Jeu d’écriture pour les mamans, papas, grands-parents… et enfants !

Hier midi, en mangeant à mon travail, j’ai fouillé dans la petite boîte de Bernard Friot et de sa fabrique à histoires.  Avec la fin de l’année scolaire – à présent enfin terminée – nos loulous sont un peu surexcités, survoltés, déchaînés… aussi, j’ai souri et des images me sont de suite apparues quand j’ai choisi ces deux outils pour me mettre en appétit :

Jeu de carte « Et si… ? » :
Et si
les parents avaient le droit de changer d’enfant
ET pour vous les enfants :
Et si
les enfants avaient le droit de changer de parents.

Moulin à mots « Qui parle ? » :
Tais-toi, je ne veux pas t’entendre ! Et arrête de gigoter comme ça, tu me donnes le tournis ! Tu ne sais donc pas t’occuper tout seul ? Tiens prends ton livre de français et révise tes conjugaisons, au moins tu ne perdras pas ton temps. Tu ne pourrais pas tourner les pages plus doucement ? Tu m’as fait rater une maille (ou plutôt : tu m’as fait rater mon jeu sur mon iPad…). Mais comment fait ta mère (ton père) pour te supporter ?

Je n’ai pas honte, ces dernières semaines, j’ai bien du leur dire au moins 3 phrases de ce style ! (3 fois sur … une journée bien sûr ! ;-) )

Et je n’avais pas encore pensé à ce jeu « avoir, en tant que parent, le droit de changer mes enfants », donc c’est avec joie que je m’y prête volontiers… et je compte bien demander ce qu’en pensent mes petits monstres… si eux ils pouvaient changer de parents – ben oui, ça va dans les deux sens !

A vos plumes et envoyez-moi par email ou en commentaire votre texte – vous aussi les enfants ! … je me ferai un plaisir de les mettre sur mon blog.

BONNES VACANCES

Porte ouverte

Je rejoue enfin avec Rébecca :-)  pour ce jeu, vive les rêves ! Le but de l’exercice est de faire travailler son imaginaire. On se promène dans un champ quand tout à coup, une porte, seul, se dresse devant nous, en plein milieu du champ.

Alicia, jeune enfant intrépide, s’amuse à courir dans un champ de maïs, quand tout à coup, sa course est interrompue. Face à elle, se dresse une grande porte en bois clair. La petite fille est curieuse et elle entrouvre cette porte pour voir ce qu’il y a derrière.

Au début, elle entend juste deux voix. L’une qui semble demander quelque chose, l’autre, plus ferme, est davantage autoritaire. Quand elle cherche du regard à qui peut bien appartenir ces petites voix, elle est surprise de constater que ce sont deux lapins qui se parlent, tout près de l’autre côté de la porte.

L’un porte une casquette sur sa tête et tient une barre de maïs géante dans une main. Il semble interdire la route à l’autre lapin.

L’autre, tape frénétiquement le sol d’une patte. Celui-ci a l’air plutôt fâché !

–          Nom d’une carotte croquante, laisse-moi donc passer. Puis-ce que je te dis qu’il s’agit d’une question de vie ou de mort, dit-il au lapin gardien.

–          Je ne peux pas te laisser franchir cette porte. Tu le sais bien. Trop de lapins partis, ne sont jamais revenus. Et de ce que je sais, la plupart vit une vie difficile de l’autre côté. Qu’est-ce que tu crois pouvoir trouver là-bas ?  lui répond l’autre avec des oreilles qui marquent son impatience.

–          Il existe un maître des histoires. Une corneille exceptionnelle qui dompte les mots et qui joue avec les phrases. Je suis sûre qu’elle saura trouver la formule magique qui m’aider à enfin dormir tranquillement.

–          QUOI ? Toute cette scène pour que tu puisses mieux faire dodo ? Je rêve !

–          Tu ne comprends pas ! Je manque cruellement d’heures de sommeil, je suis à bout, je n’en peux plus. Ma femme ronfle, n’arrête pas de bouger et de faire des cauchemars, chaque soir. J’espère que le maître des mots puisse inventer une merveilleuse histoire qui fera que ma douce s’endorme comme un bébé et fasse de jolis rêves sans plus jamais me réveiller.

Soudain, Alicia a le nez qui chatouille. A… Aaa….ATCHOUM ! Oups, vite, elle ferme la porte, faut pas que ces lapins sachent qu’ils sont épiés.

–          Puisqu’il est interdit de voyage par ici, je vais trouver ce maître des histoires et l’envoyer de l’autre côté, dit la petite fille désireuse de vouloir aider ce petit lapin fatigué.

