Devinette, liponomie

Pour le jeu 14 de Rébecca, on joue avec une liponomie. (ne pas utiliser certains mots)
–> Écrire un texte sans les verbes « être », « avoir », « faire »… c’est pour moi, une grande nouvelle et un grand défi. Je n’ai jamais essayé de faire cela, car comme vous le lisez, je suis plutôt médiocre pour éviter ces verbes !

Mon ami, il se prend pour un éclair. Il rivalise avec lui en rapidité… En moins blanc, pas vraiment jaune, je dirais même plutôt orange. Vraiment orange ! Ou roux, comme vous préférez…

Son corps se compose d’une belle et épaisse queue en panache, plus brune que son pelage, un ventre plutôt blanc et deux mignonnes petites oreilles bien touffues. Vous devinez déjà : il s’agit bel et bien d’un animal.

Il peut se vanter de gagner à un jeu : celui de cache-cache. Il peut en effet postuler aux côtés des vrais maîtres du camouflage en automne !

Il mange des noisettes et autres fruits secs. En hiver, il ne trouve pas beaucoup de nourriture. Aussi, il enfouit ce qu’il trouve, il se constitue de véritables réserves.

On le retrouve bien sûr dans la forêt, mais également dans les jardins privés, et même les parcs publics.

Il bondit, il saute, il vole de branche en branche ; il grimpe tête en haut ou queue en l’air tel un véritable dompteur d’arbres.

C’est (aïe, un point en moins) de l’écureuil que je parle, bien évidemment.

Promenade sur le lac

J’ai essayé de vous décrire ma première rencontre avec cette créature extraordinaire :-)  je n’ai pas réussi à vous faire passer la magie de l’instant passé… il faut y être pour pouvoir ressentir toutes les émotions qui m’ont parcourues cette nuit-là.

Noémie participe à un stage en pleine nature. Avec trois autres camarades et leur moniteur, ils avancent silencieusement sur un étang appartenant à une réserve naturelle. L’ornithologue qui les accompagne mène la barque sans la moindre difficulté.

Le ciel est dégagé, et certaines étoiles, les plus lumineuses, sont visibles à l’œil nu. Noémie n’aime pas le noir mais depuis l’été passé où elle a fait connaissance avec une chouette effraie, elle se sent intriguée par ces animaux nocturnes. Une autre chouette, toute brune, aux gros yeux ronds et sombres a déjà salué son courage lorsqu’elle s’embarquait dans le petit bateau de bois. L’ornithologue a identifié sans le moindre doute l’oiseau, il s’agit d’une chouette hulotte u chat huant. Le petit surnom qu’on donnait parfois à ce rapace l’avait intriguée et ils avaient commencé leur petite expédition par un cours d’étymologie.

Noémie ne voit rien à l’horizon mais ses oreilles sont toutes ouvertes. Petit à petit, ses pupilles s’habituent à l’obscurité. Après un quart d’heure à naviguer sur l’eau, elle peut enfin discerner la silhouette des arbres. Le quart de lune éclaire certains endroits. L’ado perçoit la limite de la roselière.

Une grenouille croasse et tous les enfants sursautent tellement ce bruit se répercute dans le silence. Tous sont attentifs. L’ornithologue, guide depuis cinq ans dans cette réserve sait quand il faut se taire ou quand il faut tourner la tête.

Ce soir, ils devraient pouvoir le voir ou du moins l’entendre. Il n’a rien dit, ni au moniteur, ni aux élèves. Il aime que les visiteurs découvrent par eux même la richesse d’une faune méconnue.

Le vent léger qui souffle parvient à faire dresser les oreilles du plus distrait des élèves. Les adolescents réalisent que la nuit, dans la nature, le silence n’existe pas. La chouette de tout à l’heure chante à nouveau. Noémie devine qu’elle s’est déplacée car le son qu’elle a entendu ne parvient pas de l’endroit où elle avait aperçu le rapace.

Des mouvements désordonnés et de petits cris perçants font lever les cinq têtes.

