Avis de lecture : Shikanoko

Shikanoko

Tome 1 et 2 regroupant les 4 histoires de cette saga du Japon médiéval

Auteur : Lian Hearn
Traducteur : Philippe Giraudon
Éditeur : Gallimard Jeunesse
Collection : Pôle Fiction

Les titres des 4 livres :

  1. L’Enfant du Cerf
  2. La Princesse de l’Automne
  3. L’Empereur Invisible
  4. L’Héritier de l’Arc-en-ciel

Mon avis de lecture sera simple : j’ai dévoré les quelques 1100 pages de ces quatre histoires réunies en deux livres de poche !

Les photos des livres vous donneront un aperçu du résumé et des thèmes généraux qui sont abordés.

Pour partager un résumé personnel, j’ai envie de vous dire, pour chacune des quatre histoires :

  1. Quels personnages j’ai aimé,
  2. Ceux que je n’ai pas aimé,
  3. Mes passages préférés (sans spoiler, ce sera bref et je ne dévoilerai aucune intrigue),
  4. L’objet que j’ai adoré découvrir,
  5. Ce qui m’a surpris, étonnée ou fait « peur »

1a) Kazumaru (Shikanoko, l’Enfant du Cerf) / Akihime / Sesshin

1b) Sademasa / Gessho / Akuzenji

1c) Kazumaru dans la forêt / la rencontre avec Shisoku / la fabrication du masque

1d) Genzo, le luth impérial

1e) ce qui arrive à Tsumaru / le comportement de Dame Tama / le personnage de dame Tora


2a) Gen (un loup particulier) / Kon (un faucon magique) / Aki (Akihime la Princesse de l’Automne)

2b) Sire Aritomo / Masachika / Dame Tama

2c) préparation, naissance et évolution des enfants du « Vieux Peuple » / réactions et échanges avec les deux esprits protecteurs / interventions du vieux sage Sesshin / les complaintes de l’Enfant-Dragon

2d) Le manuscrit La Chambre au Trésor du Kudzu

2e) le retour d’un vilain méchant / les passages considérés comme « sauvetages » d’un des personnages principales / la montée en puissance d’un démon / la façon dont un personnage principal meurt

3a) Yahoi / Ibara / le tengu Tadashii / les jumeaux Brûlés

3b) Dame Fuji / Kiku

3c) l’entraînement de Mu / la rencontre d’une grand-mère et de son petit-fils / Yoshi et les saltimbanques

3d) le crâne maléfique

3e) comment est traité la femme-renarde par son beau-frère / présence trop courte de Shida 😊 /


4a) le vieux sage Sesshin / Takeyoshi / Mu / Hina / Ibara

4b) Maître Kikuta / le Seigneur de Minatogura / Masachika

4c) l’entraînement de Takemaru / la petite Kinpoge / « l’union fait la force » / le jeu de Go

4d) Les Yeux

4e) l’histoire d’Unagi / les agissements d’un démon / choix difficile pour un des personnages principaux

Les fleurs sauvages, avis de lecture – coup de coeur

Les fleurs sauvages
Holly Ringland
Traduction : Anne Damour

Alice est une petite fille pleine d’imagination, de passion, d’amour et … de blessures ! Elle vient tout juste de fêter son neuvième anniversaire quand un drame la touche en pleine figure et l’envoie à l’hôpital.

Une fois rétablie, elle est emmenée chez sa grand-mère qu’elle ne connait pas. Encore sous le choc et en proie à des crises de panique, elle découvre sa nouvelle famille et sa nouvelle vie pleine de promesses et de tendresses. Sa grand-mère est à la tête d’une magnifique entreprise d’horticulture en Australie, à des centaines de kilomètres de l’océan où elle a vécu un début de vie bien mouvementée.

Alice, souffrant d’un mutisme sélectif depuis l’accident, renaît parmi toutes ces fleurs, sa grand-mère et toutes ces femmes qui l’entourent. Hélas, l’enfant découvrira bien vite que derrière tout cet amour, ces sourires et ces marques d’attention se cache de lourds secrets. Ces secrets de famille vont la ronger, la poursuivre et la hanter jusque dans ses rêves les plus sombres.

