Souvenir de Virelles, septembre 2001

Voici un souvenir que je n’oublierai sans doute jamais, ma première visite à Virelles nature.
Petit retour en arrière…

C’était il y a 15 ans, en septembre 2001… oui, cette année-là, le fameux mois, le fameux jour où… Quelques semaines avant cette terrible nouvelle, j’avais décidé de m’offrir mes premières vraies vacances après mon premier CDI ! J’avais décidé, pour mon anniversaire (le 10 sept), de passer une semaine de congé, en Belgique, à la découverte d’un endroit magnifique, en pleine nature : Virelles (région de Chimay). J’allais avoir, là-bas, mes 21 ans et mon intérêt pour l’ornithologie ne faisait que commencer.

Je n’ai jamais eu le sens de l’orientation, mais cela ne me faisait pas peur. « Armée » d’un sac à dos hyper rempli, de mes jumelles, de mon appareil photo, d’un trépied, de mon guide ornitho et d’un plan où j’avais écrit toutes les rues par lesquelles je devais passer pour me rendre, à pied, de la gare de Mariembourg jusqu’à ma destination, j’avançai gaiement sans me soucier le moins du monde du temps que j’allais passer dehors, à marcher sous un ciel nuageux et une météo capricieuse.

Sur la carte, c’était simple : gare, tourner une ou deux fois, puis c’était quasiment tout droit !

Je n’avais pas la notion de distance parcourue… j’ai donc marché un peu plus de 3 heures pour avaler doucement quelques 16 km ! Si le poids de mon sac à dos m’embêtait quelque peu, tout au long de mon parcours, j’étais encouragée par l’observation tantôt de fauvettes à tête noire, tantôt d’un martin-pêcheur ! Le temps passait doucement, mais sûrement.

J’arrivais un peu tard à l’hostellerie où j’avais réservé ma chambre… mais je reçus un accueil fort chaleureux et j’eus droit à des tartines et à un thé pour me réchauffer :-) J’avais choisi ma chambre tout près du (l’immense) Lac de Virelles (il faut préciser que c’est un étang et non un lac, d’une superficie de 125 hectares).

Comme j’étais arrivée tard, il ne m’était pas possible de voir l’étang, les grilles ouvraient à 10h et fermaient à 18h ! Je reportai donc ma visite au lendemain matin, à la première heure.

Le lendemain, j’étais là bien avant l’ouverture de la grille, car 10h pour moi, c’est tard (je me levais et encore aujourd’hui, à 5 ou 6h). En attendant l’ouverture, j’allais découvrir les alentours.

10 heures arrivait et j’entrais enfin par la « grande porte ».

À l’accueil, une dame très gentille m’informa que je pouvais emprunter une longue-vue. Je pensais naïvement que mes jumelles suffiraient… mais ils ne m’étaient pas d’un grand secours pour identifier une tache blanche, en bord d’étang, loin devant. J’étais descendue du mirador pour emprunter une longue-vue à l’accueil.

Ici, je recopie un passage que j’avais écrit en 2004-2005, au moment où j’écrivais tout ce que je voyais côté ornitho :

La dame (Anne) me demande alors si j’ai un peu de temps car un guide qui travaillait là pouvait venir et me montrer comment on observe à la longue-vue. Bien sûr j’avais tout mon temps, j’avais une semaine ! Quelques minutes plus tard, Sébastien arrivait avec sa longue-vue. Les présentations faites, nous allions dans la cabane. En deux temps trois mouvements, sa longue-vue était montée et prête pour l’observation.

Quand un mot d’enfant devient inspiration

Ce matin, mon fils m’a raconté son rêve et c’est en y reparlant ce midi que j’ai réalisé que je pourrais intégrer un élément de son rêve dans le roman que j’écris ! L’inspiration vient d’où elle veut :-) Il y a un oiseau rare dans mon histoire, au vrai sens du terme…

Son rêve dans lequel il y a un lapsus, une confusion.

