Détournement de conte : Hans-mon-hérisson (3)

(partie 1)
(partie 2)

Le fumet de sa cuisine passa entre les arbres et arriva un jour au nez d’un roi perdu. Sur son cheval, le roi énervé de s’être égaré dans cette forêt immense envoya un membre de sa suite en avant pour qu’il aille trouver l’origine de cette délicieuse odeur.

— Et si tu trouves d’où ça vient, demande-lui le chemin le plus court pour rentrer au royaume.

L’écuyer trouva rapidement la source de cette odeur et il fut étonné de voir ce hérisson à moitié humain sur le dos d’une poule perchée au sommet d’un arbre.

— Heu, excusez-moi jeune animal, jeune fille ou je ne sais pas quoi, pourriez-vous me montrer le chemin pour regagner le royaume ?

Hermione-ma-Hérisonne se lécha les doigts, descendit de son arbre et confia à l’écuyer qu’elle voulait bien montrer le chemin à son roi à condition que celui-ci lui fasse la promesse de lui envoyer la première personne qu’il rencontrera quand il passera dans sa cour royale.

Le roi impatient gribouilla n’importe quoi sur un bout de papier s’imaginant que cette créature repoussante ne savait pas lire.

Arrivé dans son royaume, le fils du roi qui était inquiet de ne pas voir revenir son père courru vers lui en lui racontant une incroyable histoire qu’il s’était passé au château durant son absence. En voyant son fils arriver, le roi pensa immédiatement à la créature dans la forêt et refusa de laisser son garçon, le futur roi, la rejoindre. Il n’envoya personne dans la forêt, interdisant quiconque d’y aller, même pour cueillir des champignons. Il narra cette rencontre à son fils en précisant bien qu’il avait écrit tout à fait l’inverse de ce que l’étrange créature lui avait demandé.

— De toute façon, j’aurais refusé d’y aller père !

— Brave garçon, tu as entièrement raison, mais n’y pensons plus, passons à table veux-tu, je meurs de faim.

Et le temps passa. Hermione-ma-Hérissonne n’en continua pas moins à garder ses chèvres et son ânesse, à préparer de délicieux petits repas mijotés dont elle-seule avait le secret et à observer les animaux de la forêt, perchée paisiblement dans son arbre avec sa poule préférée.

Et puis voilà qu’un autre roi, d’un autre royaume vint à passer par là avec tout ce petit monde qui entoure habituellement tous les rois en promenade. Lui aussi était perdu, car la forêt était grande, très grande. Immense ! L’heure du repas du soir arriva et le roi sentit le délicieux fumet qui s’échappait non loin de là. Il envoya un messager trouver le cuisinier, habitant de la forêt, pour lui conseiller le bon chemin afin qu’il puisse au plus vite rentrer au royaume.

— Dis-lui bien, si tu le trouves, qu’on n’en veut pas à sa bonne nourriture, mais juste le plus court chemin, précisa le roi à son messager.

Le messager trouva non sans mal Hermione-ma-Hérissonne, perchée au sommet du plus grand arbre. Quand il découvrit à quoi elle ressemblait vraiment, il en oublia de lui demander le chemin et c’est la jeune Hermione-ma-Hérissonne qui brisa la gêne :

— Bonjour étranger. Que viens-tu faire ici ? demanda-t-elle poliment.

— Je, heu, nous sommes perdus. Le bon roi m’envoie vous demander le chemin le plus court pour rejoindre son royaume, lui répondit-il alors que la jeune femme-hérisson descendait de l’arbre, toujours perchée sur sa poule.

— Je ne peux pas quitter mon troupeau de chèvres, mais dit à ton roi que je lui montrerai le chemin à condition qu’il me promette de m’envoyer la première personne qu’il rencontrera quand il arrivera à son royaume.

Le bon roi fit le serment de faire tout le nécessaire pour Hermione à condition qu’il franchisse les portes de son royaume avant la nuit tombée.

Et c’est ce qu’il se passa. Le soleil n’était pas encore couché que le bon roi rentra enfin chez lui. Son unique fils, un magnifique prince blond comme les blés et à la peau aussi douce que celle d’un bébé, se rongeait les ongles d’inquiétude. Il courut aussitôt vers son père pour le serrer dans ses bras.

— Mais comment se fait-il que vous soyez restés si longtemps absents, loin de moi ? lui demanda-t-il d’une voix tendre.

