Conte détourné : Blanche Neige et Grise Pluie

Blanche Neige et Grise Pluie
Histoire : Grégoire Solotareff
Illustrations : Nadja Solotareff
Éditions : école des loisirs

Je dirais que cette histoire est une salade de contes détournés 😊 On y retrouve « nos » personnages de Blanche-Neige et Rose-Rouge, les nains sont plutôt ingrats, la marâtre est très méchante et n’hésite pas à faire tuer sa belle-fille pour qu’elle soit la plus jolie. Enfin, il y a bien un prince qui va venir sauver l’une des deux enfants et des mariages sont prévus en fin pour clore l’histoire de douce façon.

Les deux filles vont être perdues dans la forêt par le chasseur et les pauvres petiotes vont trouver la maison des nains dans la forêt.

La méchante belle-mère va venir plusieurs fois déguisée pour tenter de tuer elle-même Blanche-Neige.

Les nains sont d’avares personnes qui ne vont pas hésiter à utiliser les enfants pour faire le ménage. Ils iront même jusqu’à gronder Blanche Neige lorsqu’elle ira ouvrir la porte à son ennemie jurée.

Blanche Neige est telle qu’on la connaît dans les contes : belle, douce, gentille et un peu naïve (pour ne pas dire complètement sotte) et sa demi-sœur, Grise Pluie, n’est peut-être pas jolie, mais qu’est-ce qu’elle est intelligente, futée et courageuse.

Les dessins collent parfaitement au texte et sont assez nombreux pour pouvoir lire l’histoire tout en découvrant l’illustration qui vient compléter le texte de façon harmonieuse. Ces illustrations rendent les personnages vivants, dynamiques et attachants malgré leur long nez disproportionné (rires).

J’ai découvert ce livre tout à fait par hasard et à présent, je n’ai plus qu’une seule envie : découvrir les autres titres de cet auteur, dans la même catégorie des contes détournés.

Présentation de ce livre sur le site d’école des loisirs 

Extrait de mon recueil de contes détournés

Pour vous, un extrait de mon recueil de contes avec l’entièreté d’une nouvelle : La petite Mamie aux boules de laine

En PDF directement ci-dessous :

Bonne lecture :-)

Petit conte détourné d’après photo

Ma libraire est aussi photographe :-) et sur sa page, un jour de fin d’août, une photo et une idée d’écriture.

Un valeureux prince, renié par sa famille parce qu’il est tombé amoureux d’une jeune femme qui profite de la vie simple, sans une seule économie de côté. Ils se sont un jour rencontrés dans une gare souterraine. Il était là pour faire bonne figure, pour parler de cette gare restaurée, souterraine, qui dépérissait faute de voyageurs fidèles. Parce qu’il aimait les trains et les chemins de fer, une passion exubérante pour un homme de son âge et de son statut, on lui a fait une surprise et débloqué les fonds nécessaires pour une restauration grandiose. Surprise pour son 20e anniversaire. Mais le jour de l’inauguration, pour ne pas fermer la gare, mais au contraire la montrer en plein fonctionnement, dans toute sa beauté et sa gloire renouvelée, il a croisé le regard de cette femme. Une jeune femme simple, au regard pétillant qui l’a simplement remercié d’un geste de tête. Cette femme prend tous les jours, sept jours sur sept, cette ligne qui passe par cette gare. Du lundi au vendredi, elle monte dans cet unique train pour se rendre à son travail… et pour en revenir bien sur. Les week-end, elle fait le même trajet mais elle reste dans le train et fait simplement un aller-retour sans sortir du wagon. Ces deux jours-là, elle accompagne son vieux père, conducteur de train. C’est leur petit rituel. Quand le prince a compris la raison pour laquelle elle le remerciait, non pas pour elle, mais pour avoir sauvé le travail de toute une vie de son papa vieillissant, il a tenu à la rencontrer. Hélas, quand les parents du prince, le roi et la reine, apprirent qui était cette jeune femme, aucun rang, aucune richesse, aucune gloire, ils le déshéritèrent aussi rapidement que la gare avait été restaurée. Depuis lors, le prince se cache dans les tunnels, fuyant sa famille, épiant les rares voyageurs dans l’unique espoir de la retrouver elle.7 ans passèrent. Un jour, le pauvre prince qui n’avait plus rien d’un prince couru dans les escaliers de la gare pour échapper à des policiers. Il perdit une grosse chaussure. C’était toujours la même pair qu’il portait depuis sept ans. Été comme hiver, il ne s’en séparait jamais. Elles commencèrent bien sûr à se faire vieilles, à s’user, à craqueler, à perdre leur teint.Mais une chose n’avait pas changé : le regard de la jeune femme pour lui. Elle su immédiatement à qui appartenait cette chaussure égarée. Et, grâce à son père, aujourd’hui pensionné des chemins de fer, grâce à ses contacts, elle fouilla les tunnels de la gare un week-end pour retrouver l’heureux propriétaire de cette chaussure perdue.

