Défi d’écriture personnel

Depuis quelques jours, le desir d’écrire revient. Il revient, oui, mais il a changé. Il n’est plus le même. Il ne veut pas rester derrière un écran lumineux d’ordinateur ou de smartphone. Il veut créer, lire & écrire au travers des mots de papiers, sur jeux de cartes. Des mots que mes doigts peuvent toucher, des dessins sur des dés que je peux lancer, faire tourner, basculer, cacher. Des mots que je peux dessiner, écrire, gribouiller, barrer, souligner, colorer, raturer.

Une envie de découvrir ces mots, de les chercher dans un livre ou dans ma boite à mots, de les lire et relire, de les faire chanter, rimer, voyager. Des mots à goûter dans ma bouche, dans ma voix, dans mes oreilles. Les faire vivre, les transformer, les chambouler, les associer ou les scinder.

Des mots pour former une phrase. Des phrases pour former un texte. En vers ou en prose. Courts ou longs, peu importe. Je les laisse venir à moi. Ils prendront le chemin qu’ils veulent, on se quittera rapidement ou non.

Aucune contrainte, aucun temps, aucune obligation.

Juste pour le plaisir. Pour m’amuser. Pour partager.

Hier soir, j’ai pris un carnet vierge de mots. J’ai habillé sa couverture. Je l’ai préparé pour ce petit voyage que l’on va faire lui et moi. Bientôt.

Ce matin, j’ai choisi mes amis. Nos amis qui nous accompagneront. Des guides, des démarreurs, des ébauches d’idées qui ne demandent qu’à exister, à s’assembler, à se regrouper, à danser.

Ma boite à mots ne sera pas toute seule. L’accompagneront la petite boîte de story cube, le jeu de cartes « Il était une fois » et puis tous les livres de la bibliothèque…

Je ne vais pas dire que je vais programmer tel ou tel jeu d’écriture. Je ne garanti pas non plus que je posterai tous les jours le défi quotidien. Je ne tiens pas à me sentir obligée de tenir une date fixe, un programme inflexible… mais oui, de temps en temps, je ferai une photo de ce que j’aurai fait si cela me plaît 😄

À bientôt ! Ici ou ailleurs.

Atelier d’écriture avec Katia Lanero Zamora

Tous les samedis après-midi du mois de septembre, je participe à l’atelier de Katia, à la bibliothèque La Bila, la bibliothèque des littératures d’aventures de Beaufays.

Samedi passé, premier atelier. Découverte du thème : le fantastique. Rencontre avec les autres participants. Nous sommes huit.

Après avoir pioché deux mots, deux noms communs, dans un livre, il nous fallait trouver un titre et écrire pendant une heure. D’autres petites consignes sont venues se rajouter à ces deux mots. Voici mon texte. J’avais écrit à la main (aïe aïe aïe) et le soir, je l’ai réécris sur l’ordinateur. J’ai tout mis au présent et ai corrigé des incohérences, ainsi que rajouté l’un ou l’autre détails, mais vraiment pas grand chose :-)

La curieuse barque

Tom, petit Tom, se rend chaque matin, avant le lever du soleil, au fond du jardin.

Au fond de ce jardin, un lac. Sur ce lac, une barque. La barque appartient à sa famille.

Tom habite avec ses parents dans une maison, une ancienne ferme. Pas ou très peu de voisins aux alentours. Tom est enfant unique. Il a 8 ans. Il n’est plus un bébé, il est grand à présent.

Voilà six semaines qu’il nourrit, à l’insu de ses parents, une famille de chats. Une maman et ses trois chatons. Tom les cache dans la barque, sur le lac. Sous une couverture, ils sont à l’abri, au chaud et au sec.

Le printemps est proche. Tom doit se lever, chaque jour, un peu plus tôt pour ne pas se faire prendre. Il ne sait pas comment, mais sa maman se réveille en même temps que le soleil, été comme hiver ! Dès qu’il voit le ciel se couvrir de rose, d’orange, il rentre dard-dard, sur la pointe des pieds.

