Petit jeu d’écriture, trouver une définition

Sans tricher, je vous propose de jouer à un petit jeu : trouver une définition pour les mots que j’ai lu dernièrement dans le livre que je lis actuellement.

Androcée  gamosténique

Donnez-moi un genre (masculin ou féminin) et puis imaginez une définition pour ces mots afin que je puisse mieux comprendre ce que l’auteur a voulu dire par là  ha!ha!

En effet, je n’ai pas trouvé dans le « simple » dictionnaire la signification du second terme… alors à vos clavier ou à vos mémoires ! Et merci déjà pour vos lumière :-)

Nano 2016, le début

Bon, pour le défi de Nano et de ses 50.000 mots/30 jours,  je revois mes objectifs à la baisse, trop fatiguée, trop de boulot, trop de trajets  :-) si j’écris presque tous les jours, je serais déjà très contente.

01 novembre : pas écrit
02 novembre : 1245 mots (moins les quelques phrases écrites pour me lancer dans l’idée = 1100 mots) j’arrondis déjà, ça promet !
03 novembre : pas écrit
04 novembre :  oui, j’ai pu un peu écrire dans le train, j’arrive à 2127 mots… quelle merveilleuse, éblouissante petite progression ha ha
ce jour, 05 novembre : samedi, oui, on y croit, on se réveille tôt pour ça… l’inspiration vient toujours mieux le matin, tôt de préférence… : 2 271, je vous jure que je n’ai pas calculé… j’ai en fait corrigé le début pour que l’histoire soit plus cohérente, rajouté des détails, supprimé un passage… et voilà, à cause de ça, je n’ai guère progresser…

Ce ne sera pas un roman, enfin, je ne crois pas, je ne vise pas cet objectif, car je sais que je suis plutôt nulle à ce jeu-là. Mais je vais faire quelques jeux d’écriture, concours, etc. tout en gardant un thème général identique.

Je ne vous dévoile pas tout de suite ce que c’est, car je programme cet article et à l’heure où j’écris ces mots, je n’ai écrit que deux fois, avec ce thème et ces personnages sur fond de passion (cfr le concours parlé dernièrement), donc… en attendant de vous en dire plus, voici le début de mon imaginaire Nano2016. Certains reconnaîtront peut-être quels personnages m’inspirent pour écrire cette histoire ;-)

NaNo 2016 (1)

Jules et Juliette avaient été téléportés dans le temps. Ils n’étaient plus les enfants innocents d’autrefois, ils connaissaient à présent par cœur cette machine qui leur permettaient de découvrir, d’apprendre l’Histoire du passé. Ils l’utilisaient régulièrement, cherchant à (presque) chaque aventure à mieux maîtriser les effets secondaires liés à la téléportation et à la vitesse de leurs déplacements. Les atterrissages ne posaient enfin plus le moindre problème. Parfois, ils tentaient encore de modifier le passé pour espérer un meilleur présent ou un avenir moins sombre, mais on ne changeait pas comme ça impunément les Lois du Temps et de l’Histoire. S’ils pouvaient faire partie du passé le temps de la création d’une bande dessinée, ils étaient pieds et poings liés quant aux modifications temporels.

Un matin, Juliette se réveilla avec la ferme conviction qu’elle était une personne extraordinaire autrefois, dans une autre vie. Une autre vie qu’elle pouvait essayer de découvrir grâce à la machine de son grand-oncle, l’éminent scientifique de la famille. Elle le sait, elle le pressent, elle en a rêvé. Et ses rêves, elles les écoutent selon son humeur du matin et selon les détails du rêve, sa force qu’elle ressent en elle quand elle y pense et qu’elle le raconte à qui veut bien l’écouter. Rien ni personne ne pourra la faire changer d’avis. Une fois qu’elle a une idée derrière la tête, Juliette fait tout pour la mettre en pratique.

