Voyage sensoriel : une journée de formation avec la nature à mes côtés

Lundi matin, 7h30. Grève des transports en commun. Je me suis proposée d’aller chercher deux personnes près de la gare. Il y avait quelques trains épars. Un peu d’embouteillages, mais pas trop. Arrivée à 8h20. Trop tôt, la formation commence à 9h. Mais ainsi, ma nouvelle collègue et moi-même pouvons découvrir les locaux à notre aise. Je feuillette quelques livres dans la bibliothèque. Il y a des fauteuils. Un petit frigo dans lequel je range ma soupe patates douces et poires.

Les autres arrivent doucement. Je ne tarde pas à quitter la salle de repos pour la salle des cours, car je ne veux pas être coincée, j’aime choisir ma place, toujours face à la fenêtre (des arbres et donc des oiseaux), à un bord ou une extrémité de table. Tables en U pour que nous puissions tous nous voir.

Présentation du staff des formateurs. Présentation des stagiaires. Nous sommes treize. Une personne a annulé sa présence la veille ! Une autre est absente. Un homme pour douze femmes. Entre 25 et 60 ans. D’horizons différents. D’études et de parcours professionnels différents.

Le groupe a l’air sympa, comme ça, à vue de nez. Je suis étonnée du nombre de personnes ayant connu ou traversant encore en ce moment des difficultés émotionnelles (burn-out principalement, épuisement, dépression), dont je fais partie… Ce sont toutes des personnes demandeuses d’emploi.

La pièce est petite, vraiment étroite. Trop petite pour le groupe. Petite pause au milieu de la matinée. Je quitte la salle pour aller me faire un thé. Je papote un peu à gauche et à droite, mais je n’arrive pas à me connecter aux autres. Il fait étouffant pour moi dans ces locaux et la proximité est trop importante pour moi. Aucune circulation ou très difficilement entre les tables et les murs. Je suis tout près de la porte. Je dois la fermer pour pouvoir quitter ma place.

L’heure de midi arrive rapidement. Je ne suis pas les autres pour découvrir la cafétaria ou les autres locaux. Je sors, sans veste, juste avec les gants et mon smartphone. Car j’attends une réponse de mon organisme de chômage et du « pôle emploi ».

Aucune réponse. Mais dehors, je respire enfin.

Il fait froid. Moins un degré. Il y a même quelques rares flocons épars qui flottent comme des pensées perdues. Et surtout, il y a un brouillard qui suspend le temps entre les arbres.

L’organisme de formation est installé dans un petit bois, coincé entre différentes routes, il fait partie du campus universitaire. Pleins de petits et de moyens bâtiments de formations, de recherches, d’études.

Ce brouillard rend l’ambiance du bois très particulière. Un peu comme s’il y avait des fantômes tout autour de moi. De gentils fantômes du froid. Qui soufflent sur mes joues et sur mes doigts. Qu’est-ce qu’il fait froid quand même ! Le monde semble enveloppé dans du coton, les contours s’estompent, les sons se feutrent. Je pourrais être seule au monde dans cette blancheur ouatée.

Deux corneilles noires croassent non loin de moi. Je vois leur silhouette en vol se poser au sol à une petite dizaine de mètres de moi, comme deux ombres mises en lumière par le brouillard. Surtout, j’entends un pépiement aigu que je ne reconnais pas. Je ne m’en formalise pas, je reconnais à l’audition très peu de chants d’oiseaux. J’enlève mon gant droit et j’ouvre l’application « BirdNet ». Au moment où j’enregistre le petit passereau bavard, discret mais bavard, une corneille s’égosille. Je crains un instant que cette voix grave et puissante surpasse, couvre l’autre toute petite et toute légère. Mais l’application identifie quand même « presque certain » un Tarin des aulnes. Il est de l’autre côté de la route, invisible dans la brume, mais je l’entends fort bien, comme une confidence glissée entre les branches. Je ne vais pas traverser la route, je vais un peu continuer mon chemin, car je ne connais absolument pas l’endroit et je veux découvrir un peu tout ce qu’il y a à proximité directe de ma formation. Sans trop m’éloigner (car je risque vraiment de me perdre, je n’aurai pas l’air bête le premier jour hihi).

