Secret d’écriture : Vicky

Mes livres – qu’ils soient romans, nouvelles, contes ou historiettes – naissent toujours d’un noyau de vérité. Un souvenir, un fragment de vie, une émotion bien réelle. Autour, je brode. Un peu, beaucoup, passionnément.
Le Puits aux Secrets ne fait pas exception.

Couverture Le puits aux secrets

Le début du roman, une bonne partie du premier chapitre, est inspiré de faits réels. Tous les petits accidents et bobos… ils ont bel et bien eu lieu.
C’était en 2016. Cela faisait un an que nous avions emménagé dans la région où nous vivons aujourd’hui. Notre chatte – l’une de nos chattes – s’appelle Vicky. C’est son vrai nom, dans la vie comme dans le livre.

Vicky a été malade de stress, littéralement. Le déménagement l’a bouleversée. Les cent kilomètres qui nous séparaient de son ancien territoire ont été, pour elle, les plus longs de toute sa vie.
Elle ne se souvenait sans doute plus du trajet de son tout premier déménagement – celui qui l’avait conduite, à l’âge de douze semaines, de sa maison natale à notre appartement. Mais cette fois-là, elle était adulte. Et elle avait peur.

C’était pourtant le chat le plus cool du monde.
Ultra douce, sereine, aimante, Vicky était une chatte zen et attachante. Elle est née chez ma maman, en 2004. Sa mère était une majestueuse croisée Maine Coon x Européen (abandonnée).
Vicky, elle, est née la dernière de la portée. Minuscule, le poil hirsute, elle ne prenait pas de poids. On n’était même pas sûr qu’elle allait survivre.
C’est de là que vient son nom : Vicky, pour Victoire.
Et c’est mon compagnon qui l’a choisie, quelques semaines après que j’avais adopté, à la SPA de Bruxelles, une autre chatte nommée Chouna. Quelques temps avant cela, mon tout premier chat, Mila, était morte dans un accident tragique (coincée dans une fenêtre à bascule, ce piège terrible que je ne connaissais pas).
Mais ça, c’est une autre histoire… Mila et Chouna, ce seront d’autres secrets à raconter.

Revenons à Vicky. Et au livre.

Dans Le Puits aux Secrets, Vicky s’empoisonne à cause d’une montée d’urée liée à un stress intense. Et c’est, hélas, exactement ce qui lui est arrivé.
Je ne pensais pas que le stress pouvait rendre malade, vraiment, physiquement. Mais la réalité m’a donné tort.
Vicky avait une santé fragile depuis la naissance. On lui avait diagnostiqué un asthme – heureusement léger, traité une seule fois par injection de cortisone. Mais à 11 ans, après le déménagement, son organisme n’a pas tenu le choc. On dit que les chats entrent dans leur troisième âge à partir de 7 ans. Il existe même des croquettes spéciales pour eux.
Pour elle, le stress a été un détonateur.

Son insuffisance rénale chronique s’est installée. Et les soins ont suivi. Les visites régulières chez le vétérinaire, les injections, d’abord tous les trois mois, puis deux, puis un… puis tous les quinze jours.
À un moment, j’ai dû me rendre à l’évidence : ma douce Vicky ne ferait plus de vieux os.

C’est par un froid hiver de 2019 que je l’ai conduite une dernière fois chez notre vétérinaire. Elle venait de fêter ses quinze ans.

Vicky, c’est plus qu’un personnage de mon roman.
C’est une part de mon histoire.
Et si vous la croisez dans Le Puits aux Secrets, maintenant vous savez : elle a vraiment existé.

Une histoire née d’un hasard… et devenue un roman

C’est avec beaucoup d’émotion que je vous annonce la publication de mon roman jeunesse : Le puits aux secrets.

Ce livre est né il y a presque dix ans, en juillet 2016, lors d’un atelier d’écriture animé par Stéphane Van Hoecke. Le thème du week-end était : le village sans (100) histoires.
J’ai pioché sur une une carte, le nom d’un village en France : Le Blondinet. Un portrait dans un magazine : Sean, un homme au regard énigmatique, devenu l’épicier du village. Quelques mots glanés lors de cet atelier : fontaine, orange… Et à partir de là, quelque chose s’est déclenché. Une histoire longue, mystérieuse, avec des personnages qui ont pris vie sous mes doigts, sans que je sache où cela me mènerait.

