Il me dit quelque chose : expressions en veux-tu en voilà

Début d’une histoire… (en cours d’écriture)

 

Il me dit quelque chose

 

Introduction

Cette nuit, j’ai mal dormi. Je n’ai pas réussi à poser mes deux oreilles sur mon oreiller. C’était toujours sur l’une ou l’autre que je dormais, mais jamais sur les deux ensemble. Ce qui fait que j’ai entendu la mouche voler, toute la nuit ! Je n’ai pas besoin de miroir pour savoir que j’ai, sous mes yeux, les valises que je prends habituellement avec moi pendant les vacances.

Comme j’ai passé une nuit blanche à cause de la pleine lune qui illuminait entièrement ma chambre, je vous avertis, je suis d’une humeur massacrante. Je suis donc à prendre avec des pincettes. Vous voilà prévenus.

Bon, revenons-en à nos moutons. Si je suis là, si je prends forme sous vos yeux, c’est grâce à cette personne qui me donne vie en tapant sur les quelques touches du clavier de son ordinateur. Et aujourd’hui, vous allez découvrir, grâce à moi, que les créatures extraordinaires existent belles et biens ! La preuve en mots, ci-dessous. Bonne lecture.

Chapitre 1 :

Un oiseau s’est posé sur le rebord de ma fenêtre. Encore à moitié endormi, je ne réalise pas tout de suite l’étrangeté de cet animal.

De mon lit, j’aperçois le haut de son corps, il a une tête de linotte, petite, plutôt ronde et brune.

Derrière lui, le ciel est gris et menace de se déchirer. Le soleil n’a pas envie de se montrer ce matin, peut-être qu’il s’est fâché avec les nuages ? Allez savoir, ce ne serait pas la première fois. On dit souvent « Le chat est parti, les souris dansent », moi, aujourd’hui, j’ai envie de dire « Le soleil est parti, la pluie danse » Sauf, que je n’aime pas la pluie. Ni la danse !

Toujours est-il que malgré mes mouvements, l’oiseau reste là. Il ne bouge pas une plume, pas même quand je jure et secoue mes pieds. Quelle idée de s’énerver au réveil ? Au lever du lit, je mets les pieds dans le plat de raviolis refroidis de la veille… Cette sensation de nourriture, froide, écrasée par mes pieds nus m’arrache un juron pas piqué des vers. Le gros mot, qui est aussi gros qu’une maison (je ne sais pas en faire des plus petits), me vaut une remarque de ma mère. Bien entendu, ma chère maman n’est pas sourde et elle se mêle toujours de ce qui ne la regarde pas, même des gros mots qui ne lui sont pas destinés ! Mais pour lui faire plaisir, et pour me calmer, je lui jette des fleurs par la fenêtre. Elle aime ça, ma maman.

Assis sur le bord de mon lit, de la sauce tomate, dégelasse, encore entre mes orteils, je discerne une autre partie de l’oiseau. Piqué par je ne sais quelle mouche – ou plutôt par un moustique car tout le monde sait que les mouches ne piquent pas, pas même celle qui m’a harcelé toute la nuit et qui m’en veut sûrement à mort depuis que je lui ai jeté la première pierre – je ne prête soudain plus aucune attention à la texture répugnante qui me colle aux pieds. Non, mon regard est scotché à la fenêtre. Maman serait sûrement encore fâchée si elle voyait des cils collés à la vitre, mais tant pis, je veux en avoir le cœur net : quel est ce drôle d’oiseau ?

Chapitre 2 :

Le volatile, que je ne parviens donc pas à identifier clairement, est occupé à essayer de pénétrer dans ma chambre ! Quel toupet !

Quand je réalise cet étrange comportement, je me pince la joue pour être sûr que je ne me suis pas endormi, sait-on jamais, ce serait normal avec la nuit que je n’ai pas eue.

Dehors, la pluie fait une entrée fracassante. Voilà qui explique un peu la réaction de la bestiole : elle veut se réfugier chez moi, elle aussi doit sûrement détester la pluie.

