Ce matin, pour mon anniversaire, je me suis offert une balade en solitaire :-)
Depuis la maison, j’ai marché, marché, marché, pour arriver jusqu’au parc de Hauster, situé à Chaudfontaine, Liège, Belgique. Je n’ai pas pris le même chemin à l’aller qu’au retour. Il faut savoir varier les plaisirs. Et quelle bonne idée j’ai eu de faire ce détour ! J’ai fais de chouettes rencontres ornitho. Clic-clac, des photos.
J’avais aussi envie de poésie. Courte poésie. 5 – 7 – 5 syllabes. Cela nous vient du Japon. Des haïkus. Oui, dès le réveil, les mots ont chantés dans ma tête. Dès le réveil, j’ai ouvert mes oreilles, d’abord, et puis mes yeux. Quand je me réveille, il fait encore noir. Noir d’encre. Encre nuit. Le soleil n’est pas encore levé.
Croissant de lune Chant d’un oiseau nocturne Une chouette
Chante la chouette Au petit matin d’été Happy bird day
Le dix septembre Là une chauve-souris Croissant de lune
La chauve-souris Passe devant la lune Déjà elle s’en va
Au parc de Hauster Un héron entre deux ponts Les pattes dans l’eau
Sur le chemin À côté de la rivière Un merle noir
Au-dessus de l’eau Le rire caractéristique Du pic-vert raisonne
Le soleil se lève Colore d’un rayon pourpre Le héron cendré
Un cri craquant Le héron s’envole Il le fait savoir
La mouette rieuse Atterrit sur une pierre Dans la rivière
Poignard délicat Qui farfouille dans les plumes Toilette du héron
Tac-tac je l’entends Le martellement de son bec Pic où es-tu ?
Tout petit oiseau Minuscule boule de plumes Un des deux pouillots
Un petit pouillot Perché au-dessus de l’eau Virevolte
Petite araignée Sur la barrière en bois Est rouge sang
Au petit matin Moment de la toilette Pour la mouette
C’est au bord de l’eau Que je vois le plus d’oiseaux Prendre la pause
Grappe de cormorans Se repose tranquillement Au bord de l’eau
Pour clore cette balade d’anniversaire, rien que pour le plaisir des yeux, une grappe de photos avec les mouvements de l’eau et les oiseaux. J’aime entendre ce bruit de l’eau qui chute, des remous, une chanson douce à mes oreilles, une musique relaxante.
C’est avec une grande joie et fierté que je vous présente mon, notre, premier recueil de haïkus.
Ce petit livre d’une soixantaine de pages tient entre ses pages la créativité et la passion de trois femmes. Une centaine de haïkus (petits poèmes qui nous viennent du Japon), une poignée d’aquarelles et quelques petits dessins en noir et blanc se partagent la place dans ce livre.
Francine, Christine et moi-même Cécile vous présentons « Petites bulles de poésie entre amies ».
Vendu au prix de 8 euros hors frais d’envoi, tous les bénéfices sont entièrement reversés à l’association « Maison Bien-Être » de Charleroi.
Disponible chez moi ou sur le site de l’imprimeur (pour la Belgique, la France, et même au-delà)
Hier, depuis la terrasse dans notre jardin, des observations.
Des observations, de la nature, le printemps, des photos… et des oiseaux.
Et ce matin, des haïkus.
Et deux photos de notre dernière visite au refuge « Animal sans toi…t« . (Il y a beaucoup d’autres animaux dans ce refuge, dont des caprins, des chevaux, des vaches, des poules & des coqs, des moutons, des cochons, des chiens & des chats, des lapins, des cobayes, des perruches, des canaris, des perroquets, etc.)
Je continue ma petite rétrospective 2021. Les livres tiennent une grande place dans ces souvenirs récents, car je suis de plus en plus souvent plongée dedans 😊
Grâce à Françoise qui se reconnaîtra, qui partage ses nombreuses et génialissimes lectures sur Facebook, j’ai découvert un auteur extraordinaire : Ito Ogawa, avec deux de ses livres que j’ai dévorés : La papeterie Tsubaki et sa suite, La République du bonheur.