Se réveiller si tôt le fatigue, mais voir les chatons grandir le met dans une si grande joie qu’il en oublie rapidement qu’il manque, chaque jour, de plus en plus de sommeil.

Avant-hier, petit Tom, qui n’est plus si petit, a commencé à avoir peur. Car avant-hier, la barque qui sert de refuge aux petits chats, et qui d’habitude est toujours attachée par une corde courte, a changé de place ! Tom n’a pas prêté attention à la longueur de la corde, ni à sa couleur : couleur de nouveauté. Non, ce qui l’a intrigué, c’est que la barque se trouvait alors à trois enjambées plus loin. Et toujours attachée…

Hier, à cinq heures tapantes, Tom s’était imaginé que la barque, en plus de s’être encore déplacée de quelques centimètres, s’était également mise à grandir !

Les trois chatons qui grandissent, eux, normalement, ont étrangement encore toute la place pour se dégourdir les pattes, autant de place qu’à leur naissance.

Bizarre !

Au début, c’est-à-dire avant-hier, Tom croyait qu’il s’était imaginé tout ça. Qu’il avait dû rêver. Qu’il était fatigué et avait dû sûrement s’endormir debout. Une barque en bois, ça ne grandit pas. Le bois, c’est mort. Ça grince, ça craque, ça se fend, mais ça ne pousse pas !

Aujourd’hui, Tom a pris, en plus des croquettes pour la maman et d’une bouteille d’eau fraîche, un mètre. Enfin, sa latte d’école. Il n’est pas arrivé à ouvrir la boîte d’outils de son père. En plus de tout ça, il sort de son sac à dos, un carnet à spirale et un crayon. Il a déjà commencé à noter la date et il a laissé la place pour inscrire, sous la date du jour soulignée, les mesures de la barque : longueur et largeur.

Mais au moment où il s’apprête à tirer la corde pour ramener la barque près de lui, celle-ci s’est volatilisée ! Pfffuit ! Disparue !

Tout du moins, c’est qu’il croit au premier regard, car au bout de la corde, il n’y a rien. Avec son cœur qui bat plus vite, il tourne la tête à gauche, et là, ouf ! Il la voit : la barque. Elle n’est plus attachée, mais flotte librement à trente centimètres du bout de son jardin. Trois mètres plus loin que là où il l’avait laissée hier. Attachée.

Plus l’enfant s’approche de la barque, plus celle-ci s’éloigne.

Tom s’arrête de marcher. Il appelle les chats. Il ne voit que leur tête dépasser. Trois têtes. Le compte n’est pas juste ! Il en manque un !

Cependant, il ne cède pas à la panique. Le petit tigré, noir et brun, l’unique tigré de la portée, peut très bien dormir au fond de la barque.

Tom fait alors semblant de ne plus se diriger vers la barque et tourne la tête dans la direction opposée. Discrètement, dos au lac, il ouvre sa boussole et fait apparaître un miroir. Il s’accroupit dans l’herbe humide et dirige le miroir de façon à avoir la barque en vue, sur le couvercle de sa boussole.

L’enfant doit se retenir pour ne pas crier ou se retourner.

Heureusement que la lune, pleine, éclaire encore la barque, sinon il aurait pu croire qu’il hallucinait !

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Tom distingue clairement le mouvement de la barque ! Elle bouge. Toute seule ! Pourtant le lac est calme. Pas de gros poisson, ni de castor ou de rat musqué nageant qui pourrait expliquer ce mouvement… Et tout doucement, la barque se rapproche de la berge. De la berge et de Tom qui est toujours dos à elle. Plus près de lui, la barque n’apparaît plus en entièreté dans son miroir. Il sort alors quelques croquettes qu’il jette par-dessus ses épaules pour inciter la maman à sauter de la barque et à le rejoindre.

Dehors, pas un bruit. Pas le moindre chant d’oiseau. Pas de vent soufflant, ni de pluie bruyante.

