Mon ami l’arbre, jeu d’écriture dans les bois

Pour ma deuxième participation aux ateliers d’écriture dans les bois, animés par Isabelle de Time to C’ink, voici mon texte, retravaillé chez moi.

Pour ce soir d’écriture dans les bois, un extrait d’un texte de Le Clézio a été partagé à haute voix. J’ai naturellement embrayé sur le style tout en y apportant bien sûr ma touche personnelle.

J’ai choisi un arbre, un sapin, et Isabelle m’a offert quelques infos pour guider mon écriture : spiritualité, fluidité du lien, espoir, don, générosité, résistance, résilience


Mon ami l’arbre

Sylvestre, j’ai fait sa connaissance il y a tout juste dix ans. J’avais alors deux ou trois ans et, avec mes parents et ma sœur, nous venions d’emménager chez lui. Enfin, nous avons pris possession des lieux, de la maison et du jardin. Pas de Sylvestre. Sylvestre habite dans le jardin. Il est grand. Il est vert et brun. C’est un sapin. Sylvestre est un immense arbre. Il est le gardien de la maison.

Les précédents locataires nous ont raconté qu’il devait bien avoir 128 ans. Ça peut vivre très vieux un arbre. 128 ans pour un arbre, c’est grandiose ! C’est très vieux, et pas tant que ça. À l’école, j’ai appris que les arbres pouvaient vivre bien plus longtemps. Jusqu’à 4000 ou même 5000 ans.  Si on, les humains, on les laissait vivre. Si on ne les coupait pas. Si on les laissait grandir. Si on s’occupait d’eux. Si on les soignait quand ils tombaient malades.

Je veux donc bien croire que Sylvestre a 128 ans. Il est immense. Majestueux. Un vrai roc. Sa cime flirte avec les nuages. Bon, j’exagère un peu, mais il doit bien mesurer une dizaine de mètres de hauteur. Comparé à ma taille de nain de jardin, il a la tête dans les étoiles notre gardien ! Si un enfant peut grandir de 6 à 12 centimètres par an, je peux facilement m’imaginer qu’un arbre dont la croissance est infinie, peut très bien pousser de 12 à 18 centimètres par an. Non ?

Sylvestre, c’est mon ami. Il est mon confident. Mon guide. Conseillé à ses heures perdues, il a un langage qui lui est propre. Une voix caverneuse, gutturale. Il mâche ses mots et les consonnes sont littéralement hachées, voire étouffées, dans ses crissements, dans ses craquements voyellisés.

Il me conseille, il m’accompagne dans la vie de tous les jours. J’avoue ne pas toujours respecter son avis ou ses avertissements. Je ne suis qu’un enfant. Un adolescent buté qui, je le reconnais, ne suis pas facile à vivre tous les jours. Ses conseils, il me les donne quasi tous les soirs, quand, au printemps et en été, quand il ne pleut pas comme vache qui pisse, je peux rester des heures assis à ses pieds. Assis à lui parler, à me confier à lui, à lui poser des questions. Quand il est sûr que de vilaines oreilles ne traînent pas tout près, il me chuchote des mots, il me recommande une action, il m’encourage à faire ou à taire des choses.

Au début, quand nous avons fait connaissance, je ne comprenais vraiment pas bien ce qu’il me baragouinait. Il bredouillait ses sons incompréhensibles à mes oreilles, ses bras branchus en mouvement parasitaient le bruit environnant et couvraient sa voix éraillée, piquante, stridulante. Je me souviens qu’il m’a fallu longtemps avant de le comprendre enfin. Voyez-vous, Sylvestre s’exprime par expressions ! Il répète et répèpète les jeux de mots qu’il entend de-ci, de-là.  

Cette maison a été construite dans les années soixante. Elle n’a jamais connu aucune propriétaire, que des locataires. Elle a été construite par un architecte, qui n’y a jamais habité, pas plus que ses enfants ou les enfants de ses enfants. Pourquoi ? Je l’ignore. Toujours est-il que Sylvestre a connu pas moins de douze familles avant la nôtre. Nous sommes la treizième à occuper son territoire. A le voir grandir, s’épanouir, gémir sous le vent et la pluie. Les treizièmes locataires à le côtoyer. Je suppose que toutes ces gens n’étaient pas des spécialistes en expressions, mais en autant d’années, il a certainement dû en entendre des vertes et des pas mûres. Il les a emmagasinés, tous ces jeux de mots et drôleries d’humains, les a mis en aiguilles dans son tronc, les a bien tenus au chaud sous son écorce rugueuse pour pouvoir les ressortir un jour à quelqu’un comme moi qui le comprenait.

