Il se passe quelque chose de bizarre

Aujourd’hui, jeudi, je travaille à la maison. Ça tombe bien, je suis malade.

Le matin, dès potron-minet, je « vérifie » le nid des tourterelles qui se trouve en face de mon salon. Je fais discrètement, je zyeute entre les tentures pour ne pas les effrayer. C’est qu’ils sont à deux mètres environ de ma fenêtre !

5h15, maman est sur le nid.

5h45, plus personne sur le nid, je vois, aux jumelles, deux trucs jaunes et noirs, les deux bébés.

6h10, papa ou maman est là et donne à manger. Les deux sont impatients et affamés. Ils tendent leur cou, se font plus grands et vont chercher la nourriture dans le bec de leur parent. Oui, les deux en même temps, chacun d’un côté du bec !

6h25, le repas est terminé, l’adulte est parti se poser près de sa moitié sur le câble en face, de l’autre côté de la rue.

Ce va-et-vient va se renouveler trois ou quatre fois, devant moi.

Dans l’après-midi, je ne sais plus vers quelle heure, je travaille quand même un peu (rires), je remarque que des mouches s’approchent puis se posent sur le nid, dans le nid, sur les bébés ! Hormis les mouches, rien ne bouge dans les brindilles. Les parents sont posés en face, non loin.

Les heures passent. Je trouve ça bizarre que ces mouches ne cessent de roder autour des bébés. D’abord, naïvement, je me dis que leur peau est trop.dur pour ces insectes. Puis, je me souviens des paroles de la nouvelle coordinatrice du Creaves près de chez moi :  » quand les mouches pondent dans un hérisson, si on n’intervient pas rapidement, l’animal peut mourir en quelques heures ». Merde ! Les oisillons sont malades, affaiblis ou morts ?!

Cela pourrait expliquer leurs absences régulières depuis hier. Cela s’est fait petit à petit. Durant toute la couvaison des œufs, les parents n’ont jamais laissé plus de cinq minutes le nid tout seul – sauf quand la pie venait harceler et agresser l’adulte présent – et même les trois premiers jours où les bébés sont nés. Il est vrai que depuis hier ou même avant-hier, mais je n’étais à la maison que le matin et le soir, je voyais de temps en temps les petits laissés seuls. Seuls à la merci des prédateurs !!

20h30. 20h45 ? Je regarde le nid aux jumelles. Les deux petits sont déjà bien grands. Ils dépassent du nid, enfin, ils ont beau être couchés, je les vois sans problème, sans même devoir monter sur une chaise. Mais ils ne bougent toujours pas. Les mouches sont toujours là. Les parents sont toujours en face, sur les câbles.

Je lis un peu sur ma liseuse. Dix, peut-être quinze minutes. Mais je suis fatiguée. Je décide de commencer mon rituel pour me préparer à aller dormir : vérifier que les portes sont bien fermées à clé, le gaz éteint, les lumières OFF. Quand je vérifie la porte d’entrée (vitrée), j’aperçois un mouvement au sol, près de notre voiture. Un chat. Je n’ai pas le temps de voir si c’est un des nôtres, je pense immédiatement aux petits oiseaux, peut-être y en a-t-il un qui est tombé et que le chat le cherche (c’est déjà arrivé). Je lève donc la tête et je vois le nid. Vu d’en bas, trois mètres de différence. Un autre point de vue. Ah ! Je crois qu’un parent est revenu. Ouf, il leur donne à manger. Ils ne sont donc pas morts. Mais … C’est bizarre cette queue. Elle est plus large. Plus grande. Une pie ? Ses yeux sont clairs ?! Oh ! Mon Dieu ! Il ne donne pas à manger, il MANGE les bébés. Un épervier !!

Le temps que je réalise ça, le rapace s’en vole à tire d’aile. Vite ! Vite ! Je monte au salon où j’ai meilleure vue. Avec les jumelles, je le cherche sur les toits voisins. Mais il n’est plus là.  Et le nid, vide. Plus rien. Et les parents tourterelles, sont là, ils n’ont pas bougé de leur place. Indifférents ? Résignés ? Est-ce donc ça qu’ils attendaient ? Car à l’heure où je vous écris ça, une heure s’est écoulée et les parents sont… Partis.