– Des pipistrelles, les chauves-souris les plus communes dans notre pays. Il existe…

L’ornithologue continue son explication à voix basse mais Noémie est déconcentrée. Elle a cru percevoir un étrange son sourd. « Un son sourd » s’interroge-t-elle d’elle-même, ça ne veut rien dire ! » La jeune fille tâche de faire abstraction des chuchotements près d’elle, ferme les yeux et oriente son oreille droite vers le son qu’elle a cru entendre. Mais il n’y a plus rien. Ses yeux se réouvrent automatiquement, comme pour mieux voir ce que l’ornithologue raconte.

« J’ai du rêver ».

Le guide, tout en continuant la description de la pipistrelle, sourit à Noémie. Noémie ne comprend pas la signification de ce sourire. A-t-il cru qu’elle s’était endormie ? Avant même qu’elle ne lui pose la question, il enchaîne avec :

– Tu l’as entendu n’est-ce pas ? Tu as une ouïe fine.

Ses camarades la dévisagent. Son moniteur également. Noémie rougit mais heureusement, dans cette obscurité, personne ne le voit.

Voumb

Le rugissement est nettement plus clair à présent ! Tout le monde l’a remarqué mais personne ne sait l’identifier clairement.

– C’était quoi ça ? un boeuf ? ose le petit rigolo du groupe.

– Un boeuf, ici, t’es bête ou quoi ! lui répond son copain.

Noémie est la seule fille qui a osé accompagner les garçons à cette sortie nocturne. Elle reste silencieuse. Elle observe les roseaux. Il lui semble avoir vu bouger quelque chose dans ce coin là bas.

L’ornithologue lui a fait signe de changer de place pour se rapprocher de lui. Il lui chuchote : « Son cri peut faire écho jusqu’à cinq kilomètres à la ronde ! Il faut avoir de bons yeux et savoir où chercher. »

Noémie a soudain des frissons qui lui court sur tout son dos, sa nuque et jusque dans ses cheveux. Un cri qui peut s’entendre sur des kilomètres, elle n’ose pas y croire. Quelle bête gigantesque peut fournir un pareil son ?

L’animal ne renouvelle pas ses vocalises. Noémie reste intriguée.

La barque se dirige lentement vers le fond de l’étang. La rame ne fait aucun bruit lorsqu’elle brasse l’eau. Les gestes se font au ralenti. Le guide tend un bras et pointe du doigt un endroit précis à une dizaine de mètres d’eux. Il donne un monoculaire à vision nocturne à Noémie. La jeune fille tremble un peu, de froid, d’incertitude. Les images en vert et noir sont floues mais elle remarque quelque chose d’étrange dans les lignes de la roselière. Un dessin particulier semble bouger au rythme d’une respiration ! Sans s’en rendre compte, Noémie retient son propre oxygène dans ses poumons, pour ne pas bouger, pour ne pas effrayer. Soudain, une volumineuse masse, aussi grande qu’une buse, décolle! De larges ailes se déploient et peinent à faire monter le corps de l’oiseau dans les hauteurs du paysage. Les battements sont mous et silencieux. Les yeux de l’adolescente n’arrivent que très difficilement à se réhabituer à la noirceur de la nuit. Ses copains, qui ne se doutaient de rien, son recroquevillés dans la barque, les genoux ramenés à leur menton, la tête repliée dans leur cou, le regard interrogateur.

– Messieurs, vous venez de faire connaissance avec le Butor ! Magnifique échassier de la famille des hérons. C’est lui que vous avez entendu, il y a quelques instants. Jolie bête n’est-ce pas ?

Ne s’attendant à aucune réponse de la part des gamins, l’ornithologue fait un plus large sourire à Noémie et à son moniteur. Ce dernier, intrigué ose demander s’il y a encore d’autres animaux de la sorte à être aussi dissimulateur, invisible, et surprenant.

ça pique

Deuxième petite histoire dans cette série. Vous aimez ? Encore merci à maman Cigalette pour l’illustration !

