Le secret des insectes rarement observés

Rare ou rarement observé ? Quand un insecte vous fait rater LE martin-pêcheur

Petit article différent aujourd’hui. Car la balade que j’ai fait ce jour commence par le même endroit que celui que j’ai décrit samedi. Je ne vais pas vous bassiner avec plus ou moins les mêmes bestioles aperçues…

Au bord de l’eau. Encore. Toujours. On ne change pas un lieu merveilleux, surtout quand celui-ci est accessible rapidement et facilement à pied.

Mon attirail de naturaliste du dimanche

Quand je sors me balader, c’est toujours accompagnée de mon appareil photo et de mon smartphone. Le smartphone pour l’application « Obsidentify » qui m’aide beaucoup à identifier les insectes, fleurs et champignons. Ce sont là des domaines que je ne maîtrise pas du tout.

Quand je sors me balader, c’est toujours sans idée bien arrêtée. Je profite de l’air, des chants des oiseaux, des rencontres fortuites ou « assurées ». Il va de soi que je me parle souvent à moi-même quand j’ai envie de croiser et de photographier un animal.

Ainsi, dans mon carnet de doux objectifs pour 2026, j’ai noté que j’aimerais voir tel ou tel oiseau ou mammifère, essayer de les photographier si possible, même de loin, et faire de plus belles photos de certaines autres espèces.

Le Martin-pêcheur figure dans cette liste. J’ai déjà des photos, mais de loin. La meilleure que j’ai de lui date de 2001, quand je travaillais au magasin Nature & Découvertes du shopping de Woluwe Saint-Lambert, à Bruxelles. En face de ce centre commercial : un parc, un étang et… Martin ! À cette époque, je maîtrisais mon appareil photo argentique, un Nikon, avec son zoom Tamron de 200-400 mm et son doubleur de focale. J’assurais grave, comme aurait pu dire ma fille, car toutes mes photos se faisaient à main levée ou objectif posé sur une pierre, une branche, un mur, une grille. Mais regardez quelle jolie photo c’était à cette époque ! (Je l’ai retrouvée il y a quelques jours, j’en suis toute émue.) C’était le 23/01/2001 ! Martine, une femelle reconnaissable grâce à sa mandibule inférieure orange.

Photo d’une photo « papier »

Vingt ans plus tard, j’ai un bridge avec un zoom encore plus puissant, mais de qualité – disons-le franchement – de moins bonne facture. Dès que je zoome un peu, on voit le « grain », ça fait tache ou ça rend les images floues, imprécises. Mais bon, je n’ai pas les moyens de m’offrir un réflexe numérique, alors je profite de ce que j’ai, je m’adapte, et je souris. (photo ci-dessous : décembre 2025)

Une balade ordinaire… en apparence

Donc le long de l’eau… Agréable météo avec un beau soleil et une fraîcheur bienvenue en cet hiver perturbé. Mes « petits bouchons » sont là, au même endroit, toujours trop loin, toujours trop petits, mais bon, allez, pour la postérité, on fait quand même une photo. Une seule.

Ah, je vois aussi son cousin, le grèbe huppé. En plumage d’hiver, il est blanc et gris, et avec ce soleil, sa tête et son cou sont « brûlés » sur la photo, trop blancs, sans détails, c’est moche. Mais bon, je fais quand même une photo. Une seule. Ne pas oublier de ne pas appuyer trop souvent sur le déclencheur. Patienter, savourer, profiter de l’instant.

Des mouettes rieuses, en nombre, avec des grands cormorans, aussi en nombre, mais un peu inférieur quand même. Tout au bout, sur le muret de la cascade, une poule d’eau. Elle marche sur le muret. Deux mouettes sont posées non loin, une couchée, l’autre debout. Quand la poule d’eau arrive à leur niveau, hop, chacune s’envole à tour de rôle. C’est marrant. La poule d’eau est nettement plus petite que les mouettes, mais elle en impose par ses couleurs de notre nation : noir, jaune, rouge.

L’insecte qui a tout changé

Et alors que je veux poser mes coudes sur la barre en métal pour pousser mon zoom à fond et ne pas trembler (et risquer des photos floues), je vois un insecte. Un drôle d’insecte. Jamais vu. Une sorte de mouche allongée et plate, avec de jolis dessins dans ses ailes et rabattues comme celles d’une demoiselle, mais à l’horizontal.