Je continue à faire des photos des arbres habillés de leur voile opaque et léger, un voile brumeux et silencieux. Les branches se dessinent comme des encres de Chine sur un papier blanc. J’adore le résultat, un peu mystérieux, un peu étrange. Chaque arbre devient une présence, une silhouette presqu’impalpable mais solide.

Au moment où je décide d’aller me réchauffer en allant manger ma soupe et mes sandwiches, je croise une collègue de formation et un formateur. Nous échangeons quelques mots et, au-dessus de nous, passe une poignée d’Orites à longue queue. De brefs sons aigus s’échappent de ces minuscules boules de plumes qui traversent le brouillard comme de petits esprits ailés. Elles sont cinq, six, peut-être sept. Un autre petit oiseau, avec une queue courte, se mêle aux Orites. Je ne l’identifie pas tout de suite, il est trop haut. Pouillot ou mésange bleue ? Un « tiit », un seul, m’aide : c’est une petite Bleue.

J’ai vraiment froid. Je rentre, je réchauffe ma soupe, je mange mes sandwiches, j’échanges quelques mots avec d’autres nouveaux collègues de formation.

Vingt minutes plus tard, je sors à nouveau. Cette fois, avec ma veste. Un merle pousse un cri d’alerte. Je suis démasquée ! Une corneille donne encore de la voix. Et, à ma droite, mon regard capte un oiseau qui se pose au sol. Sur le parking. Près d’une voiture. De dos, il est tout brun. Il se retourne. Un rouge-gorge. Sa tache orange est comme un feu rouge. Je m’arrête.
Il s’arrête aussi. Il m’observe. Le feu toujours rouge devant moi, je ne bouge pas, et je l’observe à mon tour. Je souris. Je ne fais rien d’autre. Je l’observe et je souris. Nous sommes là, lui et moi, dans ce moment suspendu. Il me regarde encore une demi-seconde puis, il se déplace. Lentement. Sans se presser. Il marche en sautillant, comme s’il dansait sur les briques froides du sol. Il va se réfugier sous une voiture à l’arrêt, garée. Devenu quasi invisible à mes yeux, je me retourne lentement et me dirige à l’opposé. Pour découvrir un autre parking.

Une Sittelle torchepot se fait remarquer par son petit cri caractéristique. Celui-là, je pense pouvoir le reconnaître à coup sûr. Je ne sors pas mon téléphone portable pour l’identifier, j’écoute. Tout simplement.

Je suis là en cet instant, entièrement absorbée par les chants chuchotant de tous les vivants, par les voix criardes des plus grands et par les sifflotements ondulants des moins présents.

Tout à coup, un bruit sec, un claquement. La magie de l’instant, brisée. Un oiseau s’envole en faisant cogner ses ailes. Pigeon ramier ? Eh non ! Je me suis trompée ! C’était encore une corneille. La même ou une autre ? Je ne saurais dire.

Clac clac, deux portières de voitures se ferment. Vroum une voiture s’en va. ….. le silence revient.

Je reviens à mon tour, je descends du brouillard, de mes rêves éveillés, et je m’en retourne en « classe ». Nous sommes de bons élèves, on est déjà tous là, installés avec de nouvelles dispositions de tables. On a essayé plusieurs « formes », en L, en U, des ilots, etc. Rien ne convient vraiment. On est resté avec un L, où je suis et les autres tables sont disposées comme à l’école traditionnelle : une table de deux côte à côte, sur trois rangées.

J’ai vraiment trop chaud, j’enlève mon pull.

