L’histoire d’une phrase et d’une image qui change d’air

C’est l’histoire d’une image (du jeu Dixit) qui donna naissance à une phrase (de mon inspiration) qui change d’air ! Quel toupet celle-là. Oui, vous avez bien lu. Parfois, nous créateurs et créatrices du monde Imaginaire des Mots, sommes impuissant.e.s devant une histoire qui a décidé de changer d’air. Parfois, oui, parfois, le personnage principal, le plus souvent, mais ça peut arriver même aux personnages secondaires, prend son indépendance et sans nous demander notre avis, vit sa petite vie. Tout seul, comme un grand, il prend la liberté de changer d’orientation et écrit lui-même son histoire !

C’est ainsi qu’est né mon texte ci-dessous. Il porte le numéro 6. Au départ, il y avait cette image que vous pouvez voir en fin d’histoire et cette phrase qui m’a été chuchotée à la vue de cette carte : l’épouvantail de la ville qui avait un cœur.

N’étant plus dans l’ambiance d’Halloween et des épouvantails, mon personnage principal « épouvantail » est devenu « Le pou vent ail« … et voilà son histoire :-)


L’épouvantail de la ville qui avait un cœur

Il était une fois un pou de ville qui se déplaçait grâce au vent et qui mangeait de l’ail à tout va ! Il allait de tête en tête, insouciant comme un pou. Quand le vent était sympa, il le poussait à atterrir sur des têtes de toute taille, de toute forme, de toute couleur. Souvent, coincé dans une tignasse avec plein de nœuds, il pouvait passer des jours à essayer de se libérer, en vain. Il lui fallait parfois attendre l’aide d’un peigne à fines dents pour le déloger de là. Heureusement pour lui, dans la ville où il travaillait, on le connaissait et personne ne voulait le tuer entre des ongles ou l’écraser comme un vulgaire pou des champs. Non, lui était un pou aimable, gentil, propre sur lui et il avait toujours une attention particulière pour les enfants.

Ce pou des villes aimait son travail qui consistait à chatouiller le crâne des gens en se déplaçant lentement de cheveu en cheveu. Son métier pouvait s’apparenter à celui de masseur, si ce n’est qu’il n’était pas assez costaud pour masser et que ce sont les gens eux-mêmes qui se massaient en se grattant, en fouillant dans leur tignasse.

Depuis l’hiver dernier, où il a failli mourir étouffé sous un bonnet bien chaud, il fait attention à ne plus se poser sur des crânes trop dégarnis. En cela, il était différent. Il choisissait un peu ses clients, devenant un pou spécialiste des longs cheveux. C’était tout un art de grimper, sans glisser, sur les longs cheveux lisses bien peignés. Cela devenait une prouesse si le ou la propriétaire de la tête avait un cheveu gras ou qu’il ne s’était plus shampouiné depuis dix jours. Mais notre pou des villes n’était plus tout jeune. Il avait pas mal d’années d’expérience derrière ses six pattes crochues.

Un jour pourtant, alors qu’il venait de déguster le sang crânié d’un amateur d’ail – l’un de ses clients préférés – alors qu’il venait de faire son travail comme un pro, qu’il s’était lavé pattes et mandibules avant de toucher son client, il fut éjecté de son lieu de travail d’une pichenette, une seule ! Il avait encore le ventre tout repus quand la chiquenaude l’envoya valdinguer sur le tapis du salon.

  • Eh ! L’épouvantail, va voir ailleurs si j’y suis. J’suis pas d’humeur aujourd’hui, lui dit son client avec un accent au parfum enivrant.

C’était la première fois qu’on l’appelait ainsi : épouvantail ! Et si sa première réaction a été de se sentir offusqué par ce sobriquet, une fois qu’il tourna et retourna le mot dans ses mandibules, il finit par lui plaire. C’était toujours mieux que « le poulet », ben oui, le pou laid n’aimait pas qu’on le traite de volaille… Sommes toute « épouvantail » lui convenait mieux.  

C’est ainsi qu’au lieu d’en vouloir à son client préféré, il commença par l’aimer ! D’un amour de pou, tout fou, de tout sang saoul. En silence, en discrétion et en… démangeaisons.

C’était l’histoire de l’épouvantail de la ville qui avait un cœur.

