Dynamique de groupe : de la théorie à la pratique !

Après six ans à mi-temps, je suis tombée au chômage. Et en dépression. La dépression était là bien avant, mais je ne l’ai pas vue. Adepte du journaling, cette thérapie par l’écriture me trompait. Il m’a fallu vouloir quitter ce monde pour me rendre compte que je n’allais pas bien !

Les oiseaux, les balades, la marche et l’écriture – en plus de suivis thérapeutiques et d’un traitement – m’ont sauvée. J’ai appris à écouter mes propres saisons intérieures et compris qu’en hiver, je dois suivre ma météo personnelle autant que celle de la nature.

C’est ainsi que j’ai débuté fin janvier une formation intensive à temps plein qui se terminera fin novembre. Le thème me parle profondément (comment n’y ai-je pas pensé avant ?), le lieu est idéal – un petit bois loin du centre-ville – et je connais certains formateurs pour avoir suivi avec eux une autre formation il y a huit ans.

Mais voilà : nous sommes treize. Moi qui me sens mal à l’aise au-delà de six personnes ! Heureusement, les activités se font en sous-groupes de trois à cinq. Grâce au cadre, à l’organisation et au rythme qui allie théorie et pratique, après cinq jours, je suis toujours là.

Après une semaine, nous avons été invités à écrire un petit mot « sur le dos » de chaque participant·e. J’avais déjà reçu cette feuille de compliments il y a huit ans. J’étais très curieuse du résultat :

  • Enthousiasme !
  • Pleine d’idées
  • Sans toi, je n’aurais pas pu être là cette semaine, merci 😊
  • Merci pour ta passion communicative
  • Énergique
  • Merci pour le partage de tes connaissances ornitho
  • Merci pour ton sourire et ta bonne humeur
  • Pop-corn naturel
  • Enthousiaste et amoureuse des animaux

Ces mots illustrent ma présence entière durant ces journées partagées.

Je me suis toujours présentée comme effacée, timide, en retrait. Est-ce ma dépression qui m’a transformée, ou les années qui forgent mon caractère ? Lors d’une activité en sous-groupe où j’étais « actrice », je me suis imposée sans le vouloir comme leadership ! Parce que le sujet me touchait, parce que l’affect a pris le dessus, j’ai tenu le crachoir bien plus souvent qu’à mon tour ! Une vraie pie bavarde 😉

Ces activités m’ont fait comprendre que j’avais changé. Pas entièrement, mais oui : même adulte, on peut changer. Grâce ou à cause d’expériences vécues, nos idées et nos actions se modifient.

Hier, nous avons eu la surprise d’entendre que notre groupe de cinq avait été « au-delà de la proposition », que nous avions « dépassé la consigne » ! Sans nous connaître vraiment, après une quinzaine d’heures « ensemble », nous étions sur la même longueur d’onde. Une sorte de jeu de rôles où chacun s’est fondu dans son personnage sans se poser de questions.

Le lendemain matin, ce samedi, le réveil était tôt (merci les chats !). Je n’ai pas réussi à me rendormir : je voulais écrire l’histoire de cette activité.

Moins de deux heures pour écrire cette nouvelle. Tout était déjà là, dans ma tête, dans ma mémoire. Je n’avais plus qu’à arranger les phrases et ajouter des détails pour que tout colle.

J’ai pris un immense plaisir à me replonger dans mon rôle pioché au hasard – un rôle qui ne pouvait pas être plus opposé à mon profil : espionne pour un diamantaire !

Écrire, c’est dans mes veines. Ça coule de source.

Bonne lecture !

Image de couverture imaginée grâce à l’application Stellarium

Voyage sensoriel : une journée de formation avec la nature à mes côtés

Lundi matin, 7h30. Grève des transports en commun. Je me suis proposée d’aller chercher deux personnes près de la gare. Il y avait quelques trains épars. Un peu d’embouteillages, mais pas trop. Arrivée à 8h20. Trop tôt, la formation commence à 9h. Mais ainsi, ma nouvelle collègue et moi-même pouvons découvrir les locaux à notre aise. Je feuillette quelques livres dans la bibliothèque. Il y a des fauteuils. Un petit frigo dans lequel je range ma soupe patates douces et poires.

Les autres arrivent doucement. Je ne tarde pas à quitter la salle de repos pour la salle des cours, car je ne veux pas être coincée, j’aime choisir ma place, toujours face à la fenêtre (des arbres et donc des oiseaux), à un bord ou une extrémité de table. Tables en U pour que nous puissions tous nous voir.

Présentation du staff des formateurs. Présentation des stagiaires. Nous sommes treize. Une personne a annulé sa présence la veille ! Une autre est absente. Un homme pour douze femmes. Entre 25 et 60 ans. D’horizons différents. D’études et de parcours professionnels différents.

Le groupe a l’air sympa, comme ça, à vue de nez. Je suis étonnée du nombre de personnes ayant connu ou traversant encore en ce moment des difficultés émotionnelles (burn-out principalement, épuisement, dépression), dont je fais partie… Ce sont toutes des personnes demandeuses d’emploi.

