Découverte des oiseaux en hiver au parc

Dimanche 11 janvier 2026

Chaudfontaine, dernière journée enneigée

Balade interdite aux promeneurs. La grille et le panneau d’interdiction franchis, je compris rapidement la raison : les allées étaient devenues une vraie patinoire.

Je n’étais pas la seule à franchir cet interdit, mais il y avait moins de monde que d’habitude. Froid, mais pas glacial. Bien habillée, au sec. Agréable pour se promener si l’on fait abstraction des glissades occasionnelles.

Le paysage, les arbres, la vie, le parc, le sol… tout est blanc. Silencieux, hormis les voitures sur la route de l’autre côté de la Vesdre. Et puis, les oiseaux chantent. Peu et brièvement, mais ils sont là. Une discussion vient rompre ce charme : un couple parle et leurs voix portent loin. Désagréable pour moi.

Je marche sur le côté, dans la neige, pas sur le chemin verglacé qui crisse sous les pas. Voilà qu’un tout petit oiseau file à un mètre du sol. De petite taille, de couleur sombre, je pense au troglodyte. Trop rapide, je n’ai pas pu l’identifier. Il s’est caché dans un buisson, muet comme une carpe. Devenu aussi invisible que la cape d’Harry Potter.

Je souris et poursuis mon chemin en regardant à ma droite. Il y a souvent un héron les pattes dans l’eau. Pas aujourd’hui. Trop froid sans doute. Je pense alors à Martin, mon copain. Je veux parler du martin-pêcheur. À cet endroit, je le vois presque toujours et quand je ne le vois pas, je l’entends. Mais lui aussi, aujourd’hui, brillera par son absence. Par son silence.

Des colverts et des bernaches du Canada, en veux-tu en voilà. Et, encore plus nombreuses, des mouettes.

Mon petit bouchon* n’est pas visible. Le petit grèbe, le plus petit que l’on peut voir chez nous, en Europe, (grèbe castagneux) doit avoir bien froid lui aussi. Je me demande où il se cache, s’il trouve quand même assez de nourriture ici ou s’il a dû se déplacer plus loin pour se restaurer.

Deux bernaches se sont rapprochées de moi. Elles espèrent sans doute que je leur donne à manger. Moins farouches, ces deux-ci me regardent avec espoir, sans crainte. J’en suis désolée. Je n’ai rien pris à manger…

Quelques mètres plus loin, un rire éclate : une mouette a réussi à attraper quelque chose, un aliment d’assez belle taille. Trognon de pomme ? Morceau de pain ? Autre ? Je l’ignore. J’ai le temps de prendre deux photos, mais le butin reste indéterminé à mes yeux. Chez ces oiseaux, quand l’un a trouvé quelque chose à becqueter, il se fait aussitôt harceler par ses copains – non pour partager, mais pour se faire voler le trésor. S’ensuivent des acrobaties aériennes délicieuses à observer. J’ai toujours le secret espoir que celui ou celle qui a découvert le mets parvienne à échapper à la poursuite. Mais c’est rarement le cas : le butin, s’il n’est pas volé, est tombé, rattrapé ou ramassé par un autre qui n’attendait que ça ! Le chanceux est à son tour poursuivi… Et ainsi de suite. Ça peut parfois durer très longtemps !

À ma gauche, dans le paysage blanc, je vois du brun : de la terre retournée, éventrée au niveau d’un banc en bois recouvert de neige. Je sais qu’il y a pas mal de cyclistes qui descendent du bois, mais la trace des pneus indique que le chemin qu’ils empruntent est juste deux mètres en avant. Je m’approche. C’est impressionnant. Aussitôt une image s’impose dans mon imagination : des sangliers. J’ai déjà vu, il y a presque pile trois ans, le 13 janvier 2023, un sanglier entrer sur le parking d’un immeuble, s’arrêter devant le mur – à quatre ou cinq mètres de moi – et… traverser le double vitrage du cabinet de dentiste au rez-de-chaussée ! Il y a des souvenirs qui marquent au fer rouge, celui-là en fait partie !