Un oiseau tout mouillé, ça ne sait plus bien voler. Et l’oiseau en question, celui qui nous intéresse et qui n’est pas plus haut que trois pommes, tente de soulever ma fenêtre !

(Oui, je sais, je n’ai pas des fenêtres normales, ce sont des guillotines, mal isolées, horribles à la vue et qui grincent du tonnerre quand elles veulent bien s’ouvrir.)

L’oiseau sue à grosses gouttes. Pensez ! Une petite bête de cette taille rivaliser avec ce bois pourri qui date des années trente. Au moins la pluie le rafraîchit…

Or, à ma grande surprise, et sûrement à la vôtre aussi, la tête de linotte parvient à arracher un cri grinçant au chambranle ! Je suis certain que le bruit se fait entendre à des kilomètres à la ronde car ma mère, toujours la même bien sûr, on n’en a qu’une et on la choisit pas, me rouspète une nouvelle fois. Elle me précise qu’elle n’est pas dupe et que si elle me surprend une nouvelle fois à essayer de me faire la malle par la fenêtre, « ça va chauffer pour moi ». Je suis un peu distrait, et je ne saisi pas tout le sens de sa remarque car, premièrement, je n’ai pas de malle dans ma chambre et deuxièmement, je ne comprends pas pourquoi elle voudrait « me chauffer » car mon radiateur fonctionne merveilleusement bien.

Je laisse tomber la remarque de ma mère. Elle ne fait pas grand bruit car la remarque est amortie par le tapis. Ouf !

Je scrute à nouveau l’oiseau, ébahi par sa force herculéenne. Je ne peux pas vous dire pourquoi, mais lorsque mes yeux s’arrêtent sur ses doigts, oui des doigts et pas des plumes ni des ailes, je ne suis guère étonné de voir deux mains gauches.

Ce … cette chose, cet animal ou appelez-le comme vous le voulez, me fascine ! Je suis sûr qu’avec lui, je ne suis pas au bout de mes surprises.

Mettre les points sur les i

Dans le jardin des écoles volantes, une petite coccinelle apprend à écrire. Comme tout jeune insecte, elle commence par dessiner les lettres de son nom en grand caractère : C O C C I N E L L E.

Rêveuse, elle imagine que les lettres bougent devant elle et dansent sur une musique muette.

C’est bien plus gai d’apprendre à écrire quand on peut jouer avec les lettres. Le C se transforme alors en une capucine, mademoiselle capucine. Le O devient un beau petit oeillet, tout bleu. Deux autres capucines se joignent à la première quand un iris (pour le i) est emporté par le vent. Un nénuphar prend la place du N. Il a du mal à caser ses deux jambes dans la fleur mais la gymnastique qu’il fait pour y parvenir démontre qu’il est bien souple. Deux edelweiss (le E) rougissent lorsqu’elles se retrouvent entourées par deux magnifiques lys (L).

La coccinelle observe tout ce petit monde et rigole doucement pour ne pas se faire remarquer.

Soudain, l’institutrice parle plus fort :

– Mademoiselle la coccinelle, puisque l’écriture en majuscules ne te pose plus de problème, viens donc essayer d’écrire ton nom en lettres minuscules.

L’insecte se réveille et s’envole sur le tableau. Elle trempe le bout de ses six pattes dans la poudre de craie et écrit :

c o c c I N E LL E

– Bien essayé Coccinelle, mais ce n’est pas tout à fait cela, lui répond l’institutrice. Il ne suffit pas d’écrire avec des pattes de mouches, ou de coccinelle en ce qui te concerne, pour réussir l’exercice. Minuscule ne veut pas dire dessiner les lettres majuscules en plus petit.

Le petit insecte rouge à points noir va retrouver sa place.

Dans deux chants de criquets, ce sera la récréation. Elle va pouvoir se dégourdir les ailes et penser à autre chose qu’à écrire les étranges formes qu’on appelle « mots ».

Le temps passe toujours trop vite quand on s’amuse. Et notre coccinelle va avec des ailes de plomb se poser sur son brin d’herbe, dans la dernière rangée, tout au fond de la classe.

