Moments magiques dans la nature : observations et apprentissages

Une matinée d’émerveillement : quand la nature devient une leçon vivante

Je me suis amusée hier matin. À marcher, à observer, à être attentive à tout ce qui m’entourait : la nature, les animaux, les végétaux et les champignons. Une balade transformée en exploration grâce à ce que j’avais appris la veille.

Vendredi justement, lors de ma formation, le directeur des CNB était venu partager ses connaissances avec nous. Deux petites sorties sur le site, un jeu pour comprendre qui mange quoi dans la nature le matin, puis l’après-midi, la théorie : biocénose, biotope, fabrication du carbone… Des mots nouveaux qui résonnaient encore dans ma tête.

La biocénose, c’est quoi au juste ?

C’est l’ensemble des êtres vivants – animaux, végétaux, champignons, micro-organismes – qui vivent dans un même milieu et interagissent entre eux. Imaginez une forêt comme une immense colocation où chacun a son rôle, ses relations, ses alliances et parfois ses conflits !

Durant ma balade, j’ai porté un autre regard sur tout ce qui m’entourait. Ces arbres, ces champignons, ces végétaux… sont-ils en concurrence ? En coopération ? En symbiose avec leur « hôte » ? Peut-être sont-ils prédateurs ? À moins qu’il n’y ait là que du commensalisme ou de l’amensalisme (ces mots si savants pour décrire les relations du vivant).

Le mutualisme de la Sittelle

Quand j’ai entendu la Sittelle donner son cri d’alerte pour prévenir les autres habitants de la forêt de ma présence, je me suis aussitôt souvenue de cette technique dite du mutualisme. Comme le geai et le merle, elle joue les sentinelles au bénéfice de toute la communauté. Le martin-pêcheur aussi, que je n’ai repéré qu’à son cri lancé en vol, participe à cette chaîne d’information.

Tac tac tactactactactac. Le martellement du pic épeiche. Il cherche à manger et fait des trous dans les arbres : de la prédation sur les insectes. Tout comme ces bourgeons grignotés, œuvre du chevreuil. Encore de la prédation.

Le grand air qui fait du bien

Il faisait beau, très agréable pour se promener. Quasi toute seule sur une grande partie de ma balade. Cela m’a fait le plus grand bien après avoir joué au taxi et roulé presque deux heures chaque jour, mobilisant mon attention et ma mémoire lors de la formation. Le grand air, il n’y a que ça pour m’aider à prendre du recul, à souffler, à respirer. Je me détends tellement en observant tous ces vivants.

Et c’est étrange comme je parviens à ne plus entendre la route à côté. Je me fonds littéralement dans le bois. Je suis tantôt orite à longue queue, tantôt mésange bleue, ou encore champignon, ou même grèbe, cormoran ou buse !

Premier moment extraordinaire : le pic épeiche

Je l’entends, j’imagine son bec cogner avec force et vivacité le tronc d’un arbre. Je le cherche du regard. Je le vois, tout là-haut, pas bien loin, à l’intérieur du bois.

(C’est fou comme l’Humain est sale – des déchets un peu partout, ça m’écœure. La prochaine fois, je prendrai un sac poubelle. Même si ça me dégoûte de ramasser la crasse des autres, je le fais pour la nature.)

Revenons à quelque chose de plus gai : le pic. Pour une fois, j’ai pris avec moi ma paire de jumelles 8×42 et mon appareil photo bridge. Dans la forêt, par temps magnifique, les jumelles sont vraiment géniales, plus lumineuses. Je peux m’émerveiller des détails de cet oiseau noir, blanc et rouge. Avec le zoom de l’appareil, impossible de déterminer le sexe, mais les jumelles sont formelles : pas l’ombre d’une tache rouge à la nuque. C’est une femelle.

Après l’avoir observée durant un peu plus de cinq minutes, je continue mon chemin. Un chant puissant et caractéristique me fait tourner la tête : un rouge-gorge ! Je le repère immédiatement grâce à son plastron orange. Mais dès que je vise Robin avec mon appareil, zou, il descend d’un étage végétal et devient invisible. Il continue à chanter… Je patiente derrière un arbre, espérant qu’il remonte, mais en vain.

Et là, un oiseau passe littéralement sous mon nez. Le pic épeiche se perche à deux arbres de moi, un peu plus bas que la première fois. Cache-cache réussi, mais j’arrive quand même à lui tirer le portrait encore une fois !

Deuxième moment : les Bernaches affamées

Sur le chemin du retour, toujours le long de l’eau sur le Ravel, je commence à avoir faim. Il est midi passé, cela fait deux heures que je flâne. Je sors de quoi sustenter ma faim – j’en ai encore pour une heure minimum avant de rentrer. Mes biscuits salés sont écrasés dans la boîte. Des miettes tombent sur mon appareil qui pend à sa lanière. D’un geste, je secoue l’appareil, frotte mon pull et ma main.

Tout à coup : Kwa kwa kwa ! Quatre Bernaches du Canada déploient leurs ailes, décollent de l’eau et volent… pile dans ma direction ! Elles restent très bas, à même pas un mètre de l’eau, et se laissent glisser jusqu’à cinquante centimètres de moi.

Pendant quelques courtes secondes, je ne comprends pas. La première, la plus proche, me fixe de ses yeux :

— Tu as à manger pour nous ?

— Ah non ! Désolée, ce n’est pas pour vous, ce n’est pas bon pour vous.