Dans son rêve, elle a visité le petit village de Toque de la Craie. Avant son rêve, elle ignorait que ce village existait. Quand elle a lu ce nom sur Internet, elle a su qu’elle était sur le bon chemin et que c’était là le signe que son rêve disait la vérité.

Le calme avant la tempête

Je joue avec Tisser les Mots, pour la proposition 67.  Une histoire de Temps qui passe, encore et toujours.

Le calme avant la tempête

Tempête, elle s’appelle. Une vraie boule de poils pleine d’énergie. Son quart d’heure de folie pouvait durer une heure, et cela avait lieu deux à trois fois par jour. Tout déménageait à son passage. Les boules de papier, les plumes et autres jouets n’avaient qu’à bien se tenir, car Tempête, quand elle courrait, faisait tout voler sur son passage, même ses longs poils blancs éclatant et ses longues moustaches courbées.
Et puis un jour, Tempête changea ses habitudes. Ses moments de jeux duraient moins longtemps, ils n’avaient lieu plus qu’une seule fois par jour. Son humaine appréciait ce calme tout relatif. Ce silence plus long entre 2 courses poursuites avec le vent, avec la poussière, avec la joie et la jeunesse. Tempête sauta moins haut, mais il n’y avait qu’elle pour le remarquer. Cinq centimètres lui manquaient dorénavant pour sauter du premier coup sur le haut dossier molletonné de la chaise du salon. Alors, pour ne pas se couvrir de ridicule, elle changea son parcours et saute à présent sur le dossier du fauteuil en tissus. Moins haut, meilleure accroche, plus large aussi.
Petit à petit, elle mangeait avec moins d’appétit, moins d’envie, moins d’entrain. Elle n’avait jamais connu la faim grâce aux croquettes disponibles jour et nuit, nuit et jour, jour après jour, semaine après semaine. Cela aussi, il n’y avait qu’elle qui le remarquait. Elle vidait toujours sa gamelle du matin, même si elle mangeait ses 50 grammes de viandes en sauce en trois fois ; quand son humaine partait travailler, la gamelle était nettoyée, comme avant. Comme avant que la vieillesse ne la rattrape. Puis, elle était devenue sourde, cela aussi, il n’y avait qu’elle qui le savait. La surdité ne se voit pas et puis comme Tempête était toujours collée aux basques de son humaine quand elle était dans la maisonnée, il ne fallait jamais l’appeler pour manger, pour sortir dans le jardin ou pour baptiser la litière tout propre, toute fraîche.
Tempête ne comptait pas les années. D’ailleurs savait-elle compter ? Cela a-t-il une réelle importance quand on sait que ses années à elle ne sont pas les mêmes que celles de son humaine ? Un an pour Tempête, c’est beaucoup, c’est énorme, c’est très long. Un an pour sa copine à deux pattes, c’est quoi ? Douze mois ? Ça rime à quoi tout ça ? À plus ou moins 365 longs dodos ? Pour Tempête qui dort souvent, au moins dix à quinze siestes par jour, le dodo de la nuit, celui qui dure plus longtemps, se rajoute aux autres sans aucune notion de différence.

