Maître Corbeau (1)

Première partie d’un texte un peu plus long :-) Contrainte du départ : le corbeau… Je suis curieuse de savoir quelle suite vous imagineriez pour ce début d’histoire… à vos claviers et à vos commenaires !

Maître Corbeau sur un arbre perché

Tenait en son bec un fromage.

bla bla bla

Le Corbeau en a marre de toujours jouer la même scène ! Il a beau entendre, le dire, le penser très fort qu’on ne l’y reprendrait plus, à chaque fois qu’un lecteur lit cette fable, à voix haute, à voix basse, en y mettant la forme ou non, il se fait avoir. A chaque fois, il laisse tomber son bon, son délicieux fromage. A chaque fois, c’est le rusé renard qui gagne. A chaque fois ! Et lui, il en a plus que marre de se faire avoir. Alors, pour une fois, le Corbeau sort de ses plumes. Voilà des lustres et des lustres qu’il pense à le faire, mais son personnage lui collant tellement à la peau, l’acteur qu’il est finissait toujours pas abandonner, par écouter la suite, espérant encore et toujours un retournement de situation. Plus aujourd’hui. Mu par un sixième sens indéfinissable, peut-être par le son différent que produisait les mots dans la bouche de cet enfant, Corbeau écarta les mots avec le bout de ses ailes, déchira le papier du livre déjà tout abîmé et sorti du recueil de fables de feu Monsieur La Fontaine.

– Dis donc mon jeune ami, tu ne voudrais pas pour une fois que je garde ce bon fromage dans mon bec ?

Voilà exactement la phrase qu’il aurait dit, s’il avait pu. Au lieu de quoi, après qu’il se soit ébroué pour remettre ses plumes dans le bon ordre, il croassa gauchement.

-CROAK !

Surpris par ce cri grave, rauque et … incompréhensible même pour lui, il recula, trébucha sur le bord du livre et chuta à terre. L’atterrissage fut rapide et rude. Secouant la tête pour reprendre ses esprits, il se contorsionna de façon à diriger un œil vers le petit garçon qui était là, toujours assis sur le bord de son lit, et qui n’avait pas bougé malgré l’incongruité de la scène. Corbeau avança prudemment, une patte devant l’autre, le regard toujours rivé sur le visage de l’enfant. Une larme. Une larme glissait silencieusement sur la joue du petit garçon. Puis une seconde, sur l’autre joue. Une ligne humide se forma rapidement, rigole utilisée par les gouttes salées pour se rouler jusqu’au menton, puis tomber sur le livre, déchiré, mais encore ouvert. Il lisait, il pleurait.

Corbeau s’arrêta, ne sachant comment se comporter. Ignorant la raison pour laquelle le petit garçon était dans un tel état, il décida de faire profil bas et de se cacher pour observer. Il avait imaginé mille scénarios pour ce jour spécial où il déciderait de transformer sa vie, sa fable, son histoire. Aucun d’eux pourtant ne se rapprochait de ce dont il était témoin à l’instant.

Il avait dressé une liste de « ses » lecteurs : des enfants, des petits, des plus grands, des adultes, des jeunes ou moins jeunes, des filles, des garçons, des « gentils », ou des « je-hais-la-lecture-mais-je-suis-obligé ». A côté de chaque possibilité, un autre mot était relié par une ligne de couleur. Un mot pour désigner l’endroit de lecture : bibliothèque, chambre, classe, parc, métro, salon, café, librairie… Il avait même prié le Dieu des Corvidés pour que le lecteur ne soit pas un geek ou autre tordu de lecture numérique car là, il était coincé, il lui était en effet impossible de briser de son bec la surface rigide d’une liseuse électronique. Le papier, ça se déchire, le verre, ça se casse. Et lui, Corbeau de La Fontaine, est incapable de casser du verre, même avec son bec puissant.