J’ai rêvé que j’avais un oiseau rien qu’à moi : un colibri. Et toi tu avais aussi ton oiseau, c’était une chouette aigrette. Ma soeur avait une mésange bleue. Mamy plein de petits oiseaux : des mésanges, de différentes sortes, des moineaux, et tout et tout. Papa, lui n’en voulait pas. Parrain et nanou avaient un oiseau pour eux deux : un grand perroquet rouge. Et papy une poule qui bouffe tout… elle mangeait même ses mégots de cigarettes. Mon cousin, un petit oiseau, un moineau, qui volait partout dans sa chambre, il volait partout autour de lui. Ma petite cousine n’en avait pas, elle est trop petite, mais elle pouvait jouer avec celui de son frère. Marraine et Philippe un bébé ara bleu. Même grand’Mamy en avait un : un hibou. Et moi, je visitais toute la famille. J’ai vu tous les oiseaux que vous aviez. Mais moi, j’avais le plus beau, un colibri !

C’est trop chou et très révélateur  :-) J’ai rigolé pour la poule de papy… papy est une bonne fourchette ha ha Et j’ai eu aussi un pincement au cœur quand il m’a dit qu’il a même vu Grand’Mamy avec un oiseau… elle est décédée il y a un peu plus de 4 ans.

A part cela, avez-vous remarqué le lapsus ? l’erreur ?

Merci à ma maman pour ce petit montage photo !

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La rupture

Un petit texte sur le thème « la rupture ». 

–          Je constate qu’il y a une rupture, dit le médecin à son patient.

–          Ah bon ? s’étonne Monsieur Robin.

–          Oui, poursuivit le thérapeute. Jusqu’il y a peu, à chacune de nos rencontres, vous me parliez de votre voisin. Pas un jour, me semble-t-il, il ne vous laissait tranquille. Ce comportement aurait pu être décrit comme du harcèlement.

–          Je suis tout à fait d’accord avec vous, docteur.

–          Mais alors, que s’est-il passé, il y a quinze jours, pour que vous n’abordiez plus ce sujet ?

 Monsieur  Robin réfléchit. Il regarde le plafond, à gauche, comme si le coin pouvait subitement lui donner la réponse. Dans sa tête, défile d’étranges images, mais il n’arrive pas à faire le lien entre ce voisin malsain et son calme presque olympien depuis sa disparition.

 –          Si vous parveniez à trouver ce qui vous rend si détendu depuis deux semaines, reprend le médecin, vous parviendrez à vous soigner plus rapidement.

 Monsieur Robin se rend en effet compte, lui aussi, de cette cassure. Avant, il était tendu, nerveux, agressif. Il ne chantait presque plus. Et là, depuis que son voisin n’est plus là, il se sent tout autre, plus serein, plus heureux. Il a même envie de repousser la chansonnette. Cela se peut-il que la nature reprenne le dessus ? Est-ce que son instinct seul a-t-il suffit à calmer sa faim ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit : de nourriture !

Voilà des mois qu’il écoute son cœur. Des semaines entières, où, pour faire plaisir à sa nouvelle fiancée, il ne touche plus le moindre ver ! Il est sobre depuis si longtemps que son appétit d’oiseau s’est modifié. Son régime a changé, et son caractère aussi par la même occasion.

À y réfléchir encore plus intensément, le patient dit qu’en effet tout a commencé quand Monsieur Farine, grand ver de sa famille, a emménagé à côté de son nid. Le voisin se tortillait tous les jours, sous ses yeux, pour sortir de son trou. Il s’étirait et ondulait d’une façon ! Cela en était dégoûtant ! Provoquant même ! À force, ben oui ! Il l’a fait retrouver son appétit.

 –          Je ne suis pas un rouge-gorge pour rien, dit Robin en baissant les yeux. Tout le monde sait que le plat préféré de mon espèce, c’est le ver. Quel culot, il avait eu de venir s’installer juste sous mon bec. C’était de la provocation, n’est-ce pas docteur. De la légitime défense, non ?

Le médecin, dans son élégant costume blanc et noir, ne répondit pas tout de suite. Dans sa tête à lui dansait une scène délicieusement horrible où il se retrouvait, l’été passé, à dévorer les œufs d’un nid de rouge-gorge…

« Moui, sûrement, il me pardonnerait si je lui disais tout. Après tout, pondre des œufs juste sous mes yeux de pie, ça aussi c’est de la provoc’ »

 

Martinets cherchent toit pour nidification

Voici une nouvelle que j’avais écrite pour un concours (pas gagné), et qui finalement s’est retrouvé dans mon dernier recueil « Un oiseau peut en cacher un autre et autres contes pleins d’animaux » (disponible chez moi ou via Atramenta).