Dixit Nano20 : le juste équilibre

Voici mon 5è petit texte d’après une image du jeu de cartes Dixit et la phrase que celle-ci m’a inspiré :

Le juste équilibre du bien et du mal dans la maison du ciel

Pour qu’un équilibre, quel qu’en soit sa nature, soit juste, il faut en connaître tous les ingrédients. Voici la recette de mon équilibre. Quand j’y arrive, je suis sur mon petit nuage de bonheur, je l’appelle donc le juste équilibre dans ma maison du ciel.

Préparons tout d’abord les ingrédients, leur quantité, leur poids :

  • Une bonne tasse d’écoute attentive
  • Une cuiller remplie de sourire sincère
  • Une bonne poignée de patience
  • Un verre d’honnêteté
  • Une pincée d’énergie
  • Une poigne de volonté
  • Un soupçon de combattivité
  • Une soucoupe d’empathie
  • Un souvenir du passé (s’il n’est pas exagéré, refaçonné ou embelli, il peut être doublé la puissance de la source de gratitude pour celles et ceux qui ont connu des difficultés dans leur enfance)

Placer tous les ingrédients dans l’ordre que vous souhaitez. Attention à mettre ceux qui sont le plus volatile dans un récipient fermé afin qu’ils ne prennent pas la poudre d’escampette.

Comme pour tout évènement, toute action, toute aventure, tout projet, il ne faut pas oublier de laisser une place pour un ingrédient qui n’est pas dans la liste et qui pourtant se trouve en chacun de nous. Celui-ci étant différent pour chaque personne, je ne peux le citer précisément. Néanmoins, sachez que le vice… pique ! Prévoyez donc des gants afin qu’il ne vous fasse pas mal quand vous le mettrez dans sa boîte hermétique. La jalousie pince. Là aussi, soyez prévoyant et protégez votre cœur ou votre tête. L’avarice est une vilaine voleuse. Voleuse dans tous les sens du terme, elle vous prend sans votre consentement vos biens matériels ou immatériels comme le temps et les amis, mais elle a des ailes et vole littéralement comme un oiseau. Soyez prêt à l’attraper avec votre filet (un égouttoir dans la cuisine fera très bien l’affaire) et à la mettre dans un bocal hermétique et insonore. D’autres ingrédients dits « méchants » ou « mauvais » existent. Sans dévoiler mon secret, je peux vous dire que le mien s’appelle La Nostalgie. Attention à ne pas confondre cet ingrédient, la nostalgie, avec celui dans la liste « un souvenir du passé ». Bien qu’ils se ressemblent très fort, on peut dire que la nostalgie laisse des empreintes parfois douloureuses, des traces indélébiles, alors que le souvenir du passé, s’il est choisi à point, peut se révéler un super ingrédient bénéfique. Le souvenir du passé a une force insoupçonnée, il a une saveur prononcée qui souvent laisse un premier arrière-goût amer, mais qui donne, après qu’on l’a laissé mariner quelques instants à l’air du présent, un parfum de réussite et un fumet de super pouvoir !

Ce dernier ingrédient de ma liste est le plus difficile à trouver. On peut en avoir tout un stock en nous. Toujours est-il que je vous recommande d’écouter votre cœur, de suivre votre instinct ; et si le premier choix est souvent le meilleur, parfois, je dis bien parfois, il vaut mieux attendre un peu, dormir dessus une bonne nuit, et y revenir le lendemain. Certains souvenirs du passé peuvent se comporter comme La Nostalgie. C’est en ça qu’ils sont le plus difficile à trouver.

Une fois tous les ingrédients réunis, sans oublier celui qui nous est propre et différent à chacune et à chacun, préparer votre balance à trouver son bon équilibre.

Pour ce faire, il vous faudra prendre du recul, laisser reposer la pâte à l’air ambiant, parler à votre recette (non, non, n’ayez crainte, personne ne vous entend, personne ne vous observe). Certains trouvent naturellement le juste milieu entre tout ce mélange. Il arrive que pour d’autres, cela prenne plus de temps. Mais cela n’est pas un problème, à la condition que vous ne baissiez pas les bras. Visez toujours la lune qui est accrochée au-dessus de votre tête et qui flirte avec vos nuages de bonheur. Tout le monde n’atteint pas son parfait équilibre du premier coup, d’autres ne parviennent pas à le garder bien longtemps. Qu’importe. Le principal, le plus important, c’est que vous y prenez plaisir, que vous essayez encore et encore, que vous vous amusiez.

Si vous avez du mal à atteindre la lune, ce n’est pas grave, car vous atterrirez parmi vos étoiles, vos nuages personnels.