La soupe chaude, ma petite balade revigorante suivie de la chaleur du local a raison de mon attention. Il doit être environ quatorze heure trente, quand mon regard capte un mouvement au-delà de la fenêtre qui me fait face. Un Geai des chênes. Une apparition soudaine de couleur dans le gris du jour. J’aime beaucoup ce corvidé avec ses couleurs vieux rose, une petite partie de son plumage bleu et blanc, sa moustache noire et ses yeux clairs. Ma vue de loin est excellente. De près, ça y est, la presbytie est arrivée, je ne sais plus lire les petits caractères sans mes lunettes… Heureusement que je vois encore très bien de loin.

C’est marrant, le geai est arrivé presque pile plume au moment où la formatrice disait « vous pouvez vous déconnecter de temps en temps, tant que vous êtes là physiquement ». Il ne fallait pas me le dire deux fois. J’ai loupé quelques phrases que la formatrice a dit. J’étais avec le geai. C’était bien gai (rires).

Le secret des insectes rarement observés

Rare ou rarement observé ? Quand un insecte vous fait rater LE martin-pêcheur

Petit article différent aujourd’hui. Car la balade que j’ai fait ce jour commence par le même endroit que celui que j’ai décrit samedi. Je ne vais pas vous bassiner avec plus ou moins les mêmes bestioles aperçues…

Au bord de l’eau. Encore. Toujours. On ne change pas un lieu merveilleux, surtout quand celui-ci est accessible rapidement et facilement à pied.

Mon attirail de naturaliste du dimanche

Quand je sors me balader, c’est toujours accompagnée de mon appareil photo et de mon smartphone. Le smartphone pour l’application « Obsidentify » qui m’aide beaucoup à identifier les insectes, fleurs et champignons. Ce sont là des domaines que je ne maîtrise pas du tout.

Quand je sors me balader, c’est toujours sans idée bien arrêtée. Je profite de l’air, des chants des oiseaux, des rencontres fortuites ou « assurées ». Il va de soi que je me parle souvent à moi-même quand j’ai envie de croiser et de photographier un animal.

Ainsi, dans mon carnet de doux objectifs pour 2026, j’ai noté que j’aimerais voir tel ou tel oiseau ou mammifère, essayer de les photographier si possible, même de loin, et faire de plus belles photos de certaines autres espèces.

Le Martin-pêcheur figure dans cette liste. J’ai déjà des photos, mais de loin. La meilleure que j’ai de lui date de 2001, quand je travaillais au magasin Nature & Découvertes du shopping de Woluwe Saint-Lambert, à Bruxelles. En face de ce centre commercial : un parc, un étang et… Martin ! À cette époque, je maîtrisais mon appareil photo argentique, un Nikon, avec son zoom Tamron de 200-400 mm et son doubleur de focale. J’assurais grave, comme aurait pu dire ma fille, car toutes mes photos se faisaient à main levée ou objectif posé sur une pierre, une branche, un mur, une grille. Mais regardez quelle jolie photo c’était à cette époque ! (Je l’ai retrouvée il y a quelques jours, j’en suis toute émue.) C’était le 23/01/2001 ! Martine, une femelle reconnaissable grâce à sa mandibule inférieure orange.

Photo d’une photo « papier »

Vingt ans plus tard, j’ai un bridge avec un zoom encore plus puissant, mais de qualité – disons-le franchement – de moins bonne facture. Dès que je zoome un peu, on voit le « grain », ça fait tache ou ça rend les images floues, imprécises. Mais bon, je n’ai pas les moyens de m’offrir un réflexe numérique, alors je profite de ce que j’ai, je m’adapte, et je souris. (photo ci-dessous : décembre 2025)

Une balade ordinaire… en apparence

Donc le long de l’eau… Agréable météo avec un beau soleil et une fraîcheur bienvenue en cet hiver perturbé. Mes « petits bouchons » sont là, au même endroit, toujours trop loin, toujours trop petits, mais bon, allez, pour la postérité, on fait quand même une photo. Une seule.

