Bernard Friot, histoires à jouer

Suite au petit concours d’écriture lancé par les éditions Plumes et Talents, j’ai voulu inventer un nouveau texte, pour le plaisir d’écrire quelque chose de court et de fantaisiste.

2015-10-03 14.02.26La coincidence a d’abord voulu qu’en allant sur le site de Bernard Friot, je tombe sur la bande annonce qui invite les visiteurs à découvrir les différentes rubriques, et j’y lis mon pseudo ! Ah oui ! Je me souviens, il y a quelques années, j’avais reçu des éditions, la boîte à Fabrique à Histoires de cet auteur… et que sur ce site, je m’étais amusée à y insérer deux ou trois petits textes imaginés à partir d’un ou plusieurs ingrédients de cette fameuse boîte. J’ai voulu la réouvrir (en effet, elle me donne pas mal d’idées), car suite au déménagement, elle était bien sûr dans l’une des dizaines et des dizaines de caisses de livres, puis je suis tombée sur ce lien (clic sur l’image)

histoire a jouer bernard friot2 ans et demi après sa Fabrique à Histoires, Bernard Friot remet ça : il joue avec les mots et propose à ses petits lecteurs d’en faire tout autant.

J’ai un peu l’impression que j’ai dormi durant ces quelques années où je n’ai pas écrit car je n’ai pas ce livre ! Mais sur le site, vous trouverez un lien pdf qui vous donne un aperçu de ce que vous pourriez trouver à l’intérieur. Entre autres, dès le début, une invitation à inventer une histoire d’après un choix d’une liste de mots…

Alors, c’est ce que j’ai fait. Parmi plusieurs personnages, lieux et actions, on peut en choisir quelques-uns… voici mon histoire avec les mots piochés PAS par hasard :)

un rat blagueur – un gardien de zoo – la salle d’attente d’un dentiste – cuisiner – inventer

– Pffff, ce n’est pas possible ! Mais dans quel monde vit-on ? Après vingt ans comme gardien de zoo dans ma ville, on m’envoie à la pêche au rat ! Qu’est-ce qu’un rat, aussi spécial puisse-t-il être, ferait dans un zoo ?

Victor, le gardien de zoo, est fâché, et aussi un peu en colère. Même s’il apprécie le fait qu’on lui fasse suffisamment confiance pour le libérer de son poste de gardien afin qu’il parte à la recherche d’un animal supplémentaire pour remplir le zoo, il ne comprend pas pourquoi un bête, un minuscule rat, est l’objet de toutes les attentions de la part du directeur du zoo. Un rat, c’est petit, c’est moche, et ça ne donne vraiment pas envie de l’admirer, que du contraire, un rat, c’est répugnant !

– Et puis, même s’il existe de gros rats, allez-y pour trouver Le Rat que le patron veut absolument dans cette grande ville ! Autant chercher une aiguille dans une botte de foin !

Aux dernières informations, le rat en question, a été vu traînant près des poubelles de la Rue des Souvenirs. S’il était fiché à la police, sa description serait brève : rat de taille moyenne, de couleur grise, avec une longue queue rose et des moustaches crollées. Signes distinctifs : oreille gauche déchirée et des dents ressemblant étrangement aux petites dents d’enfants humains !

Mais ce dernier détail, pourtant très important, n’est visible que si le rat… sourit !

Victor, armé de ses supers lunettes magiques qui lui font voir le moindre animal en fluorescent, explore les trottoirs, fouille les poubelles, se met à quatre pattes pour triturer le moindre trou de souris à la recherche du fameux rat. C’est quand il est dans cette ridicule position, le derrière en l’air, les genoux à terre, le visage contre le trottoir, qu’il entend cette petite voix chantante :

– Un gardien, c’est trois fois rien, un zoo, c’est pas rigolo.

– Qui va là ? demande Victor d’un ton mécontent. Montre-toi fripouille.

Il n’est pas sûr que ce soit le rat, mais comme son chef lui a dit que c’était un rat très spécial, après tout, pourquoi pas ? Ce ne serait pas le premier animal à parler dans le zoo, mais un qui fait des rimes, ça c’est plutôt nouveau.

Victor tend l’oreille, tourne la tête rapidement dans un peu toutes les directions. Il voit des taches fluorescentes un peu partout à cause des chiens qui se promènent, des chats qui cherchent la confrontation avec ces chiens, mais aussi d’autres petits animaux qu’il n’a pas identifié tellement il tourne sa tête trop vite. Il la tourne si vite qu’il a droit à :

– Tourne, tourne, petite tête, file, file, que t’as l’air bête…

Cela en est trop pour Victor qui est à deux doigts de dégobiller. Tout à coup, il devient blanc comme un linge. Il s’assied à même le trottoir, près d’un coin où peu de monde le verra s’il doit vomir son petit déjeuner. Il n’identifie pas  l’immeuble qui lui sert de toilette improvisée, car il abrite en fait un dentiste au rez de chaussée. Et pas n’importe quel dentiste, celui là même qui a reçu le prix spécial des enfants qui perdent leur belles dents de lait. Qu’un dentiste reçoive ce titre est unique, surtout venant de la part des enfants.