Peut-être est-ce là votre équilibre ? Parmi les nuages, parmi les étoiles.

N’oubliez pas, où que vous arriviez, quelle que soit votre destinée, vous trouverez votre propre équilibre avec les ingrédients de ma liste, car nous sommes tous … différents.

Dixit Nano 2020 : jour 4

La mélodie enchantée du vieil arbre souriant

Il était une fois une forêt. Elle avait tout ce qu’il y avait de plus normal pour une forêt : beaucoup d’arbres aux multiples essences différentes, deux ou trois chemins pour les promeneurs, mais aussi pour les cavaliers et beaucoup d’animaux y venaient pour s’y reposer, se poser, jouer, se nourrir ou y trouver refuge. On ne comptait plus les oiseaux de toutes sortes, mais on se régalait de les voir, de les entendre et pour certains de les photographier.

D’autres habitants avaient aussi la primeur des amoureux de la nature : écureuils, renards, cerfs et même les insectes voyaient leur portrait s’afficher sur les écrans des appareils photo.

Un jour, lors d’un petit matin brumeux mais ensoleillé, on entendit une musique voyager entre les branches des arbres, passer sous des buissons, tourner autour des oiseaux. Ce jour-là, le 4 novembre, il faisait très froid au réveil. Les animaux avaient connu une gelée nocturne, la première de la saison. Et c’est aux alentours des 8h30 qu’on pu entendre les premières notes flotter dans cette forêt. Les oiseaux, les bons chanteurs, s’étaient tus. On ne sait s’ils écoutaient la mélodie pour l’enregistrer et pour, plus tard, la chanter. Vu la fraîcheur matinale, tous s’activaient, bougeaient, grimpaient, pour ne pas laisser le froid engourdir leurs fines pattes et ailes fragiles.

Sur un chemin tracé par les nombreux promeneurs, se trouvait-là un petit bonhomme, pas plus haut que sept pommes. Cet enfant, un garçon, avait l’étrange mais non moins extraordinaire faculté de faire chanter… les arbres ! Oui, les arbres. Pas les animaux, pas les oiseaux, ni les chiens ou les chats domestiques, non, les arbres. Ces gigantesques végétaux qui n’avaient ni bouche, ni oreille ! Comment s’y prenait-il ? Nul ne le sait. Mais c’est bien lui que je vis ce matin-là, chuchoter à l’écorce d’un vieil arbre souriant. Et l’arbre, par son tronc rugueux et noueux, lui répondait en sifflant. Il faisait tellement froid que je pouvais voir par où sortaient les mélodies : par des milliers et microscopiques trous de l’écorce. Aéré de la sorte, l’arbre chantait littéralement par tous les pores de son tronc. C’était très agréable à entendre. J’en était tellement absorbée et envoutée par le son que j’en oubliai d’immortaliser cette scène.

Nano 2020 : Témoignage d’une autodesctruction florale

2 novembre 2020 : deuxième texte écrit à partir d’une phrase inspirée par une carte du jeu Dixit

Témoignage d’une autodestruction florale

Hier, j’étais assise sur une chaise, face au soleil. Sur la terrasse de ma maison. En face de moi, le jardin. Petit jardin, sans fleur, terrain de dispute de nos chats et de ceux des voisins. Fin octobre, mais quel beau temps ! C’était un nouveau printemps. Alors que j’avais les yeux fermés, qui emmagasinaient avec bonheur ce soleil merveilleux, j’entendis des cris d’oiseaux. Pas des chants, ni des pépiements. Non, des cris. Consciente que j’allais bientôt ouvrir les yeux pour regarder à qui appartenait ce cri et surtout pour connaître la raison de cette panique, je profitai au maximum de cette lumière chaude et bienvenue. Cinq, quatre, trois, deux, une seconde. Mes paupières s’ouvrent comme un volet automatique, en douceur, lentement, sans un bruit. (nouvelle automatisation, ultra-silencieuse). Je mets quand même quelques secondes à imprimer l’image de mon jardin dans mes rétines. Il fait très lumineux. L’herbe me paraît claire et des ronds blancs clignotent dans mon regard. Les tentures de mes yeux s’ouvrent et se ferment. Je plisse les yeux, je les frotte, je bâille, je me lève, je m’étire, me détend.