Corbeau avait donc cru pouvoir s’adapter à n’importe quelle situation. Il pensait avoir tout prévu…

(Suite, partie 2)

Un bar bizarre

Pour la 52ème proposition chez Tisser les Mots, voici mon petit texte, sur le chemin des homonymes… petit clin d’oeil à mes enfants.

Un bar bizarre

Dans un bar pas comme les autres, 3 personnes se querellent :

– Le ciel est trop haut ! clame la serveuse qui ne sait pas voler.

– Mais non, c’est la terre qui est trop basse, lui rétorque le pianiste trop grand qui à force de pianoter sur ses touches a un problème de dos et ne sait plus s’abaisser pour faire ses lacets.

– Vous dites n’importe quoi, s’emporte le barman. Pour moi, rien n’est trop haut, rien n’est trop bas, car le bar est juste à la bonne hauteur !

C’est le petit matin, l’établissement n’a pas encore ouvert ses portes, mais tous les employés sont présents car nous sommes jeudi et tous les jeudis, il y a une petite réunion du personnel avant l’ouverture.

La réunion a mal débuté. A l’ordre du jour, le premier point est consacré à une petite évaluation commune pour chacun des trois employés ; même si le barman est le patron, il fait partie intégrante des employés. Et pour la serveuse, qui a été élevée dans une famille de pingouins, voler de ses propres ailes est tout simplement inconcevable.

-Mes ailes ne sont pas faites pour voler mais pour nager dans l’océan à la recherche de délicieux poissons, rétorque-t-elle en détournant le regard du bar.

Elle n’a pas compris la remarque du barman, son chef, qui lui demandait plus d’initiatives, plus d’autonomie.

Le pianiste n’est pas en reste d’ailleurs.

– Je dois être plus terre à terre ? Mais comment veux-tu que je fasse cela, tout ce qui touche le sol, c’est cette queue qui, cela dit en passant, ne verra plus jamais la couleur d’un soulier car il m’est désormais impossible de m’abaisser, répond-il à son boss qui place la barre trop haut.

Le barman justement lève les yeux au ciel. La réponse de son employé préféré lui arrache un soupir. Il est évident que cette orque est incapable de retomber sur terre vu sa nageoire caudale tordue. D’ailleurs, il se demande où il pouvait bien trouver chaussure à son pied étant donné que chaque partie de sa queue doit bien faire une pointure 85, au moins !

Le patron, bien que respectueux des talents de ses employés, est occupé à se demander si son pianiste sait qu’il ne joue pas sur un piano mais sur une orque, enfin une orgue ! Le barman n’est pas de taille à affronter son musicien, il a trop peur de la réaction de se dernier, car il paraît que le bar est un met fort apprécié chez ces baleines…

Pour couper court sur ce sujet visiblement délicat (ou comment se barrer en douce tout en restant présent afin d’éviter sa propre évaluation) le barman propose de passer au second point qui consiste à créer un nouveau cocktail pour fidéliser sa clientèle du matin.

– Bon, passons l’éponge et revenons à nos moutons, dit-il pour clore le premier point de cette réunion.

Le pingouin et l’orque se regardent : où sont les moutons ? Et que viennent-ils faire ici dans un bar, au littoral ? L’éponge, passe encore, mais les moutons ?

Ils sont encore à se questionner et à regarder de tous côtés quand le bar écrit une nouvelle recette :

Pour une Vague Cru-c’t-assez

– 300 gr de crevettes décortiquées

– 150 ml du rouge d’écrevisse

– 1 pincée de crabe

– 2 pamplemousses

– 1 citron vert

– du fenouil

– du sel, du poivre et de l’huile d’huître

A la lecture des ingrédients, c’est le pianiste qui salive le plus. La serveuse, elle, espère seulement qu’en apportant ce nouveau cocktail, elle n’en pincera pas pour d’autres clients…

La soupe d’orties de ma fille

Toujours dans le cadre du concours de Plumes et Talents, mes textes, pour la première fois, ma fille, 10 ans, a inventé une histoire à partir des mots imposés. Et elle a été classée 7ème sur 15, elle est arrivée à un très bon niveau pour sa première participation :-)

Le petit poussin et sa soupe d’orties

Il était une fois un petit poussin qui portait un pantalon, sur lequel on pouvait voir le dessin d’une église.

