Phoebe et moi : chronique d’une cohabitation à huit pattes

Le dialogue du dimanche (basé sur des faits presque réels)

Moi : Cacahouète, dis-moi, vous vous êtes disputées Phoebe et toi ?

Ma fille : Quoi ? Non, pas du tout. Pourquoi cette question ?

Moi : Parce qu’elle s’est enfermée dans la salle de bains et qu’elle me semble tourner en rond, comme perdue.

Ma fille : Je crois qu’il n’y a plus rien qui l’intéresse dans ma chambre. Y a plus grand-chose à manger.

Moi : Quand même, je croyais que vous étiez amies.

Ma fille : Bah oui, on l’est toujours. Elle n’est pas bien loin si elle est dans la salle de bains. C’est juste à côté de ma chambre.

Moi : C’est sûr, mais elle n’aime pas l’eau pourtant. C’est comme se mettre volontairement en danger, non ?

Ma fille : Maman, ce n’est pas un Mogwai ! Les Gremlins, ça n’existe pas. Tu regardes trop la TV.

Moi (qui rit) : Et c’est toi qui me dis ça ? Elle est bien bonne celle-là. Dois-je te rappeler que ce n’est pas moi qui ai baptisé Phoebe « d’animal de compagnie » ?

Ma fille : Non, une araignée de compagnie, ce n’est pas la même chose. Nos chats sont des animaux de compagnie. Elle, c’est une Araignée ! Et c’est vrai, on a signé un pacte : elle peut rester dans ma chambre si elle s’occupe des moustiques et autres bestioles qui piquent.

Moi : Hum, hum. Et donc, maintenant qu’on est en hiver et qu’il gèle, elle ne trouve plus de quoi manger dans ta chambre ? Est-ce la seule raison pour qu’elle ait frôlé la mort pendant que je prenais ma douche ?

Ma fille : Qu’est-ce que j’en sais moi ? Je parle pas araignée. T’as qu’à lui demander, toi qui parles avec les chats.

Moi : Ah non, là, c’est toi qui te trompes. Les miaulements et la langue des signes en huit pattes, ça n’a rien à voir.

Ma fille : On n’est pas amies, elle vit sa vie, moi la mienne. On est co-locataires, c’est tout.

Moi : C’est quand même grâce à elle (ou à sa sœur, ou son frère) que tu as pu retourner à la toilette du rez-de-chaussée. Phoebe a de si longues pattes qu’elle peut même capturer d’autres araignées, plus grosses, plus effrayantes pour toi.

Ma fille : Arrête de divaguer, maman. Une araignée reste une araignée. Elle a peut-être bouffé l’autre, ça n’en reste pas moins une co-locaraignée ! Elle a le gîte et le couvert, faut pas en demander plus.

L’incident de la douche (histoire vraie, cette fois)

Tout ça, c’était de la fiction. Enfin… presque.

Parce que Phoebe a vraiment failli mourir pendant que je prenais ma douche. Pour une raison mystérieuse, elle se déplaçait sur le plafond, pile au-dessus de la baignoire. Puis, pour une autre raison tout aussi mystérieuse, elle a commencé à descendre le long de son fil invisible.

Je ne voulais pas la tuer. Vraiment pas. Mais je me suis posé une question existentielle : les araignées ont-elles des tendances suicidaires ? Ou sont-elles simplement dépourvues de bon sens ?

Heureusement, dès qu’elle a senti quelques gouttes d’eau sur son corps filiforme, elle a fait marche arrière et s’est éloignée de trois ou quatre pas… pholquiens.

Petit cours d’arachnologie pour débutants

Qui est Phoebe ?

Phoebe est un nom d’emprunt. C’est mon moyen mnémotechnique pour retenir pholque (Pholcus phalangioides), son vrai nom scientifique.

Les pholques sont des araignées très communes dans nos maisons. Vous les connaissez sûrement : ce sont ces grandes araignées toutes fines, avec leurs huit longues pattes démesurées qui leur donnent un air fragile et maladroit.

On les confond souvent avec les opilions (aussi appelés faucheux), mais il y a une différence importante : les opilions ne sont pas des araignées ! Ils n’ont qu’un segment de corps, alors que les vraies araignées en ont deux.

Le mode de vie des pholques

Les pholques adorent installer leur toile dans les coins et sur les plafonds de nos maisons. Leur toile est irrégulière, un peu brouillonne  (rien à voir avec les magnifiques rosaces géométriques d’autres espèces, comme celle de l’épeire diadème, petite araignée du jardin qui me fascine)

Leur régime alimentaire : moustiques, petits insectes volants et rampants… et même d’autres araignées !

C’est d’ailleurs pour cette raison que ma fille a accepté qu’une pholque vive dans sa chambre : pacte de non-agression anti-moustiques. Un deal gagnant-gagnant, si vous voulez mon avis.

Une chasseuse redoutable

Inoffensive pour l’homme, la pholque possède un super-pouvoir : grâce à ses longues pattes, elle peut capturer d’autres araignées beaucoup plus grosses qu’elle !

Photo qui date de 2017, je ne sais plus qui était la victime

J’en ai été témoin à deux reprises.

La dernière fois, c’était dans la toilette du rez-de-chaussée. Une araignée au corps plus épais — une Clubiona corticalis — s’est aventurée sur le territoire déjà occupé par une famille de cinq ou six pholques.

D’habitude, cette espèce de Clubiona vit plutôt à l’extérieur, dans les bois et sous-bois. Celle-ci avait installé son territoire sous les armoires de la porte d’entrée. Un jour, elle a eu l’idée d’explorer la toilette.

Mauvaise idée.

Elle s’est dirigée vers la toile d’une pholque, pendue maladroitement au plafond. Je l’ai prévenue — oui, je parle aux araignées — de ne pas s’aventurer par-là, de faire demi-tour, de retourner sous son armoire.

Elle ne m’a pas écoutée.

Cela lui a été fatal.

clic sur la 1ère photo pour la voir en grand : proie à gauche, prédatrice à droite

Notre élevage involontaire

J’ai baptisé toutes nos pholques Phoebe. Parce que j’ai beau être une ancienne arachnophobe en voie de guérison, je ne suis pas folle au point de leur donner à chacune un prénom différent.

On doit avoir environ une trentaine de Phoebe à la maison ! Principalement à la cave, au garage, dans la toilette du rez-de-chaussée et dans certaines pièces.

Si j’adore les animaux, n’oubliez pas que je suis une ancienne arachnophobe. Pas folle, la guêpe : je ne vais quand même pas encourager leur reproduction. C’est déjà un élevage involontaire !