Sur ces paroles, elle se retourne et cherche du regard un oiseau noir.

Trahison de lapin

Le texte ci-dessous démarre grâce à une contrainte de jeu d’écriture de Rébecca : « apprendre à développer une idée ». Et tout démarre avec ce début d’histoire banale. (on ne choisit pas toujours son inspiration… :-) )

« Décembre. Loïc et Myrtille se promènent. Ils rencontrent Gaëtan et discutent avec passion. La nuit tombe. Ils rentrent chez eux. »

 Le terrier de Loïc et de Myrtille est saccagé ! Complètement sens dessus dessous ! Le trou est rempli de boue, des coups de griffes lacèrent l’entrée, et des crottes qui ressemblent étrangement aux leurs parsèment les alentours.

 Celui de Gaëtan, qui est à vingt bonds de lapins de là, est sauf.

Le couple tape de la patte à l’entrée du terrier de leur ami :

–          Gaëtan ! Excuse-nous de te déranger, mais notre terrier a été vandalisé ! Aurais-tu une petite place pour nous jusque demain ? On va en faire un nouveau, mais là, nous sommes trop fatigués.

Gaëtan, célibataire depuis longtemps, a un petit sourire en coin et leur répond :

–          Oh ! Heu… bien sûr avec plaisir. Toutefois, je crains que mon trou ne soit un rien trop petit pour nous trois. J’ai bien une petite place à côté de ma litière, mais c’est tout. Mais,

avant que leur ami ai pu terminer sa phrase, le bon Loïc intervient :

–          Cela ira, n’est-ce pas Myrtille ? Tu dormiras à côté de Gaëtan, j’irai juste à l’entrée, je n’ai pas besoin d’herbes sous mes fesses.

Myrtille, qui connaît Gaëtan depuis sa première sortie de terrier, est bien contente de pouvoir dormir sur de l’herbe tendre et délicieusement odorante.

–          Merci mon lapin. Gaëtan, merci à toi pour ton hospitalité.

 Loïc qui se frotte les pattes de devant l’une contre l’autre, se fait une dernière beauté avant de répondre que c’est tout naturel, entre amis, de s’aider.

 Le couple est si fatigué que Myrtille s’endort presque aussitôt. Loïc ne tarde pas non plus à fermer ses petits yeux. Il se tourne et se retourne sur sa couche sèche. Il cherche sa position quelques instants puis sombre dans les bras de Morphée.

Gaëtan fait semblant de bâiller et s’installe tout content à une moustache de Myrtille. Il attend que les ronflements de ses invités deviennent réguliers pour se rapprocher de celle qu’il aime secrètement depuis longtemps.

Il n’a pas collé sa tête sur le dos de Myrtille depuis deux minutes qu’un gargouillement s’entend.

–          Pfff ! Ces nouvelles fleurs que j’ai mangées tout à l’heure ne sont pas de premier choix !

Il s’éclipse discrètement et frôle Loïc pour pouvoir sortir de son terrier. Pour ne pas le réveiller, il marche aussi silencieusement qu’il peut et va se soulager à quelques mètres de là.

Une fois sa grande commission faite, il revient sur des pattes de velours et se réinstalle tout contre Myrtille, les yeux pétillants de joie. Depuis le temps qu’il attendait de l’avoir si près de lui… son plan fonctionne à merveille.

 Quelques instants plus tard, c’est au tour de Loïc de se réveiller avec des crampes au ventre. Les fleurs que Gaëtan lui a fait goûter le soir ne sont décidément pas faciles à digérer.

Comme son ami plus tôt, il va sur la pointe des pattes se soulager plus loin. La coïncidence veut qu’il aille se cacher au même endroit que Gaëtan !

–          Crotte de renard ! râle-t-il en apercevant les excréments ronds et foncés. On dirait les mêmes qui entourent notre terrier. Celui qui a détruit notre terrier habite donc près d’ici ?

Loïc serait bien tenté de les observer de plus près, mais son ventre lui fait un mal de chien. Tant pis, il fait ses besoins là aussi.

Tout à coup, alors qu’il trouve que ses crottes sentent diablement mauvais, il constate :

–          Mince alors ! Cette odeur, je la connais ! Ce n’est pas possible…

Alors qu’il fait non de la tête, il met son museau sur les autres crottes, rondes et plus foncées que les siennes, et dit stupéfait :

–          ça par exemple ! Ce parfum dégelasse est aussi horrible que celui que je viens de sortir.

Il tâte les crottes et constate qu’elles ne sont pas tout à fait froides. Il tourne le dos et regarde ce qui s’offre à lui :

–          Gaëtan !!

