’ennemie numéro 1 des établissement 6-Clean ! Christophe n’est pas raciste, il aime toutes les bestioles, qu’elles aient quatre, six ou huit pattes. Et cela fait six ans qu’il travaille ici. Six ans. Le temps maximum pour chaque travailleur, ouvrier ou employé ! Christophe, sérieux, intelligent et agile de ses douze doigts, se dit qu’il pourrait travailler durant huit ans et aider ainsi les araignées. Huit pattes-huit ans. Pour lui, le compte est bon.

Christophe ne sait pas que son contrat va s’envoler, se brûler, se consumer, disparaître. C’est ainsi. C’est comme ça chez 6-Clean. Après 6 ans, à la date anniversaire, pffuuiiit, le contrat s’arrête.

Il est dix-huit heures, six heures. L’heure de la fermeture de l’usine. Christophe est encore dans son bureau. Mais il est tout seul. Les fourmis ouvrières, ses petites copines, sont déjà parties.

Christophe est assis sur sa chaise, l’imprimante 3D qui lui sert dans toutes ses inventions va aussi s’arrêter. Elle a un minuteur qui fait que dès que dix-huit heures sonnent, l’électricité se coupe et tout le bâtiment se met en veille. Christophe le sait ça. Il l’a anticipé. Il a apporté une batterie portative qu’il branche sur l’imprimante 3D pour la rendre autonome.

Le bidouillage fonctionne bien. Il fait calme dans les bureaux, il ne reste que sa petite lumière qui est allumée ainsi que celle du patron qui est à l’étage. Il sait qu’il doit faire vite pour terminer d’imprimer. Il veut offrir cette machine à son patron.

Christophe ignore tout de la fin de son contrat…

Quand sa montre automatique indique dix-huit heures et six minutes, il sent comme un cocon se former tout autour de lui. Il comprend qu’il va se transformer, qu’il va évoluer. Il ne savait pas que ça pouvait lui arriver à lui aussi, mais après tout, il travaille depuis tellement de temps avec les insectes que plus rien ne l’étonne vraiment. Christophe est sérieux, intelligent et agile de ses douze doigts. Vite, il appuie sur un bouton de l’imprimante 3D pour accélérer le travail d’imprimerie. Sa petite machine pour les araignées va faire un tabac ! Il en est persuadé.

Christophe est sérieux, intelligent et agile de ses douze doigts. Mais il est aussi un peu naïf.

Son sixième doigt glisse malencontreusement sur une autre touche de l’imprimante. Le cocon a atteint sa taille et l’empêche de tendre son bras comme il aurait aimé le faire. L’imprimante crachote, zozotte, bzzobzotte. Une étrange fumée sort de l’objet imprimé. L’appareil que Christophe a imaginé est stoppé net. La boîte n’est pas terminée. Mais à la place, une, deux, trois, quatre… cinq, six… sept, huit pattes sortent de la tête d’imprimante. Une araignée géante, blanche, faite toute de plastique s’extirpe de la machine. De ses huit pattes mobiles, elle crapahute partout et se glisse dans le cocon de Christophe. Par une agilité et une rapidité incroyable, l’araignée détricote le cocon et libère ainsi son créateur. Une alarme sonne. Huit fois. Huit bruits horribles sont vomis par les haut-parleurs des établissements 6-Clean.


Vendeur de courriers, chercheur de timbres, laveur de lettres d’amour

Cette histoire se passe au présent. Aujourd’hui, en 2021.

Voilà des années que certains métiers sont oubliés. Tombés en désuétudes à cause de la technologie, tu Temps qui passe et qui s’efface toujours de plus en plus vite.

Damien est professeur des écoles. Un métier d’actualité qui existe depuis de nombreuses années et qui, dit-on, n’a pas changé. Mais il a changé, pas beaucoup pour les élèves mais pour les professeurs : oui ! Ils sont de moins en moins écoutés, respectés, aimés.

Et Damien, professeur depuis près de treize ans, en a sa claque de devoir toujours s’écraser face aux étudiants qui le bousculent dans ces couloirs surpeuplés, il en a marre de craindre des parents qui se croient « meilleurs », « plus intelligents », « plus éduqués » que lui alors qu’ils ne savent pas élever leur gosse avec les valeurs de base.