Isabelle adore l’automne et les arbres qui se parent de leurs plus beaux habits. Mais elle déteste les journées qui deviennent plus courtes et les nuits qui arrivent plus vite.

Décembre est le mois qui annonce le début des festivités, de son anniversaire et des vacances d’hiver, juste après les examens. Généralement, c’est à ce moment-là aussi que le temps devient plus froid et que son jardin s’active de la visite de petits oiseaux frigorifiés et affamés. A présent qu’elle a un jardin, elle n’hésite pas à offrir aux mésanges, rouge-gorges et autres moineaux, des repas pour les aider à affronter les rigueurs de l’hiver. Elle ne se doute pas qu’il n’y a pas que les oiseaux qu’elle va attirer…

Le soir, juste avant d’aller retrouver sa couette qui va la tenir au chaud toute la nuit, Isabelle retrouve son calendrier. Depuis le premier jour de ce mois de décembre, elle a un petit rituel avant d’aller faire dodo. Sa meilleure amie lui a offert un calendrier de l’Avent avec pour chaque carré qui sépare le jour de Noël, un petit conte brillamment imaginé par une de ses camarades de classe. Les vingt-quatre petits contes forment une très jolie histoire complète sur Noël. Isabelle ne se lasse pas de lire ces mini récits et doit s’obliger à respecter l’ouverture des cases sous peine de voir briser toute cette magie.

Il ne lui reste plus que six cases avant de découvrir la fin de l’histoire. Elle s’est déjà imaginée plusieurs fins et elle sait qu’aucune ne se rapprochera de la bonne.

Dehors il fait déjà nuit depuis plusieurs heures. Les oiseaux sont partis des mangeoires. La lampe du jardin est éteinte depuis la dernière visite de madame la pie. Comme à son habitude, Isabelle s’est installée dans son lit pour lire. Elle déplie le petit papier qui est caché derrière le carré du dix-huit décembre. Il y a deux pages dactylographiées. Elle espère enfin pouvoir connaître l’identité de l’animal qui a fait autant de dégâts dans le jardin du vieux Gaspard. Elle croit qu’il s’agit d’un croisement entre deux bêtes féroces. Un animal qui fait autant de dommages, autant de bruit et qui passe inaperçu ne peut pas vraiment exister.

Avec le temps, elle a sympathisé avec bien des animaux, surtout ceux qui visitent son jardin. Elle aime beaucoup ces perruches vertes même si celles-ci la réveillent certains matins. Même le chat du voisin vient parfois discuter avec le sien.

 » Tout compte fait, ce déménagement n’est pas si mal. Jamais je n’ai eu autant de petits copains à poils ou à plumes.  »

Isabelle vient d’entamer sa lecture du soir. Elle est fatiguée mais ce petit moment ne lui prend pas beaucoup de temps. Elle veut savoir ce que c’est. Elle est tellement prise dans son récit que lorsque son minou saute sur le lit pour la retrouver, elle sursaute.

– Petit filou, tu m’as fait une de ces peurs…prévient quand tu sautes.

D’un geste automatique, elle caresse à son chat puis lui fait un bisou entre ses deux oreilles. Elle reprend son papier. Le félin ronronne de plaisir. Il cherche sa place au milieu du lit, il tourne sur lui-même deux ou trois fois et s’installe tout contre les jambes de sa maîtresse. Son ronronnement met du temps à s’arrêter. Bercée par ce bruit familier, Isabelle est sur le point de résoudre l’énigme de son histoire quand, tout à coup, la lumière dans son jardin s’illumine ! Les tentures sont fermées, mais un fin trait de lumière perce sur le bord du mur et au plafond. Elle n’a pas le temps de terminer le dernier paragraphe qu’un étrange froissement l’inquiète. Cette fois-ci elle n’a plus envie de se faire avoir comme avec les petites mésanges de l’été dernier. A regret, elle dépose le conte, se lève et enfile son peignoir.