Le terrier de celui qui les héberge est pile en face de lui. Furieux, il fait des bonds de géants puis à deux mètres de là, il s’arrête net.

« Mais pourquoi a-t-il fait ça ? » se demande-t-il alors.

Pour une raison qu’il ne sait pas très bien, il décide de continuer doucement, lentement. Il se fait aussi léger qu’une petite souris et marche comme sur des œufs.

 Arrivé dans le terrier, il ne peut que réaliser qu’il s’est fait rouler par son ami. Gaëtan est à présent collé contre Myrtille.

–          Traître ! crie-t-il.

L’effet de surprise est total. Gaëtan se réveille en sursaut et Myrtille aussi. Loïc ne doit même pas dire pourquoi il a crié comme ça, Gaëtan bafouille tout de suite :

–          Excuse-moi, excusez-moi, je ne l’ai pas fait exprès, mais j’aime Myrtille depuis des années. Seulement, je suis trop timide et je ne le lui ai jamais dit. Pardon, pardon mes amis.

 La belle Myrtille en rougit, mais elle lui dit tout de suite :

–          Tu as détruit notre terrier pour qu’on vienne ici et que je dorme près de toi ?

–          Oui, oui, je suis désolé. Prenez mon terrier, je m’en vais. Je ne mérite pas de rester votre ami.

 C’est alors que Myrtille a une idée. Elle ne lui en veut pas trop, car dans sa famille, quelqu’un est aussi secrètement amoureux d’un lapin… et pas de n’importe quel lapin : Gaëtan en personne !

– Écoute, demain, tu viens avec nous pour nous aider à faire un nouveau et spacieux terrier, car je vais bientôt avoir des petits. Et parce que ce que tu as fait est vilain, je te demande de mettre ta timidité de côté et de parler à ma sœur… Je suis sûre que vous allez très bien vous entendre.

Les homonymes, à s’arracher les cheveux

J’ai essayé de jouer avec Rébecca pour son avant dernier jeu qui consistait à écrire un court texte en utilisant que des homonymes… le but du jeu est de comprendre le texte en le lisant à haute voix ! Moi qui ai une mémoire visuelle, j’ai eu beaucoup de mal à travailler sur cela mais voilà le petit résultat :

Mac si mit lit an a dort son peu tic houx zin(c) allait qu’cendre.

–> Maximillian adore son petit cousin Alexandre.

Astuce, mon c est une lettre muette dans mon exercice (ha ha) et ce n’est pas un texte, mais une seule phrase…

Allez, encore une pour le plaisir (c’est que je prendrais presque plaisir à m’arracher les cheveux :-) )

Mètre corps beau haie un noix zoo quille faix parti heu deux la femme mie dé corps vidés.

–> Maître corbeau est un oiseau qui fait partie de la famille des corvidés.

Montrer pattes blanches

Petite histoire pour les enfants à partir de l’expression :
montrer pattes blanches

 

Il était une fois une maison de cygnes. La maison était grande et abritait papa et maman cygne ainsi que trois cygneaux. Un jour, alors que maman cygne était partie chercher à manger, papa cygne s’en alla lui aussi afin d’aller chez sa cousine lui demander des outils. En effet, l’hiver n’allait pas tarder à arriver et la porte d’entrée menaçait de s’envoler dès la première rafale de vent. Aussi papa cygne confia la maisonnée à l’aîné des trois cygneaux.

– Tu ne laisses entrer personne et vous ne sortez pas tant que maman n’est pas revenue. Avez-vous bien compris ?

– Oui papa, soupiraient les petits qui se trouvaient déjà pourtant bien grands.

Et il s’en alla.

Dans la maison, les petits cygnes faisaient les cent pas maladroits. Ils n’aimaient pas rester enfermés et rêvaient de pouvoir nager un peu dans leur étang préféré, situé au centre de la ferme.

Quand le plus petit voulu ouvrir la porte, l’aîné gronda gentiment.

– On ne peut pas sortir, si le renard nous voit, il nous mangera !

– Mais on s’ennuie ici, lui répondit son petit frère.

Alors le troisième, celui du milieu, trouva une idée de jeu :

– Et si on jouait aux expressions. Celui qui en trouve le plus pourra aller le premier dans l’étang quand maman reviendra.

Un cri de joie s’éleva parmi les cygneaux.

Ils jouèrent donc ainsi, une bonne partie de l’après-midi. Ils ne se lassaient pas de trouver et de mimer des expressions. Aussi, quand leur maman arriva et qu’elle trouva la porte fermée à clé, elle frappa à la porte.

Toc toc toc

Aussitôt, tous les cygneaux se turent.