« Hatoko a vingt-cinq ans et la voici de retour à Kamakura, dans la petite papeterie que lui a léguée sa grand-mère. Le moment est venu pour elle de faire ses premiers pas comme écrivain public, car cette grand-mère, une femme exigeante et sévère, lui a enseigné l’art difficile d’écrire pour les autres. Le choix des mots, mais aussi la calligraphie, le papier, l’encre, l’enveloppe, le timbre, tout est important dans une lettre. Hatoko répond aux souhaits même les plus surprenants de ceux qui viennent la voir : elle calligraphie des cartes de vœux, rédige un mot de condoléances pour le décès d’un singe, des lettres d’adieu aussi bien que d’amour. A toutes les exigences elle se plie avec bonheur, pour résoudre un conflit, apaiser un chagrin. Et c’est ainsi que, grâce à son talent, la papeterie Tsubaki devient bientôt un lieu de partage avec les autres et le théâtre de réconciliations inattendues. »
« La vie est douce à Kamakura. Amis et clients se pressent dans la petite papeterie où Hatoko exerce ses talents d’écrivain public. Tendres, drôles ou tragiques, les destins se croisent sous son pinceau. Hatoko s’est mariée et découvre, en compagnie de Mitsurô et de sa petite fille, les joies d’être mère au sein de leur famille recomposée : elle enseigne à l’enfant l’art de la calligraphie comme le faisait sa grand-mère et partage avec elle ses recettes des boulettes à l’armoise ou du thé vert fait maison. Mais si Hatoko excelle dans l’art difficile d’écrire pour les autres, le moment viendra pour elle d’écrire ce qui brille au fond de son coeur. Après La Papeterie Tsubaki se dévoile une fois de plus tout le talent d’Ogawa Ito pour nous révéler les sources invisibles du bonheur. »
Ce premier livre, après lecture, a fait l’objet d’un petit collage créatif dans l’un de mes magnifiques carnets de Marujito Books (à lire dans un prochain article, et en attendant, vous pouvez déjà retrouver un premier article consacré à lui, ici). Ces deux livres font partie de ces rares que j’ai envie de relire une seconde fois. Dans ce livre, j’ai tout aimé, tant l’histoire que la façon dont elle est écrite, que l’ambiance qui est rendue. Et bien sûr les personnages sont attachants. Les thèmes du Japon, de la calligraphie, des traditions, du papier, de l’écriture, de la plume, tous ceux-ci me parlent, attisent ma curiosité, mon envie de découverte, d’apprentissage. Les personnages sont décrits de telle façon que j’ai pu m’identifier rapidement à la principale, l’encourageant par la pensée à faire ceci ou cela, la félicitant pour telle action, la « grondant » pour une autre.
C’est sûr, une fois que j’aurai un peu épuisé ma pile de lectures à lire, je tâcherai de me procurai un autre livre de cet auteur.
Le sumo qui ne pouvait pas grossir, d’Eric-Emmanuel-Schmitt. Ce livre, je l’ai trouvé dans une boîte à lire dans mon quartier. Ce livre s’est également retrouvé dans la liste des livres proposés à la lecture dans l’école de mon fils, l’année dernière. Il ne l’a pas choisi, mais a choisi un autre livre du même auteur (L’enfant de Noé).
« Sauvage, révolté, Jun promène ses quinze ans dans les rues de Tokyo, loin d’une famille dont il refuse de parler. Sa rencontre avec un maître du sumo, qui décèle un « gros » en lui malgré son physique efflanqué, l’entraîne dans la pratique du plus mystérieux des arts martiaux. Avec lui, Jun découvre le monde insoupçonné de la force, de l’intelligence et de l’acceptation de soi. Mais comment atteindre le zen lorsqu’on n’est que douleur et violence ? Comment devenir sumo quand on ne peut pas grossir ? Derrière les nuages, il y a toujours un ciel… »
Nous revoici au Japon, dans la grande ville de Tokyo ! Ce livre m’a appelée, oui ! Non seulement pour le pays dans lequel l’histoire se déroule, mais aussi parce que le héros principal est un garçon de 15 ans qui est tout maigrichon et qui va devenir sumo. Au moment de la lecture, mon fils avait presque 14 ans et il a toujours été assez mince, pour ne pas dire aussi maigre que Jun, le garçon du livre. Loin de lui l’idée de devenir sumo, mais la force mentale de l’enfant du livre qui vit dans les rues de Tokyo est quelque peu semblable à celle de mon « petit » garçon.
Ce livre, cette histoire est vraiment un livre à mettre entre les mains de tous les ados et toutes les adolescentes pour « l’intelligence et l’acceptation de soi ».
Ici, c’est grâce à mon papa que j’ai lu et découvert avec grand plaisir ce recueil : Fables et légendes japonaises, de Ippei Otsuka.