La pièce est petite, vraiment étroite. Trop petite pour le groupe. Petite pause au milieu de la matinée. Je quitte la salle pour aller me faire un thé. Je papote un peu à gauche et à droite, mais je n’arrive pas à me connecter aux autres. Il fait étouffant pour moi dans ces locaux et la proximité est trop importante pour moi. Aucune circulation ou très difficilement entre les tables et les murs. Je suis tout près de la porte. Je dois la fermer pour pouvoir quitter ma place.

L’heure de midi arrive rapidement. Je ne suis pas les autres pour découvrir la cafétaria ou les autres locaux. Je sors, sans veste, juste avec les gants et mon smartphone. Car j’attends une réponse de mon organisme de chômage et du « pôle emploi ».

Aucune réponse. Mais dehors, je respire enfin.

Il fait froid. Moins un degré. Il y a même quelques rares flocons épars qui flottent comme des pensées perdues. Et surtout, il y a un brouillard qui suspend le temps entre les arbres.

L’organisme de formation est installé dans un petit bois, coincé entre différentes routes, il fait partie du campus universitaire. Pleins de petits et de moyens bâtiments de formations, de recherches, d’études.

Ce brouillard rend l’ambiance du bois très particulière. Un peu comme s’il y avait des fantômes tout autour de moi. De gentils fantômes du froid. Qui soufflent sur mes joues et sur mes doigts. Qu’est-ce qu’il fait froid quand même ! Le monde semble enveloppé dans du coton, les contours s’estompent, les sons se feutrent. Je pourrais être seule au monde dans cette blancheur ouatée.

Deux corneilles noires croassent non loin de moi. Je vois leur silhouette en vol se poser au sol à une petite dizaine de mètres de moi, comme deux ombres mises en lumière par le brouillard. Surtout, j’entends un pépiement aigu que je ne reconnais pas. Je ne m’en formalise pas, je reconnais à l’audition très peu de chants d’oiseaux. J’enlève mon gant droit et j’ouvre l’application « BirdNet ». Au moment où j’enregistre le petit passereau bavard, discret mais bavard, une corneille s’égosille. Je crains un instant que cette voix grave et puissante surpasse, couvre l’autre toute petite et toute légère. Mais l’application identifie quand même « presque certain » un Tarin des aulnes. Il est de l’autre côté de la route, invisible dans la brume, mais je l’entends fort bien, comme une confidence glissée entre les branches. Je ne vais pas traverser la route, je vais un peu continuer mon chemin, car je ne connais absolument pas l’endroit et je veux découvrir un peu tout ce qu’il y a à proximité directe de ma formation. Sans trop m’éloigner (car je risque vraiment de me perdre, je n’aurai pas l’air bête le premier jour hihi).

Je continue à faire des photos des arbres habillés de leur voile opaque et léger, un voile brumeux et silencieux. Les branches se dessinent comme des encres de Chine sur un papier blanc. J’adore le résultat, un peu mystérieux, un peu étrange. Chaque arbre devient une présence, une silhouette presqu’impalpable mais solide.

Au moment où je décide d’aller me réchauffer en allant manger ma soupe et mes sandwiches, je croise une collègue de formation et un formateur. Nous échangeons quelques mots et, au-dessus de nous, passe une poignée d’Orites à longue queue. De brefs sons aigus s’échappent de ces minuscules boules de plumes qui traversent le brouillard comme de petits esprits ailés. Elles sont cinq, six, peut-être sept. Un autre petit oiseau, avec une queue courte, se mêle aux Orites. Je ne l’identifie pas tout de suite, il est trop haut. Pouillot ou mésange bleue ? Un « tiit », un seul, m’aide : c’est une petite Bleue.

J’ai vraiment froid. Je rentre, je réchauffe ma soupe, je mange mes sandwiches, j’échanges quelques mots avec d’autres nouveaux collègues de formation.

Vingt minutes plus tard, je sors à nouveau. Cette fois, avec ma veste. Un merle pousse un cri d’alerte. Je suis démasquée ! Une corneille donne encore de la voix. Et, à ma droite, mon regard capte un oiseau qui se pose au sol. Sur le parking. Près d’une voiture. De dos, il est tout brun. Il se retourne. Un rouge-gorge. Sa tache orange est comme un feu rouge. Je m’arrête.
Il s’arrête aussi. Il m’observe. Le feu toujours rouge devant moi, je ne bouge pas, et je l’observe à mon tour. Je souris. Je ne fais rien d’autre. Je l’observe et je souris. Nous sommes là, lui et moi, dans ce moment suspendu. Il me regarde encore une demi-seconde puis, il se déplace. Lentement. Sans se presser. Il marche en sautillant, comme s’il dansait sur les briques froides du sol. Il va se réfugier sous une voiture à l’arrêt, garée. Devenu quasi invisible à mes yeux, je me retourne lentement et me dirige à l’opposé. Pour découvrir un autre parking.

Une Sittelle torchepot se fait remarquer par son petit cri caractéristique. Celui-là, je pense pouvoir le reconnaître à coup sûr. Je ne sors pas mon téléphone portable pour l’identifier, j’écoute. Tout simplement.

Je suis là en cet instant, entièrement absorbée par les chants chuchotant de tous les vivants, par les voix criardes des plus grands et par les sifflotements ondulants des moins présents.

Tout à coup, un bruit sec, un claquement. La magie de l’instant, brisée. Un oiseau s’envole en faisant cogner ses ailes. Pigeon ramier ? Eh non ! Je me suis trompée ! C’était encore une corneille. La même ou une autre ? Je ne saurais dire.