Pour vous donner un exemple, voici ce qu’il m’a dit quand j’étais tout petit. C’était la première fois que je l’entendais parler, me parler. Je venais de m’écorcher le genou en tombant sur le chemin de pierre devant la maison. Je pleurais de plus en plus fort, car un petit peu de sang perlait de ma plaie égratignée :

« Sèche donc tes larmes de crocodile, petit, et viens donc voir par ici. »

Sylvestre avait penché sa chevelure verte pour me parler. Du moins, c’est ce que j’en ai en souvenir. Aujourd’hui, je ne suis plus très sûre qu’il ait pu se pencher de la sorte, mais soit.

Évidemment, je n’avais rien compris. Entre ma morve qui coulait, mes yeux humides qui m’empêchaient de bien entendre et ma bouche qui vomissait des cris aigus, j’ai interprété quelque chose comme ça :

« èèèèsse on è aaaame e oo-oo-iile, eu-i, é hein on oi ar i-iii »

Et puis, par je ne sais quel miracle, un lien s’est formé dans ma tête. Un lien, un choc, une ficelle, un déclic, un éclair. Appelez-ça comme vous voulez. J’ai cessé de pleurer immédiatement. Intrigué par cette voix que j’étais, semble-t-il, le seul à entendre. Dans ma tête, une connexion s’est formée. Une traduction automatique. Et j’ai tout compris. Fluide comme si c’était maman qui m’avait consolé. Aussi clair que de l’eau de roche !

Depuis ce jour, lui et moi, on est devenus les meilleurs amis.

Image par WikimediaImages de Pixabay

Sacha et le printemps, Kamishibaï à imprimer

Avis à tous les passionnés des histoires kamishibaï, des butaïs et autres histoires pour les tout-petits :

Une histoire à imprimer, à jouer, à lire, à faire lire, à … partager !

Sacha et le printemps, textes et photos, est à télécharger et à imprimer ci-dessous

Pour savoir comment faire tout cela, il suffit de lire ce fichier en-dessous

Et pour remercier la personne derrière ce travail formidable

c’est par là : merci Hervé ! Hervé, c’est « Kamishibaï Promotion »

Chat-ours (4)

Partie 3

Chapitre 4

Elina trouve rapidement une place à une table, où il y a déjà deux autres filles de son âge. Aujourd’hui, elle a demandé à ce que l’on prépare une boulette de viande froide, coupée en fines rondelles et insérées dans deux tranches de pain légèrement beurré. Au moment où elle mord pour la deuxième fois dans ses tartines, elle s’arrête de mâcher, ouvre légèrement la bouche et essaye d’enlever un de ses cheveux qui s’est malencontreusement glissé à l’intérieur de sa nourriture. L’inconvénient d’avoir de si longs cheveux, c’est qu’ils sont plus embêtant quand ils tombent et qu’ils s’insèrent là où ils ne devraient pas, comme dans son repas. Une fois l’indésirable ôté et jeté à terre, Elina ouvre sa tartine pour bien vérifier qu’il n’y en a pas encore un petit morceau qui traînerait.

Il est douze heures passées de trente-cinq minutes, quand la jeune fille semble perdue dans la contemplation de ses tartines. Si elle n’avait pas caché le dessin qu’elle a trouvé, elle aurait crié au tout réfectoire que la bête illustrée s’est matérialisée sous ses yeux en lieu et place de son pain aux boulettes. Elle distingue clairement le corps brun de l’animal, avec le bout de ses pattes blanches.

Emmenée par cette illusion, Elina se projette aussitôt aux côtés de l’étrange chat-ours. Elle atterrit, sans trop se demander comment, dans un monastère. Elle qui d’habitude se pose trente-six questions à tout bout de champ, reste admirative devant les fresques tibétaines qui ornent les deux longs murs latéraux du bâtiment. Dans son autre école, elle avait participé à un cours du soir un peu particulier car il s’agissait de découvrir le mandarin. Durant ces neuf mois, elle était restée fascinée par l’écriture calligraphique, par l’encre de Chine et les plumes utilisées. Elle s’était appliquée à reproduire la même graphie que son professeur, gardant une concentration maximale tous ces vendredis soirs.