Aujourd’hui, Tempête tire la tête. Oui, elle boude. Et qui le remarque ? Personne ! Pas même le petit colibri qui est dans sa tête, qui bat des ailes frénétiquement dans chacun de ses rêves quotidiens. Tempête est fatiguée d’avoir mal, de souffrir du Temps qui se la pète, du Temps qui passe ; elle est épuisée par son corps qui vieilli et qui la ralenti. Alors, distraite, pensive, douloureuse, Tempête avance une patte après l’autre sans se rendre compte des petits trous, des petites plaies qui se multiplient sur son corps tout poilu. Elle se gratte, elle se lèche, elle se lave, elle prend encore soin d’elle, sans se demander combien de temps elle va devoir encore subir tout ça, tous ces changements, tous ses ralentissements, toutes ces douleurs sourdes et silencieuses. Elle les subit et les oublie le temps d’un câlin, d’un échange d’affection, d’un moment de partage et d’amour.
Si près de son amie à deux pattes, tout contre elle, au chaud, confortablement installée sur la couverture toute douce, Tempête-le-chat ronronne. Et c’est là que l’humaine voit les petits trous, les croûtes, les plaies multiples qui ravagent discrètement la peau de son chat.
Tempête est vieille et devenue sensible aux moindres changements du temps sur sa peau fragile, usée, abîmée par les années mais cachée par des milliers de poils blancs, gris et noir.
Tempête sera bientôt dans le Temps de la Paix, le calme pour elle avant la tempête d’émotions qui va ravager son humaine qui ne va pas comprendre pourquoi tout va si vite, pourquoi son compagnon à quatre pattes qu’elle affectionne depuis tant d’année va bien devoir partir un jour, et que ce jour est peut-être bientôt là…
Le Temps qui passe est le même pour tout le monde, il avance simplement à une vitesse différente selon l’espèce qu’Il accompagne.

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Léa-Marie

Je joue avec Tisser les Mots pour la proposition d’août-septembre 2016.

Cette histoire parle d’elle-même, tout à fait inventée pour l’occasion, mais c’est suite aux mots de ma maman, son ressenti par rapport à son ancienne voisine âgée qu’elle aime beaucoup et qu’elle va voir régulièrement au home. Marie existe. Francine aussi. Léa aussi, elle se reconnaîtra ;-)

Léa-Marie

Léa-Marie est âgée. Mais elle ne le sait pas, elle l’a oublié. Elle passe le reste de son temps dans une maison de retraite, avec d’autres comme elle que le Temps n’a pas épargné, jetant des rides aux visages et aux mains sans se soucier du quand dira-t-on. Chez les femmes, le Temps est particulièrement méchant avec elles, plombant leur poitrine tombante, rendant flasque tout ce récipient de lien maternel, toute cette chose pourtant aimée et désirée, caressée et soignée par l’Amour. Et puis, la Maladie est venue en renfort, chassant dans les mémoires fatiguées les souvenirs, les noms et le Savoir.

Dans cette maison de repos, il est admis que les pensionnaires, tant chez les mesdames que chez les messieurs, portent un bijou, un seul. Il est étonnant comme le Temps peut changer les choses. Au début de leur arrivée, chaque pensionnaire, veut faire bonne et belle impression. Il faut dire que le cadre de l’établissement est magnifique et encourage les gens, même les gens affaiblis et esseulés, à sourire à la vie, à ouvrir les bras à cette nouvelle vie qu’est la vieillesse, cette dame âgée au grand cœur auquel nul ne peut échapper.

Alors, au début, tous portent un bijou souvenir, souvent en or : une alliance, un pendentif, un bracelet. Parfois ces bijoux sont en argent, mais tous ont la puissance d’un moment heureux qui perdure au travers ce métal précieux. Souvent, au cours des semaines qui suivent ce choix, ils ne se rendent plus compte qu’ils portent un bijou, alors leurs yeux taquinent leur voisin et des échanges s’effectuent en toute simplicité, sans un voile de vol ou de mensonge planant autour de cette action. Pour d’autres moments heureux partagés.

Dans cette maison de retraire, qui n’est pas de tout repos malgré les oui-dire des familles, travaille Francine, une aide soignante particulière, qui dès son arrivée à bouleverser la vie de ces personnes qui ont été déposées tantôt par un parent, tantôt par un enfant, tantôt par un amant, tantôt par un médecin, tantôt par un taxi. Elles ont toute une histoire différente à vous raconter. Et ça, Francine l’a bien compris.

Francine, la quarantaine dynamique, a toujours un sourire jusqu’aux oreilles, une voix douce et des gestes tendres. Malgré son travail difficile où on lui demande parfois de véritable prouesses professionnelles, malgré la mauvaise humeur de certaines collègues qui ne lui facilitent pas la vie et malgré les comportements de certaines gens soignées ici qui lui compliquent la tâche, Francine continue à sourire et à venir en fin de service rendre une dernière visite à ces personnes que la vie n’a pas aidé.