Clac clac, deux portières de voitures se ferment. Vroum une voiture s’en va. ….. le silence revient.

Je reviens à mon tour, je descends du brouillard, de mes rêves éveillés, et je m’en retourne en « classe ». Nous sommes de bons élèves, on est déjà tous là, installés avec de nouvelles dispositions de tables. On a essayé plusieurs « formes », en L, en U, des ilots, etc. Rien ne convient vraiment. On est resté avec un L, où je suis et les autres tables sont disposées comme à l’école traditionnelle : une table de deux côte à côte, sur trois rangées.

J’ai vraiment trop chaud, j’enlève mon pull.

La soupe chaude, ma petite balade revigorante suivie de la chaleur du local a raison de mon attention. Il doit être environ quatorze heure trente, quand mon regard capte un mouvement au-delà de la fenêtre qui me fait face. Un Geai des chênes. Une apparition soudaine de couleur dans le gris du jour. J’aime beaucoup ce corvidé avec ses couleurs vieux rose, une petite partie de son plumage bleu et blanc, sa moustache noire et ses yeux clairs. Ma vue de loin est excellente. De près, ça y est, la presbytie est arrivée, je ne sais plus lire les petits caractères sans mes lunettes… Heureusement que je vois encore très bien de loin.

C’est marrant, le geai est arrivé presque pile plume au moment où la formatrice disait « vous pouvez vous déconnecter de temps en temps, tant que vous êtes là physiquement ». Il ne fallait pas me le dire deux fois. J’ai loupé quelques phrases que la formatrice a dit. J’étais avec le geai. C’était bien gai (rires).

Neuf Kilomètres d’Observation : Soin et Nature

Samedi 17 janvier 2026

Neuf kilomètres pour prendre soin : chronique d’une balade naturaliste

C’était hier. Avec ce magnifique soleil, je décide de me rendre à pied jusqu’à ma librairie préférée. La seule librairie naturaliste de la région. La plus grande, la plus belle, la mieux achalandée. Surtout, j’y retrouve mon amie, ma collègue. Oui, bon, je dis collègue, car même si je ne suis que libraire bénévole à mes heures perdues, après deux ans  et demi à ses côtés, je considère Elisabeth (prénom d’emprunt) comme ma collègue. Elle est la meilleure. Meilleure libraire, meilleure collègue, meilleure amie.

Partir bien équipée (ou presque)

Nous sommes en hiver, mais il fait beau. Il fait chaud. Onze degrés au thermomètre extérieur, à l’ombre. Je m’habille peut-être un peu trop chaudement pour la météo du jour, mais le soir, il va sûrement faire plus frais. Je préfère avoir trop chaud et porter mon manteau, mon appareil photo et mon sac à dos, plutôt que d’attraper froid. Prendre soin de soi, c’est aussi ça : anticiper, prévoir, même si on se trompe.

Je n’ai fait qu’une fois ce chemin à pied, en été, quand je lisais à voix haute chez une personne âgée, malvoyante. Elle habitait à un kilomètre à vol d’oiseau de la librairie. Cette fois, je souhaite prendre un autre chemin, passer par un parc dans lequel je ne vais jamais. C’est un détour, mais je longe l’eau. J’adore cet élément : la mer, les rivières, les canaux et autres confluents…

J’ai toujours en tête de faire attention à ne pas appuyer trop vite et de trop nombreuses fois sur le déclencheur de mon appareil photo. J’ai dû vider la carte mémoire : des milliers de photos dans le petit bidou de mon APN, il n’en reste plus une seule. Trois jours entiers à faire le tri, à renommer, à classer mes photos naturalistes. Je n’ai pas tout à fait fini, mais tout est sauvegardé trois fois, alors me voilà prête à vider la carte mémoire haute capacité et à repartir l’œil aux aguets.

Les premiers pas : un rouge-gorge et une leçon d’attention

Deux cents mètres. C’est la distance qu’il m’a fallu pour enlever mon tour de cou et mon manteau. Onze degrés au thermomètre, ressentis quinze ou seize ! Mais oui, tout va bien, le climat se porte bien, la Terre aime changer d’humeur de saison pour ne pas qu’on s’habitue. Où est passée la neige et le froid revigorant d’il y a six jours ? Pfuit, comme les photos dans ma carte mémoire : disparu.

Sur un petit chemin accessible uniquement aux piétons, près de chez moi, je souris. Ma balade commence bien. Voilà quinze mètres qu’un rouge-gorge me précède, sautillant et voletant par cinquante centimètres. Au bout du quatrième envol, je lui dis : « Si tu revenais te poser derrière moi ? Parce que toi et moi, on prend le même chemin. Je risque de te suivre longtemps, involontairement. »

Il a mis un peu de temps à comprendre, puis s’est envolé non pas pour revenir derrière moi, mais pour se cacher dans la haie et patienter sur la branche d’un arbre dénudé, hors chemin bétonné. Je presse le pas en me disant : « Voilà, c’est bon, je suis passée, tu peux revenir. »

Prendre soin du vivant, c’est aussi cela : reconnaître que nous partageons l’espace, que nos chemins se croisent, et faire un pas de côté quand c’est nécessaire.

