Expressions à gogo

Un texte dans lequel je me suis amusée à mettre le plus d’expressions possibles… cela n’a pas vraiment ni queue ni tête, mais j’ai pris plaisir à l’écrire.

Voyage bizarre

Nu comme un ver, Monsieur Lecoq faisait les cent pas devant la bibliothèque, quand tout à coup, un cri dans la nuit lui donna la chair de poule. Aussi muet qu’une carpe, Auvin Lecoq regarda partout autour de lui pour déterminer la source de ce cri horrible. Ses yeux derrière la tête s’ouvrirent également et scrutèrent l’horizon. Mais il ne vit rien. C’est sur ses pattes de velours qu’il avança discrètement jusqu’à l’entrée de la bibliothèque. Celle-ci, aussi aimable qu’une porte de prison, l’attendait au tournant du premier couloir. Monsieur Lecoq l’évita de justesse et s’en alla par le quatrième chemin.  C’est là qu’il vit le rat, propriétaire des lieux. L’animal épiait les moindres faits et gestes des visiteurs nocturnes. Auvin progressa doucement mais sûrement. Petit à petit, ce drôle d’oiseau faisait bien son nid. Il connaissait l’agencement de la bibliothèque sur le bout de ses nombreux doigts. Aucun couloir, aucun recoin n’avait le moindre secret pour lui. Il connaissait les lieux comme sa poche de pantalon qu’il n’avait pas mis aujourd’hui.  Aussi agile qu’un serpent, il rampa sur le sol jusqu’à l’allée des romans. Là, il se fit aussi petit qu’une souris. Il était si silencieux qu’on pouvait entendre une mouche voler. Il patienta que le chat, gardien de ce rayon, soit parti pour se faufiler entre les livres. Mais aussitôt le félin parti, Auvin aperçu une dizaine de souris venir de nulle part ! Celles-ci utilisaient l’allée comme une piste de danse et s’éclataient, bougeaient à qui mieux mieux. Ces drôles de rongeurs lui faisaient penser à la ferme qu’il venait de laisser derrière lui, car les souris caquetaient, gloussaient sans arrêt. Si elles continuaient ainsi, elles allaient finir par lui attirer des ennuis, le chat-gardien reviendrait, sans parler du rat-propriétaire ! Auvin était sûr que ce dernier, si on le dérangeait encore une fois, se mêlerait de ses oignons et fermerait définitivement les portes de la bibliothèque aux étranges visiteurs nocturnes. Or, pour lui, c’est l’endroit qui le fait rêver. Avec les livres, il voyage ! Oui, sans jeux de mots, il part à l’aventure rien qu’en lisant !

 Monsieur Lecoq était fatigué de ses sorties nocturnes. Il portait sous ses yeux de si grosses valises qu’on croyait chaque fois qu’il partait pour longtemps. Mais de ses voyages, il revenait toujours, avec de plus en plus de sous rires aux lèvres. Oui, sur sa bouche, de petites pièces rondes se dessinaient au fil du temps. Des petites pièces qui riaient à chaque fois qu’on ne leur adressait pas la parole.

 Dehors, cinq chats gris veillaient sur la nuit. Auvin, que l’aventure excitait, était déterminé à trouver l’objet rare. Celui qui allait le conduire au septième étage du ciel. Ce livre, unique, qui allait lui en faire voir de toutes les couleurs. Cette histoire qui allait le faire dormir debout sans passer par la frontière des trente-six chandelles. Et pour cela, il était prêt à tout, même à vendre la peau de l’ours qu’il n’avait pas encore tué. Hier, il avait déjà mis à sa main au feu, cela ne l’avait même pas atteint car, sachant que cela le blesserait, il avait joué de lui et avait brûlé sa main de fer, au gant de velours.