Pour le coup, je ne pose pas les coudes et je sors mon smartphone pour identifier la bestiole : Taeniopteryx schoenemundi. Rien que ça ! Je retiens …pteryx Schoen… la fin du premier nom et le début de l’autre.

Mais le symbole d’un rond rouge à côté de son nom met mes sens en alerte : très rare.

Oufti comme on dit à Liège ! Très rare ! Ça mérite une série de photos en mode macro de mon super appareil photo (pour ça, il est génial !). Je fais une photo, puis je me déplace un peu pour avoir un peu plus de lumière, une deuxième photo. Zut, mon ombre est sur l’insecte, j’avance et me retourne, une troisième photo.

Et là : tsiii tsiii.

M….E ! Martin était là, à quatre ou cinq mètres de moi et je ne l’avais pas vu !

Crotte de pigeon.

« Pardon, Martin, pardon, je ne t’avais pas vu. Reviens, je m’en vais. Pardon. »

Je fais une photo, au pif (ou au bec) en espérant l’avoir dans mon viseur. Puis je râle contre moi quelques secondes.

Quand le cerveau se focalise sur une seule cible

Ce qui s’est passé à ce moment-là porte un nom en sciences cognitives : l’image de recherche (ou search image en anglais). Mon cerveau était tellement concentré sur cet insecte « très rare » qu’il a littéralement occulté tout le reste de mon environnement, y compris un Martin-pêcheur bleu électrique à cinq mètres de moi !

C’est à la fois fascinant et frustrant : notre attention fonctionne comme un projecteur. Quand on l’oriente intensément sur quelque chose de petit (un insecte rare), on peut ne plus voir ce qui se passe autour, même si c’est spectaculaire. Et la photo de Martin que j’aurais pu avoir de si près… topissime, comme disent les jeunes. Ratée. Snif.

Le radar activé

Fâchée contre moi-même d’avoir été obnubilée par cet indice de rareté et d’avoir oublié de vérifier si mon ami le Martin-pêcheur n’était pas dans les parages avant de faire la clown, je continue mon chemin en pestant intérieurement et en regardant si mon ami Martin revient.

Mais, sans le savoir, j’ai activé un nouveau radar. Je regarde chaque centimètre de la barre de métal qui longe cet endroit, à trois mètres au-dessus de l’eau.

Bingo ! Un autre machinpteryx Schoen…

Je ne peux m’empêcher de refaire des photos. Et de l’encoder quand même aussi dans l’application d’observation.

Deux individus à moins de 10 mètres ! Trois ! Quatre !

Au total, sur environ septante mètres, j’en noterai cinq ! Cinq insectes très rares.

La grande question : rare ou rarement observé ?

Dans ma petite tête, je me demande aussitôt si cet insecte est vraiment rare (chez nous, en Belgique) ou si c’est simplement qu’il est vu rarement par des naturalistes/entomologistes ?

Parce que quand même : trouver cinq individus « très rares » en moins de cent mètres, un jour ordinaire, en regardant simplement des barres en métal au bord de l’eau… ça pose question, non ?

Cette interrogation touche à un phénomène fondamental en écologie : le biais de détection. Beaucoup d’espèces sont considérées comme rares non pas parce qu’elles le sont vraiment, mais parce que :

  • Peu de gens prennent le temps de les chercher (surtout les insectes, comparés aux oiseaux)
  • Elles vivent dans des habitats peu fréquentés par les naturalistes
  • Elles sont discrètes, petites, ou présentes à des périodes limitées de l’année
  • Elles manquent de spécialistes pour les identifier

C’est ce qu’on appelle aussi le biais géographique : moi, je connais ce site, je le fréquente régulièrement, à différentes saisons, avec attention. Je crée une « pression d’observation » élevée sur ce petit territoire. Du coup, je découvre ce que d’autres ratent, simplement parce que je suis là, souvent, les yeux ouverts.

Intermède au restaurant : question de jizz

Arrivée au restaurant à midi, je mange avec belle-maman aujourd’hui. Je range mon appareil photo dans mon sac à dos, posé à côté de moi. Nous nous sommes installées côté fenêtre pour voir le magnifique ciel bleu et les arbres. Nos plats sont servis rapidement. Le mien est très chaud, je souffle lentement sur les aliments qui sont sur ma fourchette quand mon regard périphérique (un vrai radar détecteur de vivants) capte un mouvement haut dans le ciel.

