Conflit de territoire

Bureau F.L.I.C. — Felines & Local Intruders Control

Rapport d’enquête – Dossier n° 2025-MHG-2611 : Intrusion répétée en territoire privé

Inspecteur : Minos, division Griffes & Territoires
Assistants : Loki, Orion et Héra
Plaignants humains : propriétaires du jardin concerné

  1. Contexte de l’affaire

Depuis environ deux ans, un individu félin non autorisé, mâle, environ trois ans, pelage blanc et gris, statut : castré mais manifestement sans domicile affectif fixe, s’introduit régulièrement sur la parcelle privée du foyer plaignant.

Motif présumé : recherche d’attention, de ressources alimentaires ou simple goût du chaos territorial.

Selon nos informations, l’individu passe la majeure partie de son temps dehors, privé d’affection et d’occupation par ses humains officiels. Ce mode de vie pourrait expliquer ses comportements à risque.

2. Historique des intrusions

L’intrus procède à des incursions quotidiennes, été comme hiver, sans présenter la moindre autorisation territoriale signée.

Il ignore volontairement les marquages olfactifs apposés par les résidents locaux, pourtant deux mâles castrés participent assidûment au maintien des frontières odorantes.

Des tentatives d’EDF (Expulsions Douces mais Fermes) ont été menées :

  • Dissuasion de niveau 1 : chasser l’individu à voix basse ou en « soufflant » dessus. 
    → Échec complet.
  • Poursuites à pied : intervention humaine de niveau 2.  
    → Aucune amélioration.
  • Projection aqueuse : usage non létal, classé « arme de catégorie H2O ».  
    → Résultats faibles, suspect persévérant.
  • Approche empathique : caresses, communications verbales, rations nocturnes.
    → Le suspect profite du système et continue d’empiéter sur les frontières.

L’intrus connaît donc parfaitement les lieux, leurs points d’accès et les horaires des patrouilles. Un récidiviste déterminé.

3. Dégradations constatées

Minos, agent principal en charge de la défense du périmètre, a subi de multiples affrontements avec le suspect.

Résultats :

  • visites répétées chez la vétérinaire
  • blessures, abcès, antibiotiques nécessaires
  • tensions inter-félines croissantes
  • atteinte sévère à la tranquillité du quartier félin et hausse de stress quotidien

Ce week-end, l’individu s’en est pris à Loki, assistant junior.

Lieu du délit : dans 95 % des cas, le jardin des plaignants.

Fuite du suspect fréquente vers un jardin voisin inaccessible aux forces humaines.

4. Découverte récente

Ce matin, à 06h15, une bagarre aurait éclaté. À 14h, l’enquêtrice humaine découvre au pied du cyprès :

  • plusieurs touffes de poils blanc et roux
  • un fourreau de griffe abandonné
  • aucun oiseau impliqué (fausse alerte initiale : plumes ≠ poils)

Examen sur l’agent Minos : aucune blessure apparente.

Hypothèse : le suspect aurait cette fois subi des dommages et l’agent Minos n’aurait perdu que quelques poils en surplus.

Conclusion et demande d’assistance

Le trouble persiste. Les habitants cherchent un moyen de contraindre le suspect à cesser ses intrusions, sans pour autant perturber la vie et la liberté de leurs propres agents félins.

Toute information, astuce ou technique permettant de repousser un intrus félin opiniâtre, sans nuire aux résidents légitimes, est demandée avec urgence.

Fin du rapport.

Signé : Inspecteur Minos, griffure officielle.

Annexe au dossier n° 2025-MHG-2611 — Interrogatoire du suspect

  • Lieu : Abri de jardin réquisitionné, lampe torche braquée sur le suspect.
  • Participants :
    • Inspecteur Minos (IM)
    • Assistant Loki (L)
    • Suspect Blanc-Gris, dit « Le Vagabond » (V)

IM :

– Bon. On t’a attrapé ce matin, à proximité immédiate du cyprès. Autant dire en flagrant délit d’intrusion. Alors tu vas parler, le Vagabond. Pourquoi tu reviens toujours ici ?

V :

– (hausse les moustaches)  Je reviens, je repars… Je suis un chat libre, moi. Je circule. C’est mon style.

IM :

– Ton style ? Ton style ? Ton style, c’est surtout d’entrer sans autorisation, de te battre avec mes agents et de semer tes poils partout sur la scène de crime.

V :

– (soupire) J’y peux rien, Inspecteur. J’me sens… comment dire… mieux ici que chez moi.

L :

– Tu avoues donc que tu préfères ce jardin ? C’est noté. Motif d’infraction supplémentaire : appropriation émotionnelle d’un territoire autrui.