Le roi lui raconta qu’ils s’étaient perdus dans l’immense forêt et que sans l’aide d’une habitante des bois, ils ne seraient pas encore là.

— La jeune femme qui nous a aidé n’était pas tout à fait humaine, mais elle a été honnête et nous a guidé vers le bon chemin. Elle cuisinait très bien, ça sentait très bon chez elle. Hélas, maintenant que je suis ici, je me dois moi aussi d’honorer ma parole : je lui ai promis de lui envoyer la première personne que je verrai quand je rentrerai. Et cette première personne, c’est toi mon fils. Oh ! Si tu savais comme je regrette cette décision.

Le roi avait beaucoup de chagrin à l’idée d’envoyer son fils dans cette gigantesque forêt. Mais celui-ci le rassura :

— Ne t’inquiète pas père, j’irai de mon plein gré là-bas si elle me le demande, car c’est tout à ton honneur que de vouloir tenir ta promesse. J’ai beaucoup de respect pour toi, et je te promets que je te reviendrai bientôt, avec ou sans cette jeune personne.

(à suivre)

Détournement de conte : Hans-mon-hérisson (2)

(début, partie 1, voir ici)

Hermione-ma-Hérissonne, petit à petit, se mettait en retrait. Un peu à cause du dégoût qu’elle provoquait bien malgré elle, un peu parce qu’elle le voulait. En effet Hermione-ma-Hérissonne vouait un grand amour à ses parents, et ils avaient beau lui dire qu’elle était adorable, aimée et attendue elle voyait bien qu’ils étaient malheureux parce qu’elle n’était pas jolie, qu’elle ne sentait pas très bon et qu’elle avait un appétit plutôt glouton.

Alors, ayant beaucoup réfléchit à sa condition d’enfant mi-hérissonne, mi-fillette elle dit à son père :

— Père, je crois qu’il est temps pour moi de voler de mes propres ailes. Pourrais-tu ferrer ma poule pour que je puisse partir sans tarder ? Je te promets d’être bien sage et je ne te causer aucune honte.

Le paysan ne montra pas sa joie à cette nouvelle. Au fond de lui, il aimait sa petite, mais elle était si bizarre, davantage bête qu’humaine, qu’il ne pouvait la considérer autrement qu’un animal de compagnie. Sans plus attendre, il attrapa la poule de sa fille et lui confectionna de solides fers, pas trop lourds mais très résistants.

— Sois prudente, mon enfant et… et bon vent !

Hermione-ma-Hérissonne s’en fut non sans emporter avec elle ses quelques chèvres et son ânesse qu’elle aimait tant et qu’elle voulait garder non loin d’ici. Elle parti en chevauchant sa poule, elle dans les airs, ses biquettes et son ânesse sur terre, ensemble elles s’en allèrent dans la même direction, celle du vent du sud.

Quelques instants plus tard, Hermione-ma-Hérissonne se posa avec sa poule dans un arbre, tandis que ses amies les bêtes arrivèrent également au milieu de la forêt et s’arrêtèrent pile sous l’arbre où l’enfant avait élu domicile.

Le voyage à dos de poule avait été reposant. Midi sonna bientôt et l’enfant chuchota à l’oreille de sa poule pour qu’elle lui donnât un œuf de belle taille afin qu’elle puisse se préparer à manger et calmer ainsi les grondements de son estomac affamé.

Ainsi passa les premiers jours : Hermione-ma-Hérissonne perchée dans son arbre, se préparait à cuisiner des plats de son imagination, mariant tantôt l’œuf au lait de chèvre, préparant tantôt un œuf mollet accompagné de son lit de limaces croustillant . Les ingrédients ne manquaient jamais dans la forêt : les oiseaux ramenaient quelques mies de pain, par-ci, par-là, les renards rapportaient des morceaux de fromage et les écureuils lui offraient volontiers des petits grains de sucre brun. Ce qu’elle préférait était le pain perdu, son pain perdu au parfum de noisettes et tartiné de bave d’escargot ! Elle n’hésitait jamais à partager ses repas avec ses nouveaux amis qui restaient à terre ou qui l’accompagnaient dans les airs, perchés dans l’arbre, le temps d’un repas partagé.