Je vérifie que ces bêtes imposantes ne sont plus présentes et j’examine le lieu du crime : la terre gelée est complètement retournée. Je peux remonter la trace du troupeau jusqu’à six ou sept mètres plus haut, dans le bois. Sur le banc, des empreintes, mais pas nettes. Tout me fait penser à la visite de sangliers, mais la certitude n’est pas là. Je fais deux photos pour tenter d’y voir plus clair chez moi.

Un homme courageux, ou fou, passe à côté de moi en courant ! Il fait son jogging habituel… Mais comment fait-il pour ne pas glisser ?

Ti tu ti tu ti tu ti… Une petite mésange chantonne. Du regard, je la cherche et finis par la trouver haut perchée. Une minuscule bleue. Deux, trois… Elle n’est pas seule. Mais trop haute dans les branches pour que je tente une photo.

Par contre, une mésange charbonnière, silencieuse elle, se laisse photographier.

Une photo… L’une de mes résolutions pour 2026 est de faire moins de photos « clic compulsif » et davantage de photos uniques, en mouvement, racontant à elles seules toute une histoire naturelle.

Ce ne sera pas pour aujourd’hui que j’arriverai à diminuer le nombre de clics, quoique … Prévoyante, grâce à ma manie de garder les anciennes photos sur la carte SD – zut, elle est déjà remplie à la moitié de ma balade – j’ai emprunté une carte à mon compagnon, de faible capacité, histoire de dépanner. Grâce à ça et aux températures basses (la batterie se vidant plus rapidement), j’ai globalement fait moins de photos durant ces deux heures de balade. Enfin, tout est relatif (rires).

Car voilà qu’au bout de mon chemin, un groupe de mouettes poseuses me nargue. Quelques photos pour la forme car j’aime ces oiseaux, mais je cherche quand même à ne pas faire un énième portrait standard.

Oh ! Un grand cormoran en vol. Lui aussi, d’habitude visible couramment ici, n’est que peu présent en ce milieu de matinée hivernale.

Je commence à rebrousser chemin. Et là, une grappe d’orites à longue queue ** joue aux top model. De véritables acrobates naturelles. Des mini boules de plumes à longue queue. La vilaine habitude du clic compulsif revient très vite. Zut alors. Mais d’un autre côté, je ne crois pas avoir une seule belle photo nette de cet oiseau qui se déplace si souvent en groupe. Alors je fais des photos : une, cinq, dix… Il y en aura bien une dans le lot qui sera belle, non ? Allez, encore quelques-unes puis je les laisse tranquilles. Une réflexion absurde arrive telle une fusée : heureusement que les oiseaux ne perdent pas leurs couleurs ou leur consistance quand on fait trop de photos d’eux, les pauvres, ils seraient mal servis avec moi…

Je ne sais pourquoi, après cette séance de shooting, je lève la tête. Bingo, pile à ce moment-là, un rapace haut dans le ciel se laisse planer ! Le temps de deux photos (trois en réalité mais la première est floue, bonne pour la poubelle), et il est déjà trop loin pour moi. Je lui trouve les ailes bien larges. Bondrée ? Buse ? Autre ?

Pas le temps de cogiter, j’entends une sittelle donner de sa voix fluette. Mais je ne la verrai pas, pas à ce moment-là. En lieu et place, plus loin, je vois un petit oiseau au bord de l’eau gelée : un rouge-gorge affairé à picorer le sol. Zoom poussé à fond – ce n’est pas l’idéal, mais je n’y voyais goutte dans ces sombres broussailles.

Puis un tout petit oiseau s’amusera à jouer à cache-cache avec moi. Le temps de discuter avec un charmant couple et leur chien fou de neige, la petite mésange bleue se laissera apercevoir de loin, de haut !

Et quasi au même endroit, un turdidé (merle, grives et étourneaux) se fait remarquer. Le temps d’une seule photo… Pas de gaspillage, propre et rapide (rire).

La tête rejetée en arrière et les yeux dans le haut des arbres, je scrute les cimes à la recherche du nid de frelons asiatiques qui a été traité. Il est toujours là, bien entier quoique plus petit, me semble-t-il…

Je commence à avoir les orteils engourdis. Je n’ai pas froid, mais à force de marcher dans la neige, mes chaussures sont détrempées et je suppose que mes chaussettes sont mouillées, même si je n’en ai pas l’impression.

