La logique des enfants

Discussion entre un père et sa fille de six ans.

– Ma chérie, tu dois être en forme pour aller chez les castors (scouts pour les petits de 5 à 8 ans).

– Pourquoi est-ce que je dois ?

– Ah ça, c’est un secret…

– La devise chez les castors, c’est « partage, partage, partage ». Alors, papa,  tu dois partager ton secret avec moi !

 

Un bien étrange monstre

Val, auteur du blog L’Echo Des Ecuries, a été bien inspirée par mon petit jeu où il fallait inventer un petit monstre. Elle avoue que ses enfants l’ont beaucoup aidée… d’ailleurs ce sont eux qui sont à l’origine de ses illustrations ! Bravo les enfants et bravo à votre maman :-)

Il était une fois dans un pays lointain, un petit monstre, bien triste
Il était si différent des autres enfants de monstres

D’ailleurs à sa naissance les autres monstres l’avaient regardé d’un air étonné en se disant, « mais il ne ressemble à rien ce monstre il n’est pas comme nous »
Heureusement sa maman, une gentille monstresse à deux têtes, avait dit : « ce n’est pas grave, il est différent mais on ne peut rien y faire : voyons comment il va grandir »

Son papa rectangle avait dit : «d’accord mais comment allons nous l’appeler ? »

Car dans ce pays étrange, il était coutume de trouver un nom qui reflète la personnalité de la personne : on avait donc des monstres qui s’appelaient :

Dragon Chevelu : celui-ci devait faire attention quand il jetait des flammes à ne pas mettre feu à ces cheveux bouclés,

Il y a avait aussi Solange le losange : une adorable monstresse à tête de losange, corps de losange, main en losange ….

5 Pattes, comme son nom l’indique, était un mouton (euh je me trompe) un monstre avec cinq pattes

Le petit napperon rouge était un fantôme un peu spécial : elle avait un adorable napperon brodé à la place de son drap et elle ne faisait peur à personne. Sous son napperon à trou on voyait bien qu’il n’y avait que du vide et donc rien de méchant

Papillon était une jolie chauve souris avec de magnifiques couleurs

Son meilleur ami était Sourcil car il avait la plupart du temps les sourcil froncés comme ceci

Si bien que maintenant, notre héros grandissait, grandissait mais n’avait toujours pas de nom
Il n’avait aucune forme et personne ne lui avait trouvé de nom ; il était l’unique représentant des monstres à ne pas avoir de nom
Heureusement, ses parents s’occupaient bien de lui et ses frères et sœurs l’invitaient toujours dans leurs jeux

Un jour sa maman l’emmena à l’école pour la première fois

– Bonjour je m’appelle Triangle lui dit la maîtresse en lui souriant
– Et toi comment t’appelles tu ?
– Je ne m’appelle pas, répondit tristement le petit monstre

– Bien rentre donc, viens nous montrer ce que tu sais faire

Sans Nom rentra donc dans la classe et montra aux autres monstres ce qu’il savait faire :
Il leur montra d’abord qu’il savait faire des claquettes : car il avait deux pieds très agiles : tac tac tac tactac

Il leur montra ensuite ses mains qui savaient applaudir, découper , colorier

Il leur montra alors sa langue qui savait parler, chanter, lécher des glaces, sortir de sa bouche qui rigolait

Il leur montra alors ses oreilles qui savaient écouter les histoires et les chansons

Il leur montra son nez qui savait reconnaître le parfum des roses, des chiens mouillés, du chocolat et des choux de bruxelles (beurk)

Il leur montra ses yeux dans lesquels brillaient mille étoiles

Alors la maîtresse lui dit : aller rigole t’es pas un monstre :

Nous t’appellerons « Garçon »

La coccinelle qui cherchait l’automne

Il était une fois, une petite coccinelle bien curieuse. Partout, depuis quelques jours, elle entendait dire que l’automne était là, qu’il fallait se presser, que l’hiver n’allait pas tarder. Et notre pauvre coccinelle, qui était née un peu plus tard que les autres, ne savait pas encore qui était l’automne.

— Si personne ne sait me dire qui est cet automne, eh bien je vais le découvrir moi-même !