(à suivre)

Détournement de conte : Hans-mon-hérisson (1)

Avec un peu de retard, voici le conte que j’ai choisi d’adapter à ma sauce : Hans-mon-hérisson, un conte de Grimm, que j’ai trouvé sur ce chouette site.

Les animaux de Grimm

titre original : Hans-mon-hérisson → Hermione-ma-Hérissonne

Il était une fois un paysan qui avait tout pour être heureux. Ou presque tout. Il avait en effet une charmante épouse et il n’était pas pauvre. Quand il en avait le temps, il pouvait même s’adonner à son plus grand plaisir : le jardinage. Ce paysan n’aimait pas le bruit, ni la violence, le mensonge ou la malhonnêteté.

Un jour pourtant, il entendit des bruits de couloirs. Les bruits lui faisaient mal aux oreilles, tant ils lui déchiraient le cœur. Ces bruits qui n’étaient autre que des ragots entièrement vrais commençaient sérieusement à l’embêter, car il ne savait que faire pour remédier à cette vérité : il n’avait pas de descendant !

Les mois passaient. Deux années entières s’écoulaient au rythme de ces bruits brisant sa quiétude et sa bonne humeur régulièrement. Deux longues années où pas le ventre de sa tendre épouse, ne s’arrondit !

Le printemps suivant, alors que le paysan était occupé à tuer son temps dans son jardin, loin de ces bruits de couloirs infernaux, lui vint une idée. L’idée lumineuse éclaira cette fin de journée qui assombrissait son cœur plus que son regard.

— Merci pour cette brillante idée, lança-t-il à un animal qui passait par là.

Aussitôt l’idée en tête, il se hâta de rentrer au palais pour annoncer la nouvelle à sa femme :

— Chérie, je veux en enfant. Un petit bonhomme ou une petite poupée peu m’importe, fût-il un hérisson, je veux un poupon !

Son épouse souriait en écoutant son bien-aimé exiger un bébé. Elle aussi aurait aimé enfanter… mais bizarrement, rien ne venait…

Soudain, à la fin de l’hiver, une incroyable nouvelle arriva : la femme du paysan était enceinte. Plus personne ne pouvait le nier à la vue du ventre rebondit.

Quelques semaines après la nouvelle, la merveilleuse dame mit au monde un enfant ! Un nouveau-né, oui ! Mais pas n’importe lequel : la petite fille était moitié humaine, moitié hérissonne ! Tout le haut était animal, jusqu’au ventre, et le bas était normal.

— Tu vois, avec ta demande désespérée, ta fille a été ensorcelée, lui dit son épouse d’une toute petite voix.

Le paysan, un peu déçu quand même de la chose qui est sortie du ventre de son épouse, sourit malgré lui. À présent, plus personne ne pouvait de méchancetés à son propos. Il a une fille à présent.

— Elle s’appellera Hermione-ma-Hérissonne.

Très vite, après le choc de cette nouvelle, tout le monde trouva le bon rythme pour élever cette enfant très particulière. Son épouse tout d’abord, ne sachant pas allaiter sa petite à cause de ses picots trouva l’idée du biberon fantastique. Les moments de câlins étaient pauvres, mais la petite fille ne grandissait pas sans amour, car son père lui racontait plusieurs fois par jour des histoires et plusieurs fois par jour, elle recevait des bisous volants de ses deux parents.

Mais le temps passa et la fille grandit, grandit, grandit et avec elle, ses picots aussi !

(à suivre)

NaNoWriMo 2016 ? Non, mais, oui…

Voilà le jour J pour les mordus des NaNoWriMo, vous savez ce défi d’écriture où il faut écrire 50.000 mots durant le seul mois de novembre ? Eh bien, ça revient chaque année… moi j’y ai participé pour de vrai, une seule fois. Une unique fois où j’écrivais jour après jour et où j’encodais le nombre de mes mots dans le compteur… histoire relue une fois, jamais corrigée, qui dort parmi d’autres… la dure vie de mes romans :-)

J’ai renouvelé l’expérience en juillet de cette année, de ma propre initiative, sans savoir qu’il existait des camps en juillet pour ceux qui ne savent pas attendre le mois de novembre ha! ha !