« Aussi nombreux que fascinants, les contes du Japon et leurs enseignements traversent les âges. La sagesse, mais aussi la bravoure, la sincérité ou encore l’amitié y sont centrales. Découvrez dans cet ouvrage ces récits porteurs de valeurs, qui mettent en scène les personnages emblématiques des légendes nipponnes : Son Goku, Momotaro, Kintaro, Hanako et tant d’autres. »
Tant que je suis sur ma lancée, je reste dans le pays du soleil levant 😊
Rien que pour la couverture et les petits dessins sur la quatrième de couverture valent le détour. Je suis fan (rires). Ces illustrations sont l’œuvre de Keiko Ichiguchi et de Jean-René Derosas.
Dans ce recueil, vous pourrez lire ces délicieuses histoires :
Daidarabotchi, le géant tyrannique
Son Goku et le voyage en Occident
Ikkyu-san, le petit bonze de génie
Issunboschi, le plus petit samouraï du monde *
Kintaro, l’enfant d’or
La bande des tanuki de Shoo
La princesse porte-vase *
Momotaro, l’enfant-pêche
Tanabata
Taro Urashima *
Les contes avec une petite astérisque à côté du titre, je les ais également dans les superbes albums des éditions nobi-nobi (voir cet autre article)
Côté BD, en 2021, j’ai trouvé en occasion (chez BD Liège, à … Liège, mais aussi chez Livr’Ensemble, à découvrir également dans un prochain article consacré à ma petite rétrospective) deux titres de la série des Schtroumpfs : L’œuf et les Schtroumpfs et La flûte à six Schtroumpfs.
Petit à petit, ma collection pour cette série grandit et l’envie d’avoir tous les titres, en ce comprenant les hors-série ou les autres publications spéciales, grandit avec.
C’est ainsi qu’en 2021, j’ai acheté également le quatrième titre des Schtroumpfs et le village des filles, Un nouveau départ (paru fin 2020) ainsi que le Méga Spirou spécial sur les Schtroumpfs ! Les Spirou, ma maman et moi en offrons régulièrement à mon fils qui est fan de cette revue. Pour l’occasion et vu le prix (5,90 euros pour 192 pages de BD et de jeux), j’en ai acheté deux cette fois-ci, un pour lui et l’autre rien que pour moi 😊 Et coïncidence, dans ce Méga Spirou, je retrouve l’histoire complète de… « La flûte à six Schtroumpfs ». Mais ici, ce sont les dessins originaux. Dans l’ancien livre trouvé en occasion, ce sont les images du dessin animé, livre publié en 1975 aux éditions Dupuis.
En 2021 est paru également un nouveau titre, le numéro 39, « Les Schtroumpfs et la tempête blanche ». Je suis toujours admirative de ces illustrateurs et scénaristes qui parviennent à sortir des titres d’une série au fil des ans. Pour les petits lutins bleus, j’ai aimé cette idée de faire apparaître de nouveaux personnages et une nouvelle série « Le village des filles », tout en gardant le même graphisme pour les héros. Il faut sans cesse se renouveler, faire preuve d’imagination pour garder une fidélité dans les fans et les collectionneurs tout en attirant un nouveau lectorat. Ce sont là des prouesses que je salue et respecte, c’est un travail colossal de rester dans la course après tout ce temps.
Alors que chez certains auteurs/illustrateurs ce sont les enfants qui ont repris le flambeau, chez d’autres, ce sont de nouveaux duos, de nouveaux talents qui poursuivent les aventures de nos amis en bande dessinée.
Chapeau mes amis. Et merci de toujours m’emmener loin dans ces pays imaginaires extraordinaires.
En manga, faut-il le rappeler, c’est ma fille qui m’a fait découvrir ces BD orientales en noir et blanc. Si je me suis adaptée rapidement au sens de la lecture différente, je n’ai pas encore appris à « fouiner » dans les milliers de mangas qui existent pour en découvrir d’autres. C’est donc ma fille qui me conseille et qui me propose des lectures (rires).
En 2021, elle a découvert et moi aussi donc par la même occasion, la série Deep Sea Aquarium MagMell, de Kiyomi Sugishita. Le tome 6 est paru il y a peu et jusqu’ici, on les aime tous 😉
« Ouverture d’un aquarium dans la baie de Tokyo, à 200 m sous l’eau !
Le Deep Sea Aquarium MagMell est un lieu unique au monde où la faune abyssale peut être observée de près. Kôtarô Tenjô, jeune balayeur timide, adore les créatures sous-marines. Sa rencontre avec Minato Osezaki, directeur de l’établissement, va changer sa vie.