Ce soir, c’est Léa-Marie qui est la dernière à qui Francine dit aurevoir. L’aide-soignante ne sait jamais qui ne sera plus là le lendemain. Alors, elle prend son temps, quitte à faire des heures supplémentaires non payées, pour souhaiter une bonne soirée à tous ceux et à toutes celles qui lui font gagner son salaire. C’est un peu comme un remerciement, en un peu différent. Et tous l’attendent avec impatience, même les plus en forme, juste pour recevoir ces mots gentils, avant la nuit. Francine souhaite, sincèrement, à tous les 29 pensionnaires, de faire de beaux rêves. Et pour accompagner cette phrase pourtant banale, pourtant usée, Francine prend la main de la personne, ce soir, nous accompagnons Léa-Marie, et lisse un peu les doigts durs, rigides, tordus de sa patiente préférée. Même si elle les aime tous, Francine ne cache pas ses sentiments plus forts pour celle qui fut autrefois sa grand-mère. A 99 ans, Léa-Marie a oublié qui elle était, elle ne sait plus comment elle s’appelle, ni où elle est, elle a jusqu’à oublié qu’elle avait des enfants et une petite-fille qui s’appelle Francine et qui vient la voir et prendre soin d’elle, tous les jours. En réalité, personne ne connaît leur lien de parenté, car l’aide-soignante est arrivée dans cet établissement de soins une semaine avant Léa-Marie. C’était il y a déjà quelques années. Et comme il arrive parfois que les pensionnaires n’aient aucune visite, personne ne s’était étonnée que Léa-Marie n’en reçoive aucune. Elle était arrivée avec une ambulance, avec pour tout bagage une mémoire passée à la moulinette. Dans cette passoire, elle avait oublié l’origine de sa chute en rue et le traumatisme crânien avait déjà effacé le lien qui existait entre son unique petite-fille et elle. Pourtant, c’était un lien fort, un lien unique, un lien éternel. Alors, Francine a joué son rôle habituel, accueillant cette nouvelle pensionnaire comme une autre : avec un sourire, peut-être juste un peu plus long que ceux qu’elle offre aux autres, avec des gestes tendres peut-être juste un peu plus longs que d’habitude, avec une voix douce peut-être juste un peu plus douce encore.

Et puis, dès le premier soir de son arrivée, Francine l’avait « réparée », elle lui avait prodigué son soin magique qui permet au cerveau d’oublier la peine, la tristesse, les doutes, les questions et d’accepter le changement aussi bouleversant qu’il soi. Francine écoutait, parlait, touchait les gens, même les plus fatigués, même ceux qu’on a oublié. Elle était maître dans son art, un vrai aficionado, passionnée par sa mission qu’elle appelait sport. Car c’était bien de ça qu’il s’agissait : un sport. Courir après le temps, une course contre la montre du vieillissement. Mais faire tout ça dans la sérénité, sans montrer de stress, sans faire paraître sa peine à elle, son inquiétude grandissante pour Léa-Marie. Francine aimait réparer la douleur invisible, celle du Temps, celle des souvenirs oubliés, abîmés, déchirés, jetés… Elle réparait tout, même les blessures faites par de vilaines cicatrices mentales.

Oui, il n’y a pas que les jeunes et moins jeunes qui peuvent souffrir du passé, d’une vie mal contrôlée, d’un geste déplacé.

Ce soir, Francine chante une berceuse à sa grand-mère, à cette patiente qui devrait fêter ses 100 ans le mois prochain. Francine a toujours su que sa Mamychérie ne voulait pas souffler autant de bougies. Pour elle, cent ans, représentait le stade après la vieillesse, soit la mort. Alors, elle lui chante ces mots qui réconfortent, elle lui murmure cette invitation à passer la frontière, celle que l’on ne voit pas, celle que l’on imagine mais dont on a peur, tous, un peu, beaucoup.