Martinets cherchent toit pour nidification

 Le mois de mai est resplendissant : la nature est séduisante, le soleil brille, le ciel est bleu et les oiseaux s’égosillent. Justement, dans le ciel immaculé, des petits oiseaux volent dans un ordre qui nous paraît, à nous les humains, pas très logique… mais est-ce que les insectes qui sont pourchassés par des martinets – parce que ce sont de ces oiseaux dont il va être question – font vraiment attention à leur façon de voler ? Non, ils essaient par tous les moyens d’échapper à leurs nombreux prédateurs, qui finissent par voler aussi bizarrement que leurs proies affolées.

Si, pour nous, le mois de mai est synonyme de fête du travail, de fête des mères, de  jours fériés et de printemps bien présent, pour les oiseaux, c’est la pleine saison des amours.

Certains d’entre eux commencent à former des couples – comme pour nos amis les martinets – alors que d’autres sont déjà bien installés dans leur nid, et que d’autres encore sont fins prêts à donner la becquée à leur marmaille piaillante, impatiente et gourmande.

En cette fin de mois, une véritable catastrophe s’annonce à l’arrivée du groupe « Nés pour voler ». Ce groupe est composé de six martinets, trois mâles et trois femelles. Depuis cinq ans, ces adultes reviennent chaque année au même endroit pour élever leurs petits. La saison de la reproduction est le seul moment où ils s’autorisent à se poser. En effet, vu leur morphologie, ils ont de très grandes difficultés à se poser. C’est tellement vrai que non seulement ils mangent en volant, mais ils dorment, ils se reproduisent, ils jouent et ils se lavent aussi en plein ciel ! Même pour boire, ils ne se posent pas : ils rasent une étendue d’eau et happent au passage l’eau ainsi offerte.

Voilà pourquoi on les baptise à raison « Nés pour voler ».

L’année précédente a été très riche en terme de reproduction : nos trois couples ont chacun donné naissance à quatre petits ! Oui, quatre pour chacun ! Quand on sait que la norme avoisine une ponte de deux à trois œufs par an, on comprend mieux qu’il s’agisse d’un véritable exploit dont il a été question pour ces six martinets.

Le bâtiment dans lequel ils nichent depuis toutes ces années intéresse beaucoup d’araignées, et les vaches dans le champ voisin attirent bon nombre de mouches et autres insectes succulents indispensables à la bonne croissance des petits, mais aussi au régime alimentaire de tout adulte, qu’il soit parent ou non.

C’est en observant une activité humaine digne du travail d’une fourmilière qu’un martinet prend la parole :

— Nom du Ciel ! Nous sommes au mauvais endroit, rouspète une femelle qui sent une ponte imminente.

— Arrête de raconter des insectes (terme équivalant à « sornettes » chez nous), tu ne reconnais donc point notre chère Vachette tachetée ? lui répond un mâle sur un ton léger.

— En effet, mais dis-moi, qu’est-il arrivé à notre nid d’amour ? Je ne pense pas avoir besoin de lunettes, mais je ne discerne pas l’ombre de notre toit ! Que va-t-on faire ? Que va-t-on devenir ? Où allons-nous aller ?

Sur ce fait horrible, les martinets retrouvent un vent favorable et s’élèvent à nouveau dans les hauteurs du ciel, comme pour pouvoir mieux analyser cette situation critique.

Les discussions vont bon train, les suppositions aussi. Si leur immeuble ne semble pas avoir bougé, le toit, lui, a laissé place à une demi-douzaine d’ouvriers en bâtiment.

— Salut vous autres, siffle une hirondelle. Vous tournez en rond, vous êtes sans doute perdus ?

La femelle mécontente de la situation se plaint :

— Non, pas vraiment. On sait où on est, c’est là qu’était notre nid, mais il a disparu, envolé, volatilisé, pleure-t-elle en désignant du bout d’une aile un toit plat, noir, sans le moindre trou et couvert de bâches en plastique et de morceaux de bois coloré.

— Plume de colibri ! (cela équivaut chez nous à un « mince alors »). C’était chez vous ? On se disait justement que pour une fois, les réparations futiles de toit n’allaient nuire à personne. On ne savait pas que vous y habitiez… Vous êtes déjà allés voir le nouveau spécialiste du logement ? propose l’hirondelle.