Ce que j’apprécie dans cette série, ce sont l’histoire bien sûr, mais aussi les dessins justes, précis, détaillés. À chaque fois que l’on rencontre une espèce animale abyssale, il y a une petite fiche descriptive et scientifique. Il y a tout un tas de personnages qui gravitent autour de Kôtarô, et beaucoup sont intéressants.
Mon deuxième dessin que j’aime beaucoup est celui-ci. Un calmar en noir et blanc. Je ne l’ai pas colorié, par crainte qu’il soit moins joli. Je ne maîtrise pas encore toutes les techniques du coloriage et du dessin, mais je trouve cet animal bien réussi. Je l’aime beaucoup, pas vous ?
Les outils qui m’accompagnent sur le chemin du dessin, sont deux livres de Anne Kubik, trois petits livres « dessiner des… super mignons » de Ai Kakikusa, différentes revues sur le dessin et les aquarelles ainsi que des photos personnelles. (livres que vous pourrez découvrir dans un prochain article)
En septembre 2021, c’était mon anniversaire. Et j’ai reçu un superbe carnet de la part de ma belle-maman. C’est dans ce carnet que je dessine depuis tous mes dessins 😊
Merci belle-maman.
Alors, oui, la pandémie mondiale a eu un impact sur ma vie, sur la vie de tout le monde. Et si j’avoue en avoir ras-le-bol d’entendre parler Covid à tout bout-de-champ, (je suis secrétaire médicale dans un cabinet de médecins généralistes et donc mon « record » d’appels téléphoniques Covid a explosé en ce dernier trimestre 2021 avec une centaine d’appels en quatre heures !!), il faut dire que certaines choses découlant de ce changement de vie, sont positives !
D’abord, c’est grâce à ce ras-le-bol que j’ai eu l’idée de faire cette rétrospective. Car oui, il n’y a pas que ce virus dans la vie, même s’il bouleverse nos habitudes, même s’il nous a arraché des vies.
Grâce au confinement, j’ai parlé davantage par Internet. Grâce à ma maman, grâce à Françoise (dont je vous ai parlé plus haut avec ses partages de lecture), j’ai découvert les haïkus, leurs bienfaits, la zenattitude qu’ils offrent en les lisant ou en leur donnant vie. Ces petits poèmes japonais (encore ce pays ! 😉 ) ont plein de propriétés bénéfiques. Si je ne maîtrise pas entièrement toutes leur subtilité, j’aime me perdre dans cette magie créatrice et j’aime profiter de ces instants « sur mon petit nuage », entièrement déconnectée du monde stressant tout en restant connectée à la force et l’apaisement de la nature.
Faisant suite au confinement de 2020, j’ai ouvert et animé un petit atelier virtuel consacré aux haïkus. Nous étions 5 dans le groupe et durant toutes ces semaines, ça a été un vrai bonheur pour moi de lire l’univers des autres et d’imaginer les thèmes.
1000 Mercis gigantesques à ma maman, à Françoise, à Fabienne et à Christine d’avoir été présentes tout au long de cet atelier avec votre imaginaire, votre sensibilité, votre enthousiasme et vos partages.
Un petit recueil d’haïkus et de quelques dessins personnels verra le jour en 2022.
Ou comment partager une tranche de vie de manière plus… comment dire ? Plus poétique ? Plus émotionnelle ? Plus émerveillée ? Plus en lien ?
Ce matin, très très tôt, j’ai pu prendre du recul avec le monde qui m’entoure. J’ai pu faire un saut dans le passé. Oui, dans le passé. Le temps que j’écrive ce que je « ressentais », ce que je « voyais » en repensant simplement à un moment précis, hier soir.
En réalité, nous faisons toutes et tous cela : un saut dans le passé en évoquant des souvenirs, un saut dans le futur en imaginant l’avenir.
Depuis peu, j’essaie de profiter chaque jour de l’instant présent. Et petit à petit, j’y arrive !
Avant-hier, dans la fin de l’après-midi, j’étais là au bon endroit, au bon moment. C’est-à-dire chez moi, assise au salon, dans le fauteuil une place placé face à la fenêtre. Je ne faisais rien de spécial. J’ai du mal à « ne rien faire ». En réalité, je naviguais sur mon téléphone dans le dossier « photos » et je supprimais, et je regardais, et je recadrais et je classais… En réfléchissant à mes collages créatifs et expressifs, je lève la tête un instant et je vois. Je me doutais qu’il devait apparaître. Je l’avais dit quelques minutes plus tôt à mon fils : avec cette pluie et ce soleil, on devrait voir un joli arc-en-ciel. Je n’ai pas réfléchi longtemps avant d’abandonner mon activité, de me lever, de sortir mon appareil photo, d’ouvrir la fenêtre de mon salon et de capturer ces couleurs du bonheur, cette magie impalpable, cette vue que nous aimons toutes et tous.