Arrivée à l’âge adulte, elle découvre l’amour. Un amour sincère et véritable. Hélas, un nouveau mensonge familial va tout faire voler en éclat. Détruite et affaiblie par ce nouvel échec, Alice se reconstruit une seconde, une troisième fois. Petit à petit, elle se redresse, se relève et avance dans le chemin de sa vie jalonné par tant de difficultés. Elle est épuisée, mais elle a toujours l’espoir d’une vie meilleure, ailleurs, plus tard, un autre jour prochain…

Le langage des fleurs lui aura permis bien des choses, mais les fleurs ont un pouvoir limité. Quand la colère, la souffrance et les mensonges s’accumulent, une tonne de fleurs ne suffit plus à contenir l’explosion d’émotions. Alice s’enfuit pour survivre, pour ne pas mourir étouffée par tant de secrets inavoués.

Sa nouvelle vie ne sera pas de tout repos : nouvelles rencontres, relations toxiques, amitiés extraordinaires, souffrance, violence, jalousie, impuissance vont se succéder.

Heureusement qu’au bout, il y a la lumière. Mais Alice ne sait pas encore où se situe l’interrupteur qui va éclairer son destin.

*** *** ***

Un roman bouleversant qui m’a serré le cœur plus d’une fois ! Un rythme éreintant, soutenu, qui ne laisse pas le temps au lecteur de souffler, de s’imaginer, de croire… Et puis, combien de fois ai-je parlé à Alice ? En lui disant « fais gaffe ! Dis non ! Révolte-toi ! Crie. Ne te laisse pas faire ! Courage ! »

A chaque chapitre, il y a un dessin (très réaliste) de la fleur qui explique ce qu’elle signifie, où on la trouve, à quoi elle peut être utile, quand fleurit-elle, à quoi le reconnaît-on … C’est le langage extraordinaire des fleurs !

C’est vraiment la vie d’Alice que l’on suit, depuis sa naissance jusqu’à… la fin de l’histoire. Un happy end. Une boucle qui est bouclée ou presque. Il y a eu tellement d’évènements tristes qui lui sont arrivée que je suis un peu en questionnement sur la fin. Bien sûr qu’elle mérite d’être heureuse… mais que deviennent ces personnages secondaires dont on ne sait plus rien à la fin ? Ils ont pris une part plus ou moins importante à un moment donné de sa vie que je me demande comment ils vont faire pour revenir, car c’est sûr, l’un ou l’autre va finir par revenir et lui pourrir une nouvelle fois sa vie. Ce n’est pas du tout ce que j’ai envie de lire, en fait, j’ai envie d’écrire la fin de ces personnages secondaires et d’écrire une autre fin, rien que pour moi 😊

*** *** ***

« Le cœur d’Alice recommença à tambouriner contre ses côtes. Elle s’efforça de le calmer en respirant les yeux fermés, mais l’effort était trop douloureux. Elle tenta de crier, d’appeler à l’aide, mais sa voix n’était guère plus qu’un souffle d’air. Ses lèvres étaient gercées, ses yeux et son nez brûlaient. Le poids de ses questions accumulées l’oppressait. »

« Thornfield avait toujours été un endroit où s’épanouissaient les fleurs et les femmes. Toutes celles qui venaient à la ferme y trouvaient l’opportunité de se révéler et de surmonter les aléas de la vie qui les avaient meurtries. »

« Les chiens d’assistance sont spécialement dressés pour aider les personnes qui ont besoin d’être rassurées. Les chiens comme Harry peuvent percevoir les émotions des gens. Ils peuvent te réconforter et te distraire quand tu es triste, effrayée ou inquiète. »

« Ces journées consécutives de chaleur sèche et de vents furieux étaient éprouvantes : elles remuaient la poussière et les cendres de souvenirs depuis longtemps oubliés et réveillaient les blessures et non-dits enfouis au creux des rêves ou d’histoires inachevées. »

La Princesse qui n’avait plus rien : lecture coup de coeur

La Princesse qui n’avait plus rien
Shannon Hale
Traduit de l’anglais par Cécile Moran
Edition Pocket jeunesse (octobre 2005)

Partie de la 4è de couverture qui m’a poussé à acheter ce livre dans une brocante, dans une église, au centre de Liège.