Plus un mouvement. La barque s’immobilise. Tom aussi. Il tremble comme une feuille. De peur. Il doit aussi faire pipi.

Tout à coup, de petits miaulements percent le silence de mort. Tom ajuste sa boussole de façon à avoir le bout de la barque visible dans son miroir.

Un à un, il voit les petits minous sortir de la barque pour sauter sur la terre humide. Il y a d’abord Chaussette qui saute maladroitement ; le plus grand des chatons a été appelé ainsi, car il a le bout de ses quatre pattes, blanc. Ensuite, vient le tour de La Boiteuse. Tom suppose que c’est une femelle, car elle a une toute petite voix, aigue, timide. Boiteuse, car l’une de ses pattes avant est tordue et le chaton ne sait pas s’en servir, mais que cela ne l’empêche pas de sauter comme son frère. Enfin, saute gracieusement la maman. Pas de doute, il manque Gourmand, le dernier chaton à l’appétit insatiable !

Mais où est-il passé ? Tom n’ose pas se retourner et fouiller la barque à sa recherche. Il jette le reste de croquettes n’importe où, laisse la bouteille d’eau ouverte, contre une pierre devant lui et essaie de réchauffer ses mains glacées. Ses dents claques. De froid. De peur.

Treize minutes se sont écoulées depuis que Tom est sorti de la maison.

Il ne fait plus nuit noire à présent, mais le soleil n’est pas encore levé, ni sa maman.

Toutefois, en avançant vers la porte, la barque toujours en ligne de mire pour être sûr qu’elle ne va pas le dévorer tout cru, Tom voit distinctement que non seulement la barque est plus petite, mais qu’elle a pris en plus une étrange couleur sombre, tigrée de noir et de brun, comme le pelage de Gourmand !

Barque, Hiver, Étang, Gris, Calme, Campagne

photos : pixabay (clic sur les photos)

Jeux d’écriture avec Stéphane Van Hoecke

Week-end atelier d’écriture au château de Sartay, à Liège, fin février 2018 avec Stéphane Van Hoecke comme animateur

À partir de 5 mots, écrire 10 lignes en 20 minutes environ (en respectant l’ordre)

Caillou – vivant – trembler – bois – effacer

Ce caillou n’était pas comme les autres. Il portait en lui la vie ! Oui, dans ses entrailles pierreuses, dormait un être vivant très important. Toute la communauté des Roches Éternelles tremblait d’impatience quant à cette prochaine naissance. Celle-ci était prévue aux alentours de la deuxième lune de ce deuxième cycle solaire. Ce petit être, tout de bois précieux vêtu devait, par son existence, effacer toutes les mauvaises langues :

Les langues de bois, les langues aux chats, les langues de vipère, les langues bien pendues, les langues dans les poches, les langues mortes.

Même jeu avec 6 mots, 12 lignes et 24 minutes environ

Souliers – piquant – diable – dévêtue – guérir – coffre

Pierre Nowelle avait oublié de chausser ses petits souliers avant de partir travailler. Pourtant, dehors, il faisait déjà très froid ! Un vent piquant faisait ressentir la température bien plus basse que les zéros affichés sur le thermomètre extérieur.

  • Diable ! dit-il en grelottant des orteils, où ai-je la tête ? A trop penser au travail, je finirais un jour non pas à oublier mes souliers ou ma tête, mais de m’habiller ! En y pensant, je me demande comment réagirait ma femme si elle me voyait déambuler sur les toits, complètement dévêtu ?

Et Pierre Nowelle ressorti de chez lui avec cette fois-ci ses beaux souliers dorés aux pieds. Il n’avait pas fait deux pas dans la rue qu’il se demanda si le rire pouvait guérir les dépressions. Un coffre plein de dés primés se matérialisa dans ses pensées et il souriait à l’idée de voir ces petits cubes de bois changer la face du monde.