Mais tout à coup, alors qu’il se prenait pour une fouine, un dictionnaire tomba de l’étagère et s’écrasa à ses pieds. A un cheveu près, il était raplati, complètement ratatiné, écrasé par des milliers de mots. Avec ses valises, il n’avait pas froid aux yeux.  Il en fallait plus pour le décourager. Prenant son courage dans ses deux mains immenses et poilues, il grimpa comme une araignée le long des armoires. Gardant son sang-froid, cet animal étrange buvait chaque histoire des livres grâce à une paille qu’il enfonçait dans chaque reliure. Ces livres, c’était comme du petit lait, il en buvait, buvait, tant et si bien qu’il finit par en être malade. Il avait tant lu et donc tant bu, que son ventre était aussi rond qu’une citrouille. Malgré la quantité de livres ingurgités, Auvin n’était pas repus. Il cherchait toujours chaussure à son pied ou plutôt le livre qui lui ferait prendre son pied. En parlant de pieds, il ne fit pas attention où il grimpait et il les mit carrément dans un plat. Que faisait ce plat de raviolis en haut de l’étagère des contes et fables ? Nul ne le sait. Toujours est-il que Monsieur Lecoq, ses pattes de velours dégoulinant de sauce tomate, glissa et tomba comme un cheveu dans la soupe de cochon du terrible et grand méchant loup. Naturellement, il cria « au loup ! », mais comme il était muet, rien ne sorti de sa bouche et personne ne l’entendit. Comme s’il avait le feu aux fesses, Auvin couru aussi vite qu’il pu et se réfugia dans l’allée des thrillers. Il n’était pas sûr que cela était une bonne idée, mais comme il avait semé la pagaille derrière lui, il ne réfléchissait pas plus. A court d’idées, ne voyant pas plus loin que le bout de son petit nez crochu, il s’installa dans ce rayon et s’écroula de fatigue. Il dormit en chien de fusil, et sombra dans un sommeil aussi profond que celui d’un bébé qui fait ses nuits.

 Le hasard fait parfois bien les choses. Vidé de ses forces, Auvin dormit tout le reste de la nuit et une grosse partie de la journée suivante, dissimulé dans les livres. Quand il se réveilla, le soir n’était pas loin et il se trouva coincé entre un chien et un loup. Se secouant comme s’il avait des puces, il glissa de l’étagère. Mais agile comme un singe, il retomba sur ses pattes et pris les jambes à son cou devant l’air féroce du loup qui se tenait devant lui.

Murmures de légumes

Pour les Impromptus Littéraires, j’ai participé avec ce petit texte.

Le fermier s’arrête et prête une oreille attentive aux murmures de ses légumes.

La carotte se plaint d’être aussi petite qu’une crotte de lapin.

Le poireau gazouille comme un oiseau fripouille.

Et la pomme de terre, elle, tire la tête d’un air sévère.

Le fermier veut les arracher délicatement pour une potée raffinée, mais là, il hésite à les entendre gémir de la sorte.

–          Si vous continuez ainsi, dit le fermier, comment voulez-vous faire partie des grands goûts sélectionnés ? Que dirait mon aîné en vous dégustant ? Il se métrait peut-être à pépier ou pire, il tirerait une tronche jusque par terre ! Cela serait d’ailleurs bien le comble, pour une patate comme lui. Cela dit, la carotte, tu as tes chances avec ma femme. Elle qui plaint d’être « dérangée », elle serait peut-être doublement constipée avec un légume de ta taille : crotte de carotte.

Que dites-vous ? Et le chou ? Il est aussi fou que vous, il ne sait que sauter sur mes genoux, se parer de ses plus beaux bijoux, et jeter pleins de cailloux à ce pauvre hibou qui se bat avec ses poux.

Ah, les légumes, ils ne sont plus ce qu’ils étaient !

 

On va se griller une seiche

Texte n°3 pour mes cours d’écriture créative. Écrire un texte à partir des mots « cigarette » et « noir ». Voici ce qu’il m’est passé par la tête en pensant à ces deux mots.