Descendre vers la ville, le nez au sol, la tête dans les airs

Cette nuit, j’ai mal dormi. Un peu dérangée des intestins, j’ai dû me battre, après un réveil urgent, avec un de mes chats qui a décidé qu’à une heure trente du matin, c’était l’heure de jouer à cache-cache ! Je suis fatiguée et mes crampes au mollet de cette nuit se rappellent à mon mauvais souvenir.

Pour « descendre » en ville, j’emprunte une chouette rue à sens unique qui borde une forêt. Que de magnifiques souvenirs dans cette descente : épervier embêté par trois pies en plein vol, geais timides et bruyants, sittelles adorables, mésanges, merles, buses variables… Les oiseaux ne manquent pas. Il y a quelques années, j’y avais vu un orvet traînant, déshydraté, sur le béton brûlant du sol. J’ai regardé à trois reprises pour m’assurer qu’il s’agissait bien d’un orvet et non d’un serpent (la confusion est fréquente), et je l’ai pris en main pour le déposer dans le bois, en contrebas, du côté où sa tête pointait. Pour ne pas lui faire faire le chemin inverse, mais bien pour l’aider. Une fois dans le bois, à l’ombre, j’ai versé un peu d’eau de ma gourde tout près de lui, sans le noyer.

Ce geste simple me revient souvent en mémoire. Prendre soin d’un petit être vulnérable, c’est parfois juste le replacer là où il devrait être, lui offrir un peu d’eau, et le laisser reprendre son chemin.

C’est donc tantôt le nez au sol tantôt dans les airs que je progresse lentement, avec un pincement au mollet. Foutue crampe ! J’ai ainsi progressé de mille cinq cents mètres. Encore, au minimum, six kilomètres à faire pour atteindre mon objectif. Si je ne me perds pas, ou ne me trompe pas de chemin, ce qui est fort probable.

Au bord de l’Ourthe : grèbes, martin et cormorans

Toutes les petites bêtes volantes ou rampantes sont aux abonnées absentes en cette heure du midi. Je ferai ma première photo bien plus loin, sur le canal de l’Ourthe : un petit bouchon. Non, deux. Que dis-je ? Trois ?! Mamamia, c’est bien ça : trois grèbes castagneux ! Mais ils sont loin. Très loin. Et petits. Très petits. Juste pour la forme, je fais quelques photos, car sait-on jamais, par hasard, j’aurais aussi le martin-pêcheur sur l’une d’elles ! Je peux toujours rêver… Il a filé comme seul le martin-pêcheur sait le faire : telle une flèche bleue, rapide comme l’éclair. On a juste le temps de se dire « Ah, c’était Martin ? » qu’il est déjà trop loin…

Petit montage pour avoir les 3 en une seule photo. De loin, je vous l’avait dit :-)

Un grand cormoran en vol : clic-clac, celui-là, je l’ai dans le viseur le temps d’une seule photo pas trop floue.

Tout du long, au bord de l’eau, sur les pierres, je scrute une silhouette, un mouvement, un corps tout fin qui se dorerait au soleil. J’en ai déjà vu plusieurs à cet endroit. En vain. Point de lézard. Est-ce que ces reptiles hibernent ? Je le pense bien, mais j’aurais cru que les conditions climatiques clémentes en feraient peut-être sortir un ou deux de leur trou. Mais non, ça sera pour une prochaine fois. Observer les vivants, c’est aussi accepter leur absence, respecter leurs cycles, leur besoin de repos hivernal.

L’île aux Corsaires et ses gardiens ailés

J’arrive à un embranchement : j’ai le choix de continuer à droite ou à gauche, au bord de l’eau des deux côtés. Généralement, je pars d’un côté et je reviens de l’autre. Au moment où j’hésite, j’entends un étrange cri dans les airs. Mouette ou goéland ? Un cri comme une plainte, bizarre. J’essaie de l’identifier avec mon appareil photo (qui me sert aussi de jumelle grâce à son zoom super puissant), mais il est déjà trop loin et des branches d’arbres obstruent ma vue. Il allait à droite. Je vais donc, logiquement, à… gauche ! Eh oui, faut pas chercher à me comprendre. Parfois, moi-même, je ne me comprends pas.

Pour la peine, une photo d’une Mouette rieuse qui passait par là.

Voilà des mois qu’il y a des travaux à cet endroit, à cet embranchement. Je n’ai pas fait attention à la date probable de fin, car on sait tous que les délais sont rarement respectés. Mais je me souviens que c’est ici, durant ces travaux, imperturbable, que j’ai vu un accenteur mouchet s’égosiller joliment à la fin de l’hiver 2025. Il n’est pas là en ce moment, mais j’entends des mésanges pépier doucement.

Sur le chemin, à ma droite, il y a ce que l’on appelle l’île aux Corsaires. Dans la petite revue que je me suis offerte à la librairie, il est dit que c’est la première réserve naturelle urbaine gérée par l’association Natagora, en 2005. À peine plus de 2 hectares, mais un vrai petit bijou naturel à deux pas de chez moi. Cet écrin de nature, en aval de la confluence de la Vesdre et de l’Ourthe, est un passage obligé quand je me rends à pied dans le centre commercial plus loin.

