Conflit de territoire

Bureau F.L.I.C. — Felines & Local Intruders Control

Rapport d’enquête – Dossier n° 2025-MHG-2611 : Intrusion répétée en territoire privé

Inspecteur : Minos, division Griffes & Territoires
Assistants : Loki, Orion et Héra
Plaignants humains : propriétaires du jardin concerné

  1. Contexte de l’affaire

Depuis environ deux ans, un individu félin non autorisé, mâle, environ trois ans, pelage blanc et gris, statut : castré mais manifestement sans domicile affectif fixe, s’introduit régulièrement sur la parcelle privée du foyer plaignant.

Motif présumé : recherche d’attention, de ressources alimentaires ou simple goût du chaos territorial.

Selon nos informations, l’individu passe la majeure partie de son temps dehors, privé d’affection et d’occupation par ses humains officiels. Ce mode de vie pourrait expliquer ses comportements à risque.

2. Historique des intrusions

L’intrus procède à des incursions quotidiennes, été comme hiver, sans présenter la moindre autorisation territoriale signée.

Il ignore volontairement les marquages olfactifs apposés par les résidents locaux, pourtant deux mâles castrés participent assidûment au maintien des frontières odorantes.

Des tentatives d’EDF (Expulsions Douces mais Fermes) ont été menées :

  • Dissuasion de niveau 1 : chasser l’individu à voix basse ou en « soufflant » dessus. 
    → Échec complet.
  • Poursuites à pied : intervention humaine de niveau 2.  
    → Aucune amélioration.
  • Projection aqueuse : usage non létal, classé « arme de catégorie H2O ».  
    → Résultats faibles, suspect persévérant.
  • Approche empathique : caresses, communications verbales, rations nocturnes.
    → Le suspect profite du système et continue d’empiéter sur les frontières.

L’intrus connaît donc parfaitement les lieux, leurs points d’accès et les horaires des patrouilles. Un récidiviste déterminé.

3. Dégradations constatées

Minos, agent principal en charge de la défense du périmètre, a subi de multiples affrontements avec le suspect.

Résultats :

  • visites répétées chez la vétérinaire
  • blessures, abcès, antibiotiques nécessaires
  • tensions inter-félines croissantes
  • atteinte sévère à la tranquillité du quartier félin et hausse de stress quotidien

Ce week-end, l’individu s’en est pris à Loki, assistant junior.

Lieu du délit : dans 95 % des cas, le jardin des plaignants.

Fuite du suspect fréquente vers un jardin voisin inaccessible aux forces humaines.

4. Découverte récente

Ce matin, à 06h15, une bagarre aurait éclaté. À 14h, l’enquêtrice humaine découvre au pied du cyprès :

  • plusieurs touffes de poils blanc et roux
  • un fourreau de griffe abandonné
  • aucun oiseau impliqué (fausse alerte initiale : plumes ≠ poils)

Examen sur l’agent Minos : aucune blessure apparente.

Hypothèse : le suspect aurait cette fois subi des dommages et l’agent Minos n’aurait perdu que quelques poils en surplus.

Conclusion et demande d’assistance

Le trouble persiste. Les habitants cherchent un moyen de contraindre le suspect à cesser ses intrusions, sans pour autant perturber la vie et la liberté de leurs propres agents félins.

Toute information, astuce ou technique permettant de repousser un intrus félin opiniâtre, sans nuire aux résidents légitimes, est demandée avec urgence.

Fin du rapport.

Signé : Inspecteur Minos, griffure officielle.

Annexe au dossier n° 2025-MHG-2611 — Interrogatoire du suspect

  • Lieu : Abri de jardin réquisitionné, lampe torche braquée sur le suspect.
  • Participants :
    • Inspecteur Minos (IM)
    • Assistant Loki (L)
    • Suspect Blanc-Gris, dit « Le Vagabond » (V)

IM :

– Bon. On t’a attrapé ce matin, à proximité immédiate du cyprès. Autant dire en flagrant délit d’intrusion. Alors tu vas parler, le Vagabond. Pourquoi tu reviens toujours ici ?