Celui-là aussi, il ronfle dans mon disque dur… même pas imprimé en papier, pour garder un exemple « concret » de mon défi réalisé ! La honte…

Peut-être que ces romans, comme le tout premier que j’ai écrit un jour, vont finir par sortir de leur hibernation, mais comment dirais-je… je les trouve si nuls qu’ils ne me donnent pas envie de les relire et donc encore moins de les corriger… Je suis comme ça, j’aime relever des défis, mais si le produit final ne me plaît pas, je préfère reprendre à zéro et tout recommencer avec une nouvelle histoire, de nouveaux personnages, etc.  Sauf, que je n’aime pas écrire des romans, je préfère jouer à des jeux d’écriture, petits ou grands…

Alors, je viens de me dire : pourquoi est-ce que je n’essayerais pas de réaliser cet objectif des 50.000 mots en un mois, uniquement avec des jeux d’écriture ?

Je commence déjà avec le concours sur le thème de la passion dont je vous ai glissé quelques mots, il y a une ou deux semaines. Puis, le petit jeu de Pascal Perrat sur le changement d’heure me tente aussi. Je pense que je vais l’intégrer au fur et à mesure de mon écriture.

J’aimerais faire un petit cadavre exquis (peut-être sur le thème Halloween vu la saison) et aussi revisiter une fable ou un conte connu. Les idées ne manquent pas. Et puis, on verra bien pour la suite… je me ferai aussi un petit compteur rien que pour voir si ça avance et si je pense y arriver ou non  :-)

C’est ça qui est chouette dans ce défi d’écriture qui peut sembler horrible, fou (tout autre terme pour désigner ce bizarre jeu addict), c’est qu’il n’y a aucune obligation de qualité. Et puis après, on est libre de faire ce qu’on veut de cette centaine de pages accumulée dans le pc :-)

Au menu de mon prochain recueil, il y aura…

Derniers jours de relecture/correction/mise en page avant lancement de la « machine » .

Voici les titres ci-dessous, plus bas dans l’article.

Expliquer comment j’écris, n’est pas si évident que cela. Je peux dire quels sont les mots, la phrase ou l’image qui m’a fait me lancer sur le thème, mais de là à raconter « tout », il y a de la marge. Néanmoins, noter les consignes et les contraintes des jeux d’écriture permet au lecteur de se faire déjà une petite idée du « sujet » dont je vais parler. Et comme j’aime partager, je glisse parfois des informations intéressantes sur les animaux rencontrés dans mes histoires.

Au menu de mon prochain livre donc, il y aura des oiseaux, des petits cochons, des poissons, des ours, un loup, mais aussi un rat, un adorable écureuil, des escargots, des insectes et d’autres animaux doués de parole.

  1. Tisser les Mots
    La sterne de l’île de Pâques
    Les 3 petits cochons et le chat botté
    Un bar bizarre
    Je dis lecture… et…
    L’ours colère
    Un indien dans la forêt
  2. Bernard Friot et sa fabrique à histoire
    Avoir une dent contre quelqu’un
    Le four à double fonction
    Le Roi de la forêt
  3. Made by Ecrimagine
    Textes libres

    Nougatel, le super béluga
    Poème du matin
    Meurtre dans la baignoire
    Neige de Feu
    les expressions
    Montrer pattes blanches
    Il y a de l’eau dans le gaz
    Mettre les points sur les i
    Avoir les yeux plus gros que le ventre

Et la couverture avec le titre… pas encore finalisée mais elle devrait ressembler à quelque chose comme ça :

couverture3

L’ours colère

Je joue avec Tisser les mots, avec sa proposition numéro 65 :-)

L’ours colère

Dans un hôpital pour enfants, une fillette de 5 ans annonce à l’infirmière du matin venue lui prendre sa température que l’ours colère lui a parlé cette nuit. Il lui aurait dit que c’était bientôt la fin. L’infirmière pense tout de suite que l’enfant délire. S’il est vrai que Charlotte fait un peu de température aujourd’hui, les brûlures à son bras gauche et à sa main droite sont moins vives, la peau pique moins et les plaies deviennent moins laides. L’enfant va même pouvoir bientôt rentrer chez elle, si la fièvre n’est pas annonciatrice d’une infection ou d’un vilain virus.