J’ai continué à écrire après l’atelier, portée par cette étrange énergie qui surgit parfois sans prévenir. Je crois que j’ai terminé la première version vers 2017. Puis, comme tant d’histoires, elle est restée endormie dans une clé USB pendant sept longues années. Aujourd’hui, elle revient à la lumière.

C’est un roman pour les lecteurs de 10 à 110 ans, une histoire de secrets de famille, de légendes oubliées, d’oiseaux étranges, de puits profonds et de liens invisibles entre les êtres. L’atmosphère y est brumeuse, feutrée. Le mystère avance pas à pas, entre inquiétude, curiosité et tendresse.

Ce qu’on m’a dit de ce roman :

« Ton univers est riche, mystérieux et profondément humain.
Les personnages sont crédibles, attachants, et l’ambiance du village du Blondinet nous happe doucement. On y retrouve la peur, la perte, l’attente… mais aussi l’amour, la transmission et une touche de surnaturel subtilement dosée. »

Il est publié aux éditions Atramenta, en version papier ou numérique.
Si vous aimez les histoires où tout semble lié — les silences, les vieilles pierres, les jardins, les oiseaux… — il est peut-être pour vous.

Pour découvrir le roman, je vous invite à écouter son résumé à voix haute.

Disponible dès à présent :

  • en commande dans les librairies (ISBN : 978-952-390-935-9)
  • Bientôt sur Amazon
  • En commande directement chez Atramenta
  • en précommande (chez moi) pour mes ami·e·s belges (envoi des livres en juin)

Sur le site d’Amazon, vous pourrez y lire le premier chapitre en entier.

J’espère de tout cœur que vous aimerez découvrir ce monde aussi étrange que familier.
Et si vous le lisez… j’adorerais avoir vos impressions.

Télécharger le communiqué de presse :

A l’aube, un renard

Comme pour la biche, voici une belle observation du Vivant dans mon quartier.

Comme pour la biche, le fichier texte est à lire sur Atramenta, une petite chanson ici, et une méditation à écouter, également sur Atramenta.

Et moi, sur la route, les yeux encore lourds,
J’ai ralenti… cadeau du jour :
Un renard roux, au museau fin,
S’est approché, puis est parti loin.

🎵 Refrain
Dans la nuit ou le matin,
Quand le monde est encore lointain,
La nature vient me saluer,
Et mon cœur se met à chanter.
🎵

Pas un bruit, pas une voiture,
Juste ce renard, douce nature.
Un clin d’œil sauvage, inattendu,
Et le silence revenu.

(R) 🎵 Dans la nuit ou le matin,
Quand le monde est encore lointain,
La nature vient me saluer,
Et mon cœur se met à chanter.
🎵

Dans mon quartier, y’a des merveilles,
Des renards, des biches, des oreilles
Dressées, curieuses, à chaque pas,
Et la vie qui murmure tout bas.

🎵 Refrain final (tout doux, comme un murmure)
Dans la nuit ou le matin,
Quand le monde est encore lointain,
La nature vient me saluer,
Et mon cœur se met à rêver.
🎵Ils criaient fort, ils faisaient fête,
Sans penser aux autres, ni à la tête
De ceux qui dorment, ou qui se lèvent tôt,
Pas un brin d’écoute, pas un mot.

Ils étaient jeunes, pleins de vacarme,
Le sommeil volé a perdu son calme,
Chez moi, les jeunes sont attentionnés,
Et leurs éclats sont bien placés.

Ma fille, elle, s’est envolée,
Vers un royaume enchanté,
Festival de contes et de dragons,
Loin des cris, près des chansons.


Pour lire le texte sur la biche, clic ici

Une biche dans ma rue !

Pour tout comprendre, pour me comprendre, il vous faudra lire un premier texte. Puis écouter une méditation. Enfin vous pourrez poursuivre votre lecture ici.