La vie de famille chez les pholques (âmes sensibles s’abstenir)

Chez cette espèce, une fois que le mâle a trouvé « sa » femelle et accompli son devoir reproducteur, il doit déguerpir au plus vite au risque de se faire dévorer.

Et ce n’est pas tout.

À la naissance des nombreux bébés, si la nourriture vient à manquer ou si l’espace est trop exigu, cette espèce pratique le cannibalisme familial. Oui, vous avez bien lu : carnivores jusqu’au bout des pattes.

Charmant, n’est-ce pas ?

Pendant que j’écris…

Alors que j’écris cet article naturaliste, quatre Phoebe sont visibles dans mon bureau :

  • Une presque pile pattes au-dessus de ma tête
  • Deux autres un peu plus à gauche, dans le coin
  • La dernière dans le coin opposé, tout à fait derrière moi (je ne la vois que si je me retourne)

Elles me surveillent. Ou pas. Difficile à dire avec ces créatures.

Ce qui est sûr, c’est qu’elles font partie du décor. Et qu’au fond, même si je ne l’avouerai jamais à ma fille, je les trouve plutôt utiles, ces co-locaraignées.

Pour résumer : pourquoi garder des pholques chez soi ?

✓ Elles dévorent les moustiques (argument numéro 1)
✓ Elles éliminent d’autres petits insectes indésirables
✓ Elles capturent même d’autres araignées plus grosses
✓ Elles sont totalement inoffensives pour l’homme
✓ Elles ne font pas de bruit (contrairement aux ados)
✓ Elles ne demandent ni litière, ni croquettes, ni promenade (n’est-ce pas les chats !)

Alors oui, elles ne sont pas très jolies avec leurs longues pattes frêles. Oui, elles font parfois des descentes en rappel au-dessus de la baignoire. Oui, elles pratiquent le cannibalisme familial.

Mais franchement ? Ce sont des colocataires idéales.

P.S. : Ma fille continue de prétendre que Phoebe et elle ne sont pas amies. Juste colocataires. Mais je l’ai vue lui parler l’autre jour. Chut, je ne dirai rien.

Neuf Kilomètres d’Observation : Soin et Nature

Samedi 17 janvier 2026

Neuf kilomètres pour prendre soin : chronique d’une balade naturaliste

C’était hier. Avec ce magnifique soleil, je décide de me rendre à pied jusqu’à ma librairie préférée. La seule librairie naturaliste de la région. La plus grande, la plus belle, la mieux achalandée. Surtout, j’y retrouve mon amie, ma collègue. Oui, bon, je dis collègue, car même si je ne suis que libraire bénévole à mes heures perdues, après deux ans  et demi à ses côtés, je considère Elisabeth (prénom d’emprunt) comme ma collègue. Elle est la meilleure. Meilleure libraire, meilleure collègue, meilleure amie.

Partir bien équipée (ou presque)

Nous sommes en hiver, mais il fait beau. Il fait chaud. Onze degrés au thermomètre extérieur, à l’ombre. Je m’habille peut-être un peu trop chaudement pour la météo du jour, mais le soir, il va sûrement faire plus frais. Je préfère avoir trop chaud et porter mon manteau, mon appareil photo et mon sac à dos, plutôt que d’attraper froid. Prendre soin de soi, c’est aussi ça : anticiper, prévoir, même si on se trompe.

Je n’ai fait qu’une fois ce chemin à pied, en été, quand je lisais à voix haute chez une personne âgée, malvoyante. Elle habitait à un kilomètre à vol d’oiseau de la librairie. Cette fois, je souhaite prendre un autre chemin, passer par un parc dans lequel je ne vais jamais. C’est un détour, mais je longe l’eau. J’adore cet élément : la mer, les rivières, les canaux et autres confluents…

J’ai toujours en tête de faire attention à ne pas appuyer trop vite et de trop nombreuses fois sur le déclencheur de mon appareil photo. J’ai dû vider la carte mémoire : des milliers de photos dans le petit bidou de mon APN, il n’en reste plus une seule. Trois jours entiers à faire le tri, à renommer, à classer mes photos naturalistes. Je n’ai pas tout à fait fini, mais tout est sauvegardé trois fois, alors me voilà prête à vider la carte mémoire haute capacité et à repartir l’œil aux aguets.

Les premiers pas : un rouge-gorge et une leçon d’attention

Deux cents mètres. C’est la distance qu’il m’a fallu pour enlever mon tour de cou et mon manteau. Onze degrés au thermomètre, ressentis quinze ou seize ! Mais oui, tout va bien, le climat se porte bien, la Terre aime changer d’humeur de saison pour ne pas qu’on s’habitue. Où est passée la neige et le froid revigorant d’il y a six jours ? Pfuit, comme les photos dans ma carte mémoire : disparu.

Sur un petit chemin accessible uniquement aux piétons, près de chez moi, je souris. Ma balade commence bien. Voilà quinze mètres qu’un rouge-gorge me précède, sautillant et voletant par cinquante centimètres. Au bout du quatrième envol, je lui dis : « Si tu revenais te poser derrière moi ? Parce que toi et moi, on prend le même chemin. Je risque de te suivre longtemps, involontairement. »

Il a mis un peu de temps à comprendre, puis s’est envolé non pas pour revenir derrière moi, mais pour se cacher dans la haie et patienter sur la branche d’un arbre dénudé, hors chemin bétonné. Je presse le pas en me disant : « Voilà, c’est bon, je suis passée, tu peux revenir. »

Prendre soin du vivant, c’est aussi cela : reconnaître que nous partageons l’espace, que nos chemins se croisent, et faire un pas de côté quand c’est nécessaire.

Descendre vers la ville, le nez au sol, la tête dans les airs

Cette nuit, j’ai mal dormi. Un peu dérangée des intestins, j’ai dû me battre, après un réveil urgent, avec un de mes chats qui a décidé qu’à une heure trente du matin, c’était l’heure de jouer à cache-cache ! Je suis fatiguée et mes crampes au mollet de cette nuit se rappellent à mon mauvais souvenir.

Pour « descendre » en ville, j’emprunte une chouette rue à sens unique qui borde une forêt. Que de magnifiques souvenirs dans cette descente : épervier embêté par trois pies en plein vol, geais timides et bruyants, sittelles adorables, mésanges, merles, buses variables… Les oiseaux ne manquent pas. Il y a quelques années, j’y avais vu un orvet traînant, déshydraté, sur le béton brûlant du sol. J’ai regardé à trois reprises pour m’assurer qu’il s’agissait bien d’un orvet et non d’un serpent (la confusion est fréquente), et je l’ai pris en main pour le déposer dans le bois, en contrebas, du côté où sa tête pointait. Pour ne pas lui faire faire le chemin inverse, mais bien pour l’aider. Une fois dans le bois, à l’ombre, j’ai versé un peu d’eau de ma gourde tout près de lui, sans le noyer.

