Étiquette : chat
Ne pas avoir froid aux yeux
Dormir comme une souche
Impossible de tricher
Dans une demi conscience, entre deux rêves, j’immerge des profondeurs de mon sommeil. Plus de réveil, je me fie à mon instinct et aux mouvements de mes félins.
Les volets baissés laissent toutefois passer une très faible luminosité entre les lattes de bois. Il doit être entre 5h50 et 6h20. Quelque chose, peut-être bien la force ou l’étrangeté de mon songe, m’a réveillé. Mais mon corps aimerait bien encore dormir, juste un peu, ce sont les vacances pour les cinq jours à venir. Les paupières fermées, j’essaie de calmer mon cœur qui s’est mis en position « active ». Il bat plus vite, plus fort dans ma cage thoracique. Je m’oblige à respirer doucement mais en profondeur, de me calquer sur ce rythme calme. Mes oreilles entendent quelques bruits, et le bout de mes doigts qui est sur le bord du lit sentent une tête poilue. Surtout ne pas bouger ! Faire croire que je dors, que je ne vais pas me lever, que je ne dois pas faire pipi. Ne pas bouger, ne pas se retourner, ne pas caresser. Ne rien faire. Dur, dur.
Mais je ne la trompe pas. Son instinct animal, son ventre affamé, m’a trouvée. Elle le sait. Elle sait que je suis éveillée, que mes doigts la sentent, qu’elle a visé juste. Distraitement, par réflexe, ma main s’ouvre et lui offre une caresse ! C’en est fini pour moi, pour mon sommeil. De toute façon, j’ai chaud. Avant de remplir l’estomac de mes deux amies, je vérifie l’heure, sait-on jamais qu’elle m’a trompée ! 6h25…
Et puis, regardez cette photo, ce regard, cette détermination, ces crocs, sa motivation… je ne peux pas rivaliser, résister, tromper :-)
Le lac des souhaits
Texte écrit à l’occasion de mon 1er stage d’écriture pour la jeunesse (avril 2008). Moment magique, car c’est grâce à ce stage que depuis j’écris principalement pour les enfants, merci Evelyne :-)
Le lac des souhaits
Dans la forêt voisine, vit un petit oiseau extraordinaire. Il s’appelle Sylvain. C’est un oiseau de la taille d’un pigeon mais au plumage flamboyant de roux et de jaune. Il a toute l’élégance d’une hirondelle et il est aussi souple qu’une mésange. Très attentif à son plumage et à sa réputation, c’est le plus grand séducteur de la forêt. Sylvain est un animal très dynamique. Il ne peut s’empêcher de marcher ou de sautiller à tout moment de la journée. Et quand, enfin, il prend le temps de s’arrêter, sa longue queue, elle, continue de bouger. Hélas, il a un gros problème. Livré à lui-même depuis son enfance, il n’a jamais apprit à voler !
– Si seulement je pouvais trouver le mode d’emploi, cela m’éviterait bien des misères, se répétait-t-il, sans cesse.
En vain, il ne trouve décidément pas la technique pour décoller. Têtu, il essaye une nouvelle fois mais sans succès. Epuisé par cette dernière tentative, il glisse de son perchoir et chute assez maladroitement. Il se fait très mal à la tête. Depuis ce moment, allez savoir pourquoi, il se prend pour un chat !
Quelques jours passent.
Sylvain décide d’aller se promener. Enthousiaste par cette belle journée, il s’aventure dans le bois sans se soucier de sa destination. Il ne se rend même pas compte qu’il quitte son territoire. Ses petites pattes le conduisent directement près de la cabane du chasseur ! Jamais il n’a été aussi loin. Affamé après cette longue marche, il ne pense à rien d’autre qu’à se frotter aux jambes de l’homme pour lui demander à manger!
(La chute qu’il a faite la semaine dernière lui a vraiment fait perdre la tête.)
Quand un filet de capture se dresse au-dessus de l’épaisse chevelure, Sylvain prend conscience de son erreur. Sans plus attendre un instant, il s’enfuit. Il court aussi vite qu’il le peut, sans jamais regarder derrière lui. Il ne sait pas où il va. Peu lui importe l’endroit, pourvu qu’il s’éloigne de la forêt. Soudain, il s’arrête, net. Devant lui, un immense lac à perte de vue. Il se retrouve complètement coincé, pris au piège entre le chasseur et cette étendue d’eau.
– Le … Le Lac des Souhaits! Jamais un chat n’a réussi à le traverser, dit-il, paniqué.
Pendant qu’il contemple son reflet dans l’eau, il ne prête pas attention aux pas du chasseur qui se rapprochent dangereusement de lui.
(Tu te souviens, Sylvain est un magnifique oiseau qui se prend pour un chat depuis qu’il s’est cogné la tête)
L’image que Sylvain voit de lui le laisse perplexe : il a l’impression de ne pas se reconnaître.
– Mais ma queue est toute petite! Qu’est ce que c’est que cette histoire ? Et puis mes oreilles, où sont-elles ? Et mes moustaches, où se cachent-elles ?
