Invente-moi un animal

Mes enfants vont sans doute participer au chouette concours de dessin organisé par … La chouette. Comme je suis trop grande pour pouvoir y participer, je me suis dis que je n’avais qu’à inventer, avec des mots et non un dessin, mon propre oiseau  :-)

Alors, voici ce que je vous propose comme 2ème jeu d’écriture, du style « dessine-moi un mouton » ou ici « dessine-moi une chouette » :

Inventez un animal et décrivez-le moi. La description peut être purement physique ou biologique, ou même intégrée dans une histoire. C’est un peu comme le jeu où il faut inventer le mode d’emploi d’un objet… si ce n’est qu’ici, vous donnez vie à un animal. Il peut exister, il peut être un savant mélange de plusieurs espèces animales, il peut venir de la mythologie ou il peut sortir tout droit de votre imaginaire. Soyez créatifs et n’ayez pas peur de sortir des sentiers ordinaires…

Comme pour le précédent jeu, je vais bien sûr aussi jouer avec vous :-) A bientôt !

Babette la pipelette et les babeluttes

Voici mon petit texte pour mon 1er jeu d’écriture de juillet 2017

64 mots trouvés à partir du mot MER. (33 en 5 minutes, puis 31 les 5 minutes suivantes).

J’ai choisi ces 5 mots-ci :

Coquillage – famille – pieds nus – goéland – babelutte

Babette la pipelette bavait devant des babeluttes en se demandant si Jonathan, son goéland apprivoisé, allait aussi aimer cette confiserie bien sucrée. Pieds nus sur le trottoir, les yeux rivés sur les bonbons exposés dans la vitrine, Babette se battait avec son envie irrésistible de dévaliser le magasin entier. Elle connaissait bien sa famille et si elle osait revenir avec un seul sachet, un seul, on la traiterait d’égoïste. Ce n’était pas faux. Tout au plus, voulait-elle bien partager un bonbon avec Jonathan, juste par curiosité, pour voir comment il allait réagir avec ce délice caramélisé qui fondait dans sa bouche en libérant toutes ses saveurs douces et exquises. L’oiseau allait-il pouvoir ressentir les mêmes sensations qu’elle ? Son bec ne collerait-il pas trop après tout ça ?

Babette se décida de pousser la porte vitrée du royaume des confiseries quand, soudain, elle vit le reflet de son père dans la vitre de la porte. Son père disparut en mer depuis deux ans. Deux années sans nouvelle, deux années qu’elle le croyait mort ! Son père, meilleur dénicheur de coquillages rares de toutes les plages, de toutes les mers du monde. Son père, son meilleur ami. Ici ! Derrière elle. Elle n’osait pas se retourner. Elle était figée. Son cœur était comme une babelutte : fondant et collant à la fois.

Écrire un texte à partir d’une liste de mots

J’avais envie depuis longtemps, de reprendre mes exercices d’écriture donnés à l’occasion de l’atelier d’écriture créative par correspondance. J’avais suivi ce cours durant une année, en 2007, puis une seconde fois 5 ou 6 ans plus tard. Je décide de reprendre des idées de jeux, d’exercices, et d’en prendre d’autres, plus ou moins connus, pour m’aider à redémarrer, à retrouver un rythme dans mon écriture créative, pour partager ce passe-temps que j’aime tant :-)

Vous voulez m’accompagner dans ces petites contraintes ? Soyez les bienvenus. Je ne suis pas une animatrice, je ne vais pas donner de retours, mais simplement mon avis.

Nous allons donc commencer par dresser une liste, une liste de mots. C’est un échauffement, facile à faire, de chez vous, ou en groupe.

Grâce à un mot, nous allons faire une liste d’autres mots, par association d’idées, que ce soit par famille, ou phonétiquement.

Ce mot : MER (la mer, l’océan, l’eau)

Il n’y a pas d’autres règles que celle-ci et chacun d’entre vous agrandira cette liste en fonction de ses goûts, de ses idées, de ses préoccupations, de son imagination.

Aucun interdit, aucun risque de se tromper, lâchez-vous et amusez-vous à avoir le plus de mots possibles.