Il vole en planant et en décrivant de larges cercles. Grande envergure, mais avec des ailes étroites et droites. Ce n’est donc pas un rapace. Mes connaissances se limitent à ça.

Je ressors aussitôt mon appareil et je vise comme je peux l’oiseau. Un peu tordue quand même, car la vue depuis la fenêtre n’est pas des plus aisées pour photographier. Deux photos avant qu’il ne disparaisse de mon champ de vision.

Deux coups de fourchettes plus tard et hop, il réapparaît. Ah non ! Ici, c’est un rapace, le jizz est tout à fait différent.

Mais c’est quoi, le « jizz » ? Le jizz (prononcé « djize »), c’est un terme utilisé par les ornithologues pour désigner l’impression générale qu’on a d’un oiseau : sa silhouette, sa manière de voler, sa posture, son comportement, ce « quelque chose » qui permet de l’identifier même de loin ou dans de mauvaises conditions.

C’est comme reconnaître quelqu’un de dos dans la rue à sa démarche, sans voir son visage. Le jizz, c’est ça : un rapace a des ailes larges et arrondies, un vol battu-glissé caractéristique. Un goéland a de longues ailes étroites et droites, il plane avec grâce. Même floue, même loin, l’impression générale est différente.

Mon premier oiseau au restaurant ? Ailes longues et fines, vol plané en cercles : goéland. Le second ? Silhouette plus compacte, vol différent : rapace.

Je ne saurais identifier le rapace ainsi, trop loin pour moi, alors je fais… des photos. Deux également.

Verdict de l’intelligence artificielle

À la maison, je rentre les photos dans le site observations.be pour voir si l’intelligence artificielle spécialement programmée pour reconnaître les animaux identifie mes planeurs.

Longues ailes étroites, trop loin et photo de trop mauvaise qualité, mais c’est un goéland. Un argenté, un brun ou autre, rien de certain.

Quant à l’autre, il s’agit bien d’un rapace : un épervier d’Europe ! Vu sa taille, j’opterais pour une femelle, qui, chez cette espèce, est plus grande que le mâle 😊

Souvenirs de raretés

Je revisionne les clichés numériques de l’insecte « très rare ». Cette mention m’a fait me rappeler un souvenir que j’ai déjà évoqué sur ce blog : l’observation extraordinaire (avec photo en prime !) de ma première, de ma seule et unique Marouette ponctuée. (clic pour lire l’article qui lui est consacré sur ce blog) C’était aussi en 2001, à l’étang de Virelles. Le guide-nature qui m’accompagnait ce jour-là avait dit que c’était la chance du débutant. Il n’avait pas tout à fait tort 😉

Et puis, je me souviens aussi que sur cette application belge, les lézards des murailles sont aussi considérés comme « très rares ». Or, je vois ce reptile facilement. Je sais où le voir et neuf mois sur douze, il est présent et il n’est pas tout seul.

Alors, rare ou pas rare ?

Cette question illustre parfaitement le paradoxe de la rareté en sciences naturalistes.

Deux hypothèses se complètent :

1. L’effet observateur : Après plus de 20 ans à observer les oiseaux, j’ai développé un œil affûté. Je repère des détails, des mouvements, des formes que d’autres ne voient pas. Mon cerveau s’est entraîné à détecter certains patterns. C’est l’effet de l’expérience.

2. Le sous-échantillonnage : Beaucoup d’espèces dites « rares » souffrent simplement d’un manque d’observations. Peu de gens regardent les barres métalliques au bord de l’eau à la recherche d’insectes discrets. Peu de gens connaissent les bons coins à lézards. Résultat ? Ces espèces semblent rares alors qu’elles ne le sont peut-être pas tant que ça. Elles sont juste… rarement observées.

C’est pour ça que les plateformes comme observations.be sont si précieuses : chaque donnée encodée, même avec une photo moyenne, contribue à corriger ces biais. On découvre parfois que des espèces « très rares » sont en fait présentes, mais qu’il manquait simplement des gens pour les chercher au bon endroit, au bon moment.

Conclusion (avec une pointe d’humour)

Alors, vous avez dit rare ? Je suis une perle rare, on me l’a déjà dit quand je travaillais ici ou là. (Rires.)

Mais sérieusement : cette journée m’a rappelé que la nature réserve toujours des surprises à qui prend le temps de regarder. Même si ça implique de rater LA photo du Martin-pêcheur de l’année parce qu’on était obnubilé par un insecte au nom imprononçable. Et puis, on est qu’au début de la nouvelle année, il me reste encore onze mois pour sublimer ma flèche bleue préférée.