Ah, je vois aussi son cousin, le grèbe huppé. En plumage d’hiver, il est blanc et gris, et avec ce soleil, sa tête et son cou sont « brûlés » sur la photo, trop blancs, sans détails, c’est moche. Mais bon, je fais quand même une photo. Une seule. Ne pas oublier de ne pas appuyer trop souvent sur le déclencheur. Patienter, savourer, profiter de l’instant.

Des mouettes rieuses, en nombre, avec des grands cormorans, aussi en nombre, mais un peu inférieur quand même. Tout au bout, sur le muret de la cascade, une poule d’eau. Elle marche sur le muret. Deux mouettes sont posées non loin, une couchée, l’autre debout. Quand la poule d’eau arrive à leur niveau, hop, chacune s’envole à tour de rôle. C’est marrant. La poule d’eau est nettement plus petite que les mouettes, mais elle en impose par ses couleurs de notre nation : noir, jaune, rouge.

L’insecte qui a tout changé

Et alors que je veux poser mes coudes sur la barre en métal pour pousser mon zoom à fond et ne pas trembler (et risquer des photos floues), je vois un insecte. Un drôle d’insecte. Jamais vu. Une sorte de mouche allongée et plate, avec de jolis dessins dans ses ailes et rabattues comme celles d’une demoiselle, mais à l’horizontal.

Pour le coup, je ne pose pas les coudes et je sors mon smartphone pour identifier la bestiole : Taeniopteryx schoenemundi. Rien que ça ! Je retiens …pteryx Schoen… la fin du premier nom et le début de l’autre.

Mais le symbole d’un rond rouge à côté de son nom met mes sens en alerte : très rare.

Oufti comme on dit à Liège ! Très rare ! Ça mérite une série de photos en mode macro de mon super appareil photo (pour ça, il est génial !). Je fais une photo, puis je me déplace un peu pour avoir un peu plus de lumière, une deuxième photo. Zut, mon ombre est sur l’insecte, j’avance et me retourne, une troisième photo.

Et là : tsiii tsiii.

M….E ! Martin était là, à quatre ou cinq mètres de moi et je ne l’avais pas vu !

Crotte de pigeon.

« Pardon, Martin, pardon, je ne t’avais pas vu. Reviens, je m’en vais. Pardon. »

Je fais une photo, au pif (ou au bec) en espérant l’avoir dans mon viseur. Puis je râle contre moi quelques secondes.

Quand le cerveau se focalise sur une seule cible

Ce qui s’est passé à ce moment-là porte un nom en sciences cognitives : l’image de recherche (ou search image en anglais). Mon cerveau était tellement concentré sur cet insecte « très rare » qu’il a littéralement occulté tout le reste de mon environnement, y compris un Martin-pêcheur bleu électrique à cinq mètres de moi !

C’est à la fois fascinant et frustrant : notre attention fonctionne comme un projecteur. Quand on l’oriente intensément sur quelque chose de petit (un insecte rare), on peut ne plus voir ce qui se passe autour, même si c’est spectaculaire. Et la photo de Martin que j’aurais pu avoir de si près… topissime, comme disent les jeunes. Ratée. Snif.

Le radar activé

Fâchée contre moi-même d’avoir été obnubilée par cet indice de rareté et d’avoir oublié de vérifier si mon ami le Martin-pêcheur n’était pas dans les parages avant de faire la clown, je continue mon chemin en pestant intérieurement et en regardant si mon ami Martin revient.

Mais, sans le savoir, j’ai activé un nouveau radar. Je regarde chaque centimètre de la barre de métal qui longe cet endroit, à trois mètres au-dessus de l’eau.

Bingo ! Un autre machinpteryx Schoen…

Je ne peux m’empêcher de refaire des photos. Et de l’encoder quand même aussi dans l’application d’observation.

Deux individus à moins de 10 mètres ! Trois ! Quatre !

Au total, sur environ septante mètres, j’en noterai cinq ! Cinq insectes très rares.

La grande question : rare ou rarement observé ?