La fin de matinée est consacrée aux calculs. Ouf ! Coccinelle préfère ça. Elle aime bien compter.

Tout à coup, mademoiselle l’institutrice annonce qu’elle ramassera les copies avant l’après-midi. Vite, coccinelle se dépêche de tremper le bout de ses pattes une dernière fois et remplit les cases manquantes d’autant de petits points que le demande l’exercice de mathématique.

– Et n’oubliez pas d’inscrire votre nom en haut de la feuille, précise la maîtresse.

– ZUT ! et rezut ! rouspète l’insecte, pourquoi faut-il toujours noter son nom ?

La coccinelle s’applique du mieux qu’elle peut. Tout à coup, une image lui revient en mémoire : le clavier de son ordinateur de jeu.

« Mais oui ! », pense la petite bête. Je vais écrire comme sur l’ordinateur, c’est plus facile.

Et elle écrit donc : c o c c I n e l l e

Le lendemain, coccinelle, fière d’avoir pensé à son clavier, est impatiente de recevoir sa note.

Quand elle reçoit sa copie, elle est à la fois très heureuse et triste. Très heureuse d’avoir une si jolie note, mais triste car elle ne comprend pas pourquoi madame ne lui a mis que 9 / 10, alors qu’elle n’a fait aucune faute dans ses calculs.

L’institutrice attendait sa réaction. Quand Coccinelle lève la patte, elle l’autorise à poser sa question à voix haute :

– Madame, pourquoi est-ce que j’ai neuf et pas dix ? Je n’ai pourtant fait aucune erreur.

– En effet Coccinelle. Tu n’as fait aucune erreur dans l’exercice, mais regardes un peu en haut de ta feuille… Que lis-tu ?

L’insecte voit un gros point rouge au-dessus de son i, sur son prénom. Elle semble ne pas comprendre.

– Tu oublies toujours de mettre les points sur tes i. C’est quand on écrit en majuscules, qu’il ne faut pas mettre de point.

Et le petit insecte demande alors aussitôt :

– Mais maîtresse, pourquoi est-ce que je dois mettre un seul point dans mon prénom alors que sur mon dos, j’en ai sept ?

 

Avoir les yeux plus gros que le ventre

Avoir les yeux plus gros que le ventre

Maman me dit toujours que j’ai un appétit d’ogre. Et c’est vrai ! Il n’y a que quand je suis malade que je ne mange pas. Cela en est d’ailleurs le premier symptôme. C’est mon manque d’appétit qui met la puce à l’oreille de maman quand je commence une maladie. En effet, comme beaucoup d’enfants, j’ai parfois de la fièvre, et malgré cela, je me sens en pleine forme.

 Aujourd’hui est un grand jour. Je suis à présent assez grande pour chasser toute seule mon repas ! Quel événement !

Dès mon réveil, à l’aube, j’imagine un plan d’enfer pour capturer mes proies.

 Mon fil de soie est très fin, solide et transparent. J’ai tellement d’énergie en moi que je m’attèle à un travail d’hercule, je construis une toile aussi grande que la niche du chien qui est dans ce jardin. Oui bon, c’est un petit chien, n’empêche, ma toile est gigantesque. Titanesque. Grandiose. En un peu plus d’une heure, elle est fin prête, une jolie forme triangulaire avec un cercle parfait au milieu. Le tout avec une vingtaine de rayons. Et cela avec environ trente mètres de fil.

 – Quel beau travail ma fille, me félicite maman dès qu’elle revient de sa balade près du gazon, au niveau du sol.

– Merci maman, mais viens au centre avec moi, j’ai hâte d’attraper ma première nourriture, je lui réponds en souriant.

Elle et moi on se met l’une contre l’autre, au milieu de ma toile diabolique, là où c’est très solide et non collant.

 Rapidement, un bourdonnement attire mon attention. Un bzzzz régulier, un bzzz que les humains détestent. Je n’ai pas une très bonne vision mais je distingue quand même un insecte jaune et noir au dard méchant qui volette près de ma toile.