Sur le bas de la porte qui donne au jardin, armée d’une torche puissante, elle balaye tous les endroits et moindres coins de son jardin. Aucun écureuil ne s’est enfui à son arrivée. Aucun oiseau ne s’est envolé subitement à son approche. Peut être n’était-ce qu’une chauve-souris qui passait par-là et qui a déclenché le détecteur de la lampe. Car elle ne voit strictement rien.

Quand Isabelle fait un quart de tour pour rentrer dans sa cuisine, quelques feuilles mortes au fond du jardin s’affolent. Le tas de feuilles qu’elle a amassé ce week-end semble ne plus former une petite montagne mais plutôt un amas informe. La lampe-torche dirigée à cet endroit ne permet pas de distinguer quoi que ce soit d’anormal ou d’étrange. Mais la visibilité n’est pas bonne, des zones d’ombres restent encore.

« Oh je suis sûre que ce n’est qu’une souris !  »

Sur cette certitude, Isabelle rentre chez elle. Elle est bien décidée à terminer sa petite histoire.

Sur son lit, à la place de son coussin, Minou s’est couché sur les feuilles de papier. Pas du tout intriguée par ce qu’aurait vu ou entendu sa maîtresse, il semble dormir d’un sommeil profond. Isabelle ne veut pas trop le réveiller. Elle tire délicatement sur le bout de la feuille qui dépasse de ses pattes avant mais Minou ne dort jamais complètement. D’un geste rapide, il tend une patte et sort ses griffes. Surprise, Isabelle a retiré sa main, mais c’est déjà trop tard. Une ligne rouge apparaît rapidement sur l’index de la jeune femme. Au sommet, une goutte de sang perle et tombe sur la patte de son chat. Minou se lèche puis continue sa toilette et tente de soigner comme il peut la petite blessure qu’il a occasionnée chez sa maîtresse. Ce n’est pas la première fois qu’elle se fait avoir de la sorte avec son Minou. Généralement, ça lui arrive quand elle joue avec lui. Il est toujours le plus rapide mais Isabelle essaye, en vain, de gagner à ces petits jeux inoffensifs. Et comme à chaque fois qu’il gagne, autrement dit tout le temps, elle doit panser la petite plaie par un sparadrap.

En revenant de la salle de bain, elle jette un oeil par inadvertance au tas de feuilles qui se trouve au fond du jardin. A cette vision, elle s’arrête subitement de marcher.

« On dirait que le vent se lève. Il a balayé tout mon travail dans le jardin. Plus de feuilles ni de branches bien regroupées. Tout est éparpillé.  »

Mais dehors, il n’y a pas le moindre souffle de vent. Pourtant, au fond du jardin, les feuilles mortes font du bruit. Un peu comme si quelqu’un marchait dessus.

La lampe s’est rallumée pour la seconde fois.

Toujours persuadée que son visiteur est une petite souris, Isabelle ne prête plus attention au jardin. Elle est plongée dans sa lecture…

Le lendemain matin, déçue de ne pas avoir eu réponse à sa question dans sa lecture du soir, Isabelle veut à tout prix connaître son mystérieux visiteur à elle. Elle n’a pas peur des souris mais elle craint qu’elles ne se reproduisent. Elle ne voudrait pas être envahie par ses petits rongeurs même si c’était pour le plus grand plaisir de son Minou.

Elle n’attend pas neuf heures pour attaquer ses recherches. Aidée d’une brosse à balai, la jeune femme termine le travail qui a été commencé la nuit : il ne reste plus une feuille morte sur une autre pas plus qu’une branche couchée sur une autre. Et il n’y a rien. Pas une souris, pas un mulot, pas un rat. Rien. Puis, un peu plus loin, en dessous de son barbecue en béton, Isabelle découvre un nouveau tas.

– Tiens donc, tu te cacherais là-dessous petite souris ?

 Il y a, normalement, une boîte en carton presque vide de petits morceaux de bois pour attiser le feu du barbecue. Isabelle ne distingue pas très bien la boîte mais imagine sa forme. Elle est dissimulée par tout un tas de feuilles mortes ! La jeune femme tente une nouvelle approche mais son pied glisse dans quelque chose qui ressemble à de la boue. Sauf que ce n’est pas de la boue ! C’est plus foncé et…

– Ah ! Ça pue !