Il adorait le bonbon au caramel de son arrière-arrière-grand-mère qui avait 282 ans, mais il ne mangeait pas car il le gardait dans la poche de son pantalon en souvenir d’elle car il ne la voyait pas beaucoup. 

Un jour, il alla chercher son tracteur pour aller à la plage arracher les orties. Comme il faisait noir, le petit poussin prit sa lampe torche et fit de grands gestes avec pour éclairer les végétaux qu’il devait arracher. Il arracha ainsi les orties une par une. De retour chez lui, il les mit dans sa casserole pour en faire une soupe d’orties.

Il prit la recette de son arrière-arrière-grand-mère et lu

Ingrédients :

4 bouillons de cloportes

1 kg d’orties

2 oignions

2 poignées de pistaches

1 creux de patte de sel

1 soupçon de poivre

2 poivrons verts piquants

6 carottes

1 patate

2 litres d’eau

25 cl de grenadine

Une marmite de sorcière pour une cuisson automatique

Il fit 6 fois le tour de sa cuisine pour trouver les ingrédients. Malheureusement, il ne trouva pas de poivrons, alors il mit le bonbon au caramel pour remplacer cet ingrédient manquant. Il se rendit compte alors que sa soupe devenait orange flash, et qu’elle avait un délicieux goût sucré !

Fier de sa découverte, il alla trouver son voisin l’âne pour lui demander de le conduire chez son arrière-arrière-grand-mère qui habitait à des kilomètres de chez lui. Le poussin voulait vraiment lui faire goûter sa nouvelle soupe.

Après plusieurs heures de longue marche, ils arrivèrent enfin chez la vieille cane. Celle-ci était tellement heureuse de la visite surprise de son petit poussin, qu’ils firent une fête pour cette soupe qui dura jusqu’à minuit !

Pierre l’aventurine

Il y a bien longtemps, une ancienne collègue m’avait fait découvrir la lithothérapie où le pouvoir de se soigner grâce aux propriétés particulières des pierres. C’était fascinant ! J’ai envie de m’y remettre à cette étude de pierre, trop intéressant ha ha

Avec cette proposition 19 de Tisser les mots, je me suis un peu remise dans la peau d’une pierre, enfin, comment vous expliquer ? Difficile à dire… donc lisez  ha ha :-)   Et si d’aventure, une illustration vous tente, n’hésitez pas à me l’envoyer pour que je la mette en dessous de mon texte, ça me ferait plaisir, car je suis assez mauvaise pour dessiner.

Pierre, l’aventurine

On l’appelait Pierre, pourtant c’était une femme. Telle une étoile filante, à chacun de ses passages, elle apportait chance et espoir.

Mais un jour, après une semaine de pluie, et de soleil dissimulé, elle devint terne, elle perdit tout son éclat, toutes ses belles couleurs vertes. Alors, Pierre se dissimula, elle se cacha, elle n’osa plus se montrer. Elle ne répondit plus aux invitations des habitants de ce petit village. Elle disparut. Tout le monde la cru morte. Alors, tous les villageois sombrèrent dans une étrange dépression. Les plus jeunes devinrent à cran, survoltés, déchaînés, les plus âgés, à fleur de peau, s’enfoncèrent dans la tristesse. Quant aux artistes, les plus joyeux, les plus divertissants, ils dépérissèrent aussi vite qu’une fleur surprise par le premier gel de l’hiver.