Pour égayer un peu la salle des grands brûlés, des ours polaires ont été peints sur les murs. L’artiste, un infirmier aux multiples talents, a fait des ours souriants, avec de grands yeux malicieux et des visages ronds. Le peintre les a imaginés dans un paysage de glace avec des icebergs et bonhommes de neige. Les ours sont joyeux, ils font du toboggan sur une petite montagne, des galipettes pour les oursons, ils pêchent le phoque dans un trou de banquise, ils se reposent dans un igloo rigolo… Il y en a même un qui a été construit en 3D : quand on serre sa patte et qu’on dit « bonjour », une petite porte au ventre de l’ours s’ouvre et libère une glace à l’eau au parfum fruité.

Les enfants aiment bien ces dessins, ils pensent un peu moins à leur douleur, surtout quand ils mangent la glace et qu’ils jouent à « cherche et trouve » l’intrus : un ours blanc aux pattes brunes et aux yeux de panda a été dissimulé quelque part.

Charlotte a passé la matinée de la veille dans cette salle de jeux, avec d’autres enfants. Elle a donc côtoyé durant deux heures ces grands mammifères blancs et tout cet univers rafraîchissant.

coloriage oursUn infirmier, celui qui passe le soir et qui lui prend ses derniers paramètres de la journée, arrive. Pendant qu’il prend note de tous les chiffres qui montrent que Charlotte guérit lentement mais sûrement, cet infirmier lui raconte une petite histoire pour l’apaiser et la préparer au sommeil. Lucas, cet homme jovial et dynamique, fait ça avec tous les enfants de son service. Il met un peu plus de temps que ses collègues à faire son travail, mais on ne le rouspète pas, car les petits patients passent de meilleures nuits, plus sereines, plus tranquilles, grâce à lui. Lucas est aussi un artiste, c’est lui qui, quotidiennement, avant de commencer son horaire de nuit, rajoute un petit détail aux illustrations qui égaient son service : une étoile supplémentaire dans un coin, une oreille à un ourson qui est dissimulé derrière un glaçon, une tache brune qui entoure un œil, puis un autre, sur l’ours « intrus », une queue de phoque qui apparaît discrètement dans un nouveau trou sur la glace,… Lucas adore son métier et ne compte pas les heures supplémentaires. Ses journées, et ses nuits, sont variées et bien remplies. Les sourires des enfants valent pour lui les plus belles récompenses.

Alors, quand l’infirmière du jour lui passe le mot sur Charlotte et son ours colère qui lui a parlé la nuit en rêve, Lucas décide de changer son histoire du soir en séance de discussion. Peut-être la petite Charlotte ressent-elle de la colère mais qu’elle n’arrive pas à bien l’exprimer.

— Bonsoir Charlotte. Virginie m’a dit que l’ours colère t’a parlé la nuit dernière ? Peux-tu m’en dire un peu plus sur cet ours ? lui demande-t-il en souriant tout en ôtant son pansement pour vérifier l’état de la cicatrice à sa main.

L’enfant a un regard triste. Voilà près de dix jours qu’elle est là, dans cet hôpital, loin de sa maman qui travaille trop et qui ne sait pas rester avec elle, loin de son papa qui a horreur des hôpitaux et qu’elle n’a pas revu depuis son admission dans cette unité, loin de Igor, son labrador, son meilleur ami, son confident. Alors, d’une toute petite voix tremblante, Charlotte ouvre son cœur à Lucas, cet infirmier sympathique qu’elle voit depuis 5 soirs de suite.

— J’ai un chien, il s’appelle Igor. Avant, j’avais aussi un chat, Gribouille, mais un jour, il est parti et n’est plus jamais revenu. J’ai rêvé de Igor. J’aime mon chien, il me manque. Je veux le revoir.

— Oh ! Je comprends. Igor doit être gentil avec toi. C’est un petit ou un grand chien ? De quelle couleur est-il ?

— Il est grand, maman dit qu’il est un peu gros, c’est comme l’arbre à eau.

— Un arbre à eau ? répète Lucas qui croit avoir mal entendu.

— Oui, l’arbre à eau. Il est blanc, mais pas comme la neige, pas comme un ours colère, il est plus jaune. Mais pas jaune comme de l’or, plus clair.

Lucas ne comprend pas de quelle race est ce chien ni d’où vient cet arbre à eau, mais il pense avoir compris d’où vient l’ours colère.

— Un chien blanc-jaune pâle. Je vois. Un grand chien. Un gentil chien. Mais dis-moi princesse, dirais-tu que Igor est aussi grand qu’un ours polaire ?

— Oh non, les ours colères sont beaucoup plus grands, Igor est plus petit. Igor est un chien. Pas un ours.