En dessous de chaque peinture ronde, il y a des calligraphies plus sophistiquées, mais plus jolies que celles qu’elle a apprises. Est-ce un titre ou un diction qui explique l’origine de l’œuvre ? En se rapprochant des murs, qui sont légèrement inclinés pour résister aux tremblements de terre qui sont fréquents dans cette région montagneuse, Elina constate que les peintures décoratives sont en fait des mandalas créés grâce à de la poussière colorée, celle-là même qui est appliquée avec soin sur le dessin qu’elle a trouvé dans la bibliothèque ! Elle tourne sur elle-même pour embrasser tout l’intérieur du monastère. C’est lumineux, c’est grand, c’est beau. Elle en reste bouche bée. Les nombreuses vitres permettent au soleil d’illuminer presque chaque recoin du lieu, et les deux statues de dragons placées tout en haut de la gigantesque porte d’entrée, projettent leur ombre sur la cour intérieur. Elina n’aime pas trop le silence qu’il y a dans cet établissement, quand, tout à coup, un animal furtif surgit de nulle part, galope devant elle sur des pattes de velours. Il ne fait aucun raffut malgré la rapidité avec laquelle il se déplace. Pas besoin de se poser la question, l’animal en question est le personnage vivant du dessin qu’elle a trouvé et qu’elle avait cru reconnaître à l’intérieur de ses tartines : une bête moitié chat, moitié ours, brune et blanche.

La fille n’en croit pas ses yeux. Se serait-elle retrouvée dans un monde imaginaire, un monde parallèle au sien ? Et puis surtout, comment serait-elle arrivée là ? Rêve-t-elle ? Qu’elle que soit la réponse, Elina n’hésite pas plus longtemps et se hâte de retrouver la trace du petit animal. Malgré sa carrure d’ours, il est rapide et agile, il doit tenir ça de sa moitié féline. Ni une, ni deux secondes plus tard, Elina est là, derrière un pilier haut d’au moins quatre mètres, et espionne « son » animal. Il est debout sur ses pattes arrières et lui tourne le dos. La pièce dans laquelle il se trouve ressemble à une salle de gymnastiques, il y a des espaliers en bambou fixés à un mur, une barre d’équilibre aussi en bambou, un énorme coussin de forme ronde qui semble rempli de feuilles étroites et allongées et il y a même une corde tressée suspendue au plafond, avec des nœuds à intervalles réguliers. Un petit trampoline complète la scène surréaliste.

L’enfant ne sait plus où donner de la tête, quand le chat-ours, toujours immobile à cinq ou six mètres d’elle, lui parle tout à coup :

– Ne te cache pas voyons. Tu peux entrer et me dire qui tu es ?

Elina regarde derrière elle, est-ce à elle qu’il s’adresse ? Cet animal est doué de parole ? Elle n’en revient pas, ce rêve est de plus en plus … fou, mais cela lui plaît !

– N’aie pas peur, tu ne crains rien ici. Je vois en toi de nombreuses images de pandas roux, de chats, de chiens et même de dauphins. Tu aimes beaucoup les animaux. C’est sans doute cela qui t’a conduit dans ce lieu un peu particulier.

L’animal se retourne et regarde l’enfant droit dans ses yeux. Son visage, un peu pointu, lui fait davantage ressembler à un renard qu’à un panda roux. Mais Elina se garde bien de le lui dire de peur de le vexer.

L’étrange créature lui répond alors, mais sans bouger sa mâchoire. Il lui parle sans ouvrir sa bouche !

– Tu as raison, je n’aime pas que l’on me compare à un renard. Merci de garder cela pour toi…

Elina se fige. Il a lu dans ses pensées ! Et il continue en lui précisant qu’elle a un don, mais qu’elle ignore encore lequel, alors qu’ils sont occupés à communiquer.

Dans la tête de la jeune fille, des images et des questions se bousculent. Est-il le fruit de son imagination ? Cet animal existe-t-il ou a-t-il existé autrefois ? Pourquoi sont-ils seuls ici, verra-t-elle d’autres étranges créatures ?

– Non, oui, pas tout seul, oui. Entend-elle.