Léa-Marie a survécu à bien des choses : elle a perdu un enfant très jeune, elle a vu son mari s’en aller, puis son frère, elle a combattu bon nombre de maladies, elle a lutté contre le Temps et les trous dans sa mémoire. Alors, oui, aujourd’hui, elle peut souffler.

La voix de Francine tremble, mais personne n’est là pour l’entendre. Sa gorge se serre car, au fond d’elle, elle sait que sa grand-mère ne sera plus là demain. Ce soir, elle est là, demain, elle sera ailleurs.

Demain et tous les autres soirs, elle aidera un grand-père, une grand-mère, un homme, une femme sans famille, un frère, une sœur, une tante, un oncle. Car Francine a cette particularité d’être un enfant, un petit-enfant, une sœur, une tante de qui veut. Un jour, elle s’appelle Francine, un autre jour Louise. Elle prend tous les prénoms et tous les noms que les patients lui donnent.

Elle est quelqu’un, elle est personne.

Mon village au 1er juillet

projet village

Cela se passe de commentaire… sauf peut-être que le livre de Chris Baty, via le Nanowrimo, conseille, pour un roman, d’atteindre l’honorable chiffre de 50.000 mots en 30 jours.

Et juste encore un détail (je suis trop bavarde, je le sais), le document entier, c’est avec les 1ères idées écrites lors du week-end d’écriture !

Les colis ne sont jamais en grève

Le titre n’est pas tout à fait juste mais il en fallait bien un et c’est à la fin de l’écriture de mon texte que j’ai imaginé ce titre  :-)

Je joue donc avec Tisser les mots pour la proposition 61.

Les colis ne sont jamais en grève

En partant au boulot, juste avant de fermer la porte derrière moi, au petit matin, je me retrouve nez à nez avec le facteur. Celui-ci me salue, me sourit, puis me lance une tirade automatique.

— Madame Rantanplan, un colis pour vous, veuillez signer ici, dit-il en me donnant une petite machine et son bic gris en plastique tout fin qui a été touché par de nombreuses mains.

Au travail, j’ai l’habitude de signer pour mes collègues, un collègue surtout qui reçoit au moins trois fois par semaine des colis commandés aux 4 coins de la terre.

Ici, je suppose que c’est pour mon mari. Il fait ça régulièrement aussi, mais moins souvent quand même que mon collègue. J’ai l’habitude de réceptionner des paquets, aussi, je n’ai même pas été surprise quand le facteur a prononcé mon nom de jeune fille plutôt que celui d’épouse. Il nous connaît le facteur, depuis le temps qu’on habite là, toujours le même à se coltiner les livraisons de paquets, des petits, des grands, des légers, des lourds, des encombrants, des puants, des dégoulinants… Et alors que j’allais déposer le petit paquet sur le haut de l’armoire à chaussures, je lis mon nom, oui le mien, c’est vraiment pour moi ?! De taille modeste, il est quand même plus épais que les 3 centimètres réglementaires recommandés pour les envois sous enveloppe, d’où l’obligation de payer 3 fois plus cher pour ce colis riquiqui qui ne passe pas dans la boîte aux lettres. Aussi long et large que ma main, il est emballé soigneusement, sans aucun mauvais pli. L’étiquette, imprimée à l’ordinateur, prend toute la place d’une face. Le poids n’est pas bien lourd, aussi, je m’empresse de le prendre avec moi pour l’ouvrir dans le train. Dans mon sac à dos, il y a encore tout juste la place pour cette petite boîte. À croire que je l’attendais précisément ce jour… moi qui ne commande jamais rien et qui ne prend mon sac à dos qu’une fois par semaine.