Dans ma petite tête, je me demande aussitôt si cet insecte est vraiment rare (chez nous, en Belgique) ou si c’est simplement qu’il est vu rarement par des naturalistes/entomologistes ?

Parce que quand même : trouver cinq individus « très rares » en moins de cent mètres, un jour ordinaire, en regardant simplement des barres en métal au bord de l’eau… ça pose question, non ?

Cette interrogation touche à un phénomène fondamental en écologie : le biais de détection. Beaucoup d’espèces sont considérées comme rares non pas parce qu’elles le sont vraiment, mais parce que :

  • Peu de gens prennent le temps de les chercher (surtout les insectes, comparés aux oiseaux)
  • Elles vivent dans des habitats peu fréquentés par les naturalistes
  • Elles sont discrètes, petites, ou présentes à des périodes limitées de l’année
  • Elles manquent de spécialistes pour les identifier

C’est ce qu’on appelle aussi le biais géographique : moi, je connais ce site, je le fréquente régulièrement, à différentes saisons, avec attention. Je crée une « pression d’observation » élevée sur ce petit territoire. Du coup, je découvre ce que d’autres ratent, simplement parce que je suis là, souvent, les yeux ouverts.

Intermède au restaurant : question de jizz

Arrivée au restaurant à midi, je mange avec belle-maman aujourd’hui. Je range mon appareil photo dans mon sac à dos, posé à côté de moi. Nous nous sommes installées côté fenêtre pour voir le magnifique ciel bleu et les arbres. Nos plats sont servis rapidement. Le mien est très chaud, je souffle lentement sur les aliments qui sont sur ma fourchette quand mon regard périphérique (un vrai radar détecteur de vivants) capte un mouvement haut dans le ciel.

Il vole en planant et en décrivant de larges cercles. Grande envergure, mais avec des ailes étroites et droites. Ce n’est donc pas un rapace. Mes connaissances se limitent à ça.

Je ressors aussitôt mon appareil et je vise comme je peux l’oiseau. Un peu tordue quand même, car la vue depuis la fenêtre n’est pas des plus aisées pour photographier. Deux photos avant qu’il ne disparaisse de mon champ de vision.

Deux coups de fourchettes plus tard et hop, il réapparaît. Ah non ! Ici, c’est un rapace, le jizz est tout à fait différent.

Mais c’est quoi, le « jizz » ? Le jizz (prononcé « djize »), c’est un terme utilisé par les ornithologues pour désigner l’impression générale qu’on a d’un oiseau : sa silhouette, sa manière de voler, sa posture, son comportement, ce « quelque chose » qui permet de l’identifier même de loin ou dans de mauvaises conditions.

C’est comme reconnaître quelqu’un de dos dans la rue à sa démarche, sans voir son visage. Le jizz, c’est ça : un rapace a des ailes larges et arrondies, un vol battu-glissé caractéristique. Un goéland a de longues ailes étroites et droites, il plane avec grâce. Même floue, même loin, l’impression générale est différente.

Mon premier oiseau au restaurant ? Ailes longues et fines, vol plané en cercles : goéland. Le second ? Silhouette plus compacte, vol différent : rapace.

Je ne saurais identifier le rapace ainsi, trop loin pour moi, alors je fais… des photos. Deux également.

Verdict de l’intelligence artificielle

À la maison, je rentre les photos dans le site observations.be pour voir si l’intelligence artificielle spécialement programmée pour reconnaître les animaux identifie mes planeurs.

Longues ailes étroites, trop loin et photo de trop mauvaise qualité, mais c’est un goéland. Un argenté, un brun ou autre, rien de certain.