– Pardon ? Dit-elle.

Cette fois, elle a parlé tout haut, le son de sa voix se répercute sur les grands murs. Il y a comme un écho et elle s’entend redemander :

– Que dis-tu ?

Le chat-ours plisse les yeux. Il essaye de lui faire comprendre quelque chose mais visiblement, Elina a du mal à interpréter son silence. C’est que justement, il poursuit son explication, mais au même instant, des bruits de pas arrivent, d’autres voix s’élèvent et finalement, c’est dans un boucan incroyable qu’Elina se voit comme tomber dans un trou. Elle ne comprend rien à ce qui se passe, elle n’entend plus la voix grave et calme du panda roux. Elle se sent bousculer, et quand elle se retourne pour voir qui fait tout ce bruit derrière elle, elle remarque que le réfectoire de son école se vide rapidement.

– Tu es malade ma Pitchoune ? Lui demande la surveillante des repas tartines.

Elina ne sait pas quoi répondre. Le retour à la réalité est brusque, soudain et déstabilisant. Le fait qu’elle ne bouge pas, qu’elle ne parle pas, et qu’elle garde sa tartine en mains fait réagir l’adulte la plus proche d’elle. Un violent vertige prend l’enfant par surprise, et c’est quand une main se pose sur son épaule, qu’elle remet la moitié de sa tartine. La surveillante parle à sa collègue. Elina ne comprend pas un mot de ce qui se dit, mais elle est encouragée à répondre à une question qu’on lui pose pour la troisième fois.

– Tu m’entends ?

Finalement, elle acquiesce faiblement de sa tête. Elle refait ce geste pour répondre à une autre question et elle est emmenée aux toilettes pour lui passer de l’eau sur son visage. Cinq minutes plus tard, elle est allongée à l’infirmerie. Quand on lui pose une fine couverture sur elle, elle remarque que l’institutrice de son petit frère est là aussi, un produit et un sparadrap en mains. Elle voudrait savoir si c’est pour Liam, mais les forces l’abandonnent et elle sombre aussitôt dans le sommeil.

Chat-ours (3)

Chapitre 1
Chapitre 2

Chapitre 3 : que s’est-il passé ?

Le petit garçon parcourt rapidement la page de ses yeux avides d’images de panda. S’il sait lire aisément, il va trop vite, et malheureusement, les mots se bousculent à la porte de son cerveau. C’est pourquoi, souvent, pas tout le temps, mais presque, il se trompe de mot en lisant. Cela ne semble pas le déranger quand il lit pour lui, avec le reste de la phrase et du texte, il comprend aisément ce qu’il se passe. Par contre, quand il doit lire à voix haute, en classe ou à sa maman, la phrase prend un tout autre sens rendant par ce fait la phrase incompréhensible.

Liam voudrait tellement sortir du cadre rigide de la vie normale, il aimerait tant pouvoir s’évader dans son monde imaginaire… tout à l’air tellement plus simple là-bas… moins de règles à enregistrer, moins d’obligations à respecter, moins d’attention à donner.

Et c’est au moment de lire, sans se tromper dans les mots, la légende de l’image qu’il observe attentivement depuis quelques secondes, qu’il entend le chant complexe d’un oiseau. D’habitude, il n’est pas distrait par les bruits extérieurs, sauf si ceux-ci lui paraissent inhabituels dans le lieu où il se trouve. Justement, ce chant-là, puissant, mélodieux et long, il ne l’a jamais entendu. Non, jamais, sinon il s’en souviendrait, il en est sûr ! Désireux de découvrir celui qui chante si bien, il met un doigt sur le dernier mot qui explique que le panda a six doigts, détails qui accaparait tout son esprit jusqu’ici, et lève les yeux.

Pas du tout étonné de se retrouver dehors, à l’air libre, et non plus dans la bibliothèque de son école, il cherche du regard le volatile qui continue à donner de la voix. C’est seulement quand il voit l’oiseau en question, qu’il s’interroge. Il voudrait bien montrer sa trouvaille à toute la classe, mais autour de lui, il n’y a plus un seul de ses camarades ! Pire, il ne voit même pas l’ombre d’une école d’aussi loin que son regard porte !