Elles étaient à une dizaine de mètres au début, calmes au bord de l’eau. Mon geste de nettoyage a été le signal : feu vert pour manger ! Hélas, elles ont dû se contenter de me regarder m’éloigner. Elles devaient être très déçues…

Troisième moment : le lézard caché

Quelques cyclistes et joggeurs passent. Heureusement, ça reste calme. Je reconnais le chant de la sittelle et celui du troglodyte. L’application BirdNET m’informe qu’elle a identifié « presque certain » un Grimpereau des jardins, que je finis par apercevoir furtivement grimper le long d’un arbre : brun contre brun. Heureusement que ma vue de loin est excellente !

Je ralentis ma marche. Je longe un mur de pavés et pierres, haut d’un mètre vingt environ, colonisé par toutes sortes de végétaux qui ont profité des interstices. Je distingue une grande toile d’araignée. Une grosse mouche se pose. Aussitôt, je pense à « eux ». Avec la météo printanière en avance, je me demande si les lézards seront de sortie pour se dorer le museau au soleil.

Certains joggeurs ralentissent, tentent d’apercevoir l’objet de ma curiosité. Ils ne voient rien. Mais moi, si ! Un lézard des murailles est là, qui crapahute et trottine en se dandinant comme seuls les lézards savent si bien le faire. Photo. Jumelles. Photo. Jumelles. S’il n’avait pas bougé, je l’aurais sûrement loupé. Ils savent si bien se fondre dans le décor !

Je suis ravie ! Quelle magnifique journée !

Quatrième moment : le ballet des buses

Je suis près de chez moi. Enfin, à deux kilomètres. Cette fois, pas question de passer par la lande – à chaque fois que je grimpe dans ce bois à onze pour cent de dénivelé, j’ai mal au dos pendant quarante-huit heures. Je prends la rue à sens unique qui grimpe bien, mais à mon aise. Pour une fois, je mangerai plus tard, ce n’est pas grave.

Les mésanges donnent de la voix. Elles chantent, chantent, c’est inouï. Je bascule la tête en arrière pour voir, entre les arbres qui bordent la rue, le ciel bleu. Je me dis que ce serait sympa de photographier l’épervier que j’ai déjà croisé plusieurs fois dans les parages.

Sans mentir, je n’ai pas le temps de terminer ma réflexion qu’une large silhouette traverse mon champ de vision : une buse variable ! Elle est plutôt basse. Vite, clic-clic, je tente le tout pour le tout sans passer par les jumelles. Le rapace décrit des cercles de plus en plus larges, de plus en plus haut.

Hé ! Elle n’est pas toute seule ! Deux buses dans le ciel ! Un couple ? J’aurais aimé faire d’autres photos des deux ensemble, mais elles étaient trop éloignées l’une de l’autre pour mon appareil.

« Incroyable ! » Je le dis tout haut. Il n’y a personne pour m’entendre. Tout le monde doit manger à cette heure.

Cinquième moment : la mésange mystérieuse

En parlant de manger, je passe devant une maison qui borde la forêt, sans jardin à proprement parler. En hiver, les habitants donnent toujours à manger aux oiseaux : mangeoires et filets avec cacahuètes. (Bon, je n’aime pas ces filets – les griffes peuvent rester accrochées et l’oiseau piégé peut en mourir.)

Malgré le beau temps et les températures clémentes, il y a du monde au restaurant : mésanges bleues et charbonnières principalement, une dizaine, qui font des allées et retours entre le restaurant suspendu et les arbres de l’autre côté de la route.

J’avise d’abord un arbre envahi par le lierre. Du commensalisme parfait : le lierre profite du support de l’arbre pour grimper vers la lumière sans le déranger ni le blesser, et l’arbre ne reçoit rien en retour. Je fais une photo pour illustrer ce que j’ai appris en formation, pour retenir ces mots nouveaux.

Et puis là, pile devant moi, se pose une mésange différente. Je fais le vœu que ce soit une mésange huppée ou une mésange noire, que je n’ai pas encore immortalisées. Ce ne sera ni l’une, ni l’autre : une mésange nonnette ou boréale. Bien que j’aie lu des articles et visionné des vidéos sur leurs différences, je ne sais toujours pas les identifier avec certitude quand elles sont devant mon nez !

Les vas-et-viens sont si rapides que j’appuie sur le déclencheur sans viser. La mésange avec son « casque » noir, une charbonnière et deux bleues virevoltent entre les branches en ne se posant que deux ou trois microsecondes ! Quand la petite troupe est hors de portée, je regarde si j’ai au moins une photo nette.

Bingo ! Je suis trop contente !

Le bilan d’une balade magique

Je n’en reviens pas d’avoir eu la chance de vivre ces moments uniques, merveilleux et tout simplement naturels. En trois heures et demie, j’ai fait mes 10 000 pas, environ 7,5 km, sans me perdre, en profitant énormément du calme, du soleil, des vivants vibrants tout autour de moi.

Sans être précise, j’estime avoir observé une trentaine d’espèces différentes – animaux, végétaux et champignons confondus.

Bonus : les champignons orange

Une dernière anecdote ? Tout près de chez moi, j’avise au loin des boules orange sur le haut d’un tronc coupé à environ un mètre soixante. Je le sais car je mesure à peine plus et je n’arrivais pas à voir sans me mettre sur la pointe des pieds, bras levés pour faire la photo. C’est sur cet arbre que j’ai déjà identifié un champignon : une pleurote des huitres !