La vie pourtant continua son petit bonhomme de chemin. Malgré tout, contre tout. La saison des pluie n’en finissait plus. Puis vint un terrible orage où un éclair creva le ciel et percuta une flaque de pluie. C’est à ce moment précis que le monstre naquit. Quand les gouttelettes retombèrent à terre, on pouvait voir une forme émerger de la flaque, une forme vert très foncé, un genre de corps tranchant comme un lame de rasoir, une bouche déformée et des yeux zébrés. Dépourvu de membres, la chose renversa tout sur son passage, aspirant toutes les ondes, engloutissant toutes les courants électriques, goba toute la pollution, et souffla toues les idées noires. Après cette tornade verte indéfinissable, le village devint étrangement silencieux, et toutes les habitants, horrifiés par l’aspect du monstre, semblaient néanmoins apaisés !

Quelques étincelles plus tard, la pluie s’arrêta enfin, laissant place à un large soleil lumineux. Le monstre s’ébroua comme un chien, la couleur de sa peau devint plus claire, plus nette. Puis, comme un lézard profitant des rayons solaires, il ne bougea plus. Le monstre devint statue. Petit à petit, au fur et à mesure que l’astre chauffait son corps, le monstre changea d’aspect. Pas de beaucoup, mais assez pour que les villageois reconnurent Pierre, en plus belle, plus énergique, plus lisse, plus douce. Les nuages l’avaient fait disparaître, l’éclair l’avait fait renaître et le soleil l’avait amélioré !

Premiers pas

Un petit texte, basé sur des faits réels, pour la proposition 50 de Tisser les Mots :-)

Vicky

Elle a 11 ans. Moi, j’en ai 10. Elle est belle, grande et très affectueuse, comme moi me dit maman. Elle a plein d’amour à donner. Et même si on ne parle pas la même langue, on finit toujours pas se comprendre, elle et moi. Elle s’appelle Vicky, elle a une robe tricolore, même si de loin, ou aperçue furtivement, on ne distingue pas bien la 3ème couleur. Elle et moi on a plein de points en commun malgré le fait que nous appartenons à des espèces différentes. Je suis aussi rousse qu’elle, mais, contrairement à elle, dans ma chevelure, je n’ai pas d’autre couleur. Elle, c’est un chat, un magnifique chat, croisé Main Coon, enfin, c’est ce que pense maman. C’est vrai qu’elle ressemble beaucoup à cette race, en moins grande, en moins lourde, mais avec d’aussi longs poils. Moi, je suis une fille, un humain, avec aussi de longs cheveux. J’adore mon chat, et mon chat m’adore.

Un jour, de retour du vétérinaire pour un détartrage plus que nécessaire, maman ramène Vicky à la maison. Elle est encore sous l’effet de l’anesthésie et il faut être près d’elle le temps qu’elle se réveille complètement. On vient de déménager et il y a des escaliers partout, mais ça, mon petit chat n’en a rien à faire. Malgré son état endormi, elle veut aller partout. Je ne comprends pas tout de suite ce qu’elle veut, elle n’a presque pas de force mais, insouciante, elle fait tout pour se lever et marcher. Elle fait ses premiers pas chancelants et tombe sur le flanc. Elle marche en se mêlant les pattes et finit toujours pas chuter. Je l’accompagne comme son ombre. Je mets mes mains autour d’elle pour amortir ses chutes, pour qu’elle ne se fasse pas mal. Après l’avoir mise dans son bac à litière où je pensais qu’elle y resterait, je la regarde avec des yeux interrogateurs. Que veut-elle ? Où veut-elle aller ? Je la prends dans mes bras et remonte les escaliers en direction de ma chambre, là où elle n’est pas encore allée. Je la dépose à terre, dans le couloir et elle se dirige directement dans la pièce. Ses pas sont toujours hésitants, tremblants, maladroits. Elle longe le mur, elle l’utilise comme une béquille solide. Puis, arrivée à la porte d’entrée, elle me regarde en relevant la tête, émet un petit miaulement, tout faible, puis dirige son regard vers mon lit. Je comprends tout de suite ce qu’elle veut ! Elle veut aller dans mon lit.
Tous les matins de la semaine, pour aller à l’école, papa ou maman ouvre la porte de ma chambre et Vicky arrive en trombe. Avec des pas d’entrechat, elle saute sur mon lit pour me réveiller avec des ronrons et des légers coups de tête contre mon bras ou ma tête. Je pense donc qu’elle veut à son tour être réveillée, mais dans mon lit, et par moi.
Sur le lit, elle regarde la couverture toute douce en polaire. Elle adore cette texture, toute douce, comme moi. Je la couvre donc en laissant juste son petit museau dépasser car elle n’aime pas être couverte complètement. Aussitôt, elle ferme les yeux et s’endort. Sa sieste durera une heure. L’heure  pendant laquelle je suis tout contre elle, occupée à faire une réussite avec mon jeu de cartes préféré, attendant qu’elle émerge complètement du monde des rêves. Et le réveil est complet, avec un regard alerte, des gestes sûrs et une voix claire.
Elle sort doucement de sa couverture, s’étire comme seuls les chats peuvent le faire, saute lestement de mon lit et marche à présent d’un pas certain, comme si de rien n’était.