— Un spécialiste du logement ? Ici ? Depuis quand ? interroge la femelle visiblement de plus en plus mal à l’aise de devoir contenir son œuf.

— Il a installé ses quartiers depuis l’hiver passé. Il travaille avec un collègue, c’est une petite équipe, et vu qu’ils sont tous les deux nés dans les alentours, ils connaissent toutes les cavités et autres trous libres d’occupation sur le bout des moustaches.

— Sur le… le bout des… des moustaches, balbutie une autre femelle martinet.

— Oui, mais faut pas vous en faire, ce sont deux chats très bien. Ils sont nourris par le fils de la fermière et ne mangent presque pas de viande. Ils se préoccupent beaucoup de la vie de leur quartier et aiment rendre service, explique l’hirondelle, la bouche pleine (elle vient d’attraper une mouche en plein vol.)

— Presque pas, tu fais bien de préciser… et comment est-ce qu’on les paye ? intervient un mâle avec une plume de la queue abîmée.

— Oui bon, c’est vrai qu’ils ne sont pas contre un petit extra de temps à autre, mais uniquement quand l’oiseau tombe du nid. Jamais, ils ne se lancent dans une chasse. Et en échange, ils demandent un retour de bons services, ils veulent qu’on les aide dès qu’ils sont harcelés ou attaqués par un autre chat. Une petite fiente par-ci, un petit coup de bec par-là… rien de très dangereux pour nous qui sommes les as du vol, n’est-ce pas ? dit l’hirondelle en faisant un clin d’œil aux martinets. Entre nous, franchement, ils sont très professionnels. Quand nos appartements ont été détruits, ils n’ont pas mis deux heures pour nous trouver autre chose. En plus, on est vraiment content de l’endroit, la qualité de la boue est très bonne, le support est on ne peut plus solide et il y a même un rebord sous les nids pour éviter que nos petits ne tombent trop vite ! (qu’est-ce qu’elle est bavarde, cette hirondelle, vous ne trouvez pas ?)

L’adresse est échangée rapidement. Alors que nos trois couples se dirigent vers les Établissements des « Chats Errants, Spécialistes du Logement », un œuf tombe du ciel et vient s’écraser juste sous le museau d’un chat, et pas n’importe lequel, Le Responsable !

— Chat par exemple ! C’est ce que j’appelle un appel urgent d’aide immédiate, dit le chat en levant les yeux.

La femelle qui vient de perdre un œuf est dans tous ses états. Son compagnon tente de la calmer comme il peut, leurs ailes se touchent dans le ciel, un petit baiser est rapidement échangé, un réconfort est vaillamment apporté.

Sans même écouter la demande des oiseaux, le chat miaule quelque chose dans sa langue et aussitôt un deuxième chat arrive en courant. Ce dernier fait une course contre le vent doux de saison, fait fuir toutes les souris curieuses et dérange quelques toiles d’araignées pour s’arrêter en haut d’une très vieille maison.

Les martinets assistent médusés à la scène sans trop bien comprendre ce qu’il se passe. Ils essayent d’interpeller le Chef des Chats, mais celui-ci est tout aussi actif que son collègue.

Tout à coup, une patte noire et blanche sort d’un petit trou, sous le toit de la très vieille maison. Le responsable des Établissements des « Chats Errants, Spécialistes du Logement », remarque le geste et crie aux oiseaux :

— Vite madame, allez vous poser là-haut, ce n’est pas très grand, mais cela devrait juste vous convenir. Dans l’immédiat, c’est tout ce que j’ai à vous proposer.

La femelle ne se le fait pas dire une seconde fois, elle vole en direction de la patte qui s’agite et s’accroche à une brique, juste sous le toit. Par bonheur, les restes d’un ancien nid l’invitent à prendre place. Ce n’est pas très confortable, mais en y rajoutant quelques plumes, cela devrait pouvoir aller.

— Tenez madame, prenez ceci en guise de bienvenue, dit le matou aux longs poils noir et blanc en arrachant discrètement un nœud de poils morts à son poitrail.

Dame Martinet accepte le présent, l’étale à la surface du nid et se couche dessus pour pondre son deuxième œuf.