S’il ne le remarque pas immédiatement, quelqu’un s’en charge pour lui.

– Eh Oh, soit pas sot. Ne vient pas dégueuler aux pieds de mon dentiste préféré !

Cette fois, notre gardien a aperçu une queue rose fluo au travers du soupirail. Il va faire semblant qu’il n’a rien vu et répond à la petite voix :

– Qui que tu sois, montre toi ! Si c’est des rimes que tu veux, sorts de ta cachette petit morveux !

A ses mots, il entend la voix rigoler. Elle n’a pas l’air de se moquer mais plutôt de prendre cela comme un défi rigolo. Le rat essuie ses pattes sur son tablier, c’est qu’il était occupé à cuisiner, puis se faufile par les barreaux du soupi… rat et lève la tête vers le gardien.

– Mais tu es… tu es…, balbutie Victor à la vue, sans lunettes, du rat.

– Mais qu’est ce que vous avez tous, vilains humains, à me confondre avec cet andouille d’acteur qui joue dans le film « Ratatouille » ? Remets tes lunettes espèce de vilaine belette.

Le rat, qui sait exactement pourquoi Victor est là en ce moment, ne va pas se laisser faire. Après un échange de rimes qui désigne le rat comme grand gagnant, il lui dit :

– Écoute moi bien, petit vaurien, tu ne me prendras pas, foi de rat ! Viens plutôt avec moi, je vais te montrer mon appartement de roi et tu vas vite comprendre pourquoi je ne suis pas à vendre.

Le rat et le gardien se faufilent tant bien que mal dans le labyrinthe caché du cabinet de dentiste. Victor doit rentrer le ventre et se fait aussi petit qu’une souris, ce qui n’est pas une mince affaire quand on mesure près de deux mètres et que l’on pèse aussi lourd qu’un orang-outan.

Mais il y arrive tant bien que mal, et le rat, qui s’est refait une beauté entre deux tournants, apparaît à présent aussi fringant qu’un pingouin. Le poil lisse et brillant, les moustaches crollées mais contrôlées, l’oreille déchirée mais décorée, et le visage… rayonnant !

Si Victor n’avait pas 20 ans d’expérience en animaux en tous genres, il n’y croirait pas. Mais devant lui, se tient un rat plutôt joli qui sourit de toutes ses dents !! Et pas n’importe quelles dents, des dents ressemblants étrangement à celles de nos enfants !

– Eh oui, mon vieux, sois pas peureux, approche toi et rentre chez moi. Cela fait longtemps que la petite souris n’est plus l’unique à récolter les dents des enfants. Quand ils les perdent naturellement, c’est la petite souris qui fait les présents, mais quand c’est un accident, c’est moi, le gentil rat, qui m’en occupe maintenant. Et qui mieux qu’un dentiste pour dresser la liste des enfants qui ont des accidents ? A de rares occasions, je rentre même dans la maison. Le dentiste doit parfois arracher, et moi, j’arrive en courant pour consoler…

Le rat continue ses explications en montrant des photos souvenirs, en désignant les dents abîmées, fissurées, ébréchées, cassées, arrachées. Il a même une vitrine avec celles qui sont colorées : grises, noires ou jaunes.

Victor se demande s’il n’est pas en train de rêver ou si le rat n’a tout simplement pas tout inventé…

A toi d’inventer une autre fin… La mienne se termine ici.

Il en est là dans ses réflexions, quand tout à coup, il croit voir une dent tout à fait particulière. Celle-ci est dans un récipient en verre et trône au milieu de la rangée tel un trophée.

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Je n’ai plus eu possession de la tournure de ce texte rapidement, je ne contrôlais plus des mes dix doigts quand j’ai écrit ça. Mon cerveau était parti sur autre chose, faire plus de croisements entre le rat et Ratatouille, montrer une recette de cuisine spéciale avec des dents au menu, etc… mais mes doigts ont décidé d’un autre texte :-)  Et puis, pour la fin, j’en avais écrit… 3 autres. Mais à chaque relecture, je supprimais, alors je me suis dit qu’il fallait que j’arrête là où j’hésitais.

Trop, c’est trop, non ? jeu d’écriture

Je rejoue avec plaisir avec les Impromptus littéraires. Cette  fois, le « T » a été retrouvé, sain et sauf. On l’a même vu en compagnie de :
tartelette – catherinette – trottinette – tutti quanti et trompettiste, compagnons qu’il faut bien sûr intégrer dans ce jeu d’écriture :-)

Je me suis lâchée, sans trop réfléchir… qu’en pensez-vous ?

Trop, c’est trop, non ?

Tartelette était une petite midinette rondelette, d’allure assez coquette. Fourrée au riz, la blondinette grandissait gentiment dans la cuisinette. Un jour, un ventre affamé qui circulait en trottinette s’arrêta devant sa maisonnette. Les yeux, qui étaient plus grands que le ventre gourmand, lisaient ceci sur la porte en bois blanc :

« Tire la chevillette et la bobinette cherra ». Les tubercules qui sortaient du ventre tirèrent donc la chevillette et en effet la bobinette tomba, permettant au ventre affamé d’entrer dans la demeure de Sa Majesté la Tartelette. La catherinette au ventre rebondi referma la porte derrière elle. Elle toisa de suite la tartelette qui à ses yeux ne valait guère mieux qu’une triste galette trop cuite.