Tout à coup, alors qu’il est absorbé dans sa contemplation, le ciel s’assombrit et le vent se lève.
Un éclair déchire l’horizon.
– Je suis perdu, pense-t-il, les pattes tremblantes et le regard affolé.
– J’espère que ce qu’on dit est vrai : qu’un chat a neuf vies ! Oh, si seulement ce lac pouvait aussi exaucer mes souhaits….
A ces mots, l’orage éclate et le bruit du tonnerre, pareil à un coup de fusil, lui fait retrouver ses instincts. D’un geste vif, il ouvre ses ailes, et, pour la première fois de sa vie, s’envole.
Il n’en revient pas. Comme par magie, le fait d’ouvrir ses ailes lui fait retrouver son identité.
– Je suis un oiseau! Un merveilleux oiseau. Je suis libre. Je vole !
Soudain, il ralentit. Tout en bas, du l’autre côté du lac, il voit un rassemblement et entends une dispute éclater. Il croit reconnaître la jeune femelle qui se fait gronder. Il a rêvé d’elle quelques nuits auparavant.
– Je croyais qu’elle n’existait que dans mes rêves, dit-il.
A l’entrée de la forêt, au bord du lac, une jeune femelle héron sanglote. L’oiseau est condamné à quitter le territoire car il est différent. Toute blanche, Lisa ne peut plus rester dans la famille car elle fait peur aux poissons et est incapable de s’adapter à son handicap. Sylvain suit son instinct. Dans son rêve cet échassier lui sauve la vie. Il doit écouter son coeur. Sans penser à ce qui pourrait lui arriver, il descend en vitesse et atterrit juste devant Lisa. Subitement, il se sent tout petit face à l’immensité du père. Le héron devient rouge de colère. Personne n’a jamais osé le défier. De ses longues et fines pattes, le grand héron s’avance vers Sylvain d’un pas menaçant. Le petit oiseau doit pencher sa tête pour voir son interlocuteur et monte à reculons sur une grosse branche qui se trouve juste derrière lui.
– Ah, je me sens un peu moins ridicule, à présent, dit-il en plaisantant.
Encore plus furieux de ce petit manège, le père se redresse pour paraître encore plus imposant. Il gonfle ses plumes et étire son cou. L’oeil fixe, il dirige son bec en direction du tout petit oiseau et s’apprête à le transpercer. Tout à coup, Sylvain qui avait anticipé l’attaque, bondit et fonce pile entre les deux pattes du grand échassier. L’immense oiseau complètement pris au dépourvu, enfonce son poignard dans l’écorce et y reste planté. Sylvain réagit immédiatement et lui assène un terrible coup de patte aux fesses!
Ce qui fait rire aux éclats Lisa, la jeune héron. Elle en rigole tellement qu’elle devient toute rouge aux joues !
Sylvain prend la main de Lisa. Les pattes dans le lac, il lui demande de faire un voeu et lui promet que celui-ci va se réaliser.
– Que les couleurs de l’arc-en-ciel deviennent miennes !
Lipogramme en o, Le petit chaperon rouge revisité
Deuxième jeu pour Devenir Ecrivain. But de ce jeu : faire un lipogramme en o (ne pas mettre de lettre « o » dans tout le texte) à partir du conte bien connu du Petit Chaperon Rouge. Pour ne pas « juste changer » quelques mots, je me suis amusée à garder le fond de l’histoire mais en changeant pas mal de choses… à vous de me dire si cela vous plaît ou non. Dans tous les cas, je me suis bien amusée, c’est la première fois que je fais un lipogramme !
Il était un matin…
Une petite taupe, que j’appelais Taupi-Taupa parce que j’aimais bien ça, se baladait dans un jardin. Elle habitait la campagne ; elle aimait cela car il y avait des grands espaces et de belles superficies de terre qu’elle creusait avec énergie et entrain…
Taupi-Taupa avait une grand-mère très âgée qui vivait seule dans le champ du fermier, à dix minutes à pattes de chez elle.
Fin de matinée, la maman de Taupi-Taupa lui dit :
– Ta grand-mère se fait vieille, très vieille, elle devient aveugle. Je lui ai fabriqué cette paire de lunettes ainsi que cette mini-canne rétractable. Tu veux être gentille et lui faire un prix ?
– Bien sûr maman ! dit la petite taupe, ravie d’aider sa grand-mère.
– Mais ne quitte pas le chemin des haies, papa a vu le chat gris se balader près d’ici.
– Ne t’inquiète pas maman, je ferai très gaffe.
Taupi-Taupa jura de se méfier du chat puis, très heureuse, prit le petit panier avec dedans les lunettes et la mini-canne rétractable.
– Ne traîne pas en chemin, ne bavarde pas avec le cheval, ni avec les fleurs ni même avec le vent, et reviens avant la nuit, l’averti sa maman.
La jeune taupe lui fit un gigantesque baiser humide sur le nez et partit en sautillant gauchement.
Mais, près de là, le vilain félin faisait les cent pas dans le champ. Brusquement, il vit l’enfant-taupe.