C’est la même chose pour tout le monde

Le sale temps, c’est pareil pour tout le monde. Même pour les oiseaux qui ne cessent de couver ou de nourrir toute leur marmaille.

Fin de semaine, j’ai remarqué qu’une tourterelle avait fait son nid dans l’arbre qui se trouve devant l’entrée de notre maison ! Cela faisait quelque temps que je pouvais observer un couple se poser régulièrement dans cet arbre, pile en face de la fenêtre du salon, un super poste d’observation depuis ma table de travail.

En réalité, j’ai d’abord vu un enchevêtrement de branches et brindilles. Et c’est seulement après que j’ai compris que c’était un nid que j’ai regardé s’il était occupé.

Immédiatement, j’ai craint pour eux :

  • Le nid est tout petit et installé à quinze centimètres du bord, du boulot des branches
  • Il pleut et il vente tant et tant qu’une bourrasque risque de faire chavirer le navire branché
  • Avant, cet arbre, était le perchoir préféré d’une grande famille de pied (compté jusqu’à 17 individus en une fois). Et les pies, durant la période de reproduction et de petits, aiment bien les œufs et les oisillons.
  • Et puis, franchement, y a plein de chats dans la rue ! Ils sont dix félins à passer régulièrement sous l’arbre et l’un des nôtres aimait même bien grimper à celui-ci quand il était plus petit !

Martinets cherchent toit pour nidification

Voici une nouvelle que j’avais écrite pour un concours (pas gagné), et qui finalement s’est retrouvé dans mon dernier recueil « Un oiseau peut en cacher un autre et autres contes pleins d’animaux » (disponible chez moi ou via Atramenta).

Martinets cherchent toit pour nidification

 Le mois de mai est resplendissant : la nature est séduisante, le soleil brille, le ciel est bleu et les oiseaux s’égosillent. Justement, dans le ciel immaculé, des petits oiseaux volent dans un ordre qui nous paraît, à nous les humains, pas très logique… mais est-ce que les insectes qui sont pourchassés par des martinets – parce que ce sont de ces oiseaux dont il va être question – font vraiment attention à leur façon de voler ? Non, ils essaient par tous les moyens d’échapper à leurs nombreux prédateurs, qui finissent par voler aussi bizarrement que leurs proies affolées.

Si, pour nous, le mois de mai est synonyme de fête du travail, de fête des mères, de  jours fériés et de printemps bien présent, pour les oiseaux, c’est la pleine saison des amours.

Certains d’entre eux commencent à former des couples – comme pour nos amis les martinets – alors que d’autres sont déjà bien installés dans leur nid, et que d’autres encore sont fins prêts à donner la becquée à leur marmaille piaillante, impatiente et gourmande.

En cette fin de mois, une véritable catastrophe s’annonce à l’arrivée du groupe « Nés pour voler ». Ce groupe est composé de six martinets, trois mâles et trois femelles. Depuis cinq ans, ces adultes reviennent chaque année au même endroit pour élever leurs petits. La saison de la reproduction est le seul moment où ils s’autorisent à se poser. En effet, vu leur morphologie, ils ont de très grandes difficultés à se poser. C’est tellement vrai que non seulement ils mangent en volant, mais ils dorment, ils se reproduisent, ils jouent et ils se lavent aussi en plein ciel ! Même pour boire, ils ne se posent pas : ils rasent une étendue d’eau et happent au passage l’eau ainsi offerte.

Voilà pourquoi on les baptise à raison « Nés pour voler ».

L’année précédente a été très riche en terme de reproduction : nos trois couples ont chacun donné naissance à quatre petits ! Oui, quatre pour chacun ! Quand on sait que la norme avoisine une ponte de deux à trois œufs par an, on comprend mieux qu’il s’agisse d’un véritable exploit dont il a été question pour ces six martinets.

Le bâtiment dans lequel ils nichent depuis toutes ces années intéresse beaucoup d’araignées, et les vaches dans le champ voisin attirent bon nombre de mouches et autres insectes succulents indispensables à la bonne croissance des petits, mais aussi au régime alimentaire de tout adulte, qu’il soit parent ou non.

C’est en observant une activité humaine digne du travail d’une fourmilière qu’un martinet prend la parole :

— Nom du Ciel ! Nous sommes au mauvais endroit, rouspète une femelle qui sent une ponte imminente.