« Si chaque dé primé offrait le même nombre de rire que de points qu’il arbore sur chacune de ses six faces, alors le pourcentage des dés primés positifs serait autant égal si pas supérieur au nombre de points affichant une pensée négative d’un dé primé. »

Pierre Nowelle n’était pas bon en mathématiques, mais il débordait d’idées, de projets, de formules peu, prou ou pas magiques. Il se coupait toujours en quatre pour satisfaire le maximum de ses clients. C’est pourquoi, il lui arrivait, comme aujourd’hui, d’oublier certains détails…

Jeux d’écriture au château de Sartay (suite)

Suite de mes petits textes, de l’empreinte laissée par mon imaginaire envoûté par la dynamique de ce groupe extraordinaire, guidé par Stéphane Van Hoecke

Réponses à un questionnaire (je ne mets pas tout, juste ce que j’ai aimé « trouver » sur le moment même)

Q. Que voudriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?

R. Je ne veux ni un âne, ni un ver, ni un cerf, mais je veux des sourires (âne-ni-ver-cerf = anniversaire)

Suite de phrases après le début imposé « Quand j’écris, … »

Quand j’écris, je ne fais pas pipi.
Quand j’écris, je pense, donc je suis.
Quand j’écris, je vis.
Quand j’écris, j’aime me laisser surprendre par mon clavier.

Idem mais avec « je suis comme »

Quand j’écris, je suis comme envoûtée par la gentille sorcière des rêves imaginaires.
Quand j’écris, je suis comme un arrosoir (mot imposé) qui déverse, goutte à goutte, mot à mot, le contenu de son cerveau.
Quand j’écris, je suis comme un pirate (mot imposé), qui a peur du « tic tac », un pirate sympathique qui fuit les bruits du temps et les silences vert-crocodile.

 

Se ressourcer avec l’écriture

Oui, je me suis ressourcée grâce de supers moments partagés avec un groupe d’écriture extraordinaire, lors d’un atelier organisé par le tout aussi extraordinaire Stéphane Van Hoecke :-)  (clic)

Voici ma modeste contribution à cet atelier qui m’a laissé plein de souvenirs bien agréables. C’était là où j’étais le week-end passé, à cet endroit que j’ai découvert en avril 2016… au château de Sartay, à Embourg, Liège, Belgique. (les photos extérieures datent de mon 1er atelier d’écriture là-bas, en avril 2016. La photo intérieure = février 2018)

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Écrire un texte qui parle de l’écriture à partir de mots choisis dans différents textes reçus + à partir des mots qui ont été imaginés en regardant des dessins illustrant « la page blanche » + un mot choisir avec la 1ère lettre de nos 6 prénoms (Amélie, Carine, Dominique, Charles, Stéphane, Cécile)

–> À partir de ces mots et dans l’ordre :

Illusion – Se libérer – Penser-panser – Groupe – Paupières – Frontières – Capacité – Déclamation – Création – Apprendre – Stylo

L’écriture n’est qu’une illusion, faut pas se leurrer ! Se libérer de nos pensées ou comment panser un groupe qui écrit sous leurs paupières ? L’écriture n’a aucune frontière ; elle fait grandir dans ses entrailles la capacité à élaborer quelle que déclamation que ce soit. L’acte de création n’est que le reflet de nos apprentissages, de nos désirs enfouis sous la délicatesse du trait de notre premier stylo tenu entre nos doigts enfantins.

Texte à écrire suite à 10 mots imaginés : aïe – maisheu (mais) – aimer – partage – oiseau (oie + zoo) – bleu – journée (jour + née) – voler – lumière – fantastique

Aïe ! Cette lumière fantastique, ce bleu si puissant, réverbère une illusion sur la vitre et un oiseau amoureux de l’image irréelle la heurte en plein vol ! C’est ainsi que sa journée s’est achevée, mais non sans mal, il l’a quand même partagée.