C’est à cet instant qu’un rouge-gorge (le même ou un autre ?) se pose à moins de trois mètres de moi et chante. Il n’a pas l’air d’avoir peur et reste là, face à moi qui le mitraille un peu trop. J’ose avancer de quelques centimètres. Une ou deux photos avec le zoom moins poussé. Encore quelques centimètres et quelques photos plus tard, je finirai par être certaine d’avoir réussi au moins deux beaux clichés de ce chanteur d’hiver. Je le remercie pour sa générosité, je souris et poursuis mon chemin.

Tiens, voilà une sittelle. De loin. Très loin. « On » fait quand même des photos. Plusieurs en se rapprochant néanmoins de quelques centimètres, décimètres, mètre ! Beaucoup, beaucoup trop de photos. Zut, mes deux cartes mémoires sont pleines. Je profite que la sittelle soit bien occupée à taper du bec sur l’écorce de l’arbre pour supprimer une dizaine de photos de vacances. Pour, sait-on jamais, faire d’autres photos d’un autre oiseau que j’aimerais revoir et surtout photographier : le grimpereau ou mon préféré parmi les mésanges, le huppé. Oui, la mésange huppée.

Hélas, je ne verrai aucun de ces deux-là. Mais ce n’est pas grave. J’ai passé un super bon moment avec tous mes amis à plumes.

Je rentre chez moi en m’imposant de trier sérieusement mes photos et de les classer enfin correctement. J’ai du pain sur la planche, vous vous en doutez. Après deux demi-journées, je n’ai pas encore fini…

À bientôt pour d’autres sorties racontées.


*un peu d’étymologie

« Grèbe » vient probablement du savoyard, sans signification particulière, c’est juste le nom qu’on donnait à ces oiseaux aquatiques dans certaines régions.

« Castagneux » vient de « castagne » (châtaigne en ancien français). L’oiseau a été nommé ainsi pour sa couleur brun-roux, qui rappelle celle de la châtaigne. Mais il y a eu confusion historiquement : le nom a parfois été donné au grèbe huppé aussi, mais c’est bien le petit grèbe qui l’a gardé officiellement.

« Petit bouchon » (surnom belge !) est parfait : avec sa forme ronde et trapue, sa couleur sombre et sa façon de flotter à la surface comme un petit bouchon de liège, le surnom lui va comme un gant. Et quand il plonge subitement, il disparaît comme… un bouchon qu’on enfonce !

En anglais, il s’appelle d’ailleurs « Little Grebe » (petit grèbe, très original !) mais aussi « Dabchick », qui évoque justement ses plongeons brusques.

** un peu d’humour scientifique

Orite à longue-queue ou Mésange à longue-queue ? En effet, ce changement de nom a fait grincer quelques dents chez les ornithologues amateurs !

Pourquoi ce changement ?

Les scientifiques ont affiné la classification génétique des oiseaux et décidé que ces petites boules de plumes vives avaient droit à leur propre famille distincte. Résultat : la « mésange à longue queue » n’appartient pas à la famille des Paridés (les vraies mésanges comme la bleue, la charbonnière, la huppée) mais à celle des Aegithalidés. D’où son nouveau nom français : orite à longue queue.

Mais dans les faits…

Physiquement, avec sa petite bouille ronde, son comportement grégaire et acrobate, elle ressemble TELLEMENT à une mésange ! Elle vit avec les mésanges, se déplace avec elles en bandes joyeuses… Alors oui, pour beaucoup de naturalistes de terrain, elle restera « la mésange à longue queue » dans le cœur.

Marche avec moi

Au détour d’une balade improvisée, ce petit air, je l’ai presque chanté !

Marche avec moi, le matin se lève,
Les herbes s’inclinent, la lumière est brève.
Un pas après l’autre, laisse fuir les pensées,
Écoute l’eau qui parle aux racines cachées.

Les oiseaux t’accueillent d’un concert sans détour,
Pinson, troglodyte, leur chant est d’amour.
Si petit le mignon, mais si fort son appel,
Il fait vibrer le bois, du tronc jusqu’au ciel.

Le rouge-gorge file, discret et vaillant,
Son œil te regarde, curieux, pétillant.
Là, le goéland brun barbote avec dignité,
Tandis qu’une corneille tente de chaparder.

