Même les méchants rêvent d’amour

Même les méchants rêvent d’amour, de Anne-Gaëlle Huon.

« Jeannine a 89 ans passés. Elle aime : les bals musette, les costumes des patineuses artistiques et faire un six aux petits chevaux. Elle n’aime pas : le sucre sur le pamplemousse, les films d’horreur et les gens qui postillonnent. Le jour où on lui annonce que sa mémoire s’apprête à mettre les voiles, Jeannine est déterminée à ne pas se laisser faire. Alors elle dresse des listes. Et elle consigne dans un carnet tous les bonheurs qui ont marqué sa vie. Quand Julia, sa petite-fille, la rejoint en Provence, elle découvre ce que sa grand-mère n’a jamais osé raconter. L’histoire d’un secret, d’un mensonge. Julia va tenter de faire la lumière sur les zones d’ombre du récit. Et s’il n’était pas trop tard pour réécrire le passé ? »

Des personnages « entiers » que j’ai pris plaisir à découvrir et avec lesquels j’ai aimé passer un bon moment de lecture. Ce sont ces personnes faites de lettres et de mots qui m’ont donné envie de tout savoir sur leurs histoires, leurs secrets, leurs amours et leurs peines.

C’est pourquoi, j’ai eu envie de vous les présenter ici avec des extraits du livre qui les présentent tour à tour.

Il y a d’abord le personnage principal, Jeannine, la grand-mère de presque 90 ans :
« Sa mémoire, Jeannine se la figure comme une falaise attaquée par les vents. Un rocher qui s’érode à chaque assaut des vagues. Alors depuis un mois, chaque matin après avoir fait un brin de vaisselle et tiré la courtepointe, Jeannine écrit. Devant un portrait de Julia, sa petite-fille, lumière de sa vie. Elle écrit pour qu’elle sache d’où elle vient Et surtout, pour lever le voile sur ces secrets qui la grignotent de l’intérieur. Pour témoigner, transmettre, pardonner aussi peut-être, si tant est que cela soit possible. »

Puis, il y a l’autre personnage principal, Julie, la petite-fille de Jeannine :
« – Et toi, tu as grandi ici ?
– Oui et non, j’ai grandi à Paris. Mais je venais passer toutes mes vacances chez ma grand-mère.
Elle repense à tous ces souvenirs que lui a fabriqués Jeannine, à grand renfort de fous rires et de caresses.
– J’habite à Paris maintenant.
– Tu fais quoi ?
– Elle baisse les yeux vers la table, chercher quelque chose à grignoter.

J’écris.
Ces derniers temps, le moelleux des biscuits et le croquant du chocolat sont les seuls remparts contre ce mal-être un peu diffus qui s’est installé en elle. Une sorte dinquiétude sans objet, un bruit de fond désagréable que seule le sucre semble apaiser. »

Ensuite, il y a Félix, l’assistant de vie de Jeannine :
« – Salut, je suis Félix, l’assistant de vie de Jeannine, dit-il en enlevant son blouson.
Il est jeune, songe Julia en bafouillant son prénom. Et franchement mignon. Un assistant de vie ?
– Ah ! Jeannine m’a beaucoup parlé de toi !
Puis, se penchant vers la vieille dame :
– Je suis passé au marché ! Mme Abello vous a mis de côté un camembert à la truffe, vous m’en direz des nouvelles ! dit-il en ouvrant son sac à dos. Et ça, c’est le saucisson aux olives du vieux Flavio.
Se tournant vers Julia, il chuchote :
– Il a le béguin pour Jeannine, le vieux Flavio !
 »

Et puis il y a aussi cet homme :
« Une fourgonnette s’avance alors. Une vieille 2 CV rafistolée au fil des années et des pots de peinture, un capot vert, un toit bleu ciel. Alors qu’elle s’attend à en voir sortir un vieux boulanger ou un paysan à casquette, la portière s’ouvre sur une barbe de trois jours et deux yeux bruns illuminés par une large fossette. L’homme, quarante ans à peine, fait un signe de tête au vieux Flavio.
(…)
– Je vous fait goûter ?
Elle sursaute. Les yeux bruns et la fossette se sont matérialisés à ses côtés. Si proches qu’il lui semble sentir la caresse de ces longs cils noirs sur sa joue. (…) Julia remarque alors les ongles noirs. La peau mate. Les mains terreuses. Elle n’a vu que des brouillons de mains avant celles-là. Elle lève les yeux et toute la place fait silence, du primeur jusqu’aux tourterelles. Même les cloches de l’église, le vent dans les arbres, jusqu’à l’eau dans la fontaine. »