Liam, hyper curieux, ne se focalise pas sur la bizarrerie du moment. Même s’il n’est jamais allé là où il se trouve maintenant, le paysage a quelque chose de familier. Il regarde ses pieds et décide de se lever pour explorer son nouvel univers. Le sol est constitué de pavés colorés. Ceux sur lequel il marche actuellement sont roses, mais il distingue au loin, une teinte verte à gauche et encore un peu plus loin, à droite, c’est plutôt jaunâtre. Décidément, ces couleurs lui rappelle quelque chose… mais il n’arrive pas à mettre le doigt dessus.

L’oiseau, de la taille d’un pigeon, s’est envolé juste sous le nez de Liam. Si l’enfant avait déjà pu admirer sa livrée fauve parsemée de taches blanches et noires, à présent, en vol, il distingue clairement une tête encapuchonnée de noire qui contraste fort bien avec les yeux jaunes de l’oiseau. Le garçon suit l’animal et avance presque en courant, ne quittant pas du regard le mystère volant.

Grâce à sa maman qui adore les oiseaux, il aime se vanter auprès de ceux qui ne s’y connaisse pas, qu’il reconnaît visuellement pas moins de dix espèces d’oiseaux différentes. Chez certaines d’entre elles, il est même capable de différencier le mâle de la femelle ! Un jour, il a voulu répéter le mot « savant » qu’utilise les ornithologues pour dire si c’est un garçon ou une fille oiseau. Et les mots d’enfants, sont les plus beaux, les plus spontanés. Sans l’ombre d’une hésitation, il avait répondu :

– Ouais, et bien, moi, je sais même identifier les déformés sexuels !

Au lieu, bien sûr, du mot compliqué « dimorphisme sexuel ». Heureusement, son interlocuteur n’y connaissant goutte à la question, n’a pas relevé la faute et avait simplement terminé la conversation d’un soupir las, car il n’en avait rien à faire des oiseaux.

L’oiseau chanteur s’est posé sur une branche d’un arbre bien touffu. Face au soleil, il profite de la chaleur des rayons en fermant les yeux, sans se préoccuper du petit bonhomme qui ne cesse de le regarder. Là, Liam aimerait pouvoir demander à sa mère le nom de cet oiseau, mais ses pensées sont chassées par un saignement de nez spontané. Ne sachant pas qu’il saignait, il pince simplement ses narines, et ce n’est que lorsqu’il voit la couleur de ses doigts teintés de rouge, qu’il s’inquiète vivement. Pour lui la vue du sang signifie douleur. Il ne sait pas quoi penser car il ne ressent aucun mal, sauf peut-être un léger mal de tête, mais tout ce sang qui coule de son nez lui fait peur. Il se met à paniquer, à pleurer franchement. Dans sa hâte, il trébuche sur une racine de l’arbre qui dépassait de la terre et fait fuir l’oiseau qui en perd une plume.

Sa chute a fait du bruit, ses larmes ont alerté son institutrice. Liam rouvre les yeux. Par la fenêtre ouverte, à cause du vent, le fruit d’un marronnier lui est tombée sur le visage et égratigné le dessus de sa lèvre supérieure. Maintenant, il ressent la douleur et il est inconsolable.

Pourtant, s’il se calmait, ou s’il se levait pour aller à l’infirmerie soigner sa blessure, il constaterait qu’entre ses jambes croisées, une plume aux étranges couleurs brunes s’est posée sans s’abîmer.

Chat ours, le début (1)

Voici le début de l’histoire que j’invente pour mes enfants. Je me suis bien sûr inspirée de faits réels pour commencer ce texte. Idée de départ : panda et panda roux… et c’est tout :-) Je vous épargne l’introduction car trop puisée dans la réalité… on rentre immédiatement dans le vif du sujet !

1er jet, même pas relu… c’est brut, c’est chaud, ça sorte tout juste du clavier…

Chapitre 1 : Liam

Liam a une imagination débordante. Bien en avance dans les sciences et dans les mathématiques, il a su montrer son intérêt pour divers sujets. Ce petit garçon frêle, aux cheveux longs et lisses, s’intéresse particulièrement aux pandas. Pourquoi ou comment cet attrait est arrivé, nul ne le sait vraiment. Auparavant, son papa aimait l’appeler « son petit zèbre » en référence à l’appellation que l’on donne parfois aux personnes à haut potentiel. Sont-ce donc les couleurs noir et blanc, et le contraste prononcé qui font que ce garçon au visage pâle est irrémédiablement attiré par ce gros nounours ? Peut-être. Lui seul le sait… ou pas !