— Ah oui, tu as tout à fait raison. Et que faisait Igor dans ton rêve ?

— Il était avec les ours blancs. Il devait retrouver le petit ours qui a les pattes brunes. Car sa maman l’attendait à la maison, dans son igloo. Igor et moi on joue souvent à cache-cache. Il est trop fort. Il est le meilleur. Il me trouve tout le temps. Dans mon rêve, il a tout de suite trouvé l’ours aux pattes foncées. Mais la maman de l’ours, la grande ourse colère, n’était pas contente qu’il était parti. Elle lui criait dessus parce qu’il avait sali ses pattes. Elle lui disait qu’il devait faire plus attention, qu’elle n’était pas là tout le temps pour voir les bêtises qu’il faisait.

Charlotte continuait d’expliquer son rêve avec tant de détails que Lucas comprit immédiatement ce que ressentait la petite fille. Charlotte se sentait coupable d’avoir voulu préparer toute seule le thé du petit déjeuner et de s’être brûlée avec la bouilloire ; elle pensait qu’elle était punie et qu’elle méritait que sa maman ne vienne pas la voir à l’hôpital parce qu’elle avait fait une grosse bêtise. Dans son rêve, la maman ours était en colère contre son petit, car il s’était sali les pattes en tombant dans de la boue.

— Tu sais Charlotte, cet ours blanc aux pattes brunes, il existe vraiment. Et ce n’est pas de la boue qu’il a sur lui. Il est différent, c’est tout.

Lucas expliqua à l’enfant que les prizzlys étaient un mélange entre un ours polaire qui est blanc, et un grizzly qui est un ours brun. P comme Polaire et le reste vient du mot « grizzly ». Un nouvel ours, différent, mais qu’on allait apprendre à découvrir et qu’on aimerait comme les autres. L’infirmier lui montra également que ses bras à elle étaient différents, mais que ce n’était pas pour autant que sa maman ne l’aimerait plus.

A cet instant précis la porte de la chambre s’ouvrit et Elizabeth, la maman de Charlotte, entra avec une petite valise en main.

— Voilà mon poussin. J’ai pu me libérer à mon travail, je viens dormir avec toi, et normalement, on pourra même rentrer ensemble demain ou après-demain à la maison. Ça c’est une bonne nouvelle, non ? lui dit-elle en l’embrassant.

Charlotte ne faisait plus de fièvre et elle sécha très vite ses larmes quand sa maman lui montra sur son gsm une vidéo d’Igor qui dormait sur son lit, dans sa chambre, à la maison. Il l’attendait.

— Un labrador, mais oui évidemment, dit Lucas en se frappant gentiment le front

« Labrador, L’arbre-à-eau… logique, non ? Comme ours polaire, ours-colère, comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? » se dit-il en notant dans un petit carnet que le prochain dessin qu’il rajoutera sur un des murs de la salle de jeux sera un arbre dont les feuilles seront des gouttes d’eau.

Sur la page suivante du carnet, Lucas y inscrivit tous les mots qui pouvaient ressembler, phonétiquement à OURS POLAIRE :

ours peau l’air – ours Paul air – bol d’air – colère – plaire – pair – plaie – polar – loir – peau claire,…

A cette allure, Lucas n’avait pas fini d’embellir les murs de l’unité des grands brûlés :-)

écriture créative par correspondance, mes textes

Voilà, je vous mets ici mes petits devoirs sympathiques que je dois faire dans le cadre de mes cours d’écriture créative par correspondance de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Devoir 1 de la série 1.

Je dis … et …

Je dis :             neige, et les flocons recouvrent bientôt mon balcon d’un froid duvet blanc.

Je dis :             blanc, et son visage pâle est le témoin de sa fièvre qui grimpe soudain et qui fait trembler ses lèvres.

Je dis :             lèvres, et je lis les mots qui se forment sur sa bouche, qui racontent une histoire, comme dans un livre.

Je dis :             livre, et dans de multiples histoires, je m’évade dans ces voyages dont je ne cesse de me régaler tous les soirs.

Je dis :             soirs, et mes paupières se ferment doucement et rejoignent la frontière des rêves.

Je dis :             rêves, et bientôt, je m’endormirai pour rejoindre une vie remplie de mille aventures, tantôt réelles, tantôt loufoques.