Ici, la couleur est vraiment orange et de loin, ça ressemble à des billes de différentes tailles. Je pense d’abord à un oubli – quelqu’un a oublié ses affaires qu’une autre personne a posées là pour éviter qu’elles traînent dans la boue. Je monte quand même la petite butte : encore des champignons ! La couleur m’étonne vraiment, donc je touche pour être sûre de ne pas confondre avec un objet humain. Mais non.

Grâce à l’appareil photo en mode macro, je peux voir d’autres minuscules champignons tout autour du rassemblement. Il s’agirait d’une Flammulina (peut-être Flammulina velutipes, le collybie à pied velouté, qui pousse souvent en hiver sur le bois mort). Le site observations.be n’est pas sûr à 100 %, donc je doute aussi un peu.


Les interactions du vivant : un enchevêtrement de relations

Durant ma formation, j’ai découvert que la nature est un immense réseau de relations. Chaque être vivant interagit avec les autres, et ces interactions ont des noms bien précis :

Le parasitisme : Une espèce vit aux dépens d’une autre. C’est le cas du gui que j’ai observé en « boules » dans les arbres. Cette plante s’accroche aux branches et puise l’eau et les nutriments directement dans l’arbre hôte. Elle peut l’affaiblir, surtout si plusieurs touffes de gui colonisent le même arbre. Contrairement au lierre qui ne prend rien à l’arbre, le gui est un vrai parasite !

La prédation : Un animal en chasse un autre pour se nourrir. Les traces de Castor que j’ai vues – ces arbres rongés avec les marques de dents bien visibles – témoignent de cette relation. Le castor abat les arbres pour manger l’écorce tendre et les jeunes pousses, et aussi pour construire son barrage. C’est un ingénieur de la nature qui transforme tout le paysage !

Et ces galeries creusées dans le bois mort par les larves d’insectes xylophages ? C’est du parasitisme : les larves se nourrissent du bois. Mais ensuite, le pic épeiche que j’ai observé vient les chercher pour s’en nourrir : voilà la prédation qui s’enchaîne ! Un même arbre mort accueille toute une chaîne alimentaire.

Les cavités que j’ai repérées – probablement creusées par les pics pour nicher – seront peut-être réutilisées plus tard par les sittelles ou d’autres oiseaux cavernicoles. C’est magnifique : le pic travaille, et d’autres en profitent les années suivantes !

Le commensalisme : Le lierre que j’ai photographié en est le parfait exemple. Il grimpe sur l’arbre pour atteindre la lumière, mais ne lui prend rien. Il ne le parasite pas, ne l’étouffe pas. C’est une relation à sens unique : le lierre gagne un support, l’arbre n’y gagne ni n’y perd rien.

Le chèvrefeuille grimpant, lui, c’est plus complexe : en s’enroulant si serré autour du tronc, il peut parfois gêner la croissance de l’arbre, voire le déformer. C’est entre le parasitisme léger et la compétition pour l’espace.

L’amensalisme : Imaginez un grand chêne majestueux qui fait de l’ombre. En dessous, les petites plantes ne peuvent plus pousser par manque de lumière. Le chêne ne gagne rien à leur nuire, il ne fait que… exister. Mais son existence empêche les autres de prospérer.

Le mutualisme : Quand deux espèces s’entraident. Comme la Sittelle qui donne l’alerte et prévient tous les habitants de la forêt d’un danger. Tout le monde en profite, elle aussi !

La compétition intraspécifique :des individus de la même espèce en concurrence pour les mêmes ressources. Ici, vous avez là une véritable colonie de champignons décomposeurs (Stereum subtomentosum) qui colonise ce tronc mort. Tous de la même espèce, ils se disputent l’espace et les nutriments.

La symbiose : deux espèces qui collaborent pour leur bénéfice mutuel. Sur cette photo, le lézard des murailles guette, immobile. Autour de lui, les lichens (taches blanches sur les pierres) ; ces étonnantes associations symbiotiques entre un champignon et une algue qui vivent ensemble et s’entraident.  (et pour rappel, le lézard exerce de la prédation sur les insectes, mouche décrite dans mon texte, pour se nourrir.

La compétition interspécifique : cela se passe avecdes espèces différentes qui rivalisent pour un espace ou une nourriture.  Sur cette photo (où j’ai entouré le Pic épeiche), regardez les arbres. Ils sont en compétition pour la course vers la lumière. Ces arbres de différentes espèces s’élancent vers le ciel. Dans cette forêt dense, seuls les plus hauts peuvent profiter pleinement de la lumière.

Toutes ces relations s’entremêlent dans la biocénose – cette communauté de vivants qui habitent un même milieu. Et moi, ce matin-là, j’étais une observatrice émerveillée.

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Neuf Kilomètres d’Observation : Soin et Nature

Samedi 17 janvier 2026

Neuf kilomètres pour prendre soin : chronique d’une balade naturaliste

C’était hier. Avec ce magnifique soleil, je décide de me rendre à pied jusqu’à ma librairie préférée. La seule librairie naturaliste de la région. La plus grande, la plus belle, la mieux achalandée. Surtout, j’y retrouve mon amie, ma collègue. Oui, bon, je dis collègue, car même si je ne suis que libraire bénévole à mes heures perdues, après deux ans  et demi à ses côtés, je considère Elisabeth (prénom d’emprunt) comme ma collègue. Elle est la meilleure. Meilleure libraire, meilleure collègue, meilleure amie.