Un soir, en rentrant de l’école, Liam semble rêveur. Ce n’est pas nouveau, il l’est souvent, mais là, même quand sa maman lui parle, il ne lui répond pas. Son regard est perdu dans un horizon lointain, son attention n’est pas présente, il est tout simplement ailleurs…

Si ses pensées pouvaient se projeter sur le mur blanc de la salle à manger, on pourrait assister à un vrai film dans lequel on verrait un paysage montagnard, des carrés entiers de bambouseraie, un agriculteur s’activant dans son champs et bien sûr un panda. Celui-ci serait assis sur son derrière et mangerait tranquillement une pousse de bambou qu’il tiendrait fermement avec sa patte et son sixième doigt. Si ces pensées-là se matérialiseraient avec une bande son, on pourrait même entendre quelques oiseaux, des passereaux chanteurs qui passeraient d’un arbre à un autre tranquillement.

En superposition à ces images, il y aurait des chiffres, un dé étrange et des cartes d’un jeu que le jeune garçon joue régulièrement avec sa maman, le week-end. Quand il joue à ce jeu, il se projette à mille lieues de la réalité, il pénètre dans l’atmosphère particulier que génère ce moment agréable et abandonne le fil rigide de la réalité.

Perdu dans ses pensées, Liam ne remarque même pas que sa maman fouille dans son cartable à la recherche de son journal de classe.

– Reviens sur terre mon petit bonhomme. Tu as un petit travail à faire pour l’école. As-tu choisi un sujet pour ton élocution ? Lui demande sa maman.

Liam, le regard toujours un peu ailleurs, entend néanmoins la question de sa maman et lui répond par un sourire. Finalement, avec un petit soupir qui passe presque inaperçu, il revient sur terre, tourne la tête vers le jardin et répond :

– Bien sûr, je vais parler du panda.

Sa maman sourit aussi. Elle s’en doutait un peu, mais comme l’attention de son fils est très difficile à tenir sur une longue durée, elle ne savait pas s’il serait toujours intéressé par cet animal après « avoir fait le tour de la question » en long, en largue et en travers.

Le travail à proprement parler ne se fera pas à la maison. Les recherches se feront sur l’ordinateur de la classe et dans la bibliothèque de l’école.

C’est ainsi que le lendemain, Liam est d’humeur radieuse. Il sait qu’il va aller à la bibliothèque, et il sait déjà ce qu’il doit chercher, trouver et récolter comme information.

Il passe les deux premières heures de cours comme à son habitude. La moitié de son cerveau est en mode « école » et l’autre est dans un univers où il lui est permis de réfléchir à trente six mille autres choses en même temps. Il fait ce qu’on lui demande, pas plus et parfois moins car il oublie régulièrement la fin de chaque exercice, la dernière phrase ou encore la dernière colonne de calculs. Et quand son esprit est accaparé par un sujet qu’il trouve, lui, nettement plus intéressant que ce qu’il est occupé à faire en classe, il en oublie même de mettre son nom sur les feuilles qu’il doit rendre.

Heureusement, son institutrice a prononcé un mot qui est spécial, un mot qui dirait-on est magique, un mot qui a le pouvoir de traverser le brouillard d’images et les embouteillages d’informations de Liam : bibliothèque.

Entre deux récréations, celle du matin et celle après le repas du midi, il va avoir deux nouvelles heures rien que pour lui où il va pouvoir fouiller dans les étagères de la bibliothèque. Étrangement, malgré la volonté de récolter le maximum d’informations, Liam a du mal à chercher et à trouver ce qu’il veut car il y a trop de livres pour son regard rapide et nerveux. Ses yeux voient les livres, mais son regard ne capte pas les titres car Liam s’attend à ce que le livre cherché s’illumine tout seul, devant lui. Il s’énerve alors très vite en disant qu’il ne trouve rien et va s’asseoir en tailleur, loin du groupe, près de la fenêtre, dans un coin reculé, là où il y a souvent des araignées que personne n’aime et où donc personne ne viendra l’embêter.