Et vous savez quoi ? Je retournerai ici ou là, ici et là. Parce que Martin, lui, il n’est pas rare. Il est juste… discret. Et patient. Contrairement à moi.

Toutes les observations de cette journée ont été encodées (ou vont l’être) sur observations.be, photos floues comprises. Parce que même une photo moyenne d’une espèce rare (ou rarement observée, on ne sait toujours pas) vaut mieux que pas d’observation du tout.


Pour aller plus loin :

  • Le « jizz » : cette impression générale qui permet d’identifier un oiseau même de loin
  • Le biais de détection : quand une espèce semble rare simplement parce qu’elle est peu observée
  • Le biais géographique : l’importance de prospecter régulièrement les mêmes sites
  • L’image de recherche : quand notre cerveau se focalise sur une cible au point d’en occulter d’autres

Et n’oubliez jamais : un Martin-pêcheur raté vaut toujours mieux qu’aucun Martin-pêcheur du tout. Enfin, c’est ce que je me répète pour me consoler.

Un insecte étrange : la beauté cachée

Les dessous d’un insecte

Un drôle d’insecte flotte dans le bol d’eau,
Jaune et noir, quel étrange oiseau !
Ni guêpe, ni frelon, ni abeille,
Un corps tout plat, drôle de merveille.

Ses longues antennes me font hésiter,
Je tends la main, pour le sauver.
Hélas, il ne bouge plus d’une patte,
Figé, brillant, sous la lumière plate.

Par précaution, au vu des couleurs,
Je prends une brindille, sans frayeur.
Quand on ne sait ce qu’on a trouvé,
Mieux vaut sauver sans trop toucher.

Clic-clac ! Une photo pour l’histoire,
Dans mon appli, je veux tout savoir.
Quel est donc ce curieux invité,
Aux habits jaunes délicatement zébrés ?

Oh ! C’est une punaise ! et quelle espèce !
Sous ses élytres, quelle finesse !
La gonocère des haies, rien de moins,
Un nom savant pour un insecte du coin.

Elle aime les haies, les prunelliers,
Les aubépines et les pommiers.
Discrète encore sous le ciel doré,
Elle prend la chaleur avant d’hiberner.

Sous ses ailes dorées,
Le jaune et noir s’y fait beauté.
Je la croyais morte, noyée, figée,
Mais la voilà qui revit, toute en légèreté.

Sous le soleil chaud de la mi-saison,
Elle s’ébroue, reprend son horizon.
Elle déploie ses pattes, suit son chemin,
Comme si de rien n’était, tranquille, enfin.

Moralité : avant de crier « punaise ! »,
Apprenons à voir la beauté qui se dresse.
Sous leurs dessous de soie ou d’écorce,
Les insectes cachent mille forces.

Quel automne : 17 degrés en ce 5 novembre 2025 !
Avait-elle chaud ou soif pour que cette punaise tombe dans l’eau ?

Une affaire de moustique

Ou comment écrire une petite histoire sans en avoir l’air ? Voici le 10ème titre des aventures de Meredith by … moi :-) (clic ici pour lire les 9 autres textes)

Une affaire de moustique

Meredith pensait être quitte avec les moustiques. Après les tiques, les mouches, les guêpes, les poux, les fourmis, les araignées et les moustiques, voici donc, tout naturellement, le retour triomphant de ces dernières petites bêtes pas sympathiques. Normal pour des moustiques !

L’histoire commence ainsi :

Calmement posée sur le mur de la salle-de-bains, Dame Moustique observe l’humaine qui rentre dans son repaire, l’air insouciant. Meredith n’a pas encore vu la petite bête, il faut dire qu’elle ne regarde pas systématiquement au plafond étant donné que sa crainte habituelle est, hélas toujours, de voir une énorme araignée se planquer au fond du bain. Mais, voilà que son geste mécanique est d’attraper le pommeau de la douche qui est accroché en hauteur, à l’endroit même où son mari de 25 centimètres plus grand qu’elle, l’a laissé hier. (25 centimètres de différence entre eux, ce n’est pas grand-chose, pourtant son mari ne cesse de lui répéter sa taille quand elle ose ranger des choses un peu trop bas pour lui… Dernièrement, elle lui a fait la même remarque, mais en précisant sa taille à elle ; lui, il peut s’abaisser, elle, ne voit carrément parfois pas l’objet en question vu son emplacement hors de portée de ses yeux) La hauteur du pommeau de douche nous importe peu, sauf que cette information au départ sans importance va s’avérer capitale pour la suite étant donné que Meredith doit, sur la pointe des pieds et en râlant quelques peu, étirer complètement son bras et pencher sa tête en arrière pour l’attraper et que, en toute logique, son regard périphérique capte une tache noire juste à droite, un peu plus haut, que le pommeau. La tache aurait pu être banale, une tache d’humidité ou… Ou une bête ! Car soyons réaliste, il n’y a pas grand choix dans une salle-de-bains, à cette hauteur, qui peut correspondre à une tache noire.