Damien est petit pour un homme : un mètre soixante-cinq, de corpulence normale, la vie ne l’a pas épargné en lui donnant un visage lisse et beau avec une voie aigüe. Hypersensible, il ne supporte pas qu’on touche à ses cheveux, son visage ou son corps. Il porte donc de longs cheveux qu’il laisse pendre sans jamais les attacher. Des cheveux lisses comme sa peau, soyeux comme du duvet.

Il ne s’en fait plus des remarques sur son physique et il a l’habitude qu’on le prenne pour une femme. Surtout depuis février 2020, où, avec l’arrivée de la crise sanitaire, des confinements et du port du masque, on ne distingue plus beaucoup sa barbe et sa moustache soigneusement taillée quotidiennement.

Damien enseigne l’histoire. Cette matière pourtant détestée quand il était lui-même un étudiant imberbe, s’est révélée à lui au travers de la littérature, des correspondances entre tous ces acteurs et toutes ces actrices qui font partie de l’Histoire.

Mais il sait qu’aujourd’hui, fin 2021, l’Histoire, le cours, cette matière scolaire qu’il enseigne, de manière identique depuis treize ans, n’a plus sa place ici.

Ici dans sa classe, oui c’est la sienne, dans cet établissement scolaire.

On est à la mi-novembre et cette dernière rentrée scolaire sera la dernière tout court pour Damien. En cachette, il préparer sa prochaine rentrée. Elle se fera en janvier. Oui, il va démissionner, abandonner son métier pour enfin faire ce qui lui plaît vraiment, ce qui le fait vibrer.

En réalité, il hésite entre trois orientations :

  1. Vendeur de courriers
  2. Laveur de lettres d’amour ou
  3. Chercheur de timbre

Trois métiers oubliés, trois métiers perdus de vue, à cause de l’informatique. Ah ! La technologie a du bon, mais comme pour toute chose, elle a le revers de la médaille.

  • Je vais recréer un métier. Mon métier ! dit-il sûr de lui.

Comme pour lui, « choisir, c’est renoncé », il décide de ne pas choisir et de faire ces trois métiers.

  • Je serai polyvalent, car j’aime les tâches diversifiées. Je serai patient, car je sais que le bonheur ne se construit pas en un jour. Je serai le seul spécialiste de ces métiers oubliés, le seul, l’unique, c’est ça ma niche !

Grâce à ses compétences de professeur, grâce à son expérience professionnelle dans l’Histoire, il sait ce qu’il doit faire pour commencer.

Et c’est ainsi que Damien progresse dans son nouveau chemin. Il a choisi son destin, il s’est pris en matin et ne regrette rien.

Le temps passe.

Nous voilà en janvier. Damien n’est plus professeur. Peut-être l’avez-vous déjà croisé dans la rue. Tantôt, vous pourrez peut-être le voir fouiller dans les boîtes aux lettres à la recherche de véritables anciens timbres, ces petites images qui n’ont déjà plus de dents et que l’on colle encore parfois dans le coin supérieur droit de certaines enveloppes.

Si Damien en trouve, vous le verrez alors bondir de joie, examiner le courrier en question ; et le dissimuler rapidement – mais pas discrètement – dans sa sacoche qu’il a lui-même cousue.

Tantôt, vous pourrez peut-être le voir, à l’inverse, vendre du courrier. Comme autrefois, il le fera « à la criée » : il criera en deux ou trois mots le sujet de chaque enveloppe. Dans des enveloppes de papier de couleur différente, il vous proposera une lettre d’encouragements, de félicitations, de condoléances, de demandes de pardon ou même des lettres de famille, quand certains se sont perdus de vue depuis déjà bien trop longtemps.

Damien vend ce courrier au plus offrant, au plus pressé, au plus embarrassé, au plus tête en l’air.

Quand il vend son courrier, Damien installe sa petite échoppe ambulante à la sortie des bouches de métros ou aux pompes à essence, en ville. Une fois par mois, généralement dans les derniers jours, quand c’est la fin des haricots, il se rend à la campagne et là, il fait sa B.A. comme il dit :

  • Oui, je fais aussi du bénévolat et j’offre des mots doux, des mots de réconfort, des mots accompagnants, des chauds mots-mots à toutes ces personnes âgées et isolées à qui personne ne pense… sauf moi !