Son chemin commença tout doucement, dans le jardin qui l’a vue naître. Perchée sur une brindille d’herbe encore verte, elle repère les pots de fleurs qui annoncait la fin de son territoire.

Son aventure débute ici.

Très vite, elle s’envole vers la forêt toute proche.

— Il y a, paraît-il, dans ce bois, un petit peuple extraordinaire. L’un de ses habitants va sûrement pouvoir me renseigner, dit-elle en faisant vibrer ses petites ailes.

Elle s’amusa à frôler le premier étang qui annonça l’entrée du bois.

D’aussi loin que sa vue lui permet de voir, elle repère une longue silhouette grisâtre. Elle vire à droite, puis s’arrête sur la branche d’un arbre.

— Ah ! Voilà un habitant bien grand ! s’exclame-t-elle.

— Excusez-moi mon brave, pourriez-vous m’aider ? Je cherche l’automne, savez-vous où il se cache ? lui demande-t-elle poliment.

Hélas, il ne doit pas l’entendre, car l’oiseau cendré décolle immédiatement.

Toutefois, le beau héron n’a pas tourné en rond. Il se pose non loin de là, et tout occupé qu’il est à chercher un poisson dans l’eau, il ne prête pas attention à la coccinelle une seule fois ! Le goujat !

Croyant qu’ils ne parlaient sans doute pas la même langue, la gentille coccinelle repart en quête d’un nouvel habitant.

— Jamais auparavant, je n’ai visité cet endroit. C’est magnifique. Ce pont, ce reflet, ces couleurs… quel bonheur. Quel bonheur ! répète-t-elle tant la beauté du paysage l’émerveille.

Et, au lieu de poursuivre sa quête, notre sympathique coccinelle s’égare dans la forêt. Elle découvre une autre nature, plus grande que son jardin, plus majestueuse que tout, mais surtout plus grande.

— OUAH ! cet arbre est énorme, gigantesque, infiniment grand. Il me donne même le vertige, blurps, pardon, faut que j’m’arrête un moment, éructe-t-elle en se posant au pied de son immensité.

Soudain, alors qu’elle reprend ses esprits, elle entend du bruit. Derrière elle, une boule orange fouille dans le tas de feuilles mortes qui était, jusqu’ici, silencieux.

Il faut un certain temps à notre coccinelle pour repérer l’auteur de tout ce raffut.

— Un écureuil ! Ooohh! C’est la première fois que j’en vois ! Bonjour mon ami, lui crie-t-elle. Je cherche l’automne, peux-tu me dire dans quelle direction il faut que je m’envole ?

Mais le petit animal roux lui tourne le dos et fait un bruit de tous les diables en crapahutant dans le lit sec de la forêt.

Notre insecte à petits pois voit rouge !

— Personne donc pour m’écouter ? Vraiment personne pour m’aider ? râle-t-elle.

Elle quitte l’animal, qui n’a fait qu’une apparition furtive, et regrette aussitôt de ne pas avoir pu faire sa connaissance. Elle le trouvait quand même tout mignon avec sa belle queue en panache.

Tout à coup, un peu plus loin, un ovale jaune feu attire son attention.

— Pfff, ce n’est qu’une feuille. Elle a beau être d’un bel éclat, elle ne m’aidera pas, soupire notre coccinelle.

Après avoir admiré ce flocon d’automne ignoré, l’insecte rebrousse son chemin, car il ressent une légère fatigue. Il laisse derrière lui un autre très beau paysage.

Elle remercierait presque le ciel d’apercevoir, derrière un arbre mort, son petit jardin, sa maison à elle.

— Bouh hou ou! Je vais finir par rentrer sans avoir trouvé, pleure-t-elle.

Et une corneille qui passe par là l’entend pleurer.

— Ne pleure pas ma belle ! Dis-moi plutôt ce qui ne va pas. Je vais peut-être pouvoir t’aider, lui dit l’oiseau noir de sa voix grave.

— Tout le monde parle de l’automne, mais personne n’est là pour me le présenter ! dit-elle dans un hoquet.