 – Eh le mille pattes, tu crois que je te vois pas peut-être ? se moque la guêpe en parlant de la patte de maman qui tremble involontairement.

– D’abord, madame je sais tout, on est pas des mille pattes mais des araignées ! Si tu sais compter un peu, on a juste une paire de pattes en plus que toi, rétorque-je en rouspétant.

– Ouais bon, mais si tu comptes m’attraper pour que je te serve de petit déjeuner, va falloir te lever un peu plus tôt. On distingue ta toile à des kilomètres… t’as encore du pain sur la planche, crois-moi !

 Il n’en fallait pas plus pour que cette petite enquiquineuse me pousse à bout. Dare-dare, je cours sur le fil de ma toile pour lui dire de plus près ma façon de penser.

– Laisse-là, mon araignénounette, me crie maman, elle n’en vaut pas la peine, tu gaspilles ton énergie pour rien, reviens, y aura bien une autre idiote pour tomber dans ta magnifique toile.

 Mais maman n’en dit pas plus, car la guêpe s’envola en marche arrière et heurta le fil supérieur de mon piège. Ce petit frôlement suffit à faire vibrer toute la toile, surpassant de loin les petits tremblements de pattes de maman.

HA HA HA ! Le rire est sorti spontanément. Il ne faut pas grand chose pour s’emmêler les ailes ou les pattes… et plus l’insecte stupide se débat, plus elle fait des nœuds et moins elle a de chances de s’en sortir.

Je m’arrête de bouger et l’observe avec des yeux presque doux. Le fil colle à son corps comme de la glu et la victime – que j’aime ce mot si délicieux dans ma bouche – a beau battre vigoureusement de son aile encore libre, elle ne fait que monter et descendre un peu comme dans un saut à l’élastique. La seule grosse différence entre un bête élastique et mon fil, c’est que le mien est ultra-solide, aussi résistant que tu métal.

 La guêpe s’affaiblissait rapidement, c’est elle qui gaspillait inutilement son énergie ! Je tirai un peu sur mon fil pour lui montrer qu’à présent je la maitrisais parfaitement et que sa vie était désormais entre mes huit pattes.

 – Pitié, pitié, excuse-moi, laisse-moi m’en aller. Pardon, pardon. Je ne dirai plus jamais de mal de vous, vous êtes très intelligentes et très fortes. S’il te plaît, laisse-moi m’en aller et tu ne me reverras plus jamais, me suppliait mon repas.

– Trop tard. Ta maman ne t’as jamais appris à tourner sept fois ta langue dans tes mandibules avant de parler ? De toute manière, c’est toi qui t’es fourrée dans ce guêpier, enfin dans cette toile, toute seule. Il ne faut t’en prendre qu’à toi-même.

 J’attendais encore un peu pour être certaine qu’elle n’avait pas la possibilité de se retourner et de me tuer avec son dard. Quand elle ne donnait plus signe de forces, je passais sur le rayon suivant pour l’approcher par derrière. D’un coup de mandibule, je lui pince le cou et la paralyse pour de bon. Je l’emballe très vite, comme j’ai souvent vu ma maman le faire. Il faut faire très attention à cet emballage car ce serait dommage que j’en perde une miette quand je me mettrai à table.

 Quand je reviens au centre de la toile, maman me regarde bizarrement.

– Tu as les yeux plus gros que ton ventre mon araignénounette ! Comment vas-tu faire pour ingurgiter tout cela maintenant ? Tu en as pour une semaine.

– J’ai une faim de loup maman, tu me connais, j’en aurai juste assez pour ce matin, et ce soir si j’ai encore un petit creux.

De l’eau dans le gaz, de l’orage dans l’air

Petite nouvelle pour enfant à partir de l’expression
« Il y a de l’eau dans le gaz » ou « de l’orage dans l’air ».

Dans l’étang de la ferme, il y avait de l’eau dans le gaz, de l’orage dans l’air.

On pouvait entendre une dispute éclater.

Deux bernaches s’insultaient et les noms d’oiseaux pleuvaient !

– Espèce de canard casserole !