Le compagnon, partagé entre le bonheur d’avoir trouvé si rapidement un nouveau toit pour ses petits et la tristesse de devoir quitter ses quatre amis, s’accroche lui aussi à une brique.

De là où il est, il peut entendre les propos qui s’échangent entre le Responsable des Établissements  »Spécialiste du Logement » et son beau-frère.

— Vous savez, nous aimons rester en groupe, élever nos jeunes ensemble, c’est une tradition vieille de plusieurs dizaines de générations. Et puis, ici, nous avons nos habitudes, nous savons où trouver de la nourriture, du bon matériel pour nos nids, et aussi…

— Ne vous inquiétez pas, coupe le matou. Nous avons juste paré au plus pressé, la situation d’urgence exigeait que nous trouvions rapidement un endroit pour votre sœur, elle n’aurait pas pu contenir son deuxième œuf plus longtemps…

— Oui, en effet, merci infiniment pour elle, mais…

— Et puis, intervient une nouvelle fois le félin, l’autre toit auquel je pense, que nous allons visiter bientôt, est loin pour nous, mais par pour vous qui avez l’habitude des grands voyages…

Sur ces paroles, les chats reprennent la route et encouragent les martinets à les suivre. Pour ne pas perdre de vue les quadrupèdes, nos amis à plumes décrivent de longs cercles dans les airs et ralentissent ainsi leur rythme de vol.

Une demi-heure plus tard, le spécialiste du logement dit enfin :

— Nous y voilà ! Jolie maisonnette à deux étages, bien entretenue, de construction récente, avec peu de visites et vue sur la campagne. Libre d’occupation pour plusieurs nids sous un toit vaste et lumineux. Merveilleusement bien orientée pour les oiseaux, elle offre…

— STOP ! intervient une femelle martinet. Ce n’est pas la peine de continuer, c’est bien trop bas pour nous, on s’écrasera sur le sol avant d’avoir pu trouver un vent favorable pour notre ascension. Car vous savez, nous les martinets, on n’est pas des oiseaux ordinaires, voyez nos pattes toutes riquiqui et nos ailes démesurément longues, quand on sort d’un nid, on se laisse tomber et c’est grâce au vent que nous remontons dans les airs. Il nous faut donc un toit haut d’au moins trois ou quatre étages.

— Je comprends, c’est bien ce que je craignais, j’avais vaguement entendu parler de cette hauteur minimale et obligatoire, mais vous savez, reloger des martinets, ce n’est pas tous les jours que je dois faire ça. D’habitude ce sont des merles qui font appel à nos services ou des mésanges, et aussi beaucoup de pigeons, mais bon, eux ne sont vraiment pas difficiles… revenons-en à vous. Si je vous ai amené ici, c’est parce qu’il y a une autre maison plus loin, au-delà de ces trois chênes, moins récente mais plus haute. Venez donc.

Le troisième mâle, le plus jeune de la troupe, récite pour lui-même :

Le toit, faut pas qu’il soit trop bas
Pour nous envoler, ça l’f’ra pas

Et pour accueillir toute la bande
Faut qu’la maison soit assez grande

Faut des mouches et des araignées
Par centaines, à proximité

 Gaffe aux faucons et aux pèlerins
Qui nous boulottent quand ils ont faim

Trouvons notre toit, notre nid
Où on pass’ra toute notre vie !…

Le temps qu’il chantonne ce petit air-là, le spécialiste les informe des détails sur la nouvelle maison :

— Cinq étages, vue sur réserve naturelle, écuries à cent mètres, élevage d’araignées au rez-de-chaussée, planche de sécurité sous les nids et loyer au tarif d’amis. Contrat de location à durée indéterminée.

— GÉNIAL ! crie la femelle à son jeune compagnon. Mais ? Car il doit bien y avoir un mais, une si belle maison, bien située, avec tous ces avantages doit bien avoir un inconvénient, non ?

— En effet. Ce toit, vous devrez le partager avec une colonie de moineaux. Ils sont nombreux, mais assez gentils. La grande superficie permet ce genre de cohabitation, mais cela dit, vous devrez donc répartir les tâches qui incombent à une telle situation et convenir ensemble d’un règlement de vie intérieure, comme l’heure du coucher des enfants, la dernière becquée, les fêtes de premier envol, la propreté extérieure et ainsi de suite. Ceci a aussi des avantages, vous êtes plus nombreux pour veiller les uns sur les autres, la chaleur interne est plus élevée en cas de pluie ou de chutes de température et la nourriture peut être partagée en cas de disette exceptionnelle. J’en conviens cela peut aussi faire partie des inconvénients.