V :

– Oh ça va, les bleus ! C’est pas un crime d’aimer un endroit où on se sent un peu… pensé, tu vois ? Chez moi… ils pensent pas à moi. Pas vraiment. Je suis là, mais je suis invisible. Ici au moins, y a des voix, des regards, des odeurs qui disent : quelqu’un existe ici. Alors ouais, j’viens. J’viens parce que j’ai besoin. J’viens parce que j’arrive pas à pas venir.

IM :

– (tousse, légèrement ému, mais tente de rester professionnel) Ça ne justifie pas les attaques répétées contre mes agents et contre moi-même !

V :

– Je sais. C’est plus fort que moi. Quand je vois vos marquages partout, j’me dis “tiens, eux au moins ils ont un foyer, une vraie tribu”. Et moi, j’entre, je teste, je provoque… parce qu’au fond j’aimerais presque qu’on me dise : bon, d’accord, pose-toi. Mais bon. Je sais que ça marche pas comme ça.

L :

– Tu veux dire que tu cherches… de la famille ?

(à Minos, à voix basse) Chef, ça devient émotionnellement compliqué.

IM :

Je prends la situation en main.

– (revenant au suspect) Écoute-moi bien, Vagabond. Tu ne peux pas rester ici. Ce territoire est déjà chargé, fertile, disputé. Tu mets nos humains en stress, tu blesses mes gars, tu me cours sur le croupion ! Je n’ai pas que ça à faire, moi !

Mais… (regard sur Loki)… on ne te laissera pas repartir avec rien.

V :

– (oreilles dressées) Ça veut dire quoi, ça ?

IM :

– Ça veut dire qu’on va trouver un arrangement. Tu gardes tes distances. Tu cesses les attaques. En échange… tu reçois un statut. Quelque chose comme… un “visiteur toléré”, mais uniquement sur invitation tacite. Et si un jour nos humains croisent tes humains… peut-être qu’ils leur feront comprendre qu’un chat comme toi mérite plus qu’une porte fermée.

V :

– (baisse la tête, murmure) Ça… ça me va. J’promets d’essayer. Vraiment. Mais faudra parfois être indulgents. J’suis pas habitué à… à être chez moi, tu vois.

IM :

– On fera avec.

Dossier mis à jour. Interrogatoire clos.

Ma petite histoire d’après 5 mots

Ingrédients pour une recette d’histoire :

1) Prenez 5 mots, au hasard, dans un livre : branche, pleurer, maison de correction, horaire, c’est des salades

2) ajoutez une contrainte supplémentaire (ton joyeux) ou deux (respecter l’ordre des mots)

3) ne réfléchissez pas trop et écrivez ce qui vous passe par la tête

4) ne vous relisez pas, ne soyez pas sévère avec vous et appréciez votre talent à sa juste valeur,

5) partagez si vous n’avez pas peur du ridicule et que vous voulez faire rire votre lectorat


Mon histoire commence dans une ville. Dans cette ville, il y a des rues, il y a des maisons, il y a des gens et oui, il y a encore un peu de nature, de la verdure, par-ci, par-là.

Dans une rue de la ville, se trouve un magasin. Un magasin qui vend des articles pour les écoles : des stylo-plumes, des crayons de couleurs, de la peinture, des trousses, des cartables et tout un tas de papier et de matériels pour le bricolage. Et derrière cette papeterie, coule une rivière paisible. Au bord de cette rivière des arbres. Dans les arbres, des oiseaux. Dans le bec des oiseaux, des mélodies sifflantes qu’il fait bon entendre. Ça siffle, ça gazouille, ça chante. En cet été chaleureux et valeureux, il n’y a pas un pet de vent, pas d’embouteillage klaxonnant ni d’injures crachées par des automobilistes pressés ou mal lunés.

Dans ce calme paisible, on s’endormirait presque à l’ombre d’un des arbres qui borde cette rivière paisible. Tout à coup, ça claque comme un fouet :

– Tim, vieille branche, c’est bien toi ?!

– Eh ! Salut Robin des bois. Ça fait longtemps, pas loin d’un an, si je ne me trompe. Bah, oui j’deviens vieux, mais toi, dis-moi, tu ne pleures plus comme une madeleine ?

– Les larmes de crocodile, fini pour moi. La maison de correction est loin derrière moi. Je ne crains plus personne en plume Davidson.

– En plume quoi ? T’as bu du peket ou quoi ? Ou alors l’eau de la rivière est polluée.