– Toi-même, canard boiteux.

Les animaux des environs bouchaient les oreilles de leurs enfants afin qu’ils n’entendent pas pareils gros mots.

La différence qui opposait pourtant ces deux mêmes oiseaux était simple : une autre bernache. Mais pas n’importe laquelle. La princesse bernache, future reine de l’étang.

Les deux mâles étaient amoureux de la princesse et tous deux espéraient pouvoir voler avec elle et fonder une belle famille.

La princesse n’aimait pas les disputes, aussi voulu-t-elle partager les deux garçons par une épreuve.

– Celui qui saura me faire un nid confortable, doux, spacieux et pratique aura une chance supplémentaire de me séduire.

Nos deux bagarreurs cessèrent immédiatement de s’enguirlander. Chacun fila de son côté et commenca à récolter les matériaux pour la construction d’un nid.

L’un s’appliqua à mélanger diverses herbes et branches, et arracha quelques plumes au derrière de son adversaire pour que le nid soit plus doux.

L’autre se préoccupa plutôt du côté de la taille du nid et n’hésita pas à donner coups de bec et de pattes afin de repousser les voisins un peu plus loin.

Pendant ce temps-là, la princesse se fit une petite toilette (de chat). Elle était belle la princesse avec son bec brillant de santé, ses plumes aussi noires qu’une nuit sans étoiles, et son oeil vif. Tout dans ses mouvements était séduisant.

Les habitants de l’étang encourageaient l’une ou l’autre bernache qui était en compétition pour gagner le coeur de la princesse.

Personne ne prêtait attention à l’oiseau qui venait de se poser au bord de l’île. Celui-ci ressemblait à n’importe quelle autre bernache, mais il avait en lui cette bonté qui caractérise un futur prince.

Discrètement, il construisit lui aussi un nid. Seul, sans demander de l’aide à personne, sans embêter le moindre voisin, sans arracher le plus petit duvet à quiconque.

Son nid était beau, grand, facile d’accès et avec une vue imprenable sur la ferme. Une réserve de nourriture était même mise à disposition non loin de là. Il se secoua un peu et, naturellement, de belles plumes blanches, douces et soyeuses, tombèrent sur le nid.

Un des deux mâles qui se querellait, attérit près de la princesse.

– Belle princesse, je vous invite à venir vous reposer sur notre nid d’amour.

Tout à coup, l’autre bernache en conccurence, arriva aussitôt et se planta entre la princesse et son rival.

– Venez d’abord chez moi princesse, vous verrez, vous ne pourrez plus quitter ce nid tant il est doux. Il est même plus près d’ici, venez donc avec moi.

Dans le dos de la princesse, des coups d’ailes se perdaient. Cette ambiance ne plaisait vraiment pas à la future reine de l’étang.

Elle demanda alors à ses amis de bien vouloir reconduire ces deux prétendants sur la berge, le temps qu’ils se calment et qu’elle puisse prendre sa décision.

Lorsque la princesse s’avança, nageant tranquillement vers l’un des deux nids, un éclat lumineux près de l’île attira son attention. Comme elle pouvait entendre les deux autres se disputer à nouveau, elle abandonna sa tâche et se dirigea vers la source lumineuse.

Depuis toujours, la princesse avait un faible pour les baies aquatiques. Elle ne l’avait jamais dit à qui que ce soit car ces baies-là, aussi bonnes soient-elles, avaient tendance à lui donner un reflet rouge sur le blanc de ses joues. Et là, sur l’île, sur une couronne d’algues fraîches, reposait une dizaine de baies rouges ! Son regard s’arrêta sur une étrange feuille dorée qui brillait avec le soleil. Sur cette feuille, elle pouvait lire « Pour la princesse de mon coeur ».

Tournant la tête à gauche, puis à droite, la princesse chercha l’auteur de ce mot et de ce succulent repas.

L’oiseau qui était à l’origine de tout cela était caché derrière le seul arbre de l’île. Amoureux et intelligent, il n’en était pas moins un grand timide. Il s’avança doucement, et se présenta gentiment :

– Bonjour chère Princesse. Je me présente, je m’appelle Canader. Cela fait longtemps que j’en pince pour vous… accepteriez-vous de prendre place dans le nid que je viens de terminer ?