« Héritière du trône de Kildenrie, la princesse Anidori-Kiladra grandit sans jamais voir sa mère. Sa mystérieuse tante prend soin d’elle et lui apprend à parler aux oiseaux et, notamment, aux cygnes du palais. Mais il n’y a pas de place, à la cour, pour les contes merveilleux ! (…) »

Pourtant, il s’agit bien de ça : d’un conte merveilleux ! Et comment ! J’ai adoré ce livre, je l’ai aimé à un point tel qu’il a réussi à me faire quitter mon corps et ma tête. L’histoire m’a emportée, emmenée avec elle dans un voyage extraordinaire, à mille lieues du présent. Un voyage, une déconnexion totale, un moment de pur plaisir et bonheur.

Anidori-Kiladra, appelée plus simplement Ani est une princesse différente. Aînée d’une fratrie de quatre enfants, elle est contrainte de quitter le palais pour se marier à un prince d’une autre contrée qu’elle ne connaît pas. Un mariage arrangé comme il s’en passe encore aujourd’hui, ailleurs que chez nous ! A dix-huit ans, rejetée depuis toujours par les siens parce qu’elle est un peu bizarre (elle parle aux oiseaux), Ani commence un voyage de plusieurs mois à dos de cheval. Et quand le convoi arrive à un peu plus de la moitié du voyage, elle va découvrir la trahison, la haine, la convoitise.

La Princesse échappe de peu à un assassinat et elle se réfugie dans la forêt. Une forêt qu’elle ne connaît pas, avec un paquet d’ennemis à ses trousses. Heureusement pour elle, Ani va se faire de nouveaux amis, pas beaucoup, mais assez pour survivre. Déterminée à faire éclater la vérité, elle va changer d’identité, devenir quelqu’un d’autre, dormir par terre, manger de la soupe froide, …

Cette histoire est un conte. Avec une Princesse. Un ennemi terrible. Des amis, anciens et nouveaux, mais aussi des amis des ennemis… et puis une quête principale et des obstacles, des coups de théâtre, des rebondissements. Et de la magie aussi. Mais ce dernier élément est tellement distillé avec parcimonie qu’elle passe presque comme étant naturel, normal. Et c’est ça que j’ai fort apprécié. J’ai lu/bu toute l’histoire comme un délicieux petit thé. En me brûlant parfois, mais en la dégustant avec plaisir, à mon aise pour mieux m’en imprégner.

Ce conte avec une Princesse ne serait rien sans l’amour. Et de l’amour, il y en a. D’abord un méchant qui aime un autre méchant ; c’est cet amour qui va permettre à l’ennemi d’être effroyable, sanguinaire, violent, horrible. Mais il y a aussi un doux, un interdit, un mystérieux, un vrai. Celui-là, il est pour la Princesse, mais il faudra attendre presque la fin de l’histoire pour qu’il soit révélé au grand jour.

Je me suis attachée au personnage principal dès le début. Tout est fait bien sûr pour qu’on l’aime : La Princesse est belle, douce, attentionnée et… elle parle aux oiseaux !! (rires) Mais pas que…

Ensuite, j’ai aimé ce pouvoir qui naît en chacun de nous dès la naissance et qui nous permet d’avancer dans la vie une fois qu’on le connaît et qu’on le maîtrise. Ce pouvoir peut, s’il est utilisé à bon escient, nous faire déplacer des montagnes. Malheureusement, ce pouvoir peut aussi aider les méchants et les mauvaises personnes mal intentionnées.

Du début, à la fin, j’ai aimé lire, découvrir, avancer dans cette histoire. J’ai versé une larme. J’ai été surprise d’encourager la Princesse à ne pas baisser les bras. J’ai crié à la victoire à la fin…

Même si j’ai pu deviner deux retournements de situation (à 40 ans, il serait temps, après tout ce que je lis, d’anticiper certaines choses dans des livres, surtout quand il s’agit ici d’un livre jeunesse ha ! ha !), ce livre fait partie des rares que j’ai envie de relire !!

Que du bonheur et du plaisir dans cette lecture que je recommande vivement à tous les amoureux de contes, d’histoire avec une Princesse, et à toutes celles et tous ceux qui aiment les animaux.