Je ne rentre pas dans cette réserve naturelle, mais la longe. Et là, deux veilleurs sont perchés dans un arbre, à proximité de l’entrée : des corneilles. J’adore les corvidés, même les sombres colorés. Ils sont synonymes d’intelligence, d’adaptation, de ruse, de jeux. Leur cri n’est pas très joyeux, mais reconnaissable. Ces deux individus, dont je ne peux différencier le mâle de la femelle tellement ils se ressemblent, sont arrivés silencieusement. Sans bruit, ils se sont posés. Sans cri, ils m’ont observée, puis ils se sont regardés. Cela m’a donné l’occasion de les approcher pour faire de belles photos !

Sans les avoir mitraillés comme à mon habitude, j’ai même attendu que l’un tourne la tête pour avoir la lumière dans son œil sombre. Prendre soin de mes sujets photographiques, c’est aussi ça : attendre le bon moment, ne pas les harceler de clics, respecter leur rythme.

Territoires aquatiques : foulques et mystérieux passereau

J’ai changé de sujets d’observation quand j’ai entendu du bruit à ma gauche, dans l’eau. Une foulque macroule naviguant tranquillement a osé traverser le territoire d’une consœur. Même si elle ne faisait que passer, elle prenait trop son temps pour la maîtresse des lieux. Enfin, je dis « maîtresse », mais chez les foulques, comme chez les corvidés, aucun dimorphisme sexuel franc. Une course poursuite s’est engagée, pour se terminer tout aussi rapidement.

Dans les arbres qui jouxtent l’eau, un oiseau chanteur. Un petit passereau. Petit, c’est tout ce que je pourrais dire. Si j’identifie assez facilement les oiseaux à la vue, à l’ouïe, c’est autre chose. Ayant un léger déficit auditif, j’ai beaucoup de mal à reconnaître les différents chants ou cris. Et ce petit oiseau, je ne sais pas lequel c’est. Très farouche et discret, il s’échappait de ma vue dès que je l’avais dans le viseur ! Autrement dit, il restera un inconnu pour moi. Zut.

Parfois, prendre soin de soi, c’est aussi accepter de ne pas tout savoir, de ne pas tout capturer, de laisser certains mystères intacts.

Le cormoran observateur et la pêche furtive

Je passe le pont et arrive à proximité du centre commercial. Là aussi, je me retrouve à avoir le choix. J’ai toujours longé un seul côté, le plus calme, celui avec le moins de circulation, avec le moins de passage de voitures. Mais je sais qu’il existe un autre « côté » tout aussi agréable, bien que j’ignore par où aller pour le rejoindre. Comme mon objectif est de trouver un parc « tout au bout, à droite » et que je pense devoir aller à gauche pour rejoindre cet autre chemin agréable, je n’hésite pas longtemps et garde mon chemin habituel. Une nouvelle découverte par jour, c’est déjà bien assez ! (rires)

Je pourrais aller de l’autre côté de l’eau, mais c’est moins agréable. Et puis, je fais bien. Au moment où je m’assieds trente secondes pour boire à ma gourde, je discerne un grand cormoran, en bas, au bord de l’eau.

Saviez-vous que les oiseaux savent quand vous les épiez ? Ils savent où vous regardez ! Si, si. J’avais beau être quatre mètres plus haut que lui, il a émis un mouvement de recul aussitôt qu’il m’a vue. Alors, mine de rien, je lui tourne le dos, je continue à boire et je fais comme si je ne l’avais pas remarqué. Ma pause dure un peu plus longtemps que prévu, mais c’est pour mieux essayer de capturer cet instant « volé ». Quelle belle idée j’ai eue : voyez ce petit attroupement qui s’est formé !

Oh ! En visualisant ces photos, je n’avais pas vu les « intrus » ? Et vous, vous voyez de qui je veux parler ?

Après trois ou quatre photos, je poursuis ma balade. Plouf ! Un poisson ou un oiseau a plongé dans l’eau. Je me mets derrière un arbre, je me cache comme je peux (il y a plein de cyclistes et de joggeurs qui me dépassent) et j’attends. Hop ! C’était un grand cormoran en pleine pêche. Celui-ci est un adulte avec déjà son plumage nuptial. On le distingue bien avec son cou blanc et la tache blanche sur son épaule, que j’ai réussi à capturer juste au moment où il replongeait ! On la verra aussi en vol sur une autre photo.

Observer sans déranger, se faire discrète, patienter : voilà l’art du soin porté aux vivants sauvages.

Lézards absents, gendarmes présents

Toujours tout droit. J’ai choisi volontairement ce chemin, car plus loin, j’espère avoir l’occasion de voir et de prendre une photo de lézards des murailles. D’habitude, au printemps et en été, et même jusqu’en automne, j’en vois presque toujours à cet endroit. Mais là, quedal. Nada. Rien. Zut et flûte. Crotte de boudin !

En lieu et place, là où je croyais en voir, j’aperçois un attroupement de gendarmes. Non pas ceux venus pour le boucher mal-aimé (les Belges me comprendront), mais ces insectes rouges et noirs de la famille des punaises. Clic-clac, une photo quand même, à défaut des lézards. Ces punaises restent normalement aussi cachées en hiver, mais ne dédaignent pas un bain de soleil hivernal, comme aujourd’hui.