C’est en reculant et en mettant la main devant sa bouche et son nez que la jeune fille découvre des traces de griffes sur le pourtour de sa clôture. Les marques sont profondes et trop épaisses que pour être l’œuvre d’un minou. Ce sur quoi elle a marché pourrait par contre correspondre à des déjections félines. Isabelle est dubitative. Il est certain qu’un animal doit rôder dans les parages mais lequel ?

Le dessous du barbecue est trop bas pour que la jeune femme puisse s’y glisser et y chercher quoi que ce soit dans la boîte en carton. Alors elle tend le bras. Elle enfonce sa main en plein milieu du tas quand, piquée à vif, elle crie de douleur et tombe en arrière. Sur presque tous ses doigts, de minuscules trous se sont formés et à chacun des orifices, une goutte de sang apparaît. Dans le creux de sa main, des éraflures à ne plus en finir strient sa paume. Isabelle tient son poignet par l’autre main. Elle jure et secoue sa main endolorie en même temps. Remise sur ses pieds, elle s’agenouille à même l’herbe humide et perce du regard ce qui reste du tas secoué. A une cinquantaine de centimètres de ses genoux, une petite boule brune respire péniblement. Isabelle ne distingue pas ses yeux, ni ses oreilles, ni même son nez. Elle perçoit tout juste les mouvements paniqués d’un corps qui se soulève et s’abaisse à un rythme apeuré. Le petit hérisson est resté en boule. Isabelle l’a réveillé en sursaut et son rythme cardiaque est troublé. La jeune femme s’en veut de ne pas avoir pensé à lui plus tôt. Elle sait, grâce à sa cousine, que réveiller un tel animal est dangereux pour lui. Alors, elle s’en va, rentre dans sa cuisine et découpe une pomme et une banane bien mûre qu’elle n’a pas encore jeté. Elle dispose le menu repas tout près du mammifère qui n’a toujours pas sorti sa tête. Ensuite, elle tente, un peu maladroitement, de reconstituer l’abri de fortune qu’il s’était fait. Elle espère qu’il va manger ce qu’elle lui a préparé puis se rendormir.

Bruit mystérieux

Je commence à vous soumettre une série de petites histoires écrite il y a un bout de temps mais que, pour une raison ou une autre, je n’ai jamais montré dans son entièreté. Voici le tout premier texte. Dites-moi ce que vous en pensez, si vous aimez, si vous trouvez ça pas terrible ou écrit maladroitement… j’en ai 10 autres à vous proposer :-)

Et je tiens à remercier ma Cigalette, enfin ma maman pour les illustrations !

Tic-tic.

Le printemps a commencé avec ce bruit. Il fait déjà chaud pour la saison. Cinq degrés au-dessus de la moyenne saisonnière. C’est ce que dit le météorologue de la télévision.

Isabelle s’est levée de mauvaise humeur ce matin. Ce tic-tic l’a tirée de son sommeil. Les yeux encore mi-clos, elle va voir d’où provient ce petit bruit. Mais elle ne voit rien. Elle se recouche alors, en peignoir.

Tic-tic.

Ça recommence. Cette fois, elle sait avec plus de précision d’où ça vient. Elle se dirige d’un pas certain vers la fenêtre et tire d’un coup sec ses tentures. Eblouie par la lumière du jour, elle se surprend elle-même. Isabelle met ses mains devant ses yeux sensibles.  Elle referme tout aussi vite les tissus épais. Elle ne pense qu’à retrouver le calme de ses rêves mais cette fois, elle est complètement réveillée.

La journée s’annonce mal.

Enervée, elle ne voit pas la queue toute poilue de son Minou et marche dessus sans aucune délicatesse. Un miaulement horrible déchire les tympans d’Isabelle et lui fend son cœur. Elle s’agenouille et tente d’appeler son petit chat pour s’excuser et lui faire le plein de câlins. En vain, il se cache en dessous du lit et ne bouge plus.