–          On va se griller une sèche ! dit Marc d’un ton désinvolte en se dirigeant vers le jardin.

–          On va faire quoi ? demande Ludivine qui n’est pas dans le même courant que ses copains. Son vocabulaire n’est pas mis à jour régulièrement, et cela lui pose parfois des petits soucis de compréhension quand elle échange avec eux.

 Marc ne lui répond pas, pas plus qu’André, Natacha ou Brigitte. Ludivine les regarde s’éloigner et se regrouper au fond du jardin, près du barbecue. Même si le printemps est annoncé depuis dix jours, il fait frais pour la saison. La jeune fille voit de la fumée s’élever parmi le groupe. Elle n’a pas envie de les rejoindre, elle a froid. Dans sa tête, elle tente de comprendre ce qu’ils font. Perdue dans ses pensées, elle ne remarque pas que ses camarades la regardent et lui montrent d’une main une sèche grillée. Ludivine s’imagine une seiche qui cuit sur le barbecue. De nombreux points d’interrogation flottent autour de cette image cocasse… et pendant ce temps-là, la seiche continue à rôtir sur la grille. Et elle cuit, encore et toujours, donnant à sa peau une couleur dorée, puis caramélisée, et enfin carbonisée. Oui, la seiche commence à brunir et à avoir une teinte qui se rapproche davantage du noir charbon que du brun croquant. Un autre nuage se promène dans ses visions, celui-ci a une odeur de mollusque brûlé, et est plus foncé que la fumée qui sort des narines de ses amis.

 –          Eh ! Ludivine, tu rêves ou quoi ? Viens ! lui lance Brigitte, une clope entre deux doigts.

 Ludivine chute de son petit nuage gourmand et répond par un signe distrait. Natacha avance vers elle et l’interroge du regard.

– Ben quoi, j’ai froid, je préfère rester ici plutôt que de m’empoisonner les poumons avec votre drogue dégoûtante. En plus ça pue ! Et puis, elle est où cette seiche que vous deviez griller ? J’ai faim, moi !

Voix off : au CA des oiseaux diurnes

Voici le 1er texte que j’avais écrit pour la petite fabrique, mais dont je n’avais pas bien lu les consignes (dialogue entre 2 personnes, dont l’une d’entre elle devait être moi, et « ma voix en off »). Grâce à l’une des photos et récit de la prise de vue de Benoit Henrion, j’ai imaginé cette mini histoire :-)

Au CA des oiseaux diurnes

À la réunion annuelle du conseil d’administration des oiseaux diurnes, Corneille junior et Buse, deuxième du nom, se retrouvent.

Corneille et Buse sont des ennemis de toujours. Leurs parents, et les parents de leurs parents se chamaillaient déjà sans cesse.

Aujourd’hui, Corneille junior et Buse deuxième du nom, décident d’essayer de respecter la trêve qui les unis en cette tombée du jour. Une fois par an, tous les oiseaux diurnes se retrouvent pour discuter des soucis qu’ils rencontrent, des changements dans leur territoire, des modifications qu’ils doivent apporter à leur comportement en fonction des réactions des humains, etc. Ils connaissent bien le dicton qui dit que l’union fait la force ou qu’il y a toujours plus dans deux têtes que dans une seule. Donc durant ces deux à trois heures que dureront le conseil, tout le monde est en paix, personne ne vole dans les plumes d’un autre.

Ça, c’est la théorie…

Miss Buse est perchée dans un arbre, sur une grosse branche. Elle regarde l’assemblée des oiseaux et trouve ça merveilleux de ne pas se disputer pendant deux heures. Elle remarque des espèces qu’elle n’avait jamais vues, trouve que le voisin a maigri et que les perruches vertes sont plus nombreuses que l’année dernière.

Tout à coup, Monsieur Corneille arrive devant elle et se perche à une envergure de distance. D’abord, ça irrite dame rapace, puis elle pense à la trêve. Elle décide d’être calme.