— Oh ! Ce n’est que ça, lui répond-il. L’automne, il est partout. Même chez toi. Si, si, je t’assure. Rentre vite dans ton jardin, et je te garantis, tu le verras bien.

La coccinelle le remercie et aussitôt, elle le dépasse. Elle va enfin pouvoir le voir !

Dans le jardin, chez elle, pour être sûre de ne pas le manquer, la coccinelle grimpe sur la plus haute tige et scrute tout l’horizon.

C’est là qu’une de ses amies lui dit :

— Mais Nella, que fais-tu ? Il fait froid, l’hiver ne va pas tarder à arriver.

Et celle-ci lui répondit :

— Je m’en fiche de l’hiver, je veux d’abord voir l’automne !

— L’automne, dis-tu ? Mais il est là, devant toi. Ne vois-tu point toutes les feuilles mortes par terre ? Les arbres qui perdent leurs habits et qui se parent de leurs plus belles couleurs ? Ne sens-tu pas le vent soufflant ? Ne trouves-tu pas que le temps se rafraîchit ? Viens vite par ici. On est toutes à l’abri.

Léon le petit hérisson

Léon, le petit hérisson (nouvelle parue en 2010, dans mon recueil « Mes animaux imaginaires« )

Sur le chemin de terre qui mène à une ferme, il y a un petit hérisson penseur. Il trouve que le temps se rafraîchit bien vite et qu’il serait temps pour lui de chercher un abri pour hiberner tranquillement.

Il marche à son aise, faisant bouger ses picots à droite puis à gauche. À la vitesse à laquelle il avance, il risque fort de ne pas arriver dans son jardin favori avant le lever du jour.

Soudain, un bruit fort le met en boule. Il ne bouge plus, tétanisé par ce qu’il vient d’entendre. Ça ressemble étrangement à un coup de fusil. L’éclat recommence et on dirait même qu’il se rapproche. Léon, le petit hérisson, ose relever la tête et avance un peu plus vite. Il est presque drôle à courir ainsi. Mais il a peur. Il ne pense même plus à faire un tour dans le potager, à la recherche de quelque limace bien gluante et si succulente à se mettre sous les dents. Il fonce, tête en première dans un tas de feuilles mortes.

Nous sommes fin octobre. L’automne est bien présent et les arbres se déshabillent de leurs feuilles. Léon a déjà commencé à faire ses provisions pour l’hiver et il veut encore un peu manger, histoire de pouvoir dormir le ventre plein. Car il devra dormir longtemps, très longtemps, avant de pouvoir ressortir de sa cachette.

Mais le bruit se fait de plus en plus proche. Il n’ose même pas trembler, de peur qu’on le découvre.

Une demi-heure plus tard, quand plus aucun bruit ne se fait entendre, Léon ose, timidement creuser la terre pour sortir le bout de son museau et voir ce qu’il se passe. Rien à l’horizon si ce n’est une très vieille voiture qui n’était pas là avant. Il attend encore un instant et éclate de rire. Il a complètement oublié que ce tas de ferrailles fait toujours un bruit du diable quand il roule ! Le pot d’échappement est troué depuis des mois et c’est seulement maintenant qu’il se rend compte du potin qu’il fait !

Le vent froid rentre dans les petites narines du mammifère. Bien à l’abri, le petit hérisson change d’avis. Tout compte fait, il est bien là parmi le tas de feuilles et de branches. Il se retourne, se remet en boule mais cette fois-ci, c’est pour se tenir au chaud et garder une position confortable. Il ferme les yeux. Son cœur ralentit et il commence un long, un très long dodo. Il ne se réveillera, bien plus tard, que quand la nature sera douce et belle.

Par la fenêtre de la cuisine, Maxime a tout vu. Le petit garçon en pyjama va vite trouver ses parents encore au lit pour leur chuchoter qu’il ne faut surtout pas toucher aux tas de feuilles mortes du jardin, qu’il y a la, là dedans, une merveilleuse petite boule piquante qui s’y est réfugiée.

Plus tard, je serai… libre !

–  Nicolas, tu es de nouveau dans les nuages, reprends-toi ! Nous sommes en classe je te rappelle, cesse de regarder par la fenêtre !