Les martinets discutent doucement entre eux. Une telle cohabitation ne semble pas les déranger surtout si la place est suffisante pour pouvoir accueillir à nouveau la sœur et son compagnon, l’année prochaine. L’endroit est merveilleux et si toute une colonie de moineaux vit déjà là, c’est qu’il ne doit pas y avoir grand nombre de prédateurs à craindre.

Tout à coup, un moineau sort de son nid. Il ne voit pas l’arrivée de nouveaux occupants d’un très bon œil. Il commence à rouspéter quand, subitement, un énorme chat arrive derrière le responsable des logements. L’intrus grogne, souffle et sa queue a pris un impressionnant volume.

Le moineau fait appel à toute sa famille et douze petites boules de plumes sortent du toit pour crier sur le vilain félin.

Cette créature-là est le pire ennemi des « Spécialistes du Logement », car elle fait ses besoins n’importe où, marque son territoire dans tous les trous possibles et elle fait ses griffes dans les nids des meilleurs clients.

Les douze moineaux n’arrivent pas à faire déguerpir ce chat à l’oreille déchiquetée et à l’odeur nauséabonde. Voyant cela, nos amis martinets n’hésitent pas à se joindre à eux. Ils volent bas pour frôler la tête du matou à une vitesse vertigineuse. Leur énorme bec ouvert crache des insultes et leur cloaque n’hésite pas à faire sortir tout ce qu’ils peuvent. En moins d’une minute et vingt secondes, le pelage roux du matou n’est plus qu’une tache blanchâtre, gluante et repoussante.

La queue entre les pattes et le ventre à terre, la vilaine bête s’enfuit en toute hâte.

— On n’est pas prêt de la revoir de sitôt, ricanent les moineaux. Merci les amis pour votre coup d’aile. Finalement, nous serons bien heureux de vous avoir comme voisins, vous êtes rudement courageux et très efficaces pour repousser l’ennemi.

Les martinets tournent trois fois dans le ciel pour marquer leur accord quant aux conditions de location de leur nouveau nid. Mais, avant de s’installer définitivement, l’un d’entre eux s’en va retrouver sa sœur, au cœur du village, pour la prévenir qu’ils ne sont pas bien loin et qu’ils vont pouvoir se croiser dans le ciel et prendre ensemble la route pour le retour au pays.

 

Mystère dans un parc bruxellois

Par un printemps horrible, froid, venteux et pluvieux, des enfants sortent de l’école et empruntent le chemin d’un parc pour trouver le tram qui doit les conduire jusque chez eux.

Sur le trajet, ils s’arrêtent. Malgré les gouttes de pluie qui fouettent leur visage, ils restent immobiles et observent quelque chose au milieu d’une pelouse, à proximité de l’étang.

A votre avis, qu’est-ce qui peut bien les intriguer ? Ce canard magnifique ?

Ou cet échassier au poignard affuté ?

Ou peut-être ce couple d’oie qui vient jusque chez eux ?

Non ! Moi je pense plutôt que c’est ce gros animal, vous voyez, celui qui est presque couché ventre sur le sol, juste devant les pigeons. Je recadre pour que vous voyez un peu mieux…

A votre avis, quel est ce trésor qui semble caché sous ses pattes ? Un petit indice…

Il y en a combien de petites boules duveteuses ? 3 ? 4 ? 5 ? 6 ? Aide : il y en a plus que sur la photo où il y a tous les pigeons.

Visez plus haut ! Et comptez !

Bon, ils sont un peu loin, et surtout, il pleut trop que pour faire la photo « à découvert »… je recadre

Pardon ? Vous ne lez voyez pas bien ? Peut-être vu sous cet angle ? Ils sont moins « collés »…

C’est ce qu’on appelle une famille nombreuse, très nombreuse :-) mais il faut bien ça avec les prédateurs qui courent les étangs et les parcs. N’empêche quel courage et surtout comment font-ils pour garder un œil sur tous ? Avant hier, il y en avait quatre ou cinq qui galopaient le chemin de terre, par-delà le grillage. Ce sont des oiseaux nidifuges, autrement dit, dès qu’ils sortent de l’œuf, ils « fuient » le nid, tout emplumés, ils peuvent déjà voir, marcher et manger.