Tchip ! Tchip ! Tchiiiiip ! L’oiseau s’égosille. On dirait même qu’il m’interpelle. Qu’il me prend en témoin. Qu’il demande mon aide. C’est un merle. Tout noir. Ou presque. Son bec est couleur orange comme une mandarine. Tout comme ses pattes. Perché dans notre arbre mort tout au bout du jardin, à deux mètres cinquante environ de hauteur, il tchippe et tchippe avec force et vigueur. S’il avait pu me montrer du bout d’une aile ce qui le mettait dans tous ses états, je suis sûre qu’il l’aurait fait ! Mais il reste un oiseau. Un vrai oiseau. Alors, il continue à s’égosiller en sautillant parfois sur la branche qu’il agrippe de ses fins et robustes doigts articulés.

Je me mets à sa place, dans sa tête, pas pour de vrai hein, il partirait aussitôt, et je projette mon regard au ras du sol, dans l’herbe haute qui n’a pas été tondue depuis la mi-août. Et là, je la vois ! Je vois ce qui met mon petit merle dans tous ses états : une fleur ! Mais pas n’importe laquelle. Une belle et grande fleur, à la tige longiligne, aux pétales blancs, au feuilles vertes à souhait. L’une des dernières survivantes en cette saison, en cet automne chaud, cet été indien.

La fleur a des formes généreuses, gonflées de trente, quarante ou même cinquante pétales nacrés, doux au toucher. A la belle saison, son cœur d’or fait le régal des insectes butineurs. D’ailleurs, à bien y regarder, on en voit encore certains lui voler autour. Des insectes, des abeilles, des syrphes, des mouchettes. Mais point de papillon. Trop froid, trop venteux pour eux.

Arrêt sur cette observation.

Monsieur le merle hurle toujours. Et il y a de quoi ! Sous ses yeux ébahis, autant que sous les miens, on voit la fleur s’arracher littéralement les pétales ! Se servant de l’une de ses feuilles comme d’un bras et d’une main, elle tire sur un pétale jusqu’à ce que celui-ci se détache de son cœur et tombe à son pied. A chaque fois qu’un pétale s’étale au sol, la feuille en choisi un autre et recommence son manège.

De là où je suis, depuis ma terrasse, je commence à apercevoir un tapis blanc de pétales morts. Intriguée et surtout surprise par ce comportement d’autodestruction, j’avance dans sa direction tout en parlant au merle :

  • M’enfin, qu’est-ce qui lui prend à celle-là ? T’as déjà vu un tel comportement ?
  • Tchip, tchip, tchiiiip ! me répond-il dans sa langue.
  • Ça va, ça va t’excite pas comme ça. J’y vais, j’y vais.

C’est qu’il est exigeant et pressé ce merle !

Quand j’arrive sur le lieu du… crime, oui on peut appeler ça un crime, la fleur suspend son geste, sa feuille-main agrippée a un pétale tout tremblant. Là où il y a un espace, une goutte de nectar goutte du minuscule trou causé par le geste mortel. Il ne lui reste qu’une dizaine de pétales tout au plus ! Elle est plus légère, mais jolie. Je lui en fait la remarque.

  • Eh ben jolie demoiselle, que se passe-t-il ? Vos pétales vous font-ils mal ?
  • … (évidemment, elle ne me répond pas, avez-vous déjà entendu une fleur parler ?)

Je prends entre mon index et mon pouce, le plus délicatement possible, les pétales arrachés. Un à un, je les dépose au creux de ma main. Ils sont encore doux, mais ont perdu leur éclat.

La fleur n’a plus bougé d’une feuille. Tout doucement, très lentement, sa feuille est redescendue, sans arracher le pétale innocent qui peut enfin souffler. Il est sauvé ! Dans un effort floral, la tige se redresse de toute sa hauteur et affiche un sourire pétalien triomphal. Sa scoliose n’est plus. Sa cambrure n’est plus. Elle est à présent droite comme un i, fière d’être grande et légère comme un souffle de pinson.

Les genoux à terre, je me penche tout à fait pour être à sa hauteur. Elle est peut-être grande pour une fleur, mais ça reste une fleur de maximum trente centimètres de haut !

  • Et ben ma cocotte ! Toute cette souffrance pour voir du paysage ? C’est pour ça que tu t’es arraché les pétales ? Pour être plus légère, pour pouvoir te redresser et enfin voir au-delà de la barrière ?