D’autres textes disséminés dans les prochains jours… :-)

Détournement de conte : Hans-mon-hérisson (5 et fin)

Le prince devait quand même se forcer à ne pas prendre ses jambes à son cou. Aussi, après le festin du soir, quand Hermione lui demanda de lui faire couler un bon bain chaud, il obéit bien vite, trop soulagé de ne pas devoir la toucher tout de suite.

— Demande à tes gardes de préparer un bon feu et de le maintenir bien vif avec de belles flammes. Vois-tu, le bain va me permettre de me débarrasser de ma peau de hérisson. L’eau chaude va décoller ma première peau et il te faudra me peler un peu comme tu le fais avec une orange. Une fois que tu auras fait ça, il faudra que tes gardes s’emparent le plus vite possible de ma peau de hérisson et qu’ils la fassent brûler dans le feu. Ils ne pourront s’en aller qu’une fois tous mes picots brûlés.

Le prince un peu impressionné, mais surtout très intrigué par ces propos, ne contredit pas la créature. Après avoir appelé ses gardes et donné ses instructions, du bout des doigts, il aida Hermione à plonger dans le bain chaud. Une étrange fumée boisée s’échappa de la baignoire. Le parfum de la forêt empli toute la pièce. Le prince ne pouvait rien distinguer au travers du brouillard, mais il se demanda quand même s’il serait capable d’éplucher la peau du hérisson… La réponse se faisait attendre. Il ne parvenait pas à détacher son regard du brouillard, essayant vainement d’y voir au travers. Quelques minutes plus tard, Hermione sorti de la baignoire et apparut toujours vêtue de ses picots. Néanmoins ceux-ci retombaient mollement sur son corps, de sorte que lorsque le prince en toucha un, il ne se fit pas mal. Hermione lui tourna le dos et souleva sa longue chevelure noisette.

— Tu peux commencer par-ici, lui dit-elle presque en chuchotant, pointant son index sur sa nuque.

Tremblant comme une feuille, le prince toucha l’endroit pointé du doigt. C’était chaud, encore recouvert de poils, et cela lui semblait doux au toucher, tous les picots étaient comme au repos, couchés, allongés, inoffensifs.

Tandis que le prince éplucha la peau hérisson, Hermione frotta son visage avec ses deux mains. La peau tomba à terre, en trois morceaux. Les gardes, aussitôt, s’en emparèrent et la brûlèrent.

Le prince tendit un peignoir, non sans quitter du regard le dos lisse, dépourvu de poils et de picots de la jeune femme qui se tenait là, devant lui.

Hermione enfila le vêtement, contente de sentir un peu de douceur sur sa nouvelle peau nue et froide. Puis, elle se retourna, tête baissée, n’osant pas lever ses yeux vers le prince.

Sans son dos de picots, Hermione paraissait plus grande. Toute brune de peau, Hermione était métamorphosée. Le prince prit son menton et leva sa tête, en douceur, pour découvrir qu’elle avait gardé ses yeux bruns et ses cheveux noisettes.

À partir de ce moment-là, ils ne se quittèrent plus et le prince ne se lassa pas de la dévorer des yeux, tellement elle était belle.

Le prince et Hermione se marièrent ; les noces furent célébrées lors d’une grande fête. Ils vécurent heureux et eurent de nombreux enfants et … quelques hérissons !


Avez-vous aimé ma version de ce conte ? Personnellement, je la trouve un peu trop longue, c’est que je suis bavarde en écriture :-)

Lire mon texte dans son entièreté.

Détournement de conte : Hans-mon-hérisson (4)

(partie 1)
(partie 2)
(partie 3)

Hermione-ma-Hérissonne trouva le temps long, malgré la compagnie de ses animaux. Après quelques semaines de solitude, elle décida de retourner à son village pour vendre ses recettes de cuisine et laisser ses chèvres et son ânesse à ses parents. A califourchon sur sa poule, elle fit le tour des petites maisons de son ancien village. Tout ce qu’elle pu vendre, était son lait de chèvre, léger et digeste. Le reste de ses recettes, avec des filets de limaces et de la bave d’escargots, n’intéressait personne.