Quant à l’autre, il s’agit bien d’un rapace : un épervier d’Europe ! Vu sa taille, j’opterais pour une femelle, qui, chez cette espèce, est plus grande que le mâle 😊

Souvenirs de raretés

Je revisionne les clichés numériques de l’insecte « très rare ». Cette mention m’a fait me rappeler un souvenir que j’ai déjà évoqué sur ce blog : l’observation extraordinaire (avec photo en prime !) de ma première, de ma seule et unique Marouette ponctuée. (clic pour lire l’article qui lui est consacré sur ce blog) C’était aussi en 2001, à l’étang de Virelles. Le guide-nature qui m’accompagnait ce jour-là avait dit que c’était la chance du débutant. Il n’avait pas tout à fait tort 😉

Et puis, je me souviens aussi que sur cette application belge, les lézards des murailles sont aussi considérés comme « très rares ». Or, je vois ce reptile facilement. Je sais où le voir et neuf mois sur douze, il est présent et il n’est pas tout seul.

Alors, rare ou pas rare ?

Cette question illustre parfaitement le paradoxe de la rareté en sciences naturalistes.

Deux hypothèses se complètent :

1. L’effet observateur : Après plus de 20 ans à observer les oiseaux, j’ai développé un œil affûté. Je repère des détails, des mouvements, des formes que d’autres ne voient pas. Mon cerveau s’est entraîné à détecter certains patterns. C’est l’effet de l’expérience.

2. Le sous-échantillonnage : Beaucoup d’espèces dites « rares » souffrent simplement d’un manque d’observations. Peu de gens regardent les barres métalliques au bord de l’eau à la recherche d’insectes discrets. Peu de gens connaissent les bons coins à lézards. Résultat ? Ces espèces semblent rares alors qu’elles ne le sont peut-être pas tant que ça. Elles sont juste… rarement observées.

C’est pour ça que les plateformes comme observations.be sont si précieuses : chaque donnée encodée, même avec une photo moyenne, contribue à corriger ces biais. On découvre parfois que des espèces « très rares » sont en fait présentes, mais qu’il manquait simplement des gens pour les chercher au bon endroit, au bon moment.

Conclusion (avec une pointe d’humour)

Alors, vous avez dit rare ? Je suis une perle rare, on me l’a déjà dit quand je travaillais ici ou là. (Rires.)

Mais sérieusement : cette journée m’a rappelé que la nature réserve toujours des surprises à qui prend le temps de regarder. Même si ça implique de rater LA photo du Martin-pêcheur de l’année parce qu’on était obnubilé par un insecte au nom imprononçable. Et puis, on est qu’au début de la nouvelle année, il me reste encore onze mois pour sublimer ma flèche bleue préférée.

Et vous savez quoi ? Je retournerai ici ou là, ici et là. Parce que Martin, lui, il n’est pas rare. Il est juste… discret. Et patient. Contrairement à moi.

Toutes les observations de cette journée ont été encodées (ou vont l’être) sur observations.be, photos floues comprises. Parce que même une photo moyenne d’une espèce rare (ou rarement observée, on ne sait toujours pas) vaut mieux que pas d’observation du tout.


Pour aller plus loin :

  • Le « jizz » : cette impression générale qui permet d’identifier un oiseau même de loin
  • Le biais de détection : quand une espèce semble rare simplement parce qu’elle est peu observée
  • Le biais géographique : l’importance de prospecter régulièrement les mêmes sites
  • L’image de recherche : quand notre cerveau se focalise sur une cible au point d’en occulter d’autres

Et n’oubliez jamais : un Martin-pêcheur raté vaut toujours mieux qu’aucun Martin-pêcheur du tout. Enfin, c’est ce que je me répète pour me consoler.

Un insecte étrange : la beauté cachée

Les dessous d’un insecte

Un drôle d’insecte flotte dans le bol d’eau,
Jaune et noir, quel étrange oiseau !
Ni guêpe, ni frelon, ni abeille,
Un corps tout plat, drôle de merveille.

Ses longues antennes me font hésiter,
Je tends la main, pour le sauver.
Hélas, il ne bouge plus d’une patte,
Figé, brillant, sous la lumière plate.

Par précaution, au vu des couleurs,
Je prends une brindille, sans frayeur.
Quand on ne sait ce qu’on a trouvé,
Mieux vaut sauver sans trop toucher.