– C’est le renard, chuchote l’aîné.

– Oui, sûrement, on a rigolé trop fort et il nous a entendu, répond tout doucement son cadet.

Et les trois cygneaux se faufilèrent dans différentes pièces et se cachèrent.

– Les enfants, c’est maman, dit maman cygne. Ouvrez-moi, j’apporte le souper.

Comme personne ne répondit à son appel, elle frappa plus fort à la porte.

Boum, boum, boum !

Le plus grands des trois, craignant que la porte ne cède sous les coups, s’approcha de la porte et cria :

– Il faut montrer pattes blanches !

Dès qu’il eu dit ça, les deux autres pouffèrent dans leur coin, trouvant cette expression extraordinaire vu la situation.

La mère n’en croyait pas ses oreilles. Elle montra à la fenêtre ses deux ailes, blanches comme neige.

– J’ai dis les pattes, pas les ailes. Nous savons que c’est toi vilain renard, va-t-en ou maman va te botter le derrière.

– Mais les enfants, c’est moi, maman ! Enfin, vous ne reconnaissez pas ma voix ? demande-t-elle sur un ton un peu dur, trouvant la farce de mauvais goût.

– Maman, elle ne nous rouspète jamais dessus, répondit le plus petit qui était sorti de sa cachette.

– Montre tes pattes blanches, répète encore une fois l’aîné.

Ne sachant plus que répondre, la maman alla chez son frère peintre et lui demanda de lui couvrir ses pattes avec de la peinture blanche.

Revenant bien vite, elle frappa une nouvelle fois à la porte, fit le poirier et montra ses pattes blanches à la fenêtre.

– Si tu étais vraiment notre maman, tu aurais les pattes noires ! dit le troisième cygneau en tirant la langue.

Désespérée et fatiguée, la maman cygne s’installa devant la porte et attendit le retour de son mari.

Ce dernier ne tarda pas et souria quand il comprit ce qu’il se passa. Il se posta devant la porte et dit :

– Les enfants, je me retrouve nez à nez avec votre mère. Elle me fait les yeux doux et espère que je vais la mettre sur la voie afin qu’elle tire son épingle du jeu. Vous savez, elle ne rentre pas bredouille, la pêche a été bonne. Allez ! Ne faites pas la fine bouche et baissez vos armes.

Tout de suite, la porte s’ouvre et l’aîné répond :

– Oh papa ! Tu es trop fort, tu as encore gagné à ce jeu. Redis-nous toutes ces expressions, on les aime trop !

Maman cygne en reste baba, et papa cygne, fier comme un paon, ne se fait pas prier pour jouer le jeu encore une fois.

Bécasse recyclée, cane violée

But du jeu : écrire un fait divers en 3 lignes ou 3 phrases. Moi qui ne suis pas habituée à faire si court… j’ai été inspirée.

 

  • Ce matin, à l’aube, une bécasse a perdu la vie en se fracassant la tête contre la vitre de l’association VOL (Vive les Oiseaux Libres). Son corps a été directement recueilli par le soigneur de l’asbl : « Elle a frappé à la bonne porte, son cadavre va servir au faucon pèlerin en convalescence chez nous. » dit-il en précisant qu’un tel recyclage est rare et qu’il faut en profiter tant que la victime est encore chaude et molle.
  • Une jeune cane colvert a été violée par trois mâles, en plein après-midi, sur l’étang des Canards Heureux à Bruxelles. La victime n’a pas survécu à son agression et elle est morte, noyée sous le poids de son dernier assaillant. Les gardiens du parc se mobilisent pour qu’on leur accorde le droit de renommer l’étang, car cet acte odieux est bien plus fréquent que ce que l’on croit.

Comme les deux parties de mon cerveaux ne s’entendent pas fort pour le moment, elles s’abstiennent de jouer à l’avant dernier jeu de Rébecca qui consiste à écrire un texte sur une sortie mais de deux manières différentes : l’une en  utilisant le côté gauche du cerveau, et l’autre le droit… l’une est le rationnel, l’autre l’imaginaire.

Par contre, à ce dernier jeu, l’une des deux parties a gagné la partie… vous avez deviné laquelle ?  :-)

Moulin à paroles

Avec un peu de retard, je joue avec Rébecca. Le jeu du « sandwich » consiste à écrire un texte entre deux phrases imposées.

La première phrase est tirée de l’album C’est moi le plus fort de Mario Ramos : « Un jour, un loup, qui avait très bien mangé et n’avait plus faim du tout, décide de faire une petite promenade dans les bois. »

La dernière phrase de l’album Mon lapin et moi de Pascale Francotte : « On ne se quittera plus jamais ! »

 

Un jour, un loup qui avait très bien mangé et n’avait plus faim du tout décide de faire une petite promenade dans les bois.