2015-09-20 09.18.00

La sterne de l’île de Pâques

Sur la proposition 29 de Tisser les mots, voici mon texte du 9 novembre. Thème : lîle de Pâques bien sûr, avec des mots imposés, en gras dans mon histoire.

La sterne de l’île de Pâques

L’île de Pâques… Bien que cela a fait partie, un jour, de mes destinations de vacances, comme toutes mes idées d’évasion, les voyages ne sont que des rêves inaccessibles pour moi. Sauf que dernièrement, à mon boulot, j’ai reçu un bon Bongo pour mon anniversaire. Pourquoi et comment mes collègues ont-ils décidés que l’île de Pâques serait une bonne idée ? Mystère…

Mais trêve de bavardage, statues immenses et mystérieuses, me voici !

Arriver sur l’île n’est pas évident, le voyage en catamaran m’a retourné l’estomac. Solitaire dans l’âme, c’est seule que je décide de parcourir cette île, ou du moins une partie de l’île. Dès le départ, les statues immenses, d’au moins 10 mètres de haut, sont visibles. J’irai les voir, les examiner, les détailler sur le chemin du retour. Pour le moment, je préfère me perdre, et découvrir par moi-même cette terre qui semble bien accueillante.

Après une petite heure de marche, et après m’être étonnée de voir autant de statues, des plus petites, des inachevées, un peu partout, je me perds vraiment au détour d’un chemin plutôt sinueux et en pente. J’ai beau revenir sur mes pas, je ne reconnais pas la piste qui m’a amenée jusqu’ici ! Je décide alors de poursuivre sur le chemin, toujours en pente légère. Après deux virages serrés, j’arrive sur une sorte de place. Des statues en forme de visage aux lèvres de lune sont disposées en cercle. Elles sont grandes comme de petites maisons, leur bouche fait office d’entrée et les yeux, plus ou moins rectangulaires, de fenêtres. Il n’y a aucune décoration ou quoi que ce soit de civilisé prouvant que ces étranges maisons sont habitées. Il y en a neuf, toutes parfaitement identiques et placées à égale distance les unes des autres. Ce rassemblement de maisons m’intrigue. Je n’ai lu nulle part une telle chose et ma curiosité est telle que mes pieds m’amènent tout près de ce cercle de pierres. Comme si le cercle était une frontière ensorcelée, j’hésite à passer entre deux statues, me demandant s’il y a une maison hôte, une maison différente des autres par laquelle il faudrait entrer pour éviter un piège quelconque. Il n’y a qu’un mètre entre chaque visage, je passe aisément entre les maisons avec des frissons dans le dos. Même si je doute qu’elles soient habitées, j’appelle quand même à voix haute :

– Ohé ! Ohé ! Puis-je entrer ?

Bien évidemment, personne ne me répond.