Partir bien équipée (ou presque)

Nous sommes en hiver, mais il fait beau. Il fait chaud. Onze degrés au thermomètre extérieur, à l’ombre. Je m’habille peut-être un peu trop chaudement pour la météo du jour, mais le soir, il va sûrement faire plus frais. Je préfère avoir trop chaud et porter mon manteau, mon appareil photo et mon sac à dos, plutôt que d’attraper froid. Prendre soin de soi, c’est aussi ça : anticiper, prévoir, même si on se trompe.

Je n’ai fait qu’une fois ce chemin à pied, en été, quand je lisais à voix haute chez une personne âgée, malvoyante. Elle habitait à un kilomètre à vol d’oiseau de la librairie. Cette fois, je souhaite prendre un autre chemin, passer par un parc dans lequel je ne vais jamais. C’est un détour, mais je longe l’eau. J’adore cet élément : la mer, les rivières, les canaux et autres confluents…

J’ai toujours en tête de faire attention à ne pas appuyer trop vite et de trop nombreuses fois sur le déclencheur de mon appareil photo. J’ai dû vider la carte mémoire : des milliers de photos dans le petit bidou de mon APN, il n’en reste plus une seule. Trois jours entiers à faire le tri, à renommer, à classer mes photos naturalistes. Je n’ai pas tout à fait fini, mais tout est sauvegardé trois fois, alors me voilà prête à vider la carte mémoire haute capacité et à repartir l’œil aux aguets.

Les premiers pas : un rouge-gorge et une leçon d’attention

Deux cents mètres. C’est la distance qu’il m’a fallu pour enlever mon tour de cou et mon manteau. Onze degrés au thermomètre, ressentis quinze ou seize ! Mais oui, tout va bien, le climat se porte bien, la Terre aime changer d’humeur de saison pour ne pas qu’on s’habitue. Où est passée la neige et le froid revigorant d’il y a six jours ? Pfuit, comme les photos dans ma carte mémoire : disparu.

Sur un petit chemin accessible uniquement aux piétons, près de chez moi, je souris. Ma balade commence bien. Voilà quinze mètres qu’un rouge-gorge me précède, sautillant et voletant par cinquante centimètres. Au bout du quatrième envol, je lui dis : « Si tu revenais te poser derrière moi ? Parce que toi et moi, on prend le même chemin. Je risque de te suivre longtemps, involontairement. »

Il a mis un peu de temps à comprendre, puis s’est envolé non pas pour revenir derrière moi, mais pour se cacher dans la haie et patienter sur la branche d’un arbre dénudé, hors chemin bétonné. Je presse le pas en me disant : « Voilà, c’est bon, je suis passée, tu peux revenir. »

Prendre soin du vivant, c’est aussi cela : reconnaître que nous partageons l’espace, que nos chemins se croisent, et faire un pas de côté quand c’est nécessaire.

Descendre vers la ville, le nez au sol, la tête dans les airs

Cette nuit, j’ai mal dormi. Un peu dérangée des intestins, j’ai dû me battre, après un réveil urgent, avec un de mes chats qui a décidé qu’à une heure trente du matin, c’était l’heure de jouer à cache-cache ! Je suis fatiguée et mes crampes au mollet de cette nuit se rappellent à mon mauvais souvenir.

Pour « descendre » en ville, j’emprunte une chouette rue à sens unique qui borde une forêt. Que de magnifiques souvenirs dans cette descente : épervier embêté par trois pies en plein vol, geais timides et bruyants, sittelles adorables, mésanges, merles, buses variables… Les oiseaux ne manquent pas. Il y a quelques années, j’y avais vu un orvet traînant, déshydraté, sur le béton brûlant du sol. J’ai regardé à trois reprises pour m’assurer qu’il s’agissait bien d’un orvet et non d’un serpent (la confusion est fréquente), et je l’ai pris en main pour le déposer dans le bois, en contrebas, du côté où sa tête pointait. Pour ne pas lui faire faire le chemin inverse, mais bien pour l’aider. Une fois dans le bois, à l’ombre, j’ai versé un peu d’eau de ma gourde tout près de lui, sans le noyer.

Ce geste simple me revient souvent en mémoire. Prendre soin d’un petit être vulnérable, c’est parfois juste le replacer là où il devrait être, lui offrir un peu d’eau, et le laisser reprendre son chemin.

C’est donc tantôt le nez au sol tantôt dans les airs que je progresse lentement, avec un pincement au mollet. Foutue crampe ! J’ai ainsi progressé de mille cinq cents mètres. Encore, au minimum, six kilomètres à faire pour atteindre mon objectif. Si je ne me perds pas, ou ne me trompe pas de chemin, ce qui est fort probable.

Au bord de l’Ourthe : grèbes, martin et cormorans

Toutes les petites bêtes volantes ou rampantes sont aux abonnées absentes en cette heure du midi. Je ferai ma première photo bien plus loin, sur le canal de l’Ourthe : un petit bouchon. Non, deux. Que dis-je ? Trois ?! Mamamia, c’est bien ça : trois grèbes castagneux ! Mais ils sont loin. Très loin. Et petits. Très petits. Juste pour la forme, je fais quelques photos, car sait-on jamais, par hasard, j’aurais aussi le martin-pêcheur sur l’une d’elles ! Je peux toujours rêver… Il a filé comme seul le martin-pêcheur sait le faire : telle une flèche bleue, rapide comme l’éclair. On a juste le temps de se dire « Ah, c’était Martin ? » qu’il est déjà trop loin…

Petit montage pour avoir les 3 en une seule photo. De loin, je vous l’avait dit :-)

Un grand cormoran en vol : clic-clac, celui-là, je l’ai dans le viseur le temps d’une seule photo pas trop floue.