La fleur ne me répond pas et le merle s’est tu lui aussi. Ce dernier n’a pas bougé de son poste d’observation et me regarde la tête penchée, bec bé. Il ne comprend pas ce qu’il s’est passé. J’ai un peu de mal à le lui expliquer, on ne parle pas la même langue et dans le genre têtu, on peut dire que le merle me bat… Il s’ébroue comme s’il devait chasser toutes ces horribles images qu’il a vu, puis s’en va à tire d’aile.

Écrire un texte d’après une phrase inspirée par des images du jeu dixit

Je vous propose de choisir parmi l’une de ces 5 propositions pour écrire un texte, poème, histoire :

  1. La clé de la mémoire est en moi
  2. Témoignage d’une autodestruction florale
  3. La musique est ma prison
  4. La mélodie enchantée du vieil arbre souriant
  5. Le juste équilibre du bien et du mal dans la maison du ciel

Pour ceux et celles qui ont le jeu à la maison, je vous invite à trouver les images correspondant à ces phrases ;-)

Bon amusement !

Écrire un texte sur les fantômes et autres monstres à partir d’une liste de mots

Je vous propose de jouer avec moi. Écrivez un petit texte, poème ou plus longue histoire en respectant le thème des monstres, fantômes et autres revenants. Le ton sera le vôtre : humoristique, horreur, énigmatique, façon enquête, décalé, etc.

Les 7 mots à intégrer :

  • graine
  • vent
  • musique
  • rire
  • violet
  • lentement
  • gonfler

Vous avez jusqu’au 31 octobre pour jouer le jeu. Le 1er novembre, je mettrai tous vos textes reçus en commentaire ou par email sur le blog.

Vous pouvez bien sûr adapter un mot à condition que l’on puisse retrouver le mot du début et/ou conjuguer un verbe. Pas de limite à votre imagination.

Une histoire à plusieurs mains

Durant le confinement, j’ai eu l’occasion d’écrire une petite histoire avec d’autres personnes, par email et FB interposé ;-)

Grâce au jeu de dés Story Cubes, à un jeu de cartes « Il était une fois », nous avions chacune de nous six, deux mots à caser dans notre texte. Et nous avons écrit cette histoire à la manière d’un cadavre exquis, c’est-à-dire que nous écrivions chacune à notre tour une partie de l’histoire.

La superbe illustration du petit écureuil, vient du site Pixabay, libre de droit.


Un jour, au jardin

C’était une petite pomme qui poussait sur un pommier …en ce printemps 2020. C’était un plaisir de la savourer des yeux en pensant au moment où on pourrait la croquer à belles dents !

Depuis mon jardin, je pouvais la voir, rouge, grosse et ronde à souhait. Elle n’attendait qu’une chose : que je la cueille. Tout à coup, un mouvement roux, furtif, me fit tourner légèrement la tête : un écureuil s’approchait de mon fruit convoité ! Oh ! Le coquin, il allait me le voler assurément. Je me levai doucement de mon fauteuil. Mon geste le fit s’arrêter net. Nous étions à même distance de la pomme, lui derrière elle, moi devant. Ou inversement selon son point de vue… J’estimais qu’il devrait faire au moins dix ou douze petits bonds ; quant à moi, en trois grands pas, je devrais pouvoir arriver à mettre la main dessus. La suite des événements me sembla passer comme au ralenti. Nous étions deux tortues, à avancer d’une lenteur effroyable, à tenter de deviner quand l’autre passerait à la vitesse supérieure.

C’est alors que tous deux nous restâmes bouche bée, une ombre de plus en plus épaisse … de plus en plus proche, descendait du ciel comme par magie. Figés sur place, alors que tous les animaux alentour fuyaient et qu’un silence d’hiver s’installait, nous observions, tout autant effrayés que fascinés par ce voile aux mille couleurs prêt à accoster. Accroché à un énorme parachute, un tout petit lutin nous apparut, nous apprendrons plus tard qu’il s’agissait d’une lutine. Elle se faufila entre les branches du fruitier.

Au fil des ondulations délicates de ce petit être d’une branche à l’autre, comme si elle obéissait à je ne sais quoi, je ne sais qui, presque comme si elle était … vivante, l’énorme soie arc-en-ciel se rétrécissait rapidement et méthodiquement. Elle termina son étrange cérémonie de pliages rangée dans un minuscule sac suspendu au dos de la lutine au moment même où celle-ci s’assit délicatement … sur le fruit convoité !

Éberlués, bouche bée, l’écureuil et moi étions comme transformés en statues de sel. Incapables de bouger, c’est à peine si nous respirions. Le sortilège prit fin lorsque la lutine commença à parler.