La buse : Bien le bonjour Corneille junior, comment te portes-tu aujourd’hui ?

La corneille a le regard malicieux, elle s’est posée à proximité de sa rivale exprès, dans le but de la houspiller. Mais l’oiseau noir joue son jeu et lui répond posément.

La corneille : Mais je vais très bien mon amie, et vous-même, quelles bonnes nouvelles apportez-vous avec cette bise légère ?

« Une bise, une bise !!  Je vais te foutre une bise dont tu te souviendras longtemps crois-moi »

La buse : Mon territoire va, on ne peut mieux. Un nouvel opticien est venu installer ses lunettes et cela fait mes affaires, je ne crains plus de mal voir, d’aussi loin que je sois. Et chez toi, quelles nouvelles ?

« Des nouvelles, tu vas en avoir fripouille. Attends un peu que je te vole dans les plumes pour que tu connaisses les dernières lunettes à la mode : double cocards aux reflets bleus ! »

La corneille : Oh ! Chez nous, notre famille s’agrandit ! Il y a eu beaucoup de petits cette année, et tous sont bien portants grâce aux déchets des humains.

« Miam, miam ! C’est bon à savoir ça, plein de petits cornouillons grassouillets à croquer »

La buse : En effet, c’est bien tout ça. Bon, ce n’est pas que je m’ennuie de ta présence, mais j’attends mes amis.
« … pour te faire la fête, car j’en ai marre que tu me colles aux serres »

La corneille : Je te comprends, moi-même, ma belle et grande famille doit s’impatienter.
« Si tu savais ce qu’on prépare pour toi, mon amie… »

D’autres magnifiques, splendides, photos de buse, toujours sur le blog de Benoit Henrion !!

Rencontre au coucher de soleil

Je me suis amusée… je voulais essayer de croiser 2 contraintes : celle des Impromptus (mais je m’y suis prise trop tard) et celle de la Petite Fabrique d’Écriture du mois de février 2013.

Pour les Impromptus Littéraires, il fallait écrire un texte d’après une photo qui représentait un crépuscule et essayer d’inclure autant que possible des mots se rapprochant de ce moment de fin de journée, et pour la Petite Fabrique, il faut écrire un dialogue entre 2 personnes, dont on fait partie, et y inclure une voix off…

Cela donne : rencontre au coucher de soleil

En fin de journée, deux prétendants à l’amour se retrouvent pour la première fois. Ils se sont rencontrés sur Internet, dans un site de rencontres. Lui, Jean-Christophe, a quarante-quatre ans, mais il ne l’a pas mentionné clairement dans son profil, car il a coché la tranche des 35-40 ans.  Ce n’est pas très loin de 40 en fait… Sophie ne le sait pas.

Sophie, la femme qu’il rencontre ce soir, c’est moi. Pas encore vingt ans, mais je me suis un peu vieilli. Tout le monde me dit que je fais plus que mon âge… alors la case des 25-30 ans semblait être faite pour moi.

Nous nous sommes donnés rendez-vous sur un banc public, près de la place Valentin. Nous sommes bientôt à la mi-février, c’est bientôt la fête des amoureux, alors trouver cette place à mi-chemin de notre appartement respectif, c’est un signe ! On croit toujours que la sphère virtuelle est grande, immense, mais si on regarde bien, certains de nos contacts habitent à deux pas de chez nous !

C’est moi qui ai choisi l’heure de rencontre. Je voulais un moment magique, avec un coucher de soleil prévu ce soir à dix-huit heures, cela ne peut être que romantique. Nous voir en fin de journée, cela nous laisse le temps pour nous découvrir, manger au restaurant et rentrer pas trop tard, avant minuit.