Tout du long, au bord de l’eau, sur les pierres, je scrute une silhouette, un mouvement, un corps tout fin qui se dorerait au soleil. J’en ai déjà vu plusieurs à cet endroit. En vain. Point de lézard. Est-ce que ces reptiles hibernent ? Je le pense bien, mais j’aurais cru que les conditions climatiques clémentes en feraient peut-être sortir un ou deux de leur trou. Mais non, ça sera pour une prochaine fois. Observer les vivants, c’est aussi accepter leur absence, respecter leurs cycles, leur besoin de repos hivernal.

L’île aux Corsaires et ses gardiens ailés

J’arrive à un embranchement : j’ai le choix de continuer à droite ou à gauche, au bord de l’eau des deux côtés. Généralement, je pars d’un côté et je reviens de l’autre. Au moment où j’hésite, j’entends un étrange cri dans les airs. Mouette ou goéland ? Un cri comme une plainte, bizarre. J’essaie de l’identifier avec mon appareil photo (qui me sert aussi de jumelle grâce à son zoom super puissant), mais il est déjà trop loin et des branches d’arbres obstruent ma vue. Il allait à droite. Je vais donc, logiquement, à… gauche ! Eh oui, faut pas chercher à me comprendre. Parfois, moi-même, je ne me comprends pas.

Pour la peine, une photo d’une Mouette rieuse qui passait par là.

Voilà des mois qu’il y a des travaux à cet endroit, à cet embranchement. Je n’ai pas fait attention à la date probable de fin, car on sait tous que les délais sont rarement respectés. Mais je me souviens que c’est ici, durant ces travaux, imperturbable, que j’ai vu un accenteur mouchet s’égosiller joliment à la fin de l’hiver 2025. Il n’est pas là en ce moment, mais j’entends des mésanges pépier doucement.

Sur le chemin, à ma droite, il y a ce que l’on appelle l’île aux Corsaires. Dans la petite revue que je me suis offerte à la librairie, il est dit que c’est la première réserve naturelle urbaine gérée par l’association Natagora, en 2005. À peine plus de 2 hectares, mais un vrai petit bijou naturel à deux pas de chez moi. Cet écrin de nature, en aval de la confluence de la Vesdre et de l’Ourthe, est un passage obligé quand je me rends à pied dans le centre commercial plus loin.

Je ne rentre pas dans cette réserve naturelle, mais la longe. Et là, deux veilleurs sont perchés dans un arbre, à proximité de l’entrée : des corneilles. J’adore les corvidés, même les sombres colorés. Ils sont synonymes d’intelligence, d’adaptation, de ruse, de jeux. Leur cri n’est pas très joyeux, mais reconnaissable. Ces deux individus, dont je ne peux différencier le mâle de la femelle tellement ils se ressemblent, sont arrivés silencieusement. Sans bruit, ils se sont posés. Sans cri, ils m’ont observée, puis ils se sont regardés. Cela m’a donné l’occasion de les approcher pour faire de belles photos !

Sans les avoir mitraillés comme à mon habitude, j’ai même attendu que l’un tourne la tête pour avoir la lumière dans son œil sombre. Prendre soin de mes sujets photographiques, c’est aussi ça : attendre le bon moment, ne pas les harceler de clics, respecter leur rythme.

Territoires aquatiques : foulques et mystérieux passereau

J’ai changé de sujets d’observation quand j’ai entendu du bruit à ma gauche, dans l’eau. Une foulque macroule naviguant tranquillement a osé traverser le territoire d’une consœur. Même si elle ne faisait que passer, elle prenait trop son temps pour la maîtresse des lieux. Enfin, je dis « maîtresse », mais chez les foulques, comme chez les corvidés, aucun dimorphisme sexuel franc. Une course poursuite s’est engagée, pour se terminer tout aussi rapidement.

Dans les arbres qui jouxtent l’eau, un oiseau chanteur. Un petit passereau. Petit, c’est tout ce que je pourrais dire. Si j’identifie assez facilement les oiseaux à la vue, à l’ouïe, c’est autre chose. Ayant un léger déficit auditif, j’ai beaucoup de mal à reconnaître les différents chants ou cris. Et ce petit oiseau, je ne sais pas lequel c’est. Très farouche et discret, il s’échappait de ma vue dès que je l’avais dans le viseur ! Autrement dit, il restera un inconnu pour moi. Zut.

Parfois, prendre soin de soi, c’est aussi accepter de ne pas tout savoir, de ne pas tout capturer, de laisser certains mystères intacts.

Le cormoran observateur et la pêche furtive

Je passe le pont et arrive à proximité du centre commercial. Là aussi, je me retrouve à avoir le choix. J’ai toujours longé un seul côté, le plus calme, celui avec le moins de circulation, avec le moins de passage de voitures. Mais je sais qu’il existe un autre « côté » tout aussi agréable, bien que j’ignore par où aller pour le rejoindre. Comme mon objectif est de trouver un parc « tout au bout, à droite » et que je pense devoir aller à gauche pour rejoindre cet autre chemin agréable, je n’hésite pas longtemps et garde mon chemin habituel. Une nouvelle découverte par jour, c’est déjà bien assez ! (rires)

Je pourrais aller de l’autre côté de l’eau, mais c’est moins agréable. Et puis, je fais bien. Au moment où je m’assieds trente secondes pour boire à ma gourde, je discerne un grand cormoran, en bas, au bord de l’eau.