« Bonjour, quelle chance, c’est le bon jour et la bonne heure, j’avais tellement peur d’arriver en retard et de ne pas vous trouver ».

Sa voix était comme la soie colorée qui avait réintégré le petit sac à dos : douce et lumineuse, souple et solide, on croyait entendre le murmure fascinant d’une rivière quand la lumière joue à cache-cache avec le mouvement de l’eau.

Elle secoua la tête et un rire de grelots retentit, rendant l’instant encore plus magique. « Bonjour et bienvenue … enfin, si tu n’es pas là pour me voler ma pomme, déjà qu’on est deux sur le coup, trois, ce ne serait plus marrant du tout ! », répondit l’écureuil, d’une petite voix aiguë et parsemée de « cric » et de « crac », comme si en parlant, il continuait à croquer une noisette. « Ta pomme ? Non, elle est belle à croquer, mais ce n’est pas pour elle que je suis ici, c’est pour vous rencontrer, toi et … elle » poursuivit la lutine en pointant son petit index en la direction. Elle continua : « c’est vous qui avez été choisis pour m’aider à retrouver la clé du cadenas qui ferme la grille du monde des rêves. Le gardien s’est assoupi et, à son réveil, la clé avait disparu ! Depuis, le monde des rêves est inaccessible, il faut vraiment que vous m’aidiez » C’est alors que je m’entendis répondre : « oui » …

Comment dire non à une créature aussi fascinante !

Pourtant, aussitôt ce petit mot sorti de ma bouche, un train de questions s’ébranla dans ma tête, comme un défilé de wagons où s’accrochaient des points d’interrogation : oui-mais…oui-mais…oui-mais…oui-mais…

— Pourquoi cette lutine nous avait-elle choisis ?

— Cette façon de nous appeler les “élus” ne me plaisait guère…N’y avait-il pas là une manipulation démagogique ?

— Pourquoi fallait-il un gardien des rêves ?

— S’il y avait un gardien, c’est bien que les rêves étaient emprisonnés : ne devaient-ils pas être libres et accessibles à tous ?

— Qui avait installé une grille autour du monde des rêves ?

— La lutine n’était-elle pas envoyée par celui qui se désignait comme le propriétaire de ce lieu ?

— Bref : avions-nous devant nous une fée ou un être maléfique au solde d’un
despote ?

— Et enfin : le confinement ne m’avait-il pas tourneboulé l’esprit ?

Avec toutes ces questions qui me venaient à l’esprit et qui partaient dans tous les sens, j’avais l’impression que ma tête battait la campagne ! Je ne savais plus où j’en étais ! Peut-être que c’était le confinement effectivement qui me mettait dans cet état de ruminations, d’interrogations et de rêveries sans fin ! Qu’en penser ? ! Est-ce que la lutine n’était pas simplement un effet de mon imagination débridée ?!

Bien sûr il y avait la pomme qui était réelle et l’écureuil aussi mais le reste ?

En fait j’avais regardé ce qui se passait dans le jardin parce que j’en avais par-dessus la tête de lire et relire ce manuel  » comment utiliser un boulier en 10 leçons ». Encore une fameuse idée que j’avais eue ! Confinée avec mon petit bout de 5 ans qui n’allait plus à l’école, j’avais eu le projet de lui apprendre à compter avec un boulier mais ça s’était avéré plus difficile que je ne l’aurais cru au préalable. En fait j’étais dépassée. Et oui même les choses les plus simples ! Et puis finalement après tout, la petite allait retourner à l’école, donc…plus besoin de se tracasser avec ce boulier. Mais c’était la lutine qui me turlupinait à présent ! Je me voyais déjà consultant google pour en savoir plus sur le monde
(imaginaire ?) de ces petits elfes !

Que faire ? Pourquoi n’avais-je pu tout simplement croquer cette petite pomme ?

Soyons honnête, dans ma petite tête, c’était un véritable dialogue de sourd. Toutes ces questions et ces interrogations. Et tout ça, pourquoi ? Pour une pomme, pour un écureuil ou pour un petit lutin ?

Je dois bien l’admettre, à force de rester confinée chez moi, mes actions et les événements ont pris un tout autre sens. J’ai davantage de temps pour réfléchir et surtout pour agir. Même si je crois à d’autres mondes, tels celui des fées et des lutins, je ne peux pas mettre tous mes œufs dans le même panier : la pomme, l’écureuil et la lutine, tous les trois, dans mon jardin ! Non.