Le héron en vol déploie son grand silence,
Et les canetons rient, dansent leur innocence.
Le grand cormoran, sur la rive endormie,
Étire ses ailes noires comme pages de nuit.

Le Grimpereau discret, doux grimpeur de l’écorce,
Suit un chemin secret, libre et plein de forces.
La mésange bavarde, l’étourneau papillonne,
Chacun a sa voix, et pourtant l’harmonie résonne.

Le sol, lui aussi, regorge de merveilles,
Un hanneton frissonne sous l’ombre d’une feuille.
Une larve de coccinelle, promesse de couleurs,
Et le bourdon des arbres qui butine de fleur en fleur.

Les Dolerus scintillent, furtifs comme le vent,
Tandis que les chenilles s’étirent, lentement, doucement.
Le Viorne donne fruit sur un arbre voisin,
Et l’ail des ours embaume les creux du chemin.

Les Sceaux de Salomon, secrets entre les pierres,
Murmurent à mi-voix des sagesses de terre.
Marche avec moi, écoute, respire, ralentis,
Chaque souffle t’ancre, chaque pas te bénit.

Tu n’as rien à prouver, rien à faire, juste être,
À l’instant, à la vie, au silence, à la fête.
La nature t’accueille, sans question, sans détour,
Elle te murmure simplement : Sois amour


En images. Les photos sont toutes de moi. La moitié ont été faites avec mon smartphone (insectes, paysages, fleurs) et le reste avec mon appareil photo numérique, soit au même endroit – Parc Hauster à Chaudfontaine, soit ailleurs.

La liste des bestioles et végétaux :-)

  • corneille noire
  • étourneau sansonnet
  • héron cendré
  • grand cormoran
  • grimpereau des jardins (je crois)
  • pinson des arbres (ici un mâle)
  • mésange charbonnière
  • mésange bleue
  • mésange nonnette
  • famille de canards colverts (avec des poussins qui étaient plus grands que sur la photo)
  • troglodyte mignon
  • rouge-gorge familier
  • goéland brun (je crois)
  • larve de coccinelle asiatique
  • chenilles de Phalène brumeuse
  • bourdon des arbres e
  • plusieurs dolerus
  • hanneton des jardins
  • fruits d’un Viorne obier qui poussaient sur un autre arbre
  • Sceaux de Salomon commun
  • ail des ours en veux-tu en voilà

Après les photos, le fichier audio ;-)

Balade dominicale, choix de jumelles, sans APN

Savez-vous qu’il est bon de s’autogratifier de temps en temps ?

Non seulement, ça fait un bien fou, mais cela renforce notre confiance en nous.

Le week-end dernier a été un peu particulier. Tout a commencé samedi matin. J’ai osé prendre une petite araignée sur ma main, pour la sauver d’une mort certaine par noyade impitoyable (douche). Bon, j’ai tendu une main et elle a voulu prendre tout le bras, j’ai donc du y mettre le hola ! Mais une fois qu’elle était en sécurité et que, ma peau, elle a quitté, je me suis sentie fière et forte ! Ancienne arachnophobe, je n’avais jusqu’ici osé inviter une araignée de plus d’un millimètre à me grimper dessus. Oh ! Celle-ci n’était pas bien grande et s’approchait d’un bon demi centimètre, mais elle était si légère que je n’ai même pas senti ses pattes courir sur ma paume.

Ce n’était pas celle-ci, mais elle lui ressemblait. Alopecosa spec.

Ma première victoire du week-end. « Bravo, Cécile ! »

Mon second bonheur a été de recevoir, cet après-midi là, un livre que j’avais commandé à ma librairie naturaliste « Regards Nature » : La trilogie de Corfou, de Gérald Durrell. La libraire l’a tout spécialement commandé pour moi et elle voulait me faire la surprise. Adorable Marie ! Merci !

Enfin, ce dimanche matin. J’allais voir une amie et j’avais prévu de faire une balade près de chez moi, à Chaudfontaine. En ce moment, je porte une attention particulière à la migration des batraciens. Je souhaitais profiter de cette promesse d’un dimanche lumineux grâce au magnifique lever de soleil auquel j’ai pu assister peu après 7h, pour aller découvrir l’endroit de passage, en plein jour. En effet, ces animaux se déplacent quand il fait nuit, quand il fait noir.