Ce geste simple me revient souvent en mémoire. Prendre soin d’un petit être vulnérable, c’est parfois juste le replacer là où il devrait être, lui offrir un peu d’eau, et le laisser reprendre son chemin.

C’est donc tantôt le nez au sol tantôt dans les airs que je progresse lentement, avec un pincement au mollet. Foutue crampe ! J’ai ainsi progressé de mille cinq cents mètres. Encore, au minimum, six kilomètres à faire pour atteindre mon objectif. Si je ne me perds pas, ou ne me trompe pas de chemin, ce qui est fort probable.

Au bord de l’Ourthe : grèbes, martin et cormorans

Toutes les petites bêtes volantes ou rampantes sont aux abonnées absentes en cette heure du midi. Je ferai ma première photo bien plus loin, sur le canal de l’Ourthe : un petit bouchon. Non, deux. Que dis-je ? Trois ?! Mamamia, c’est bien ça : trois grèbes castagneux ! Mais ils sont loin. Très loin. Et petits. Très petits. Juste pour la forme, je fais quelques photos, car sait-on jamais, par hasard, j’aurais aussi le martin-pêcheur sur l’une d’elles ! Je peux toujours rêver… Il a filé comme seul le martin-pêcheur sait le faire : telle une flèche bleue, rapide comme l’éclair. On a juste le temps de se dire « Ah, c’était Martin ? » qu’il est déjà trop loin…

Petit montage pour avoir les 3 en une seule photo. De loin, je vous l’avait dit :-)

Un grand cormoran en vol : clic-clac, celui-là, je l’ai dans le viseur le temps d’une seule photo pas trop floue.

Tout du long, au bord de l’eau, sur les pierres, je scrute une silhouette, un mouvement, un corps tout fin qui se dorerait au soleil. J’en ai déjà vu plusieurs à cet endroit. En vain. Point de lézard. Est-ce que ces reptiles hibernent ? Je le pense bien, mais j’aurais cru que les conditions climatiques clémentes en feraient peut-être sortir un ou deux de leur trou. Mais non, ça sera pour une prochaine fois. Observer les vivants, c’est aussi accepter leur absence, respecter leurs cycles, leur besoin de repos hivernal.

L’île aux Corsaires et ses gardiens ailés

J’arrive à un embranchement : j’ai le choix de continuer à droite ou à gauche, au bord de l’eau des deux côtés. Généralement, je pars d’un côté et je reviens de l’autre. Au moment où j’hésite, j’entends un étrange cri dans les airs. Mouette ou goéland ? Un cri comme une plainte, bizarre. J’essaie de l’identifier avec mon appareil photo (qui me sert aussi de jumelle grâce à son zoom super puissant), mais il est déjà trop loin et des branches d’arbres obstruent ma vue. Il allait à droite. Je vais donc, logiquement, à… gauche ! Eh oui, faut pas chercher à me comprendre. Parfois, moi-même, je ne me comprends pas.

Pour la peine, une photo d’une Mouette rieuse qui passait par là.

Voilà des mois qu’il y a des travaux à cet endroit, à cet embranchement. Je n’ai pas fait attention à la date probable de fin, car on sait tous que les délais sont rarement respectés. Mais je me souviens que c’est ici, durant ces travaux, imperturbable, que j’ai vu un accenteur mouchet s’égosiller joliment à la fin de l’hiver 2025. Il n’est pas là en ce moment, mais j’entends des mésanges pépier doucement.

Sur le chemin, à ma droite, il y a ce que l’on appelle l’île aux Corsaires. Dans la petite revue que je me suis offerte à la librairie, il est dit que c’est la première réserve naturelle urbaine gérée par l’association Natagora, en 2005. À peine plus de 2 hectares, mais un vrai petit bijou naturel à deux pas de chez moi. Cet écrin de nature, en aval de la confluence de la Vesdre et de l’Ourthe, est un passage obligé quand je me rends à pied dans le centre commercial plus loin.

Je ne rentre pas dans cette réserve naturelle, mais la longe. Et là, deux veilleurs sont perchés dans un arbre, à proximité de l’entrée : des corneilles. J’adore les corvidés, même les sombres colorés. Ils sont synonymes d’intelligence, d’adaptation, de ruse, de jeux. Leur cri n’est pas très joyeux, mais reconnaissable. Ces deux individus, dont je ne peux différencier le mâle de la femelle tellement ils se ressemblent, sont arrivés silencieusement. Sans bruit, ils se sont posés. Sans cri, ils m’ont observée, puis ils se sont regardés. Cela m’a donné l’occasion de les approcher pour faire de belles photos !

Sans les avoir mitraillés comme à mon habitude, j’ai même attendu que l’un tourne la tête pour avoir la lumière dans son œil sombre. Prendre soin de mes sujets photographiques, c’est aussi ça : attendre le bon moment, ne pas les harceler de clics, respecter leur rythme.

Territoires aquatiques : foulques et mystérieux passereau

J’ai changé de sujets d’observation quand j’ai entendu du bruit à ma gauche, dans l’eau. Une foulque macroule naviguant tranquillement a osé traverser le territoire d’une consœur. Même si elle ne faisait que passer, elle prenait trop son temps pour la maîtresse des lieux. Enfin, je dis « maîtresse », mais chez les foulques, comme chez les corvidés, aucun dimorphisme sexuel franc. Une course poursuite s’est engagée, pour se terminer tout aussi rapidement.

Dans les arbres qui jouxtent l’eau, un oiseau chanteur. Un petit passereau. Petit, c’est tout ce que je pourrais dire. Si j’identifie assez facilement les oiseaux à la vue, à l’ouïe, c’est autre chose. Ayant un léger déficit auditif, j’ai beaucoup de mal à reconnaître les différents chants ou cris. Et ce petit oiseau, je ne sais pas lequel c’est. Très farouche et discret, il s’échappait de ma vue dès que je l’avais dans le viseur ! Autrement dit, il restera un inconnu pour moi. Zut.

Parfois, prendre soin de soi, c’est aussi accepter de ne pas tout savoir, de ne pas tout capturer, de laisser certains mystères intacts.