L’histoire se répète donc. Meredith aurait dû flairer le danger à l’instant même où elle a repéré le moustique, mais malgré son âge, elle reste naïve et pense bêtement que le moustique va se tenir tranquille s’il tient à sa vie. En effet, au début, le comportement de la bestiole, aurait presque pu donner raison à Meredith. Encore ensommeillée par une nuit courte, Dame Moustique ne bouge pas une patte, profitant un maximum du spectacle qui s’offre à elle, à savoir une belle et grande superficie de peau délicieusement parfumé à l’odeur de sang sucré. Elle a l’embarras du choix, n’est-ce-pas ? Qu’auriez-vous fait à sa place ? Hein ? Affamé, car vous n’avez rien mangé depuis des plombes, voilà qu’un repas vous est servi sur un plateau d’argent, enfin une baignoire qui n’est pas en argent, mais qui est là, devant vous, à portée de vos dents…

Tous les sens de Dame Moustique se réveillent. Tel un chat, elle étire ses pattes, nettoie ses antennes, secoue ses ailes sans s’envoler. Meredith peut même interpréter le désir du moustique par une certaine excitation palpable. Fébrile, l’humaine peut même voir l’appendice buccal frétiller de plaisir ! Oui, Dame Moustique fait vibrer sa bouche pour préparer son proboscis allongé (sa trompe quoi, comme les éléphants, si j’avais utilisé le terme de rostre, ma fille m’aurait dit que le moustique n’est pas un dauphin…) à piquer et sucer… après une longue période d’extrême disette, il lui faut bien la nourrir elle, mais aussi ses œufs. Le sang est primordial pour les œufs, il contient plein de protéines, si, si…

Serait-ce donc ici de l’extrapolation ? Meredith ne se préoccupe même pas de cette question car l’insecte bouge à présent de tous ses membres.

Si nous avons bien suivi les aventures de Meredith, cette histoire devrait, pour équilibrer un peu le score, donner Dame Moustique grande gagnante. Mais, toujours si nous avons bien lu les histoires de Meredith, nous pouvons dire que cette humaine-là, bien qu’elle soit compatissante avec les petites bêtes, n’en est pas moins une redoutable combattante. Têtue, pensant à ses enfants (dont le fiston a déjà été dévoré à de nombreuses reprises par on ne sait quelle vilaine et exécrable bête), on peut supposer que l’affaire ne va pas s’arrêter là… sinon, il n’y aurait tout simplement pas d’histoire !

Meredith ne s’affole pas malgré ses poils qui commencent à se redresser sur sa peau découverte. Elle a comme l’impression d’un déjà-vu… avec raison ! Vu l’heure matinale, et étant donné que la maisonnée dort encore à poings fermés, l’humaine chuchote à son agresseur quelques mots d’avertissements du style : « Ne sois pas stupide, j’ai la douche comme arme fatale. Sauf si tu es suicidaire, je ne te conseille pas d’avancer plus que ça. » Mais ces menaces n’ont aucun effet sur le moustique. En effet, si Meredith est têtue, elle n’est pas la seule. Ce que Meredith ignore c’est que cette espèce de Dame Moustique a besoin de son sang pour ses œufs, sans sang, pas d’œufs. Le nectar des fleurs ne suffit plus à cette bestiole. Tous les moustiques n’ont pas cette particularité, il fallait bien sûr que celui-ci tombe sur Meredith ! Et comme pour cette jeune femelle, c’est sa première ponte, elle a toute la fougue et le tempérament nécessaire à cette épreuve oh ! combien périlleuse.