– Mais non banane, c’est le décalage horaire, ça tourne plus très rond là-dedans. Rends-toi compte, je viens de me taper 90 km dans les ailes rien que cette nuit. Je reviens de loin, de la Scandinavie ! Je dois être déshydraté et quand j’ai soif, je me mets à délirer en vers s’il vous plait, car un ver ça passe, mais c’est trop peu, deux vers c’est mieux !

– Tout ça c’est des salades mon vieux. Tu es un rouge-gorge casanier, tu es né ici, dans le nichoir préfabriqué du magasinier. Et on est en été petit filou. Tu migres peut-être bien, mais c’est en hiver que tu pars, en Espagne, là où il fait chaud.

Tim et Robin continuent à dé-blat’errer gentiment. Ils déterrent les blattes et blablatent sur le temps qui passe. Ils évoquent des souvenirs… Tim est un arbre, il est vieux, il a bien vécu et il a de la bouteille ! Robin est un petit oiseau, un rouge-gorge, adorable et sympathique, mais qui ne sait plus trop ce qu’il raconte. Il perd un peu la boule, ça arrive malheureusement aussi chez les oiseaux.


Une photo qui n’a rien à voir avec cette histoire. Quoique, celle-ci m’a été soufflée par une araignée 🕷

Blaise présente sa BD : L’empoté

Voici une BD originale : Les aventures mobiles et immobiles de l’Empoté.

J’ai découvert cet illustrateur, Blaise, grâce à la créatrice de Witlove : Teresa Oger. C’est lui qui fait les visuels pour cette nouvelle entreprise textile Bruxelloise ;-) J’y consacrerai un autre article aussi, car j’ai le bonheur d’avoir chez moi des produits de chez elle aussi !

Donc la BD :-) Très beau produit de qualité, avec une couverture en dur et du papier épais, doux et agréable au toucher. C’est vraiment un livre-objet. Un livre, plus qu’un livre. On y découvre au début la naissance, l’idée de ce projet. Lors du 1er confinement en Belgique, les idées ont fusées et quelle belle naissance ça a donné ! Et puis, il y a des histoires, de nombreuses histoires, des histoires généreuses, souriantes, surprenantes, aimées. À la fin, il y a l’histoire de la BD, son projet, ses idées. La rencontre entre deux univers, entre deux personnes qui ont permis de concrétiser bien des choses. Et encore des histoires, racontées, écrites, partagées, échangées. Quelle belle relation, trait-d’union : love :-)

C’est presque une BD sans texte, presque. On suit les aventures, réelles et imaginaires, d’un homme : l’Empoté. Un personnage qui ne peut se passer de son pot. Normal, il est né dans un pot, il a grandit, évolué, mûri. Les techniques y sont diverses et variées, mais l’humour prend une belle place.

Ce que j’ai préféré ?

  • l’humour
  • les dessins des animaux, car j’adore les oiseaux (surtout les oiseaux)
  • les couleurs et les dessins
  • la combinaison des dessins colorés sur fond de photo en noir et blanc : j’adooore l’effet, genre 3D, plus vivant, contrasté
  • ma dédicace, extraordinaire, magnifique, belle, j’adore, j’adore, j’adore

Mérédith : 3 – Insectes : 0

La mouche.

Vous connaissez le film ?

Moi c’est mon préféré.

Je crois que j’ai dû le voir au moins soixante-trois fois ! Sans mentir !

Alors quand j’ai appris ce que Mérédith avait fait à mes pauvres amis, je me suis immédiatement rendue chez le Grand Sorcier des Petites Bêtes. Celui-ci est ravi de me voir.

— Seule une mouche a le tempérament qu’il faut pour oser l’aventure. Arthropodus Hexapodus, tu es née pour être une héroïne !

Après cet accueil chaleureux, il m’a conseillé d’éviter la baignoire.

Sans blague, il me croit suicidaire ?

Ensuite il m’a dit de suivre la bipède à une distance raisonnable, histoire qu’elle ne se rende pas compte de la filature.

Pfeu trop fastoche !

Les humains sont bêtes parfois, je vous jure. Elle n’a rien vu, ni entendu.

Nous sommes donc arrivées sur le lieu de son travail.

Le Grand Sorcier m’a suggéré de me poser d’abord sur un excrément bien dégueu avant d’attaquer Mérédith. Il paraît que la texture liquide des fientes d’oiseaux est un excellent outil pour réaliser rapidement, et sans faille, ses potions magiques. Au bout de mes pattes pendent donc des gouttes blanches et vertes dont le doux parfum titille mon odorat excité.

J’ai tout prévu… ou presque !