Conte de sagesse : La petite boule roule

Cette petite histoire a été écrite en novembre 2019. Elle était destinée à rejoindre mon recueil « Raconter des salades… de contes », mais comme elle est différente de toutes les autres histoires, je l’ai enlevée.

Je vous l’offre à présent. Lisez jusqu’au bout, après l’histoire, j’explique un peu comment m’est venue cette idée… quand on vous dit que parfois les auteurs sont happés par leur propre histoire, que leurs personnages vivent leur vie… c’est tout à fait ce que j’ai ressenti en écrivant ce petit conte.

J’aimerais bien connaître votre avis sur ce petit bout de sagesse :-)

Bonne lecture.

La petite boule roule

Il est des gens et des objets différents. Nous sommes tous différents, mais nos actions et nos réactions sont parfois identiques. C’est la raison pour laquelle je souhaite qu’en lisant cette histoire, vous oubliiez tout ce que vous avez appris. J’aimerais vous embarquer dans une aventure bien différente de celle que l’on connaît à propos du célèbre conte de La Petite Poule rousse.

Ici, nous sommes dans un autre univers, un autre monde, une autre dimension.

Pour rappel, La Petite Poule rousse parle d’une poule, rousse, qui demande de l’aide à ses amis de la ferme pour cultiver des graines pour pouvoir se faire une bonne tarte. Mais tous ses amis sont trop occupés pour l’aider et elle finit par faire elle-même tout le travail, depuis sa plantation des graines jusqu’à la confection de la tarte. Évidemment, à la fin, la bonne odeur de la tarte fait saliver ses amis qui ne l’ont pas aidée et là, tous veulent déguster cette délicieuse tarte, avec elle. La petite poule rousse, rancunière, mais honnête, coupe autant de parts pour tous ceux qui l’ont aidée à confectionner cette merveille. Il s’avéra que toutes les parts étaient… pour elle ! Et ses amis râlent, ne comprennent pas la raison pour laquelle elle ne partage pas.

À présent, nous avons une boule ordinaire. Une boule de bowling, une boule de glace, une boule de friandise, une boule au ventre… bref, une boule de ce que vous voulez. L’objet est rond. Donnez-lui une couleur, celle que vous voulez, mais gardez-la en tête jusqu’à la fin. Votre boule est donc ronde. Elle est belle. Elle est plutôt lisse. Oui, elle peut briller. Elle peut être bruyante, gentille, agaçante, parlante. Laissez libre cours à votre imagination. Il n’y a pas de limite ! Soyez créatif !