Et oh ! Je viens de découvrir, en faisant une recherche sur cette auteure, que celle-ci a écrit bien d’autres livres « merveilleux ». Dont un avec une couverture similaire à « La Princesse qui n’avait plus rien » et qui raconte l’histoire d’un autre personnage du livre que je viens de terminer.

Avis de lectures sur mon recueil « … salades de contes »

Ma maman :

J’ai terminé ton livre, j’ai adoré ! Mille bravos. Merci d’avoir pensé à me comparer à la petite fille aux allumettes, cela me fait chaud au cœur ! Merci, merci. J’espère que tu va encore en vendre !

Mélody, de Livr’ensemble :

« Raconter des salades… de contes » de Cécile Ramaekers. Vous aussi vous avez été bercé par les contes ? Mais qu’est ce qu’un conte au final ?! Aujourd’hui je viens vous parler d’un livre, mais un livre…! Exit Charles Perrault et compagnie. Cécile nous présente ses contes revisités, en salade… Changez les noms, les lieux, les titres et vous voilà avec un beau mélange de tout.
J’ai aimé ce que j’ai lu ! Une jeune auteure qui se lâche dans un melting pot de mots et d’histoires.J’avoue que certaines histoires manquent un peu de développement, mais peut être, qui sait, qu’un jour Cécile se lancera dans des livres de contes pour petits et grands 😁 Ma partie préférée est la 4ème et surtout le chapitre « Offre d’emploi » qui m’a bien fait sourire un vendredi matin dans le train !
Cécile a démarré ce livre grâce au Challenge du Nanowrimo, et rien que pour avoir osé se lancer, je lui envoie un énorme big up!
Si vous souhaitez sortir des contes ordinaires et passer un bon moment, let’s go! Je ne regrette certainement pas cet achat !
Merci Cécile ! Ton livre m’a fait un bien fou, j’ai passé un agréablement moment avec tes personnages !
(pssst, Cécile fait également partie de l’aventure @livr_ensemble depuis Liège, et sa motivation en tout est très contagieuse, donc double merci à elle pour son méga soutien (et ses idées, ses conseils, ses remarques))


Si vous souhaitez aussi l’acheter pour (vous) faire plaire plaisir, pour m’encourager dans mon chemin d’écriture, pour soutenir l’association « Rêve d’Enfants » :

  • pour la Belgique, contactez-moi pour une remise en mains ou un envoi postal
  • Pour la Belgique, vous pouvez aussi passer par votre librairie préférée ;-), avec le numéro ISBN : 978-952-340-705-3
  • pour la France et autres pays francophones, vous pouvez aussi passez par votre librairie préférée avec le même numéro ISBN : 978-952-340-705-3
  • Ou passer par Atramenta :-)

La langue des oiseaux, livre et photo poème

Un article double entrée, dans deux catégories je vais le classer : « un dimanche, un oiseau », et « avis de lecture pour plus grands ».

Je parlerai davantage de l’oiseau de ma photo, un peu plus tard. Pour le moment, juste un avis de lecture, des extraits, et une photo-poème.


La langue des oiseaux, de Claudie Hunzinger

Lecture étrange, curieuse, passionnante, intéressante et un peu, oui, un peu déroutante pour moi. Des oiseaux oui, des chants et leur langue oui, mais il y a autre chose derrière. Derrière ce langage, il y a deux femmes étrangères l’une pour l’autre, mais qui vont se rencontrer sur la Toile, et puis, plus tard, le destin. (avis plus complets ici et ailleurs sur la blogosphère)

Passages courts, extraits d’oiseaux, chapitres d’une vie, hasard d’une rencontre.

Deux femmes perdues, qui se cherchent, des questions sur la vie et sur la mort, des réponses au fond d’elles et parfois ailleurs, graines semées sur leur chemin.

Des fuites, des fugues, de la fumée de fantaisie.

Des mots et des phrases bien encrées dans la réalité d’un monde réel qui paraît se passer là-haut, quelque part dans les nuages.

Pas sûr de m’en souvenir dans 6 mois, m’a paru éphémère. Pourtant, apprécié, différent, livre en point d’interrogation.