Appâtée par le fumet de l’humaine, Dame Moustique a du mal à se contrôler, ses mouvements sont saccadés, son vol imparfait. Rasant le mur du mieux qu’elle peut, l’insecte a tellement d’énergie et de volonté qu’elle finit par prendre des risques et à se rapprocher dangereusement du visage de Meredith. Erreur fatale ! Sans plus réfléchir, Meredith, tout à fait consciente de son geste meurtrier, oriente le jet de la douche directement sur le moustique. Mais que se passe-t-il ? Le moustique est toujours là, il vole toujours maladroitement, mais il évite les centaines, les milliers de gouttes ? Impossible ! Meredith n’en croit pas ses yeux ! Cette moustique, est une pilote de Formule1, elle évite les projectiles comme aucun moustique n’a fait avant elle ! Finalement, après un temps qui a paru abominable à Meredith, et qui a dû paraître autant interminable à Dame Moustique, l’incroyable phénomène se pose au plafond, presque dans le coin, le cœur battant à mille pulsations à la minute, au moins ! Meredith peut voir tout le corps de la petite bestiole reprendre son souffle. Intrépide et courageuse, Dame Moustique n’est pas moins stupide. Elle s’est posée hors de portée de main, et Meredith n’a pas l’intention d’asperger son plafond pour si peu… Elle pense bien à prendre l’essuie pour en finir une bonne fois pour toutes, mais d’expérience, elle sait que le moustique peut s’emmêler les pattes dans l’essuie et qu’il lui faudra l’enlever de là avec les doigts. Chose impensable pour elle.

Alors, elle le laisse tranquille… enfin pour le moment, car Meredith, avant de quitter la maison, informe sa famille de l’intruse. Avec un mari sans peur ni remords pour la gente Culicidé, elle sait que la vilaine, bien que remarquable par sa vitalité et son audace, a peu de chances de s’en sortir vivante.

Quelques heures plus tard…

Le soir arrive. Meredith revient de son travail, sans aucune pensée pour la pauvre moustique. Alors qu’elle se revêt de vêtements plus confortables, Meredith croit halluciner : ELLE est toujours là ! ELLE est devant elle, à sa hauteur, plus fraîche qu’un gardon, ayant recouvré toute son énergie et son désir de sang ! Les insecticides ne sont pas présents dans la maison… Mais Meredith a trouvé une alternative toute aussi efficace qui sied parfaitement à la situation trouve-t-elle : le spray du parfum « nectar de nature » !

Non seulement, elle asphyxie la moustique, mais elle parfume la salle-de-bains. D’une pierre, deux coups.

Lorsque Meredith pensait s’en être enfin débarrassée, quel ne fut pas son étonnement de la voir agonisante à ses pieds. Là, sans aucun remord, elle l’écrase avec sa pantoufle. Elle lui épargne ainsi une fin de vie longue, difficile et cruelle.

Pour lire sur Atramenta, c’est ici, clic, clic, clic.

FIN.
Fin ? Vous êtes sûrs ? Je n’ai pas encore parlé des puces… :-)

Savoir baisser les yeux

Le monde grouille, là en bas, sur le sol…

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Est-ce que vous voyez comme moi 2 petits points rouges ? ce sont des parasites, enfin, je crois, ils me font penser aux parasites que mon iguane avait sur lui quand je l’ai recueilli. Et lorsqu’il a fait chaud (si si, je vous assure, il peut faire aussi chaud de temps en temps en Belgique), sur le mur de la gare, ça grouillait… Mais ils sont tellement petit, que malgré leur couleur, ils passent inaperçu si on ne fait pas attention.

Quant à l’insecte, ça doit être un stade larvaire d’une coccinelle, non ? C’est comme les chenilles et les papillons, le stade « bébé » n’a rien à voir avec celui d’adulte :-)

Et une autre petite photo… un scarabée qui marchait au ralenti. Il devait être en fin de vie, il se faisait dépasser par d’autres insectes rampants, plus lents.

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Le monde micro est super intéressant quand on prend la peine de s’arrêter et d’observer… nos pieds  ha ha

Là, j’avoue, on ne s’est pas trop attarder, même si je pense que la bestiole allait rendre son dernier souffle… mon fils est devenu tout blanc à la vue de la taille du « monstre »

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Lui coller au train

ça ne doit pas être facile de marcher dans cette position et dans cette direction… il (ou elle ?) lui colle au derrière de manière tout à fait « pro », et celui qui mène la danse ne ralentit pas pour autant sa vitesse de croisière :-)

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Le gendarme est un insecte fascinant à observer… si si, il s’active, sans cesse, sauf pour bronzer au soleil, avec le risque de se faire écraser car il est partout celui-là !