V :

– (hausse les moustaches)  Je reviens, je repars… Je suis un chat libre, moi. Je circule. C’est mon style.

IM :

– Ton style ? Ton style ? Ton style, c’est surtout d’entrer sans autorisation, de te battre avec mes agents et de semer tes poils partout sur la scène de crime.

V :

– (soupire) J’y peux rien, Inspecteur. J’me sens… comment dire… mieux ici que chez moi.

L :

– Tu avoues donc que tu préfères ce jardin ? C’est noté. Motif d’infraction supplémentaire : appropriation émotionnelle d’un territoire autrui.

V :

– Oh ça va, les bleus ! C’est pas un crime d’aimer un endroit où on se sent un peu… pensé, tu vois ? Chez moi… ils pensent pas à moi. Pas vraiment. Je suis là, mais je suis invisible. Ici au moins, y a des voix, des regards, des odeurs qui disent : quelqu’un existe ici. Alors ouais, j’viens. J’viens parce que j’ai besoin. J’viens parce que j’arrive pas à pas venir.

IM :

– (tousse, légèrement ému, mais tente de rester professionnel) Ça ne justifie pas les attaques répétées contre mes agents et contre moi-même !

V :

– Je sais. C’est plus fort que moi. Quand je vois vos marquages partout, j’me dis “tiens, eux au moins ils ont un foyer, une vraie tribu”. Et moi, j’entre, je teste, je provoque… parce qu’au fond j’aimerais presque qu’on me dise : bon, d’accord, pose-toi. Mais bon. Je sais que ça marche pas comme ça.

L :

– Tu veux dire que tu cherches… de la famille ?

(à Minos, à voix basse) Chef, ça devient émotionnellement compliqué.

IM :

Je prends la situation en main.

– (revenant au suspect) Écoute-moi bien, Vagabond. Tu ne peux pas rester ici. Ce territoire est déjà chargé, fertile, disputé. Tu mets nos humains en stress, tu blesses mes gars, tu me cours sur le croupion ! Je n’ai pas que ça à faire, moi !

Mais… (regard sur Loki)… on ne te laissera pas repartir avec rien.

V :

– (oreilles dressées) Ça veut dire quoi, ça ?

IM :

– Ça veut dire qu’on va trouver un arrangement. Tu gardes tes distances. Tu cesses les attaques. En échange… tu reçois un statut. Quelque chose comme… un “visiteur toléré”, mais uniquement sur invitation tacite. Et si un jour nos humains croisent tes humains… peut-être qu’ils leur feront comprendre qu’un chat comme toi mérite plus qu’une porte fermée.

V :

– (baisse la tête, murmure) Ça… ça me va. J’promets d’essayer. Vraiment. Mais faudra parfois être indulgents. J’suis pas habitué à… à être chez moi, tu vois.

IM :

– On fera avec.

Dossier mis à jour. Interrogatoire clos.

Orion, chat noir et adorable

Pour terminer la présentation de mes chats, voici Orion, chadorable félin presque tout noir.

Orion a quatre ans et demi. C’est le troisième arrivé à la maison. C’est sans doute le plus cool de la bande, mais aussi l’un des plus indépendants. Il ne vient jamais réclamer de câlins, pourtant il ronronne dès qu’on le touche. Il frotte sa tête dans nos mains, miaule comme s’il n’avait jamais rien mangé, et part souvent en vadrouille, le grand explorateur de la maison.

Il passe la plupart de ses nuits à la belle étoile, sauf quand il neige ou qu’il pleut à verse. Et quand il commence sa nuit à l’intérieur, il trouve toujours un moyen de me réveiller si le temps s’adoucit : un bond sur moi (ou sur le chat qui dort à côté), un frottement de tête contre la mienne, et la machine à ronrons se met en route… Entre le moteur vibrant et ses moustaches chatouillantes, je finis toujours par céder et lui ouvrir la porte.

Orion est aussi le plus petit de tous. Sa maman n’avait pas pu être stérilisée à temps (confinement n°2, si ma mémoire est bonne). Ma fille et moi avions trouvé sa maman et sa petite sœur, trempées, en pleine rue un soir de pluie. Nous les avions mises à l’abri, puis retrouvée leur maison le lendemain. La fillette du foyer voulait garder la petite sœur d’Orion. Quant à lui, deux personnes s’étaient dites prêtes à l’adopter… mais ne sont jamais venues le chercher. Je pensais qu’il avait deux mois, mais il en avait déjà quatre.