Clic-clac ! Une photo pour l’histoire,
Dans mon appli, je veux tout savoir.
Quel est donc ce curieux invité,
Aux habits jaunes délicatement zébrés ?

Oh ! C’est une punaise ! et quelle espèce !
Sous ses élytres, quelle finesse !
La gonocère des haies, rien de moins,
Un nom savant pour un insecte du coin.

Elle aime les haies, les prunelliers,
Les aubépines et les pommiers.
Discrète encore sous le ciel doré,
Elle prend la chaleur avant d’hiberner.

Sous ses ailes dorées,
Le jaune et noir s’y fait beauté.
Je la croyais morte, noyée, figée,
Mais la voilà qui revit, toute en légèreté.

Sous le soleil chaud de la mi-saison,
Elle s’ébroue, reprend son horizon.
Elle déploie ses pattes, suit son chemin,
Comme si de rien n’était, tranquille, enfin.

Moralité : avant de crier « punaise ! »,
Apprenons à voir la beauté qui se dresse.
Sous leurs dessous de soie ou d’écorce,
Les insectes cachent mille forces.

Quel automne : 17 degrés en ce 5 novembre 2025 !
Avait-elle chaud ou soif pour que cette punaise tombe dans l’eau ?

Le souffle de la mer

J’ai fui l’agitation pendant cinq jours. La mer m’attendait avec son vent violent, ses vagues bruyantes, ses ciels changeants. Tout a tremblé, tout a été secoué : mes idées, mes envies, mes rêves, mes colères. J’ai oublié mon appareil photo, comme si je devais accepter de voir autrement. Alors j’ai pris le monde dans la paume de mon smartphone, j’ai écrit quelques mots au fil des vagues, et j’ai laissé les paysages parler pour moi.

Ce séjour m’a montré une chose essentielle : je ne suis obligée de rien, sinon de prendre soin de moi. J’ai pris une décision, fragile, mais importante : accepter de me faire aider, même avec un argent que je n’ai pas, même avec des doutes sur l’avenir. Parce qu’aujourd’hui, m’aider, c’est déjà choisir de continuer. Je m’aide, comme je peux, quand je peux, si je veux.

Ces photos sont des traces de ce chemin-là. Elles ne disent pas la fatigue, ni les larmes, ni la tristesse de l’automne…

Ces photos sont des pauses volées, fragiles, honnêtes, pleines d’un désir simple : prendre soin de soi, même quand tout semble lourd. Mais elles portent l’espérance discrète que, demain, peut-être, la lumière changera.

Juste une loupe et tout s’éclaire

Ce matin, sur ma fenêtre
Une mue légère, laissée par l’éphémère.
Clic-clac ! Une photo vite prise,
Mais le rendu manquait de surprise.

Alors j’ai pensé à ma loupe chérie,
Celle du botaniste, bien choisie.
Je l’ai posée devant l’objectif,
Et là, miracle : le détail devient intensif.

Maintenant je souris,
Devant cette image embellie.
Petit coup de pub bien mérité
Pour cette loupe que j’ai adoptée.

Et merci à mon GSM complice,
Pour ce cliché plein de malice.
Clin d’œil aux collègues passionnés
De la librairie où tout est à observer.

mue d’un insecte : éphémère
02/06/2025 – Liège

Ce matin-là, sur le rebord de ma fenêtre, une mue. Légère. Oubliée là par une éphémère.
Un fragment de vie. Une trace du passage. Une seconde peau, abandonnée, presque invisible.

D’instinct, j’ai pris une photo.
Clic-clac. Mais l’image était floue, sans éclat.
Alors j’ai sorti ma loupe — celle du botaniste — et je l’ai glissée devant l’objectif.
Tout a changé.
Les nervures sont apparues, le dessin délicat, la beauté discrète.
Et moi, j’ai souri.