Mais c’est sans compter sur son institutrice qui repère son appel d’au secours silencieux. Toute la classe connaît les sujets qui vont être abordés dans les semaines à venir, et c’est donc naturellement qu’elle prend un livre sur les pandas dans sa main et qu’elle se dirige vers son élève boudeur.

– Tu sais, dans cette bibliothèque, il doit y avoir au moins deux autres livres intéressants pour ton exposé. J’ai trouvé celui-ci, et je te le prête à condition que la semaine prochaine, tu trouves tout seul les deux autres livres. Il n’y a aucune urgence, tu as tout ton temps, cherche à ton aise et ne te fâche pas si tu ne trouves pas les livres dans les deux secondes. Nous sommes d’accord ?

Liam garde sa tête baissée, renifle silencieusement et acquiesce de la tête. Les larmes sont là, de sortie, mais elles n’osent pas encore franchir la frontière des paupières. Il prend le livre, regarde brièvement la couverture, et l’ouvre à la première page.

La suite, c’est par ici

Un jeu de cartes, un puzzle-histoire

Voilà ma surprise ! De mon histoire « Faire pousser des oiseaux« , dont vous suivez des petits bouts depuis peu, est né cet objet, ce jeu de cartes.

Un jeu de cartes un peu spécial car il comporte 70 cartes ! 70 cartes pour partager mon histoire en 70 petits morceaux… donc d’un côté, un petit bout de l’histoire, de l’autre un chiffre pour pouvoir jouer à différents jeux de cartes : la réussite, l’horloge, UNO, bataille, et même vitesse.  Quelques cartes invitent l’enfant à imaginer d’autres suites à une partie de l’histoire, faire des rimes, trouver d’autres choses à planter, etc. une vraie invitation pour son imagination, écrire, inventer, jouer, lire,… tout cela dans une petite boîte à emporter partout avec soi.

L’histoire est à reconstruire façon puzzle, en regroupant les cartes par couleurs, puis par ordre en fonction de l’histoire. Chaque chapitre a une couleur de texte différente.

Pas de valet, dame, roi. A la place, une fée, une coccinelle et Mr Boudin. Et de petits modes d’emploi pour aider l’enfant…

Pour les 8 ans et +.

Une histoire de lapin

Pour rester « dans les lapins », voici une de mes histoires publiée dans mon dernier recueil
L’idée de ce texte m’est venue en regardant les magnifiques photos de Benoit Henrion. Voici celle qui m’a inspirée.

 

C’est l’hiver, il fait froid et il neige.

Madame Valeria a faim. En tournoyant dans le ciel, elle a repéré une tache sombre sur la terre blanche. Cette tache ne bouge pas, mais un délicieux fumet de lapin semble venir d’elle.

— L’avantage avec la neige, dit-elle, c’est que les proies se voient plus facilement.

L’année passée, Madame Valéria a fait une mauvaise expérience. Elle s’était laissé tenter par un animal mort, et après l’avoir mangé, elle avait vite eu mal au ventre. La douleur était très forte, mais heureusement, grâce à des Bipèdes, elle a eu la vie sauve. Ils l’avaient emmené dans un centre où on soignait des animaux comme elle. Et bien qu’elle ne parle pas la langue des Bipèdes, elle avait retenu le son « poison » et avait très vite compris que les gens qui s’occupaient d’elle étaient très fâchés après ce mot.

Depuis ce jour, elle attend toujours un peu avant de fondre sur un cadavre. Elle patiente pour voir si un autre animal, intéressé par cette viande, allait se tordre de douleurs après l’avoir touchée.

— Alors, que font-ils ? Qu’on ne me dise pas qu’à cause de la neige, aucune corneille ne sort de chez elle ou qu’aucun rat n’est tenté par ce festin ? grommelle-t-elle dans son bec.

Une demi-heure plus tard, un gargouillis se fait entendre et Madame Valéria toise son ventre :

— Tu vas avoir à manger, je te le promets, lui répond-elle.

Elle termine à peine sa phrase quand, tout à coup, son ouïe détecte la présence d’un rival.

— Une autre buse ! siffle-t-elle. Elle va me piquer mon lapin !

Aussitôt, elle décolle de son perchoir et se pose non loin du gibier.

L’autre rapace arrive en même temps, et celui-ci, pattes bien tendues, ouvre ses ailes en grand pour s’imposer.

Face à cette posture d’intimidation, Madame Valéria se fait toute petite.