S’il est d’un calme exemplaire à la maison, c’est une autre histoire chez la vétérinaire. Là, il devient un vrai petit démon : grognon, prêt à mordre dès qu’on le touche. Et pas de chance, il a la peau atopique. Multiallergique, il souffre souvent de croûtes et de démangeaisons. Heureusement, depuis fin octobre, il semble enfin aller mieux : le nouveau traitement fait effet. Reste à lui faire avaler sa gélule… une vraie épreuve ! Je vais bientôt tester la version en sirop, amer, paraît-il, mais on peut toujours espérer.

Je me souviens d’un épisode marquant, un été : Orion était sur la terrasse, recroquevillé sur une chaise en plastique sous la table. Il n’est pas rentré quand j’ai ouvert la porte, ce qui m’a tout de suite alertée. Lui qui d’ordinaire est si vorace, chasseur de souris et autres rongeurs dans les champs du maraîcher voisin, restait immobile. En le prenant dans mes bras, j’ai découvert qu’il était couvert d’un liquide blanc et visqueux, comme de la bave épaisse. Il respirait vite, sans bouger. Direction vétérinaire dès l’ouverture : il avait été mordu à la tête, deux petits trous profonds, sans qu’on sache par qui : chien, blaireau, renard ? Le mystère reste entier.

Aujourd’hui, Orion va bien. Il garde son air un peu sauvage, son cœur tendre et sa liberté d’aventurier.

Samedi matin, il neige

Il a encore neigé cette nuit. J’aime la neige, j’aime contempler ces paysages immaculés. Blancheur silencieuse et à la fois craquante. Ciel gris chargé de promesses de flocons hivernaux. C’est la saison qui chante, c’est l’hiver qui se pare de son plus beau manteau lumineux.

Photo des chats d’hier

Trois petits chats, à moi

Le début pourrait s’apparenter à la comptine « Trois petits chats ». Mais il n’en est rien.

Ce matin, un sourire vient.

J’ai trois petits chats, à côté de moi.

Après la pluie, après la nuit, ils me tiennent compagnie.

Ce matin , un sourire vient.

J’ai trois de mes chats, tout près de moi.

Après avoir mangé, après s’être lavés, ils se sont étirés, et au salon, se sont installés.

Ce matin, un sourire vient.

Trois de mes quatre chats sont avec moi.

À présent que leur ventre est rempli, que leur poil brille, ils sont dans le pays des rêves jolis.

Je suis au service de mes chats

C’est bien connu : ce sont les chats les maîtres du monde (lisez Bernard Werber, si ce n’est déjà fait, et vous comprendrez) !

Ne vous faites aucune illusion. Ce sont bien les chats qui choisissent leur serviteur, et non l’humain qui adopte un chat.

Ne croyez pas que les chats sont comme les bébés humains ou comme les chiens : adaptables, on peut les éduquer et les élever de façon à ce qu’il comprennent que le rythme de vie est diurne. Les chats sont des animaux nocturnes ET sauvages. Il existe des nuances pour certaines races, mais ce sont ces exceptions qui confirment la règle générale.

Il n’est plus à prouver que les félins sont des êtres intelligents, menteurs, joueurs, fripouilles.

C’est pour ça et pour tout un tas de raisons différentes qu’on les aime… ou pas.

Mais il y a un truc qu’ils n’ont pas et que nous, oui : se plaindre. Râler. Rouspéter. Se mettre en pétard. S’énerver la nuit.

Après plus de vingt ans à vivre auprès d’eux, avec eux, pour eux, je n’ai toujours pas compris la leçon. Au contraire, on dirait que j’aime me faire du mal. Certains penseront que je suis maso, je me plaignais déjà de mauvais traitements subis par deux chats, voilà que j’en ai quatre à présent !