Dans le bus qui me conduit à la gare, je ne peux m’empêcher de ressortir le paquet pour essayer de deviner son expéditeur. Bien sûr, il n’y a rien de noté… trop facile. Je me demande quand même si l’ouvrir dans le train est une bonne idée. À cette heure de pointe, tous les wagons sont pleins. J’ignore tout de cette « surprise »… je cache difficilement mes émotions… en ouvrant le carton, je pourrais être étonnée, apeurée, choquée, voir me mettre à pleurer ! Et tout ça devant de parfaits inconnus. Je pourrais aussi en rire, non ? Pourquoi pas ? Non, j’attendrai d’être dans mon bureau, seule avec moi-même. Même si cela me fera sourire, je préfère ne pas risquer donner un spectacle gratuit et désolant du grand matin, même si la plupart des navetteurs poursuivent leur nuit, assoupis, assis, tranquilles.

Voilà que j’arrive à la gare… Tiens, il y a un monde inhabituel à l’entrée… des drapeaux, des hommes en uniformes, d’autres avec des vestes de couleurs. Oh ! Une grève surprise, comme j’aime ça !! Après avoir compté le nombre de fois où je suis arrivée en retard à mon boulot à cause d’un problème technique d’un bus, ou d’un train, ou suite à une grève annoncée ou pas (en tout, 8 fois sur 18 jours de taff ce mois-ci qui n’est pas encore terminé), je soupire pour la forme puis je me pose d’autres questions : qu’est-ce que je fais ? Je l’ouvre ou pas ce colis ? Ici, maintenant ? Au café de la gare, à l’arrêt de bus, dans le bus ou chez moi ? Pfff, je suis las de toutes ces questions.

Je décide de l’ouvrir un peu plus loin, sur un chemin (long, très long) qui me ramène à la maison, et qui passe dans un bois où il n’y a ni bruit, ni bus, ni pollution, bref, le calme plat. Je me demande comment je dois l’ouvrir, délicatement, avec ou sans petit canif ? Des questions, encore et toujours des questions… Ce n’est qu’au moment où je colle mon oreille sur la boîte que je fais bouger de gauche à droite que je réalise que le contenu est hyper bien calfeutré car rien ne bouge à l’intérieur. Sous le couvert des arbres, il fait plus sombre, plus frais aussi. C’est à cet instant que je discerne de minuscules trous sur le pourtour de la boîte. Des trous aussi grands qu’une aiguille à coudre peut faire. Des trous aussi nombreux qu’une nuit étoilée, libre de tout nuage. Il y en a des dizaines, non des centaines… des trous luminescents qui étaient invisibles avant. Qui dit trou, dit bestiole. C’est logique. C’est cohérent. C’est rationnel. Ou peut-être est-ce une plante ou toute autre chose organique nécessiteuse d’oxygène pour vivre. Bref, c’est la vie, c’est fragile. Fragile ! Pourquoi cette mention n’était-elle pas notifiée sur la boîte ?

Que de mystères, que de questions…

J’ouvre donc avec application, assise sur la souche d’un arbre, le colis sur mes genoux. Je prends autant de précaution que si c’était un nouveau-né que je tenais dans mes mains. Une attention tout à fait opposée au début de son transport… Dans quel état vais-je trouver la chose ?

J’hésite quand même à prendre mon canif, les petits ciseaux, pour ouvrir un côté de la boîte. Arracher le collant provoquerait beaucoup de gestes brusques et surtout beaucoup de bruit. Que faire ?

— Toc, toc ! Y a quelqu’un ? Je chuchote, je préviens, j’interroge… Il n’y a quand même personne autour de moi…

En penchant légèrement la boîte pour inciter – vainement sans doute – la chose à aller d’un côté, je me décide à continuer avec les petits ciseaux aux bouts légèrement arrondis pour couper le collant sur toute une longueur, et je remercie intérieurement mon patron pour ce cadeau d’anniversaire que j’utilise régulièrement. Un tout petit couteau suisse, à multiple usages, qui remplit à merveille son rôle en ce moment.