A l’intérieur, il n’y a strictement rien, c’est le néant, le vide absolu. Je sors de la statue pour rentrer dans sa voisine de gauche. Idem. Elles sont toutes les neuf identiques tant à l’extérieur, qu’à l’intérieur. Cela me paraît de plus en plus étrange. Je ressens même un certain malaise sans pouvoir l’expliquer. En déambulant sans but précis, je me retrouve au centre exact de la place, quand tout à coup, un oiseau sombre piaille au-dessus de ma tête et laisse tomber une fien… Non ! AIE ! Ce n’est pas une fiente que je reçois en pleine tronche, mais une pierre ! Je me frotte le crâne où je sens déjà poindre le début d’une bosse. Je maudis cet oiseau alors que d’habitude j’adore ces bestioles. La tête penchée en direction du sol, je regarde quand même ce qu’il m’a balancé sur la figure. Et je n’en reviens pas, la pierre n’est pas un stupide caillou comme je le pensais, non, c’est une mini statuette aussi haute que mon petit doigt ! Aussitôt, je lève les yeux pour essayer de retrouver l’oiseau. Me remémorant mes cours d’ornithologie, je projette dans mon cerveau l’image furtive de sa silhouette : de forme allongée, il avait la taille d’une grande hirondelle, un bec plutôt long et qui m’a paru rouge avec une couleur générale sombre. Avec tout ce descriptif, je ne suis pas plus avancée quant à l’identification de ce volatile maladroit (ou précis?)

Pour éviter d’avoir une seconde bosse, je retourne dans une des « maisons », avec la mini statuette dans une main. L’intérieur est déstabilisant. Vue de l’extérieur, chacune des statues a, comme je l’ai cité plus haut, une « entrée » et deux « fenêtres ». Eh bien, à l’intérieur, ce n’est pas ça ! L’entrée est la même, mais les fenêtres sont situées, à première vue, sur le même plan que l’entrée. Or, il se fait que quand je veux voir au travers des yeux, donc des fenêtres, je me retrouve à tourner en boucle, à monter et descendre légèrement un tournant qui n’en finit pas. Cela me fait indubitablement penser à l’escalier de Penrose, vous savez cet escalier avec quatre angles droits qui fait que le « serpent se mange la queue » et que par quelque endroit on monte ou on descend cet escalier, on revient toujours au point de départ ? C’est tout à fait ce qu’il m’arrive ici ! Je ne parviens pas à atteindre les fenêtres, le chemin qui m’y conduit ne s’arrête pas là et me fait revenir inexorablement à mon point de départ, c’est à dire l’entrée ! C’est à en perdre mon latin !

J’arrête de me faire tourner en bourrique après quatre passages infructueux. C’est à ce moment là précisément que l’oiseau de malheur réapparaît… sur le rebord d’une fenêtre ! Et pas n’importe quelle fenêtre, celle qui fait partie de la maison où je suis en ce moment même ! Je l’observe attentivement, je ne veux pas le faire fuir trop vite. Vu de plus près, sans qu’il ne bouge trop, je reconnais dans sa silhouette la forme d’une sterne. Je ne peux pas l’identifier plus précisément, je n’ai pas assez de connaissances sur cette famille d’oiseau, mais je trouve celui-ci assez élégant. C’est quand je détaille ses pattes que je me demande comme il a fait pour porter la statuette avec ses doigts palmés ? Sans parler, cela ne servirait à rien, nous n’avons pas le même langage, je lui montre la statuette, lève la paume de mon autre main vers le ciel et hausse les épaules comme pour dire « c’est toi qui m’a lâché ça sur ma tête ? Pourquoi ? »

C’est ahurissant ! Comme s’il me comprenait, l’animal penche la tête sur le côté, ouvre son bec pour laisser échapper un petit cri et s’envole pour venir atterrir tout près de moi ! Il marche un peu comme un canard jusqu’à une petite pierre de forme quelconque, qui s’est détachée de la maison, au niveau intérieur du bas de la bouche. D’une patte, il fait rouler cette pierre de façon à ce qu’elle soit plus stable, la coinçant près de ce qui aurait pu être son nombril, puis, à la manière d’un pic, il martèle la pierre de son bec ! A une vitesse phénoménale, que mes yeux ont peine à suivre, il façonne le caillou, faisant gicler des éclats un peu partout autour de lui et voler la poussière. Mes paupières doivent battre plus que de raison afin d’éviter de recevoir des crasses dans les yeux. Et, un peu à la manière d’un Flick Book, quand je cligne des yeux, une minuscule statue naît du bec de cet oiseau !
Et comme si tout ceci n’était déjà pas assez étrange, voilà qu’il me raconte en détails sa légende :