Course urbaine et retrouvailles aquatiques

Arrivée au bout de cette rue, pour atteindre le parc convoité, je dois traverser un grand carrefour. Carrefour mal fichu, car les feux privilégient les voitures aux piétons et on n’a jamais le temps de traverser les deux passages cloutés pendant que le petit bonhomme reste vert. Courir, toujours courir. Je déteste ça ! M’enfin, c’est mon petit sport du jour. Trois secondes. Et aïe, mes pieds. Trois secondes, et aïe, mes mollets. À ce stade, je ne suis pas sûre de faire le chemin du retour à pied…

Je redescends au bord de l’eau. Un monde fou, fou, fou. Un week-end ensoleillé comme celui-là et ça fourmille d’humains en manque de vitamine D. Les bernaches du Canada ne me contrediront pas. Là aussi, deux ou trois clans. Je vois arriver deux individus, fendant les flots d’une allure cadencée, dans ma direction. Je crois que ces deux-là viennent pour moi, mais je me fourvoyais complètement.

Tout au bord, près de moi donc (mais comme il n’y a pas de barrière à ce niveau, je ne m’approche pas trop près du bord), un groupe de cinq bernaches. Et les deux qui arrivent sont clairement les chefs. Ou les parents ? Dès qu’ils arrivent près du petit groupe, ce dernier se disperse et s’éloigne. Lentement, mais sûrement. À gauche, un troisième petit groupe arrive en file indienne. J’aime les couleurs, le jeu d’ombre et de lumière, je fais donc une photo. Ou un peu plus…

Pour ne pas avoir de torticolis, je lève un peu la tête, histoire de voir ce qu’il se passe dans l’air, si un rapace ne serait pas là, de passage, discretos. Point de rapace en vue, mais un arbre à cormorans ! (rires)

Rencontres de proximité : corneille et bergeronnette

Alors que plusieurs groupes d’humains s’activent pour aller sur l’eau dans leur canoë, j’avise une corneille à moins de dix pas de moi. On se regarde, on se parle silencieusement, on s’évalue. Elle accepte une photo ou deux. Se déplace juste ce qu’il faut pour me laisser passer sans qu’elle doive pour autant décoller, encore une photo, et hop, elle retourne à sa place, le bec plein de boue.

Ces moments de compréhension mutuelle, ces instants où l’oiseau vous accorde sa confiance, même brièvement, sont pour moi l’essence même du soin aux vivants : un respect réciproque, une reconnaissance de l’autre.

Au même endroit, plus loin, mon regard perçant a accroché un petit oiseau qui a la bougeotte. Un hoche-queue. Une bergeronnette des ruisseaux. Je pense à un mâle vu ses couleurs éclatantes. Petit oiseau à longue queue qui hoche tout le temps, d’où son surnom, très timide et farouche. Je sais que je dois faire des photos de là où je suis, avancer lentement, sans quitter l’objectif de mes yeux (et ne pas tomber dans l’eau de préférence) pour espérer avoir une photo potable. Il n’y a pas d’autres chemins. Je suis désolée de devoir la déranger. Finalement, c’est un joggeur qui arrive en sens inverse qui la fait fuir avant moi.

Petit montage sur la première photo :
Dans le rond jaune, première photo de l’oiseau, de très loin.
Dans le carré orange, deuxième photo où j’ai avancé d’un pas et zoomé un peu plus.
La 3e photo (deuxième ici), j’ai recadré, beaucoup recadré pour que vous puissiez voir un peu mieux à quoi ça ressemble.

Encore un cormoran en vol. De plus haut, de plus loin. Mais vous pouvez voir, même d’aussi loin, la tache blanche sur son corps noir. Un adulte au plumage nuptial.

Le mystère du parc : une chose indéfinissable

Alors que j’observe plusieurs « arbres à cormorans », un gros « paquet » titille ma curiosité. Un truc indéfinissable, non identifié, tout en haut d’un arbre. Des gens dans le parc, des dizaines et des dizaines de gens. Des enfants, des adultes, des chiens, des joggeurs, des cyclistes… et une seule andouille (moi) qui a le nez en l’air et qui vise avec son zoom ce truc informe.

Je pense d’abord à un nid de frelon qui aurait été traité et que la neige de la semaine passée a commencé à détruire. J’hésite un instant à passer par un autre chemin (encore un choix, encore une bifurcation dans ce parc, car oui, je suis arrivée au parc que je voulais traverser), mais je suis déjà épuisée avec des douleurs nettes aux pieds, aux orteils, aux muscles des jambes. (Info à moi-même : quand je décide de faire de longues balades pareilles, mettre deux paires de chaussettes ou une grosse paire de chaussettes pour la marche !)

Mais cet autre chemin me permettrait d’avoir un autre point de vue, un autre angle de vue de cette « chose ». Je pense alors à un manteau ou un tissu, une couverture qu’on aurait balancé comme ça ? Mais ça m’a l’air d’avoir du volume. Malgré la couleur, plutôt gris foncé, ça doit être un nid de frelons partiellement décomposé. Je ne vois rien d’autre, malgré mon zoom poussé à fond.

Retour à la civilisation

Il me reste vingt-trois minutes avant ma destination finale : la librairie Regards Nature. Je sors du parc et rentre dans la ville, avec les voitures par centaines, avec le tram bruyant, avec les gens riant, avec ces odeurs de ville, ce brouhaha continu… tout ce que je n’aime pas. Mon manteau sur mon autre bras dissimule mon appareil photo. Centre-ville et ville sont égaux à vols, pickpockets et autres agressions. Il ne faut pas tenter le diable.