— Eh bien, si ! Me répond l’écureuil.

Je fronce les sourcils : après la lutine que je comprends, le langage de l’écureuil me serait-il soudain devenu accessible ?

— Oui et non ! Hi ! Hi ! Dit-il en se moquant de moi.

Je ne comprends rien à son petit manège et je perds royalement patience. L’animal doit le voir, car aussitôt, il s’explique :

— Tu me comprends, car je fais partie de l’espèce « télépathe ». Je sais lire dans tes pensées et je te donne accès aux miennes par ma seule volonté. Si je parlais à voix haute, tu ne me comprendrais pas, nous n’avons pas le même langage.

— Ah ! Ok ! Je comprends tout à présent. Merci pour tes éclaircissements Maître Écureuil Télépathe.

— Tu te moques de moi ? crie-t-il aussitôt dans ma tête ! Maître, je ne suis pas un maître, je suis un simple disciple. Un disciple, le seul et l’unique qui n’a pas froid aux yeux et qui ose affronter les géants à la peau lisse.

— … Les géants à la peau… lisse ?

— Les bipèdes, les géants, les humains, ceux de ton espèce, toi quoi ! Pfff je ne suis pas tombé sur la plus futée des géants…

— Je t’entends ! lui rétorque-je.

— Oups, pardon !

L’écureuil semble demander que je l’excuse et il fait une grimace qui je suppose doit être prise pour un sourire contrit. Il est bien mignon et je veux bien croire qu’il fasse partie du même monde que le mien, ainsi que la pomme. Et la lutine ?

— Faut vraiment tout t’expliquer à toi, rouspète mon nouvel ami télépathe. À ton avis, si la lutine est arrivée pile au moment où on allait se disputer la pomme, c’est que la pomme est… ?

— La pomme est… ? Quoi ? Il me demande de terminer la phrase ?

— Oui, banane, je te demande de terminer la phrase. C’est facile pourtant ! Simple comme un bonjour. La pomme, est pour la lutine, l’a…

— La pomme est l’amie de la lutine me communiqua l’écureuil en pensée. Toutes les pommes sont ses amies, les arbres aussi, les fleurs, les oiseaux … tout dans la nature est l’ami des lutins Je te rappelle qu’elle est venue pour que nous l’aidions. Et pour te rassurer, oui, nous faisons partie du même monde, celui de l’amour. Mais beaucoup l’ont oublié, perdu ou simplement donné. Nous avons été choisis il y a très longtemps pour l’aider à retrouver la clé du cadenas qui ferme la grille du monde des rêves. Tu te souviens, le gardien s’est assoupi et, à son réveil, la clé avait disparu ! Depuis, le monde des rêves est inaccessible. Et sans rêves, pas d’amour.

— Alors la pomme tu comprends mieux maintenant ? me dit la bestiole.

— Euh, non, je n’y comprends rien à votre histoire de clé, de pommes et de rêves. D’ailleurs, tout ça n’est qu’illusion ! Je parle avec un écureuil par télépathie et une lutine nous appelle au secours pour des rêves dont je ne me souviens même jamais !

— Justement ! surenchérit l’écureuil, c’est bien parce que la clé a disparu. Quand tu étais enfant tu ne te souvenais pas de ce dont tu rêvais ?

Oups, me voilà bien mal prise, il a raison ce vaurien, je me souviens que je rêvais souvent d’un jardin, un superbe jardin rempli de fleurs. De sublimes fleurs de toutes les couleurs, de toutes les senteurs, de toutes les douceurs. Et aussi une jolie balançoire sur laquelle je virevoltais, de grands arbres sur lesquels je grimpais auprès des oiseaux dont le chant me berçait. Il y avait aussi un cerisier énorme que j’adorais escalader. Je me souviens d’une fois, m’approchant de la fontaine … Ah on y est, me dit l’animal en me coupant dans mes douces pensées. Et ensuite, insista-t-il en se glissant sur mon épaule, que s’est-il passé ?

Allez, ne me regarde pas comme si j’étais un extra-terrestre, je suis juste un écureuil, juste un peu spécial car je n’ai pas peur de toi mais je suis simplement un gentil écureuil. D’ailleurs, je m’appelle Cannelle … tu me suis ? Pomme … Cannelle … Et toi, tu ne devines pas pourquoi on te prénomme Cléa ? … Clé-a ! … Parce que tu “as” le pouvoir de retrouver la “clé” !