Vous avez, nous avons, 10 minutes pour cela.

Après ce temps, choisissez 5 mots qui vous « parle » le plus, que vous avez envie de donner vie, d’intégrer dans un texte. Ici, une seule règle, ne prenez pas des mots qui se ressemblent de trop comme « orange » et « pulpe » ou « livre » et « histoire ». S’ils sont trop similaires, trop ressemblants, vous risquez d’être vite coincés dans vos idées.

Et pour le cas où vous n’avez trouvé que 5 mots, pour vous aider un peu à fabriquer votre premier texte avec moi, ici, je vous invite à intégrer le mot suivant : cactus.

Amusez-vous bien et surtout, n’hésitez pas à venir me trouver en cas de blocage, de doute ou de question. Je joue le jeu avec vous.

Je mettrai, avec votre accord, votre texte à la suite de cet article, d’ici 15 jours, vers la mi-juillet.

A bientôt !

  • Scoobydu a joué le jeu ! Elle a rajouté le mot cactus. C’est ici que ça se passe. Merci 😉
  • Béa a joué le jeu ! Elle a choisi 5 mots et d’autres. C’est ici que ça se lit. merci
  • mon texte : ici

Nouvelle fin d’un poisson

Suite à la minifiction de mon ami Claude Attard (clic) sur le thème de l’aquariophilie, j’ai eu l’idée d’écrire une autre fin, car cette suite m’a sauté au visage ! :-) Pour lire la minifiction entière et originale, clic sur le nom de mon ami plus haut, et pour lire ma suite et nouvelle fin, c’est ici plus bas :-) bonne lecture !

En italique = texte original de Claude

Elle ne s’approcha pas du bac pendant plusieurs jours, le cœur plein de culpabilité. L’oscar continuait à regarder l’urne d’Oscar. Quelques semaines passèrent ainsi, puis Émilie craqua et recommença à donner Oscar à l’oscar. Un peu chaque jour, durant plusieurs mois.

Elle observait le gros cichlidé de loin. Certains jours, elle envisageait de l’embrocher et de le faire frire. Une autre fois, découragée, elle décrocha le téléphone pour appeler Jacques afin qu’il la débarrasse de l’aquarium, de l’oscar et de tout ce qui touchait aux poissons, mais reposa le combiné avant que le jeune homme réponde.

Bien sûr, le jour vint où il n’y eut plus de cendres. Ce jour-là, Émilie retourna l’urne vide en la montrant au cichlidé.

« Il n’y en a plus. Tu as bouffé tout mon Oscar. »

Elle fondit en sanglots et brisa l’urne en la jetant au sol.

La nuit suivante, Émilie rêva qu’Oscar, ruisselant, se glissait dans le lit et se serrait contre elle. Elle sentait des écailles irriter sa peau, l’humidité se répandre, et le froid la gagner. Elle bougea sur le matelas, inconfortable, sensation désagréable. Émilie, inconsciemment poussa l’oscar hors du lit, et c’est lorsqu’elle entendit un gros Plouf qu’elle se réveilla complètement.

– Mais qu’est-ce que tu fous là, tu vois pas que tu salis les draps ? dit-elle au poisson en essayant de l’attraper malgré les soubresauts du matelas à eau qui se mouvait toujours malgré le trou béant qui laissait toute l’eau s’écouler hors de lui.

Le sol de la chambre était à présent inondé d’une épaisse couche d’eau tiède. L’oscar nageait tout d’aise, se coulant sous le lit, réapparaissant d’un petit bond près de la porte, gesticulant des hanches comme seuls les poissons savent le faire. Émilie n’en pouvait plus de courir après lui, alors elle se mit à nager. Elle excellait dans ce domaine, elle avait encore son trophée de meilleure nageuse d’école pri-mer qui reflétait au soleil sur sa commode translucide. Mais le poisson avait un coup d’avance, malgré sa taille imposante pour un poisson, il était encore suffisamment petit pour glisser sous les armoires. Oscar a beau être un animal à écailles, il n’en est pas moins doué d’intelligence. Il fera tout ce qui est poissonnement possible pour traduire cette bipède devant le roi Poséidon. Elle a déjà tué un Oscar en le sortant de l’eau volontairement, elle n’en aura pas un second.