Et puis hier soir, j’ai encore vécu un présent, un cadeau de la nature. Encore une fois, j’étais dans mon salon, dans ce fauteuil à une place placé face à la fenêtre.
3 novembre 2021. Bientôt 21h. C’est déjà la nuit. J’entends la pluie frapper le sol dans la rue, les gouttes s’écraser sur le toit de ma voiture garée devant la maison. Sur les fenêtres du salon double vitrage, c’est le silence. Le lampadaire sur le trottoir éclaire le bitume et le métal des voitures d’une lumière jaunâtre, fausse, humide de nuages trop lourds.
Au salon, ma pièce préférée pour son usage multiple, son confort et sa créativité foisonnante, je m’installe en tailleur dans le fauteuil à une place. Ma position change rapidement pour me sentir plus à l’aise. Le dos contre un accoudoir, les fesses parallèles à ce dernier sur le coussin d’assise et les jambes par-dessus l’autre accoudoir, je me glisse dans ce mobilier vieux de plus de 12 ans, dont le tissu est recouvert d’un plaid tout doux.
Et j’ouvre mon livre. Lecture du soir, rituel habituel, quotidien, pour me préparer à une nuit rapide peuplée de songes extraordinaires, bizarres, angoissants ou merveilleux.
Le livre, mon trésor, mon voyage, mon ami. Malgré sa taille et son volume plutôt imposant pour mes doigts remplis d’arthroses avancée, n’est pas trop lourd entre mes mains. Le papier est léger, d’un blanc cassé qui ne me fait pas mal aux yeux. Lecture agréable d’une histoire pour enfants remplie de magie. Un livre que j’ai trouvé dans une grande librairie au rayon jeunesse au centre de ma ville. Un livre, une histoire que je ne cherchais pas à avoir. Ce jour-là, frustrée de ne pas avoir pu aller flâner dans une autre boutique de livres, spécialisée dans les bandes-dessinées et les mangas neufs et d’occasion qui était fermée pour cause d’inventaire, j’ai dépensé sans compter dans ce magasin reconnu de la ville et bien au-delà.
Je lis ce livre avec plaisir. L’histoire m’emmène dans un monde étrange, doux mélange d’une réalité possible et de l’univers d’Harry Potter. Un monde où magiciers et quiétons (des gens normaux quoi, vous et moi) se côtoient, où la magie existe, mais est gardée secrète et où elle ne se voit pas par les « autres ». Dans cette histoire, un chat génial et particulier, une grand-mère extraordinaire et un adolescent, des adolescents, attachants.
Ce sont principalement ces deux-là, le chat et la grand-mère, dans cet univers fantastique qui m’a fait dépenser près de vingt euros pour ses 400 pages. Mais la couverture est tout aussi magnifique. Avec son titre et le nom de l’auteur en relief. Avec les couleurs dorées de certaines lettres, ça pétille dans le regard. Et puis les illustrations sont tout aussi magiques : un chat blanc aux longs poils et au sourire coquin, des livres précieusement gardés par une végétation vivante et foisonnante, un manoir aux pièces éclairées dans une nuit de pleine lune et un personnage représentant la mort qui a le dos tranquillement posé tout contre un sablier gigantesque.
J’arrive sur la fin. Page 333 sur les 409, chapitre 25 sur 30 de « Magic Charly, l’apprenti » ; de Audrey Alwett.
« Pendant deux heures, ils tentèrent de désherber la boutique. Sapotille tâcha aussi de prélever des livres dans la bibliothèque et se fit mordre. Quelques ouvrages s’étaient déjà accrochés à des branches et se prenaient pour des fruits. Sapotille parvint à en cueillir trois ou quatre qu’elle disait être particulièrement précieux. – À mon avis, Maître Lin va très mal, dit-elle avec angoisse. Sinon, sa boutique ne serait pas dans un état pareil. »
Et puis, alors que je lis le nom de « Maître Lin » et pense aussitôt à cet autre livre « La petite fille de Monsieur Linh », de l’auteur Philippe Claudel, j’entends comme des trompettes légères et discrètes.