Il paraît que l’accouplement est long, très long, c’est grâce à ça qu’on peut facilement le voir et… faire des photos cochonnes (rires). N’empêche, je plains un peu celui qui doit marcher, courir, en arrière…

Meurtre dans la baignoire

Voici le 1er épisode des aventures de Mérédith, une jeune femme qui commet des meurtres, parfois sans aucune prémiditation, pour le moins bizarres…

BRUXELLES. – Hier matin, après s’être aventurée seule en territoire ennemi, une femelle moustique a succombé aux attaques démesurées d’une jeune humaine d’une trentaine d’année…

Il devait être aux environs de 7 heures 30, hier matin, lorsqu’un moustique d’âge indéterminé a pénétré par effraction dans un petit appartement au centre de la capitale.

Alors que Mérédith L., une femelle humaine d’une trentaine d’années, prenait une douche, l’infortuné moustique s’est introduit par un interstice du rideau de plastique rose qui masquait à la vue du chaland « fureteur » le corps de sa propriétaire.

D’ores et déjà, sa mort était annoncée.

Certaine d’atteindre sa cible sans subir de dégât corporel, la femelle (information scientifique transmise par la DelInVol – Délégation des Insectes Volants : seules les femelles moustique piquent pour se nourrir, les mâles se contentent du nectar des fleurs) a poursuivi son but sans peur  et sans reproche.

Mais c’était sans compter sur la phobie qui s’empare de Mérédith L. L’accusée souffre en effet de terreur impulsive et d’actes non contrôlés dès que sa vision détecte une araignée, un faucheux ou un insecte aux longues pattes, telle notre femelle moustique (celle-ci pourvue de pattes démesurément longues et d’un corps épais, brun et noir).

Né sans doute sous le signe de la malchance, l’insecte ne connaîtra pas l’ivresse due à l’absorption du sang particulièrement sucré de Mérédith. Sa famille le regrettera sans doute… ou pas… Qui sait ? Seul le Dieu des moustiques connaît la réponse.

Toujours est-il qu’après s’être posé maladroitement sur le rideau de douche, juste sous le nez de Mérédith, le moustique prit subitement conscience de son erreur. D’un geste savamment calculé et sans la moindre hésitation, même si d’une main tremblante, l’humaine déplaça le pommeau de sa douche sur l’animal.

Le moustique savait là sa fin imminente.

Toutefois, il eut le temps d’émettre une courte prière et de penser à sa petite soeur, morte par écrasement, (la veille au soir), par une pantoufle tueuse.

Projetée par le jet d’eau à une centaine de pattes, cette gigantesque mais néanmoins gracieuse moustique heurta le fond de la baignoire pendant que des milliers de « missiles à tête chercheuse » la frappaient, tels des projectiles de pointe. Une patte fut même arrachée sous la puissance du choc. Juste avant de perdre conscience, notre pauvre moustique se jura de ne plus jamais oublier cette arme redoutable.

Rapidement, l’animal se dirigeait inexorablement vers le Trou Sans Espoir, le gouffre de la mort.

Mais vue sa taille impressionnante, la victime gisait là, une aile dans l’égout, l’autre en-dehors, le corps balançant au rythme des terribles gouttes d’eau meurtrières.

Mérédith L., prise sur le fait, (le cadavre encore visible dans la baignoire à l’arrivée de la femme de ménage), devrait toutefois s’en sortir sans peine de prison. En effet, la jeune femme a fait preuve de remords, elle dit avoir regretté son geste.

Le fait que la victime soit aussi entrée chez elle sans son consentement devrait également jouer en sa faveur.

Les voisins prédisent une sentence proche de celle qui a été prononcée lors de l’assassinat d’un faucheux, l’été passé, à savoir la condamnation pour le coupable de rédiger un article sur la victime et à présenter publiquement ses excuses à la famille entière de ce pauvre moustique.

Dernière minute: la peine pourrait être allégée, car on aurait trouvé une lettre du moustique expliquant sans équivoque son intention de sucer le sang de Mérédith L.. De plus, la victime ferait partie du gang des MouVoN – Moustiques Volontairement Nuisibles ! Les excuses publiques ne devraient donc pas être exigées.