Il y a de ses jours où tout va mal.

Après s’être un peu brûlée le corps avec une douche trop chaude, Isabelle n’a pas pu boire son chocolat du matin. Elle a oublié d’en racheter.

Sa journée à son travail n’est pas des plus glorieuse. Elle se fait réprimander par sa chef à cause de son humeur exécrable et se fait carrément enguirlander par une collègue. Mais dix-sept heures sonnent. La fin d’une journée médiocre s’annonce enfin.

Après avoir fait rapidement les courses dans le petit supermarché au coin de sa rue, Isabelle rentre chez elle, non mécontente de retrouver son chat et le calme de sa petite maison. Elle enrage encore sur cette caissière trop lente quand le tic-tic la surprend une nouvelle fois !

Trop fatiguée et excédée, elle ne va pas voir à la fenêtre ce que c’est. Le visage dans les mains, elle pleure. Elle se laisse aller. Personne n’est là pour la regarder se vider de ses larmes. Personne pour la réconforter. Personne pour l’écouter. Personne pour la serrer dans ses bras.

Elle se sent seule, mal-aimée et complètement vidée d’énergie.

Dans sa petite maison qu’elle a héritée d’une tante, elle ne doit pas aller bien loin pour se faire couler un bon bain. Isabelle n’a pas faim. Avant d’aller se coucher, elle va se détendre un peu. Elle vérifie à deux reprises la température de l’eau avant d’y déposer le pied, la jambe puis son corps tout entier. Le parfum lavande de la mousse envahit la pièce. Une chanson revient dans sa tête et la rend nostalgique.  Sa grand-mère lui manque, elle est décédée il y a deux semaines et elle se rend compte, trop tard, qu’elle comptait beaucoup pour elle.

Tic-tic.

Cette fois-ci, impossible à Isabelle d’aller voir ce que c’est que ce bruit. Elle plie les jambes et met sa tête, jusqu’aux oreilles, dans l’eau tiède. Elle n’entend plus rien, elle ne pense à plus rien.

Une demi-heure plus tard, elle sort du bain, complètement relaxée. Elle réussit à oublier cette mauvaise journée et est décidée à passer une bonne soirée, dans son lit, à lire son livre préféré.

Des boules d’ouates dans les oreilles, plus aucune sonorité ne vient titiller sa curiosité. Plus aucune chanson ne vient perturber ses sentiments du moment. Son esprit est tranquille.

Confortablement installée dans son petit lit douillet et chaud, elle commence la lecture de son troisième chapitre quand une petite ombre se détache des tentures mal fermées. Même si la jeune femme ne regarde pas dans cette direction, ses yeux peuvent voir cette chose bouger dans les airs, à proximité de sa fenêtre. Elle change de position et tourne le dos à cette ombre volante.

Elle finit par s’endormir assez rapidement, le livre encore dans les mains.

Le lendemain matin, toujours réfugiée dans ses boules d’ouates, Isabelle n’entend rien du petit bruit. Pas même la sonnerie de son réveil ne l’a éveillée! Elle est presque en retard. Elle doit se dépêcher. Rapidement, elle se douche, s’habille en toute hâte et avale son chocolat d’une traite. De bonne humeur et à l’heure, Isabelle passe une bonne journée et c’est le sourire aux lèvres qu’elle rentre chez elle après une journée de travail.

Tic-tic.

« Est-ce que ce bruit s’arrête quelques fois ? » Se demande Isabelle au fond d’elle-même. A cet instant, elle est bien déterminée à trouver la source de ce bruit qui lui tape sur le système nerveux. Tout en se dirigeant vers la même fenêtre que deux jours plus tôt, elle happe un petit paquet de terreau qui traîne sur l’étagère.