1°) Un texte écrit d’une traite à lire sur Atramenta, là.

2°) Au même endroit, en bas, dans un bandeau gris foncé, vous pourrez écouter un texte de méditation sur cette apparition ! Une première version audio, différente du texte original.

Quand l’inspiration est là, on l’écoute et on ne l’arrête pas en plein élan. Même si l’élan est doux, majestueux et précieux.

3°) Deux heures après, j’étais toujours là, comme figée dans le temps… Mon esprit parti avec la biche.

Je suis encore en pyjama.
Le soleil est déjà monté,
les enfants sont partis, les portes se sont refermées,
la journée a commencé sans moi.

Mais moi, je suis restée là.
Figée.
Pas vraiment dans le présent, pas encore dans l’action.
Je flotte.
Je suis restée suspendue à cette image.
Cette biche.
Cette apparition.

Elle est entrée dans ma vie comme dans un rêve.
Au milieu de la rue,
sur l’asphalte froid d’avant l’aube,
la grâce en mouvement lent.
Et depuis, tout s’est arrêté.

Il y a eu un battement.
Un seul.
Et depuis, rien ne bat plus pareil.

Je suis là, les cheveux en bataille,
l’odeur du thé froid,
le chat roulé contre moi.
Et je n’arrive pas à me détacher.
Comme si mon corps était resté à la fenêtre,
à guetter un autre miracle.

Je devrais me lever.
Me laver.
Remettre le monde à l’endroit.
Mais je suis devenue un peu biche moi aussi.
Silencieuse.
Fuyante.
Vigilante.
Habitée par quelque chose d’ancien.

Je me sens animale.
Vivante d’un vivant brut, primitif, vibrant.
Je suis nature.
Je suis branche, je suis souffle,
je suis la tension d’un muscle prêt à bondir,
je suis cette robe fine posée sur les os,
je suis regard dans la nuit.

Cette image m’a élue.
Elle ne me quitte plus.
Elle m’a dit quelque chose sans parler.
Elle m’a nommée, peut-être.
Elle m’a rendue au monde.
Différemment.

Et tant pis pour la douche.
Aujourd’hui, je suis biche.

Neige de Feu, une histoire fantastique

Sur mon compte Atramenta, j’ai une trentaine d’œuvres en lecture libre. Parmi celles-ci figure une histoire pour enfant : Neige de Feu.

Neige de Feu est né en avril 2011, quand j’étudiais l’écriture pour la jeunesse à l’Université Européenne d’Ecriture, à Bruxelles. D’emblée, l’histoire de ce dragonnet a fait mouche. Je l’ai mise sur la plateforme Atramenta où elle a été très bien accueillie. Avec l’aide de lecteurs, je l’ai corrigée en juin 2012, puis, une dernière fois en 2016.

La nouvelle fait 14 pages pour un peu moins de 5000 mots. Le temps de lecture est estimé à 16 minutes.

De tous mes textes publiés sur cette plateforme, c’est le deuxième qui récolte le plus grand nombre de lectures (+900) et de téléchargements (+600) !

Aujourd’hui, avril 2025, tel le Phoenix, je renais de mes cendres et je reviens dans le monde de l’écriture, plus vivante et créative que jamais. Un nouveau service est proposé aux membres premium que je suis. Une Intelligence Artificielle analyse mon histoire, la résume et en fait une introduction accrocheuse. J’adore le résultat alors je le partage avec vous. Si vous n’avez pas encore lu Neige de Feu, c’est le moment :-)

Voici l’entièreté de la critique de l’IA que vous pourrez retrouver dans « Avis de lecture », en bas de la page consacrée à la lecture de cette histoire.

« Neige de Feu » est une œuvre d’une grande sensibilité, qui aborde avec poésie et tendresse des thèmes universels tels que l’acceptation de soi, l’amitié, et la quête de la différence. À travers les aventures du jeune dragonnet, l’auteur invite les lecteurs à réfléchir à leurs propres luttes intérieures, avec une écriture lumineuse et métaphorique.