« Vas-y mon coco, goûte-moi ce lapin et dis-moi s’il est bon », ricane-t-elle en son for intérieur.

Madame Valéria réalise soudain que, quelle que soit l’issue de ce combat qui semble inévitable, elle va en ressortir perdante.

— Si ce lapin est bon et que je ne gagne pas le combat, je n’aurai que les restes et si l’autre crie « au poison » ou se plie en deux, je n’aurai rien à manger, l’un comme l’autre, c’est fichu, dit-elle tout bas pour ne pas que l’autre puisse l’entendre.

Les deux oiseaux sont de taille identique, mais son rival semble être en meilleure forme physique, car il n’arrête pas de hurler, ailes ouvertes.

La guerre pour le lapin a commencé. Madame Valéria est impressionnée par la position de force de l’autre. Il siffle, ses yeux sont menaçants et il avance d’une démarche sûre. Elle n’a pas d’autres choix que d’accepter le conflit.

Madame Valéria se ramasse sur elle-même et bondit sur son rival toutes serres tendues. Puis, elle ouvre ses ailes aussi pour garder un meilleur équilibre.

Les deux grands oiseaux ne sont plus que deux masses brunes, mélangées. On reconnaît juste Valéria par son poitrail un peu plus clair, et mis à part ce détail, on pourrait presque les prendre pour des jumeaux.

— Il est à moi ce lapin, va-t-en voleuse, lui crache l’autre en plein visage.

— C’est faux, c’est moi qui l’ai vu en premier !

— Ah oui ? Et pourquoi as-tu attendu que je me pose pour venir ramener ton bec ?

— C’est que…

Valéria n’ose pas lui avouer qu’elle craint qu’il ne soit empoisonné. Alors, elle réfléchit à sa réponse et lui dit :

— En fait, j’avais un peu froid et l’idée de mettre mes pattes dans toute cette neige ne m’encourageait pas à aller le chercher si vite, mais quand tu es arrivée, je ne voulais pas le voir partir sous mes yeux, alors je me suis imposée.

À tout expliquer de la sorte, Valéria baisse sa garde et reçoit un violent coup de patte dans le ventre.

— Ouch ! Quel coup bas ! Je pensais qu’on pouvait trouver un terrain d’entente, mais visiblement, tu n’es pas prêt à écouter ma proposition, lui dit-elle en retrouvant son souffle.

— Que le meilleur gagne, ricane-t-elle.

En un rien de temps, Valéria se retrouve le dos dans la neige avec une serre puissante sur son ventre. Elle croit qu’elle va perdre un œil ou avoir un vilain coup de griffe, mais tout à coup, son rival penche sa tête sur le côté et la regarde d’un drôle d’air.

— Alors, je te plais vue sous cet angle ? lui demande-t-elle en fermant un œil.

Profitant de ce doute, elle se redresse tout aussi soudainement qu’elle était tombée, déstabilisant son adversaire. Celui-ci, de tout son poids, s’enfonce dans la terre et se retrouve avec de la neige jusqu’aux genoux, limitant ainsi fortement ses mouvements.

Ils sont à égalité. Chacun a marqué un point dans cette bagarre de proie.

Valéria, toujours obnubilée par le risque éventuel de poison dans le lapin finit par proposer un arrangement au mâle.

— Écoute, visiblement, tu es plus fort que moi. Je te propose ceci. Tu peux commencer à te servir, mais tu me laisses la moitié. Tu peux choisir les meilleurs morceaux. Je n’ai pas envie de continuer à dépenser de l’énergie dans ce combat par un froid pareil. Qu’en dis-tu ?

— Hum ! Très juste. Tu as bien évalué ton adversaire et tu as entièrement raison. J’accepte ta proposition. Et parce que je suis galant oiseau, je te déposerai le reste du lapin au pied de l’arbre rouge dans la forêt, ainsi tu n’auras plus les pattes gelées.

— Oh ! Quelle délicieuse attention, merci à toi.

Ainsi, Valéria a-t-elle finalement gain de cause. Certes, elle ne va pas pouvoir profiter de la partie la plus tendre du lapin, mais elle sera définitivement fixée quant à la qualité de ce met délicieux. Et vu comment l’autre rapace le dévore goulûment, elle attend impatiemment son morceau. Elle s’en lèche déjà le bec.