Je prépare mes affaires en pensant à la remarque qu’une copine m’a fait dernièrement quand on s’est baladées au printemps dernier. C’était au même endroit : « Je n’ai jamais vu quelqu’un faire autant de photos en si peu de temps ». Oui, j’ai le clic compulsif. J’avoue que ce tic, ce toc, ce tic-toc s’est accentué avec les années. Et ces derniers temps, je ne fais franchement pas de belles photos. Je privilégie la quantité à la qualité. C’est l’inverse que je devrais faire. Alors, pour cette balade dominicale, j’ai laissé l’appareil photo à la maison et j’ai enfin ressorti ma paire de jumelles ! Magnifique outil d’observation que je n’avais plus utilisé depuis que j’ai super zoom à mon APN (50X optique + le numérique !). Il va de soi que comme c’est un bridge, le zoom poussé au-delà de 10x donne une qualité de photo médiocre, on voit le grain, c’est sombre, parfois flou, bref, c’est moche ! Néanmoins, année après année, à chacune de mes sorties, il ne m’a jamais quittée. A la visualisation de mes nombreuses photos, je soupirais à chaque fois, tellement la qualité laissait à désirer, mais j’étais quand même « contente » d’avoir pu immortaliser cette espèce d’oiseau, cette autre là, ou encore celle-ci.

A la librairie « Regards Nature », il y a tout un rayon avec des jumelles. Des jumelles, des loupes, des binoculaires, des longues-vues, des harnais et adaptateurs pour GSM. J’ai donc pensé à ces jumelles en ressortant la mienne : une paire de Bushnell, une 8X42, qui doit avoir plus de 20 ans ! Je l’avais déjà lors de ma formation ornitho en 2004. De mémoire, je pense que j’ai dû l’acheter quand je travaillais pour le magasin Nature & Découvertes du Woluwe Shopping Center (Bruxelles), soit entre 2000 et 2003 ! Tout cela ne me rajeunit pas !

L’on voit que la technologie a bien avancé. La morphologie de mes jumelles est différente. Elle n’est pas droite, mais tout en courbes. Elle a de belles formes, pour une agréable prise en main. Le chiffre « 8 » indique le niveau de grossissement. Pour un oiseau à 80 mètres, je le vois donc comme s’il était à 10 mètres.
L’autre chiffre, le « 42 », c’est le diamètre de l’objectif. Plus ce chiffre est grand, plus il laisse entrer la lumière. Pour moi qui aime observer les oiseaux et mammifère un peu partout, dont en forêt où, au printemps et en été, les feuilles donnent de l’ombre au paysage, au regard, ce compromis est excellent. Je peux aussi observer par temps couvert.

Bref, ce dimanche 17 mars 2024 est annoncé ensoleillé et sec au début de la matinée et couvert avec un risque de pluie dans le courant de la journée. Nous n’avons prévu une balade que la matinée.

7h57, fin prête, je ferme la porte de la maison à clé. Dedans, toute ma famille encore endormie. J’avance de deux mètres en me demandant si je vais aller en voiture jusque là où à pied. Il y a entre 30 et 40 minutes pour descendre jusqu’au point de rendez-vous, mais pour le retour, la montée en lacet avec une pente de 11 % a refroidi mes envies ce matin-là. Je range mes clés de maison, je sors celle de la voiture. Et je le vois ! Lui ! Un épervier ! Il devait être derrière ma voiture, je ne l’ai pas vu décoller, mais il s’est envolé et s’est perché sur le toit de mes voisins d’en face. Vite, mais avec des gestes délicats, mesurés, sans le quitter du regard, je sors ma paire de jumelles de son étuis. Il est toujours là. Les jumelles vissées à mes yeux, j’ai le temps de l’observer deux secondes pleines avant qu’il ne reprenne son envol et disparaisse derrière les maisons, dans la vallée. Deux secondes c’est très court et à la fois assez long pour avoir pu voir les iris orange de l’oiseau, son pelage plutôt gris cendré et son poitrail ligné de roux et de blanc. De la taille d’un pigeon, c’était un beau mâle d’Epervier d’Europe ! Les rapaces me fascinent, mais bien d’autres espèces plus petites et non crochues me fascinent tout autant.