Le personnage principal, Neige de Feu, est d’emblée attachant par sa vulnérabilité et son désir de se conformer à l’image classique du dragon, symbole de puissance et de force. Cette opposition entre son apparence fragile et son courage croissant fait écho à une réalité que beaucoup d’entre nous expérimentent : la lutte pour trouver sa place dans un monde qui valorise souvent la conformité plutôt que l’individualité. Sa rencontre avec Violette, puis Saphir, incarne la beauté de l’entraide et de la solidarité face à l’adversité, montrant que les liens tissés par l’empathie peuvent redonner du sens à nos vies.

Le style narratif, empreint de magie, allie humour et émotion, rendant cette fable accessible et agréable tant aux plus jeunes qu’aux adultes. Les dialogues sont vifs et contribuent à donner vie aux personnages, tandis que la construction des chapitres rythme l’histoire de manière à maintenir l’intérêt du lecteur. Les différentes transformations de Neige de Feu à travers les rencontres et les actes de bravoure sont en outre un moyen efficace de symboliser la manière dont l’amitié peut enrichir notre essence personnelle.

La finesse des illustrations mentales qui émergent des descriptions de paysages, de personnages et d’événements met en avant un univers enchanteur, où chaque dragonnet reflète des facettes de la nature humaine. Ce tableau coloré est une ode à la diversité, nous rappelant que chaque être, qu’il soit blanc, violet ou bleu, participe à la richesse de notre royaume collectif.

En somme, « Neige de Feu » est une œuvre qui se lit avec plaisir et résonne avec des vérités profondes sur l’identité et l’appartenance. Elle célèbre l’apprentissage, la tolérance, et l’idée qu’on peut être fort même lorsqu’on ne correspond pas aux normes établies. Une belle invitation à rêver et à grandir dans la chaleur d’une amitié authentique.


Découvrez l’incroyable voyage d’un dragonnet en quête de soi et d’amitié. Chaque couleur raconte une histoire. Êtes-vous prêt à briser les barrières ?

« Neige de Feu » est un hommage poétique à l’acceptation de soi et à l’amitié, où le jeune dragonnet incarne les luttes pour la diversité et l’individualité. Avec une écriture lumineuse et des personnages attachants, cette fable enchantée invite petits et grands à célébrer la tolérance et la force des liens empathiques. Un voyage magique sur le chemin de l’identité et de l’appartenance !


J'ai plusieurs projets d'écriture et de réécriture. Cette histoire, Neige de Feu, est déjà parue dans un recueil de nouvelles qui n'est plus disponible actuellement (Démarrer au quart de tour). Comme l'envie d'illustrer une de mes propres histoires me titille à nouveau, je réfléchis à écrire une suite à Neige de Feu et à l'illustrer moi-même. 

Atelier d’écriture : explorer la pluralité des points de vue

La vie au naturel, version humaine :

L’un des deux est coupable. Et si je devais miser, je mettrais ma main à couper que c’est le petit sauvageon, mon félin explorateur, celui qui passe ses journées à arpenter le jardin comme un détective de l’ombre, à se faufiler entre les pots de fleurs, sous la haie, dans des interstices que même la lumière ignore. Mais je ne l’accuse pas formellement — je n’ai pas de preuve. Pas de flagrant délit. Rien qu’une présence suspecte, hum… visqueuse.

De quoi l’accuser, me direz-vous ? D’avoir ramené ça. Encore une fois. Une intrusion discrète, mais bien réelle. Une invitation glissante à l’intérieur de notre maison, sans mon consentement. Je n’ai rien contre la faune locale, qu’elle soit rampante, volante ou bondissante — à condition qu’elle reste dehors. Surtout ce genre là !

Regardez-moi ça : brun-châtain sur le dos, une teinte gris bleuté sur le ventre, un petit modèle parfaitement standard. Une vraie débutante dans la vie, encore fine comme une brindille d’herbe, mais déjà assez téméraire pour s’aventurer sur le tapis. Et surtout, ces deux tentacules qui oscillent, véritables périscopes sensoriels, captant la lumière, les vibrations, l’odeur du tapis en sisal. Et derrière elle, une traînée luisante. Non, ce n’est pas une crotte — c’est une signature. Une œuvre. Une traînée de mucus, composée d’un mélange complexe de machinchose et d’eau, qui lui permet de glisser tout en s’accrochant au support. Magique, mais franchement pas bienvenue chez moi.