La seule caractéristique qu’elle n’a pas, c’est l’ouïe ! Est-elle sourde à vos propos ? Est-elle simplement trop occupée à vivre sa vie de boule ronde, lisse et jolie ? Peut-être. Elle n’a pas d’oreilles, pas de conduits auditifs. Mais le truc, c’est bien connu, quand on a un sens en moins, les autres se développent de façon exceptionnelle. Votre boule – de bowling, de glace, de friandise, de ventre – est hypersensible. Elle ressent le moindre changement dans la façon dont vous vous comportez avec elle : elle perçoit votre impatience, elle devine votre souffrance, elle comprend votre angoisse, elle sourit à votre bonheur, elle frétille de joie à votre état d’amour. Bref, elle est très intelligente et le fait qu’elle soit sourde ne dérange en rien vos échanges. Vous vous débrouillez très bien sans.

Un jour, alors qu’elle roule vers une destination lointaine et élevée, vous vous demandez si elle va arriver entière à sa destination. Le haut de cette piste remplie de quilles, la pointe de cette montagne en cornet en biscuit, le bout de la route sucrée, le couloir étroit de cette gorge à haute altitude avec la glotte en son sommet. Toutes ces destinations sont hautes, lointaines. On pourrait croire que chacune des destinations est inaccessible. Pourtant votre boule ronde, lisse, de couleur, poursuit son roulement paisiblement. Lentement, mais sûrement, elle avance. Petit à petit elle progresse. Elle voit bien que d’autres boules comme elle, mais peut-être un peu plus petites, peut-être un peu moins rondes, peut-être légèrement moins robustes, peut-être moins lisses, plus granuleuses, en tout cas moins confiantes en elles, ont du mal sur ce chemin. Certaines se reposent, d’autres se dégonflent, d’autres encore fondent comme neige au soleil. Plus votre petite boule roule et progresse sur son chemin, moins elle rencontre du monde. Parfois, elle peut apercevoir de la triche. Tirées par une ficelle, certaines jouent au yoyo pour avoir l’impulsion nécessaire pour franchir la première côte. D’autres n’hésitent pas à se coller à des plus grandes, plus fortes, pour profiter de la carrure de celle de devant afin qu’elles n’aient pas de vent contraire et soient aspirées vers le haut sans fournir le moindre effort. Malgré le fait que cela peut parfois fonctionner pour ces vilaines tricheuses, elles se retrouvent coincées après, bloquées qu’elles sont par de nouvelles barrières insurmontables.

Et votre boule à vous continue de rouler. Elle avance. Elle progresse à son rythme. Elle dépasse les tricheuses. Vous avez beau vous époumoner, l’avertir des dangers, des difficultés qui s’accumulent sur sa route, dire que vous ne serez pas fâché si elle abandonne, sur ce coup, elle ne vous entend pas, elle ne vous “sent” pas. Elle est tellement concentrée sur sa tâche que le monde peut s’écrouler autour d’elle, elle ne quitte pas de vue son objectif !

Après un temps qui vous a paru long, très long, vous réalisez qu’elle n’est plus si loin de la ligne d’arrivée. Elle est à la moitié de son parcours, de son but tant convoité. À cet instant, elle aimerait bien recevoir des encouragements, des félicitations ou des applaudissements, mais vous êtes tellement abasourdi par sa prouesse, tellement subjugué par sa volonté, tellement ahuri par son entêtement que vous oubliez de communiquer avec elle. Vous la regardez un peu comme un spectateur extérieur. Ou comme un témoin impuissant. Bouche bée, vous en perdez votre langue. Vous ne pensez plus par vous-même. Vous laissez faire. Elle semble de toute façon sourde à vos avertissements, alors naturellement, vous ne l’encouragez pas. Elle va bien finir par y arriver toute seule, non ? Un peu à la manière de l’histoire de Stephen King, soit votre boule roule jusqu’au bout, soit elle va mourir. Soit elle roule, soit elle crève.

— Roule ou crève ! Ce sont peut-être là les seuls mots qui franchissent la frontière de vos pensées et de votre bouche.