Canader recula de deux pas et dévoilà sa construction.

La princesse, séduite par tant de gentillesses, de politesses et d’initiatives, s’émerveilla devant le nid.

– Oh ! Il est magnifique ! Grand, doux, pratique et avec une très belle vue. Mon cher Canader, je suis heureuse de vous avoir trouvé. Je suis sûre que nos enfants seront ravis de naître dans ce petit coin de paradis.

A la grande surprise générale, la princesse resta sur l’île, en compagnie du nouveau venu. Il avait tellement épaté tout le monde que la plupart des voisins devenèrent rapidement leur copain.

Sur la berge, deux mâles n’en revenaient pas. Ils ne digéraient toujours pas la pilule et trouvèrent là une excellente excuse pour se battre à nouveau.

Montrer pattes blanches

Petite histoire pour les enfants à partir de l’expression :
montrer pattes blanches

 

Il était une fois une maison de cygnes. La maison était grande et abritait papa et maman cygne ainsi que trois cygneaux. Un jour, alors que maman cygne était partie chercher à manger, papa cygne s’en alla lui aussi afin d’aller chez sa cousine lui demander des outils. En effet, l’hiver n’allait pas tarder à arriver et la porte d’entrée menaçait de s’envoler dès la première rafale de vent. Aussi papa cygne confia la maisonnée à l’aîné des trois cygneaux.

– Tu ne laisses entrer personne et vous ne sortez pas tant que maman n’est pas revenue. Avez-vous bien compris ?

– Oui papa, soupiraient les petits qui se trouvaient déjà pourtant bien grands.

Et il s’en alla.

Dans la maison, les petits cygnes faisaient les cent pas maladroits. Ils n’aimaient pas rester enfermés et rêvaient de pouvoir nager un peu dans leur étang préféré, situé au centre de la ferme.

Quand le plus petit voulu ouvrir la porte, l’aîné gronda gentiment.

– On ne peut pas sortir, si le renard nous voit, il nous mangera !

– Mais on s’ennuie ici, lui répondit son petit frère.

Alors le troisième, celui du milieu, trouva une idée de jeu :

– Et si on jouait aux expressions. Celui qui en trouve le plus pourra aller le premier dans l’étang quand maman reviendra.

Un cri de joie s’éleva parmi les cygneaux.

Ils jouèrent donc ainsi, une bonne partie de l’après-midi. Ils ne se lassaient pas de trouver et de mimer des expressions. Aussi, quand leur maman arriva et qu’elle trouva la porte fermée à clé, elle frappa à la porte.

Toc toc toc

Aussitôt, tous les cygneaux se turent.

– C’est le renard, chuchote l’aîné.

– Oui, sûrement, on a rigolé trop fort et il nous a entendu, répond tout doucement son cadet.

Et les trois cygneaux se faufilèrent dans différentes pièces et se cachèrent.

– Les enfants, c’est maman, dit maman cygne. Ouvrez-moi, j’apporte le souper.

Comme personne ne répondit à son appel, elle frappa plus fort à la porte.

Boum, boum, boum !

Le plus grands des trois, craignant que la porte ne cède sous les coups, s’approcha de la porte et cria :

– Il faut montrer pattes blanches !

Dès qu’il eu dit ça, les deux autres pouffèrent dans leur coin, trouvant cette expression extraordinaire vu la situation.

La mère n’en croyait pas ses oreilles. Elle montra à la fenêtre ses deux ailes, blanches comme neige.

– J’ai dis les pattes, pas les ailes. Nous savons que c’est toi vilain renard, va-t-en ou maman va te botter le derrière.

– Mais les enfants, c’est moi, maman ! Enfin, vous ne reconnaissez pas ma voix ? demande-t-elle sur un ton un peu dur, trouvant la farce de mauvais goût.

– Maman, elle ne nous rouspète jamais dessus, répondit le plus petit qui était sorti de sa cachette.