Mots choisis, passages percutants, envie de partage, là maintenant tout de suite… sur les oiseaux bien sûr !

« (…) Là ! Plus là ! Re-là ! Je l’attrape. Il ne pèse vraiment pas grand-chose, quelques grammes, et soudain d’entrevois sous ses blancs sourcils courroucés, son regard rieur. Un troglodyte.

Le troglodyte que j’avais relâché faisait à présent le tour de l’abri en sifflant encore, malgré novembre bien entamé, sa petite phrase toujours la même, cinq syllabes en prélude, suivie d’une éclaboussure de trilles, close par une syllabe en suspension. J’en dessinais le sonogramme et je m’essayais à en siffler la ritournelle, l’autre façon de dialoguer ave mon père. Donc, bientôt les Chinois, tantôt les oiseaux.  

« Des oiseaux, « là-bas », il n’y n avait presque pas. Pas même de corneilles. Encore moins de corbeaux. Alors, j’ai décidé de les faire venir. J’ai acheté des graines. Et ils ont débarqué, en plein hiver, comme des extra-terrestres. Ils n’avaient pourtant rien de mirifique. Ce n’était pas des merles indigo, des rolliers turquoise ou des guêpiers azur. Pas du tout. Mais chacun transportait une cargaison de voyelles, a e i o u, et des concisions, des ellipses, des métoynmies. ET malgré leur petititesse et leur grisailleire, on aurait dit les terribles oiseaux de l’Apocalypse qui venaient se recharger d’énergie ici, dans cette clairière, façon d’attendre l’heure, où, en un grand banquet, ils s’envoleraient là-bas pour aller manger la chair des rois et des forts et des puissants et des puissances de la société, et des vieux roués, et venger les horreurs, tellement ils me semblaient impatients, guerriers, durs. J’ai vu apparaître toutes sortes de mésanges, des verdiers, un bec-croisé, des sittelles, et les premiers bouvreuils, et d’autres dont je n’étais pas sûre du nom, trop rapides, trop condensés, trop petits, trop gris. Explosifs. »

« (…) J’étais la mélodie hurlée du vent. J’étais la chute de la neige qui enfouissait jusqu’au crépitement du feu en elle. J’étais le chant des lérots, ces sortes de souris qui sifflent, et qui persiflaient la nuit autour de moi, museau masqué de noir, prunelles noires, saillantes, deux gouttes d’encre, queue terminée d’un pinceau bicolore pour calligraphe chinois. J’étais le délicat et lancinant cri d’épouvante d’une guêpe, survivante de l’été, en train de se faire vider par une araignée. J’étais l’araignée, son silence, celui du crime. (…) »

« (…) Des trucs passionnants comme ça. Soudain, un oiseau commençait à dialoguer avec un autre au loin. Je notais les séquences sur un carnet. Et leurs tons. Je n’avais pas oublié mon projet initial, pas si éloigné de mon roman que ça, car avec les oiseaux on est à la fois dans la grammaire et la musique. Si la langue de troglodyte est un lancer de cinq à six graines de cristal, celle du rouge-gorge est faite de courtes phrases entrecoupées d’un tremblement entre les graves et les aigus qui leur donne une tonalité de désolation qui me ravageait, comme un poème de Du Fu, mon préféré des préférés. »


Même les méchants rêvent d’amour

Même les méchants rêvent d’amour, de Anne-Gaëlle Huon.

« Jeannine a 89 ans passés. Elle aime : les bals musette, les costumes des patineuses artistiques et faire un six aux petits chevaux. Elle n’aime pas : le sucre sur le pamplemousse, les films d’horreur et les gens qui postillonnent. Le jour où on lui annonce que sa mémoire s’apprête à mettre les voiles, Jeannine est déterminée à ne pas se laisser faire. Alors elle dresse des listes. Et elle consigne dans un carnet tous les bonheurs qui ont marqué sa vie. Quand Julia, sa petite-fille, la rejoint en Provence, elle découvre ce que sa grand-mère n’a jamais osé raconter. L’histoire d’un secret, d’un mensonge. Julia va tenter de faire la lumière sur les zones d’ombre du récit. Et s’il n’était pas trop tard pour réécrire le passé ? »

Des personnages « entiers » que j’ai pris plaisir à découvrir et avec lesquels j’ai aimé passer un bon moment de lecture. Ce sont ces personnes faites de lettres et de mots qui m’ont donné envie de tout savoir sur leurs histoires, leurs secrets, leurs amours et leurs peines.