Le cormoran observateur et la pêche furtive

Je passe le pont et arrive à proximité du centre commercial. Là aussi, je me retrouve à avoir le choix. J’ai toujours longé un seul côté, le plus calme, celui avec le moins de circulation, avec le moins de passage de voitures. Mais je sais qu’il existe un autre « côté » tout aussi agréable, bien que j’ignore par où aller pour le rejoindre. Comme mon objectif est de trouver un parc « tout au bout, à droite » et que je pense devoir aller à gauche pour rejoindre cet autre chemin agréable, je n’hésite pas longtemps et garde mon chemin habituel. Une nouvelle découverte par jour, c’est déjà bien assez ! (rires)

Je pourrais aller de l’autre côté de l’eau, mais c’est moins agréable. Et puis, je fais bien. Au moment où je m’assieds trente secondes pour boire à ma gourde, je discerne un grand cormoran, en bas, au bord de l’eau.

Saviez-vous que les oiseaux savent quand vous les épiez ? Ils savent où vous regardez ! Si, si. J’avais beau être quatre mètres plus haut que lui, il a émis un mouvement de recul aussitôt qu’il m’a vue. Alors, mine de rien, je lui tourne le dos, je continue à boire et je fais comme si je ne l’avais pas remarqué. Ma pause dure un peu plus longtemps que prévu, mais c’est pour mieux essayer de capturer cet instant « volé ». Quelle belle idée j’ai eue : voyez ce petit attroupement qui s’est formé !

Oh ! En visualisant ces photos, je n’avais pas vu les « intrus » ? Et vous, vous voyez de qui je veux parler ?

Après trois ou quatre photos, je poursuis ma balade. Plouf ! Un poisson ou un oiseau a plongé dans l’eau. Je me mets derrière un arbre, je me cache comme je peux (il y a plein de cyclistes et de joggeurs qui me dépassent) et j’attends. Hop ! C’était un grand cormoran en pleine pêche. Celui-ci est un adulte avec déjà son plumage nuptial. On le distingue bien avec son cou blanc et la tache blanche sur son épaule, que j’ai réussi à capturer juste au moment où il replongeait ! On la verra aussi en vol sur une autre photo.

Observer sans déranger, se faire discrète, patienter : voilà l’art du soin porté aux vivants sauvages.

Lézards absents, gendarmes présents

Toujours tout droit. J’ai choisi volontairement ce chemin, car plus loin, j’espère avoir l’occasion de voir et de prendre une photo de lézards des murailles. D’habitude, au printemps et en été, et même jusqu’en automne, j’en vois presque toujours à cet endroit. Mais là, quedal. Nada. Rien. Zut et flûte. Crotte de boudin !

En lieu et place, là où je croyais en voir, j’aperçois un attroupement de gendarmes. Non pas ceux venus pour le boucher mal-aimé (les Belges me comprendront), mais ces insectes rouges et noirs de la famille des punaises. Clic-clac, une photo quand même, à défaut des lézards. Ces punaises restent normalement aussi cachées en hiver, mais ne dédaignent pas un bain de soleil hivernal, comme aujourd’hui.

Course urbaine et retrouvailles aquatiques

Arrivée au bout de cette rue, pour atteindre le parc convoité, je dois traverser un grand carrefour. Carrefour mal fichu, car les feux privilégient les voitures aux piétons et on n’a jamais le temps de traverser les deux passages cloutés pendant que le petit bonhomme reste vert. Courir, toujours courir. Je déteste ça ! M’enfin, c’est mon petit sport du jour. Trois secondes. Et aïe, mes pieds. Trois secondes, et aïe, mes mollets. À ce stade, je ne suis pas sûre de faire le chemin du retour à pied…

Je redescends au bord de l’eau. Un monde fou, fou, fou. Un week-end ensoleillé comme celui-là et ça fourmille d’humains en manque de vitamine D. Les bernaches du Canada ne me contrediront pas. Là aussi, deux ou trois clans. Je vois arriver deux individus, fendant les flots d’une allure cadencée, dans ma direction. Je crois que ces deux-là viennent pour moi, mais je me fourvoyais complètement.

Tout au bord, près de moi donc (mais comme il n’y a pas de barrière à ce niveau, je ne m’approche pas trop près du bord), un groupe de cinq bernaches. Et les deux qui arrivent sont clairement les chefs. Ou les parents ? Dès qu’ils arrivent près du petit groupe, ce dernier se disperse et s’éloigne. Lentement, mais sûrement. À gauche, un troisième petit groupe arrive en file indienne. J’aime les couleurs, le jeu d’ombre et de lumière, je fais donc une photo. Ou un peu plus…

Pour ne pas avoir de torticolis, je lève un peu la tête, histoire de voir ce qu’il se passe dans l’air, si un rapace ne serait pas là, de passage, discretos. Point de rapace en vue, mais un arbre à cormorans ! (rires)

Rencontres de proximité : corneille et bergeronnette

Alors que plusieurs groupes d’humains s’activent pour aller sur l’eau dans leur canoë, j’avise une corneille à moins de dix pas de moi. On se regarde, on se parle silencieusement, on s’évalue. Elle accepte une photo ou deux. Se déplace juste ce qu’il faut pour me laisser passer sans qu’elle doive pour autant décoller, encore une photo, et hop, elle retourne à sa place, le bec plein de boue.

Ces moments de compréhension mutuelle, ces instants où l’oiseau vous accorde sa confiance, même brièvement, sont pour moi l’essence même du soin aux vivants : un respect réciproque, une reconnaissance de l’autre.

Au même endroit, plus loin, mon regard perçant a accroché un petit oiseau qui a la bougeotte. Un hoche-queue. Une bergeronnette des ruisseaux. Je pense à un mâle vu ses couleurs éclatantes. Petit oiseau à longue queue qui hoche tout le temps, d’où son surnom, très timide et farouche. Je sais que je dois faire des photos de là où je suis, avancer lentement, sans quitter l’objectif de mes yeux (et ne pas tomber dans l’eau de préférence) pour espérer avoir une photo potable. Il n’y a pas d’autres chemins. Je suis désolée de devoir la déranger. Finalement, c’est un joggeur qui arrive en sens inverse qui la fait fuir avant moi.

Petit montage sur la première photo :
Dans le rond jaune, première photo de l’oiseau, de très loin.
Dans le carré orange, deuxième photo où j’ai avancé d’un pas et zoomé un peu plus.
La 3e photo (deuxième ici), j’ai recadré, beaucoup recadré pour que vous puissiez voir un peu mieux à quoi ça ressemble.

Encore un cormoran en vol. De plus haut, de plus loin. Mais vous pouvez voir, même d’aussi loin, la tache blanche sur son corps noir. Un adulte au plumage nuptial.

Le mystère du parc : une chose indéfinissable

Alors que j’observe plusieurs « arbres à cormorans », un gros « paquet » titille ma curiosité. Un truc indéfinissable, non identifié, tout en haut d’un arbre. Des gens dans le parc, des dizaines et des dizaines de gens. Des enfants, des adultes, des chiens, des joggeurs, des cyclistes… et une seule andouille (moi) qui a le nez en l’air et qui vise avec son zoom ce truc informe.