– Montre tes pattes blanches, répète encore une fois l’aîné.

Ne sachant plus que répondre, la maman alla chez son frère peintre et lui demanda de lui couvrir ses pattes avec de la peinture blanche.

Revenant bien vite, elle frappa une nouvelle fois à la porte, fit le poirier et montra ses pattes blanches à la fenêtre.

– Si tu étais vraiment notre maman, tu aurais les pattes noires ! dit le troisième cygneau en tirant la langue.

Désespérée et fatiguée, la maman cygne s’installa devant la porte et attendit le retour de son mari.

Ce dernier ne tarda pas et souria quand il comprit ce qu’il se passa. Il se posta devant la porte et dit :

– Les enfants, je me retrouve nez à nez avec votre mère. Elle me fait les yeux doux et espère que je vais la mettre sur la voie afin qu’elle tire son épingle du jeu. Vous savez, elle ne rentre pas bredouille, la pêche a été bonne. Allez ! Ne faites pas la fine bouche et baissez vos armes.

Tout de suite, la porte s’ouvre et l’aîné répond :

– Oh papa ! Tu es trop fort, tu as encore gagné à ce jeu. Redis-nous toutes ces expressions, on les aime trop !

Maman cygne en reste baba, et papa cygne, fier comme un paon, ne se fait pas prier pour jouer le jeu encore une fois.

Casser du sucre sur le dos de quelqu’un

Jeu n° 10 avec Rébecca : jouer avec des expressions, les rendre vivantes.

Comme j’aime particulièrement les expressions, je n’ai pas pu résister, en voici plusieurs :

casser du sucre sur le dos de quelqu’un
la goutte d’eau qui fait déborder le vase
passer du coq à l’âne
avoir la puce à l’oreille

Et parce que j’avais envie d’utiliser un petit outil de La fabrique à histoires de Bernard Friot, voici un début  tiré du moulin à mots.

Caché derrière un rideau, le chat guettait. Voilà trois jours qu’il a lancé un défi à Mapuce.

Mapuce, c’est sa voisine et c’est… ben oui… une puce. Une puce pas comme les autres, une gentille qui aime bien sûr bondir, chatouiller et mordiller, mais qui aime aussi jouer, rigoler et danser.

Et ce que Mapuce aime par dessus tout, c’est relever des défis.

Alors quand Félinou le chat lui a dit qu’elle ne serait pas cap’ de l’attraper, elle a dit : « chiche ».

Et Félinou est bon joueur. Vu la grande différence entre leurs tailles, il lui a dit qu’elle avait quatre jours pour s’entraîner à sauter plus vite et pour se muscler les pattes à s’agripper à son poil court.

Alors, le premier jour, Mapuce a cassé du sucre sur le dos de quelqu’un.

— Oui, eh, oh ! Sur quelqu’un, mais pas n’importe qui s’il vous plait : sur le dos de Sa Majesté Lemur. Il me fallait un dos solide…

Et cela n’a pas été si facile que ça. Rendez-vous compte, de petites pattes de puces briser un morceau de sucre ! Mais, elle est y est arrivée la demoiselle… À force de persévérer, elle y est arrivée… et presque les six pattes dans le nez à la fin de la journée.

Le deuxième jour, hier donc, pour calmer les égratignures qu’elle s’est faites à ses pattes de devant, Mapuce s’est exercée à faire déborder le vase d’une goutte d’eau.

— Plus facile à dire qu’à faire ! Z’ avez déjà essayé de faire déborder l’océan d’une vague ? Surtout qu’avec mes petits membres de rien du tout, je n’avais aucune prise… ça me filait entre les pattes.

Mais, comme pour la veille, elle n’abandonnait jamais. Finalement, elle y est arrivée en se jetant de tout son corps depuis la hauteur du pommier. Il faut préciser qu’elle s’était lestée auparavant d’une couche de boue… son propre poids ajouté à celui de la boue a été déterminant dans la réussite de cet exercice.

Aujourd’hui, troisième jour, Mapuce joue au saut en hauteur… et en longueur ! Dans la prairie d’en face, un coq et un âne bavardent tranquillement.