– Miam, miam, j’ai de la chance, dit-il en salivant.
Le chat se lécha les babines en pensant au succulent dîner qu’il allait manger.
« Mais pas ici, la grand-mère risquerait d’entendre les petits cris plaintifs », pense-t-il.
Il se planta devant Taupi-Taupa.
– Salut ! lui dit-il.
La petite taupe se mit à trembler en apercevant le prédateur, mais celui-ci reprit calmement :
– Qui es-tu ?
– Je m’appelle Taupi-Taupa, dit-elle sur ses gardes.
– Et tu te balades seule, sans papa, sans maman ? demande-t-il très gentiment afin de la mettre à l’aise.
– Cela ne te regarde pas ! se défendit-elle vivement. Tu prends tes désirs pour la réalité… si tu penses que je vais te dire que je vais chez ma grand-mère tu te mets la griffe dans le nez ! lui crache-t-elle en pleine figure (mais la petite taupe n’est vraiment pas très à l’aise, elle espère qu’en criant, il va piger qu’elle ne va pas se laisser faire)
Le félin rit en silence. Il sait le chemin le plus rapide qui mène jusqu’au terrier de la grand-mère. Il lui lance un défi :
– Tu veux faire un jeu ? Celui qui arrive en premier chez ta grand-mère gagne une friandise. Qu’en dis-tu ?
Taupi-Taupa, qui en est très friande, a une idée derrière la tête : creuser et éviter de rencontrer les arbres qui peuvent la ralentir…
Elle relève le défi :
– Que le meilleur gagne, ricane-t-elle en creusant la terre.
La taupe a beau être très intelligente, elle est plus lente que le chat qui file à la vitesse de l’éclair. Il est vraiment supercat !
Ce dernier arrive chez la grand-mère rapidement. Il se faufile dans le terrier qui est vachement petit, saute sur la pauvre vielle taupe qui n’a le temps de rien distinguer, lui griffe si méchamment le derrière que la grand-mère prend les pattes à sa nuque et se réfugie dans sa cachette préférée : la cave à vins de l’humain, pratiquement entièrement immergée d’eau de pluie.
« Celui qui ne sait pas que les chats détestent l’eau, est un imbécile », pense la vieille taupe en priant afin que ce vilain Pacha ne la chasse pas davantage.
Aveugle et apeurée, la grand-mère ne dit plus rien. Elle chante dans sa tête, espérant que le chat, s’il la cherche jusqu’ici, se perde dans l’immensité de l’eau stagnante !
Taupi-Taupa arrive ensuite, haletante et de la terre pleine les griffes. Naïvement, elle s’imagine être la première. Ne prenant pas la peine d’enlever les crasses qu’elle a dans ses yeux fragiles, elle avance, tête la première, dans le piège.
Quand sa patte caresse le dessus de la tête du chat, elle s’écrie :
– Aw ! Grand-mère, que tu as de grands rei-reilles !
– Je t’entends mieux ainsi, dit le chat avec sa gueule béante.
La jeune taupe avance un peu et s’exclame ensuite :
– Diable ! Que tu as de grands yeux ! Je n’en reviens pas.
– Je suis devenue aveugle, chère enfant. J’ai beau écarquiller mes mirettes, je ne discerne plus une seule miette, dit le vilain félin prêt à refermer sa gueule sur sa victime.
– Dis, j’hallucine ? Tu parles bien bizarrement…
– En effet, ma délicieuse petite, je suis devenue allergique, j’ai un très vilain rhume.
A présent, Taupi-Taupa est à un millimètre des dents. Le museau de la taupe atteint l’extrémité d’une canine du chat.
Pic !
– Aïe ! As-tu limé tes dents, mère grand ? demanda-t-elle en mettant une patte sur son museau blessé.
MIAAAW, lance le chat dans un cri de guerre. Je veux te manger, je VAIS te manger…. Miam miam… ah ah ah !
Clac ! Il referme sa gueule sur … de la terre !
Heureusement que l’enfant des humains est arrivé à temps. Sans cela, la pauvre Taupi-Taupa ne serait plus de ce jardin.
Pendant que le malheureux Pacha se fait câliner, caresser et trimbaler la tête à l’envers par le petit enfant, Taupi-Taupa essuya sa peur et alla chercher sa grand-mère réfugiée dans la cave.
Dans cet unique refuge des taupes malmenées, Taupi-Taupa fit jaillir les lunettes et la mini-canne fabriquées par sa maman.
– Fichtre ! dit la grand-mère en mettant les lunettes sur le nez, une canne multi-tâches !
– Et elle s’illumine même si tu le lui demande… maman exige dix vers de terre, c’est un sacré travail tu sais.
– Dix ? J’suis de la famille, elle devrait diminuer le tarif ! râle-t-elle un peu.
– J’ai quand même failli me faire manger, j’ai aussi risqué ma vie, cela en vaut bien la peine, n’est-ce pas grand-mère ?
– Vu ainsi, je suis du même avis…