Votre boule, rappelez-vous, est intelligente. Elle pourrait presque se suffire à elle-même, mais elle a quand même besoin de vous pour exister. Alors, vous ne le voyez pas, mais tous les sept tours, quand elle roule, elle prend ce dont elle a besoin. Oui, elle englobe, elle aspire, elle aimante toutes les poussières de souvenir qu’elle peut croiser. Comme ce sont de toutes petites choses, des choses si insignifiantes qu’on en oublie souvent qu’elles ont le mérite d’être là, on ne les voit pas. En effet, nous sommes tellement habitués à parler des événements choquants, traumatisants, douloureux, que ceux qui se passent bien sont considérés comme « normaux ». Par exemple, discutez-vous avec vos amis de votre souvenir de votre première boule de glace dégustée ? Laissez-moi en douter. Partagez-vous avec vos parents, vos enfants, le souvenir de votre première boule de chewing-gum mâchouillée ? Sûrement pas ! Vous rappelez-vous cette première boule au ventre que vous avez eue à votre naissance ? Moi, non. Et de cette autre boule quand vous avez marché pour la première fois ? Perdus. Oubliés. Effacés de notre mémoire. Ce ne sont pas les enfants perdus de Peter Pan, mais les souvenirs perdus de votre enfance…

Heureusement, votre petite boule, elle s’en souvient. Elle sait. Elle prend tout ça. C’est son énergie. Sa raison de vivre. Tout ce qu’elle trouve, elle prend, elle ne garde que le bon côté, même si pour vous tout est à jeter, elle, votre boule ronde, sait faire la différence. Avec patience, précision et justesse, elle démêle le vrai du faux, elle trie et ajuste. De votre chute à vélo, vous en gardez un mauvais souvenir, elle, votre boule, met la douleur et le sang d’un côté et puis la joie d’avoir descendu pour la première fois la bosse du trottoir d’un autre. Et c’est ce petit bout de plaisir, de fierté infantile dissimulée qu’elle absorbe. Et elle fait ça avec tous vos souvenirs.

De tout cela, vous ne voyez rien. Elle a tellement fait de chemin toute seule que vous ne voyez pas tout le travail qui se cache derrière, toute la force qui se dissimule dans cette minuscule ou plus grosse boule lisse, colorée et inoffensive.

Vous voyez le but à atteindre ? L’objectif de votre belle boule ronde est le même que le vôtre. N’essayez pas de la ralentir, de la dissuader d’aller jusqu’au bout de son envie, ne tentez pas de la freiner dans sa progression. Mais encouragez-la. Ensemble, vous allez y arriver. Ensemble, vous pourrez atteindre des sommets inimaginables. N’oubliez pas qu’elle a besoin de vous pour exister. Même si elle peut faire des miracles toute seule, sans vous, elle n’est rien. Et sans elle, vous n’avez pas de plaisir, ni d’envie, pas plus que de souhaits ou de souvenirs à partager.

Ni elle ni vous ne devez écouter ceux qui sont jaloux. Ceux-là, leur boule ne va pas bien loin et ils n’aiment pas voir les boules des autres les dépasser…

Cette boule peut changer bien sûr ! C’est vous qui l’habillez, la colorez, la faites bouger. Si vous voulez savoir comment on fait pour la modifier, écoutez-moi, lisez-moi.

Votre boule était une boule au ventre ? Elle était grosse et rouge ? Très bien. Le rouge est la couleur de l’amour, de la passion, mais aussi de la douleur, de la colère, du sang. Tout dépend du ton du rouge. Et si votre boule était bruyante ou non. Et si elle était d’humeur à jouer avec vous ou non.

Donc nous voici au moment de la transformation. Votre boule est rouge, grosse et bruyante. Quand elle parle, elle crie. C’est sa voix. Elle est faite ainsi. Très bien. À présent, placez-vous devant une armoire avec un tiroir, derrière une porte fermée. Vous la voyez ? Ouvrez la porte. Tirez le tiroir. Devant vous se trouvent plusieurs pots colorés. Ce sont d’anciens pots de chocolat bio. Vous les reconnaissez, car ce sont les mêmes que vous, vos enfants, vos collègues ou vos amis mangez. À l’intérieur de chacun de ces pots, de la peinture. Peinture à l’huile, à l’eau, de la gouache ou de l’acrylique, peu importe. C’est de la peinture. Vos yeux pétillent devant ces couleurs toutes plus belles les unes que les autres, toutes brillantes, intenses, lumineuses ! Oui, même le noir est beau, profond et scintillant ! Prenez un pot. Pas n’importe lequel. Celui dont la couleur vous fait sourire, que vous aimez, que vous avez envie de toucher, de regarder, de plonger dedans !

