L’arbre à jouets

Texte du 01/10/2015

Contrainte : cartes de Bernard Friot de sa Fabrique à Histoires. Et s’il existait des arbres à jouets ?

L’arbre de la place, le plus grand, le plus gros, le plus connu, est en fin de vie. Tout le monde le sait, mais personne n’ose en parler ouvertement. Il faut dire que les adultes qui le nourrissent ont changé. Autrefois, ils étaient généreux avec l’arbre, lui donnant l’eau de la rivière la meilleure, lui confiant leurs secrets quasi quotidiennement, lui offrant de l’engrais de qualité et le soignant si vite, qu’il n’avait jamais le temps d’être malade. En retour, l’arbre, une fois par an, leur donne de superbes jouets : retour d’impôts, héritage surprise, trésor d’amour chez Cupidon, des bons pour une année pleine de bonne santé, des chèques cadeaux valables chez toutes les Cigognes, etc.

Mais voilà, pour que cela puisse se faire, il faut non seulement y croire, mais en plus, c’est un peu du donnant-donnant, juste retour des choses, non ? Hors, il se fait que de moins en moins d’adultes croient en l’arbre. Ils passent davantage de temps dans le monde virtuel, et les racines de l’arbre n’étant pas en Wi-Fi, les adultes le délaissent de plus en plus.

De fait, depuis l’année dernière, les fruits de l’arbre sont moins fournis, les bons sont limités à une validité plus courte, quelques mois tout au plus, et la qualité laisse à désirer.

Au printemps suivant, l’arbre a des champignons… plus personne n’est là pour le soigner, alors l’arbre n’a plus donné un seul jouet l’hiver suivant.

Aujourd’hui, l’arbre de la place renaît de ses cendres. Petit à petit, l’arbrisseau grandit et il attire les plus jeunes. S’il est bien entretenu, si on fait attention à lui, il peut encore étonner, car cet arbre n’est pas rancunier et des idées de cadeaux, il en a plein les branches !

Jeu d’écriture pour les mamans, papas, grands-parents… et enfants !

Hier midi, en mangeant à mon travail, j’ai fouillé dans la petite boîte de Bernard Friot et de sa fabrique à histoires.  Avec la fin de l’année scolaire – à présent enfin terminée – nos loulous sont un peu surexcités, survoltés, déchaînés… aussi, j’ai souri et des images me sont de suite apparues quand j’ai choisi ces deux outils pour me mettre en appétit :

Jeu de carte « Et si… ? » :
Et si
les parents avaient le droit de changer d’enfant
ET pour vous les enfants :
Et si
les enfants avaient le droit de changer de parents.

Moulin à mots « Qui parle ? » :
Tais-toi, je ne veux pas t’entendre ! Et arrête de gigoter comme ça, tu me donnes le tournis ! Tu ne sais donc pas t’occuper tout seul ? Tiens prends ton livre de français et révise tes conjugaisons, au moins tu ne perdras pas ton temps. Tu ne pourrais pas tourner les pages plus doucement ? Tu m’as fait rater une maille (ou plutôt : tu m’as fait rater mon jeu sur mon iPad…). Mais comment fait ta mère (ton père) pour te supporter ?

Je n’ai pas honte, ces dernières semaines, j’ai bien du leur dire au moins 3 phrases de ce style ! (3 fois sur … une journée bien sûr ! ;-) )

Et je n’avais pas encore pensé à ce jeu « avoir, en tant que parent, le droit de changer mes enfants », donc c’est avec joie que je m’y prête volontiers… et je compte bien demander ce qu’en pensent mes petits monstres… si eux ils pouvaient changer de parents – ben oui, ça va dans les deux sens !

A vos plumes et envoyez-moi par email ou en commentaire votre texte – vous aussi les enfants ! … je me ferai un plaisir de les mettre sur mon blog.

BONNES VACANCES

Le four à double fonction

J’ai joué avec ABC. Le thème choisi est extrait de La Fabrique à Histoires, de Bernard Friot :
sujet renversant « Le four produit du froid. Dès qu’on y glisse un plat, il est congelé ».

Dans la forêt d’Hiver, par un froid de canard, un écureuil crie de joie :

– Youpppeee ! Un four. Je vais enfin pouvoir réchauffer mes noisettes congelées.