Pour le plaisir des yeux, une autre photo de l’année passée, par ciel découvert et soleil lumineux. (ceux-ci étaient un peu plus âgés)

 

Visite au centre de sauvegarde

Tiré de faits réels  :-)

Noémie et sa classe sont en excursions. Le matin, ils découvrent la vie dans une ferme puis l’après-midi, ils visiteront un centre de sauvegarde pour animaux sauvages.

Toute la matinée se passe tranquillement. Ce n’est pas la première fois que l’école organise cette rencontre avec une ferme de la région. Noémie n’attend qu’une chose, que l’après midi arrive au plus vite.

Au centre de sauvegarde, le soigneur a dicté une certaine règle de conduite.

–          Les animaux sauvages sont fragiles et très sensibles. S’ils sont ici, c’est pour être soignés. Il leur faut du calme. Je ne veux aucun cri ni geste brusque et personne ne courre dans les couloirs. Il est interdit de s’approcher des animaux ou de tenter de les toucher au travers des barreaux. Si vous avez des questions, notez-les et je répondrai à toutes vos interrogations une fois la visite terminée.

Dans les rangs, chuchotements de surprise et petits rires moqueurs de la part de certains élèves dits « perturbateurs. »

Noémie a les yeux grands ouverts. Dans les premières cages « à oiseaux », elle découvre en effet des petits oiseaux. Elle reconnaît un moineau. Celui qu’elle identifie sans mal a une patte abîmée. Il lui manque des doigts et il a l’air fatigué.  Un peu plus loin, elle voit d’autres oiseaux, qu’elle ne connaît pas.

« Comment s’appellent les oiseaux dans les cages 5, 6, 7 et 8 ? » Marque-t-elle dans son carnet.

A l’opposé des cages, il y a cinq boxes fermés avec une porte. Une petite fenêtre, un peu trop haute pour elle, permet au soigneur de savoir quel animal se trouve là.

« Qu’y a-t-il dans ces boxes ? » Noémie continue ses questions.

Dans la cour, deux immenses volières côte à côte, envahissent ce qui devait être auparavant un grand jardin. Des filets souples et d’autres grillages plus rigides composent cette volière impressionnante. De hautes plantes, des morceaux de troncs d’arbre et d’autres cachettes dissimulent des rapaces en convalescence. L’adolescente réussit à deviner l’un d’entre eux à cause de ses serres jaunes qui dépassent d’une plante bien verte.

« Combien et quels rapaces se trouvent dans les grandes volières ? » Note-t-elle à la suite de ses deux premières questions.

De l’autre côté des boxes, aussi à l’extérieur mais à l’abri du vent et d’autres intempéries, une troisième volière. Plus basse mais encore plus fournie en cachettes, celle-ci a aussi un petit étang artificiel. Des dizaines de petits oiseaux volettent en tous sens. L’adolescente n’arrive pas à les compter tellement ils ne cessent de bouger. Quand l’un ou l’autre se pose enfin, elle admire ces animaux qu’elle pense ne jamais revoir autre part que dans ce centre ou dans un zoo. Un canard se laisse timidement apercevoir sur l’étang, juste en dessous d’une branche.

–          Ouah, qu’est-ce qu’il est beau ! Je n’ai jamais vu de canard aussi joli ! Chuchote-t-elle à sa copine de classe.

«  nom du splendide canard » Écrit-elle joyeusement dans son carnet.

Quand elle pense avoir fait le tour du centre, la voix grave du soigneur l’interrompt dans ses pensées.

–          Et pour terminer, voici les boxes semi-ouverts. Ceux-ci sont prévus pour recevoir des animaux qui devront bientôt sortir pour retrouver leur liberté. Certains ont des cachettes pour pouvoir échapper à des bruits ou des observations trop effrayantes pour eux.

Contrairement aux autres boxes tout à fait fermés, ceux-ci ont des portes grillagées entièrement transparentes. Tout le monde s’émerveille devant ce renard craintif et curieux. Le mammifère recule jusque dans le fond mais ne va pas se cacher dans sa boîte en bois.