Je vis là un signe. Je devais partir à ce moment-là et être pile à cet instant dehors, pour le voir. Vu la balade prévue, je serai certainement déjà sur les rotules et c’est sans regret que je prends la voiture, les jumelles sorties posées sur le siège passager. Je suis tout sourire. Il n’y a personne pour me voir, mais je continue à afficher un grand sourire de pur bonheur. Les jumelles, c’est vraiment toppisime pour les observations ornitho ! Pourquoi et comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? Sur la route, je suis déjà occupée à imaginer une épitaphe pour mon appareil photo, le remerciant pour ses bons et loyaux services rendus durant ces dernières années. J’en suis là dans mes pensées quand, fenêtres ouvertes et radio muette, j’entends un Geai des chênes avant de le voir voler au-dessus de moi.

Il est 8h03 quand j’arrive à l’entrée du Parc Hauster, à Chaudfontaine. Il fait 5°C. Tour de cou, gants et veste coupe-vent, un carnet et un crayon dans une poche et mon téléphone portable dans l’autre, j’entame le début de ma balade. Celle-ci sera d’abord en solitaire. Mon amie arrivant vers 9h30, j’ai tout le temps pour découvrir le réveil du parc et de ses habitants ailés.

Trois canards colvert, deux mâles et une femelle, tournent en cercle au-dessus du pont. Ils descendent après le troisième passage. L’un d’eux a hésité où atterrir ! Avant ou après le pont ? Choix difficile. Descente amorcée. Il se posera dans un grand splash sous le pont.

Il fait calme. Peu de monde à cette heure matinale, un dimanche. Quelques chiens font leur première balade. L’un ou l’autre joggeur aussi. Le soleil brille. Je commence même à en ressentir sa chaleur. Un petit chant me fait lever la tête et je marche … dans une énorme déjection d’oiseau (oie ou canard). Est-ce que marcher dans une merde d’oiseau porte autant la chance que les merdes canines ? Je veux le croire.
Je suis assez nulle à l’identification des chants d’oiseaux. Au visuel, j’ai un bon niveau d’amateur avancé, mais à l’ouïe, c’est une catastrophe. Heureusement, la Sittelle coopère et se pose non loin, à portée de jumelles. Je vois très clairement son petit derrière roux avec des taches blanches. A moins que ça ne soit un derrière blanc avec des taches rousses ? Toujours est-il que je suis agréablement surprise de la qualité d’observation. Je ne pense même plus à mon appareil photo, aucun regret, aucune triste pensée pour lui. Le petit bec de ce passereau s’ouvre, je vois les plumes de sa gorge vibrer, le son qui en sort, mélodieux.

D’autres petits chants l’accompagnent. Un vrai concert en plein air. Gratuit et sublime. Je devine un rouge-gorge, des mésanges de toutes sortes, un merle, un étourneau et sans doute d’autres que je n’ai pas vu ou que je ne connais pas.

Deux pigeons ramiers sont discrets. Tout comme une corneille dans le ciel, qui vole et qui passe au-dessus de moi, tout simplement.

Ah oui ! Bien sûr ! Ce magnifique chant appartient au Pinson des arbres. Je vois Monsieur et Madame, côte à côte, qui s’en vont, qui viennent, qui volent, qui se posent après avoir fait des figures improbables dans les airs.

Un petit son bref, aigu, répétitif. Une, puis deux Bergeronnettes des ruisseaux. Gris et jaune, avec un peu de blanc, je ne peux pas les confondre. Le mâle a le ventre et dessous de la queue jaune vif, la femelle a des couleurs plus pâles, plus ternes à ce niveau là, mais elle garde néanmoins de belles couleurs. Monsieur a aussi une bavette noire bien large, absent chez Madame. Leur deuxième nom, « Hoche-queue », leur colle bien à la peau. Posé, en marche, leur queue ne cesse de monter et de descendre. Avec leurs fines griffes, elles s’agrippent aux pierres qui contiennent La Vesdre. Cette même eau et d’autres, qui en juillet 2021 a débordé de son lit et a fait de nombreuses victimes et nombreux dégâts. Presque 3 ans plus tard, des stigmates sont encore visibles ici.