Avec toute cette neige, les pattes de ce petit animal sont frigorifiées de devoir tant creuser. Aussi, il est tout heureux de constater la simplicité du fonctionnement de ce four.

– Ooh ! Quelle chance j’ai ! Un four intelligent qui s’ouvre automatiquement à mon approche et qui détecte quel aliment je lui mets dedans.

Zzzzzz, le four émet un petit ronflement. La seule lumière du soleil est nécessaire à son bon service. C’est une vraie merveille.

Tiiiit, tiiit, tiit. Le bip annonce la fin de la cuisson. Notre petit animal est impatient. Et gourmand.

Il a faim. Cela fait dix jours qu’il n’a plus rien mangé !

– AAAaah ! Mais qu’est-ce que c’est que CA ?! hurle-t-il en voyant sa noisette transparente comme un glaçon. Ce n’est pas possible ! Je ne peux pas manger ce truc, c’est pire qu’avant dit-il en frappant un doigt sur sa noisette complètement glacée.

Quand notre ami réfléchit, d’une main, il prend sa queue en panache et de l’autre il arrache un poil. Il dit que cela lui permet de ne pas s’égarer dans son idée…

Lorsque sa belle queue est aussi dégarnie que celle d’un chat sphinx (un chat sans poils), un pic vert s’approche de lui et rit :

– Eh mon ami ! Tu as des soucis ?

L’écureuil sort de sa torpeur et serre ce qui lui reste de queue tout contre son coeur :

– Je vais mourir de faim, hoquette-t-il. Mes dents sont fragiles et je ne sais plus croquer des noisettes congelées. Et ce… ce foutu truc… c’est que du brol ! lui répond-il en désignant le four à refroidissement.

Le pic vert qui a beaucoup d’idées dans sa tête, penche celle-ci sur le côté et lui dit :

– Si le four qui doit chauffer ne chauffe pas comme il faut, as-tu déjà essayé de chauffer le four pour qu’il chauffe peut-être enfin ?

L’écureuil ne comprend pas bien. Alors, pour l’aider, l’oiseau rentre dans son trou, cherche quelque chose et en ressort aussitôt avec un long morceau de laine. Puis, il vient se poser près du four et enroule l’écharpe autour de la machine.

– Si le four a froid, comment veux-tu qu’il te réchauffe ton plat ?

Pour joindre son geste à la parole, le pic vert recrache un morceau d’écorce et l’approche de l’engin. Celui-ci, comme la dernière fois, détecte le geste et ouvre sa porte.

Une seconde plus tard, son ronflement se met en route.

Zzzzzz

Dix secondes s’égrainent.

Tiiiiit tiiit tiit. La porte s’ouvre à nouveau et un délicieux fumet d’écorce grillée flotte dans l’air.

– Huuumm, ça sent trop bon ! salive le petit rongeur. Dis-moi, miam, comment je pourrais, miam, te remercier ? lui demande-t-il la bouche pleine.

– C’est tout simple. Si dans tes provisions, tu trouves des locataires indésirables comme un ver, une fourmi ou autre insecte succulent, garde-le moi bien au chaud, je me ferai un plaisir de le déguster. Cuit, c’est encore meilleur.

C’est ainsi que l’écureuil apprit à se servir de ce four exceptionnel et qu’il devint un très bon ami du pic vert.

Fête aux Cornichons et chien extra !

Isabelle nous a écrit un très chouette texte  à partir d’un jeu d’écriture donné à l’occasion de mon premier atelier d’écriture.

Il fallait écrire une histoire à partir de ce que nous inspirait l’ambiance où nous étions, à savoir un petit restaurant. Un intrus devait faire partie du texte… Isabelle a fait de l’intrus, le personnage principal.

Le café de la gare était bondé.

Ce soir, c’était la fête aux Cornichons. C’est-à-dire que, une fois par an, premier week-end d’octobre, il était coutumier dans ce village pas comme les autres de fêter les Cornichons.

Tous les Cornichons étaient mis à l’honneur ce soir-là. Vous l’aurez compris, la « Culture » du Cornichon était une spécialité locale.