En dernières photos, un cormoran dans un arbre, au-dessus des voitures et du tram circulant…

À la librairie : l’énigme résolue

À la librairie, KO mais contente de ma balade et de mes observations du vivant par ce magnifique temps, je demande à ma collègue et à « Monsieur Optique » présents s’ils ont une idée de ce que la « chose » pourrait être. Les propositions sont rares, mais intéressantes :

  • Un sac jeté ?
  • Une sculpture posée là intentionnellement ? Un musée d’art en plein air ?
  • Le cadavre d’un héron ?

Je penche beaucoup pour une sculpture. Mais je me souviens aussi d’un héron cendré que je croyais mort, car il ne bougeait pas du tout et avait la tête complètement rentrée dans les épaules (parc Hauster, encore une fois, en décembre, sans neige).

Héron cendré – grosse sieste profonde – 12/12/2025 – Chaudfontaine

J’aurais bien aimé rentrer à pied pour aller voir par l’autre chemin, mais mon corps ne le veut pas. Alors, ce n’est qu’une fois à la maison, en regardant les photos via l’ordinateur, que la vérité éclate : c’est un héron cendré, bien vivant, qui a froid ou qui dort tranquillement ! En zoomant sur l’écran de l’ordinateur, on voit très clairement la patte, au moins une patte, avec les doigts qui accrochent la branche de l’arbre.

Ainsi, on a deux photos d’un héron qui fait dodo : recto et verso (rires)


Neuf kilomètres pour prendre soin. Prendre soin de mes pas qui me portent, de mes yeux qui observent, de mes mains qui tiennent l’appareil avec patience. Prendre soin du rouge-gorge en lui cédant le passage, de l’orvet déshydraté en lui offrant de l’eau et de l’ombre, de la corneille en acceptant son regard sans la presser, de la bergeronnette en reconnaissant que ma présence la dérange. Prendre soin du héron endormi en le laissant tranquille dans son arbre, sans avoir besoin de m’approcher davantage pour confirmer ce que mes photos me révéleront plus tard.

Prendre soin des vivants, c’est aussi prendre soin de notre capacité d’émerveillement, de notre curiosité bienveillante, de notre patience. C’est accepter la crampe au mollet, les pieds douloureux, la fatigue, parce que le privilège d’observer demande parfois de l’inconfort. C’est rentrer épuisée mais riche de ces rencontres fugaces qui nous rappellent que nous ne sommes qu’une espèce parmi tant d’autres, partageant ces chemins, ces parcs, ces bords d’eau.

Et c’est, finalement, en prenant soin d’eux que nous prenons soin de nous.

Dans mon jardin d’automne, quelques oiseaux et…

Dans mon jardin d’automne
Ça vole, ça vole !
Un rouge-gorge familier
Des moineaux domestiques
Des mésanges bleues et charbonnières
Un accenteur mouchet
Un troglodyte mignon
Des tourterelles turques
Des pigeons ramiers
Des pies bavardes
Des corneilles noires
Des étourneaux sansonnets
Et, au bout de mon jardin, dans le haut cyprès, une quarantaine de frelons asiatiques.

— Même pas peur, dit le rouge-gorge.
— Ça se mange ? demande la pie.
— En tout cas, ça pique ! répond mon chat Loki.

Dans mon jardin d’automne,
Ça vole, ça vole !
Un rouge-gorge familier,
Qui vient, chaque jour, me saluer.

Les moineaux domestiques,
Se font plus discrets quand souffle le vent frais.
Les mésanges bleues et charbonnières,
Viennent toquer à mes fenêtres.

Un accenteur mouchet,
M’émerveille par son chant parfait.
Un troglodyte mignon,
Se glisse au cœur des buissons.

Deux couples de tourterelles,
Quelles tendres demoiselles !
Quelques pigeons ramiers,
Portent au cou un blanc collier.

Des pies bavardes,
Aux chansons criardes.
Des corneilles et des choucas,
Noirs comme Orion, mon chat.

Des étourneaux sansonnets,
Aux reflets changeants, quel ballet !
Et, au bout du jardin, dans le haut sapin
Une armée de frelons, volant, zigzaguant sans fin
Leurs couleurs brillent au soleil magique,
Mais, ces créatures volantes, je les trouve… bien moins sympathiques !


Quelques photos personnelles des oiseaux (la plupart prises dans mon jardin, mais pas uniquement cet automne).

Je n’ai pas parlé du pic épeiche qui nous rend parfois visite, comme une flèche.

Ni du merle qui pourtant est un fidèle visiteur.

Enfin, le geai des chênes aussi, avec ses belles couleurs, qu’est-ce que je l’aime !

Un insecte étrange : la beauté cachée

Les dessous d’un insecte

Un drôle d’insecte flotte dans le bol d’eau,
Jaune et noir, quel étrange oiseau !
Ni guêpe, ni frelon, ni abeille,
Un corps tout plat, drôle de merveille.

Ses longues antennes me font hésiter,
Je tends la main, pour le sauver.
Hélas, il ne bouge plus d’une patte,
Figé, brillant, sous la lumière plate.

Par précaution, au vu des couleurs,
Je prends une brindille, sans frayeur.
Quand on ne sait ce qu’on a trouvé,
Mieux vaut sauver sans trop toucher.