Quelques mètres plus loin, une mésange me réjouit de sa présence. Pas n’importe laquelle. Ce n’est pas la toute petite « bleue », ni la bien connue « charbonnière ». Ce n’est pas la « noire » que j’espère un jour revoir. Pas plus que la longue-queue qui a changé de nom (Orite à longue-queue). Celle qui est là, devant moi, est en réalité, je ne sais pas exactement. J’ai toujours confondu et je n’ai pas réussi à retenir les différences visuelles pour les Mésanges nonettes et les Mésanges boréales. Je croyais me souvenir que c’était une histoire de taille de calotte ou de niveau de celle-ci, noire : est-ce qu’elle englobe les yeux et descend jusqu’à la nuque ? Eh ben, flute et zut ! Car les deux ont une calotte identique… Il est question ici d’une brillante de cette calotte ou d’une tache plus chamois sur les flancs ! Je crois que je vais me fier à cet article (merci Ornithomedia) qui dit que l’espèce « boréale » est plus rare.

Après mon petit schéma que je ne partagerai pas vu mon niveau médiocre de dessin, mes observations continuent avec plusieurs individus de Bernaches du Canada : sur l’eau, sur le bord de l’eau, en vol, en cancanant, etc. Je ne les ai pas comptées exactement, mais en nombre, elles remportent la patte palmée d’or !

Un autre Geai des chênes me salue de son cri rauque et caractéristique. J’aime les couleurs de cet oiseau : chamois, rose, roux, noir, bleu et blanc ! Et avec de ces yeux bleus hypnotisant !

Le long de l’eau où les inondations ont charrié un koï blanc, je rencontre furtivement le splendide Martin-pêcheur. Il ne fait que passer et je l’admire donc de mes simples yeux émerveillés d’humain. Au loin, j’entends le rire tout aussi caractéristique d’un Pic-vert. Je ne le verrai pas du tout ! Son rire continuera à me narguer durant dix à douze bonnes minutes.

Il est 9h. J’arrive presqu’au bout de ce deuxième tronçon, au-delà du parc Hauster, non loin du Grand Casino de Chaudfontaine. Un bras de La Vesdre, qui était quasi à sec il y a moins de deux mois, déborde légèrement. Elle n’est pas encore sur le chemin, mais elle a déjà pris le dessus du petit passage en bois qui est installé dans l’eau et au-dessus de celle-ci. Il y a eu beaucoup de précipitations il y a 3 à 4 semaines et un orage avec de la grêle et des trombes d’eau, de courtes durées heureusement, 48 heures plus tôt.

Ce sont donc les pieds dans la boue, enfin les chaussures de marche qui en ont déjà vu d’autres, qui avancent prudemment pour ne pas me faire glisser. Plic ploc, je verrai d’autres Bergeronnettes des ruisseaux, un autre Pinson des arbres mâle et une poignée de Bernaches du Canada. Et un miaulement me fera lever les jumelles vers une Buse variable qui plane et décrit de larges cercles, haut dans le ciel.

Au sol, des traces de la visite d’un ou des castor(s) !

9h30, mon amie est là. Zou, je vais à sa rencontre, heureuse de la revoir après tout ce temps et nous débutons notre jolie promenade tout en papotant gaiement, un peu comme les oiseaux gazouillant.

Nous aurons l’occasion de voir une Gallinule poule d’eau solitaire, 3 mouettes ou goélands ? (bien trop haut pour les identifier), 2 Goélands NonIdentifiés ainsi qu’un Grand cormoran en vol et deux autres posés sous un pont. Dans le Parc Hauster quand on revient, un Grimpereau (des bois ou de jardin ? encore une colle pour moi) ne cessera de se jouer de moi à la fin de notre balade. Mais Vanessa a pu le voir brièvement avec les jumelles, et rien que pour ça, j’en suis déjà contente.

Pour les animaux, autres que les oiseaux, sans le voir en chair et en poils, nous avons vu les traces du Castor sur quelques arbres qui n’étaient pas (pas encore) protégés par un grillage.

Enfin, grâce à l’application ObsIdentify, j’ai pu identifier des champignons sur les arbres. On en voit régulièrement, mais jamais je n’avais poussé ma curiosité à chercher à leur donner un nom.

De haut en bas et de gauche à droite : Daldinie concentrique, Amadouvier et Crepidotus mollis à deux stades différents