— Arrête de raconter des insectes (terme équivalant à « sornettes » chez nous), tu ne reconnais donc point notre chère Vachette tachetée ? lui répond un mâle sur un ton léger.

— En effet, mais dis-moi, qu’est-il arrivé à notre nid d’amour ? Je ne pense pas avoir besoin de lunettes, mais je ne discerne pas l’ombre de notre toit ! Que va-t-on faire ? Que va-t-on devenir ? Où allons-nous aller ?

Sur ce fait horrible, les martinets retrouvent un vent favorable et s’élèvent à nouveau dans les hauteurs du ciel, comme pour pouvoir mieux analyser cette situation critique.

Les discussions vont bon train, les suppositions aussi. Si leur immeuble ne semble pas avoir bougé, le toit, lui, a laissé place à une demi-douzaine d’ouvriers en bâtiment.

— Salut vous autres, siffle une hirondelle. Vous tournez en rond, vous êtes sans doute perdus ?

La femelle mécontente de la situation se plaint :

— Non, pas vraiment. On sait où on est, c’est là qu’était notre nid, mais il a disparu, envolé, volatilisé, pleure-t-elle en désignant du bout d’une aile un toit plat, noir, sans le moindre trou et couvert de bâches en plastique et de morceaux de bois coloré.

— Plume de colibri ! (cela équivaut chez nous à un « mince alors »). C’était chez vous ? On se disait justement que pour une fois, les réparations futiles de toit n’allaient nuire à personne. On ne savait pas que vous y habitiez… Vous êtes déjà allés voir le nouveau spécialiste du logement ? propose l’hirondelle.

— Un spécialiste du logement ? Ici ? Depuis quand ? interroge la femelle visiblement de plus en plus mal à l’aise de devoir contenir son œuf.

— Il a installé ses quartiers depuis l’hiver passé. Il travaille avec un collègue, c’est une petite équipe, et vu qu’ils sont tous les deux nés dans les alentours, ils connaissent toutes les cavités et autres trous libres d’occupation sur le bout des moustaches.

— Sur le… le bout des… des moustaches, balbutie une autre femelle martinet.

— Oui, mais faut pas vous en faire, ce sont deux chats très bien. Ils sont nourris par le fils de la fermière et ne mangent presque pas de viande. Ils se préoccupent beaucoup de la vie de leur quartier et aiment rendre service, explique l’hirondelle, la bouche pleine (elle vient d’attraper une mouche en plein vol.)

— Presque pas, tu fais bien de préciser… et comment est-ce qu’on les paye ? intervient un mâle avec une plume de la queue abîmée.

— Oui bon, c’est vrai qu’ils ne sont pas contre un petit extra de temps à autre, mais uniquement quand l’oiseau tombe du nid. Jamais, ils ne se lancent dans une chasse. Et en échange, ils demandent un retour de bons services, ils veulent qu’on les aide dès qu’ils sont harcelés ou attaqués par un autre chat. Une petite fiente par-ci, un petit coup de bec par-là… rien de très dangereux pour nous qui sommes les as du vol, n’est-ce pas ? dit l’hirondelle en faisant un clin d’œil aux martinets. Entre nous, franchement, ils sont très professionnels. Quand nos appartements ont été détruits, ils n’ont pas mis deux heures pour nous trouver autre chose. En plus, on est vraiment content de l’endroit, la qualité de la boue est très bonne, le support est on ne peut plus solide et il y a même un rebord sous les nids pour éviter que nos petits ne tombent trop vite ! (qu’est-ce qu’elle est bavarde, cette hirondelle, vous ne trouvez pas ?)

L’adresse est échangée rapidement. Alors que nos trois couples se dirigent vers les Établissements des « Chats Errants, Spécialistes du Logement », un œuf tombe du ciel et vient s’écraser juste sous le museau d’un chat, et pas n’importe lequel, Le Responsable !

— Chat par exemple ! C’est ce que j’appelle un appel urgent d’aide immédiate, dit le chat en levant les yeux.

La femelle qui vient de perdre un œuf est dans tous ses états. Son compagnon tente de la calmer comme il peut, leurs ailes se touchent dans le ciel, un petit baiser est rapidement échangé, un réconfort est vaillamment apporté.

