Pour la proposition 58 de Tisser les mots… voici mon texte. Le début, en gris = l’incipit.
Le mois prochain (10 avril au 10 mai), la proposition sera de reprendre le texte d’un(e) autre participant(e) :-)
Prop58 – Premières vacances
Il sortit de la maison au moment précis où l’été commençait. Un frémissement dans les arbres, une syncope, un soupir qui monte au cœur de la rue (…), une hésitation à l’intérieur même du temps, comme si la nature attendait d’être bien certaine que les beaux jours sont vraiment là…
Xavier attendait cette journée depuis longtemps. Il avait enfin osé poser ses vacances, après sa première année de travail. Il avait attendu que tous ses collègues aient arrêté leur date pour voir ce qu’il restait, pour être certain de ne pas déranger, de ne pas ennuyer ses collègues par son absence.. Peu importait le moment de ses 15 jours de liberté, le tout était de se fondre dans sa société, de prouver qu’il était un bon collègue, à l’écoute de tout le monde, de ses supérieurs, comme de ses pairs.
Il ne restait donc que le mois de juin de libre. Les deux mois habituels, juillet et août, avaient été pris d’assaut par ceux qui ont des enfants, c’est-à-dire 5 collègues sur 7. Des parents aimants qui parfois râlent sur leur progéniture, mais qui les aiment de tout leur cœur. Septembre et même octobre et novembre étaient pour sa jolie voisine de bureau, enceinte, dont la date d’accouchement se situait autour du 5 septembre. Un premier bébé. Un ventre qui s’arrondit, un visage qui rayonne au fil des jours malgré les petits soucis d’une grossesse un peu difficile. En juin, les étudiants, les enfants qui sont plus grands, ont leurs examens, c’est bien connu. Pour eux, un mois de stress, d’attentes, de travail intensif, de tensions. Juin, pour Xavier, c’est un beau mois, le mois des beaux jours, le mois d’un soleil resplendissant, d’une température qui monte doucement. Xavier aime ce mois.
Débuter ses premiers congés ce 21 juin, lui convenait donc très bien. De plus, il ne partirait pas seul. En effet, il y a tout juste 2 mois, ce comptable de formation rencontrait une fille dans le métro. Une comptable elle aussi ! Même âge, même taille, même couleur de cheveux, même marque de lunettes. On aurait dit des jumeaux, des faux jumeaux. Mais non, tous les deux connaissaient bien leurs parents, avec lesquels ils vivaient encore. Ils n’étaient pas adoptés. Ils ne se partageaient pas les parents, l’un chez le père, l’autre chez la mère, non. Rien de tout cela.
Les amoureux s’étaient promis de montrer très vite une photo de leurs parents, par curiosité, pour stopper les questions qui ne cessaient de s’accumuler dans leur tête au fil des semaines qui passaient. Une ressemblance troublante, ça pouvait passer pour une coïncidence, mais que leur mère travaille toutes les deux dans la rédaction d’un grand journal et que leur père fasse du home working deux jours semaine, les mêmes jours, ça commençait à devenir un peu flippant. Ils n’avaient même pas été étonnés de découvrir qu’ils partageaient les mêmes loisirs : la cuisine (surtout de la pâtisserie) et la couture pour la mère, le jardinage et la peinture (que de l’abstrait) pour le père !
Finalement, en se rendant compte que les parents ont toujours des photos de leurs enfants mais que ceux-ci n’en ont jamais de leurs parents, Xavier et Louise avaient lâché l’idée qu’ils les accompagneraient à l’aéroport pour leurs premières vacances d’adultes travaillant et leurs premières vacances d’amoureux. Chacun savait qu’aucun de leurs deux parents ne leur refuserait ce petit service.
21 juin, au petit matin. Le soleil est au rendez-vous. Les oiseaux chantent. La rue Rive Gauche est calme à 6 heures du matin. Xavier ferme la porte de la maison avec un large sourire. Aujourd’hui, il a beaucoup de bonnes raisons pour croire que cette journée va être exceptionnelle : il part en Camargue avec son amoureuse, il est fou amoureux d’une jolie fille avec laquelle il s’entend vachement bien, il s’octroie des vacances de rêves en s’imaginant qu’il va enfin pouvoir cocher le héron pourpré dans sa liste d’oiseaux qu’il n’a pas encore immortalisé, il a reçu un superbe appareil photo de son parrain à l’occasion de son 22ᵉ anniversaire qu’il fêtera dans 11 jours, et enfin, il va faire connaissance avec ses beaux-parents, le papa et la maman de sa copine.
21 juin au petit matin. Le soleil est au rendez-vous. Les oiseaux chantent. La rue Rive Droite est calme à 6 heures du matin. Louise ferme la porte de la maison avec un large sourire. Aujourd’hui, elle a beaucoup de bonnes raisons pour croire que cette journée va être exceptionnelle : elle part en Camargue avec son amoureux, elle est folle amoureuse d’un beau mec avec lequel elle s’entend super bien, elle s’octroie des vacances de rêves en s’imaginant qu’elle va enfin pouvoir cocher le bihoreau gris qu’elle n’a pas encore eu l’occasion de voir, elle a reçu une extraordinaire longue-vue de sa marraine à l’occasion de son 22ᵉ anniversaire qu’elle fêtera dans 12 jours, et enfin, elle va faire connaissance avec ses beaux-parents, le papa et la maman de son copain.
Ni Xavier, ni Louise n’a avoué à ses parents la raison principale de son excitation à l’aube de ce départ. Car avant de pouvoir s’embrasser, de passer du bon temps, ensemble, en Camargue à observer les oiseaux, leurs parents vont se voir. Tous les deux ont émis des hypothèses, chacun a dressé des statistiques, une liste des possibilités réelles, et comme ils ne sont pas « rigides », ils ont aussi commencé un tableau, fébrilement, des « Improbables ». Ils n’ont même pas besoin de montrer les résultats de leurs recherches à l’autre, en bons comptables, ils sont sûrs de leur boulot… reste plus qu’à monter dans la voiture.