Saviez-vous que les oiseaux savent quand vous les épiez ? Ils savent où vous regardez ! Si, si. J’avais beau être quatre mètres plus haut que lui, il a émis un mouvement de recul aussitôt qu’il m’a vue. Alors, mine de rien, je lui tourne le dos, je continue à boire et je fais comme si je ne l’avais pas remarqué. Ma pause dure un peu plus longtemps que prévu, mais c’est pour mieux essayer de capturer cet instant « volé ». Quelle belle idée j’ai eue : voyez ce petit attroupement qui s’est formé !

Oh ! En visualisant ces photos, je n’avais pas vu les « intrus » ? Et vous, vous voyez de qui je veux parler ?

Après trois ou quatre photos, je poursuis ma balade. Plouf ! Un poisson ou un oiseau a plongé dans l’eau. Je me mets derrière un arbre, je me cache comme je peux (il y a plein de cyclistes et de joggeurs qui me dépassent) et j’attends. Hop ! C’était un grand cormoran en pleine pêche. Celui-ci est un adulte avec déjà son plumage nuptial. On le distingue bien avec son cou blanc et la tache blanche sur son épaule, que j’ai réussi à capturer juste au moment où il replongeait ! On la verra aussi en vol sur une autre photo.

Observer sans déranger, se faire discrète, patienter : voilà l’art du soin porté aux vivants sauvages.

Lézards absents, gendarmes présents

Toujours tout droit. J’ai choisi volontairement ce chemin, car plus loin, j’espère avoir l’occasion de voir et de prendre une photo de lézards des murailles. D’habitude, au printemps et en été, et même jusqu’en automne, j’en vois presque toujours à cet endroit. Mais là, quedal. Nada. Rien. Zut et flûte. Crotte de boudin !

En lieu et place, là où je croyais en voir, j’aperçois un attroupement de gendarmes. Non pas ceux venus pour le boucher mal-aimé (les Belges me comprendront), mais ces insectes rouges et noirs de la famille des punaises. Clic-clac, une photo quand même, à défaut des lézards. Ces punaises restent normalement aussi cachées en hiver, mais ne dédaignent pas un bain de soleil hivernal, comme aujourd’hui.

Course urbaine et retrouvailles aquatiques

Arrivée au bout de cette rue, pour atteindre le parc convoité, je dois traverser un grand carrefour. Carrefour mal fichu, car les feux privilégient les voitures aux piétons et on n’a jamais le temps de traverser les deux passages cloutés pendant que le petit bonhomme reste vert. Courir, toujours courir. Je déteste ça ! M’enfin, c’est mon petit sport du jour. Trois secondes. Et aïe, mes pieds. Trois secondes, et aïe, mes mollets. À ce stade, je ne suis pas sûre de faire le chemin du retour à pied…

Je redescends au bord de l’eau. Un monde fou, fou, fou. Un week-end ensoleillé comme celui-là et ça fourmille d’humains en manque de vitamine D. Les bernaches du Canada ne me contrediront pas. Là aussi, deux ou trois clans. Je vois arriver deux individus, fendant les flots d’une allure cadencée, dans ma direction. Je crois que ces deux-là viennent pour moi, mais je me fourvoyais complètement.

Tout au bord, près de moi donc (mais comme il n’y a pas de barrière à ce niveau, je ne m’approche pas trop près du bord), un groupe de cinq bernaches. Et les deux qui arrivent sont clairement les chefs. Ou les parents ? Dès qu’ils arrivent près du petit groupe, ce dernier se disperse et s’éloigne. Lentement, mais sûrement. À gauche, un troisième petit groupe arrive en file indienne. J’aime les couleurs, le jeu d’ombre et de lumière, je fais donc une photo. Ou un peu plus…

Pour ne pas avoir de torticolis, je lève un peu la tête, histoire de voir ce qu’il se passe dans l’air, si un rapace ne serait pas là, de passage, discretos. Point de rapace en vue, mais un arbre à cormorans ! (rires)

Rencontres de proximité : corneille et bergeronnette

Alors que plusieurs groupes d’humains s’activent pour aller sur l’eau dans leur canoë, j’avise une corneille à moins de dix pas de moi. On se regarde, on se parle silencieusement, on s’évalue. Elle accepte une photo ou deux. Se déplace juste ce qu’il faut pour me laisser passer sans qu’elle doive pour autant décoller, encore une photo, et hop, elle retourne à sa place, le bec plein de boue.

Ces moments de compréhension mutuelle, ces instants où l’oiseau vous accorde sa confiance, même brièvement, sont pour moi l’essence même du soin aux vivants : un respect réciproque, une reconnaissance de l’autre.

Au même endroit, plus loin, mon regard perçant a accroché un petit oiseau qui a la bougeotte. Un hoche-queue. Une bergeronnette des ruisseaux. Je pense à un mâle vu ses couleurs éclatantes. Petit oiseau à longue queue qui hoche tout le temps, d’où son surnom, très timide et farouche. Je sais que je dois faire des photos de là où je suis, avancer lentement, sans quitter l’objectif de mes yeux (et ne pas tomber dans l’eau de préférence) pour espérer avoir une photo potable. Il n’y a pas d’autres chemins. Je suis désolée de devoir la déranger. Finalement, c’est un joggeur qui arrive en sens inverse qui la fait fuir avant moi.