Damien a un grand cœur, oui ! Car en plus de son bénévolat à la fin de chaque mois, il fait aussi de grosses promotions sur ses courriers qu’il vend à la criée. Des promotions réservées à toutes ces familles qui survivent dans ces cages à poules, ces clapiers comme certains appellent ces H.L.M.

C’est à cette charmante clientèle défavorisée qu’il offre ses services de laveur de lettres d’amour.

  • Car, voyez-vous, c’est souvent ceux qui ont le moins de moyen qui en ont le plus besoin !

Peut-être que si vous croisez Damien à la sortie de ces quartiers abandonnés, il vous racontera l’histoire de sa première lettre d’amour qu’il a lavée. Moi, je l’ai croisé une fois, Damien. Enfin, je crois que c’était lui, des gars comme ça, ça ne courre pas les rues. Surtout que depuis le temps, beaucoup trop d’eau a coulé sous les monts et détruit des maisons. Entre tous ces évènements, je finis par perdre mon latin et le jour qu’on est…

Cette première lettre d’amour que Damien a lavée a été le début d’une grande histoire d’amour. Elle était timbrée cette lettre, au sens figuré. Elle s’enflammait pour un oui, pour un non. Elle crachait ses mots à n’importe qui, car elle n’avait aucun prénom, aucun nom, aucun destinataire noté sur sa face. Elle se chiffonnait d’impatience, elle se mettait en boule et pouvait exploser d’une colère bleue d’encre si elle n’arrivait pas à capter l’attention.

  • Quand je l’ai trouvée toute chiffonnée dans la rigole de ma rue, l’encre avait coulée, ses larmes bleues dégoulinaient sur les mots. Elle en avait bavé la pauvre. Je l’ai ramassée délicatement. C’était le printemps, je me souviens, il n’avait pas plu depuis trois jours et pourtant, mes mains étaient trempées de tristesse.

Damien a les yeux perdus et humides quand il me raconte cela.

  • Avec d’infinies précautions, avec des gestes lents et tremblants un peu quand même, je l’ai déchiffonnée, remise à plat, caressé son papier tout embrouillonné. Et je lui ai parlé. Chuchoté. Confié. Oui, je l’ai aimée immédiatement. Ça a été un véritable coup de mot, comme le coup de foudre, mais en lecture.

Damien m’explique qu’il est aussitôt rentré chez lui. Ce jour-là, il n’a fouillé aucune boîte aux lettres. Ce jour-là, aucun timbre ne s’est rajouté à sa collection. Ce jour-là, il a, pour la première fois, lavé une lettre d’amour.

  • Je l’ai d’abord fait sécher à l’air libre. Heureuse d’être l’objet de toute mon attention, les larmes se sont taries et j’ai pu commencer à la défroisser. Lentement. Doucement. Patiemment. Quand elle a vu que je voulais l’aider, elle a accepté de se coucher entre deux papiers-buvard, puis pressée dans mon herbier.

Damien me raconte comment il a nettoyé les boulettes, les pâtés et autres taches dues aux larmes. Comment il l’a frictionnée avec une gomme pour effacer toute ligne grise, mine sombre et essai raté. Avec son plus beau stylo-plume, il a choisi une cartouche d’encre de la même couleur, du même ton qu’elle avait sur elle.

  • J’ai fermé des boucles, j’ai accroché des tirets, j’ai déposé des petits points là où il n’y en avait plus. J’ai ensuite écrit un prénom juste avant la virgule tout en haut, où il y aurait dû avoir un destinataire. J’y ai mis le nom de ma mère qui a perdu son mari d’un cancer. Quand le cancer a gagné la guerre, le cœur de ma mère s’est refermé à double tour, et la clé, elle l’a jetée.

Damien pleure à son tour. Mais ici, ce ne sont pas des larmes de tristesse, mais des larmes de joie.

  • Ma première lettre d’amour que j’ai lavé a permis à ma mère d’aimer à nouveau !

Vous qui me lisez, continuez à écrire, envoyez des lettres d’amour à laver, collez des timbres, postez des courriers !

Oui : aimez !