C’est pourquoi, j’ai eu envie de vous les présenter ici avec des extraits du livre qui les présentent tour à tour.

Il y a d’abord le personnage principal, Jeannine, la grand-mère de presque 90 ans :
« Sa mémoire, Jeannine se la figure comme une falaise attaquée par les vents. Un rocher qui s’érode à chaque assaut des vagues. Alors depuis un mois, chaque matin après avoir fait un brin de vaisselle et tiré la courtepointe, Jeannine écrit. Devant un portrait de Julia, sa petite-fille, lumière de sa vie. Elle écrit pour qu’elle sache d’où elle vient Et surtout, pour lever le voile sur ces secrets qui la grignotent de l’intérieur. Pour témoigner, transmettre, pardonner aussi peut-être, si tant est que cela soit possible. »

Puis, il y a l’autre personnage principal, Julie, la petite-fille de Jeannine :
« – Et toi, tu as grandi ici ?
– Oui et non, j’ai grandi à Paris. Mais je venais passer toutes mes vacances chez ma grand-mère.
Elle repense à tous ces souvenirs que lui a fabriqués Jeannine, à grand renfort de fous rires et de caresses.
– J’habite à Paris maintenant.
– Tu fais quoi ?
– Elle baisse les yeux vers la table, chercher quelque chose à grignoter.

J’écris.
Ces derniers temps, le moelleux des biscuits et le croquant du chocolat sont les seuls remparts contre ce mal-être un peu diffus qui s’est installé en elle. Une sorte dinquiétude sans objet, un bruit de fond désagréable que seule le sucre semble apaiser. »

Ensuite, il y a Félix, l’assistant de vie de Jeannine :
« – Salut, je suis Félix, l’assistant de vie de Jeannine, dit-il en enlevant son blouson.
Il est jeune, songe Julia en bafouillant son prénom. Et franchement mignon. Un assistant de vie ?
– Ah ! Jeannine m’a beaucoup parlé de toi !
Puis, se penchant vers la vieille dame :
– Je suis passé au marché ! Mme Abello vous a mis de côté un camembert à la truffe, vous m’en direz des nouvelles ! dit-il en ouvrant son sac à dos. Et ça, c’est le saucisson aux olives du vieux Flavio.
Se tournant vers Julia, il chuchote :
– Il a le béguin pour Jeannine, le vieux Flavio !
 »

Et puis il y a aussi cet homme :
« Une fourgonnette s’avance alors. Une vieille 2 CV rafistolée au fil des années et des pots de peinture, un capot vert, un toit bleu ciel. Alors qu’elle s’attend à en voir sortir un vieux boulanger ou un paysan à casquette, la portière s’ouvre sur une barbe de trois jours et deux yeux bruns illuminés par une large fossette. L’homme, quarante ans à peine, fait un signe de tête au vieux Flavio.
(…)
– Je vous fait goûter ?
Elle sursaute. Les yeux bruns et la fossette se sont matérialisés à ses côtés. Si proches qu’il lui semble sentir la caresse de ces longs cils noirs sur sa joue. (…) Julia remarque alors les ongles noirs. La peau mate. Les mains terreuses. Elle n’a vu que des brouillons de mains avant celles-là. Elle lève les yeux et toute la place fait silence, du primeur jusqu’aux tourterelles. Même les cloches de l’église, le vent dans les arbres, jusqu’à l’eau dans la fontaine. »

Mais autour, avec, en accompagnant de-ci-de-là, il y a aussi Eliane, l’infirmière de la maison de repos :
« Une infirmière s’approche, la cinquantaine ronde et joyeuse. On peut entendre pétiller ses yeux. (…)
– Ne vous excusez pas, c’est humain le chagrin, la réconforte Éliane. Le plus dur, c’est pas pour les malades, c’est toujours pour leurs proches. Ils voient cette maison comme une gare avant le grand voyage. Un quai où il faut faire ses adieux. Heureusement, nos résidents ont souvent l’air plus joyeux que leurs visiteurs !
Éliane dégage quelque chose de rassurant, de lumineux. Côtoyer la vieillesse lui a conféré une sagesse, une sérénité que Julia lui envie. »

Et Lucienne, la meilleure amie de Jeannine. Elle est là en second plan, personnage distillé tout au long de l’histoire. Une vieille dame qu’on apprend à connaître depuis qu’elle a trois ans, dont on parle par petites doses, jamais très longtemps, mais qui pourtant l’histoire ne serait rien si elle n’était pas là.