Mot-valise, mot d’enfant

Un mot-valise, est un mot formé par la fusion de deux mots (ou plus) et qui forme un « nouveau » mot. Généralement c’est le début du premier mot et la fin du second mot, comme le titre de mon blog Ecrimagine = écriture & imagine. Il en existe une centaine je pense qui sont reconnus par la langue française (couriel, apéricube, autobus, docufiction, bisounours, Eurasie, franglais, fanfiction, etc), je me demande donc pourquoi, autrefois, certains de mes professeurs n’acceptaient pas mes réponses-valises lors d’interrogations ou examens. Mon cerveau allait si vite qu’il mélangeait les mots et parfois, la faute étant au choix du mot à écrire, je créais sans le savoir des mots-valise.

Le mot-valise est utilisé dans les jeux d’écriture pour pousser l’imagination à créer de nouveaux mots ainsi que leurs définitions.

Et aujourd’hui, grâce à ma fille, je sais d’où vient le mot-valise qui n’en est pas : écureuil.

A table, Loulou, Cacahuète et moi, parlons du menu de l’école, et plus précisément de la diversité des soupes.

Lui : Moi, j’aime bien la soupe aux épinards

Moi : Petite, j’aimais beaucoup la soupe au cerfeuil.

Elle : Quoi ? vous aimez la soupe aux écureuils ?

Loulou et moi ensemble : Oh ! Non ! Quelle horreur, on ne mangerait jamais des écureuils !

Bildergebnis für soupe clipart

Bildergebnis für écureuil gif animé

Le chien fait la loi dans la maison de…

Samedi passé, je me suis amusée avec la Fabrique à Histoires de Bernard Friot. Je voulais écrire quelque chose, mais je ne savais pas très bien quoi… alors j’ai pioché ceci.  Ceci est mon second texte, car je n’aimais pas le 1er…

jeu Bernard Friot

Une phrase de début, en gras, et une phrase de fin, aussi en gras pour vous indiquer les contraintes que j’ai choisies pour commencer et terminer l’histoire. Avec une ligne de conduite avec la carte  » Le chien fait la loi dans la maison de Monsieur Longuet« .

Bonne lecture  :-)

Il était une fois un chat, caché derrière un rideau, qui guettait l’arrivée du chien. Dans cette maison, celle de Monsieur Longuet, c’était le chien qui faisait la loi. C’est lui qui disait quand il devait sortir, quand il fallait préparer à manger, quand il fallait enfermer le chat dans la pièce à l’autre bout de la maison gigantesque. Oui, c’était lui qui dictait tout. Son maître se pliait en quatre pour satisfaire les moindres volontés de son ami canidé.

Quant au félin, qui était considéré comme trois fois rien. Il n’était là que pour décorer, et parfois chasser quelques souris indésirables et riquiquis qui ne satisfaisaient jamais son appétit insatiable.

Donc quand le chien était parti, le chat dansait sur sa tête, et faisait ce que bon lui semblait. C’est-à-dire à la fréquence de deux à trois par jour, selon l’humeur de chien de son ennemi juré.

Un jour pourtant, durant un sale week-end pluvieux, un étrange bruit était apparu dans le grenier. Sourd comme un pot, le chien dont l’ouïe ne faisait que se dégrader au fil des années, ne remarqua rien. Le chat, un peu rond mais toujours en grande forme pour faire les quatre cents coups, n’avait pas été dupe. Il y avait bel et bien un fantôme sous le toit de la maison. Pourquoi et comment n’y avait-il pas fait attention plus tôt, c’est un autre mystère. Toujours est-il que ce week-end, le chat s’arrangea pour embêter le clebs afin que celui-ci aboie trois fois. Trois aboiements signifiaient au maître qu’il était temps d’enfermer cette stupide boule de poils.

Ce que chat veut, le chien le veut aussi. C’est de la sorte que le chat se retrouva enfermé toute une journée et toute une nuit dans la pièce la plus sombre de la maison.