Prenez votre temps, mais n’hésitez pas. Votre choix doit être sincère.

Du bleu azur ? Bon choix. Excellent. Il est magnifique, je trouve. Ouvrez le pot. À présent, prenez votre boule rouge. Parlez-lui doucement et dites-lui que vous avez trouvé une magnifique couverture pour elle. Expliquez-lui que vous allez la couvrir de cette couverture, qu’elle n’aura pas mal. Rassurez-la, dites que vous l’aimez, que non vous n’allez pas l’abandonner, mais que vous avez vu qu’elle n’était pas en forme. Terminez en lui chuchotant qu’à présent, grâce à cette couverture, elle et vous, vous allez être bien, heureux, tranquilles.

Versez doucement le contenu du pot au-dessus de votre boule. La peinture, la couleur glisse sur la boule comme un super glaçage qu’on déposerait sur un gâteau délicieux.

Vous pouvez tout vider. Le pot va se remplir automatiquement une fois que vous le refermerez. N’ayez crainte. Je l’ai déjà fait, le pot se remplit à nouveau, je vous le promets.

À présent, remettez le pot avec les autres, poussez le tiroir, fermez la porte de l’armoire et revenez près de votre boule.

Alors ? Qu’est-ce que vous en dites ? N’est-elle pas belle ainsi ? Ça lui va plutôt bien cette nouvelle couleur, non ? On dirait même qu’elle sourit, non ?

Allez. On recommence le voyage ? On va gravir de nouvelles montagnes ?


La petite boule roule

Je ne sais pas quoi dire sur ce texte. Les mots se sont accumulés, l’histoire s’est formée, toute seule. Je suis partie sur le conte de La Petite Poule rousse, et phonétiquement, j’ai démarré avec le titre de La Petite Boule roule.

Les images se formaient devant mes yeux ouverts. Je n’avais plus qu’à écrire ce que je voyais. Au moment où une montagne s’est dressée devant mes yeux écarquillés, j’ai vu le conte de La Course des grenouilles se jouer ! Spectatrice, j’observais cette grenouille particulière qui continuait à gravir la montagne, sourde aux non-encouragements des autres. Puis la grenouille s’est transformée en petite boule, qui roule, qui roule. Et l’histoire s’est poursuivie au bout de mes dix doigts.

C’est un petit conte de sagesse, pourrait-on dire. Une fois l’histoire terminée, je l’ai relue. J’avais l’impression que ce n’était pas moi qui l’avais écrite ! Et, à la fin, je n’ai pu m’empêcher de penser à ma belle-maman ! En effet, un jour elle m’a fait une séance de PNL qui ressemblait beaucoup à mon histoire.

Marraine, de Emilie Chevallier Moreux

Marraine, de Émilie Chevallier Moreux
Éditions Noir d’Absinthe

Voici un roman sur les contes revisités que j’ai bien aimé ! Merci AD Martel pour la recommandation, tu as eu raison de penser que cela allait me plaire :-)

marraine_emilie chevallier moreuxJ’avoue quand même avoir eu un peu de mal avec les chapitres, tantôt au présent (année 2018), tantôt dans les siècles passés. Ce n’est que vers la moitié du livre que j’ai réussi à switcher de l’un à l’autre sans problème. Et une fois que j’ai réussi cette prouesse (pour moi, c’est une prouesse, car généralement, je décroche rapidement), les pages ont défilé à une vitesse vertigineuse. J’ai été touchée par la boulimie de la curiosité, l’envie de savoir, de découvrir ce qui allait se passer pour Marraine.