Sans même écouter la demande des oiseaux, le chat miaule quelque chose dans sa langue et aussitôt un deuxième chat arrive en courant. Ce dernier fait une course contre le vent doux de saison, fait fuir toutes les souris curieuses et dérange quelques toiles d’araignées pour s’arrêter en haut d’une très vieille maison.

Les martinets assistent médusés à la scène sans trop bien comprendre ce qu’il se passe. Ils essayent d’interpeller le Chef des Chats, mais celui-ci est tout aussi actif que son collègue.

Tout à coup, une patte noire et blanche sort d’un petit trou, sous le toit de la très vieille maison. Le responsable des Établissements des « Chats Errants, Spécialistes du Logement », remarque le geste et crie aux oiseaux :

— Vite madame, allez vous poser là-haut, ce n’est pas très grand, mais cela devrait juste vous convenir. Dans l’immédiat, c’est tout ce que j’ai à vous proposer.

La femelle ne se le fait pas dire une seconde fois, elle vole en direction de la patte qui s’agite et s’accroche à une brique, juste sous le toit. Par bonheur, les restes d’un ancien nid l’invitent à prendre place. Ce n’est pas très confortable, mais en y rajoutant quelques plumes, cela devrait pouvoir aller.

— Tenez madame, prenez ceci en guise de bienvenue, dit le matou aux longs poils noir et blanc en arrachant discrètement un nœud de poils morts à son poitrail.

Dame Martinet accepte le présent, l’étale à la surface du nid et se couche dessus pour pondre son deuxième œuf.

Le compagnon, partagé entre le bonheur d’avoir trouvé si rapidement un nouveau toit pour ses petits et la tristesse de devoir quitter ses quatre amis, s’accroche lui aussi à une brique.

De là où il est, il peut entendre les propos qui s’échangent entre le Responsable des Établissements  »Spécialiste du Logement » et son beau-frère.

— Vous savez, nous aimons rester en groupe, élever nos jeunes ensemble, c’est une tradition vieille de plusieurs dizaines de générations. Et puis, ici, nous avons nos habitudes, nous savons où trouver de la nourriture, du bon matériel pour nos nids, et aussi…

— Ne vous inquiétez pas, coupe le matou. Nous avons juste paré au plus pressé, la situation d’urgence exigeait que nous trouvions rapidement un endroit pour votre sœur, elle n’aurait pas pu contenir son deuxième œuf plus longtemps…

— Oui, en effet, merci infiniment pour elle, mais…

— Et puis, intervient une nouvelle fois le félin, l’autre toit auquel je pense, que nous allons visiter bientôt, est loin pour nous, mais par pour vous qui avez l’habitude des grands voyages…

Sur ces paroles, les chats reprennent la route et encouragent les martinets à les suivre. Pour ne pas perdre de vue les quadrupèdes, nos amis à plumes décrivent de longs cercles dans les airs et ralentissent ainsi leur rythme de vol.

Une demi-heure plus tard, le spécialiste du logement dit enfin :

— Nous y voilà ! Jolie maisonnette à deux étages, bien entretenue, de construction récente, avec peu de visites et vue sur la campagne. Libre d’occupation pour plusieurs nids sous un toit vaste et lumineux. Merveilleusement bien orientée pour les oiseaux, elle offre…

— STOP ! intervient une femelle martinet. Ce n’est pas la peine de continuer, c’est bien trop bas pour nous, on s’écrasera sur le sol avant d’avoir pu trouver un vent favorable pour notre ascension. Car vous savez, nous les martinets, on n’est pas des oiseaux ordinaires, voyez nos pattes toutes riquiqui et nos ailes démesurément longues, quand on sort d’un nid, on se laisse tomber et c’est grâce au vent que nous remontons dans les airs. Il nous faut donc un toit haut d’au moins trois ou quatre étages.

— Je comprends, c’est bien ce que je craignais, j’avais vaguement entendu parler de cette hauteur minimale et obligatoire, mais vous savez, reloger des martinets, ce n’est pas tous les jours que je dois faire ça. D’habitude ce sont des merles qui font appel à nos services ou des mésanges, et aussi beaucoup de pigeons, mais bon, eux ne sont vraiment pas difficiles… revenons-en à vous. Si je vous ai amené ici, c’est parce qu’il y a une autre maison plus loin, au-delà de ces trois chênes, moins récente mais plus haute. Venez donc.