Je pense d’abord à un nid de frelon qui aurait été traité et que la neige de la semaine passée a commencé à détruire. J’hésite un instant à passer par un autre chemin (encore un choix, encore une bifurcation dans ce parc, car oui, je suis arrivée au parc que je voulais traverser), mais je suis déjà épuisée avec des douleurs nettes aux pieds, aux orteils, aux muscles des jambes. (Info à moi-même : quand je décide de faire de longues balades pareilles, mettre deux paires de chaussettes ou une grosse paire de chaussettes pour la marche !)

Mais cet autre chemin me permettrait d’avoir un autre point de vue, un autre angle de vue de cette « chose ». Je pense alors à un manteau ou un tissu, une couverture qu’on aurait balancé comme ça ? Mais ça m’a l’air d’avoir du volume. Malgré la couleur, plutôt gris foncé, ça doit être un nid de frelons partiellement décomposé. Je ne vois rien d’autre, malgré mon zoom poussé à fond.

Retour à la civilisation

Il me reste vingt-trois minutes avant ma destination finale : la librairie Regards Nature. Je sors du parc et rentre dans la ville, avec les voitures par centaines, avec le tram bruyant, avec les gens riant, avec ces odeurs de ville, ce brouhaha continu… tout ce que je n’aime pas. Mon manteau sur mon autre bras dissimule mon appareil photo. Centre-ville et ville sont égaux à vols, pickpockets et autres agressions. Il ne faut pas tenter le diable.

En dernières photos, un cormoran dans un arbre, au-dessus des voitures et du tram circulant…

À la librairie : l’énigme résolue

À la librairie, KO mais contente de ma balade et de mes observations du vivant par ce magnifique temps, je demande à ma collègue et à « Monsieur Optique » présents s’ils ont une idée de ce que la « chose » pourrait être. Les propositions sont rares, mais intéressantes :

  • Un sac jeté ?
  • Une sculpture posée là intentionnellement ? Un musée d’art en plein air ?
  • Le cadavre d’un héron ?

Je penche beaucoup pour une sculpture. Mais je me souviens aussi d’un héron cendré que je croyais mort, car il ne bougeait pas du tout et avait la tête complètement rentrée dans les épaules (parc Hauster, encore une fois, en décembre, sans neige).

Héron cendré – grosse sieste profonde – 12/12/2025 – Chaudfontaine

J’aurais bien aimé rentrer à pied pour aller voir par l’autre chemin, mais mon corps ne le veut pas. Alors, ce n’est qu’une fois à la maison, en regardant les photos via l’ordinateur, que la vérité éclate : c’est un héron cendré, bien vivant, qui a froid ou qui dort tranquillement ! En zoomant sur l’écran de l’ordinateur, on voit très clairement la patte, au moins une patte, avec les doigts qui accrochent la branche de l’arbre.

Ainsi, on a deux photos d’un héron qui fait dodo : recto et verso (rires)


Neuf kilomètres pour prendre soin. Prendre soin de mes pas qui me portent, de mes yeux qui observent, de mes mains qui tiennent l’appareil avec patience. Prendre soin du rouge-gorge en lui cédant le passage, de l’orvet déshydraté en lui offrant de l’eau et de l’ombre, de la corneille en acceptant son regard sans la presser, de la bergeronnette en reconnaissant que ma présence la dérange. Prendre soin du héron endormi en le laissant tranquille dans son arbre, sans avoir besoin de m’approcher davantage pour confirmer ce que mes photos me révéleront plus tard.

Prendre soin des vivants, c’est aussi prendre soin de notre capacité d’émerveillement, de notre curiosité bienveillante, de notre patience. C’est accepter la crampe au mollet, les pieds douloureux, la fatigue, parce que le privilège d’observer demande parfois de l’inconfort. C’est rentrer épuisée mais riche de ces rencontres fugaces qui nous rappellent que nous ne sommes qu’une espèce parmi tant d’autres, partageant ces chemins, ces parcs, ces bords d’eau.

Et c’est, finalement, en prenant soin d’eux que nous prenons soin de nous.

Découverte des oiseaux en hiver au parc

Dimanche 11 janvier 2026

Chaudfontaine, dernière journée enneigée

Balade interdite aux promeneurs. La grille et le panneau d’interdiction franchis, je compris rapidement la raison : les allées étaient devenues une vraie patinoire.

Je n’étais pas la seule à franchir cet interdit, mais il y avait moins de monde que d’habitude. Froid, mais pas glacial. Bien habillée, au sec. Agréable pour se promener si l’on fait abstraction des glissades occasionnelles.

Le paysage, les arbres, la vie, le parc, le sol… tout est blanc. Silencieux, hormis les voitures sur la route de l’autre côté de la Vesdre. Et puis, les oiseaux chantent. Peu et brièvement, mais ils sont là. Une discussion vient rompre ce charme : un couple parle et leurs voix portent loin. Désagréable pour moi.

Je marche sur le côté, dans la neige, pas sur le chemin verglacé qui crisse sous les pas. Voilà qu’un tout petit oiseau file à un mètre du sol. De petite taille, de couleur sombre, je pense au troglodyte. Trop rapide, je n’ai pas pu l’identifier. Il s’est caché dans un buisson, muet comme une carpe. Devenu aussi invisible que la cape d’Harry Potter.

Je souris et poursuis mon chemin en regardant à ma droite. Il y a souvent un héron les pattes dans l’eau. Pas aujourd’hui. Trop froid sans doute. Je pense alors à Martin, mon copain. Je veux parler du martin-pêcheur. À cet endroit, je le vois presque toujours et quand je ne le vois pas, je l’entends. Mais lui aussi, aujourd’hui, brillera par son absence. Par son silence.

Des colverts et des bernaches du Canada, en veux-tu en voilà. Et, encore plus nombreuses, des mouettes.

Mon petit bouchon* n’est pas visible. Le petit grèbe, le plus petit que l’on peut voir chez nous, en Europe, (grèbe castagneux) doit avoir bien froid lui aussi. Je me demande où il se cache, s’il trouve quand même assez de nourriture ici ou s’il a dû se déplacer plus loin pour se restaurer.