De la maison… la maison ? Du château vous voulez dire ! En effet, Monsieur Longuet avait racheté ce vieux château. Comme dans les bons livres et les bons films, personne avant lui n’avait voulu de ce bien immobilier en raison, paraît-il, de la présence d’au moins un fantôme. Mais voilà six mois qu’ils habitaient là à présent, et ni Monsieur Longuet, ni le chien et ni le chat n’avaient eu affaire à quelque fantôme que ce soit. Jusqu’à ce matin…

Le matou n’avait pas prévu de rester aussi longtemps dans ce cagibi, mais il ne pouvait plus voir ce chien en peinture.

Tic, tic, tic. L’étrange bruit bizarre était à nouveau là. Cette pièce était idéalement située pour entendre parfaitement tout ce qui pouvait se passer au grenier.

RRRRRrrrr. Rrrr. Un autre bruit, plus doux, comme un minuscule moteur, se mit en fonction.

De plus en plus bizarre…

Aussi, rusé comme un chat énervé par un chien, le félin qui avait décidément plus d’un tour dans ses pattes, avait rapidement compris d’où venaient ces bruits mystérieux.

Oui, il y avait bien un fantôme, mais pas n’importe lequel, celui d’un chat ! Celui du Chat Botté ! Oh, pas celui des contes de fées, non, un autre. Oui, tu as bien lu. Il existe bel et bien plusieurs chats bottés. Celui-ci, enfin, le fantôme, était chaussé de bottes de cow-boy vertes. Le vert lui allait très bien d’ailleurs, car c’était aussi la couleur de ses iris. Il avait été tué dans d’horribles circonstances, voilà déjà plus de trois ans et demi. Durant tout ce temps, il n’avait vu pas âme qui vive, tout le monde avait déserté ce vieux château suite aux nombreux et mystérieux décès qui s’étaient succédés chez les animaux du manoir. Au début, les maîtres des lieux n’avaient vu là qu’une étrange coïncidence, mais quand le nouveau poisson rouge du Prince avait disparu à peine deux heures après son arrivée, toute la grande famille avait déménagé, loin, très loin du château qui portait malheur.

Notre chat, le pauvre qui était enfermé dans cette pièce juste sous les toits, s’emballa immédiatement.

— Eh ! Oh ! Oui, toi le fantôme ! Tu ne voudrais pas devenir mon ami, ici ?

Au début, le Chat Botté, son fantôme, s’immobilisa et cessa de respirer. Bien qu’il ne respirait déjà plus depuis longtemps, il faisait toujours comme s’il était vivant car c’était bien la première fois qu’il rencontra un camarade qui croyait aux fantômes. Il ne savait pas que penser de la question. Un ami ? Pourquoi faire ? C’était ça sa mission ? Se faire un ami ou aider un ami ?

Comme il ne répondit pas immédiatement, notre chat reposa la question, d’une autre façon :

— Bon, je ne sais pas qui tu es, ni comment tu es parti au paradis ou plutôt resté coincé ici, mais si tu aimes autant les chats que moi, par pitié, réponds-moi !

Le Chat Botté savait qui avait posé la question, lui, il voyait tout, et savait à peu près tout également de ce qui se passait sous son toit. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs qu’il s’était amusé à faire un peu de bruit afin d’attirer l’attention du matou vivant, afin qu’il sache qu’il n’était pas tout seul ici. Mais entre le fait de savoir et de soutenir moralement un copfélin et communiquer avec celui-ci, il y avait une différence pour notre Chat Botté. Surtout que personne ne lui avait expliqué comment il devait faire pour travailler en tant que fantôme ? Quelle était sa fonction ? Et comment devait-il s’y prendre ?

Pour ne pas griller sa couverture, il émit un petit miaulement digne d’une chatte qui gémit quand on l’embête un peu trop.

— Un chat ?! Tu es le fantôme d’un chat ? demanda notre chat bien vivant qui écarquilla les pupilles comme seuls les chats savent si bien faire dans la pénombre. Même s’il s’en doutait, savoir qu’il avait raison lui donna confiance en lui.

— Ben oui, ch’suis pas un chien quand même ! rétorqua tout de go le Chat Botté qui en avait oublié sa timidité passagère.