Le troisième mâle, le plus jeune de la troupe, récite pour lui-même :

Le toit, faut pas qu’il soit trop bas
Pour nous envoler, ça l’f’ra pas

Et pour accueillir toute la bande
Faut qu’la maison soit assez grande

Faut des mouches et des araignées
Par centaines, à proximité

 Gaffe aux faucons et aux pèlerins
Qui nous boulottent quand ils ont faim

Trouvons notre toit, notre nid
Où on pass’ra toute notre vie !…

Le temps qu’il chantonne ce petit air-là, le spécialiste les informe des détails sur la nouvelle maison :

— Cinq étages, vue sur réserve naturelle, écuries à cent mètres, élevage d’araignées au rez-de-chaussée, planche de sécurité sous les nids et loyer au tarif d’amis. Contrat de location à durée indéterminée.

— GÉNIAL ! crie la femelle à son jeune compagnon. Mais ? Car il doit bien y avoir un mais, une si belle maison, bien située, avec tous ces avantages doit bien avoir un inconvénient, non ?

— En effet. Ce toit, vous devrez le partager avec une colonie de moineaux. Ils sont nombreux, mais assez gentils. La grande superficie permet ce genre de cohabitation, mais cela dit, vous devrez donc répartir les tâches qui incombent à une telle situation et convenir ensemble d’un règlement de vie intérieure, comme l’heure du coucher des enfants, la dernière becquée, les fêtes de premier envol, la propreté extérieure et ainsi de suite. Ceci a aussi des avantages, vous êtes plus nombreux pour veiller les uns sur les autres, la chaleur interne est plus élevée en cas de pluie ou de chutes de température et la nourriture peut être partagée en cas de disette exceptionnelle. J’en conviens cela peut aussi faire partie des inconvénients.

Les martinets discutent doucement entre eux. Une telle cohabitation ne semble pas les déranger surtout si la place est suffisante pour pouvoir accueillir à nouveau la sœur et son compagnon, l’année prochaine. L’endroit est merveilleux et si toute une colonie de moineaux vit déjà là, c’est qu’il ne doit pas y avoir grand nombre de prédateurs à craindre.

Tout à coup, un moineau sort de son nid. Il ne voit pas l’arrivée de nouveaux occupants d’un très bon œil. Il commence à rouspéter quand, subitement, un énorme chat arrive derrière le responsable des logements. L’intrus grogne, souffle et sa queue a pris un impressionnant volume.

Le moineau fait appel à toute sa famille et douze petites boules de plumes sortent du toit pour crier sur le vilain félin.

Cette créature-là est le pire ennemi des « Spécialistes du Logement », car elle fait ses besoins n’importe où, marque son territoire dans tous les trous possibles et elle fait ses griffes dans les nids des meilleurs clients.

Les douze moineaux n’arrivent pas à faire déguerpir ce chat à l’oreille déchiquetée et à l’odeur nauséabonde. Voyant cela, nos amis martinets n’hésitent pas à se joindre à eux. Ils volent bas pour frôler la tête du matou à une vitesse vertigineuse. Leur énorme bec ouvert crache des insultes et leur cloaque n’hésite pas à faire sortir tout ce qu’ils peuvent. En moins d’une minute et vingt secondes, le pelage roux du matou n’est plus qu’une tache blanchâtre, gluante et repoussante.

La queue entre les pattes et le ventre à terre, la vilaine bête s’enfuit en toute hâte.

— On n’est pas prêt de la revoir de sitôt, ricanent les moineaux. Merci les amis pour votre coup d’aile. Finalement, nous serons bien heureux de vous avoir comme voisins, vous êtes rudement courageux et très efficaces pour repousser l’ennemi.

Les martinets tournent trois fois dans le ciel pour marquer leur accord quant aux conditions de location de leur nouveau nid. Mais, avant de s’installer définitivement, l’un d’entre eux s’en va retrouver sa sœur, au cœur du village, pour la prévenir qu’ils ne sont pas bien loin et qu’ils vont pouvoir se croiser dans le ciel et prendre ensemble la route pour le retour au pays.