Dans ce salon silencieux où je suis seule à profiter de cet instant magique, je referme temporairement mon livre en glissant un index entre les pages 352 et 353 et tend mon oreille droite vers la source de ce bruit familier mais que je ne reconnais pas immédiatement, mon cerveau étant encore immergé dans une autre dimension…
Ces cris ressemblent un peu à ceux des oies dans le film « Donne-moi des ailes », de Nicolas Vanier que j’ai enregistré plus tôt à la télévision et regardé il y a quelques jours (et livre que j’ai lu il y a quelques mois !). Mais ces cris sont un rien plus aigus, plus brefs, plus claquants je dirais. Je tends mon oreille droite vers la fenêtre du salon. La droite car la gauche est légèrement défectueuse et entend moins bien. Je sais que cela ne sert à rien de me lever pour tenter d’apercevoir, d’identifier ces oiseaux en plein vol migratoire. Mes stores sont abaissés, les lampadaires dans la rue sont allumés et il aussi noir que dans un four éteint. Ma vue exceptionnelle, spécialisée et entraînée à remarquer la moindre petite bestiole rampante, courante ou volante ne me sera d’aucune utilité en ce moment précis. Alors, je ferme les yeux, l’index droit toujours dans mon livre et je profite de cet instant magique. Et je me les imagine. Un groupe de grues cendrées en vol, formant un « V », passant au-dessus de ma maison, de celle de mes voisins de gauche, de mes voisins de droite, de mes voisins d’en face. Puis, le « V » se disperse. Il y a deux groupes. C’est le désordre. Il y a des retardataires. On s’attend. On s’appelle. On essaie de se mettre d’accord, de remettre de l’ordre dans la formation. Je suis auprès d’elles un instant. Un bref instant. Quelques secondes. Deux ou trois tout au plus. Mais je suis là. Avec elles. Dans le ciel. Le vent est froid. La pluie n’est plus qu’un crachin et elle glisse sur mes grandes ailes. J’ouvre le bec pour donner la direction à suivre, pour m’assurer que toute la troupe, mes amies, ma famille, est bien derrière moi. Et on me répond. Et cela me rassure. Alors je le dis et je réponds à mon tour.
L’instant est passé. Les grues se sont éloignées. Le silence est revenu. Comme ma conscience est redescendue.
Je suis à nouveau au salon. Je ressens les pages du livre qui enserrent doucement mon doigt-marque-page, je dis au-revoir à ces oiseaux voyageurs et j’ouvre les yeux. Mon chat, le gros matou roux et blanc n’a pas bougé d’un poil, ignorant sans doute le voyage merveilleux que je viens de faire juste à côté de lui. Il est bienheureux lui aussi sur ce fauteuil, couché tranquillement dans une position apaisante, peut-être même est-il déjà dans un rêve…
Alors sans faire de geste brusque, pour ne pas le réveiller, j’enlève mon index de mon livre, inséré le vrai marque-pages à sa place, tends le bras vers mon smartphone-appareil-photo et immortalise cet instant.
En moins de dix minutes, j’ai rencontré Maître Lin, grand magicier et ai découvert sa bibliothèque magique, j’ai côtoyé des grues cendrées en plein vol d’une soirée d’automne et j’ai capturé le rêve d’un chat bienheureux.
Les photos des grues cendrées en vol ne datent bien sûr pas d’hier soir, mais de fin novembre 2020 (et les deux photos les plus proches datent de début février 2021). Je me souviendrai toujours de ce moment, car le ciel était bien bleu et comme pour à chaque fois que je fais cette observation, je les entends d’abord puis les cherche du regard. J’abandonne toute activité pour contempler ce ballet aérien jusqu’à ce qu’il n’y ai plus une seule grue visible.
Voici en images les livres et le film dont je parle plus haut.
Et les deux petits haïkus composés hier soir, juste avant de dormir, avec le son des trompettes des grues dans la tête :
soir de novembre écoute les grues chanter migration d’automne
dans le ciel de la nuit j’écoute les grues chanter magie d’automne
Le week-end dernier, je suis allée à pied à ma formation contes. J’avais le dos raide, mais dès que j’ai mis les pieds dehors, je n’ai absolument pas regretté d’avoir mordu sur ma chique. Un paysage magnifique a fait taire la douleur tout le temps des trajets !
Brouillard et soleil Un dimanche d’octobre Les sens en éveil
Je vais conter Dans la brume du matin Au château Sartay