— Oh, me parle pas de chien, ou plutôt si, parlons d’un chien, d’un seul : celui de cette maison !

Le Chat Botté, interloqué qu’on lui parle sans peur ni reproche, qu’on ne lui pose pas 36 mille questions sur son état, son passé, son avenir, se prit rapidement d’amitié pour le poilu vivant.

— Je sais tout ce qu’il te fait subir ! Je suis là depuis le début, mais bon, il est quand même grand et gros ce clebs. Même si je t’aide, à deux, on ne fait pas le poids, surtout moi avec mon poids plume…

— Bon, si tu es au courant de tout, tu sais que je suis un adepte de Tom et Jerry ? Eh bien, figure-toi qu’on pourrait appliquer toutes ces farces à ce gros bêta de clébard.

Et c’est ainsi que nos deux compères rendirent la vie impossible à ce gros chien qui voulait toujours faire la loi.

Après quelques mésaventures et visites chez le vétérinaire, Monsieur Longuet décida de déménager. Le chien suivit bien sûr, c’était le conseil du vétérinaire, mais le chat qui s’était caché pour ne pas se faire attraper, resta donc là, trop heureux d’être enfin débarrassé du chien.

Plus aucun humain n’osa visiter ce vieux manoir, car il était désormais habité par des centaines de chats heureux et désireux de rester les maîtres de ces lieux.

Le Chat Botté accepta sa situation de fantôme aidant les vivants et s’envola pour d’autres cieux secourir de nouveaux chats persécutés.

Depuis ce jour, que plus aucun fantôme n’est venu hanter le vieux château, ce vieux château.

Petite histoire pour Noël

Un début d’histoire… qui commence à partir d’une histoire vécue. Si si, les amis, petits et grands, retrouvez votre âme d’enfant et imaginez, si vous le voulez, une suite à ce début :-)

Au petit matin d’un jour de décembre, tu marches dans la rue. Tu avances tranquillement sur le trottoir, comme cinq fois par semaine, pour te rendre à ton travail. Ton travail est loin, et tu dois d’abord prendre un bus pour y arriver, et puis un train. Et avant cela, tu dois faire toute ta longue rue pour arriver à l’arrêt de bus. Tu croises rarement quelqu’un, sauf le facteur, car tu pars assez tôt. Cela ne te dérange pas, tu aimes beaucoup marcher. Sauf, par temps de grosse pluie. L’avantage, c’est qu’à présent, tu connais le chemin par cœur, tu sais dans quelles maisons les gens sont déjà réveillés par la ou les lampes qui illuminent leur maison, tu sais où il y a un trou sur le trottoir qu’il faut éviter par temps de pluie pour ne pas tremper tes chaussures, tu sais où commence le petit bois d’où sort parfois d’étranges sons d’animaux. Oui, tu sais tout ça. Rien ne t’étonne, et ce chemin dans lequel tu mets dix-sept minutes de marche, te permets de réfléchir, de penser, de souffler, de te préparer à la journée.

Un pied devant l’autre, tu observes la tête légèrement relevée le quartier de lune qui est en plein milieu de ta trajectoire, dans les hauteurs. La lune, tu aimes la regarder. Elle n’est pas ronde, pas pleine, mais cela ne l’empêche nullement de briller ardemment. Tout à coup, une autre lumière, à ta gauche, sur le trottoir d’en face, une autre lumière arrête tes réflexions matinales. Cette lumière n’est pas si particulière, c’est celle de l’intérieur d’une maison. Oui, mais d’habitude, les gens de cette maisonnée ne sont pas réveillés. Tu t’arrêtes et tu écoutes attentivement. Y-a-t-il un bruit différent qui te mettrait sur la voie ? Un bruit comme un volet qui se ferme ou une porte de voiture qui claque qui pourrait signifier un départ ? Après tout, nous sommes vendredi, même les pensionnés peuvent s’offrir de temps à autres un petit week-end en amoureux. Mais il n’y a aucun bruit, rien de différent. Alors, tu regardes plus attentivement au travers de la porte vitrée. La lumière est jaune, ni trop vive ni trop basse. Tu ne distingues aucun détail, car la porte a été conçue pour ne pas voir au travers et ne donner aucune satisfaction aux petits curieux de ton genre. Toutefois, grâce au mouvement d’une personne, le monsieur qui habite là tu penses, tu avances encore un peu pour avoir un autre point de vue et tu crois voir une silhouette immobile dans un coin.