 On s’est envoyé une photo, on sait donc à quoi s’attendre. Mais reconnaître une personne d’après une photo, ce n’est pas si évident que ça. Alors, pour être sûrs, on a décidé qu’on mettrait un pin’s de Monsieur Heureux, un bête smiley en fait, sur notre veste.

 Jean-Christophe et moi, on a chatté pendant une semaine et demi, avant ce soir. C’est peu et beaucoup à la fois. Tous les jours, tous les soirs, on parle durant deux à trois heures, sans jamais avoir de blancs entre nous, sans jamais hésiter sur notre conversation.

 Ah ! Le voilà. Le soleil couchant reflète sur son pin’s, je ne peux pas me tromper. Il est en contre-jour en fait, je ne distingue pas vraiment son visage. Il s’approche d’un pas sûr vers moi. Je n’ai pas le temps de comprendre ce qui se passe dans mon ventre, qu’il se tient déjà là, en face de moi :

–          Sophie, c’est toi ?

« Ben oui, qui veux-tu que ce soit d’autre, qui t’attend comme ça, plantée droit comme un i à regarder tous les mecs passer ? »

–          Bonjour Jean-Christophe. Ça fait plaisir de te voir en chair et en os !

« heu, il n’est pas vraiment comme sur la photo, il paraît plus vieux ! Il a le ventre d’une femme enceinte qui doit bientôt accoucher, et…Mon Dieu ! Je distingue quelques cheveux blancs déjà près de ses tempes !! »

–          Tu es ravissante, ce soir. La couleur mauve te va très bien, je trouve qu’elle se marie parfaitement avec la couleur de tes cheveux. Je n’aurais pas cru que tu serais rousse, cela ne se voit pas sur les photos que tu m’as envoyées.

« Moi qui me trouve toujours moche, c’est super gentil ce qu’il vient de me dire. Je dois sûrement rougir ! Mais, je ne suis pas rousse ! »

–          En fait, c’est auburn… ça se voit beaucoup plus à la lumière du jour, surtout avec ce soleil qui rase l’horizon.

–          On ne s’est jamais posé la question, mais tu as quel âge en fait ? Juste vingt-cinq ans, c’est ça ?

« Punaise, s’il sait que je n’ai que dix-neuf ans, il va tout de suite s’enfuir, il va me prendre pour une gamine. »

–          Exact, le mois passé, j’ai soufflé vingt-cinq bougies ! Bien deviné. Et toi ?

« S’il me dit qu’il a trente ans, je ne le crois pas ! »

–          En fait, j’ai bientôt quarante-cinq, mais comme j’ai l’impression que je n’ai pas vieilli ces dix dernières années, j’ai un peu triché en mentionnant ma tranche d’âge !

« Quoi ? Quarante-cinq balais ! Mais il est super vieux, il pourrait être mon père ! »

–          Oh ! Ben, c’est vrai que tu ne les fais pas. Mais ça fait quand même une sacrée différence entre nous, non ?

–          Oui, vingt ans, c’est beaucoup. Mais, cela ne me gêne pas. Et toi ?

« C’est-à-dire que je n’ai jamais connu pareille situation. Je ne m’étais même jamais posé cette question. C’est vrai que mis à part ses cheveux blancs, on ne dirait pas qu’il a presque cinquante ans ! Et puis, moi, je suis encore jeune pour avoir un enfant, les hommes n’ont pas de problème d’âge pour procréer. »

–          Aucunement ! On a tellement de points en commun que cela ne me dérange pas.

–          Très bien. Si on marchait un peu pour nous ouvrir l’appétit ? Après, nous irons dans un bon restaurant.

« Mais que fait-il ? Il me prend déjà la main ? Mais, mais, elle est poilue ! Il a des poils partout ? Ah ! Non, hein, ça je déteste. L’âge, les poils, il va trop vite, ça ne pourra jamais coller entre nous. »

–          Heu, Jean-Christophe, je dois te dire quelque chose.