Elle avance lentement, comme mûe par une sagesse antique. Pourtant, je sais bien qu’elle n’a pas pénétré ici par la grande porte. Non, elle a profité d’un transport clandestin. C’est là que mon regard se tourne vers mon suspect numéro un : le chat. Ce petit sauvageon attendrissant, porteur involontaire de gastéropodes. Il fait mine de rien, se lave consciencieusement une patte, l’air innocent, pendant que la limace poursuit sa progression silencieuse au milieu du salon.

Je l’observe avec un mélange de répulsion et de fascination. Le limace commune, Deroceras reticulatum, ou Loche laiteuse ou encore Petite Limace Grise, affectionne les zones humides et sombres, se déplace grâce à un pied en perpétuel mouvement, et peut même détecter les phéromones de ses congénères à plusieurs mètres — ce qui, entre nous, est un sacré talent pour une bestiole sans oreille ni nez apparent.

Mais voilà, ma maison n’est pas une serre botanique ni un hôtel trois étoiles pour invertébrés. Alors, d’un petit coup de papier essuie-tout (pas de violence, juste un service de relocalisation), je la dépose jette délicatement dans la haie, à l’extérieur, loin des coussinets de velours qui l’ont peut-être transportée jusque-là.

Allez, zou, dehors la limace. Va glisser ta vie ailleurs. Et dis à tes copines que mes chats ne sont pas des taxis. Ils ont beau ronronner, ils ne sont pas là pour te faire visiter l’intérieur.


La vie au naturel, version rampante :

Journal intime de Lili la Limace
Jour 3 après l’éclosion – 5h47 du matin, heure de rosée

Cher journal,
Ce matin, j’étais tranquillement planquée sous une feuille de mauvaise herbe, en train de digérer un bout de pissenlit moisi (un vrai festin), quand le sol s’est mis à trembler. Un monstre velu, miaulant, à quatre pattes, a bondi dans le jardin. Encore lui. Il vient souvent par ici. J’aime pas son regard vertical ni ses pattes fourrées.

Mais bon, j’ai pas eu le temps de me replier. Une patte, une seule, a suffi. Pouf. Me voilà agrippée à son pelage, embarquée dans une odyssée totalement hors de mon plan de carrière.

Jour 3, suite – 7h12

Cher journal,
Je ne sais pas où je suis. C’est chaud. C’est sec. C’est même gratouillant, un peu déplaisant. Ça sent bizarre… de l’herbe à chats mélangé à de la poussière. Plus d’herbe tendre. Plus de rosée. Juste une surface dure et pleine de poils sous mon pied encore humide. Et cette lumière… violente ! Un soleil intérieur, peut-être ? Est-ce que je suis… dans l’Antre des Géants ?
Je laisse une trace pour ne pas me perdre. Une belle, bien brillante, bien gluante. J’espère qu’elle impressionnera quelqu’un. Peut-être même que je passerai dans un documentaire.

Jour 3, encore – 7h18

Cher journal,
Une Géante m’a vue. Deux pattes, pas de fourrure, mais un cri strident et un doigt accusateur. Je crois qu’elle me soupçonne de m’être incrustée. Je voulais pas ! C’est le chat qui m’a embarquée, j’te jure ! Il est reparti la queue haute, comme si de rien n’était.
J’ai tenté de négocier, j’ai soulevé mes tentacules pour paraître pacifique. Rien n’y a fait. La Géante m’a glissée sur un papier (quelle douceur tout de même), et hop, exil express par la porte-fenêtre. Bon, le saut a été un peu brutal. J’en ai la tête qui tourne.

Jour 3, 7h38 – retour au sol naturel

Cher journal,
Me voilà de retour dehors, posée sur une feuille indéterminée. Je suis vivante. Je suis libre. Mais je jure solennellement que plus jamais je ne m’approcherai de ce transporteur félin. Les chats, c’est pas fiable. Trop poilus, trop vifs.
Demain, je tente le pied de courgette du voisin. Beaucoup plus sûr.