Petit montage sur la première photo :
Dans le rond jaune, première photo de l’oiseau, de très loin.
Dans le carré orange, deuxième photo où j’ai avancé d’un pas et zoomé un peu plus.
La 3e photo (deuxième ici), j’ai recadré, beaucoup recadré pour que vous puissiez voir un peu mieux à quoi ça ressemble.

Encore un cormoran en vol. De plus haut, de plus loin. Mais vous pouvez voir, même d’aussi loin, la tache blanche sur son corps noir. Un adulte au plumage nuptial.

Le mystère du parc : une chose indéfinissable

Alors que j’observe plusieurs « arbres à cormorans », un gros « paquet » titille ma curiosité. Un truc indéfinissable, non identifié, tout en haut d’un arbre. Des gens dans le parc, des dizaines et des dizaines de gens. Des enfants, des adultes, des chiens, des joggeurs, des cyclistes… et une seule andouille (moi) qui a le nez en l’air et qui vise avec son zoom ce truc informe.

Je pense d’abord à un nid de frelon qui aurait été traité et que la neige de la semaine passée a commencé à détruire. J’hésite un instant à passer par un autre chemin (encore un choix, encore une bifurcation dans ce parc, car oui, je suis arrivée au parc que je voulais traverser), mais je suis déjà épuisée avec des douleurs nettes aux pieds, aux orteils, aux muscles des jambes. (Info à moi-même : quand je décide de faire de longues balades pareilles, mettre deux paires de chaussettes ou une grosse paire de chaussettes pour la marche !)

Mais cet autre chemin me permettrait d’avoir un autre point de vue, un autre angle de vue de cette « chose ». Je pense alors à un manteau ou un tissu, une couverture qu’on aurait balancé comme ça ? Mais ça m’a l’air d’avoir du volume. Malgré la couleur, plutôt gris foncé, ça doit être un nid de frelons partiellement décomposé. Je ne vois rien d’autre, malgré mon zoom poussé à fond.

Retour à la civilisation

Il me reste vingt-trois minutes avant ma destination finale : la librairie Regards Nature. Je sors du parc et rentre dans la ville, avec les voitures par centaines, avec le tram bruyant, avec les gens riant, avec ces odeurs de ville, ce brouhaha continu… tout ce que je n’aime pas. Mon manteau sur mon autre bras dissimule mon appareil photo. Centre-ville et ville sont égaux à vols, pickpockets et autres agressions. Il ne faut pas tenter le diable.

En dernières photos, un cormoran dans un arbre, au-dessus des voitures et du tram circulant…

À la librairie : l’énigme résolue

À la librairie, KO mais contente de ma balade et de mes observations du vivant par ce magnifique temps, je demande à ma collègue et à « Monsieur Optique » présents s’ils ont une idée de ce que la « chose » pourrait être. Les propositions sont rares, mais intéressantes :

  • Un sac jeté ?
  • Une sculpture posée là intentionnellement ? Un musée d’art en plein air ?
  • Le cadavre d’un héron ?

Je penche beaucoup pour une sculpture. Mais je me souviens aussi d’un héron cendré que je croyais mort, car il ne bougeait pas du tout et avait la tête complètement rentrée dans les épaules (parc Hauster, encore une fois, en décembre, sans neige).

Héron cendré – grosse sieste profonde – 12/12/2025 – Chaudfontaine

J’aurais bien aimé rentrer à pied pour aller voir par l’autre chemin, mais mon corps ne le veut pas. Alors, ce n’est qu’une fois à la maison, en regardant les photos via l’ordinateur, que la vérité éclate : c’est un héron cendré, bien vivant, qui a froid ou qui dort tranquillement ! En zoomant sur l’écran de l’ordinateur, on voit très clairement la patte, au moins une patte, avec les doigts qui accrochent la branche de l’arbre.

Ainsi, on a deux photos d’un héron qui fait dodo : recto et verso (rires)


Neuf kilomètres pour prendre soin. Prendre soin de mes pas qui me portent, de mes yeux qui observent, de mes mains qui tiennent l’appareil avec patience. Prendre soin du rouge-gorge en lui cédant le passage, de l’orvet déshydraté en lui offrant de l’eau et de l’ombre, de la corneille en acceptant son regard sans la presser, de la bergeronnette en reconnaissant que ma présence la dérange. Prendre soin du héron endormi en le laissant tranquille dans son arbre, sans avoir besoin de m’approcher davantage pour confirmer ce que mes photos me révéleront plus tard.

Prendre soin des vivants, c’est aussi prendre soin de notre capacité d’émerveillement, de notre curiosité bienveillante, de notre patience. C’est accepter la crampe au mollet, les pieds douloureux, la fatigue, parce que le privilège d’observer demande parfois de l’inconfort. C’est rentrer épuisée mais riche de ces rencontres fugaces qui nous rappellent que nous ne sommes qu’une espèce parmi tant d’autres, partageant ces chemins, ces parcs, ces bords d’eau.

Et c’est, finalement, en prenant soin d’eux que nous prenons soin de nous.

Marche avec moi

Au détour d’une balade improvisée, ce petit air, je l’ai presque chanté !

Marche avec moi, le matin se lève,
Les herbes s’inclinent, la lumière est brève.
Un pas après l’autre, laisse fuir les pensées,
Écoute l’eau qui parle aux racines cachées.

Les oiseaux t’accueillent d’un concert sans détour,
Pinson, troglodyte, leur chant est d’amour.
Si petit le mignon, mais si fort son appel,
Il fait vibrer le bois, du tronc jusqu’au ciel.