Autrefois, les indigènes qui habitaient sur cette île, avaient une tradition. Celle-ci consistait à nager jusqu’à notre île, puis à grimper notre falaise et voler le premier œuf du printemps pour le rapporter, intact, au village. Celui qui réussissait cet exploit devenait le chef durant les quatre saisons suivantes. Cette tradition a perduré des années durant. Jusqu’au jour où notre chef a eu une idée. Nous savions tous que nos œufs étaient spéciaux, mais pas qu’ils étaient magiques pour ces indigènes. Quand notre chef a découvert que nos œufs rendaient la pierre de volcan plus souple et plus solide, il a su qu’il fallait intervenir avant que toute notre population ne soit décimée. Toutes les sternes en âge de reproduction ont donc été formées au travail de la pierre par le bec. Les résultats ont été au-delà de nos espérances. Ce que nous parvenions à faire était tout simplement magnifique ! Le simple fait que nous travaillions la pierre après une toilette complète nous a permis de sculpter facilement ces statuettes, rendant la pierre plus souple qu’elle ne l’est en réalité.

L’année suivante, peu de temps avant la ponte, nous fabriquions des statuettes que nous portions, à la nuit tombée, à la porte du village. Les indigènes découvrant cela à leur réveil pensèrent que c’était là, un cadeau de Make Make, leur dieu. Certains les plantèrent dans le sol, laissant juste la tête ou le buste dépasser, d’autres les posèrent tout simplement sur la plus haute montagne pour qu’elles soient visibles par tous. Au fil des ans, grâce au sorcier du village, nos statuettes ont grandit, grandit, grandit… Jusqu’à atteindre une hauteur incroyable. Ces statues solides ne s’effritaient pas, du coup, les indigènes ne volaient plus nos œufs, remerciant le dieu Make Make de son don, lui promettant d’honorer ces statues, d’en prendre soin jusqu’à ce que la mort les sépare.
Hélas, un jour les hommes se sont disputés, ils voulaient des statues encore plus grandes, différentes. Ils se sont remis à nager, ils ont à nouveau grimpé notre falaise et nous ont à nouveau volé nos œufs…

Alors, nous sommes partis pour un autre ailleurs…

A ces derniers mots, la sterne s’envola ! J’aurais voulu lui poser encore mille questions, mais quand brusquement, un voile s’abattit sur moi. Tel un brouillard, je ne discernais rien que du blanc tout autour de moi. Tout était flou. A tâtons, je cherchai la sortie, la bouche, l’entrée… mais je me heurtai à des murs de pierre, partout… Partout, je me cognais et ça faisait « Bong…o !».

 

Nougatel le beluga

07 novembre

10 mots imposés trouvés au hasard dans le dictionnaire par la main innocente de mon fils (et un mot de sa sœur :-) ) ce jeu s’appelle : logorallye

béluga – fantaisie – carboniser – mental – pleurnicher – datte – Géorgie – cordial – dérailler – mauvais

Nougatel, le super béluga

Nougatel, un beau béluga de 1200 kilos, blanc comme un iceberg, gentil comme un dauphin, était occupé à chasser des poissons quand tout à coup, il entendit pleurnicher. C’étaient des pleurs d’un congénère, des sanglots mêlés à de petits sifflements aigus d’un canari, et mélodieux, oui, on peut le dire, malgré un tremblement de voix. Il changea de cap, abandonna son dîner et chercha le malheureux.