Mais tu as besoin de moi, de la pomme et de la lutine, elle son prénom est Rêve … tu me suis ?

Rien de tout cela ne me paraissait logique mais … logique quand même. J’étais vraiment perturbée, rien à voir avec le confinement, j’étais confondue, perdue, emmêlée dans des milliers de pensées mais, au fond de moi, je sentais que Cannelle avait raison. Je réalisai soudain que cette petite peluche autour de mon cou était une fille. Elle capta, bien sûr, ma pensée et me regarda tendrement puis me dit, enfin, me pensa : tu sais, je suis une écureuil, toi une petite fille, Rêve une lutine et la pomme a la graine. Nous sommes toutes destinées à semer les rêves, les histoires, les contes, l’amour ! … Si nous ne retrouvons pas la clé, tout cela sera perdu et le monde sera gris, sans sourires, sans plaisir, sans imagination, sans histoires … sans rêves, sans amour. Tu le sais que cela a déjà commencé, tu ne rêves plus … et bientôt, tous les enfants du monde ne rêveront plus si nous ne récupérons pas la clé du cadenas.

Un long silence s’ensuivit, nous nous regardions, puis nous avons regardé Rêve, toujours assise sur la pomme. Elle nous adressa un grand sourire calme et apaisant, ses petites ailes d’or se mirent à battre doucement, ses grands yeux violets s’illuminèrent elle s’approcha doucement de nous et, en s’adressant à moi, elle chuchota : tu nous racontes ce qui est arrivé près de cette fontaine Cléa ?

« A la claire fontaine, m’en allant promener … » comment pouvait-elle savoir ? Était-ce donc écrit ? Gravé ? Oh mon dieu, comme cette simple question remuait en moi de multiples souvenirs … était-ce donc pour cela que j’étais devenue passeuse d’histoires ? Était-ce parce qu’un jour j’aurais à transcender ce statut d’adulte qui m’avait semblé si difficile à acquérir, pour me rendre compte que c’était l’enfant qui avait accompagné l’adulte et vivait toujours à travers lui qui était ma force ? C’était donc pour cela qu’à la question posée par un « géant à peau lisse », un jour, au bord d’un lac … en mangeant une pomme, une pomme, déjà … « quelle est ton super pouvoir ? » j’avais répondu « celui de ramener les adultes à l’enfance par le pouvoir des histoires » … cela me tomba dessus comme la foudre, un éclair traversant ma conscience : depuis toujours et à jamais ce sont les histoires qui sauvent le monde …

— « Oh, hé, la géante, ça va ? Tu en as mis un temps … » me réprimanda doucement Cannelle … tu nous raconte, la fontaine … je pense que c’est un indice « 

— « Ah, oui, la fontaine … bon … des dizaines de fontaines me passaient par l’esprit, des images en 3D … mais une seule chanson « à la claire fontaine … »

— « Ok, dis Rêve, rendez-vous à la claire fontaine », et, se drapant dans sa soie multicolore sortie tel un diablotin de son sac à dos, pfffffiuuuuuu, Rêve disparut.

Disparue…sans me laisser le moindre caillou blanc ! Sans la clé…pourrais-je retrouver le chemin de mes rêves ? J’étais embarquée dans une histoire sans fin !

A moins que…

Enfant, je rêvais souvent de cette fontaine les nuits de pleine lune, entre veille et sommeil. Ce n’était pas par hasard que la lutine était arrivée aujourd’hui !

Je m’allongeai sous le pommier, prête à traverser la toile tissée par les premiers rayons de lune pour rejoindre le monde de mon enfance.

Hop !

La fontaine gazouillait au milieu d’un champ de fleurs…des fleurs extraordinaires, dignes du pays de Philémon ! Celles-ci ressemblaient à de petits parachutes multicolores (tiens donc!), celles-là à des réverbères, d’autres encore à des serrures. Des diablotins couraient dans tous les sens à la recherche de la clé des rêves. Ils allaient la trouver avant moi et la cacher à jamais dans une grotte obscure !

C’est alors que je découvris une petite enveloppe, éclairée par une fleur réverbère, je m’en emparai…

Hop !

J’étais revenue au pied du pommier : la lutine sur mon épaule, Cannelle sur mes genoux. Une clé dépassait de l’enveloppe que je tenais encore en main, brillante sous les rayons de lune.

Nous en deviendrions les gardiens…

Quant aux diablotins, ils auraient beau la chercher partout, ils ne la retrouveraient jamais !

FIN


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