« Je vais lui dire que je ne suis pas adulte, ça va lui faire peur de sortir avec une mineur. »

–          Dis-moi tout ma chère Sophie.

–          En fait, je… J’ai, je n’ai que dix-sept ans. Je suis désolée, on me dit toujours que je fais plus âgée, et les garçons de mon âge sont vraiment des gamins, alors, tu comprends,  j’espère. Excuse-moi, mais je crois que, cela te poserait des prob…

–          Vingt-cinq ou dix-sept, quelle différence ?  Tu me plais et je crois que c’est réciproque, non ?

« Mais, c’est un malade ! »

– Sophie ! Sophie ! Mais reviens ! Où cours-tu comme ça ?

La languite aiguë pour les Impromptus littéraires

Pour les impromptus littéraires, on doit cette semaine imaginer une nouvelle maladie, la décrire, mentionner ses symptômes, notifiez sa venue, sa contagiosité, son remède, etc.  Je suis partie d’une maladie tout à fait réelle, une véritable épidémie en ce moment, que mon petit garçon a attrapé sans doute à l’école : la grippe.

La languite aiguë

–          Docteur, j’ai mal à la langue !

–          Faites-moi voir ça, ouvrez bien grande la bouche et tirez la langue.

Le spécialiste du nez, de la gorge et des oreilles examine la langue de sa patiente. D’un air sûr, sa petite lampe-loupe encore dans sa main, il lui dit :

–          J’ai bien peur madame, que vous ayez attrapé la languite aiguë.

–          La quoi ?

La patiente, mère de quatre enfants, n’a jamais entendu parler de cette maladie. Elle demande des explications, comment ça s’attrape, si c’est contagieux, si ça se soigne, et si oui, comment et en combien de temps, etc.

–          Cette maladie, pas très méchante, se rencontre surtout chez les mamans, les papas et les grands-parents qui gardent souvent leurs petits-enfants. Les métiers d’institutrice maternelle, de puéricultrice et de conteurs sont aussi régulièrement touchés. Vous devez raconter trop d’histoires à vos enfants. Trop en trop peu de temps. Votre langue est lourde, gonflée, fatiguée ; elle n’en peut plus. Elle souffre d’une inflammation locale. Il faut la reposer quelques temps.

–          Ah bon ! Mais pourtant, cela fait des années que je raconte des histoires à mes enfants, pourquoi ai-je ça maintenant ?

–          Il y a du avoir un changement dans la fréquence, non ?

La patiente se tait, et réfléchit.

–          Un enfant malade peut-être ? suggère le médecin.

–          Oui ! Mon petit dernier a la grippe ! Il est couché toute la journée au lit, il ne veut pas jouer et réclame des histoires du matin au soir, du soir au matin ! Ce week-end, je n’ai fait que ça !

–          Et bien voilà ! Il ne faut pas chercher plus loin.

Soulagée d’avoir trouvé ce qui est à l’origine de sa maladie, elle demande quand même :

–          Est-ce qu’il y a un remède ? Combien de temps cela va-t-il durer ?

–          Je ne peux que vous conseiller du repos, et de boire beaucoup. Un de mes confrères préconise le prêt d’un livre numérique amélioré, vous savez, celui avec lequel même les enfants qui ne savent pas encore lire, peuvent se débrouiller pour écouter et suivre une histoire animée ? Pour ma part, je n’ai jamais essayé, mais je peux vous prescrire une histoire à lire, une fois par jour, le soir après le repas, de préférence juste avant le coucher.

–          Une seule histoire par jour ? Mais comment je vais faire pour satisfaire tout le monde ?

–          Laissez l’aînée prendre la relève de temps en temps… En plus, cela lui fera un bon exercice de lecture, non ?

–          Oui, vous avez sans doute raison.

–          Courage, d’ici une petite semaine, votre langue devrait se délier, et vous pourrez à nouveau raconter plein d’histoires… mais comme toute bonne chose, il ne faut pas en abuser.