Son père qui craignait la voir revenir pour de bon, lui demanda s’il devait changer les fers de sa poule.

— Oui, merci bien, car je repars aussitôt, et cette fois-ci ce sera pour un long, un très long voyage.

Avec ces maigres ventes que lui avait rapporté son lait de chèvre, Hermione-ma-Hérissonne s’en alla en direction du royaume vers lequel elle avait dirigé le premier roi perdu, voilà déjà bien très longtemps. Trop longtemps, car elle n’a vu personne pour combler sa solitude depuis.

L’accueil fut horrible, car le roi ordonna à ses gardes de tuer quiconque s’approchait du château avec un museau de hérisson ! Heureusement, Hermione dirigea sa poule vers les hauteurs et passa au-dessus des flèches et de tous les soldats armés. Elle atterrit dans la cour du château, à deux pas du fils du roi, tout surpris et horrifié par ce qui le menaçait.

— Roi, dis à tes gardes de me laisser en paix et que ton fils vienne avec moi comme tu me l’avais promis ! Tu as menti et tu as triché. Tu dois être puni ! dit Hermione d’une voix ferme en menaçant le prince de ses piquots pointés vers lui.

Le roi n’eut d’autre choix que d’obéir cette fois-ci. Il laissa son fils partir avec la créature et pleura sur son mauvais comportement.

En chemin, Hermione-ma-Hérissonne arrêta sa poule au-dessus d’un buisson d’orties.

— Saute, commanda-t-elle au prince.

Le prince sauta et la jeune créature s’amusa de la situation. Une fois que le prince a été suffisamment piqué par les orties et que son visage, ses bras et ses mains étaient tout boursouflés, gonflés, Hermione-ma-Hérissonne exigea que le prince s’occupa de ses picots.

— Tu vois les boules blanches sur mon dos ? Ce sont des tiques. Elles me grattent et ça me démange terriblement ! Enlève-les toutes, une à la fois, sans leur arracher la tête. C’est un travail minutieux, de patience et de précision ! Quand tu auras fini, je n’aurai plus besoin de toi et tu pourras retourner pleurer chez ton papa !

Le prince d’abord soulagé d’entendre cela, ne s’attendait pas à une tâche aussi difficile, pénible et douloureuse pour lui. Pour attraper les vilaines bestioles, il s’écorcha les doigts et les mains à plusieurs endroits. Et dès qu’il parvenait à enlever un insecte, le dos d’Hermione se mettait à trembler et les picots se resserraient et pénétraient dans ses doigts déjà tout abîmés. Enfin, quand il déposa la 37ᵉ et dernière tique sur le sol forestier et qu’Hermione l’écrasa sous son pied, le prince fut chassé de la forêt et il pu regagner son château, tout griffé, tout boursouflé et humilié pour le restant de ses jours.

Après avoir infligé cette punition au fils du premier roi, complice de son père de ne pas être venu l’aider plus tôt dans cette tâche, Hermione-ma-Hérissonne s’en alla trouver le second château. Elle ne voulait plus être seule et était déterminée à trouver le grand amour.

L’accueil au second royaume fut merveilleux. Le roi avait en effet donné ordre de bien recevoir la personne qui viendrait chevauchée sur une poule et qui ressemblerait à Hermione-ma-Hérissonne. De fait, la jeune Hermione fut reçue avec des applaudissements et une haie d’honneur jusqu’à la porte du château !

C’est dans ces conditions qu’Hermione-ma-Hérissonne arriva devant le prince. Celui-ci d’abord choqué par l’apparence aussi repoussante de la jeune femme se rappela qu’il avait donné sa promesse à son père. « Après tout, se disait-il, elle a sauvé mon père et sa suite, sans elle, ils seraient sans doute morts de faim dans la forêt. » Et il accompagna volontiers Hermione dans ses quartiers privés du château.

(à suivre)