N’oublions pas Madeleine, Gisèle, Pierrot et tous ces autres résidents et soignants de la maison de repos. Nous devons le titre de ce livre grâce à une super Mamie tricoteuse hors pair et philosophe à temps plein !

Ce roman est-il l’histoire d’un secret ?  Non, une histoire de secrets, au pluriel. Une histoire, des histoires d’amour. De la jalousie. De la guerre. De l’amitié. De la famille. Une histoire vivante que je compare un peu avec les deux livres que j’ai lus de Valérie Perrin : Les oubliés du dimanche et Changer l’eau des fleurs. Car dans ces trois livres, on retrouve des histoires fortes qui parlent de la vie, de la vieillesse, de la famille, d’amour, de secrets. D’un temps passé et d’un présent chamboulé, d’un futur incertain.

Riquet à la houppe, de Amélie Nothomb

Un avis de lecture un peu différent, avec au menu :

  • la 4ème de couverture du livre
  • un avis de lecture d’une blogopote qui m’a poussée à lire ce titre
  • l’histoire sur l’acquisition de ce livre et sur d’autres titres de l’autrice

4ème de couverture

« L’exceptionnelle intelligence de Déodat n’avait d’égale que son extrême laideur.
Trémière était incroyablement belle, mais on la disait simple d’esprit.
Le destin les fit se rencontrer. »

Je ne sais pourquoi, je n’ai jamais lu (ou retenu) le conte d’origine de Perrault !

J’aime la plume franche, directe, précieuse, délicieuse d’Amélie Nothomb. J’aime, mais je ne suis jamais allée jusqu’à acheter un de ses livres tout juste sorti de presse. Les trois premiers titres que j’ai lu de cette autrice (Frappe-toi le cœur, Acide Sulfurique, Robert des noms propres), je les ai trouvés dans la boîte à livres de mon quartier. Un autre titre, Barbe Bleue, m’a été offert par mon papa quand nous sommes allés ensemble dans une librairie. Un cinquième, le recueil de contes Brillant comme une casserole, je l’ai trouvé et emprunté à ma bibliothèque communale. Pour Riquet à la houppe, une amie de blog en a parlé il y a peu de temps. L’extrait qu’elle a choisi m’a convaincu que ce livre-là, je devais absolument le lire. Mais non, je ne suis pas dingue des oiseaux 😊 Merci Val !

Et donc, c’est très peu de temps après le début du déconfinement, alors que je patientais dans une file pour rentrer dans une librairie, que je l’ai vu. Trois personnes avant moi. Je vais patienter, car je suis là pour retirer un colis (des Bob et Bobette que je n’avais pas encore, deux hors-série et un titre en néerlandais qui n’a jamais été traduit, mais que je ne pouvais ignorer, car l’histoire est basée sur des cygnes noirs et d’autres blancs ! Merci Sabine !) La file avance. J’avance donc aussi. Je me retrouve à l’entrée de la librairie, le tourniquet de livres de poche à portée de regard. Je ne peux faire que ça, les regarder. Et puis, ses couvertures particulières où Amélie Nothomb figure toujours sur celles-ci sont faciles à repérer si les livres sont disposés face à moi. Et c’était le cas pour Riquet à la houppe ! Je n’ai même pas réfléchi, je l’ai pris, au format poche, cela ne m’a pas ruiné (rires).

Ce que j’ai particulièrement aimé, en dehors des deux « oiseaux » principaux, de leur comportement et de leur réaction face aux injures et aux mépris que beaucoup de camarades ont pour eux quand ils sont enfants, c’est la relation, le lien particulier qui unit Trémière à sa grand-mère Passerose.