Parce que parfois, il suffit juste de regarder autrement. De prendre un petit recul. De changer d’angle.
La loupe, c’est ce recul. L’outil simple qui agrandit le réel, qui nous pousse à voir ce qu’on ne regarde plus.
L’appareil photo, c’est la mémoire. Celle qu’on garde pour avancer.
Et la mue ?
C’est ce qu’on laisse derrière. Une peau trop étroite, un passé qui a fait son temps.
Ce n’est pas une perte, c’est une libération. C’est la place faite à du neuf, à plus solide, plus vivant.

Quand quelque chose se termine, ce n’est pas toujours une fin.
C’est peut-être juste une transformation. Une métamorphose discrète, à peine visible à l’œil nu… sauf si l’on prend le temps. Sauf si l’on s’équipe d’une loupe, d’un regard curieux, et d’un cœur ouvert.

Alors oui : juste une loupe… et tout s’éclaire.

Loupe du botaniste disponible en doublet 10x ou 15x ou triplet 10x à la librairie Regards Nature – Jardin botanique ;-)


L’éphémère. Ce petit insecte à la vie si brève qu’il en devient symbole.
Parfois, quelques heures à peine.
Et pourtant, il naît, il se transforme, il s’élance, il vit.

L’éphémère nous rappelle que le présent ne dure pas.
Qu’il faut parfois s’arrêter, ralentir, poser le regard.
Observer. Patienter. Ressentir.
Parce que ce qui est là maintenant ne le sera peut-être plus demain.
Parce que le beau se cache dans l’instant.

Mon projet d’écriture est né de là : d’un regard sur une mue oubliée, d’un détail presque invisible, d’un moment suspendu.
Un détail que j’aurais pu ignorer.
Mais j’ai pris le temps. J’ai observé. J’ai vu.
Et à travers l’éphémère, j’ai compris : chaque instant est une chance.
Une mue, une loupe, une photo… et tout devient clair.

Une araignée, une peur

Petit partage d’expérience. Scène vécue ce midi.
Au travail, tout le monde me connaît comme la sauveuse des animaux en détresse.
L’une de mes collègues, avant de partir rejoindre son bureau me laisse ce message écrit :
« Si tu veux sauver une araignée de la noyade dans l’évier 😂 »
Je cours, je vole… Et là, je m’attendais à chercher la petite bête dans l’évier (je m’imaginais déjà la prendre courageusement dans mes mains), et je tombe sur une Tégénaire 😨
Moi, à moi-même : « ah oui, mais non, faut pas exagérer quand même ». Et puis, je l’observe. Elle glisse et n’arrive pas à remonter. Je prends la première chose qui me tombe sous la main : un petit verre d’enfant. Une de ses pattes ne rentre pas dans le verre.

– Allez fais un petit effort, que je lui demande en tremblant quelque peu.
Zou, elle est dans le petit verre. Mais elle bouge vite. Et elle ressort tout aussi vite, pour…. Retomber dans l’évier !
On recommence. Bis repetita. Exactement la même scène se reproduit, si ce n’est qu’elle rentre plus vite dans le verre. Pour me fuir et retomber … Eh oui, dans l’évier !
3e et dernière tentative. C’est la bonne. Elle se déplace vite mais cette fois sur le bord du meuble et tombe par terre.
Surprise une micro seconde, elle court se réfugier sur la planche en bois, au pied du meuble de la cuisine et n’y bougera plus le temps de reprendre ses esprits – et les miens. (Et quelques photos)
Quelle aventure mes amis !

Et tout ça alors que je suis malade 🤧

Tégénaire des murs

On voit que c’est un mâle grâce à ses « petits gants de boxe » au niveau de sa tête. La femelle n’en a pas, c’est tout droit.

Il y a aussi une question de taille, le mâle est paraît-il plus petit. Mais pour moi, les Tégénaires sont de grandes araignées, qu’elles soient mâles ou femelles. Je ne me suis pas amusée à mesurer son petit corps, me rapprocher pour faire ces photos nettes, c’était déjà plus que courageux.