« Que mangent les renards dans le centre ? » Pense-t-elle clôturer sa liste de questions.

Dans le boxe suivant, l’animal ne se laisse pas apercevoir. Les suivants sont vides et le soigneur invite toute la classe à se regrouper dans le garage pour poser les éventuelles questions.  Noémie tourne la page pour débuter son questionnaire mais elle n’a pas le temps de lever le doigt qu’une personne vient chercher le soigneur.

–          Un oiseau rare. Tu peux t’en occuper si je me charge du groupe ?

L’ado est toute émoustillée.

–          Un oiseau rare ? Je crois que tous les oiseaux que j’ai pu voir ici, je ne les ais jamais vus. Ils sont tous rares pour moi, dit-elle à sa copine.

–          Tu crois que c’est un aigle ? lui répond son amie.

–          J’en sais rien, chuut, regarde par là.

Noémie en a oublié ses questions. Elle est obnubilée par la caisse en carton qu’elle peut voir dépasser du bureau d’accueil. Son institutrice l’interpelle doucement.

–          Noémie, c’est ici que tu es, pas là bas. Écoute les explications de monsieur et pose tes questions si tu en as. Je suis sûre que tu dois en avoir.

–          Oui, madame. Mais vous savez ce que c’est comme oiseau, là bas ? Un oiseau rare ?

L’autre soigneur trouve là l’occasion d’aborder le thème de rareté chez les oiseaux. Ému par la curiosité de la jeune fille, il finit par révéler l’identité de l’oiseau et mentionnant toutefois qu’il est menacé d’extinction.

–          Attendez-moi un instant les enfants. Je reviens de suite.

Quelques élèves parlent de ce qu’ils ont vu dans les cages. Peu semblent autant s’intéresser aux animaux sauvages que l’adolescente.

Le soigneur revient et s’approche d’elle.

–          Comme tu m’as l’air sage et que tu sembles vraiment porter un intérêt aux animaux, tu peux aller à l’accueil voir l’engoulevent…mais chuuut, doucement hein.

Noémie n’en revient pas ! Elle interroge du regard son institutrice, elle peut y aller. Elle dépose ses affaires sur le sol et avance tout doucement vers la pièce. Quand elle ouvre la porte, le soigneur qui a fait la visite lui chuchote :

–          Tu veux bien éteindre la lumière s’il te plaît. C’est un oiseau  nocturne, il n’aime pas trop la lumière du jour.

La lumière artificielle éteinte, il reste un faible éclairage qui perce d’une des fenêtres qui donne dans le garage. C’est juste assez pour que les humains puissent encore voir quelque chose.

Le soigneur ouvre délicatement la boîte. D’un geste ferme, il prend l’oiseau de manière à ne pas se faire griffer ni mordre. C’est un oiseau brun avec de grands yeux sombres. Il est plus petit qu’un pigeon mais nettement plus grand qu’un moineau.

–          On dirait un morceau d’arbre, ne peut-elle s’empêcher de dire.

–          Oui, c’est un oiseau qui peut parfaitement se confondre avec son milieu. Il a un mimétisme  excellent, c’est un as du camouflage.

Alors que l’oiseau ferme ses paupières et semble mort, le soigneur explique à Noémie la raison pour laquelle on l’a apporté au centre.

–          Tu vois, c’est un oiseau qui chasse principalement quand il fait noir, alors parfois, il est victime d’un accident de la route. C’est ce qu’il s’est passé ici. C’est un oiseau très rare, il est en voie de disparition. Nous n’en avons pas souvent ici, c’est pourquoi, je vais d’abord le mettre dans un boxe fermé, dans le noir et au calme. Un animal qui est victime d’une voiture, a peu de chances de survie. Les vingt-quatre à quarante-huit heures sont décisives. Et puis celui-ci ne se nourrit que d’insectes attrapés au vol, ce n’est donc pas garanti qu’il mange en captivité. Dès qu’il montrera des signes de bonne santé, nous le libérerons aussi vite.

Au moment où le soigneur passe devant Noémie, une mouche brise le silence. Aussitôt l’oiseau retrouve une énergie insoupçonnée et ouvre un bec énorme qui surprend tellement la jeune fille qu’elle recule en émettant un cri de frayeur.