J’y vais tout doucement, en parlant dans un souffle à la bête que je suppose être une souris, un rat, ou un rongeur de la sorte. Si ça se trouve, c’est une plante, ou une fleur. Ma maman m’a toujours dit qu’il fallait parler aux plantes…

Tchic, tchac, deux petits coups soignés de ciseaux sur les bords latéraux me permettent de soulever légèrement le dessus de la boîte, enfin, ce que je suppose être le dessus car il y a l’étiquette.

L’étiquette !! J’ouvre un colis qui a été envoyé à mon nom, alors que je n’ai rien commandé… Je ne sais même pas de qui ça vient ! Si ça se trouve, peut-être bien que c’est un piège, un poison, une plante carnivore, un rat enragé !

Pfiiiooouuuu !

Comment ça « pfiiiooouuu » ? C’est tout ? Ça m’a fillé entre les doigts, devant mes yeux, si vite, que je n’ai rien vu, rien senti, juste entendu un « pfffiiioooouuu » ? A dire vrai, j’ai vu quelque chose. Un éclair. Une flèche. Une couleur : bleu turquoise. Ou ne dit-on pas plutôt vert turquoise ? Je ne sais plus à la fin ! Rapide, fin, poilu, mais pas trop, car il, elle, enfin la chose ne m’a pas touchée ! Ultra fin pour être passée par cette minuscule ouverture, ce côté de boîte même pas ouverte entièrement. 1 cm. 1,5 cm à tout casser ! Bon sang, mais qu’est-ce que c’était ?

Oh ! Mais ça par exemple ! Des traces, des empreintes bleues, vertes, indigo… enfin, empreintes, j’exagère, ce sont des taches, des points. Des points aussi grands qu’une aiguille à coudre peut laisser comme marque.

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Les disparus de la 58 explications

D’abord, un lien pour chaque texte afin que chaque auteur de « départ » puisse retrouver la suite que j’ai imaginée pour leur personnage.

Dominique   –   Dorothea   –   Josée   –   Lilyne   –   Lyn   –   Martine   –   Michel   –   Odile   –   Paul Eric   et   Ginette

Une petite explication supplémentaire à propos de ces textes, de ces 10 textes, que vous avez lus.

J’ai démarré l’écriture très vite, parfois l’histoire venait rapidement, parfois non. C’est quand j’ai commencé à être bloquée que j’ai eu l’idée de prendre des contraintes (du livre d’Eva Kavian) pour m’aider à terminer le défi que je m’étais imposée ;-)

Donc pour les premiers textes qui étaient déjà écrits, je suis revenue un peu en arrière, et je les ai retravaillé légèrement afin de coller à la contrainte. Mais, comme l’a si justement bien expliqué Stéphane Van Hoecke lors de l’atelier d’écriture, les contraintes existent pour nous aider à démarrer, à approfondir notre texte, notre histoire, elles ne doivent en aucun cas être un frein à l’imaginaire. Donc, on peut, parfois, s’écarter légèrement de la contrainte, c’est ce qu’il m’est arrivé 2 fois je pense, pour 2 textes différents.

Comme je ne suis pas quelqu’un qui écrit de longues histoires, bah, oui, j’avoue qu’à la fin, pour le dernier texte (désolée Ginette), j’en avais un peu marre. J’ai voulu faire court en racontant que tout cela n’était qu’un rêve, mais en lisant le tome 2 du livre d’Eva Kavian (oui encore et toujours elle, hihi), j’apprends que clôturer un suspense par l’explication d’un rêve, c’est d’un banal horrible sans parler que l’effet tombe à plat, bref, c’est nul.

Donc, je ne l’ai pas fait… et j’ai essayé d’écrire vite fait 3 minis versions pour ce personnage. Pourtant, ce jeu, cette contrainte d’écrire plusieurs versions d’un même événement, vu par différents protagonistes est super intéressant… je le referai donc une prochaine fois avec un autre texte :-)

Enfin, je remercie Nicole, de Tisser les mots et tous les auteurs des 10 textes pour leurs imaginaires et leurs histoires…