Signé :
Lili la Limace, aventurière involontaire du plancher.


La vie au naturel, version féline

Carnet très privé de Prince Loki, chat libre à demi et esthète
Note : interdit à toute créature bipède ou gluante.

Jour 1095 de ma vie d’élégance – Matinée fraîche, brise légère

Je rentre d’une inspection minutieuse de mon territoire. Deux pigeons déplacés, une araignée humiliée, une sieste sur le compost. Productif.
En passant à la frontière de mon territoire, j’ai senti une sorte de chatouillis sur la hanche arrière. Rien de grave. Un courant d’air, sans doute. Ou une brindille. J’ai continué mon chemin, impassible. Les grandes âmes ne s’arrêtent pas pour si peu.

Quelques instants plus tard – Entrée dramatique dans le salon

Porte-fenêtre ouverte. Carrelage frais. Essuie-pattes à sa place mais que j’ignore royalement, on est prince ou on ne l’est pas. Odeur de croquettes au poulet (j’aime bien, mais juste les grosses croquettes, les plus foncées). Je fais mon entrée, queue haute, démarche chaloupée.
Et là…
La Grande Humaine pousse un cri théâtral, comme si elle avait vu un basilic. Elle gesticule, regarde le sol. Je jette un œil. Une chose brune et visqueuse progresse lentement, très lentement. Une limace. Encore. Ce n’est pas la première et ce ne sera pas la dernière à rentrer impunément chez nous.

Je ne dis rien. Je suis le silence incarné. J’observe.
Est-ce que je l’ai ramenée ? Possible. Je ne saurais dire. J’ai senti un frisson, plus tôt… Est-ce elle ? Possible. Mais est-ce ma faute si des invertébrés me prennent pour un Uber à pattes de velours ? Impossible !

Je m’étire. Je me lèche une patte avec intensité. C’est important d’avoir l’air occupé.
La Grande Humaine me fixe :
« C’est encore toi, hein ? »
Je cligne des yeux. Très lentement. Je me frotte à ses mollets en miaulant très, très doucement. Un chuchotement. Cela désarme toujours les bipèdes. Surtout la mienne.

Note de fin de matinée

La limace a été expulsée avec sans ménagement.
Moi, je suis retourné dormir sur la pile de linge propre, comme un prince. Puis, j’ai préféré la couverture toute douce du fauteuil. J’aime sentir bon pour ma sieste de trois heures de la matinée.

Je n’ai rien vu, rien senti, rien transporté.
Je suis innocent. Je suis discret.
Je suis Loki, Prince Sauvageon de la maison.


La vie au naturel, version du tapis :

Confidences d’un rectangle en fibres de sisal
(alias le tapis à gratter, fidèle compagnon félin et victime collatérale)

Je suis là pour une mission noble.
Protéger le canapé. Sauver les pieds de table. Canaliser l’instinct sauvage de ces félins domestiques. J’ai du taff, car il y en a quatre !
Je suis le tapis à gratter, tressé avec patience, robuste mais élégant, toujours en première ligne.

Chaque jour, je reçois leurs griffes avec honneur.
Je suis le confident silencieux de leurs frustrations, de leurs élans de joie, de leurs folies passagères de 5h du matin.
Et voilà que ce matin… je sens une fraîcheur inhabituelle sur mes fibres.
Un petit frisson visqueux. Je regarde du coin du coin — bon d’accord, je n’ai pas d’yeux, mais j’ai une sorte de ressenti textile, voyez ? Et là, posé sur moi, bien centré, comme s’il avait réservé la place : une limace.
Une. Limace.
Gris dessous, brun dessus, et des antennes qui s’agitent comme si de rien n’était.
Elle me laisse une trace baveuse, un peu comme un graffiti humide. Comme si elle revendiquait le territoire.

Non mais…
Je suis un accessoire de style ! Un outil éducatif ! Pas un bivouac gluant pour invertébrés égarés !