Minou pense que c’est  pour lui. Il se frotte aux mollets d’Isabelle. Il a déjà tout oublié de l’incident de la veille et revient auprès de sa maîtresse tout en ronronnant. Quelques caresses plus tard à Minou, elle ouvre la fenêtre de sa chambre et dispose méticuleusement un lit de terre sur l’appuie de fenêtre et sur le sol. Elle vaporise l’ensemble pour que le tout forme une masse compacte et solide.

– Si quelqu’un passe par-là, il va obligatoirement laisser des traces dans ce terreau humide, dit-elle tout haut.

Bien que cette idée ne semble pas mauvaise, Isabelle a quand même peur du résultat. Et si c’est quelqu’un qui l’épie ? Et si elle découvre des traces de pas ou d’une main ? Elle sourit quand même un peu, elle se croit presque dans un tournage de film policier. Elle a beaucoup d’imagination.

Pour l’aider dans sa psychose, l’ombre volante revient, elle aussi, le soir, avant le coucher du soleil.

Le lendemain matin, le bruit la réveille à nouveau. Elle s’y attendait un peu. Elle patiente quelques instants avant d’ouvrir doucement les rideaux. Elle ne voit toujours rien. Pas même une trace dans la terre !

Au bout d’une semaine, Isabelle n’entend même plus ces bruits. Ses oreilles s’y sont habituées. Son cerveau s’est accoutumé. C’est devenu un bruit familier. Elle a arrêté de se faire des films et même l’ombre ne la perturbe plus.

Mais quinze jours plus tard, ce bruit triple en volume et en durée. Ça devient agaçant et énervant. Impossible pour Isabelle de ne plus y prêter attention.

Elle ne voit toujours rien et elle est sûre que cela ne peut pas provenir de la conduite d’eau un peu trop vieille ou des tuyaux du chauffage car c’est régulier et surtout c’est précis comme une horloge. Chaque matin, c’est à la même heure et chaque soir aussi. Et puis cette ombre, elle appartient quand même à quelqu’un ou à quelque chose, pense tout haut la jeune femme, comme pour s’en convaincre.

Isabelle ressort alors sa vieille caméra. Cet appareil est sans doute vieux mais fonctionne encore. Tout est fin prêt pour enregistrer le coupable de ce bruit et donner un visage à  cette ombre. Elle change l’heure de son réveil pour être là avant que tout cela ne commence.

Dissimulée dans un tissu sombre, la caméra passe totalement inaperçue vue du dehors.

Sans voir quoi que ce soit, Isabelle appuie sur le bouton enregistreur dès que les premiers bruits se font entendre. Au bout de quelques rapides secondes, elle manque de tomber à la renverse tant les bruits deviennent forts et proches.

Par précaution, elle s’est un peu éloignée de la caméra. Elle a pris son coussin entre les bras. La caméra continue d’enregistrer.

Minou, qui est tout près d’elle, entend aussi ce bruit. Sa queue bouge vigoureusement. Il ne quitte pas les yeux de la fenêtre. Un miaulement timide sort de sa gueule fermée. Il est à l’affût. Lui seul connaît l’identité de ces intrus. Ces pépiements, il les reconnaîtrait entre milles. Soudain, le chat ne tient plus en place. D’un bond il saute derrière le rideau, sur l’appuie de fenêtre, et met ses pattes avant contre la vitre. Sa queue chasse toujours aussi sèchement, les mouches invisibles.

Le bruit a disparu. Minou a gagné ! Isabelle est rassurée.

Toujours réfugiée dans son lit, Isabelle rembobine la cassette vidéo. Une main cache ses yeux. Comme quand elle était toute petite, elle ne laisse passer qu’un trait de lumière entre deux doigts, juste assez pour voir un petit bout de ce qu’elle n’ose pas trop regarder.

Puis, après un court laps de temps, un autre bruit, plus étouffé, sort de la bouche de la jeune femme.

La terrible chose qui lui fait si peur et qui intrigue autant Minou n’est rien d’autre qu’une famille de petites mésanges qui vient picorer le mastique de la fenêtre ! Elle enlève la main de sa bouche et rigole plus franchement !