Trop, c’est trop, non ? jeu d’écriture

Je rejoue avec plaisir avec les Impromptus littéraires. Cette  fois, le « T » a été retrouvé, sain et sauf. On l’a même vu en compagnie de :
tartelette – catherinette – trottinette – tutti quanti et trompettiste, compagnons qu’il faut bien sûr intégrer dans ce jeu d’écriture :-)

Je me suis lâchée, sans trop réfléchir… qu’en pensez-vous ?

Trop, c’est trop, non ?

Tartelette était une petite midinette rondelette, d’allure assez coquette. Fourrée au riz, la blondinette grandissait gentiment dans la cuisinette. Un jour, un ventre affamé qui circulait en trottinette s’arrêta devant sa maisonnette. Les yeux, qui étaient plus grands que le ventre gourmand, lisaient ceci sur la porte en bois blanc :

« Tire la chevillette et la bobinette cherra ». Les tubercules qui sortaient du ventre tirèrent donc la chevillette et en effet la bobinette tomba, permettant au ventre affamé d’entrer dans la demeure de Sa Majesté la Tartelette. La catherinette au ventre rebondi referma la porte derrière elle. Elle toisa de suite la tartelette qui à ses yeux ne valait guère mieux qu’une triste galette trop cuite.

Tartelette était pétrifiée, elle semblait d’un coup, s’être ratatinée. D’une voix tremblotante, elle dit :

–          Oh ! Terrible appétit ! Que vous avez de grands yeux !

–          C’est pour mieux te voir mon enfant, lui répondit la catherinette qui avait garé sa trottinette près de la moulinette.

–          Que vous avez une longue langue de serpent, bégaya la midinette qui pleurait des larmes de riz !

–          C’est pour mieux savourer tous les goûts, mon enfant.

–          Mais, mais, que vous avez un très gros ventre tendu…

–          C’est parce que j’aime manger de tout, surtout du gâteau, de la pâtisserie et tutti quanti.

–          Et… vos dents ! Elles sont titanesques, gargantuesques !

–          Ah ! Ah ! Ah ! Stupide tartelette, c’est bien sûr pour mieux te croquer, te découper, t’écraser, te déchirer bien sûr !

Tartelette qui croyait sa dernière seconde venue, transpirait de gouttes de tristesse.

Tout à coup, un preux chevalier au nez en trompette arriva sur sa jument grisounette. Par un trot gracieux, l’animal recula pour s’intercaler dans la porte d’entrée. Puis, il se cabra, se tourna et posa enfin ton arrière-train sur les pieds boudinés de la catherinette. Celle-ci surprise se tu, d’abord. Puis retira ses pieds, vexée. Ensuite elle postillonna :

–          Tttt, toooo, toiiii, tu t’es foutu de moi, t’es tordu, t’es mort, j’vais trucider ! En plus, t’es moche avec ton nez en trompette.

Le chevalier que rien n’arrêtait, souri puis dit délicatement :

–          Sachez vilaine catherinette qu’aucune mode n’arrête, que je suis fier de mon nez en trompette. Car je suis trompettiste, oui, mon nez est un instrument à lui seul.

Pour sauver la pauvre petite tartelette, le chevalier fit très vite une démonstration de son nez. Si physiquement son appendice nasal ressemblait à une trompette, le son qui sortait de ses trous faisait davantage penser à une flûte. Une flûte enchantée. À cette mélodie produite, des centaines, des milliers de rats apparurent comme par magie ! Et tous ces petits rongeurs s’invitèrent sur le tailleur très chic de la catherinette. Il paraît que la dernière mode en ce moment, ce sont les vêtements déchirés, troués, on dit que c’est «trop trash », le chevalier ne comprend rien, la tartelette ne pige rien non plus, mais on s’en fout, la catherinette n’est plus, elle s’est tirée, comme une trouillarde, avec tous ces rats au train !