Je dois simplement me poser, ne fût-ce que deux secondes sur son cou délicat. Il me suffit d’appuyer très légèrement mes pattes à un endroit bien précis (les scientifiques appellent ça la « veine jugulaire ») pour que son cœur arrête de battre !

Cela parait aussi simple que de voler !

Hélas, tout paraît toujours plus simple dit comme ça. Mais en pratique, c’est vachement plus dur.

Si si je vous assure.

Pendant dix minutes, je parviens à esquiver une main meurtrière. Heureusement que je suis sortie première de ma classe de vol sinon, elle m’aurait déjà aplatie comme une crêpe, la Mérédith !

C’est qu’elle ne se laisse pas faire la vilaine.

Elle est carrément déchaînée !

Je prends de la hauteur, je vire à 180 degrés, je fais un looping du tonnerre, trois figures aériennes parfaites bien que d’une inénarrable complexité, enchaînées avec une dextérité à faire pâlir de jalousie feu mon professeur de vol ! (et le pire dans tout ça, c’est qu’il n’y a personne pour admirer mes voltiges, mes prouesses, ouiiiiin) et elle, cette M.. Me… Mer… édiiiiith ouh là je l’ai échappé belle !

Elle m’observe, vise et vlan : m’envoie le dos de sa main presque en pleine poire !

Pffuii une aile à côté et j’étais defunto ! Quel calor ! Mamamia.

Là, je ferais bien une pause.

C’est que j’en peux plus, moi…

Je suis à bout de souffle, vidée, lessivée, crevée…

La mouche, qui se prenait pour une Super Mouche, ne prit pas la peine de réfléchir deux secondes et alla se poser sur le clavier, juste sur la touche PAUSE, devant et sous les yeux de la terrible Mérédith.

De vous à moi, que croyez-vous qui soit passé par sa petite tête d’insecte repoussant pour aller se poser sur cette touche ?

Vous pensez sincèrement qu’elle a su lire le mot « pause » ?

Non, je n’y crois pas. Les mouches, ça ne sait pas lire quand même ?

Toujours est-il que Arthropodus Hexapodus glissa maladroitement de la touche (sûrement à cause du reste de la fiente d’oiseau qui devait encore être sur ses pattes) et, épuisée qu’elle était, n’a pas pu réagir à temps.

Elle n’ouvrit pas ses ailes et alla coincer son petit corps répugnant entre les deux touches du clavier.

Dans de pauvres « bzzzzz… bzzzz… bzzzzzzzzzzzzz… bzzzzzz… » désespérés, ses ailes essayaient vainement de s’ouvrir, mais c’était peine perdue. Le clavier de l’accueil n’était pas spécialement lavé tous les jours et les gouttes de café et les miettes de biscuits au chocolat devaient certainement empêcher la pauvre mouche de se sortir de la périlleuse situation dans laquelle elle s’était fourrée… toute seule !

Une chose était certaine : elle allait mourir…

Parce que Mérédith n’allait bien évidemment pas l’aider à abréger ses souffrances…

Ça prendrait le temps que ça prendrait (personne ne se sert jamais de la touche « PAUSE », non ?)… Elle n’avait qu’à se coincer entre le « e » et le « r » !…

Bref… après le moustique et l’araignée, le score tournait une nouvelle fois en sa faveur…

Dans quelques heures, ça nous donnerait : « Mérédith : 3 – Insectes : 0″…

 

Pour suivre la suite des aventures de Mérédith, c’est ici sur Atramenta

Baignoire maudite

Salut à toi, lecteur ! Je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir encore transmettre mes pensées à cette humaine qui écrit en ce moment ces quelques mots. Je peux prendre le contrôle de ses pensées, car elle est prise de remords. Bientôt cette prise de conscience cessera, l’humaine pensera à toute autre chose, et je ne pourrai plus rien faire pour ceux et celles qui oseraient encore tenter cette aventure folle. Alors, s’il te plaît, je te demande d’être très attentif à ce message et de le transmettre à toutes les créatures vivantes à six ou à huit pattes.

Je m’appelle Épeire, je suis une araignée, enfin je le serai encore pour quelques secondes, car bientôt je cesserai de vivre et je me réincarnerai dans la peau d’une autre petite bête. Il y a quelques jours, j’étais un moustique. Je ne sais pas si tu as pu lire l’article concernant mon assassinat. Si oui, tu sais dans quelles tristes circonstances cette Mérédith m’a tuée. Sinon, je t’encourage vivement à lire cet article (clic).