  Mais Madame, je réfléchis à votre question.

– Alors donne-moi ta réponse.

Plus tard, je voudrais être un oiseau.

– Un oiseau ? Ben voyons… Tu veux dire vétérinaire ou ornithologue ?

Non, madame, un oiseau. Un Albatros pour être plus précis. C’est le maître de l’océan, le dieu des vents. C’est l’oiseau avec la plus grande envergure, vous le saviez ça ?

– Nicolas, mais tu ne peux pas te transformer en oiseau. Tu peux l’étudier, le suivre, faire des photographies, mais jamais tu ne seras un animal.

Nicolas reste rêveur, il n’écoute déjà plus sa maîtresse d’école. À 10 ans, il est le plus petit de sa classe et parfois certaines moqueries de camarades le blessent.

   Je serai le plus grand…grommela-t-il entre ses lèvres.

Il continue à regarder par la fenêtre. Une Mouette rieuse le nargue en passant et repassant tout près de la fenêtre du dernier étage de l’établissement scolaire.

  Je suis un oiseau… je suis une mouette… je suis un Albatros hurleur ! Oui Hurleur, car je veux crier au monde entier que je ne suis pas le plus petit, je ne suis pas faible, je ne suis pas bête. Je suis Albatros, le maître des oiseaux. Je suis sur une colline. J’avance doucement, de ma démarche maladroite, pour atteindre le bord. Je ne peux pas ouvrir mes ailes directement, car elles sont trop grandes et touchent le sol. Je saute dans le vide. À peine ai-je quitté la terre que j’ouvre mes longues ailes. Je plane très vite, le vent glisse sur mes rémiges, sur mon corps tout entier. Je suis fait pour planer. Il n’y a pas trop d’embouteillage : les Fous sont un étage plus bas, plongeant comme une flèche pour attraper leur poisson, les Goélands n’ont pas encore faim et ils planent juste au-dessus de moi tandis que les Mouettes sont déjà sur la mer à flotter sur l’eau. Rapidement, je trouve une ascendance thermique qui m’élève dans le ciel, je vais bientôt rejoindre mes cousins.

Il fait beau, le ciel est bleu, l’horizon est dégagé. Grâce au vent, je ne dois dépenser inutilement mon énergie, je me déplace lentement mais sûrement. Ma queue fait office de gouvernail, je suis la direction du vent. Il me guide où je veux, quand je veux.

Je commence à avoir faim, je descends toujours aussi lentement. À quelques mètres de l’océan, je plie légèrement mes ailes pour ne pas remonter et atterrir en douceur. Un banc de délicieux poisson s’est formé juste en dessous de moi, je n’ai qu’à plonger légèrement et me servir de mon mets préféré. Ah quelle belle vie. Je dirige tout, je contrôle tout.

Avec mon envergure de trois mètres cinquante, je n’ai même pas besoin de dire qui je suis, tout le monde me reconnaît et me respecte. Même s’il est vrai que j’aime rester à un endroit qui me plait, il n’est pas rare de me voir migrer à la recherche de nourriture et d’un climat plus clément. Parfois je me perds à cause du brouillard ou de vents violents, mais il y a toujours de la nourriture où que je me retrouve. Sinon, je ne reste pas bien longtemps et je repars aussitôt. Cela n’arrive pas souvent, mais j’ai entendu crier un jour un oiseau de mon espèce…il s’était fait tiré par un chasseur fou alors qu’il migrait paisiblement. Ah les humains ! Pour rien au monde, je voudrais leur ressembler.

– Nicolas ! À présent ça suffit, réveille-toi et lis-nous le 1er chapitre de notre nouveau livre : Jonathan Livingston le goéland.

Hein ? Quoi ? Goéland ? Où ça ? Oui Madame, tout de suite Madame.

Un sourire se dessine sur les lèvres du petit Nicolas. Un livre où l’on parle d’oiseaux, ça ne peut être que pour lui. Goéland ou Albatros, qu’importent l’un et l’autre sont symbole de liberté.

Il réfléchit encore deux secondes avant de commencer la lecture. Plus tard, je serai…libre !