La palme d’or revient incontestablement à Miss Héra. C’est la seule femelle du quator et la reine des emmerdeuses :

  • Championne d’évitement pour essuyer ses pattes boueuses,
  • Reine du réveil nocturne, par la création d’astucieux bruits horripilants (arrive au sommet, le CLAC CLAC émit par un élastique tiré avec les dents et relâché subitement)
  • Impératrice de la crotte qui pue, non recouverte, et émise dans le bac à litière, à l’intérieur, entre deux sorties dans le jardin
  • Princesse sensible qui refuse de rentrer alors qu’elle en a émis le souhait en frottant ses deux pattes avant sur la vitre de la porte. Précision : elle rentre quand elle en a envie, comment elle en a envie (souvent en boulet de canon, glissant au sol et salissant tout particulièrement les marchés en bois des escaliers sur lesquelles elle aime se reposer après une course folle), et de préférence quand c’est son copain humain préféré

Orion, troisième arrivé, le plus petit et plus léger du groupe arrive en deuxième position, avec une Moustache d’argent pour une seule action mais qui compte double :

  • Président câlin ronronnant de la nuit.. Par mauvais temps ou en cas de fatigue, Maître Orion s’endort à la maison. Entre minuit et deux heures du matin, il vient réveiller la servante la plus malléable, manipulable en sautant sur elle dans la nuit; ce faisant, il démarre le moteur à ronrons, la chatouille délicatement du bout de ses moustaches. Quand le sujet est réveillé, il descend l’escalier tel un hippopotame, puis se dirige vers la porte de sortie qui n’est pas pourvue de chatière (vitres). Au préalable, après s’être assuré que le service sera présent et actif, il remplit sa panse. Un Président de la nuit ne peut pas sortir le ventre vide. Un Président de la nuit doit montrer à ses sujets qu’il se nourrit. Un Président de la nuit ne mange pas les croquettes mises à volonté sans spectateurs. Durée du service : entre 10 et 15 minutes.
  • Le trait de caractère suivant ne rentre pas en compte dans le prix, mais il faut quand même que je le dise. Orion est un peu soupe au lait. Quand Loki, (voir plus bas) l’embête, comme il a rarement le dessus avec lui, Orion se venge sur… Miss Héra ! Une course poursuite est engagée, avec celui ou celle qui fera le plus de bruit dans les escaliers en sautant plusieurs marches. Parfois, des coups de pattes ou de dents se perdent. Ils crient et chahutent, de préférence quand la maisonnée est encore toute somnolente.

La Moustache de platine est réservée à Loki, le « petit dernier », le plus jeune ET le plus dominant. Son arrivée chez nous nous a été imposée par Maître Loki. Il n’y a pas de plus belle preuve de ce que j’explique au début de l’article : c’est le chat qui choisit son foyer. Son foyer ET son humain. Pourtant, il y avait déjà trois chats, mais ce défi de taille ne l’a absolument pas effrayé ni freiné dans son dessein.

Maître Loki excelle dans :

  • Maîtrise de son corps et de son espace. Il ne s’appelle pas Maître pour rien. On peut le caresser quand il l’a décidé et uniquement quand il l’a décidé. Ni avant. Ni après. Et pas trop longtemps. Il ne faudrait pas abuser des bonnes choses. Ses pattes sont chasse gardée. Si je veux lui couper les griffes, je vais chez le docteur vétérinaire et advienne que pourra. Essuyer ses pattes quand il revient trempé et boueux ? Vous n’y pensez pas ! Je tiens à mes doigts. Mais sur ce coup, il m’a expliqué qu’il tolérait que je le dépose sur un essuie à condition de l’apater avec de la nourriture pour qu’il reste dessus.
  • Maître séducteur. Quand il veut quelque chose, il l’exige. Il se frotte aux jambes, il s’intercale entre les pieds quand vous marchez, il parle tout en vous regardant bien fixement droit dans les yeux. Si le message n’est pas passé, vous n’avez rien compris et vous êtes stupide. (Si vous n’êtes pas tombé entre-temps)
  • Maître des chats qui fait régner sa loi dans la maison. Il ordonne. Il crie. Il s’impatiente. Il érige les lois. Les autres chats, souvent Orion, doivent jouer avec lui quand il le veut, et surtout, comment il le veut. Morsures de rappel si le camarade n’écoute pas attentivement. Par très mauvais temps, s’il débute sa nuit à l’intérieur, à minuit pile, il fait comprendre à celle qu’il a choisie, qu’il est temps de le libérer. Mais cet instant, heureusement pour la disciple, est assez rare, car sortir à minuit, pour Maître Loki, c’est un jeu. Il est l’inventeur du jeu chat-humain « attrappe-moi si tu peux ». Dessous de chaises, dessous de fauteuil, cachette secrète, endroit inaccessible pour la disciple, il les visite tous et s’amuse de voir sa servante lui courir après en pleine nuit. Ça c’est du jeu ! Après un temps que lui seul à déterminer, il fonce vers la sortie, sans un regard en arrière.