Conte moderne, il y a tout dans cette histoire pour plaire aux amoureux des contes : des personnages attachants, une histoire d’amour, de la magie, une vilaine méchante, des complots, des mensonges, des intrigues, des coups de théâtre, etc. On retrouve en personnage principal Marraine, fée de son état. Une parmi d’autres, mais elles sont de plus en plus rares au fil du temps. Une gentille fée, une adorable marraine qui sacrifie sa longue vie quasi éternelle pour ses filleuls dont elle a la garde : Riquet, Peau-d’Âne, Cendrillon et Aurore. La méchante n’est autre que la fée Carabosse.

J’ai vraiment aimé découvrir la vie de Marraine, ses espoirs, son travail, ses projets, ses déceptions, ses peurs. J’ai adoré la façon dont est amené la magie au présent. Et j’ai surtout apprécié les versions modernes de la vie des quatre filleuls.

J’ai un peu moins aimé la fin, non pas pour ce qu’elle est, mais parce que j’ai trouvé le personnage principal tellement changé. J’étais soudainement moins attachée à elle.

En fait, à la fin, il y a trois personnages, les plus importants, qui changent de caractère, de comportement et ça m’a un peu déstabilisée.

J’aurais aussi aimé en savoir un peu plus sur le beau et ténébreux nouvel amoureux de Marraine. On lui donne une certaine importance et puis, il n’intervient presque plus. Je réalise que sa créatrice, l’autrice, a peut-être voulu démontrer ainsi que les femmes peuvent être plus fortes, plus importantes que les hommes dans un couple ;-)

Malgré cela, ça reste un très bon livre que je relirai avec plaisir. Ou que je lirai à voix haute si l’on m’en fait la demande (sourire, je pense à mon fils).

Détournement de conte : Hans-mon-hérisson (4)

(partie 1)
(partie 2)
(partie 3)

Hermione-ma-Hérissonne trouva le temps long, malgré la compagnie de ses animaux. Après quelques semaines de solitude, elle décida de retourner à son village pour vendre ses recettes de cuisine et laisser ses chèvres et son ânesse à ses parents. A califourchon sur sa poule, elle fit le tour des petites maisons de son ancien village. Tout ce qu’elle pu vendre, était son lait de chèvre, léger et digeste. Le reste de ses recettes, avec des filets de limaces et de la bave d’escargots, n’intéressait personne.

Son père qui craignait la voir revenir pour de bon, lui demanda s’il devait changer les fers de sa poule.

— Oui, merci bien, car je repars aussitôt, et cette fois-ci ce sera pour un long, un très long voyage.

Avec ces maigres ventes que lui avait rapporté son lait de chèvre, Hermione-ma-Hérissonne s’en alla en direction du royaume vers lequel elle avait dirigé le premier roi perdu, voilà déjà bien très longtemps. Trop longtemps, car elle n’a vu personne pour combler sa solitude depuis.

L’accueil fut horrible, car le roi ordonna à ses gardes de tuer quiconque s’approchait du château avec un museau de hérisson ! Heureusement, Hermione dirigea sa poule vers les hauteurs et passa au-dessus des flèches et de tous les soldats armés. Elle atterrit dans la cour du château, à deux pas du fils du roi, tout surpris et horrifié par ce qui le menaçait.

— Roi, dis à tes gardes de me laisser en paix et que ton fils vienne avec moi comme tu me l’avais promis ! Tu as menti et tu as triché. Tu dois être puni ! dit Hermione d’une voix ferme en menaçant le prince de ses piquots pointés vers lui.

Le roi n’eut d’autre choix que d’obéir cette fois-ci. Il laissa son fils partir avec la créature et pleura sur son mauvais comportement.

En chemin, Hermione-ma-Hérissonne arrêta sa poule au-dessus d’un buisson d’orties.