–          Pom, pom, pom, pom. J’ai bien mangé, j’ai bien bu, j’ai le ventre bien tendu… Une bonne promenade, rien de tel pour une digestion tout en douceur. Eh ! Mais que v’là ?

Alors que le loup chantait, son regard s’arrêta sur une petite chose rouge. L’objet en question était une croix rouge.

–          Qu’est-ce que c’est que ce bazar ? se demandait-il en se grattant les poils de sa barbe.

La croix dormait, paisiblement et confortablement installée sur une litière d’aiguilles de pin. Quand le loup s’approcha d’elle, il pouvait même entendre qu’elle ronflait !

–          Une croix qui ronfle ? J’aurai tout vu dans cette histoire… rigolait-il doucement quand même pour ne pas réveiller la croix.

La croix avait un sommeil profond et n’entendit donc rien du rire étouffé du loup moqueur.

Tout à coup, un bien étrange bruit brisa la quiétude des bois. C’était une sorte de glouglou accompagné par une plainte aiguë qui ressemblait à « aïe, ouille ».

–          Oh, non ! gémissait le loup. Voilà que mes crampes au ventre reviennent.

À vouloir être tout le temps trop gourmand, notre ami le loup avait souvent des crampes au ventre. Cela lui arrivait au moins trois fois par semaine. Il le savait pourtant bien qu’il mangeait trop, qu’il avait les yeux plus grands que le ventre. Hélas ! Rien n’y faisait, son appétit était plus fort.

À ce gargouillis douloureux, la croix s’éveilla. Tout de suite, elle reconnut le mal et, très sûre d’elle, s’adressa au loup :

–          Monsieur le loup, vous mangez trop ! Vilain gourmand que vous êtes. Mais, parce que votre chemin vous a conduit jusqu’à moi, je vais aujourd’hui vous aider à ne plus avoir mal.

Le loup qui n’en croyait pas ses oreilles (ni ses yeux), écouta bien la petite croix.

–          Pour éviter de trop vous goinfrer, vous devrez boire, avant chaque repas, les paroles d’un enfant-moulin.

–          Un enfant-moulin ? demanda le loup. Où est-ce que je les trouve ?

–          Ils sont un peu partout. Vous ne risquez pas de ne pas les trouver, ce sont de vrais moulins à parole, ils ne cessent de parler, de bavarder, de babeler, du matin au soir et du soir au matin. Il vous faudra attraper au moins dix phrases avant de pouvoir vous mettre à table pour votre repas.

Le loup qui trouvait cela de plus en plus bizarre nota quand même les consignes de la croix.

–          Normalement, après cette boisson coupe-faim tout à fait extraordinaire, vous aurez un appétit plus réduit. Essayez donc cela pendant une semaine, à raison de trois fois par jour. Si cela ne va pas, revenez me voir, dit la croix en sautillant gaiement.

–          Mais, et comment est-ce que je vais bien pouvoir vous retrouver ? C’est la première fois que je vous vois, demanda-t-il.

–          Ne vous inquiétez pas, si vos gargouillis continuent, ils vous mèneront une nouvelle fois près de moi.

Le loup qui se demandait s’il ne rêvait pas décida de tenter sa chance. Il marcha encore un tout petit peu, plié en deux par les douleurs, quand il entendit une petite voix.

Pour ne pas faire peur à l’enfant, il se cacha derrière un arbre. Les paroles de la fillette s’envolèrent aussi légèrement qu’une plume est portée par le vent. Le loup n’avait plus qu’à lever les bras pour attraper les phrases et ouvrir la bouche pour boire cette potion soi-disant magique.

Là, dès la première gorgée, le loup sentait quelque chose de vraiment bizarre au fond de lui. Non seulement la douleur au ventre disparaissait, mais en plus il n’éprouvait plus cette sensation de faim. Mieux encore, il se sentait léger. Heureux, repus et léger !

–          Formidable ! Cette croix est vraiment une magicienne, dit-il en cachant sa joie pour ne pas effrayer la petite fille qui continuait de parler.

Il fila dans les bois et retrouva sa maison. Là, dans sa cuisine, il prit un énorme bocal et s’en alla aussi vite qu’il était venu. Il se cacha une nouvelle fois derrière le moulin à paroles et attrapa autant de phrases qu’il put, jusqu’à en remplir son bocal en verre.

Il regarda son précieux trésor avec des yeux de merlan frit et dit :

On ne se quittera plus jamais !