Sur le podium, il n’y a que trois places. Mon gros bébé Minos est hors catégorie. Savoureux et mystérieux mélange entre un chat et un chien, bébé Minos est franchement chadorable. Même âge que sa sœur Héra, même portée, il est plus grand et plus lourd qu’elle. Il est très amitieux, me considère comme son égal, cherche ma présence et mes câlins. Très farouche et trouillard avec tous les bruits environnants, il est néanmoins le premier et le seul à défendre son territoire. Malheureusement, comme il ne craint aucun chat (sauf Maître Loki), même celui qui lui a déjà donné des raclées et causé de sacrées blessures, il revient souvent abîmé. Heureusement, avec le temps, il sort moins souvent et moins longtemps. La seule chose qui m’embête vraiment chez lui, c’est qu’il aime autant les oiseaux que moi ! Encore une fois, heureusement que ce n’est pas souvent qu’il me ramène un cadeau pareil. Bon, pour tout vous dire, il a quand même reçu une petite médaille : ouvre porte indécis. En journée uniquement, quand je suis à proximité de la dite porte. C’est le champion du « je rentre ou pas » et des « je viens de sortir mais j’ai encore envie de faire un mini tour. Ou peut-être pas ».

Je suis une faible femme. Je craque toujours et me plie à ses désirs et lubies.

Observer, photographier, scribouiller

Boule jaune et noire
En suspension
C’est un nid d’araignées
Elles sont nombreuses
Je ne peux les compter
Que les admirer.

Après l’orage
Après la pluie
Après le vent
La boule jaune et noire semble inanimée.
Compacte
Aucun mouvement
Inquiétude
La nichée est-elle morte ?
Du bout du doigt
Le bout de la vie !
Déploiement dans un bel ensemble
Chacun son rôle
Quelle chorégraphie
Fascinée !


Deux tourterelles dans l’arbre
L’amour depuis mon salon
Roucoulements et gestes d’affection
La nature ne ment pas
Le printemps est là
Tardif, mais bien présent
Émerveillement constant.


Dans le ciel, à la mi-mai
Volent les martinets
Longtemps, je sais les admirer
Mais sans jamais réussi à les photographier
Alors, je ne fais que les regarder
Sans jamais m’en lasser.


Ils sont quatre
Et je suis là
Chacun sa place
Près de moi
L’un s’en va
Un autre s’installe
La ronde des chats

Le chat sur la barrière
Parcours d’équilibriste
La pie arrive par derrière
Et frôle le dos de l’artiste
L’oiseau sur sa branche
Le chat évalue ses chances
La pie a bonne mémoire
De toutes les couleurs, elle va lui en faire voir
Scène en blanc et noir
Le chat, sot, garde espoir
Mais la pie est plus expérimentée
Et, surtout, elle aime jouer
Elle s’avance encore un peu
Le félin, lui, n’y voit que du feu
Et d’un bond, il s’élance
Loupe la branche
Loupe la pie
Mon histoire n’est pas finie
L’oiseau s’est envolé
Il n’y a plus rien à regarder
Le chat revient penaud
À la maison, sans un seul bobo
Demain, ils recommenceront
Car le chat n’a pas retenu la leçon.