— Saute, commanda-t-elle au prince.

Le prince sauta et la jeune créature s’amusa de la situation. Une fois que le prince a été suffisamment piqué par les orties et que son visage, ses bras et ses mains étaient tout boursouflés, gonflés, Hermione-ma-Hérissonne exigea que le prince s’occupa de ses picots.

— Tu vois les boules blanches sur mon dos ? Ce sont des tiques. Elles me grattent et ça me démange terriblement ! Enlève-les toutes, une à la fois, sans leur arracher la tête. C’est un travail minutieux, de patience et de précision ! Quand tu auras fini, je n’aurai plus besoin de toi et tu pourras retourner pleurer chez ton papa !

Le prince d’abord soulagé d’entendre cela, ne s’attendait pas à une tâche aussi difficile, pénible et douloureuse pour lui. Pour attraper les vilaines bestioles, il s’écorcha les doigts et les mains à plusieurs endroits. Et dès qu’il parvenait à enlever un insecte, le dos d’Hermione se mettait à trembler et les picots se resserraient et pénétraient dans ses doigts déjà tout abîmés. Enfin, quand il déposa la 37ᵉ et dernière tique sur le sol forestier et qu’Hermione l’écrasa sous son pied, le prince fut chassé de la forêt et il pu regagner son château, tout griffé, tout boursouflé et humilié pour le restant de ses jours.

Après avoir infligé cette punition au fils du premier roi, complice de son père de ne pas être venu l’aider plus tôt dans cette tâche, Hermione-ma-Hérissonne s’en alla trouver le second château. Elle ne voulait plus être seule et était déterminée à trouver le grand amour.

L’accueil au second royaume fut merveilleux. Le roi avait en effet donné ordre de bien recevoir la personne qui viendrait chevauchée sur une poule et qui ressemblerait à Hermione-ma-Hérissonne. De fait, la jeune Hermione fut reçue avec des applaudissements et une haie d’honneur jusqu’à la porte du château !

C’est dans ces conditions qu’Hermione-ma-Hérissonne arriva devant le prince. Celui-ci d’abord choqué par l’apparence aussi repoussante de la jeune femme se rappela qu’il avait donné sa promesse à son père. « Après tout, se disait-il, elle a sauvé mon père et sa suite, sans elle, ils seraient sans doute morts de faim dans la forêt. » Et il accompagna volontiers Hermione dans ses quartiers privés du château.

(à suivre)

Détournement de conte : Hans-mon-hérisson (3)

(partie 1)
(partie 2)

Le fumet de sa cuisine passa entre les arbres et arriva un jour au nez d’un roi perdu. Sur son cheval, le roi énervé de s’être égaré dans cette forêt immense envoya un membre de sa suite en avant pour qu’il aille trouver l’origine de cette délicieuse odeur.

— Et si tu trouves d’où ça vient, demande-lui le chemin le plus court pour rentrer au royaume.

L’écuyer trouva rapidement la source de cette odeur et il fut étonné de voir ce hérisson à moitié humain sur le dos d’une poule perchée au sommet d’un arbre.

— Heu, excusez-moi jeune animal, jeune fille ou je ne sais pas quoi, pourriez-vous me montrer le chemin pour regagner le royaume ?

Hermione-ma-Hérisonne se lécha les doigts, descendit de son arbre et confia à l’écuyer qu’elle voulait bien montrer le chemin à son roi à condition que celui-ci lui fasse la promesse de lui envoyer la première personne qu’il rencontrera quand il passera dans sa cour royale.

Le roi impatient gribouilla n’importe quoi sur un bout de papier s’imaginant que cette créature repoussante ne savait pas lire.

Arrivé dans son royaume, le fils du roi qui était inquiet de ne pas voir revenir son père courru vers lui en lui racontant une incroyable histoire qu’il s’était passé au château durant son absence. En voyant son fils arriver, le roi pensa immédiatement à la créature dans la forêt et refusa de laisser son garçon, le futur roi, la rejoindre. Il n’envoya personne dans la forêt, interdisant quiconque d’y aller, même pour cueillir des champignons. Il narra cette rencontre à son fils en précisant bien qu’il avait écrit tout à fait l’inverse de ce que l’étrange créature lui avait demandé.