Mais autour, avec, en accompagnant de-ci-de-là, il y a aussi Eliane, l’infirmière de la maison de repos :
« Une infirmière s’approche, la cinquantaine ronde et joyeuse. On peut entendre pétiller ses yeux. (…)
– Ne vous excusez pas, c’est humain le chagrin, la réconforte Éliane. Le plus dur, c’est pas pour les malades, c’est toujours pour leurs proches. Ils voient cette maison comme une gare avant le grand voyage. Un quai où il faut faire ses adieux. Heureusement, nos résidents ont souvent l’air plus joyeux que leurs visiteurs !
Éliane dégage quelque chose de rassurant, de lumineux. Côtoyer la vieillesse lui a conféré une sagesse, une sérénité que Julia lui envie. »

Et Lucienne, la meilleure amie de Jeannine. Elle est là en second plan, personnage distillé tout au long de l’histoire. Une vieille dame qu’on apprend à connaître depuis qu’elle a trois ans, dont on parle par petites doses, jamais très longtemps, mais qui pourtant l’histoire ne serait rien si elle n’était pas là.

N’oublions pas Madeleine, Gisèle, Pierrot et tous ces autres résidents et soignants de la maison de repos. Nous devons le titre de ce livre grâce à une super Mamie tricoteuse hors pair et philosophe à temps plein !

Ce roman est-il l’histoire d’un secret ?  Non, une histoire de secrets, au pluriel. Une histoire, des histoires d’amour. De la jalousie. De la guerre. De l’amitié. De la famille. Une histoire vivante que je compare un peu avec les deux livres que j’ai lus de Valérie Perrin : Les oubliés du dimanche et Changer l’eau des fleurs. Car dans ces trois livres, on retrouve des histoires fortes qui parlent de la vie, de la vieillesse, de la famille, d’amour, de secrets. D’un temps passé et d’un présent chamboulé, d’un futur incertain.

Le secret du Faucon, Tome 1, AD Martel

Cyrielle a dix-huit ans. Elle vit depuis six ans dans le Couvent de la Charité. Elle n’est encore qu’une novice quand le couvent est attaqué et entièrement brûlé par des pillards. Sauvée in-extrémis par un étrange guerrier, Cyrielle est « renvoyée » chez son oncle, le Comte de Montfaucon.  Mais elle n’est pas toute seule dans ce premier voyage, elle est accompagnée de deux sœurs âgées, ses chaperons comme elle les appellent.

Au château, rien ne va. Cyrielle qui a quitté ces lieux quand elle avait douze ans ne garde aucun souvenir de son enfance.

Entre son titre de noblesse et sa vie de religieuse, elle va devoir choisir.

Malgré les crimes, les secrets, les dangers et les mystères qui entourent sa nouvelle vie, Cyrielle va pouvoir compter sur certaines personnes de confiance. Celles-ci sont rares et ne sont pas toujours celles que l’on croit.

Entre aventures, horreurs, coups de théâtre et scènes de tendresse et d’amitié, Cyrielle va parfois devoir suivre des chemins pas toujours droits.

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Voici le deuxième roman de l’autrice. Même s’il est dans un tout autre registre que « Les larmes de Saël », je l’ai adoré ! A.D. Martel parvient à m’emmener rapidement dans son univers, ses univers, alors que rien ne me laisse penser que je vais accrocher à ces histoires. En effet, grâce à elle, je ne peux plus dire que je n’aime pas les histoires post-apocalyptiques, futuristes ou médiévales !

Jamais je n’aurais cru que j’allais un jour aimer une histoire de chevaliers. Bien sûr, la couverture et le titre m’ont séduite, je m’attendais à retrouver un animal que j’aime beaucoup : un faucon. Et je n’ai pas été déçue. Il n’y en a pas qu’un.

On rentre immédiatement dans le vif du sujet avec l’incendie du couvent dans les premières pages. On découvre petit à petit les personnages, le fil rouge, les lieux, les mystères. Grâce aux détails, je me suis très vite plongée à cette époque.

Ma fille qui a dévoré ce livre avant moi, me connaissant, m’avait prévenue : prépare tes mouchoirs, tu vas pleurer. Et… oui ! J’ai pleuré une fois, failli verser une deuxième fois des larmes, mais heureusement, ma fille m’a dit « lit et tu sauras » ha ! ha ! Rien que ça, je savais qu’il n’était pas mort…

Il y a pas mal de personnages, et ce livre est le premier tome. A la fin, on trouve des réponses mais d’autres questions arrivent et j’ai envie de connaître la suite ! Une écriture fluide, on sent que l’autrice en connaît un rayon en matière d’histoires, d’Histoire.

Question à l’autrice : il est passé où Anselme ? 😊