Le petit chat est blessé
Sa patte arrière, il ne sait plus la poser
Il boîte, il souffre, il saigne
Sa patte est énorme, toute gonflée
Toute seule, je ne peux le soigner
Chez la vétérinaire, il est allée
Des soins et quelques points de suture
Le voir endormi a été très dur
Demain, le pansement je devrai enlever
Et des médicaments lui administrer
Pauvre petit chat à moi
Sois fort et bats-toi
Pour que l’infection s’en aille
Et que tu n’aies plus si mal

Le chat a attrapé un oiseau
Le pauvre, c’est un jeune moineau
Course folle après le chat
« Tu ne m’auras pas »
La victime est encore vivante
Entre mes mains, elle tremble
Après du repos, on tente de la libérer
Mais, envolée vers le sapin, elle est rejetée
Poussé par ses propres parents
Le moineau tombe de la branche
Et s’écrase dans le buisson plus bas
Je le cherche, mais ne le trouve pas
Quand une heure plus tard, ma fille le repère
Pour la deuxième fois, je le récupère
Retour dans son abri, au calme, dans le noir
Petit à petit, je perds espoir
Entre les crocs, les griffes, les épines
Elle en a subit des blessures la victime.
Bien plus tard, le soir, quand tous les chats sont rentrés
Je tente une nouvelle fois de la libérer
Dans sa boîte ouverte, au milieu du jardin
Elle ne tente plus de s’envoler et pépie, sans fin, en vain
Personne ne veut l’aider
Car ses parents savent qu’elle ne peut plus être sauvée
L’oiseau passera la nuit au chaud, dans le noir, au calme
Pour le repos de son âme.

Il a fait sa première nuit !

C’est une victoire pour moi, pour lui !

Alors que certaines mamans, dont j’ai fait partie il y a de cela 15 et 17 ans, attendent avec grande impatience que leur bébé fasse sa première nuit complète, sans réveil, sans pleurs, sans manger, je me réjouis aujourd’hui que notre dernier chat, âgé d’environ 15 ou 16 mois, a passé, enfin, sa première nuit à l’intérieur, dans notre maison, au chaud !

Un petit pas pour lui, une grande nuit pour moi.

Ce chat, nous l’avons rebaptisé Loki (les autres s’appellent Héra, Minos et Orion). Il est arrivé chez nous de son plein gré. Il vivait à côté, chez nos (anciens) voisins. Loki est un peu sauvageon. Très indépendant. Aime la liberté. Un sacré caractère.
Vers le mois d’avril 2022, Loki a senti que quelque chose se préparait chez lui. Ses amis les humains allaient devoir déménager dans un appartement, sans extérieur. Lui, Loki – avant Kiwi – a anticipé les choses. Habitué à vivre dehors depuis tout petit, il a commencé à passer ses nuits sur la terrasse de ses maîtres ou dans leur jardin. Ou dans le nôtre. En journée, il jouait la plupart de son temps avec notre Orion qui a quasi le même âge que lui. Copains de jeux. De jour en jour, il passait de plus en plus de temps avec Orion, dans notre jardin ou sur notre terrasse. Un après-midi d’avril, il a commencé à rentrer chez nous, pour manger (voler) quelques croquettes. Nos autres chats plus grands, sans l’aimer, toléraient sa présence pourvu qu’il ne levait pas la patte sur eux, ce qu’il avait comme mauvaise habitude de le faire. De pause croquette en pause croquette, le petit chat a commencé à faire une sieste au salon. Puis une autre. Et encore d’autres, jusqu’à passer toutes ses matinées chez nous.
La date du déménagement approchait. Je suis allée voir nos chers voisins pour discuter avec eux de Kiwi. Je leur ai proposé de le garder chez nous, puisqu’il avait visiblement décidé de ne pas partir avec eux. Quel soulagement pour eux de savoir que leur petit chat allait pouvoir continuer sa vie de pacha avec nous !


Les débuts ne furent pas faciles. Loki est un mâle dominant. Il levait la patte à tout bout de champ, tant sur nos chats adultes que sur nous. Avec Orion, ils jouaient souvent à la bagarre, Loki ayant le dessus à chaque fois et n’hésitant pas à mordre notre « petit chouchou ». Le petit dernier avait beau avoir trois à quatre mois de moins que notre adorable Orion, il était déjà plus grand que lui, plus fort.