En outre, dans le village, on pouvait aussi rencontrer tous les midis au bistrot « Au Vert Cornichon » le prénommé Guillaume, Cornichon depuis ses premiers pas, fils unique de Gaston, charpentier de référence du village, et de Germaine.

Louise, doyenne des Cornichonnes de 102 ans et née 102 ans plus tôt le jour de la fête aux Cornichons, se tenait assise sur le pas de sa porte depuis l’aube jusqu’au coucher du soleil, observant, interpellant les passants, et inventant ainsi des histoires aussi délirantes qu’imaginaires, ce qui n’était pas du goût de tous les villageois.

Roberta, elle, fille tardive de Louise, avait fini par épouser Guillaume, fils du charpentier. Les noces avaient été célébrées vingt ans plus tôt, le jour de la fête aux Cornichons. Les deux tourtereaux avaient depuis donné naissance à un beau petit cornichon, comme papa, et comme grand-maman. L’enfant était né dix-huit ans plus tôt, jour de la fête aux Cornichons, comme son aïeule.

Ce soir-là donc, la fête battait son plein au village et le champagne coulait à flots.

Ce soir-là donc, le village avait trois événements à fêter.

 

Autre texte, génial ! On part à partir d’un élément déclencheur pioché dans la boîte de la Fabrique à Histoire de Bernard Friot.

Isabelle a choisi :

« Le chien fait la loi dans la maison de M. Longuet. »

 

Le chien fait la loi dans la maison de M. Longuet. Et c’est normal. C’est comme ça depuis toujours et ça ne changera jamais.

Le chien de M. Longuet est très vieux. Sûrement bien plus vieux que M. Longuet.

M. Longuet est grand, plutôt bien enveloppé et a les tempes grisonnantes. Son chien aussi.

M. Longuet est toujours de mauvaise humeur quand on le croise dans la rue. Son chien aussi.

Bref, ces deux-là se ressemblent comme deux gouttes d’eau.

Un jour, la voisine de M. Longuet, Mme Buchard trouve un courrier dans sa boîte aux lettres qui est adressée au chien de M. Longuet. Une grande enveloppe sur laquelle on pouvait lire en imprimé :

 

CHIEN de M. Longuet

Rue Des Poilus 12

1000 Bruxelles

 

Surprise et amusée, Mme Buchard s’empresse de sonner à la porte du vieillard aigri. Mais c’est le Chien qui vient lui ouvrir. Ce dernier, visiblement de mauvais poil, ouvre la porte, observe Mme Buchard de haut en bas et dit :

– Bonjour, que pouvons-nous faire pour vous ?

– Je vous apporte du courrier qui ne m’est pas adressé. Le facteur s’est trompé, et ….

Le Chien interrompt Mme Buchard, lui prie d’entrer et lui propose un café. Mme Buchard, de plus en plus amusée par la scène accepte bien volontiers.

Le Chien se rend dans la cuisine pour préparer du café. Mme Buchard s’installe dans le canapé du salon et lorsque le Chien lui apporte son café, elle dit :

– Où est M. longuet ?

– Il nettoie la salle-de-bains, répond calmement le Chien. Et vous n’êtes pas prête de le voir car il est puni. Figurez-vous que hier soir, confie le Chien, M. Longuet n’en a fait qu’à sa tête. Il a rejoint son panier après 22h00. Le couvre-feu ! insiste le Chien. Je ne supporte pas qu’il me désobéisse, rajoute-t-il. Il doit à présent récurer les sanitaires à la brosse à dents, laver les parquets à genoux et nettoyer les carreaux à coups de langue. Il a la journée.

– Ah bon ? dit Mme Buchard, presque sans voix. Et il ne proteste pas ? finit-elle par articuler.

– Non, rassura le Chien de M. Longuet. S’il proteste ou ne satisfait pas aux travaux ménagers qui lui sont imposés en cas de désobéissance, il est privé de croquettes.

Mme Buchard, inquiète, ne su que répondre. Elle ne dit rien, se dressa soudainement, remercia, s’excusa, confuse, et sortit précipitamment.

Elle décida, dorénavant, de ne plus jamais sonner chez les gens si le facteur se trompait de boîte aux lettres, ne dormi plus, et consulta un psy jusqu’à la fin de ses jours.