Quand j’eus rendu mon dernier souffle d’insecte, mon âme s’échappa telle une brise légère et alla rentrer, tout en douceur, dans le corps d’une araignée. Celle-ci ne broncha pas un instant quant à mon intrusion, car elle se posait justement la question de l’utilité d’être une araignée. Mon âme de moustique allait lui donner un sacré coup de fouet. Désormais ses pensées m’appartenaient et j’avais libre accès aux commandes de ses pattes.

Elle et moi avons mis quelques jours pour apprendre à nous connaître.

Je savais Mérédith arachnophobe. M’être réincarnée dans une araignée me rendait euphorique. Ma vengeance serait terrible et à la fois délicieuse.

Une semaine plus tard, l’araignée et moi, nous étions d’accord pour faire justice à mon corps de moustique. Désormais, nous ne faisions plus qu’un.

Je pénétrais dans les tuyaux de la cave et grimpais en direction de la baignoire. Avoir huit pattes est très avantageux, j’avançais très rapidement dans le tuyau, et sans la moindre difficulté, j’accédais au trou de sortie, celui-là même qui avait englouti mon cadavre de moustique !

Hélas, très vite, je compris mon erreur ! Je venais de m’engager sur un terrain glissant, je n’avais plus d’ailes pour m’enfuir, juste une paire de pattes supplémentaire qui n’allait pas pouvoir m’être utile ici.

L’horreur se produisit encore une fois. Un peu comme dans un film, la scène se répétait, mais avec un autre personnage. Malgré des détails différents, j’allais encore une fois mourir dans d’atroces circonstances.

Cette fois-ci, j’avais eu tout le temps de voir l’horrible massacre arriver. Après avoir réussi à lui faire peur (gnia gnia gnia, que c’était bon de déceler la peur dans ces yeux d’humain !), j’avais voulu partir en toute hâte. C’est là que je réalisais que je n’avais plus la moindre issue. La baignoire était une vraie patinoire. Je ne parvenais pas à me hisser plus haut que mon corps, je retombais à chaque fois !

Au loin, je visais alors le trou par lequel j’étais entrée, mais par je ne sais quelle supercherie, mon dos ne passait plus le bouchon en métal ! Puis, tout à coup, deux têtes d’humains apparaissaient devant moi. Ils m’observaient, me montraient du doigt. Des enfants ! Je priais le Dieu des insectes et des autres petites créatures à huit pattes pour que ceux-ci ne soient pas du style à se marrer en arrachant une à une chacune de mes huit pattes. Heureusement, ça ne semblait pas le cas. Leur curiosité satisfaite, ils s’en allaient tout penaud, le sourire aux lèvres, innocent du crime qui allait être commis dans leur propre bain.

Mérédith comme je le supposais bien n’allait pas avoir le courage de me tuer, non, elle allait demander de faire cette sale besogne à son compagnon ! Ce dernier, un peu fâché d’avoir été sorti de son lit pour une stupide bestiole comme moi n’allait pas prendre de gants.

Alors que Mérédith encourageait ses enfants à prendre le petit déjeuner, sa grande bringue de compagnon rentra dans la salle de bains et ferma la porte derrière lui. Un seul regard échangé m’a permis de comprendre que cet humain-là n’avait aucune pitié pour des petites bêtes comme moi. Je courais dans tous les sens, le menaçant d’une patte levée, mais il n’en avait cure ! J’aurais pu danser sur ma tête, cela aurait eu le même effet. Effroyable !

Au travers de la porte, je pouvais entendre Mérédith parler et découvrir chez elle un trait de caractère que j’ignorais… la phrase qu’elle avait dite à son compagnon restera à jamais gravée dans ma mémoire. Avant de crier vengeance, j’aurais dû mieux apprendre à connaître Mérédith, car je n’en serais pas là aujourd’hui, à vous dire mes dernières paroles en tant qu’araignée. Car, oui, cette jeune femme a supplié son compagnon de ne pas me tuer, mais de me prendre dans un verre pour me relâcher dans le jardin.

C’était sans compter sur la mauvaise humeur de celui-ci ! Une fois encore, je fus tuée par des milliers de projectiles que lançait une douche furieuse. Et comme si ceci n’était pas suffisant, le bipède régla la température au maximum. Je ne savais même plus ce qui me faisait le plus mal, la force des gouttelettes d’eau ou la chaleur bouillante de celles-ci… et encore une fois, la scène finale n’en finissait pas, je n’étais plus trop grande pour passer l’égout, non toute écrasée que j’étais, je ne risquais pas de bloquer avec mon dos, non, mon corps flottait et ne se décidait pas à prendre le chemin définitif de la mort…