Visite du matin

Il est cinq heures. Mehagne se lève.
Il est cinq heures, mes chats ont faim.
Il est cinq heures.

Un grondement. Des bruits de pattes dans les escaliers. Du remue-ménage annonciatrice des prémices d’une bagarre féline ? Deux chats courent sans sens. Un troisième ne bouge pas. Grondement puissant. Retenu. Sourd. Grave.
Obscurité dans la cuisine. Le grondement est là. Caché. Féroce. Le regard cherche dans la pénombre. Fouille les coins sombres. Sous les pieds, comme un tremblement. Le rythme du cœur s’accélère. Le sien. Le mien. Le sien car il défend quelque chose, le mien car l’origine de cet état est encore inconnu.
C’est le gros bébé roux. Ramassé sur lui-même, le regard fixe, droit devant. Dans ma tête, des questions, des suppositions. Une intrusion. Un autre chat ? Le sosie d’Orion ? Le regard enflammé du chat fixe mes pieds, tête baissée. L’angoisse monte. Les scénarios les plus farfelus aussi. Clic. Lumières allumées, ombres chassées. Suppositions envolées. Un mammifère inerte. Une proie. Indéterminée. Chasse gardée, je ne peux m’approcher. Au ras du sol, on amadoue, on appelle, on invite à lâcher prise. Du vent. Illusions. Alors, on se fâche. On râle. On rouspète. On gronde à notre tour. Petite chose dans la gueule féline ne bouge plus. Longue queue. Semble morte. Bloquer les sorties. Enlever les chaises sous la tables. Le coincer dans un coin. Lâche ! Lâche ! À plat ventre, la chose grise et brune, boule de poils ronde a une longue queue. Musaraigne, mulot ou souris. Pas musaraigne, trop ronde, museau plus épais. Vivante ! Elle est vivante ! La petite bestiole est vivante ! Galopante. Court se refugier. Fuir à tout prix l’ennemi. Se cacher. Ne plus bouger. Faire sortir le chat. Vite. Vite. Dehors. Fermer la porte. Chasser un autre chat. Récupérer le rongeur. Le mettre à l’abri. Chercher une boite. Un bol. N’importe quoi.


Un mulot qui nous a émerveillé ma fille et moi.
Un adorable mulot sorti indemne de cette partie de chasse automnale, dès potron minet.
Un mignon mulot qui a fait sa toilette, qui a mangé, qui a bu, qui a retrouvé sa liberté une fois les quatre chats rentrés !

Interprète chat-humain

Encore une chose incroyable qu’il m’est arrivée au potron-minet :

Mon chat Orion, dont les yeux brillent sur son visage comme des étoiles dans un ciel nocturne dégagé, se tenait sur ses pattes arrière et me présentait, le plus naturellement du monde, un livre.

Orion me racontait que l’auteur de ce livre extraordinaire était un spécialiste du palindrocomique.

Il ne m’a pas donné davantage d’explications, car une véritable patte féline aux coussinets tout frais (froid) me touchait le visage en miaulant « debout ! j’ai faim ! ».

Je me suis donc réveillée avec un mystère de plus à résoudre…