— De toute façon, j’aurais refusé d’y aller père !

— Brave garçon, tu as entièrement raison, mais n’y pensons plus, passons à table veux-tu, je meurs de faim.

Et le temps passa. Hermione-ma-Hérissonne n’en continua pas moins à garder ses chèvres et son ânesse, à préparer de délicieux petits repas mijotés dont elle-seule avait le secret et à observer les animaux de la forêt, perchée paisiblement dans son arbre avec sa poule préférée.

Et puis voilà qu’un autre roi, d’un autre royaume vint à passer par là avec tout ce petit monde qui entoure habituellement tous les rois en promenade. Lui aussi était perdu, car la forêt était grande, très grande. Immense ! L’heure du repas du soir arriva et le roi sentit le délicieux fumet qui s’échappait non loin de là. Il envoya un messager trouver le cuisinier, habitant de la forêt, pour lui conseiller le bon chemin afin qu’il puisse au plus vite rentrer au royaume.

— Dis-lui bien, si tu le trouves, qu’on n’en veut pas à sa bonne nourriture, mais juste le plus court chemin, précisa le roi à son messager.

Le messager trouva non sans mal Hermione-ma-Hérissonne, perchée au sommet du plus grand arbre. Quand il découvrit à quoi elle ressemblait vraiment, il en oublia de lui demander le chemin et c’est la jeune Hermione-ma-Hérissonne qui brisa la gêne :

— Bonjour étranger. Que viens-tu faire ici ? demanda-t-elle poliment.

— Je, heu, nous sommes perdus. Le bon roi m’envoie vous demander le chemin le plus court pour rejoindre son royaume, lui répondit-il alors que la jeune femme-hérisson descendait de l’arbre, toujours perchée sur sa poule.

— Je ne peux pas quitter mon troupeau de chèvres, mais dit à ton roi que je lui montrerai le chemin à condition qu’il me promette de m’envoyer la première personne qu’il rencontrera quand il arrivera à son royaume.

Le bon roi fit le serment de faire tout le nécessaire pour Hermione à condition qu’il franchisse les portes de son royaume avant la nuit tombée.

Et c’est ce qu’il se passa. Le soleil n’était pas encore couché que le bon roi rentra enfin chez lui. Son unique fils, un magnifique prince blond comme les blés et à la peau aussi douce que celle d’un bébé, se rongeait les ongles d’inquiétude. Il courut aussitôt vers son père pour le serrer dans ses bras.

— Mais comment se fait-il que vous soyez restés si longtemps absents, loin de moi ? lui demanda-t-il d’une voix tendre.

Le roi lui raconta qu’ils s’étaient perdus dans l’immense forêt et que sans l’aide d’une habitante des bois, ils ne seraient pas encore là.

— La jeune femme qui nous a aidé n’était pas tout à fait humaine, mais elle a été honnête et nous a guidé vers le bon chemin. Elle cuisinait très bien, ça sentait très bon chez elle. Hélas, maintenant que je suis ici, je me dois moi aussi d’honorer ma parole : je lui ai promis de lui envoyer la première personne que je verrai quand je rentrerai. Et cette première personne, c’est toi mon fils. Oh ! Si tu savais comme je regrette cette décision.

Le roi avait beaucoup de chagrin à l’idée d’envoyer son fils dans cette gigantesque forêt. Mais celui-ci le rassura :

— Ne t’inquiète pas père, j’irai de mon plein gré là-bas si elle me le demande, car c’est tout à ton honneur que de vouloir tenir ta promesse. J’ai beaucoup de respect pour toi, et je te promets que je te reviendrai bientôt, avec ou sans cette jeune personne.

(à suivre)