— Je suis bien plus motivée avec des défis concrets. Sauter d’un chien à un autre n’est pas marrant, surtout que ceux de la maisonnée n’arrêtent pas de se chamailler, de se bousculer, … je ne dois même pas sauter pour passer de l’un à l’autre.

Tandis qu’ici, voyez la distance qui sépare le coq de l’âne ? Le coq est beau parleur, mais il se méfie du fichu caractère de l’âne.

Et alors que Félinou pense que Mapuce va se casser le cou avec un saut de fou, l’insecte passe du coq à l’âne sans la moindre difficulté.

— Merci Monsieur Levent, un petit coup de pouce bien utile, chuchote Mapuce.

Le lendemain matin, Félinou se lève de bonne humeur, sûr de lui. Il se dérouille, tend ses pattes devant lui, fait le gros dos gentil, s’ébroue, et puis se lèche avant de se décider à pointer le bout de son museau par la chatière.

Dès le premier coup d’œil, il sent que quelque chose ne va pas. Les chiens ne se grattent pas, l’âne ne semble pas avoir d’invité indésirable sur lui, pas plus que le coq…

— Bon sang de bon soir, où est cette puce ? dit le chat à haute voix.

Il n’a pas le temps de dire ouf que quelqu’un lui souffle :

— Avoir la puce à l’oreille, ça te dit quelque chose voisin ?

Jeu d’expressions

Les expressions, j’adore ! Devinez combien il y en a dans ce petit texte…

Un de mes profs m’a donné une punition. Je la montre à maman dans le vain espoir qu’elle m’aide un peu. Piquée par je ne sais quelle mouche, elle me sort :

–          Ah ah !  Toi qui n’as pas la bosse des maths… tu as du pain sur la planche.

Ma mère, elle adore faire de l’humour, sauf que moi, aujourd’hui, chui pas d’humeur et elle le comprend bien vite, car elle me dit :

–          Ne sois pas soupe au lait ce soir, et surtout arrête-moi ces larmes de crocodile ! On dirait un bébé.

Elle ne prend jamais des gants avec moi. C’est sûr, elle ne va pas m’aider.

Et si je demandais à papa ? Pourquoi pas ? Encore faut-il qu’il ne file pas à l’anglaise comme à chaque fois que je lui demande de l’aide en math !

Mais quand il me voit arriver, il me sort :

–          Ah ! Tu tombes à pic ! J’ai besoin de toi. Que penses-tu de…

Et bla-bla-bla… ça y est, il a encore fait une peinture et il veut mon avis… Je ne vais pas noyer le poisson en de bavardages inutiles. Je vais faire comme maman : être direct, sans détour :

–          Papa, je n’ai pas le temps pour ta peinture, j’ai une punition en math ! Aide-moi s’il te plaît ! Après, je te dirai tout ce que je pense de ton tableau.

–          Demande à ta sœur, elle est très douée dans cette matière, me répond-il.

Ma sœur a deux ans de moins que moi et même si elle est très calée à l’école, je ne vais quand même pas lui demander de m’aider !!!

–          Allez, n’aie pas froid aux yeux, vas-y, tu sais qu’elle adore t’aider, m’encourage-t-il d’un clin d’œil.

Pfff, c’est pas juste ! J’ai sans doute très froid aux yeux, mais lui c’est une vraie poule mouillée qui n’ose pas se remettre dans le bain !

Finalement, je donne carte blanche à ma sœur. Je la laisse jouer au professeur, elle aime ça et je dois dire qu’elle explique vachement bien. Entre gosses, on se comprend forcément mieux.

Toutefois, au moment de résoudre les derniers problèmes, elle ne va pas par quatre chemins et me dit :

–          Voilà, je t’ai tout appris, à toi de jouer !

Je dois trembler comme une feuille, car elle reprend d’un ton plus doux :

–          Tu vas y arriver, prend tout ton temps, Rome ne s’est pas fait en un seul jour.

C’est sûr, mais les maths, c’est une autre paire de manches !