Deux bernaches se sont rapprochées de moi. Elles espèrent sans doute que je leur donne à manger. Moins farouches, ces deux-ci me regardent avec espoir, sans crainte. J’en suis désolée. Je n’ai rien pris à manger…

Quelques mètres plus loin, un rire éclate : une mouette a réussi à attraper quelque chose, un aliment d’assez belle taille. Trognon de pomme ? Morceau de pain ? Autre ? Je l’ignore. J’ai le temps de prendre deux photos, mais le butin reste indéterminé à mes yeux. Chez ces oiseaux, quand l’un a trouvé quelque chose à becqueter, il se fait aussitôt harceler par ses copains – non pour partager, mais pour se faire voler le trésor. S’ensuivent des acrobaties aériennes délicieuses à observer. J’ai toujours le secret espoir que celui ou celle qui a découvert le mets parvienne à échapper à la poursuite. Mais c’est rarement le cas : le butin, s’il n’est pas volé, est tombé, rattrapé ou ramassé par un autre qui n’attendait que ça ! Le chanceux est à son tour poursuivi… Et ainsi de suite. Ça peut parfois durer très longtemps !

À ma gauche, dans le paysage blanc, je vois du brun : de la terre retournée, éventrée au niveau d’un banc en bois recouvert de neige. Je sais qu’il y a pas mal de cyclistes qui descendent du bois, mais la trace des pneus indique que le chemin qu’ils empruntent est juste deux mètres en avant. Je m’approche. C’est impressionnant. Aussitôt une image s’impose dans mon imagination : des sangliers. J’ai déjà vu, il y a presque pile trois ans, le 13 janvier 2023, un sanglier entrer sur le parking d’un immeuble, s’arrêter devant le mur – à quatre ou cinq mètres de moi – et… traverser le double vitrage du cabinet de dentiste au rez-de-chaussée ! Il y a des souvenirs qui marquent au fer rouge, celui-là en fait partie !

Je vérifie que ces bêtes imposantes ne sont plus présentes et j’examine le lieu du crime : la terre gelée est complètement retournée. Je peux remonter la trace du troupeau jusqu’à six ou sept mètres plus haut, dans le bois. Sur le banc, des empreintes, mais pas nettes. Tout me fait penser à la visite de sangliers, mais la certitude n’est pas là. Je fais deux photos pour tenter d’y voir plus clair chez moi.

Un homme courageux, ou fou, passe à côté de moi en courant ! Il fait son jogging habituel… Mais comment fait-il pour ne pas glisser ?

Ti tu ti tu ti tu ti… Une petite mésange chantonne. Du regard, je la cherche et finis par la trouver haut perchée. Une minuscule bleue. Deux, trois… Elle n’est pas seule. Mais trop haute dans les branches pour que je tente une photo.

Par contre, une mésange charbonnière, silencieuse elle, se laisse photographier.

Une photo… L’une de mes résolutions pour 2026 est de faire moins de photos « clic compulsif » et davantage de photos uniques, en mouvement, racontant à elles seules toute une histoire naturelle.

Ce ne sera pas pour aujourd’hui que j’arriverai à diminuer le nombre de clics, quoique … Prévoyante, grâce à ma manie de garder les anciennes photos sur la carte SD – zut, elle est déjà remplie à la moitié de ma balade – j’ai emprunté une carte à mon compagnon, de faible capacité, histoire de dépanner. Grâce à ça et aux températures basses (la batterie se vidant plus rapidement), j’ai globalement fait moins de photos durant ces deux heures de balade. Enfin, tout est relatif (rires).

Car voilà qu’au bout de mon chemin, un groupe de mouettes poseuses me nargue. Quelques photos pour la forme car j’aime ces oiseaux, mais je cherche quand même à ne pas faire un énième portrait standard.

Oh ! Un grand cormoran en vol. Lui aussi, d’habitude visible couramment ici, n’est que peu présent en ce milieu de matinée hivernale.

Je commence à rebrousser chemin. Et là, une grappe d’orites à longue queue ** joue aux top model. De véritables acrobates naturelles. Des mini boules de plumes à longue queue. La vilaine habitude du clic compulsif revient très vite. Zut alors. Mais d’un autre côté, je ne crois pas avoir une seule belle photo nette de cet oiseau qui se déplace si souvent en groupe. Alors je fais des photos : une, cinq, dix… Il y en aura bien une dans le lot qui sera belle, non ? Allez, encore quelques-unes puis je les laisse tranquilles. Une réflexion absurde arrive telle une fusée : heureusement que les oiseaux ne perdent pas leurs couleurs ou leur consistance quand on fait trop de photos d’eux, les pauvres, ils seraient mal servis avec moi…

Je ne sais pourquoi, après cette séance de shooting, je lève la tête. Bingo, pile à ce moment-là, un rapace haut dans le ciel se laisse planer ! Le temps de deux photos (trois en réalité mais la première est floue, bonne pour la poubelle), et il est déjà trop loin pour moi. Je lui trouve les ailes bien larges. Bondrée ? Buse ? Autre ?

Pas le temps de cogiter, j’entends une sittelle donner de sa voix fluette. Mais je ne la verrai pas, pas à ce moment-là. En lieu et place, plus loin, je vois un petit oiseau au bord de l’eau gelée : un rouge-gorge affairé à picorer le sol. Zoom poussé à fond – ce n’est pas l’idéal, mais je n’y voyais goutte dans ces sombres broussailles.

Puis un tout petit oiseau s’amusera à jouer à cache-cache avec moi. Le temps de discuter avec un charmant couple et leur chien fou de neige, la petite mésange bleue se laissera apercevoir de loin, de haut !

Et quasi au même endroit, un turdidé (merle, grives et étourneaux) se fait remarquer. Le temps d’une seule photo… Pas de gaspillage, propre et rapide (rire).

La tête rejetée en arrière et les yeux dans le haut des arbres, je scrute les cimes à la recherche du nid de frelons asiatiques qui a été traité. Il est toujours là, bien entier quoique plus petit, me semble-t-il…

Je commence à avoir les orteils engourdis. Je n’ai pas froid, mais à force de marcher dans la neige, mes chaussures sont détrempées et je suppose que mes chaussettes sont mouillées, même si je n’en ai pas l’impression.

C’est à cet instant qu’un rouge-gorge (le même ou un autre ?) se pose à moins de trois mètres de moi et chante. Il n’a pas l’air d’avoir peur et reste là, face à moi qui le mitraille un peu trop. J’ose avancer de quelques centimètres. Une ou deux photos avec le zoom moins poussé. Encore quelques centimètres et quelques photos plus tard, je finirai par être certaine d’avoir réussi au moins deux beaux clichés de ce chanteur d’hiver. Je le remercie pour sa générosité, je souris et poursuis mon chemin.

Tiens, voilà une sittelle. De loin. Très loin. « On » fait quand même des photos. Plusieurs en se rapprochant néanmoins de quelques centimètres, décimètres, mètre ! Beaucoup, beaucoup trop de photos. Zut, mes deux cartes mémoires sont pleines. Je profite que la sittelle soit bien occupée à taper du bec sur l’écorce de l’arbre pour supprimer une dizaine de photos de vacances. Pour, sait-on jamais, faire d’autres photos d’un autre oiseau que j’aimerais revoir et surtout photographier : le grimpereau ou mon préféré parmi les mésanges, le huppé. Oui, la mésange huppée.