Je l’ai fait castrer rapidement. Cela a mis quelques semaines (deux gros mois) pour que Loki se calme. Il a commencé à venir de plus en plus souvent près de nous. Demandant des câlins, se frottant à nos jambes, venant sur nos genoux pour une micro sieste. Mais, mis à part la nuit qui a suivi son opération de stérilisation, il demandait à dormir systématiquement dehors ! Même par temps d’orage, de pluie, de vent, de froid.

Orion qui dormait la nuit chez nous a commencé à le suivre. J’ai toujours pu récupérer nos deux grands, Héra et Minos, pour qu’ils dorment la nuit à l’intérieur (je ne compte pas les trois ou quatre nuits que la Miss a passé au fond du jardin en été). Nous n’avons pas de chatière.

Loki nous a fait croire qu’il voulait dormir chez nous à deux ou trois reprises. Mais vers 23h ou 2h du matin, il s’excite et saute sur tout ce qui dort et qui a des moustaches, jetant son énergie sur Orion à coup de morsures, si celui-ci est là. Nous réveillant bien sûr par la même occasion et m’obligeant à le prendre par la peau du cou pour le faire lâcher prise et l’inviter à aller dehors. Il ne demande pas mieux, mais il n’ a pas encore compris qu’il suffisait de demander d’ouvrir la porte.

Mais il apprend, petit à petit, il miaule pour demander à sortir ou à rentrer. Il répond à son appel, une fois sur trois, pour manger. Il arrive en courant pour manger des friandises. Il se laisse porter dans les bras. Il demande qu’on le caresse sous la gorge ou sur le ventre ! J’ai attendu un temps certain avant d’oser le caresser le bidou car jusqu’il y a peu, il griffait et mordait. Sa vétérinaire est la seule à oser couper ses griffes, elle a l’habitude des non-compliants. Loki, personne ne peut toucher ses pattes. Quand il rentre d’une averse, je peux juste le déposer sur un essuie et lui offrir des bonbons ou à manger pour qu’il reste dessus quelques secondes le temps de sécher, un peu, ses papattes.

Hier soir, il fait déjà bien noir et frais quand j’essaie de récupérer Orion à l’appel, en l’appâtant avec des friandises. Ce truc fonctionne très bien avec les grands, et une fois sur deux avec Orion. Mais ni Orion ni Loki ne montrent le bout de leur museau.

Mon amoureux descend une dernière fois et essaie à son tour. Il me dit « j’en ai un, mais ce n’est pas le bon », sous-entendu que c’est Loki qui est rentré mais point d’Orion à l’horizon.

Après avoir mangé ses croquettes, on suppose qu’il va demander à ressortir pour la nuit. Mais non ! Il monte les escaliers et se dirige dans la chambre de notre grande fille. Il s’installe sur son lit et s’endort sous des câlins. On prévient notre fille que ce sera son tour de le faire sortir s’il se déchaîne la nuit.

22h, je m’endors en oubliant complètement que Loki est à l’intérieur.

4 heures 08 : Minos ronronne à mes oreilles sans me toucher. Il s’installe sur ma table de nuit et continue à faire entendre son moteur félin. 4h15, je sens un chat qui monte sur le lit de mon côté, sur mes jambes. Je le caresse. Je ne vois rien. Au poil que je sens, je devine que c’est Loki ! Aïe, j’espère qu’il ne va pas me griffer ou me mordre. Mais non. Il accepte mes câlins. Je le félicite intérieurement pour la belle nuit sage et calme qu’il a passée. Sa première nuit entière. Sage comme une image. Parce qu’Orion n’était pas là ? Parce qu’il commence à apprécier dormir au chaud ? je l’ignore.

On va voir si cela se reproduit. Si cette première nuit est le début d’une longue série de dodos à l’intérieur.

5h35 : tous les chats ont eu à manger. Bizarrement, comme Loki était à l’intérieur, Orion a tardé à venir, à rentrer. Je l’ai découvert plus tard couché sur le toit de ma voiture…