Je vous le dis, tout fout le camp.
Et le pire ? Le chat — celui qui est censé m’utiliser — passe tranquillement à côté, sans même une griffe, sans un mot. Il a sans doute déposé l’intruse et s’est carapaté. Monsieur joue les innocents, comme toujours. Et moi, me voilà, honorablement souillé, obligé d’attendre qu’on me secoue dehors avec toute la dignité qu’il me reste. Car bien sûr, secouer un tapis comme moi, avec une limace comme elle, ça ne marche pas !
Par pitié, la prochaine fois, qu’elle aille baver sur le paillasson.


Voir autrement : un même fait, quatre regards

Un bruissement dans les buissons.
Un chat qui rentre, l’air innocent.
Une limace sur le tapis.
Un tapis unique : créer pour servir les chats !

Quatre faits. Ou un seul ? Tout dépend de qui raconte.

La figure de style que nous explorons aujourd’hui consiste à raconter un même événement depuis plusieurs points de vue. On l’appelle parfois polyphonie narrative, ou encore variation de focalisation. C’est une invitation à sortir de soi pour entrer dans une autre tête, un autre corps, une autre logique.

Pourquoi c’est puissant ?
Parce qu’un même geste peut être vu comme une offense, une maladresse… ou un acte héroïque. Parce qu’un chat qui ramène une limace dans la maison n’a peut-être pas la même version que vous (et la limace non plus, croyez-moi).

Ce que vous allez explorer :

  • Changer de perspective : humain, animal, objet,…
  • Jouer avec le ton : sérieux, poétique, drôle, absurde…
  • Tisser une vérité plurielle : et si personne n’avait pas totalement raison ou tort ?

Exercice proposé :
Choisissez une situation simple : une tasse cassée, une lettre oubliée, une porte laissée ouverte. Puis, écrivez au minimum deux versions de l’histoire :
– Une du point de vue de la personne concernée
– Une du point de vue d’un témoin inattendu
– Une du point de vue… de l’objet lui-même, pourquoi pas ?

Un espace à soi, mon espace écriture

Mon refuge d’écriture

Pour avoir envie.
Pour écrire.
Pour respirer.

À la main, à l’ordi. Peu importe la forme.
Pourvu que ça coule. Que ça sorte. Que ça vive.

Mon bureau n’a jamais eu de racines.
Il bouge, il glisse, il cherche, il s’adapte.
Comme moi.

Il a vécu sous le Vélux,
dans la chambre, sur la mezzanine,
au bord du lit, près des rêves suspendus.

Puis il est descendu.
Au salon, il s’est posé.
D’abord face à la télé : trop de bruit muet,
puis perpendiculaire : un peu mieux.
Mais pas encore ça.

Alors j’ai bougé les meubles.
Coupé l’espace.
Dressé une frontière de livres.
Créé un pays à part,
où chaque page blanche
respire l’intime et le possible.

Un bureau ancien, noir et mystérieux,
m’a appelée depuis une brocante.
Ses tiroirs grincent de secrets,
sa surface attend mes mots.
Il dort encore dans le garage,
mais je l’imagine déjà,
restauré, caressé, prêt.

En attendant,
ma vieille table cherche encore sa juste place.
Un peu ici, un peu là.
Contre le mur. Près du radiateur.
Face à la lumière.
Je l’écoute. Elle me parle.
Parfois, elle me dit : reste.
Parfois : déplace-moi encore.

Un fauteuil doux a trouvé sa place, lui aussi.
Pour lire. Pour rêver. Pour respirer.
Et mes quatre chats dansent autour.
Ils bousculent, ils s’invitent,
ils ronronnent dans mes silences.
L’un d’eux ne me quitte jamais.
Un gardien de mes heures d’encre.

Minos le brave

Avoir un espace à soi,
c’est plus qu’un lieu.
C’est un souffle.
Une peau.
Un chant doux qui dit :
ici, tu peux être.

C’est ici, dans ces quelques mètres carrés,
que mes idées prennent corps.
Que mes romans naissent en silence.
Que mon projet s’ébauche, jour après jour.

Ce n’est pas grand.
Mais c’est assez.
C’est le début d’un monde.