Le monsieur de la maison est parti. Tu es à présent toute seule face à cette silhouette qui ne bouge toujours pas. Il ne te faut pas longtemps pour comprendre que tu as en face de toi l’un des rennes du Père Noël ! Même si les contours sont flous, même si tu ne vois pas les couleurs, les grands bois sur cette tête si particulière, tu la reconnaîtrais n’importe où ! Et ce n’importe où, c’est dans ta rue ! Père Noël habite dans ta rue !

Bon, récapitulons. Tu as 36 ans, tu n’es plus un bébé, tu ne crois plus aux contes de fées, ni à la petite souris, ni à Saint Nicolas. Donc, ça fait longtemps, très longtemps, que tu sais que le Père Noël, bah, c’est une histoire pour les petits enfants. Toi, tu es grande à présent.

Alors, comment cela se fait-il que tu sois étonnée par ce que tu vois ? C’est probablement un déguisement… oui, sûrement, ça ne peut en être autrement ! Vraiment ?

Et pourtant… et pourtant tu es toujours là, arrêtée dans ta marche, à observer cette maison illuminée. Tu regardes ta montre. Tu es bientôt arrivée à ton arrêt de bus. Il te reste encore 6 minutes avant que le bus arrive. Vite tu traverses la rue pour observer cela d’un peu plus près. Tout à coup, là, en bas à droite de la maison, dans le jardin, juste derrière la poubelle, quelque chose ou quelqu’un bouge ! C’est tout petit. Sans doute une souris ou un mulot. Ou peut-être un rat. Brrr, tu n’aimes pas les rats. Tu les détestes même ! Dans l’obscurité de la nuit, tu ne vois pas très bien. Malgré qu’il y ait de la lumière dans la maison, cela n’est pas suffisant pour éclairer ce côté-ci de la maison. Vite, tu sors ton téléphone de ta poche et tu actives la lampe de poche intégrée. Tu remercies la technologie, et aussi ton mari pour t’avoir offert ce petit bijou dont tu pensais que tu n’utiliserais jamais la moitié de toutes les fonctions. Tu braques le faisceau lumineux à la base de la grande poubelle grise.

– Un lutin ! Un truc minuscule avec un chapeau rouge et un pompon blanc ? Pas possible ! Invraisemblable ! Tu hallucines ma vieille ! Tu es bonne à être enfermée chez les fous.

Tu frottes tes yeux, tu regardes une fois autour de toi pour voir s’il n’y aurait quand même pas une autre bonne âme pour confirmer ou infirmer ce que tu vois. Le facteur est déjà parti dans sa petite camionnette, et il n’y a décidément personne pour te venir en aide.

– Une photo ! Oui ! Vite une photo. Allez bon sang, où se trouve cette fichue application ? Ah là, ben oui évidement, sur l’écran d’accueil ! Argh ! Mes doigts sont gelés. Je déteste ces touches plates, tactiles…

Bon, calme-toi, ce n’est pas en t’énervant que ça ira plus vite. Que du contraire.

« Bon, j’y suis, je vise, j’active le flash et « clic » c’est dans la boîte, enfin, dans le téléphone ! »

Aveuglée par le flash, tu ne vois plus rien, sauf des points jaunes et blancs. Tu vises quand même une nouvelle fois à l’aveugle l’endroit et tu prends deux autres photos au cas où la première soit floue.

Aussi vite, tu replaces ton téléphone dans ta poche et tu te remets en marche, car là, pour le coup, tu vas vraiment louper ton bus, puis ton train, et tu seras en retard à ton boulot !

Ce n’est qu’arrivée à l’arrêt du bus que tu te traites d’imbécile ! Ben oui, tu aurais pu prendre la silhouette du renne en photo aussi ! Bon sang, ce que tu peux être stupide parfois !