Dans cette baie d’Hudson, au Canada, il ne peut pas sentir les larmes salées mais son système de géolocalisation est exceptionnel, il a un sonar des plus performants de tous les cétacés. Âgé de tout juste 8 ans, Nougatel a cette couleur immaculée depuis peu de temps, depuis qu’il est adulte, et il en est très fier. Plus jeune, il aimait nager à grande profondeur. Il faisait des courses et des concours avec les autres adolescents de son groupe. Il avait un mental d’acier, n’était pas un mauvais perdant, mais avait un régime alimentaire des plus fantaisistes. A chaque fois qu’il gagnait, c’est à dire assez souvent, il réclamait qu’on lui apporte du poisson farci aux dattes et aux amandes comme récompense ! La farce étant obtenue quand un poisson mangeait des amandes et des dattes… autrement dit, ce n’était pas habituel, ni très courant, mais tout le monde cherchait avec amusement de tels poissons, rien que pour le plaisir d’honorer l’amitié qui les liaient à Nougatel.

Ce dernier, plongé dans ses pensées, nageait presque automatiquement en direction des sanglots, quand il tomba melon à melon (ou nez à nez si vous préférez) sur le petit béluga triste. Celui-ci est en effet petit, âgé à peine d’un an au vu de sa couleur, encore tout gris-bleu du bout du rostre au bout de la queue.

– Et alors petit, pourquoi toutes ces larmes ? demande Nougatel de sa voix la plus cordiale et douce.

– Maman m’a dit que si je n’étais pas gentil, elle m’enverrait en Géorgie, répond le bleuvet entre deux gémissements.

Nougatel ne savait que répondre. Lui aussi avait peur de cet endroit où l’on capture les mammifères de son espèce et bien d’autres pour leur priver de leur liberté.

Pour ne pas carboniser sa réputation de mâle fort, résistant et qui n’a peur de rien, Nougatel lui répondit :

– Je vais te raconter la légende qui m’a permis d’être ce que je suis aujourd’hui : un super béluga qui n’a pas froid aux yeux, même quand un orque m’attaque.

Le petit, qui connaissait Nougatel pour l’avoir vu de ses propres yeux faire dérailler un train entier de harengs, l’écoutait attentivement, avec des étincelles plein les oreilles.

– Il était une fois un groupe de bélugas qui s’était fait encercler par trois bateaux. Aucun d’eux n’avait compris ce qu’il se passait car les hommes ne brandissaient aucune arme pour les tuer. Distrait par le bruit des moteurs, nos amis n’avaient pas entendu que des filets avaient été déployés. Heureusement, l’un d’entre eux avait vu ce qu’il se passait et même s’il n’avait encore connu aucune expérience similaire, son instinct lui disait qu’il fallait fuir cet endroit. Alors, il a commencé à chanter, et les autres l’ont imité. Les oreilles bourdonnantes de ces mélodies, ne sachant plus où donner de la tête, les hommes, déstabilisés, ont perdu le Nord et se sont rentrés dedans, brisant leurs bateaux.

– Wouah ! s’exclama le petit béluga.

– Tout ça pour te dire que l’union fait la force, et que tu dois te fier à ton instinct, petit. Je pense que tu es toujours gentil, non ?

– Heu, oui, je crois, enfin, c’est que…

– Ne cherche pas une raison d’avoir peur de la Géorgie. Il n’y a aucun risque que tu sois envoyé là-bas, tu n’es pas méchant, et si tu écoutes bien ta maman, si tu ne t’éloignes pas de notre groupe, tu ne risques rien.

Les deux cétacés, réconfortés par l’histoire, s’en vont retrouver leur groupe, leur famille, et leurs amis. Sur le chemin, Nougatel qui ne peut plus s’arrêter de parler, explique à l’enfant les règles du jeu du prochain concours de la nage en grande profondeur.

Les infos sur cet animal fascinant sont vraies, sauf pour le repas préféré de Nougatel, bien sûr, cela n’existe pas le poisson farci aux dattes et aux amandes, mais c’est une recette de cuisine que je n’ai pas encore testée  :-)