Hélas, je ne verrai aucun de ces deux-là. Mais ce n’est pas grave. J’ai passé un super bon moment avec tous mes amis à plumes.

Je rentre chez moi en m’imposant de trier sérieusement mes photos et de les classer enfin correctement. J’ai du pain sur la planche, vous vous en doutez. Après deux demi-journées, je n’ai pas encore fini…

À bientôt pour d’autres sorties racontées.


*un peu d’étymologie

« Grèbe » vient probablement du savoyard, sans signification particulière, c’est juste le nom qu’on donnait à ces oiseaux aquatiques dans certaines régions.

« Castagneux » vient de « castagne » (châtaigne en ancien français). L’oiseau a été nommé ainsi pour sa couleur brun-roux, qui rappelle celle de la châtaigne. Mais il y a eu confusion historiquement : le nom a parfois été donné au grèbe huppé aussi, mais c’est bien le petit grèbe qui l’a gardé officiellement.

« Petit bouchon » (surnom belge !) est parfait : avec sa forme ronde et trapue, sa couleur sombre et sa façon de flotter à la surface comme un petit bouchon de liège, le surnom lui va comme un gant. Et quand il plonge subitement, il disparaît comme… un bouchon qu’on enfonce !

En anglais, il s’appelle d’ailleurs « Little Grebe » (petit grèbe, très original !) mais aussi « Dabchick », qui évoque justement ses plongeons brusques.

** un peu d’humour scientifique

Orite à longue-queue ou Mésange à longue-queue ? En effet, ce changement de nom a fait grincer quelques dents chez les ornithologues amateurs !

Pourquoi ce changement ?

Les scientifiques ont affiné la classification génétique des oiseaux et décidé que ces petites boules de plumes vives avaient droit à leur propre famille distincte. Résultat : la « mésange à longue queue » n’appartient pas à la famille des Paridés (les vraies mésanges comme la bleue, la charbonnière, la huppée) mais à celle des Aegithalidés. D’où son nouveau nom français : orite à longue queue.

Mais dans les faits…

Physiquement, avec sa petite bouille ronde, son comportement grégaire et acrobate, elle ressemble TELLEMENT à une mésange ! Elle vit avec les mésanges, se déplace avec elles en bandes joyeuses… Alors oui, pour beaucoup de naturalistes de terrain, elle restera « la mésange à longue queue » dans le cœur.

Dans mon jardin d’automne, quelques oiseaux et…

Dans mon jardin d’automne
Ça vole, ça vole !
Un rouge-gorge familier
Des moineaux domestiques
Des mésanges bleues et charbonnières
Un accenteur mouchet
Un troglodyte mignon
Des tourterelles turques
Des pigeons ramiers
Des pies bavardes
Des corneilles noires
Des étourneaux sansonnets
Et, au bout de mon jardin, dans le haut cyprès, une quarantaine de frelons asiatiques.

— Même pas peur, dit le rouge-gorge.
— Ça se mange ? demande la pie.
— En tout cas, ça pique ! répond mon chat Loki.

Dans mon jardin d’automne,
Ça vole, ça vole !
Un rouge-gorge familier,
Qui vient, chaque jour, me saluer.

Les moineaux domestiques,
Se font plus discrets quand souffle le vent frais.
Les mésanges bleues et charbonnières,
Viennent toquer à mes fenêtres.

Un accenteur mouchet,
M’émerveille par son chant parfait.
Un troglodyte mignon,
Se glisse au cœur des buissons.

Deux couples de tourterelles,
Quelles tendres demoiselles !
Quelques pigeons ramiers,
Portent au cou un blanc collier.

Des pies bavardes,
Aux chansons criardes.
Des corneilles et des choucas,
Noirs comme Orion, mon chat.

Des étourneaux sansonnets,
Aux reflets changeants, quel ballet !
Et, au bout du jardin, dans le haut sapin
Une armée de frelons, volant, zigzaguant sans fin
Leurs couleurs brillent au soleil magique,
Mais, ces créatures volantes, je les trouve… bien moins sympathiques !


Quelques photos personnelles des oiseaux (la plupart prises dans mon jardin, mais pas uniquement cet automne).

Je n’ai pas parlé du pic épeiche qui nous rend parfois visite, comme une flèche.

Ni du merle qui pourtant est un fidèle visiteur.

Enfin, le geai des chênes aussi, avec ses belles couleurs, qu’est-ce que je l’aime !

Orion, chat noir et adorable

Pour terminer la présentation de mes chats, voici Orion, chadorable félin presque tout noir.

Orion a quatre ans et demi. C’est le troisième arrivé à la maison. C’est sans doute le plus cool de la bande, mais aussi l’un des plus indépendants. Il ne vient jamais réclamer de câlins, pourtant il ronronne dès qu’on le touche. Il frotte sa tête dans nos mains, miaule comme s’il n’avait jamais rien mangé, et part souvent en vadrouille, le grand explorateur de la maison.

Il passe la plupart de ses nuits à la belle étoile, sauf quand il neige ou qu’il pleut à verse. Et quand il commence sa nuit à l’intérieur, il trouve toujours un moyen de me réveiller si le temps s’adoucit : un bond sur moi (ou sur le chat qui dort à côté), un frottement de tête contre la mienne, et la machine à ronrons se met en route… Entre le moteur vibrant et ses moustaches chatouillantes, je finis toujours par céder et lui ouvrir la porte.

Orion est aussi le plus petit de tous. Sa maman n’avait pas pu être stérilisée à temps (confinement n°2, si ma mémoire est bonne). Ma fille et moi avions trouvé sa maman et sa petite sœur, trempées, en pleine rue un soir de pluie. Nous les avions mises à l’abri, puis retrouvée leur maison le lendemain. La fillette du foyer voulait garder la petite sœur d’Orion. Quant à lui, deux personnes s’étaient dites prêtes à l’adopter… mais ne sont jamais venues le chercher. Je pensais qu’il avait deux mois, mais il en avait déjà quatre.

S’il est d’un calme exemplaire à la maison, c’est une autre histoire chez la vétérinaire. Là, il devient un vrai petit démon : grognon, prêt à mordre dès qu’on le touche. Et pas de chance, il a la peau atopique. Multiallergique, il souffre souvent de croûtes et de démangeaisons. Heureusement, depuis fin octobre, il semble enfin aller mieux : le nouveau traitement fait effet. Reste à lui faire avaler sa gélule… une vraie épreuve ! Je vais bientôt tester la version en sirop, amer, paraît-il, mais on peut toujours espérer.