Clic-clac ! Une photo pour l’histoire,
Dans mon appli, je veux tout savoir.
Quel est donc ce curieux invité,
Aux habits jaunes délicatement zébrés ?

Oh ! C’est une punaise ! et quelle espèce !
Sous ses élytres, quelle finesse !
La gonocère des haies, rien de moins,
Un nom savant pour un insecte du coin.

Elle aime les haies, les prunelliers,
Les aubépines et les pommiers.
Discrète encore sous le ciel doré,
Elle prend la chaleur avant d’hiberner.

Sous ses ailes dorées,
Le jaune et noir s’y fait beauté.
Je la croyais morte, noyée, figée,
Mais la voilà qui revit, toute en légèreté.

Sous le soleil chaud de la mi-saison,
Elle s’ébroue, reprend son horizon.
Elle déploie ses pattes, suit son chemin,
Comme si de rien n’était, tranquille, enfin.

Moralité : avant de crier « punaise ! »,
Apprenons à voir la beauté qui se dresse.
Sous leurs dessous de soie ou d’écorce,
Les insectes cachent mille forces.

Quel automne : 17 degrés en ce 5 novembre 2025 !
Avait-elle chaud ou soif pour que cette punaise tombe dans l’eau ?

Comment les oiseaux réchauffent mon cœur en automne

C’est l’automne, il fait humide, il fait gris.
Dans mon cœur aussi, il pleut aujourd’hui.
Je me réfugie dans mon nouveau bureau aménagé,
Quand, dans mon regard perdu, apparaît un invité.

Le rougegorge descend les escaliers,
Il se laisse observer.
Petits bonds incertains,
Quelques regards vers moi,
Moi qui n’ose esquisser un pas,
Et lui, l’oiseau, il avance quand même,
Malgré les portes vitrées qui ne cachent absolument rien.

Petit poitrail orange sanguin,
Des couleurs vives de l’automne,
Qui sont comme une braise dans la saison morne.

Présence discrète, soutien délicat,
Rien là que pour moi,
Ce rougegorge qui va et vient,
C’est un signe que je choisis de faire mien.

Les oiseaux sont mes doux amis,
Jamais aucun ne m’a trahie.
Ce petit messager m’appelle,
Il éclaire mes pensées cruelles.

Même les cœurs les plus blessés
Trouvent encore la force de chanter,
En automne ou en hiver au ciel de fer,
S’élève une voix, mélodieuse, lumière d’éclair.

Dessin réalisé par l’intelligence artificielle sur base de ma description.

C’est un Rouge-gorge géant, mais ce n’est pas là l’important :-)

Car mes photos, ne sont pas terribles, mais, ce souvenir, lui persiste.

Photo faite par mon GSM au travers une fenêtre (sale)  😅

Et comme un messager ne vient jamais seul, ma fille et moi avons eu la chance d’observer, deux jours durant, un autre oiseau, petit passereau :

Un Rougequeue à front blanc, une femelle, sans doute de passage chez nous, une halte dans sa migration ?

Grâce à ma fille, je peux vous le montrer : elle a réussi à faire une photo grâce aux jumelles ! Elle a le coup d’oeil, la précision et la rapidité de réaction !

Photo de la demoiselle : GSM devant jumelles et au travers une vitre 💪 (j’ai aussi recadré car l’oiseau était bien à dix mètres)

La comptine de l’automne

Dur, dur de se lever
Quand la nuit n’est pas finie,
Dur, dur de s’activer
Sous le ciel tout gris.

Mais zou, zou, zou, en avant,
On s’habille en rigolant,
On descend tous les escaliers,
Un, deux, trois, sans traîner !

Quatre, cinq, six, manteaux sur le dos,
Sept, huit, neuf, en route dans l’auto,
Dix, onze, douze, arrêt de bus,
Les enfants s’en vont, et moi, je m’élance en plus.

Bienvenue l’automne,
Avec ton vent frais,
Tes feuilles qui frissonnent,
Tes flaques au détour des allées.

Plic, plac, ploc, la pluie du matin,
Mouille mes chaussures, mes cheveux châtain,
Mais tant mieux, je fais ma balade
Sous la pluie douce, sous le ciel malade.

Et hop ! un rougegorge chante au sol,
Un grand cormoran émerge puis s’envole,
Coin-coin des canards, tout plein, tout plein,
Et le troglodyte qui trille au chemin.

Clic-clac, clic-clac, photos de couleurs,
Feuilles rouge-sang, jaune-or, brun-douceur.
Champignons trempés, petits parapluies,
Bogues et marrons tombés dans la nuit.

Ploc, ploc, ploc, les fruits s’échappent,
Un héron immobile guette et attrape.
Sifflent, s’envolent les bergeronnettes,
Tchic-tchac, voltigent les mésangettes.

Plus loin, dans l’eau, petits paquets d’oies,
Cinq, dix, quinze, vingt, ce sont des Bernaches du Canada !
Battements d’ailes, cris voyageurs,
Un salut d’automne qui réchauffe le cœur.

Deux heures passées, à marcher, à sourire,
À cueillir des images, à rêver, à écrire.
Bienvenue l’automne, saison des merveilles,
Toi qui chantes la vie au creux de mes oreilles.