Tartelette était pétrifiée, elle semblait d’un coup, s’être ratatinée. D’une voix tremblotante, elle dit :

–          Oh ! Terrible appétit ! Que vous avez de grands yeux !

–          C’est pour mieux te voir mon enfant, lui répondit la catherinette qui avait garé sa trottinette près de la moulinette.

–          Que vous avez une longue langue de serpent, bégaya la midinette qui pleurait des larmes de riz !

–          C’est pour mieux savourer tous les goûts, mon enfant.

–          Mais, mais, que vous avez un très gros ventre tendu…

–          C’est parce que j’aime manger de tout, surtout du gâteau, de la pâtisserie et tutti quanti.

–          Et… vos dents ! Elles sont titanesques, gargantuesques !

–          Ah ! Ah ! Ah ! Stupide tartelette, c’est bien sûr pour mieux te croquer, te découper, t’écraser, te déchirer bien sûr !

Tartelette qui croyait sa dernière seconde venue, transpirait de gouttes de tristesse.

Tout à coup, un preux chevalier au nez en trompette arriva sur sa jument grisounette. Par un trot gracieux, l’animal recula pour s’intercaler dans la porte d’entrée. Puis, il se cabra, se tourna et posa enfin ton arrière-train sur les pieds boudinés de la catherinette. Celle-ci surprise se tu, d’abord. Puis retira ses pieds, vexée. Ensuite elle postillonna :

–          Tttt, toooo, toiiii, tu t’es foutu de moi, t’es tordu, t’es mort, j’vais trucider ! En plus, t’es moche avec ton nez en trompette.

Le chevalier que rien n’arrêtait, souri puis dit délicatement :

–          Sachez vilaine catherinette qu’aucune mode n’arrête, que je suis fier de mon nez en trompette. Car je suis trompettiste, oui, mon nez est un instrument à lui seul.

Pour sauver la pauvre petite tartelette, le chevalier fit très vite une démonstration de son nez. Si physiquement son appendice nasal ressemblait à une trompette, le son qui sortait de ses trous faisait davantage penser à une flûte. Une flûte enchantée. À cette mélodie produite, des centaines, des milliers de rats apparurent comme par magie ! Et tous ces petits rongeurs s’invitèrent sur le tailleur très chic de la catherinette. Il paraît que la dernière mode en ce moment, ce sont les vêtements déchirés, troués, on dit que c’est «trop trash », le chevalier ne comprend rien, la tartelette ne pige rien non plus, mais on s’en fout, la catherinette n’est plus, elle s’est tirée, comme une trouillarde, avec tous ces rats au train !

La mer d’un bleu si…

Il m’arrive parfois de vouloir absolument écrire quelque chose. N’importe quoi mais quelque chose. Un peu histoire de voir si mon imagination m’est toujours aussi fidèle ; ou pour je ne sais quelle autre véritable raison, j’ai ce besoin de faire naître un petit bout de quelque chose qui n’existe pas mais dans lequel j’aimerais bien plonger pour m’évader, un tout petit instant seulement.

Alors voilà, c’est un soir, dans le lit, mon cahier et un crayon à la main que je regarde mon compagnon et que je lui demande :La mer d’un bleu si…

–          Tu veux bien me donner cinq mots au hasard, cinq mots qui te viennent comme ça à l’esprit sans réfléchir ?

Mon homme, un peu malade, son ebook à la main me sort :

ebook – papillon – bleu – chien – bateau

Le premier ne me surprend pas, les autres un peu… aurait-il besoin de prendre l’air, de voir du paysage, de faire une balade dans la nature ? Voudrait-il un chien ? un bateau ? Rires !

Bref, cela me suffisait et j’étais partie…

Il fait beau. Les papillons volent avec le vent. Ils dansent dans la bise tel ce bateau avançant dans l’océan si librement. Toutes ailes déployées, toutes voiles sorties, ils naviguent sur le chemin de leur destinée.
Le ciel et la mer sont bleu, bleu cobalt, bleu profond, bleu beauté et plaisir partagé.
Un chien jappe de plaisir et brise le silence de la solitude. Ses petites pattes l’amènent où son odorat flaire de bonnes odeurs. Il est content, il est joyeux et ça s’entend.
La belle vie…
Soudain, un objet métallique casse l’horizon tout doux de la nature. Le chien s’arrête. Il renifle l’objet et lève la patte.
Voilà à présent un ebook immergé d’urine et recouvert de sable doré, se dissimulant à mon regard, l’intrus du paysage.

Non, non ! Je n’ai absolument aucun compte à rendre avec les liseuses… au contraire, j’en ai une moi-même. C’est jusque que ce soir-là, pour écrire un petit texte avec ces cinq mots, c’était l’intrus du moment :-)