Je me souviens d’un épisode marquant, un été : Orion était sur la terrasse, recroquevillé sur une chaise en plastique sous la table. Il n’est pas rentré quand j’ai ouvert la porte, ce qui m’a tout de suite alertée. Lui qui d’ordinaire est si vorace, chasseur de souris et autres rongeurs dans les champs du maraîcher voisin, restait immobile. En le prenant dans mes bras, j’ai découvert qu’il était couvert d’un liquide blanc et visqueux, comme de la bave épaisse. Il respirait vite, sans bouger. Direction vétérinaire dès l’ouverture : il avait été mordu à la tête, deux petits trous profonds, sans qu’on sache par qui : chien, blaireau, renard ? Le mystère reste entier.

Aujourd’hui, Orion va bien. Il garde son air un peu sauvage, son cœur tendre et sa liberté d’aventurier.

Des moineaux sous mon toit : ça piaille

Ça y est, les piafs sont nés,
Depuis des jours, j’les entends piailler.
Une armée de becs qui réclame sans fin,
Du lever du jour jusqu’au prochain matin.

Ils sont nourris à la chaîne,
Par les deux parents, sans peine.
Mais j’vois surtout le papa moineau,
Voler, tourner, ramener du miam miam au nid là-haut.

Et ce nid ? Ah, parlons-en, quelle trouvaille !
Sous la corniche, au ras du toit, c’est la pagaille.
Un amas de mousse, de branches, de vieux bouts de fil,
Un squat aérien, un chantier bien trop fragile.

Pendant ce temps, mon palace reste vide,
Un nichoir 5 étoiles, tout propre, tout solide.
Trois appartements, à l’abri du vent,
Avec terrasse et vue plein sud, franchement !

Je l’ai acheté 45 boules, sans rire,
Pensant accueillir une joyeuse clique à nourrir.
J’avais tout prévu, même l’ancien spot respecté,
Juste à côté, là où l’ancienne chaudière était installée.

Mais voilà, la chaudière a claquée,
Et les moineaux… ont déménagé.
Pas un regard pour mon immeuble solide en bois,
Pas un bec curieux… j’vous jure, quel effroi !

J’ai vu des mésanges bleues, c’est vrai, passer,
Mais plus de bruit, plus rien… tout a déserté.
Pendant que les moineaux hurlent à tue-tête,
Sous mon toit, ça s’entête !

Quel affront ! Quel camouflet !
Ils préfèrent leur trou miteux, aucun respect,
À mon palace cosy, chauffé et ventilé…
Franchement, y’a de quoi enrager.

J’aurais dû leur faire un taudis crasseux,
Avec deux clous rouillés, un vieux rideau crasseux.
Là, peut-être, ils se seraient dit « chouette ! »,
Mais moi, j’ai fait trop bien — c’est bête.

Moineaux, bande de rustres, sans goût ni flair,
Vous rejetez l’hôtel pour un coin de misère ?
Mais allez… volez, vivez, faites votre vie,
Vos cris me réveillent — et pourtant, j’souris.

C’est pas chez moi que vous logez, c’est vrai,
Mais c’est chez moi que vous chantez… et ça me plaît.

Bon… j’vous regarde quand même, avec un brin d’émoi,
Courir nourrir vos petits — sous MON toit.

Papa Moineau domestique

Maman Moineau domestique

Voici le magnifique appartement ***** 3 chambres snobé par « mes » moineaux.

Travail superbement réalisé par Le local à plumes (FB)

Marche avec moi

Au détour d’une balade improvisée, ce petit air, je l’ai presque chanté !

Marche avec moi, le matin se lève,
Les herbes s’inclinent, la lumière est brève.
Un pas après l’autre, laisse fuir les pensées,
Écoute l’eau qui parle aux racines cachées.

Les oiseaux t’accueillent d’un concert sans détour,
Pinson, troglodyte, leur chant est d’amour.
Si petit le mignon, mais si fort son appel,
Il fait vibrer le bois, du tronc jusqu’au ciel.

Le rouge-gorge file, discret et vaillant,
Son œil te regarde, curieux, pétillant.
Là, le goéland brun barbote avec dignité,
Tandis qu’une corneille tente de chaparder.

Le héron en vol déploie son grand silence,
Et les canetons rient, dansent leur innocence.
Le grand cormoran, sur la rive endormie,
Étire ses ailes noires comme pages de nuit.

Le Grimpereau discret, doux grimpeur de l’écorce,
Suit un chemin secret, libre et plein de forces.
La mésange bavarde, l’étourneau papillonne,
Chacun a sa voix, et pourtant l’harmonie résonne.

Le sol, lui aussi, regorge de merveilles,
Un hanneton frissonne sous l’ombre d’une feuille.
Une larve de coccinelle, promesse de couleurs,
Et le bourdon des arbres qui butine de fleur en fleur.

Les Dolerus scintillent, furtifs comme le vent,
Tandis que les chenilles s’étirent, lentement, doucement.
Le Viorne donne fruit sur un arbre voisin,
Et l’ail des ours embaume les creux du chemin.

Les Sceaux de Salomon, secrets entre les pierres,
Murmurent à mi-voix des sagesses de terre.
Marche avec moi, écoute, respire, ralentis,
Chaque souffle t’ancre, chaque pas te bénit.

Tu n’as rien à prouver, rien à faire, juste être,
À l’instant, à la vie, au silence, à la fête.
La nature t’accueille, sans question, sans détour,
Elle te murmure simplement : Sois amour


En images. Les photos sont toutes de moi. La moitié ont été faites avec mon smartphone (insectes, paysages, fleurs) et le reste avec mon appareil photo numérique, soit au même endroit – Parc Hauster à Chaudfontaine, soit ailleurs.

La liste des bestioles et végétaux :-)

  • corneille noire
  • étourneau sansonnet
  • héron cendré
  • grand cormoran
  • grimpereau des jardins (je crois)
  • pinson des arbres (ici un mâle)
  • mésange charbonnière
  • mésange bleue
  • mésange nonnette
  • famille de canards colverts (avec des poussins qui étaient plus grands que sur la photo)
  • troglodyte mignon
  • rouge-gorge familier
  • goéland brun (je crois)
  • larve de coccinelle asiatique
  • chenilles de Phalène brumeuse
  • bourdon des arbres e
  • plusieurs dolerus
  • hanneton des jardins
  • fruits d’un Viorne obier qui poussaient sur un autre arbre
  • Sceaux de Salomon commun
  • ail des ours en veux-tu en voilà

Après les photos, le fichier audio ;-)