Le rouge-gorge file, discret et vaillant,
Son œil te regarde, curieux, pétillant.
Là, le goéland brun barbote avec dignité,
Tandis qu’une corneille tente de chaparder.

Le héron en vol déploie son grand silence,
Et les canetons rient, dansent leur innocence.
Le grand cormoran, sur la rive endormie,
Étire ses ailes noires comme pages de nuit.

Le Grimpereau discret, doux grimpeur de l’écorce,
Suit un chemin secret, libre et plein de forces.
La mésange bavarde, l’étourneau papillonne,
Chacun a sa voix, et pourtant l’harmonie résonne.

Le sol, lui aussi, regorge de merveilles,
Un hanneton frissonne sous l’ombre d’une feuille.
Une larve de coccinelle, promesse de couleurs,
Et le bourdon des arbres qui butine de fleur en fleur.

Les Dolerus scintillent, furtifs comme le vent,
Tandis que les chenilles s’étirent, lentement, doucement.
Le Viorne donne fruit sur un arbre voisin,
Et l’ail des ours embaume les creux du chemin.

Les Sceaux de Salomon, secrets entre les pierres,
Murmurent à mi-voix des sagesses de terre.
Marche avec moi, écoute, respire, ralentis,
Chaque souffle t’ancre, chaque pas te bénit.

Tu n’as rien à prouver, rien à faire, juste être,
À l’instant, à la vie, au silence, à la fête.
La nature t’accueille, sans question, sans détour,
Elle te murmure simplement : Sois amour


En images. Les photos sont toutes de moi. La moitié ont été faites avec mon smartphone (insectes, paysages, fleurs) et le reste avec mon appareil photo numérique, soit au même endroit – Parc Hauster à Chaudfontaine, soit ailleurs.

La liste des bestioles et végétaux :-)

  • corneille noire
  • étourneau sansonnet
  • héron cendré
  • grand cormoran
  • grimpereau des jardins (je crois)
  • pinson des arbres (ici un mâle)
  • mésange charbonnière
  • mésange bleue
  • mésange nonnette
  • famille de canards colverts (avec des poussins qui étaient plus grands que sur la photo)
  • troglodyte mignon
  • rouge-gorge familier
  • goéland brun (je crois)
  • larve de coccinelle asiatique
  • chenilles de Phalène brumeuse
  • bourdon des arbres e
  • plusieurs dolerus
  • hanneton des jardins
  • fruits d’un Viorne obier qui poussaient sur un autre arbre
  • Sceaux de Salomon commun
  • ail des ours en veux-tu en voilà

Après les photos, le fichier audio ;-)

Elles sont de retour pour mon plus grand plaisir

Hier soir, dans l’arbre aux oiseaux (en face de mon salon), de petites Orites à longue-queue m’ont à nouveau rendu une visite éclair.

J’ai même réussi à les prendre en photo. Mais c’est qu’elles ont la bougeotte ! Je préfère vous montrer des photos nettes grâce aux supers généreux photographes qui partagent leurs photos sur le site de Pixabay.

Les deux photos de l’oiseau qui a la face blanche sont de Sharkolot. La troisième est de Kev dont j’ai déjà partagé d’autres photos d’oiseaux de ce site. J’ai choisi celle-ci en couverture de l’article.

Ma plus belle photo, recadrée. Désolée pour la qualité, mais c’est une photo de l’écran de mon vieux bridge.

Allez, une autre photo de l’écran où on en voit une de face et sa longue-queue qui lui doit son nom.

Le succès n’est pas la destination, c’est le voyage (Zig Ziglar)

Camp Nanowrimo J11. J’ai écris 500 mots ce matin. Un peu plus : 522. Un point c’est tout ! J’ai un peu d’avance. Je peux me le permettre. Et puis, la journée ne fait que commencer.

La réussite est la somme de petits efforts répétés jour après jour – Robert Collier

J’étais un peu coincée, dans mon histoire. Suite à ma demande, sur FB, deux personnes m’ont proposé des mots à intégrer dans mon texte du jour : « Abbaye d’Aulne » & « Rivière ». Eh ben, grâce à elles, j’ai avancé de 522 mots ce matin ! Merci Irma ! Merci Fabienne !

La motivation vous tire vers le haut. L’inspiration vous emmène plus loin – Zig Ziglar

Une petite erreur s’est glissée dans le nombre de mots comptabilisé : 17.750 mots.

Je ne suis pas à deux cents mots près (rires)

La neige

Dans le soleil, sur fond de neige immaculée, une tache orange. Un rouge-gorge sautille de branche en branche. Un deuxième arrive près de lui. Lequel en premier se met à chantillonner ? Siffler doucement. Un roucoulement aigu, qui roule et qui chante. Qui rebondit dans ce silence hivernal. Il n’aurait pas dû. Le chanteur est chassé. Les deux oiseaux sont au sol et des coups de pattes et de bec sont donnés. Ils roulent littéralement dans la neige. J’ai froid pour eux.

Le conflit semble terminé. Ils remontent dans l’arbre, non loin du sol. Mais ils n’ont pas dit leur dernier mot. La scène recommence. Course poursuite dans les airs, se posent au sol, les pattes tendues, les ailes dans la poudreuse fraîche et lumineuse.

Un samedi matin pas comme les autres.

En Belgique, Liège, nous n’avons pas souvent autant de neige. Alors, autant en profiter. Marcher comme sur de la glace. À petits pas. S’arrêter pour observer. S’arrêter pour ne pas glisser. Et sourire aux oiseaux.